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LE PASSEUR
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Une barque ?
Attention !
En vieillissant, tout hindou, pour se préparer à la mort,
voudrait venir dans cette ville.
Quand la mort vient,
le corps est incinéré et les cendres répandues sur le Gange.
Bénarès, c'est le microcosme de l'hindouisme,
où se propage la connaissance sacrée.
C'est la ville capable
d'absorber la plus grande beauté,
d'endurer la plus grande douleur.
Elle incarne en quelque sorte Shiva,
dieu suprême de la ville,
celui qui détruit et qui régénère.
Je suis un sadhu : saint homme.
Vous diriez prêtre...
Je viens ici chaque jour pour adorer Ganga...
lui faire des offrandes.
Ganga est très saint.
Tous boivent ces eaux, elles nous font du bien.
Ce sont des eaux saintes.
Bien entendu, il y a des microbes !
Il y a des cadavres
de bébés...
d'adultes...
Le fleuve pullule de microbes...
Des millions de gens se baignent là-dedans !
Mais il y a des microbes partout,
on doit vivre avec.
Dans un bus bondé,
dans un cinéma bondé,
l'air grouille de microbes !
Toute notre atmosphère,
même parfois notre nourriture...
En Europe, dans des restaurants chic,
j'ai attrapé une diarrhée carabinée,
qui m'a mis à plat... Mais jamais ici !
C'est le fleuve sacré de l'Inde !
L'un des fleuves sacrés du monde !
Pourquoi ne pas s'y baigner puisque Dieu l'a créé ?
C'est une expérience spirituelle.
On me demande pourquoi je me baigne ici, moi un médecin.
Se baigner ici n'est pas
ce qu'un Occidental peut faire de plus mal.
L'Inde est très bonne, mais les Indiens sont fous.
Ce fleuve très saint
est sorti jadis de la chevelure de Shiva !
On y met toutes sortes de cadavres...
C'est pourquoi les gens croient en ce fleuve.
L'Etat dépense beaucoup pour nettoyer,
mais ici les gens ne sont pas propres !
Les Européens sont très mauvais.
Pas les gens. Je veux dire : l'Europe...
Là-bas, pas de temples, seulement les discothèques...
Mais le coeur des Européens est propre comme l'eau !
La face d'un Indien est propre mais son coeur est fou.
Mon coeur à moi est fou aussi.
Il m'arrive souvent d'escroquer un touriste...
Je lui prends trop.
Il dit quoi ?
Comment trouves-tu Bénarès ?
Très bien...
Passez toute une vie ici,
et vous serez indien dans la prochaine !
Les Indiens : des âmes !
Dites-lui...
Il dit que par le coeur et par le sang,
il se sent plus indien qu'italien.
Son père a dû être indien...
Il croit que ton père est indien.
Non, italien !
Comment ça se fait, que tu as le coeur indien ?
Je fais du yoga depuis douze ans,
et depuis que je suis là,
ils m'ont traité comme un fils.
Je montais dans un train, juste pour regarder
toutes ces plantations...
la nature, quoi...
Quand j'avais faim,
je demandais à manger, et eux me donnaient.
Ils m'auraient tout donné !
Leur vie, leur âme, leur coeur... tout !
Allons prendre le thé, grand-père.
Donne-moi la main.
Comme ça, à l'improviste ?
Cette ville est une maison de fous !
En fait, c'est Gênes !
Les mêmes ruelles, les mêmes allées...
Les gens un peu dingues,
ou qui jettent les ordures par la fenêtre sans regarder...
Les chiens qui te mordillent les chevilles.
Mais il n'y a pas les putes.
Enfin, pour passer le temps
je fais un peu le maçon,
je répare une fenêtre, une porte cassée,
l'électricité, la plomberie parfois...
Je me demande bien
comment j'ai pu échouer ici.
Je pesais 8O kilos !
Mon pantalon était du 48 !
Je pétais la santé.
Et manque de pot, je chope une amibe...
En trois mois, j'ai rétréci comme une vieille chaussette.
Si ma mère me voyait, elle me dirait :
Mon fils, tu vois comment tu as fini !
Dès que j'allais mieux, j'ai voulu me promener.
Et voilà qu'un type à moto...
m'écrase le pied ! Sans même s'arrêter !
Je l'ai maudit en génois,
ne parlant ni hindi, ni anglais.
Ca serait arrivé en Italie,
les assurances m'auraient versé de quoi vivre
le restant de mes jours en Inde.
Parce qu'ici, j'adore...
Je ne peux pas bouger, mais au moins ça m'a fait
faire une découverte :
sur la rive, il y a des crabes, des gros !
Je peux pas encore les attraper, ils vont trop vite !
Mais dès que j'irai mieux,
j'en ferai cuire 2 ou 3 à la sauce tomate.
Tu sais pourquoi je te dis ça ?
J'ai trouvé un magasin où on vend des spaghettis
comme en Italie... Enfin, pas vraiment...
A l'achat, c'est long comme ça...
Mais une fois cuit, c'est tout rabougri...
C'est mieux que rien...
La seule différence qu'il y a,
c'est qu'ici les gens sont un peu fous.
Mais ils t'acceptent comme tu es...
Ils sont simples, pleins de vie.
C'est le cadavre d'un mendiant.
Pas de feu pour le mendiant.
Pour le saint homme, non plus...
Mais eux sont bien empaquetés. On ne les voit pas.
Eux aussi, on les jette dans le Gange,
mais ils ne remontent pas...
Grâce à une très lourde pierre...
On ne brûle pas les mendiants ?
Ils n'ont pas d'argent ! Et le feu coûte cher...
Le gouvernement a créé le feu électrique...
Très bon marché : 50-60 roupies.
Mais beaucoup de gens
ne savent rien du feu électrique.
Alors, on jette le cadavre dans le Gange.
Tout le monde ne lit pas les journaux,
pour le feu électrique, ils ne savent pas.
Ils ne pensent que feu de bois.
L'hindouisme n'est pas un dogme mais une philosophie
de la vie concrète.
Et quel lieu plus propice que les rives de ce fleuve
pour contempler le spectacle de cette vie concrète
nuit et jour.
Naguère, tous les maharajahs de l'Inde...
Je vais prendre un bain.
Je me nomme Gajana... batelier et pêcheur...
Ganga, très sainte mère.
Ganga, très saint fleuve.
Ganga, très saintes eaux.
Tous viennent se baigner ici
dans les très saintes eaux du très saint fleuve.
Comment se rincent-ils les cheveux ?
Je ne sais pas... Elle en a mis, du savon !
Il faut croire
qu'ils sont satisfaits du résultat !
C'est peut-être le savon...
Les alcaloïdes tuent les microbes...
Le taux microbien est sûrement élevé...
Chez eux, ils n'ont pas l'eau courante...
En Inde, le système de castes est strictement appliqué.
Prenez un homme de caste moyenne
qui cherche des amitiés dans la caste supérieure :
il sera invité à déjeuner,
il s'amusera à leurs côtés...
Mais invitez-le
à prendre son repas avec ceux
d'en bas de l'échelle sociale...
il ne voudra jamais !
Un exemple : moi, qui suis brahmane,
je peux manger avec un ksatrya, caste moyenne.
Mais si je lui demande de prendre son repas
avec un batelier,
il refusera tout net.
Mais la nouvelle génération marque une évolution.
Par exemple...
Donne !
Lâche !
Encore raté !
Sautons ensemble !
Prêt ?
Saute !
Il y a très longtemps,
les gens des autres castes ne touchaient jamais
ceux de ma caste,
celle des bateliers. Mais un jour le dieu Rama
monte dans une barque pour traverser le fleuve.
Puis il demande :Combien ?
Le batelier, qui s'appelle Nisadraj, dit :
Je conduis les gens sur le fleuve, toi à travers le monde.
Tu es donc batelier, toi aussi.
Ici, c'est la règle...
Entre bateliers, il n'y a rien à payer.
Le dieu Rama réfléchit...
Puis il sourit
et prend Nisadraj dans ses bras.
Depuis ce jour, les bateliers se sont élevés un petit peu.
Sans le dieu Rama,
jamais les autres castes
n'auraient voulu nous toucher.
Pourquoi ? Pourquoi ?
C'est le système hindou.
L'Européen veut toujours savoir pourquoi...
Pourquoi le mariage si jeune ?
Pourquoi jeter les cadavres dans le fleuve ?
Pourquoi les brûler ?
Pourquoi prendre toujours son bain ici ?
On m'a même demandé
pourquoi l'Indien refuse le papier hygiénique !
C'est fou, non ?
Je me pose trop de questions.
Ce système hindou, il remonte à loin.
Il n'est pas récent...
Toujours pourquoi ?...
Tous les hindous sont incinérés,
sauf les bébés morts
avant le commencement des rites.
La crémation est le dernier rite dans la vie d'un hindou :
le feu emporte l'âme vers le ciel.
On n'incinère pas un homme saint,
car il a renoncé à la famille, à la caste et à la tradition.
Ceux qu'on ne brûle pas sont jetés dans le fleuve.
Pour les hindous, Ganga est une déesse.
Art indien, bons poulets... phallus de Shiva,
cartes postales !
Grand choix !
Attrape la barque ! Vite !
Bons poulets ? Art indien ?
Pièces de monnaie...
Victoria... Edouard... Compagnie des Indes...
Epoque Mughal, époque Maurya...
Kushanas... Gupta...
Des pots d'étain pour l'eau du Gange.
On perd notre temps, il ne va rien acheter,
juste nous coller la poisse pour la journée.
Allons-nous-en !
Attendez-moi 10 minutes,
j'achète à manger et du bétel...
Voulez-vous quelque chose ?
Venez avec moi, non ?
Le nom du dieu Rama est la seule vérité...
Un nouveau film avec de nouvelles chansons...
En Inde, si un homme
qui se sent frustré quelque part
prend conseil auprès d'un sadhu, un homme saint,
celui-ci le pousse parfois
à quitter sa maison, son travail
et à devenir sadhu lui-même.
Un homme a la bougeotte par nature.
Pour lui, c'est facile de partir, d'échapper
à ses responsabilités...
Mais la femme est dévouée par nature,
elle ne peut jamais quitter sa maison, ses enfants.
Je vous parle
en connaissance de cause.
Il y a deux ans
mon mari est parti...
Pas de lettre, rien...
Il se balade quelque part avec des sadhus...
comme ceux dans les tentes avec des drapeaux là-bas...
En agissant ainsi,
il manque sans aucun doute à son devoir,
qui est de protéger sa famille.
Quand Bagwan Bouddha est parti de chez lui,
sa femme a dit :
Je suis fière de mon mari, il a renoncé au monde,
mais une chose me fait de la peine :
il est parti dans la nuit comme un voleur.
S'il s'était confié à moi, je l'aurais encouragé,
car il cherchait la voie du salut.
Mais mon mari n'est pas Bouddha,
et je ne suis pas la femme de Bouddha.
All India Radio...
Voici les informations...
2 personnes ont été tuées dans le Bihar...
Le conflit entre musulmans et hindous
fauche des vies innocentes,
et il est triste de savoir que cette lutte insensée
affecte la vie quotidienne de gens ordinaires.
Baba homme saint signifie vie libre.
Le baba ne reste jamais en place,
il voyage partout,
dans toute l'Inde.
En train, en bus...
en pousse-pousse, à pied...
Le baba va partout...
Parfois, le contrôleur demande les billets...
Mais jamais au baba... A lui, on donne de l'argent !
J'ai cet argent, prenez S.V.P.!
Le baba a toujours un petit pot d'étain,
et il dit : D'accord, mettez l'argent là-dedans...
De tous les dieux hindous,
Shiva est le plus fantastique, le plus fascinant !
Il a inspiré de grandes oeuvres littéraires et philosophiques.
Mais la mythologie en fait
une personnalité très incongrue.
La lune lui sert de couronne,
le Gange, ce fleuve devant nous,
coule de ses cheveux emmêlés.
Comme il a avalé du poison pour sauver le monde,
son cou est bleu
et cerclé de serpents.
Il s'habille d'une peau de bête,
il hante les lieux de crémation,
se frotte le corps de cendres
et parfois se promène tout nu.
Une divinité peu ordinaire !
Il connaît le bonheur conjugal
mais on le tient pour un grand ascète,
un grand yogi.
C'est un mari parfait
et pourtant on le voit convoiter les femmes mariées.
Divinité suprême, il crée la vie
mais on l'appellegrand destructeur.
Les contrastes violents que nous observons ici
s'expliquent peut-être par la présence de Shiva,
dieu tutélaire de cette ville.
Mais est-on fondé à penser
qu'il en a toujours été ainsi,
que cette remarque est historiquement juste ?
Sans doute pas.
En Inde, il est rare
qu'une femme fasse partie d'un cortège funèbre.
C'est parce que le coeur de la femme est très faible.
Elle ne supporte pas aussi bien qu'un homme
le spectacle des corps qui brûlent,
dont j'avoue qu'il est parfois bizarre...
Une croyance veut que,
si quelqu'un pleure pendant la crémation,
le corps ne brûlera pas convenablement,
et le dernier voyage de l'âme sera retardé ou interrompu.
Ceci est exact.
J'ai moi-même pu observer
que lorsqu'un proche du défunt ne peut retenir ses larmes,
le corps met plus de temps à brûler :
de cinq à six heures au lieu de trois ou quatre.
Chaque ville d'Inde possède son lieu de crémation,
mais celui-ci a quelque chose de très particulier,
puisqu'il incarne
la manifestation même de Shiva...
Les hindous viennent de partout avec leurs morts
pour la crémation sacrée.
Selon la légende, pendant une éclipse du soleil,
Shiva vint ici se baigner avec son épouse...
Attisez-le bien,
qu'on voie les flammes de loin !
Il faut que le panier soit rempli ?
Jusqu'au bord ?
L'âme suit la fumée
qui s'élève du bûcher vers le ciel.
Ainsi parla Kabir.
La mort, cher ami,
a accompli son devoir
et montré le chemin vers Dieu.
Le propriétaire du lieu...
Une fois par semaine,
il vient passer les cendres au tamis...
Il trouve de l'or, de l'argent, parfois des diamants,
des vêtements, des bagues...
Parfois des dents en or ou en argent.
Les gens qui ont des problèmes d'argent,
on ne les brûle pas ici.
Ils vont au feu électrique, un autre lieu de crémation...
C'est très bon marché...
25, 50 roupies...
Ici, cet homme ne donne le feu que si on le paie...
C'est le système hindou...
Il y a une bonne chose ici...
Les Indiens sont souvent en retard,
mais ici, même si on arrive en retard,
on peut encore voir le corps
puisqu'il met 3 ou 4 heures à brûler.
Avec le truc électrique, on ne voit plus le corps.
Il y a un système de numéros :
on appelle votre numéro,
la machine s'ouvre, on enfourne le corps, ça se referme...
et 20 minutes plus tard... comme de la poudre.
J'ai beaucoup de filles et un seul fils.
Pourquoi ?
Au premier né, je pense : Un fils !...
C'est une fille...
J'essaie encore : ce sera un fils !
Encore une fille ! C'est fou...
Troisième essai... Un fils ? Non, une fille !
Quatrième ! Fils... ou fille ?
Un fils !
Vous voyez le problème.
Je ne voulais pas plus de deux enfants...
Mais je voulais un fils.
Une fille coûte cher et ça ne vaut rien.
Trois filles et un fils.
Je voudrais encore un fils.
Mais ma femme me dit :Et si c'était une fille ?
Parce qu'avant, c'était toujours des filles.
Je suis pressé.
Je vais au temple. Vous venez ?
Je salue Shiva et sa femme, Gauri.
Vous n'êtes pas seul dans ce monde.
Rama et Sita sont auprès de vous,
alors vivez selon leur voeu.
Un bain sacré pour ton vélo aussi ?
Soyez heureux !
Alors... l'hôtel pour vous !
Nouveau film, nouvelles chansons...
Traduction : N. Burch
Sous-titrage : C.M.C.
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