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Original subtitles

Moteur d'avion.

Sirène.

Elle rit.

-Et voilà !

-Tu as le temps de monter. -Non, Yvette.

-Tu repartiras vite.

-Tu sais bien. Souviens-toi, l'autre jour.

C'est ma faute. La prochaine fois, on n'ira pas au cinéma.

-Si. On ira quand même au cinéma

et on passera la nuit ensemble,

et toutes celles d'après, non ?

-Bien sûr.

-"Bien sûr" ou sûr ?

Tu as parlé à tes parents ?

-J'ai pas pu.

-Comment tu vas leur dire ?

-Je dirai que Tiercelin m'invite pour Pâques chez lui, à la campagne.

C'est pas bon ? -Ça dépend des parents.

-Je ne vais pas dire que c'est faux

et que je serai chez toi, à Paris.

-Tu sais vraiment pas mentir.

Tu as rudement besoin de passer 15 jours avec moi, tout seul.

-Oui, je crois. Bien besoin.

-"Besoin" ou envie ?

-Antoine, à quelle heure es-tu rentré, hier ?

-Tu dormais. -C'est pas une réponse.

-À minuit. On a volé la roue de Tiercelin.

-Vous étiez au cinéma, naturellement.

Qu'est-ce que c'est ? -Du chocolat.

-Et là, du vrai beurre. -Ça vient de son ami Tiercelin.

-Ah, encore.

-Son père a un restaurant. Il a tout.

-C'est ce que je n'aime pas.

-C'est pas du marché noir. -C'est un échange.

-Ne jouons pas sur les mots.

-Il voulait m'acheter un roman interdit.

Je lui ai dit de me donner du chocolat

et du beurre.

-Oui. Disons que pour cette fois, la littérature a du bon.

-À propos de Tiercelin, tu sais ce qu'il lui propose ?

De l'emmener pour les vacances de Pâques

en Bourgogne.

-Tu as dit oui ? -Je ne vois pas pourquoi.

-C'est une question de discrétion.

-On ne refuse pas la campagne.

Regarde la mine qu'il a.

-C'est qu'il sort. Il manque de sommeil.

-Il dort en classe.

-C'est toi qui as mauvaise mine.

-Peut-être, mais je ne peux pas demander à son ami de m'emmener.

-Pourquoi pas ? On n'a qu'à y aller carrément.

On débarque là-bas tous les quatre.

"Bonjour. C'est la famille Michaud." Alors, où est le beurre ?

Non, mais si tu n'es pas de mon avis...

-C'est à toi

de décider, Charles.

-Bon. Tu iras chez Tiercelin.

-Merci, papa.

-Il y a de quoi.

-Merci, maman.

-Tu vas au lycée ? -Oui.

-Tu m'emmènes ? -Oui, viens. -Quels cours, ce matin ? -Chimie et histoire.

-Drôle de mélange.

-C'est du chocolat ?

-Mais je te parle pas de ça.

-La réaction s'écrit :

4 CIH plus Mn02

égalent 2H20

plus CI2Mn...

-Ton histoire de cercueil en est où ?

-Tombée à l'eau. C'est dommage. Y avait une bonne pincée à prendre.

-Mais j'ai encore mieux, tu sais. Le Champagne.

Le Champagne.

-Ça remarche ?

-Les 2 000 bouteilles,

le type allait juste s'adresser ailleurs.

J'ai rattrapé l'affaire.

-T'as un transporteur ? -Par Yvette.

Elle en est sûre. Un nommé Lulu.

Il l'a déjà fait. Et puis il est pas trop gourmand.

-Il est paré pour les Allemands ? -Tiens-toi bien.

Il voyage avec la marchandise et en uniforme allemand.

-Bravo. Y a rien à dire.

-Qu'est-ce qu'il fait là ?

-Je l'ai puni.

-Retourne à ta place.

Et de quel droit vous l'avez puni ?

-Pardon. Je ne permets pas le manque de respect.

-Il vous a manqué de respect ?

Abaissez vos jupes. Vous allez prendre froid.

Il rit.

C'est pas un spectacle pour un enfant,

ni pour M. Olivier ou moi.

-Non, madame. Non.

C'est impossible, en ce moment, je n'en ai pas.

Oui, je vous comprends, mais...

Pas avant 3 semaines, et avec de la chance.

Au revoir, madame.

-C'était quoi ? -Ce sont les gens du 4e face, rue Monge.

Ils ont cassé la cuvette des WC. -Ah.

Pourquoi tu gueulais ? On va leur remplacer.

-C'est ça, ce matin même. -Non, mais le plus tôt possible.

Nous avons des cuvettes de côté.

-Et la taxe ?

-Tu vas pas les faire attendre 3 semaines ?

-Ils se retiendront.

Et quand ils se seront bien retenus,

ils seront heureux d'avoir, grâce à nous, une cuvette.

À 5 000 F.

-Non. Nous ne sommes pas ici pour faire du marché noir. Solange !

-Nous sommes ici pour servir d'intermédiaire.

Si les cuvettes sont introuvables...

-Elles ne le sont pas. -Elles le seront.

Prenez une lettre pour le 4e, rue Monge.

"Madame, en réponse à notre communication,

"j'ai le plaisir de..." -Qu'est-ce que ça cache ?

-Dans les circonstances où nous vivons et qui sont pénibles...

"...j'ai le plaisir de vous informer que notre entrepreneur..."

S'il ne reste qu'une affaire honnête...

-Ce sera la nôtre. Tant pis si elle crève.

-"...se mettra en rapport avec vous pour la cuvette."

L'affaire ne crèvera pas mais restera propre.

-Dans une affaire de cabinet. -Fais de l'esprit.

Les fesses, ça te ressemble.

-Le grand seigneur, distingué avec ça.

-Qu'est-ce que je vous disais ? -Euh...

"...pour la cuvette."

-Sale trouillard, hypocrite !

-Tu es un margoulin, un escroc. Et je t'emmerde !

"Veuillez agréer mes salutations distinguées."

Tapez-moi ça tout de suite.

-Note bien que je suis un cochon.

-Et moi donc.

-À propos, ton voyage en Bourgogne ?

-Gagné, même si mon père a un peu râlé.

10 jours avec Yvette. -Bravo.

-Dis-moi,

quand on passe une nuit avec une femme,

on fait l'amour jusqu'à quelle heure ?

Enfin, combien de fois ? -Le moins possible.

On n'est pas plus avancé et on se fatigue pour rien, alors...

-Je suis sérieux. -Et moi donc.

-Bonjour.

-Bonjour, monsieur. -Bonjour. -Bonjour, papa.

-J'ai 2 places pour la boxe. Tu les veux ?

-Non, pas ce soir. J'ai un devoir de philo.

-Oh, pardon. Ben, j'ai rien dit.

Bravo.

Marcel, tu nous apporteras le tapis.

-M. Tiercelin,

vous savez, pour le Champagne ?

-Oui. -Vous savez pas le meilleur.

Le transporteur, il voyage en uniforme allemand.

-Ah ? Je vais te donner un petit conseil.

Tu parles un peu trop. J'ai pas à le savoir et toi non plus.

-Il est pas gentil, ton père.

-Tu gagnes 200 000 F, il va pas te sourire.

-Maintenant, on peut approcher ?

-Tu es très bien là-bas.

-Ça va pas, avec Flora ? -Tu sais, les femmes. J'y pensais en physique.

On fait l'amour, on se déshabille, ça prend du temps, et quoi ?

Non, non. À nos âges, on peut mieux s'occuper. -Ça n'empêche pas de faire autre chose.

-Si. Regarde ta tête. Ça te donne pas l'air intelligent.

-Tu as l'air intelligent pour deux.

-Y a pas de quoi rire.

-Mais je l'aime et je ne m'en suis jamais caché.

Tiens. -Non, merci. L'amour, c'est comme le tabac.

Quand tu fumes, tu crois que t'es quelqu'un.

Quand j'ai compris ça, je me suis supprimé le tabac.

Les femmes, je vais me les supprimer.

-Ça, ça te regarde.

-Coucher avec Yvette, c'est important ?

-Je suis heureux, c'est tout.

Qu'as-tu de si important pour que tu ne couches pas avec Flora ?

-J'ai besoin de me sentir en forme. -"En forme" pour quoi ?

-Ah, que j'oublie pas. Ta part sur le sucre.

-Merci.

-Porte-lui ta semaine.

-Qu'est-ce que ça veut dire ?

Mais Yvette m'aime.

-Je te dis pas non. Je me demande si elle t'aimerait sans le sou.

-Elle me demande rien. -Elle a pas le temps. Tu lui donnes tout de suite.

Bonsoir.

Fais-lui mes amitiés. Non, sans blague.

-Ah, tout de même.

Qu'est-ce que tu bois ? -Un verre de lait.

-Du lait, maintenant ? -Oh, fais pas cette tête-là.

-Qu'est-ce qu'elle a, ma tête ?

Tu pourrais être plus gentil.

Rappelle-toi, mon industriel de Dinan.

Je l'ai envoyé aux pelotes.

Il m'adorait comme la Vierge,

rien qu'un vendredi sur 2.

-"Dinan." Tu veux Tinter ?

-Tu mériterais, tiens. Grossier, en plus.

Si encore tu me trompais, mais même pas.

-Si tu permets. -Tu m'embrasses pas ?

-Tu n'aimes pas le lait. -Et ce soir ?

-Ce soir, moi, je travaille.

-Ah, ton garçon. Quand on t'a connu à son âge...

-Paul, c'est un intellectuel.

Le bac, tu te rends compte ?

-C'est bien vrai.

Si tu es instruit, tu peux exploiter les hommes.

Sinon, tu exploites que les gonzesses.

-Tu serais fonctionnaire ou professeur de piano.

Tu permets que je sois pas jaloux ?

-T'as peut-être raison. Paul, c'est différent.

C'est un intellectuel avec l'éducation d'ici.

Vous l'avez vu, avec Flora ?

Jamais de baratin ni de gros mots.

Croyez-moi, l'homme est là, et je m'y connais.

À toi.

Il siffle.

-Attention !

-Bonjour !

Maman est là ? -Oui.

-T'étais chez le dentiste ? -Il m'a pas fait mal.

-Si, mais tu es courageuse.

-C'est toi ? -Oui. -Qu'est-ce que tu arrives tard.

-Oui, mais j'ai 2 bonnes nouvelles.

-Ça a marché pour le Champagne. -Oui. C'est ce qui t'intéresse le plus, hein ? Et secundo ?

-Secundo... Je vois pas. -Cherche.

-Dis-moi. J'ai pas d'idée. -Cherche mieux.

C'est un homme. -"Un homme" ?

Je le connais ? -Non, vaut mieux pas.

-C'est ton père ? Il a dit quoi ? -Ah !

-Je savais qu'il dirait oui.

-"Tu savais..." Enfin, je pars pour la Bourgogne.

Ça sent bon la campagne. Roulons-nous sur l'herbe !

Elle rit.

-Attends, je renvoie Chou.

Va chez la concierge regarder l'album.

-Je le connais.

-Ça fait rien, c'est des images.

Il en faut 2, maintenant.

Je savais qu'il dirait oui.

On frappe à la porte. -Entrez.

-C'est toi qui gardes la maison ?

-Je veux rentrer chez moi. Je m'ennuie.

-Eh bien, remonte.

-Je peux pas sonner, c'est trop haut.

-Allez, viens.

Tu as des nouvelles de ton papa ? -Oui. Il est dans une salade.

-Non, pas une "salade", un stalag. Stalag.

C'est un camp de prisonniers. -Qu'est-ce qu'ils ont fait ?

-Rien, justement.

Ils n'ont rien fait.

-Je file. -Tu passes ton temps à t'en aller.

On sonne à la porte. Oh, voilà !

-J'ai un devoir de philo que j'ai pas commencé.

-Oh, tes devoirs !

-Je vous dérange, mais cette jeune...

-La concierge m'a laissée toute seule.

-Il fallait pas, M. Coutelier. Vous êtes trop gentil.

M. Coutelier, vous pouvez me rendre un service ?

-Si je puis. -Vous pouvez très bien.

C'est pour un ami qui est chez moi. Venez voir.

Antoine !

Viens.

C'est M. Coutelier. Il va faire ton devoir. -Quel "devoir" ? -Je sais pas. Explique-lui.

-Mais je sais pas si c'est une bonne idée.

Je suis un peu gêné, monsieur. -M. Coutelier est professeur.

-Était. -Ben, quoi ? Vous avez pas oublié.

Mon ami a un devoir à faire pour demain et il n'a pas le temps.

-Je ne vois pas... -C'est pas sorcier.

Faites son devoir, dites un prix et tout le monde est content.

-J'hésitais à comprendre, mais vous me proposez un étrange marché.

-Et on dit que les Français doivent s'entraider.

-Vous penserez peut-être que ce ne serait pas vous rendre service.

-C'est-à-dire qu'au fond...

-Bon. Un mauvais service est un service.

Combien ça peut valoir ? 200 ?

-Au moins. -Je vous en prie.

-300 ?

-C'est complètement absurde.

-Si vous préférez la nourriture, j'en ai assez.

Du lait, du café, du chocolat, de l'huile...

-C'est sur la patrie. -Quoi ?

-Mon devoir.

L'idée de patrie ne nous empêche pas d'aimer l'humanité, au contraire.

Je peux pas, je suis pas d'accord. -Avec qui ?

-Vous avez tort. C'est un beau sujet.

Je sais ce que vous pensez.

Patrie, patria, la terre des ancêtres.

On n'élargit pas la notion d'ancêtre mais on l'approfondit.

-Vous voyez, vous savez très bien.

Donne-lui l'argent. -Oui. -Pas trop long. Après, il devra le recopier.

-Je m'étonne de vous voir manier tant d'argent.

-Eh bien, étonnez-vous et profitez-en.

-Tu lui as mal parlé. -Il va le faire, il a l'argent.

-Je sais, mais t'aurais pas dû.

-Oh, je t'adore.

-Tiens, si tu as encore de la place.

-Eh bien, Antoine, les jumelles ! -Je veux pas t'en priver.

-C'est pour tes randonnées à travers la Bourgogne.

-Ça encombre. -Mais non. Les promenades ne sont pas que pour les jambes.

Il faut aussi savoir regarder.

-Et puis il te les casserait.

-Ah bon ? Ah, c'est une meilleure raison.

Je n'aime pas les Allemands, mais en matière d'optique...

-Ils ont au moins ça.

Te mets pas en retard. -Non.

Je vais y aller. -Tu as bien tout ?

-Oui, merci.

Eh bien, voilà.

Ma petite maman...

-Tu nous écriras. -Oui.

-Ne le presse pas. Les lettres aux parents...

-Si, je vous promets. -Tu lui donnes de l'argent ?

-Euh... Bien sûr.

Ah. Qu'est-ce qu'il te faut ?

-À part mon billet, je dépenserai rien.

-Oui, je sais. "Rien." Mais enfin, j'ai un peu peur

que tu ne tombes dans un milieu

où l'argent n'a pas la même valeur.

-Tu vas lui gâcher son plaisir. -Oh, il lui en faudrait plus.

Voyons, combien veux-tu ?

-1 000 F.

-Mais, maman, c'est beaucoup trop. Je ne sais pas, 500.

-Voilà les 1 000 F demandés.

Pas par toi.

Par ta mère.

-Merci, papa.

-Eh, attention. Je te donne pas 10 sous.

Mets-les au moins dans ton portefeuille, allons.

-Zut ! Je l'ai laissé dans ma chambre. Ben, heureusement !

Voilà. T'es tranquille ? -À la bonne heure ! -Et maintenant, il faut partir, Antoine.

-Oui. Ça m'ennuie, de vous laisser.

-Allons, pas d'attendrissement.

Tu pars, nous restons. Prends le bon air pour la famille.

Allez, départ.

-Bon. Ben, j'y vais. -Un peu de décision, tu ne vas pas si loin.

Moteur d'avion.

-Un avion.

-Ah. Attention à l'alerte.

-Oh, zut, alors. Je fonce.

Au revoir, papa. -Au revoir, mon gars. -Salut, toi. -Ton manteau.

Il ferme la porte.

-On ne voit rien, pas de DCA.

-Papa, recule. C'est défendu, les jumelles.

-Ah oui.

Attends, on affiche quelque chose chez le crémier.

"À partir de 11 h, répartition d'huile. Ticket DH de mars."

Vite, Pierrette. Va prendre la queue.

Ils sont gentils, ces enfants.

On sonne à la porte.

Bruit de pas.

-Hou ! Le voilà ! -Oh...

C'est toi.

-T'es pas plus contente ?

-Si, mais Lulu n'est pas encore arrivé.

-Ah ! Il va venir ! -Ça, j'en sais plus rien.

-C'est quoi ? -Son uniforme, justement.

Il avait tout craqué dans le dos.

-Attention. C'est pas la peine qu'on le voie.

-Il avait dit 11 h.

S'il a un ennui...

Il s'agit quand même de 200 000 F.

-Tu les auras, va, et tu me feras un beau cadeau.

C'est déjà fait ?

-Oui.

-Qu'est-ce que c'est ? Elle rit.

-Comment la trouves-tu ? -Formidable.

-Elle te plaît ? -Oui.

Elle me plaît et elle me va.

Mais toi, qu'est-ce que je t'offre ?

-Justement, je suis embêtée. -Mais pourquoi ?

-Eh ben, voilà, je m'étais dit : "200 000 F..." Pas tout, naturellement,

mais c'est bête de tout garder.

Ça file on sait pas où, tout augmente,

et après, ça vaut plus rien.

J'ai pas raison ? -Si, je te suis.

-Tu te moques de moi.

Mon idée, c'était plutôt par économie.

-Oui, mais qu'est-ce que c'est de beau ?

-Je t'en avais parlé.

C'est par Lucienne. Elle a des occasions de fourrures.

-Oui.

-Je suis embêtée car le mouton doré, ça fait commun,

le vison, hors de question,

l'astrakan, ça fait vieux, non ? -Absolument. Alors, qu'est-ce qu'il reste ?

-Justement, elle a un ocelot.

-Ça tombe bien, c'est mignon.

Une gentille bête. -Et facile à porter.

Il me va bien. -Tu l'as ici ? -Non, mais je l'ai retenu. J'ai déjà donné 30 000 F.

Alors si le reste vient pas maintenant, je suis embêtée.

On sonne à la porte.

-Le fourreur !

-C'est toi ? -Ah là là ! Si c'est moi...

Tu sais quoi ? -Non. -Paul me plaque. -Ah ? -Tu es toute seule ? -Non, il y a Antoine.

-Tu te rends compte ?

Un gamin que j'ai sorti pendant 1 an.

Je lui ai appris à choisir ses cravates. Il m'envoie bondir ?

Et pourquoi, hein ? Je te le demande. Pourquoi ? Devine.

-Je ne sais pas. -Le plus beau !

Monsieur serait trop jeune et veut préparer son bac.

Je te jure, c'est des mots qu'il faut entendre. "Le bac" !

Oser dire ça à une femme, en pleine poire !

-C'est Paul. -Ah, te voilà, toi. Tu peux être tranquille, il savait. Dis que non !

-Il te l'avait dit ? -Non. -Regarde-le qui ment.

Tout ce que fait Paul, c'est : "Oui, amen."

Tiens, va jouer avec Chou.

-Laisse, va.

-La petite crapule !

-Tu vas pas pleurer pour lui ?

-Ça me ferait bien mal. Il n'en vaut pas la peine.

Un petit greluchon... Il n'aura pas la loi.

Il me demandera pardon,

il se traînera à mes pieds, il léchera le pavé,

et quand il voudra se relever, je lui dirai :

"Mon petit, pour remettre ça..."

-Eh ben, tu vois.

-Tu verras, ça te pend au nez.

Paul veut quoi, de ton Antoine ?

Tout son travail, c'est qu'il te laisse.

-Il te l'a dit ? -Un peu. Fais comme tu veux.

J'étais pas prévenue, mais toi, oui.

-Paul ? Ben, qu'il s'y frotte. Il me fait pas peur !

C'est pas pareil. Je suis tout, pour Antoine.

Toi, t'étais quoi, pour Paul ? -Merci ! -Ça y est, le voilà !

-Paul ? -Mais non, Lulu !

-Je veux voir personne.

-Salut ! -Bonjour. -Ben, tu m'auras fait peur. -Quoi ? Nerveuse ?

T'en fais pas, va. -Tiens, tout est prêt.

-Yvette !

-Occupe-toi de lui, je viens tout de suite.

-Elle s'affole, hein ?

-Tenez.

-Bon. Eh ben !

Ça a pas l'air trop mal fait.

Toutes les femmes savent coudre, mais elles veulent pas l'avouer.

-Ça va ? -Mais oui, va.

Ça tiendra jusqu'à la fin de la guerre.

C'est pas que je sois militariste, au contraire.

Les képis, avec ou sans galons, je peux pas les piffer.

Avec ça, j'en emmerde quelques-uns,

flics ou douaniers.

C'est pas que je les cherche,

mais s'ils arrêtent le camion, alors là...

J'apparais : "Garde à vous !" Et ils la bouclent.

C'est comme ça que je les aime, les flics.

Quand ils veulent me cracher dessus et qu'ils ravalent leur crachat.

Allez, viens. On y va.

-Yvette ! -Je reviens !

Et votre camion ? -Un charbon de bois neuf.

Avec ça, je tape le 70.

-Et vous passez par où ?

-Sur la route, je sais pas encore. Ça dépend des coins.

Y a des fois, je prends la nationale.

De toute façon, je rentre par Saint-Denis,

et de là, le long du canal de même nom, tout droit.

Et ensuite, par les petites rues, jusqu'à l'entrepôt.

Allez, salut.

-Bonne chance, hein.

-Pourquoi ? T'as peur ?

-Non, mais c'est mon 1er gros coup. Je voudrais pas qu'il rate.

-T'y arriveras jamais.

-C'est mal me connaître. -Tiens.

-Ça va, la petite table ? -Très bien. -C'est bon ? -C'est fameux !

-C'est pas ça qu'il faut boire avec.

-Je lui avais dit.

-Mais ce soir, M. Tiercelin, le bourgogne. Tout pour la Bourgogne. -Il se documente.

-Bonsoir.

-Vous connaissez la Bourgogne ? -Je veux, oui.

-Racontez-lui pour qu'il en parle à son père.

-Apprends la carte des vins par cœur, comme moi.

Allez, bon appétit.

Et bonnes vacances.

-Et mes lettres à mes parents ? -Quelles "lettres" ?

-En voyage, on écrit à sa famille. C'est fait.

-Tu leur écris comme ça, tout de suite ?

-Je trouve ça malheureux, de mentir à son père.

J'en souffre.

Hé ! Pas toi ?

-Je t'en prie. -T'en souffres aussi.

Alors je me disais, un seul moyen pour ne plus souffrir,

c'est qu'Antoine aille vraiment

à la campagne.

Avec moi, naturellement.

Ça nous fera du bien. -Tu es fou.

-On liquide l'affaire du Champagne, on touche l'argent.

Demain. -Mais Yvette et moi...

-Qui parle d'Yvette ? -C'est pareil.

-Yvette ?

-Antoine est libre.

-Ah ! Tu vois bien !

-Il y a une chose que tu ignores.

C'est qu'Antoine et moi,

on a décidé de ne plus se quitter.

-Peut-on savoir, si ça n'est pas indiscret, de quoi vous vivrez ?

-Comme là. Antoine fera des affaires.

-Il n'a pas de clientèle.

-Il s'en fera une.

-Essaie.

-Je travaillerai.

-Si nous entrons dans la folie.

-Non, mais tu l'entends ? Dis-lui quelque chose !

-On se passera d'argent.

-Ah. En attendant, t'as envie de ton manteau de fourrure.

-C'est pas parce que tu t'es mal conduit avec Flora...

-Merci.

-M. Tiercelin ? -Oui ? -Téléphone. -Qui c'est ? -M. Dominique.

-Passe-le-moi à la cabine.

Bon appétit. Excusez-moi. -Vous savez, c'était pas un reproche,

mais il préfère le saucisson à l'ail.

-Eh ben, on y pensera.

Allô ?

Allô ! Allô ? Allô ? C'est toi, Dominique ? Qu'est-ce qu'il y a de cassé ?

Oui, bon.

Oui. Bon. Attends une seconde.

Roger, appelle-moi M. Paul. -Bien.

-Oui. Et alors ?

-Monsieur Paul, votre père vous demande à la cabine.

-Tu es fâchée ? -C'est ça quand tu es avec Paul.

-Tu sais que je peux pas le contrer. J'ai besoin de lui.

-Plus que de moi. -Tu dis des bêtises.

-Si tu étais vraiment... Tu pourrais te passer de Paul.

-Un homme ?

-Je n'ai pas dit ça.

-Il s'en est pas fallu de beaucoup.

-Terminé ?

Café ? -NON, MERCI.

-Si vous voulez vous passer d'argent,

c'est le moment.

Adieu le Champagne.

L'entrepôt a été repéré.

-Nom de Dieu. -Et Lulu ? -Ben, Lulu, je regrette, mais...

-C'est moche. On peut vraiment pas ?

-Quoi ? Je sais pas par où il passe.

Non, c'est foutu. Foutu.

Tu ne sais pas, toi ?

-Non.

-Mais qu'est-ce qui te prend ?

Mais où vas-tu ? -Je vais chercher Lulu.

-Mais enfin, où ça ?

Tu es fou ! -Moi, je sais par où il passe.

-Et t'as rien dit à Paul ?

-Si j'étais un homme, je pourrais me passer de Paul.

-Mais j'ai pas dit ça. -Eh bien, tu ne le diras plus.

-Mon chéri, et le couvre-feu ?

-Je m'en fous. -Laisse. Lulu se débrouillera. -Ce n'est pas Lulu. -L'argent m'est égal.

-Ça n'est pas non plus une question d'argent.

Bruit de pas.

Moteur de voiture.

Lulu !

-Espèce de con !

-Lulu !

Arrête !

-Ça y est, on arrive.

Au bout, tu prendras à droite.

-Arrête !

Arrête, Lulu !

Arrête !

Lulu ! Arrête !

Coup de sifflet.

-De quoi ils se mêlent ? -On les sème ?

-T'es fou ! Pourquoi ? Arrête, tu vas voir. Je veux pas

qu'ils me fassent chier.

Qu'est-ce qui se passe ? -Excusez-nous, c'était pour lui.

Vous avez le droit de circuler la nuit ?

-Qu'a-t-il fait ?

-Il était accroché au camion et il y a le couvre-feu.

-Moi, je donne la permission.

Vous étiez fatigué ?

-Oui, monsieur. -Alors vous montez.

Si je le laisse, vous remmenez au poste.

Moi, je l'emmène chez ses parents,

parce que ça veut dire que les Allemands sont humains.

Heil Hitler !

Qu'est-ce qui se passe ?

-N'y va pas, y a les flics.

-Quoi ?

-Une lettre d'Antoine. -Ah ? -Ça t'étonne ? -J'en attendais pas tant.

-C'est presque inquiétant. Tout va bien.

-Et une longue. -"Chers papa, maman, Pierrette,

"Le voyage s'est bien passé, sauf que j'ai été debout longtemps."

Je lui avais bien dit de retenir sa place.

"Papa va dire que c'est bien fait et que j'aurais dû retenir ma place."

Ils rient.

Enfin...

"J'ai trouvé le beau temps et nous avons tout de suite fait

"une promenade dans la forêt.

"Nous avons emmené Gribouille, le chien des fermiers,

"une brave, grosse et gentille bête."

C'est un bon fils, il en met long. -Te moque pas de lui.

-Mais je blague. Au contraire, je trouve ça très touchant.

"La mo... Les..."

Oh, quelle écriture.

Pierrette pleure.

-Qu'est-ce que tu as ?

-Rien. C'est de penser à Antoine.

J'ai pas de mouchoir.

-Mais qu'est-ce qui se passe ?

Elle est pourtant pas jalouse. -Je sais pas.

-"...une brave, grosse et gentille bête.

"La végétation est en retard,

"tout était calme..."

-Mon Dieu ! -Qu'est-ce que c'est ? -Le bulletin trimestriel de ton fils,

ce monsieur qui s'attendrit sur le chien des fermiers.

-Ça veut dire quoi ? -Je comprends pas. Il était toujours dans les premiers.

Rappelle-toi le bulletin de Noël. C'était parfait.

Regarde-moi ça.

22e, 13e, 8e.

-"8e" ? -En allemand, ils sont 9.

Et les notes des professeurs : "Relâchement", "Chute verticale."

Attends, pour commencer,

je le fais revenir demain, le bonhomme.

Qu'est-ce que t'en penses ?

-Je sais pas, moi. Il est peut-être fatigué.

-Il se porte comme le Pont-Neuf. Il se laisse aller, c'est tout.

-Il a dû lui arriver quelque chose.

-J'aimerais savoir ce qui peut arriver à un garçon de 17 ans,

à qui, précisément, il n'arrive rien.

-Une histoire de femme.

-Quoi ? "Une histoire de femme" ?

Elle est bonne, celle-là. "Une histoire de femme."

C'est bien une histoire de femme, ça, tiens.

-Merci, mon petit Chou.

-Peut-on savoir comment vous annoncerez la nouvelle ?

-Oui, gros malin, on peut.

-Ils vont chercher partout leur petit, si tu leur caches.

-Je sais, je sais. J'y ai pensé.

Comment trouves-tu mes bas ? -Ravissants.

-Tiens, dessine-moi la couture. -Oui.

-L'idée, c'est qu'il puisse vraiment plus rentrer chez lui.

Suppose que la police recherche Antoine.

-"La police" ? -J'ai dit : "Suppose."

Dans ce cas, que fait Antoine ? Il disparaît.

-Oui. -Eh ben, t'as compris.

Un policier s'amène

chez ses parents et... Tu me chatouilles.

Il leur dit : "On le recherche pour ça. Où est-il ?"

Ils savent pas.

Le lendemain, Antoine leur écrit :

"N'ayez pas peur, je suis à l'abri."

Là-dessus, il revient pas à la maison,

et tout le monde est content. Non ?

-Oui.

Oui, le coup du faux policier.

Et t'en as trouvé un ?

-Mieux que ça, mon vieux.

La Gestapo. -Ne bouge pas comme ça.

-Ben, moi, j'ai un uniforme.

-C'est lui qui fera le coup.

-Bravo. Vous lui devez ça.

-Sans lui, à l'heure qu'il est, je déjeunerais à Fresnes.

-Et toi, t'es d'accord.

-Mais parfaitement. Il est d'accord.

-Pas toi ?

-Oh, moi, tu sais... Après tout, tes parents... -Ben, justement. Tu comprends pas.

Depuis qu'on est ensemble, Antoine leur ment toujours.

Tu crois que c'est agréable, de vivre comme ça ?

Crois-moi,

il vaut mieux leur mentir un bon coup

puis plus jamais.

C'est plus franc. T'es pas d'accord ?

-Mais comment donc ?

-Lulu ira tout à l'heure. -Non, ce soir.

Je veux pas que ma mère soit toute seule.

-Tu es un bon fils.

-Mon père arrive à 18 h 30. Pas de blague.

-Jawohl, Herr General.

-Mes enfants, chacun fait ce qu'il peut.

Je vais chercher l'argent.

-C'est ça. Il le gagne et tu l'encaisses.

-Si tu permets, prends ma part.

-Non, gardez, mon brave. Heureux de te servir.

-Il a raison, il a rien fait. Garde tout.

-Tu vois ? Une vraie petite femme d'intérieur.

-T'es pas fâché, hein, bonhomme ?

Toi, je t'adore !

Elle rit.

Attention à mes bas !

On tape à la machine.

On tamponne des papiers.

-Ah, je te tiens, petit cochon ! Petit voyou !

À ton âge, c'est dégoûtant.

Si je le disais à ta mère ? Tiens ! Et sournois, avec ça.

Profiter d'un crayon qui tombe, c'est honteux !

Je ne me méfiais pas !

Il claque la porte.

Il se racle la gorge.

-Ce que j'ai vu est regrettable.

-Ah ! Mais, M. Michaud, il a l'air de rien. Il est toujours après moi, à m'agacer, fourrer ses mains

et dire des saletés.

Parfois, il me fait peur.

-On dirait pas. Ne me faites pas croire qu'à vos âges... Quel âge a-t-il ?

-Je ne sais pas, moi. À peine 16.

Vous vous rendez compte ? -16 ans ?

C'est bien ce que je disais. Vous l'avez provoqué.

Avouez-le. -Comment voulez-vous qu'on sache ?

On est énervés par la guerre, c'est le moral qui tient plus.

On n'est pas toujours son maître. -Salut.

-Salut.

-En plein flirt !

-Exactement.

Allez. Et restez tranquilles, tous les deux.

-Quoi de neuf ?

Rien ?

-Si.

Mon fils a une maîtresse.

-Ah ? Bravo ! Et depuis quand ?

-Je sais pas. Je viens de l'apprendre, là, à côté.

-Pas Solange, tout de même ?

-Ah, non... Tu peux pas comprendre.

-Comment tu l'as su ?

-Depuis quelque temps, il fout rien au lycée.

-Il séchait les cours ? -Pire.

Le dernier partout, avec zéro.

-Qu'est-ce que tu vas faire ? -Je sais pas, moi.

D'abord réfléchir. Heureusement, j'ai le temps de voir venir.

Au moins, à la campagne, il est pas avec elle.

-Parce qu'elle est cul-de-jatte ? -Comment ça ?

-Elle a pas pu l'accompagner ? -Ah, mais tu as raison.

Ben, oui.

Et peut-être que Tiercelin est dans le même cas.

J'irai voir le père, tiens.

C'est un service à lui rendre.

Piano.

-Ça ira mieux. -Merci. -Garçon ?

Payez-vous.

-25 sur 100.

-S'il vous plaît, barman.

Cette dame, à la table, là-bas, avec le monsieur et la fille.

-Où ça ?

-Je suis sûr de la connaître.

Ah ! N'est-elle pas la personne qui dirige une maison...

très agréable ? -62, rue La Bruyère ? -Exactement. Très bonne maison.

-Je lui dirai, merci. C'est ma tante.

Le monsieur, c'est mon père. -Pardon, je l'ignorais.

-Mais je vous en prie.

-Ça y est, je le reconnais. Il vient chez moi en civil.

Ça serait un industriel du Nord.

-Tu confonds. -Du nord de l'Allemagne.

Pourquoi ils n'auraient pas un Nord ? Il peut être utile.

-Vas-y mollo, Lucette. Moi, j'ai des tuyaux sûrs.

Le débarquement, c'est pour le printemps.

Crois-moi que c'est pas le mom...

C'est pas le moment des affaires.

On a intérêt à rester bons Français.

-Si les Allemands foutent le camp ? -T'auras les Américains.

-Oui, c'est vrai. Je suis bête.

-Pour Monsieur ? -Rien, merci. Je voudrais seulement parler à M. Tiercelin.

-De la part de qui ? -M. Michaud. Il ne me connaît pas, mais Antoine, mon fils, est un ami de son fils.

-Je vais lui dire.

-Je tiens un rhume pépère.

-Tu as dit que j'étais là ? -Il serait revenu.

-Je vais lui dire quoi ?

-Je sais pas. Fais ça pour Antoine.

Va toujours voir.

-Je vous jure, vous et vos combines...

Va lui dire que j'arrive.

Je lui dis quoi ?

-Te fais pas de mouron. Il suffit de le regarder.

Employé honnête, pas un rond.

-Je t'ai dit de pas parler comme ça.

Ce que tu fais ordinaire.

Il est docteur en droit, figure-toi.

Et ça, c'est autre chose que le bac.

-N'empêche, ils sont pas drôles. -Ça dépend.

À Royan, où j'étais, il y avait un huissier chauve, instruit.

On n'aurait pas cru, mais comment il nous faisait rigoler !

-Tiercelin.

-Monsieur Tiercelin, j'hésitais à venir vous voir.

"Vous voir"... Surtout vous parler.

Vous parler de père à père.

-Je vous écoute.

-Eh ben, voilà. Il s'agit de mon fils et du vôtre.

Ces 2 garçons, vous le savez, sont à la campagne.

Je vous remercie un peu tard pour l'invitation, mais...

-"Mais" ?

-C'est à propos de ce voyage que j'ai des soupçons.

-Vous croyez qu'ils sont pas partis ?

-Non. J'ai reçu ce matin une lettre d'Antoine.

-Ah bon !

Je comprends pas. Qu'est-ce qu'il y a ?

-Monsieur Tiercelin, pour certaines raisons,

nous avons été amenés, ma femme et moi,

à nous demander si ce petit voyage ne cachait pas

quelques secrets de jeunes gens.

-Quoi, par exemple ?

-S'il ne s'agirait pas d'une petite escapade

dans laquelle ils ne seraient pas seuls.

-Ils seraient avec des poules... Des femmes ?

-Voilà. Vous y avez pensé comme moi.

-Pas du tout. -Ah ? -Vous pouvez être tranquille, car votre fils, excusez-moi,

je ne sais pas, mais pour ce qui est de mon Paul, non.

J'en serais sur le cul. Pardon. -Je vous en prie.

J'admire votre belle confiance. -C'est pas ça.

Pour les femmes, j'ai pris mes précautions sur la chose.

-Ah, vos "précautions" ?

-Enfin, j'ai fait ce que j'ai pu.

C'est pas compliqué.

Le jour où Paul a eu ses 14 ans, je l'ai affranchi à fond.

-À 14 ans ?

-C'est le seul moyen de les empêcher de se frotter trop tôt.

On parle aussi bien assis, non ?

-Ma foi...

-Justement j'étais avec ma sœur.

-Je suis confus, je vous dérange.

-Elle sera ravie de vous connaître.

Tiens, Lucette, M. Michaud, le papa d'Antoine. -Madame.

-Asseyez-vous, M. Michaud. Mettez-vous à l'aise. -Merci bien.

-Tenez. Ça, c'est Olga. Elle travaille avec ma sœur.

Elle tient un institut de beauté. Elle lui donne un coup de main.

-Il me semble que Madame... -"Que Madame"...?

-Non, rien. Je voulais dire une petite galanterie.

-Mais ne vous gênez pas. -Dites-la, la galanterie.

-Non. Maintenant, c'est trop tard. Il faudrait reprendre.

-Mais je vous en prie. Reprenez. On a le temps.

-Eh ben, voilà.

M. Tiercelin disait que Madame tient un institut de beauté

et que Mademoiselle l'y aide, alors je voulais dire

que Madame n'a pas besoin d'aide en matière de beauté.

Ils rient.

Attendez, mais que si quelqu'un peut le faire,

c'est bien Mademoiselle.

-Tenez.

-Oh, très peu. -Mais si, un peu. -Merci.

-Nous étions sur l'éducation des enfants.

-Sur un point un peu délicat :

les rapports entre garçons et filles.

-Mais y a pas de mal.

-On disait même pas de cochonneries.

-C'est dommage.

-Écoutez-moi ça.

En vérité, le problème n'est pas le même,

pour un garçon ou pour une fille.

-Ce serait même le contraire. -Disons le complément.

-Quoique les curiosités soient les mêmes, à y bien regarder.

-"À y bien regarder", comme vous dites.

-Lucette,

voyons, on a dit "pas de cochonneries".

-Mais non, monsieur Tiercelin. On n'en dit pas.

Remarquez, en cherchant bien,

je pourrais peut-être, moi, tout comme un autre...

Quoique ce ne soit plus guère de mon âge.

-Combien vous avez ?

-Déjà un petit peu trop pour l'avouer.

-On ne dirait pas. -Et justement, je ne le dis pas.

-Olga...

-Mais on ne fait rien de mal.

-Toi, laisse pas la famille mourir de soif.

-Pardon. Tiens. Tu te marieras cette année.

Rires.

-La même chose. -Bien.

Merci, M. Paul. -Pas de quoi.

-Marcel, une autre bouteille à la table.

Surveille et dis à Antoine que ça va.

-Mais tu fais quoi ? -T'inquiète pas.

D'ici peu, Michaud père sera moins sévère avec Michaud fils. Va.

Olga, Olga !

Décidément, on peut pas la laisser.

Excusez-la, mais quand une personne lui est sympathique...

Qu'est-ce que Monsieur va penser de toi ?

-C'est vrai. Qu'est-ce que vous pensez de moi ?

-Rien que de très agréable.

-Ah, vous voyez ? Comme tous les hommes, vous voyez le mal partout.

Tandis que M. Michaud, au moins, c'est pas un cochon.

-Je peux avoir mes défauts, comme tout le monde,

mais on pourrait difficilement soutenir que je sois un cochon.

Ils rient.

Bruit de pas.

-Gestapo.

M. Michaud ? -Il n'est pas là.

-Ah.

Et Mme Michaud ? -Elle n'est pas là non plus.

-Ah.

À quelle heure ? -Je ne sais pas.

Je peux attendre ? -Non. -Mais je dois entrer.

Ben, ouvrez, quoi.

Nous reviendrons ce soir.

Piano.

-Je ne vous connaissais pas et je vous tiens la main.

Cela vous paraît peut-être naturel, mais pas à moi.

Je l'embrasserais, même, si je voulais.

-C'est pas difficile.

-En effet.

Ils rient.

En ce moment, je suis content, Olga.

Vous permettez que je vous appelle Olga ?

Oui, naturellement, vous permettez.

Même content d'être content, si vous comprenez.

-Ben, forcément.

-D'ailleurs, si vous ne comprenez pas, ça ne fait rien.

Oui... Content comme si en ce moment, il n'y avait plus la guerre.

Je suis bien, vous savez.

-Mais moi aussi, vous savez. Ça se voit ?

-Ben, oui, on dirait. Et je me demande pourquoi.

-Peut-être que vous me plaisez. -"Peut-être" ?

Ce qui nous arrive est bien étrange.

Et bien touchant, n'est-ce pas ?

Ne remuez pas, ne bougez pas,

ne touchons à rien.

-On reste ou on s'en va ?

-Ce serait presque pareil. Vous ne pourriez rien me donner.

-Oh, ben, si, tout de même. -Oui, bien sûr. Mais moi, que vous donnerais-je ?

Je ne suis pas bien jeune, je ne suis pas beau.

-Oh, pourquoi vous dites ça ?

-Parce que...

Parce que ça n'a pas d'importance, en ce moment. "En ce moment."

Je n'ai jamais dit aussi souvent "en ce moment" qu'en ce moment.

Et entre vous et moi, qu'est-ce qu'il peut y avoir ?

Juste un petit moment de folie. Hein ?

-Eh ben, justement. Pourquoi pas ?

-Oui, "justement"... "Pourquoi pas" ? Hein ?

-Ça ne vous est jamais arrivé ?

-Je n'ai peut-être jamais rencontré personne qui soit assez fou.

-C'est une chance que je sois là.

-Oui. Une très grande chance, Olga.

-Ah ?

Olga est revenue.

Vous étiez en voyage ? -Oui, j'étais à Royan.

Vous connaissez ? -Oui, j'y ai été.

-Vous avez vu comme ils construisent ?

-Le mur de l'Atlantique.

Ça tiendra ce que ça tiendra.

-Je pense qu'il tiendra.

-Sans vouloir vous contredire... -Mais ça a l'air solide.

Et puis Monsieur le sait bien, il est dans l'artillerie.

-Capitaine Hatzfeld. -Je m'en doutais.

Michaud.

-C'est le charme des bars parisiens.

On peut négliger un peu les convenances.

-Vraiment ? -"Vraiment." -Alors soyons inconvenants.

Mon capitaine, vous avez perdu la guerre.

-Nous sommes vainqueurs partout.

En France, en Russie, en Grèce, en Norvège.

Mais il est toujours possible que nous perdions la guerre.

Alors nous gagnerons la prochaine.

-Il n'y aura pas de prochaine.

-Monsieur, vous ne connaissez pas l'Allemagne.

Olga.

Monsieur.

-Eh ben, vous manquez pas de culot.

-Oui, on dirait. Comment cela se fait-il ?

Y a longtemps que je voulais le dire et je ne le faisais pas.

Et je l'ai fait.

C'est ça qui est tellement épatant, avec vous.

-Vous venez ?

-Oui, mais il va croire qu'il m'a fait peur.

-Pensez-vous, il a compris. Allez, venez.

-Permettez.

Là.

-Déjà ? -J'habite de son côté.

-Elle ne sait pas où j'habite. -Méfiez-vous. Elle devine tout.

-Pardon. -Je vous en prie.

-De la part du patron.

-Vous présenterez mes hommages à Madame votre sœur.

-Elle vous a trouvé très sympathique.

À bientôt, j'espère. -Je le souhaite. Après vous.

Le barman, c'était un billet doux ?

Ils rient.

-C'est toi ? -Oui, c'est moi. Je suis un peu en retard.

Je n'arrivais pas à me défaire de Tiercelin. Un homme délicieux.

-Charles... -Quoi ? -Ah, mon chéri...

-Mais qu'est-ce qui se passe ?

-La Gestapo est venue.

-"La Gestapo" ? -Un Allemand.

Pierrette l'a reçu. Elle était seule.

-"Pierrette" ?

Tu n'as pas eu peur ? -Un peu, si.

-Qu'est-ce qu'il t'a dit ? -Rien. Il va revenir.

-Rien d'autre ? -Non.

Il veut quoi ? -Je sais pas. -Dis-le-moi. Tu me caches quelque chose ?

-Allons, tu sais bien que non.

Cherchons, raisonnons, on ne sait jamais.

Je n'écoute pas la radio, je ne connais aucun Juif.

C'est pas ma faute, mais c'est comme ça.

Oh, mon Dieu ! -Quoi ? -Ils n'auraient pas eu le temps. Mais si, c'est possible. Oh là là !

-Mais quoi ? -J'ai eu une algarade avec un officier allemand.

-Où ça ? -Chez Tiercelin. Oh, c'est idiot. Et il sait mon nom !

-Mais t'es fou ?

-Ben... Il m'avait dit le sien.

On sonne à la porte.

-Vous, monsieur Michaud ?

-Oui, c'est moi.

-Je voudrais parler à votre fils, Antoine.

-Ah, mon fils ?

-Je voudrais parler à lui. -Il n'est pas ici.

-Je m'en doutais. Où est-il ?

-En voyage, je ne sais pas où.

-Vous lui laissez une grande liberté, je pense.

-Oui, très grande.

-Et il en profite pour se livrer à des activités dangereuses pour lui.

-Vous m'étonnez, monsieur. Je crois connaître mon fils...

-Nous aussi, nous le connaissons.

-On lui reproche quoi ?

-Je n'ai pas mission de répondre, seulement de le trouver.

En refusant d'indiquer son résidence...

Sa résidence, vous aggravez son cas.

-Je ne peux rien vous dire de plus.

-Alors nous reviendrons.

Pierrette pleure.

Peut-être ce n'est pas beaucoup grave.

Ne soyez pas trop inquiets.

-Sale hypocrite.

Oh là là... Dis donc.

Quelle chance qu'il soit pas là.

Mais Tiercelin m'a pleinement rassuré.

Ils sont à la campagne. -Qu'il revienne pas.

-Ah non, alors. -Papa ? -Oui ? -Il est pas à la campagne. -Qu'est-ce que tu dis ?

-Je l'ai vu hier dans la rue à bicyclette. Il m'a pas vue.

-Mais pourquoi tu l'as pas dit ? -Tu es sûre de ça ?

-Oui. Je voulais pas le cafarder.

C'est pour ça que j'ai pleuré avec sa lettre.

-Mais cette lettre...

-Un alibi, c'est évident.

-Il savait qu'on le recherchait.

-Et c'est pour ça qu'il a pris le large.

Sacré Antoine.

-Pourquoi ne pas nous en avoir parlé ?

-C'est élémentaire. Un clandestin doit se cacher.

Même de ses proches. -Ah... -Allez donc chercher pourquoi il ne travaillait plus.

-Et cette mine qu'il avait.

-Tous ses retards,

les mauvaises excuses qu'il inventait.

-Et quand il devait soi-disant prendre son train,

il arrivait pas à s'en aller, le pauvre.

-Et je le bousculais. -Pauvre Antoine. J'ai honte. -On est bêtes, quoi. -On comprend rien.

-Voilà M. et Mme Michaud qui n'ont jamais pris aucun risque.

Eh ben, ils ont quand même un garçon épatant.

-Ils en sont tout fiers. -Ah oui.

On est fiers. On devrait pas, mais on est fiers.

Rappelle-toi, je te disais : "Nous aurons traversé cette époque

"sans qu'il nous soit rien arrivé."

Eh ben, si. Il nous arrive Antoine.

On voudrait bien lui dire ça, on voudrait l'embrasser,

mais il faut se réjouir car il n'est pas là.

-"Pas là." Mais comment l'avertir ?

-Ben... Peut-être par Tiercelin ? -Non, puisqu'il a confirmé la campagne.

-Raison de plus.

Suppose que son fils, lui aussi...

Piano.

-D'accord, merci. J'arrive.

-Madame, messieurs.

Ah, un peu de cognac.

Voilà.

-OH !

-C'est rien, on va s'éclairer à l'omelette.

Ce ne sera pas long, c'est une coupure. Je vais téléphoner. Tiens.

-Barman ? -Oui ?

-M. Tiercelin est là ? -Y a une panne.

-Mais c'est...

-OH !

-Lumière ! -N'éteignez pas, voyons.

-L'homme qui est entré... Je veux voir M. Tiercelin.

Allez me le chercher.

C'est très grave. C'est capital pour son fils.

-Bon...

-Lulu !

Eh, Lulu !

Viens.

-Excuse-nous, je mourais de faim. -Pas de mal.

-Comment c'était ?

-Très bien. -Paul nous apporte l'argent.

-Tu veux des huîtres ? Elles sont encore bien.

-Merci. Et le pâté ? -Tu veux goûter ?

-Alors ?

Comment ils ont pris ça ? -J'y ai été 2 fois.

-Ça a été dur ? -Non, pas ça, mais...

-Et ma mère était là ?

-Oui, elle était là ! -On aide les amoureux.

-Vous, taisez-vous ! Elle était là et ça aurait pu la tuer. Assassin !

-AH !

-Voilà ce que tu es. Mon fils est un assassin.

Comment as-tu pu ? Cette comédie répugnante...

Petite crapule qui va courir la putain !

-Monsieur, soyez poli.

-Vous, taisez-vous ! Il a fallu que tu inventes ça ! La Gestapo, la Résistance.

Et de te faire plaindre et admirer.

Tu me dégoûtes !

Pendant ce temps, la Gestapo en cherche pour de bon.

Grand lâche ! Sale voyou !

Elle s'occupera de vous aussi, la Gestapo.

-Je rendais service. -Elle aussi.

Détournement de mineur. On verra s'il y a une justice.

Rires.

-Encore lui ? -Il disait que c'était grave.

-Tu vas voir. Je vais arranger ça vite fait.

-Vas-y, trouve quelque chose !

-Ça va, les histoires. On est ici pour bouffer.

-La barbe. Foutez-nous la paix. -Assez ! -Ça suffit ! Y en a marre !

-Oh, "assez" vous-mêmes !

Buvez du Champagne et bouffez quand les autres crèvent !

Oh, toi, hein ! Fermez vos gueules et laissez parler les honnêtes gens !

Ils ont plus de souliers mais ils vous botteront les fesses.

-Bravo !

Brouhaha.

-Compris ? Allez, picolez, si ça vous amuse !

-Qu'est-ce qui se passe ? -Regarde. Tu vas voir.

-Qu'on aille chercher un agent. -C'est tout ce que je veux !

-Non, pas la peine. Pas d'agent.

-Ils me font pas peur, à moi ! -ASSEZ !

-Qu'est-ce qui se passe, mon chéri ? Crie pas.

Tu vas te faire du mal.

Tiens, mais c'est Yvette.

-Tu es l'amie de M. Michaud ?

-Et alors ? Qui est ce grand garçon ?

C'est ton fils ?

-Allez, viens, papa.

-M. Michaud, ce sont des papiers qui concernent Antoine.

Je vous les donne à vous.

-C'est l'argent du Champagne ? -Avec ma part.

-Voleur. Tu devais me le donner.

-Il est beaucoup mieux là où il est.

-Cette brave Olga.

-T'es un beau fumier.

-Monsieur, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?

-Et comment est-elle, cette...

-Yvette.

-Une de ces femmes comme on en trouve dans les bars.

Bon, ben... Va dormir, maintenant.

Si tu peux.

Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

-C'est à toi ?

-Ça me revient sur une affaire de Champagne.

-"Champagne" ? -Et en plus, le marché noir. Ben, alors...

-Ça doit faire 400 000.

-400 000 F ?

-Oui, avec la part de Paul. -Ah, bravo. Toi, modestement, 200 000 F te suffisent.

-Comment, Antoine, une telle somme ?

-Ça, c'est exceptionnel. Un coup formidable. Un camion.

-Oh, je t'en prie. Tu vois, le personnage est complet.

-400 000 F ! -C'est pas la question.

-Il s'agirait de 1 000 F, ce serait pas mieux.

Ma parole, tu...

-Non, mais tu sais, on ne s'étonne plus.

-Eh bien, moi, je m'étonne encore.

Toi, je t'ai dit d'aller dormir.

Nous reparlerons de tout ça demain.

J'en fais quoi, de cet argent ?

Il va falloir le donner au Secours national.

Oui, je sais pas à qui le rendre.

-Le rendre ? -Tu vas pas le garder ?

-Mais si. C'est pas de l'argent volé.

-Tu trouves ? -Ou volé à des voleurs.

-Je ne vais pas prendre de l'argent du marché noir.

-Moi, si. Je veux qu'il y retourne, justement. J'ai envie de nourrir et d'habiller ma famille.

-Pas 400 000 F.

-C'est pas une question de chiffre, tu l'as dit.

-Je ne veux pas recevoir d'argent d'un gamin.

C'est inacceptable. -Antoine ? Il sera ravi de faire ça pour nous. Tu le connais pas.

-Tu parles... Sirènes.

-Allons bon.

-Je leur ai dit que je t'avais vu, mais pas avec une femme.

-Tu es gentille.

-Qui c'est ? -Oh...

-Tu peux bien me le dire.

-C'est une femme que j'aime beaucoup, Pierrette.

-Les enfants ! On descend à la cave.

-Je veux bien descendre, mais pourquoi aujourd'hui ?

Ah, tu le gardes ? -Je le préserve.

Bombardements.

Pardon. Bombardements.

Pardon.

Il fait pas chaud, dans cette cave.

Dis-moi, Antoine,

il s'en est passé, des choses, dans une seule journée.

-Puis une alerte, pour finir.

-Une fausse alerte, peut-être.

On est jamais si tranquilles pour parler qu'au milieu de gens,

et qui ont un petit peu peur.

-Je n'ai pas peur, moi. -Moi non plus, crois-le bien.

Je voulais seulement te dire, à propos de ce qui s'est passé

chez ton ami Tiercelin...

-Tu peux y aller, va.

Je ne l'ai pas volé. -Non, je ne pense pas à ça.

J'ai fait une belle colère, Antoine.

C'est vrai que tu l'avais pas "volé", je vois que tu l'as compris.

Mais je pensais à autre chose.

-Ah ?

-Oui, cette jeune femme qui est intervenue au dernier moment...

-Olga ?

-Tu la connais ? -Oui.

-Ah bon ?

Je ne sais pas ce que tu as pu penser.

-Je n'ai rien à penser. -Mais si, mais si.

Tu as été sûrement un peu surpris de la façon dont elle s'est...

Il y a une chose, Antoine, que je veux te dire...

-Je t'en prie.

-Je veux que tout soit bien clair entre nous.

Voilà. Je l'avais déjà rencontrée cet après-midi.

Et je crois qu'elle s'est prise pour moi d'un sentiment...

un peu trop tendre.

Elle l'a manifesté en toute ingénuité.

Mais si elle avait su qui tu étais...

-Elle le savait très bien.

-Ah ?

Et comment ?

-Papa...

Je te demande pardon, mais je voudrais te dire quelque chose.

Tu te trompes sur le rôle qu'Olga a joué ce soir.

Elle t'a sauté au cou devant tout le monde

parce que M. Tiercelin est allé la chercher exprès pour ça.

-Qu'est-ce que tu racontes ? M. Tiercelin ?

Antoine... -Je le sais, il m'a tout raconté.

Exactement comme il te l'avait jetée dans les pattes cet après-midi.

Il en était même assez fier.

-Je ne vois vraiment pas pourquoi.

-Si, papa.

Maintenant, tu vois très bien.

Pour qu'après, tu n'aies plus rien à dire à personne.

-Ah ! Tu crois ?

Oui, évidemment...

Tu as raison.

Je n'ai plus rien à dire.

Bombardements.

-Mais si, continue.

Ça t'a pas gêné, tout à l'heure.

Tu m'entends ?

-Oui, oui. Excuse-moi, Antoine. C'est pas à toi que je pense en ce moment, c'est à moi.

Oui... Je viens de vieillir d'un seul coup.

Oh, c'est pas l'histoire d'Olga.

Elle aurait pu m'arriver quand j'avais 20 ans.

Elle a dû m'arriver... Elle m'est arrivée.

Non, mais c'est parce que tu es devenu un homme,

sans que je m'en aperçoive.

-Moi non plus, tu sais, je ne m'en suis pas aperçu.

-Ah ?

Alors tu ne l'es peut-être pas encore ?

Te presse pas, va.

Prends ton temps.

Les bombardements se rapprochent.

-Cette fois, c'est tombé dans le quartier.

-C'est tombé au 52. Il faut déblayer. On demande des volontaires.

Sous-titrage : Eclair Group

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