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LES ANGES MARQUÉS
Des scènes de ce film ont été tournées
dans la zone américaine de l'Allemagne
avec la permission de l'Armée américaine.
Ne les brusquez pas, ils sont très fatigués par le voyage.
Faites-les sortir.
Les enfants, levez-vous et sortez !
La guerre est finie,
mais pauvreté et souffrance existent encore en Europe.
Ces enfants, emmenés en Allemagne pendant la guerre,
erraient, sans foyer, sans patrie, trouvés dans des camps.
Des enfants, vraiment ?
On dirait de petits êtres très vieux.
Leur flamme est éteinte, il n'y a plus en eux que la peur.
La peur d'être punis et frappés.
La vue d'un uniforme les terrifie.
Ceux qui les persécutèrent étaient en uniforme.
Ces enfants devaient obéir aux ordres.
Ils ne peuvent comprendre qu'on désire les secourir.
Ils se meuvent comme des machines, enfermés dans un silence pesant.
Ils ne représentent qu'un petit groupe
parmi les millions d'orphelins hébétés, sans foyer.
Ces enfants avaient droit au bonheur.
La guerre leur a retiré ce droit.
Du pain !
Du pain, qui est là pour être mangé.
Mais cet enfant le cache.
Il y a eu trop de jours sans un morceau de pain,
trop de jours sans nourriture.
Et toi, petit garçon aux grands yeux tristes,
tu as tellement mangé avec tes doigts
que tu ne sais plus te servir d'une cuiller.
Finie cette habitude
de devoir montrer qu'ils ne cachent pas de pain.
Faites coucher les enfants.
Mais où ? Tout est pris.
- Nous dressons des lits en plus. - Entendu.
C'était autrefois une caserne, une caserne allemande.
Maintenant, elle a d'autres fonctions.
Il y a longtemps que ces enfants n'ont couché dans un vrai lit.
Leurs porte-bonheur, ultimes souvenirs du foyer familial.
Ils les gardaient jalousement, comme un trésor, durant leur errance.
Pas de voix d'enfants, pas de rires d'enfants.
Dites-lui de s'asseoir.
Au suivant !
C'est son frère.
Père, professeur de musique à Piotrków, en Pologne.
Parents tués à Bergen-Belsen.
- Elle travaillait comme esclave ? - C'est exact.
Miriam Sziget, de Budapest. Parents gazés à Dachau.
Qu'a-t-elle dit ?
Elle devait trier les vêtements des victimes.
Elle travaillait près du four crématoire.
Elle y trouva le corsage de sa mère.
Mais dites-lui donc quelque chose !
Au suivant !
Le petit avec un bonnet.
Je ne peux rien tirer de ce garçon.
Nous ne te ferons pas de mal.
Je crois qu'il a compris.
Il a peur. Regardez ses yeux.
- On lui a parlé ? - On a essayé.
Demandons à son ami.
- Ils sont frères ? - Non, ils sont amis.
- Est-il allemand ? - Je ne crois pas.
Voyons, dis ce que tu sais.
- Doucement ! - Vous avez raison.
Ecoute petit, nous sommes là pour t'aider.
Alors, comment t'appelles-tu ? Quel est ton nom ?
Il ne sait pas son nom. Voyons la nationalité.
- Où es-tu né ? - Je ne sais pas.
- D'où viens-tu ? - Je ne sais pas.
Toujours : "Je ne sais pas".
Il croit que c'est un interrogatoire.
Je vais parler à l'enfant dans une autre langue.
Il réagira peut-être.
Laissons-le. Il lui faut du repos, de la confiance.
Nous l'enverrons à l'UNRRA d'Ansbach. Il y sera bien soigné.
J'arrangerai cela aujourd'hui.
- Va t'asseoir. - Je ne sais pas.
Au suivant !
Pourquoi ne parles-tu pas ?
D'où viens-tu ? Où est ta maison ?
Où est ton père ? Où est ta mère ?
C'était en Tchécoslovaquie, il y a quelques années.
Tout le monde, en ville, connaissait le bon Dr Malik.
Voici la famille Malik. Le père.
La mère, Mme Hanna Malik.
Leur fille, Vlasta.
Il y avait aussi un petit garçon, Karel.
C'était une famille heureuse.
L'ennemi avait occupé le pays.
La persécution des intellectuels tchèques
finit par atteindre les Malik.
La famille fut dispersée.
Le Dr Malik et sa fille, déportés.
Pendant longtemps, la mère et Karel furent en camp de concentration.
Maman !
Le temps passa.
Lorsque Karel fut séparé de sa mère,
son esprit s'obscurcit peu à peu.
Il a beaucoup erré,
rencontré des gens de toutes langues
et appris à chaque fois quelques mots.
Il parle rarement. Pourquoi parler ?
Il sait que cela ne servirait à rien.
- Mlle Thompson ? - Oui, Mme Murray ?
- Ils sont 22. - Je vais vérifier.
Ces enfants vont au camp spécial.
- Je le dirai au chauffeur. - Merci.
Allez, les enfants. Montez !
Restez dans votre groupe !
- Que se passe-t-il ? - Ils ont peur.
- Mais pourquoi ? - A cause de la croix.
Et alors ?
C'est en ambulance
qu'on emmenait les gens pour les gazer.
Dites-leur que nous prenons ces ambulances faute de camions.
Dites-leur qu'ils vont être bien traités.
Betty, en vous voyant monter, ils auront confiance.
Montez. Vous ne risquez rien.
Vous n'avez rien à craindre.
A travers ce qui fut le Reich allemand
fuient ces routes larges, droites, et sans fin.
Sur ces routes errent des gens, n'allant nulle part.
Hanna Malik erre aussi.
Elle survécut et rentra chez elle.
Elle y apprit la mort de son mari et de sa fille.
Aucune trace de Karel.
Elle décida de le retrouver.
Elle a cherché Karel dans toute l'Allemagne.
Elle a beaucoup, beaucoup marché.
Excusez-moi. Pourrais-je parler à M. Crookes ?
C'est moi. Que puis-je faire pour vous ?
On m'a donné votre nom.
Je serai brève, c'est dimanche, aujourd'hui.
Ça ne fait rien. Entrez.
Vous venez de loin ? Vous êtes fatiguée. Asseyez-vous.
Qui cherchez-vous ?
Vous cherchez bien quelqu'un ?
Mon petit garçon.
Je m'appelle Mme Malik, je suis tchécoslovaque.
Vous parlez bien l'anglais.
On l'étudiait, chez nous.
Quelle chance pour moi !
Nous ne sommes pas très bons en langues.
Pourquoi vous adressez-vous à moi ? Avez-vous un indice ?
- Pardon ? - Je veux dire, une piste ?
Non. Je trouve parfois une trace, qui n'aboutit à rien.
Voilà sept mois que je cherche.
Au hasard ? Cela a-t-il un sens ?
Mon enfant est tout pour moi.
Je comprends. Vous espérez...
- Comment s'appelle-t-il ? - Karel.
Karel Malik.
Avez-vous déjà entendu ce nom ?
Un instant.
Avez-vous demandé au bureau des recherches ?
J'ai demandé partout !
Sans résultat...
Quel âge a-t-il ?
Presque dix ans.
- Blond, les yeux gris ? - Oui.
Nous avons de la chance ! Votre fils vit.
Il vient d'arriver ici. Regardez cette carte.
Votre nom me disait quelque chose, mais je voulais être sûr.
Vous n'êtes pas bien ?
Je me sens très bien.
- Je suis désolée. - Préférez-vous l'attendre ici ?
Venez.
Que je suis bête ! Comme si vous pouviez attendre !
Je m'en souviens. Il a offert d'être enfant de chœur.
Il est à la chapelle.
Je vous l'amène.
Curieux... il refuse.
Cela arrive aux enfants
qui n'ont pas vu leurs parents depuis longtemps.
C'est sans importance.
- Soyez calme. - Entendu.
Viens, viens, ta mère est là.
Ce n'est pas mon enfant !
- Etes-vous sûre ? - Oui.
Il pourrait avoir changé.
Je le reconnaîtrais !
Il parle polonais ! Ce n'est pas mon fils !
Regarde cette carte. Est-ce ton nom ?
- Comment ? - Il dit que c'est son nom.
Un instant.
Je crois qu'il n'est ni tchèque ni polonais.
Il est allemand. Il s'en faufile souvent, à l'UNRRA.
Ils cherchent un refuge. Ils ont faim, eux aussi.
En le quittant, sa mère lui défendit de jamais dire son nom.
Ce n'est pas Karel ? Où a-t-il trouvé son faux nom ?
Qu'a-t-il dit ?
A l'appel, Karel Malik ne répondant pas,
il a pris son nom.
C'est important, demandez-lui pourquoi il a caché son nom.
Il craint une punition.
On ne lui fera rien. Promettez-le-lui.
Il s'appelle Joel Makowsky.
Je comprends tout. Un enfant juif.
Il s'est mis dans de beaux draps !
Ils l'ont cru catholique.
Il avait si peur qu'il l'a laissé croire.
Il se sentait protégé, dans ce surplis.
Attendez-moi.
Je vais veiller à ce que rien ne lui arrive.
Que fais-tu là ?
Allez, viens.
Tu as faim, hé ?
Charmé de te connaître.
Hé, reviens !
Ne cours pas si vite !
Je t'ai eu !
Reste tranquille !
Monte !
Ah... tu es beau !
Tu en as, des ampoules !
D'où viens-tu ?
Tu ne comprends pas mon allemand ?
Apparemment, non.
Va là. Allez !
Reste tranquille !
Allez, toi le premier.
Vas-y, avance.
J'habite ici.
Viens !
On dirait un gros lapin. Je vais t'attraper par les oreilles.
Fisher ! J'ai un cadeau pour toi !
Tu ne t'en iras pas d'ici !
Il est encore un peu sauvage, mais il s'apprivoisera.
Mes poissons rouges !
Le voilà !
Ne le laisse pas s'échapper !
J'en ai assez des poursuites !
Fais attention !
Reviens !
Tu es pris. Rends-toi.
"Un peu sauvage" ! A quand, l'apprivoisement ?
Tu veux bien te calmer ?
Laisse tes satanés poissons et viens.
- Tu l'as ? - Oui.
Regarde ça.
- Que lui est-il arrivé ? - Va savoir.
Fourrons-le dans un bain.
Le pied, d'abord. On désinfectera le reste plus tard.
- Il a des poux ? - Il en est couvert.
Tiens-le !
Ce type qui te tient est du Gouvernement Militaire.
Inutile de lutter.
Dois-je te calmer avec une piqûre ?
Voilà qui est mieux. Apporte de l'iode.
Non... de l'alcool.
Tiens-le, il va hurler.
Tu es très brave.
- Ce garçon a du cran. - Brave petit !
- Quel est son nom ? - Il ne veut rien dire.
Simple rencontre ?
Il est venu et m'a mangé mon déjeuner.
Il meurt de faim !
Tu as vu le colonel ?
Oui, je lui ai parlé. Je pourrai bientôt rentrer.
- Tu as trouvé un bateau ? - Je m'y emploie.
Camp de concentration.
Que signifie ce "A" ?
Auschwitz.
Tu étais à Auschwitz ?
Il nous prend pour des nazis. Je comprends sa terreur.
Il le cache.
Et moi qui l'enferme et lui montre une seringue !
Tu connais leurs méthodes avec les enfants !
Que faire ?
Ce qu'on fait ?
- Tâcher de lui donner confiance. - Ce n'est pas simple.
Regarde.
La porte est ouverte.
Tu es libre de sortir.
Salut !
Tu peux sortir.
- Il ne te croit pas. - Viens.
- Il fuira. - Soit, c'est un risque.
Nous sommes au courant.
Joel Makowsky est un de nos nouveaux.
Il fait partie du groupe qui va en Palestine.
Tous ces enfants sont juifs.
Votre fils ne peut être avec nous.
Mais il a pu passer par ici.
Je vois.
Je suis désolée, mais vous devez attendre.
- Pouvez-vous signer ceci ? - Dans un instant.
Mlle Thompson, vérifiez si un Karel Malik a été enregistré.
M.A.L.I. K ?
- Oui, né en 1936. - Très bien.
- Avez-vous consulté le bureau ? - Oui, plusieurs fois.
On a un signalement ?
Oui. Mais pas de photo.
Ne perdez pas espoir.
On trouve des enfants tous les jours.
Un père a retrouvé ses deux filles ici, la semaine dernière.
Parents et enfants se retrouvent par des coïncidences étonnantes.
- C'est fréquent. - Je sais. Je ne perds pas espoir.
Pouvez-vous recevoir l'officier d'Intendance ?
- Et sur Malik ? - Rien encore.
Demandez à M. Barkley d'attendre.
Je vois combien vous êtes occupée.
- D'autres personnes attendent. - Attendez.
Essayons une nouvelle enquête.
Nous sommes surchargés. Mieux vaut demander deux fois.
Soyons extrêmement précis.
Karel a-t-il été tatoué d'un numéro ?
Non, pas tant que j'étais avec lui.
Comment était-il vêtu ?
Je m'en souviens bien. Il n'avait qu'un costume.
Une culotte en coton quadrillé.
Sa veste avait des poches, ici et là.
Il portait toujours un bonnet de laine gris
avec une raie blanche et un pompon.
- Avec une raie blanche ? - Un bonnet cousu à la machine.
Ce ne peut être celui de votre fils, mais...
Sous Malik, aucune référence.
Merci. Fermez la porte, s'il vous plaît.
Il était ici, j'en suis certaine.
Le voilà.
- Le bonnet de Karel ! - Vraiment ?
J'en suis sûre.
Je l'ai raccommodé moi-même, au camp.
Mme Murray, qu'y a-t-il ?
Votre fils était ici.
Mais il a fui...
et s'est noyé.
Oui ? Non, pas maintenant.
Il avait un ami. Ils ont fui ensemble.
On a retrouvé le corps de son ami. Ce sont ses vêtements.
Nous n'avons trouvé de Karel que ce bonnet.
Où est-ce arrivé ?
Près du pont. Le courant est assez fort.
J'y suis passée en venant ici.
M. Barkley ne peut plus attendre.
Attendez-moi ici. Je reviens tout de suite.
Je serais très heureux si l'UNRRA tentait de retrouver la trace
de la famille du garçon portant le numéro A 24328.
Que sais-je ? Rien... un numéro.
Particularités...
Ça ne sert en rien le bureau des recherches.
Ne sais-tu rien dire d'autre que : "Je ne sais pas" ?
Même pas "oui" ou "non" ?
N'importe quoi !
On a dû t'apprendre "oui" ou "non" dans une langue.
L'italien ?
Tu ne le fais pas exprès, j'espère ?
Tu ne vas pas rester une énigme !
Une enveloppe.
Attends-moi ici.
Que vais-je faire de toi ?
C'est notre dernière chance.
Qui s'occupera de toi, lorsque je serai à 6 500 km d'ici ?
Tentons un autre essai.
Quand je ne veux pas une chose,
je dis "non".
Compris ?
Enfin...
"Non", comme ça.
Dis "non".
Juste "non". Ce n'est pas si difficile !
Je te donne tout le temps, 30 secondes.
Aurais-tu l'obligeance de dire le mot "non" ?
N'en parlons plus. Merci de ta patience.
Je vais m'enivrer.
Une gorgée ?
Une gorgée ?
Je croyais bien te l'avoir entendu dire !
C'est magnifique !
C'est vraiment magnifique !
Dis, ne suis-je pas un génie ?
Il fallait dire "oui", tu sais.
Du chocolat.
Tu en veux ?
Mais d'abord, dis "oui".
Prends la tablette.
A la tienne !
Tu n'as même pas de nom !
Comment vais-je t'appeler ?
Michael ?
James ?
Kevin ?
Jim... Jim ! C'est toi !
Tu t'appelles Jim.
Je m'appelle Steve.
Toi, Jim.
Moi, Steve.
"Oui" et "non" suffisent pour aujourd'hui.
Nous sommes amis ?
Je vais à la poste.
Tu viens ?
- Tu viens ? - Oui, Steve.
Merci, Jim. Allez, viens.
Doucement. Malgré tous ces jours au lit,
vous devez encore vous ménager.
Mme Malik, voilà de quoi vous tenir au chaud.
Je viendrai vous chercher dans une demi-heure.
Comment avez-vous fait ?
Je leur ai dit : "Frappez-le, puisqu'il est sans défense".
Joel a beaucoup de problèmes. Ils le briment, car il est nouveau.
Ces groupes de Palestine se serrent les coudes.
Ils n'ont qu'eux-mêmes au monde.
Ils sont ici depuis des semaines, des mois.
Ils n'attendent qu'une chose : Partir de ce pays.
Si vous travailliez ici, quand vous serez rétablie ?
- Ici ? - Vous comprenez les enfants.
Merci, mais je ne peux pas.
Pourquoi ?
Comment dire ? Voyez-vous...
Vous dites que Karel est mort, mais je ne peux le croire.
On ne l'a pas retrouvé.
Même avec le plus petit espoir, je dois chercher encore.
Restez avec nous jusqu'à votre guérison complète.
Que ces enfants remplacent votre Karel.
Une fois guérie, vous déciderez.
Entendu.
La chaise.
La maison.
La blouse.
La fleur.
L'automobile.
Les Indiens.
L'oiseau.
L'arbre.
Continue.
- La cloche. - Non.
Toujours la même faute ! C'est un parapluie.
Le violon.
Le lit.
- Vois-tu d'autres lits ? - Là !
- Et ça ? - La fenêtre.
La table.
Le livre.
Le rasoir.
- Qu'est-ce que c'est ? - Le pont.
- Qui l'a construit ? - Toi !
La cloche.
Ça y ressemble, mais c'est une lampe.
Une cloche sonne, ding ding dong.
Les enfants disent "bim bam".
Bambi !
Bambi ? Où as-tu trouvé ça ?
Voilà Bambi.
Splendide ! Nous allons l'accrocher au mur.
Donne-moi une punaise.
Qu'est-ce que c'est ?
Une autruche.
- Une autruche dans un zoo. - C'est ça.
Et ça ?
Une grille.
Pourquoi une grille ?
Pour que l'autruche ne s'enfuie pas.
Une grille.
Tu sais, l'anglais te servira partout.
Tout le monde sait ce que signifie "O.K.".
Partout dans le monde.
Pas seulement en Amérique : Au Canada, en Australie, en Inde...
Même en Angleterre, on parle l'anglais !
Enfin...
Qu'est-ce que c'est ?
- La cloche. - Non.
Il faut que tu saches ce qu'est un parapluie !
L'homme.
Ça, c'est important.
C'est Abraham Lincoln.
Un grand homme. Il fut président des Etats-Unis.
Mon nom est Steve.
- Ton nom est... - Jim.
Son nom... Abraham Lincoln.
- Du courrier ? - Trois lettres pour toi.
Fait-il des progrès ?
Montre-lui.
Le lit.
Le violon.
L'oiseau.
La maison.
- Et ça, c'est quoi ? - Une pépée.
Contente-toi de lui parler de tes ponts !
Qu'est-ce que c'est ?
- On n'y est pas encore. - Parapluie.
C'est un génie !
- Et ça ? - Je ne sais pas.
Une jolie fille.
Tu as tout bon.
Attends... Viens voir.
De l'UNRRA.
"Il n'y a eu aucune réclamation à notre bureau pour un garçon
portant le numéro A 24328.
Cependant, nous savons que les enfants portant ce numéro
ont été séparés de leurs mères.
Rares sont celles qui furent retrouvées.
Aucun des enfants manquants ne correspond à son signalement.
Toutes les mères sont mortes. Elles furent gazées."
Je peux voir ?
- Qu'est-ce que c'est ? - Une tour.
Ils ont bien cherché.
Nous ne connaissons même pas sa nationalité.
Tu ne sauras jamais qui il est.
Que faire ?
As-tu lu toute la lettre ?
"Nous vous prions de remettre
l'enfant à l'UNRRA le plus tôt possible."
Il le faut, tu rentres chez toi bientôt.
Remets-le à l'UNRRA.
- Tu n'as pas une autre idée ? - Que faire d'autre ?
S'il venait en Amérique ?
Tu plaisantes ?
Pourquoi pas ?
Au lieu de construire des ponts, je reconstruirais sa vie.
Te rends-tu compte des difficultés ?
Il faut prouver qu'il était en zone américaine avant septembre 1945.
Tu dois prouver sa nationalité.
Même si tu le pouvais, son pays est prioritaire.
Ne le montre pas du doigt !
Tu dois prouver qu'il est en bonne santé...
Il te faut l'accord d'une douzaine de comités et de bureaux.
Ne peux-tu arranger tout ça ?
- Merci, l'ami ! - Il y a une raison à tout ça.
Sans ces règlements, toute l'Europe émigrerait.
Et alors ?
Et toi qui te plaignais de ces "sales réfugiés" !
- Moi ? - Oui, et récemment encore !
Je ne suis plus le même.
Tu es devenu un horrible bureaucrate !
Seulement je n'ai pas qu'un seul cas, mais des centaines de milliers !
Pour aider ces gens, je dois faire taire mes sentiments.
Je n'ai pas le choix.
Poire, va !
Le premier gosse qui te regarde avec de grands yeux...
Bon ! Je suis une poire.
Mais si rien n'est réglé avant ton départ ?
- Que faire ? - Je le cacherai.
Ne dis pas des bêtises !
J'attendrai le passage suivant.
C'est une cuiller.
Je n'aime pas en parler...
Tu sais que ma famille va arriver bientôt.
Il te faut cette chambre.
- Ça me gêne. - Nous habiterons la mansarde.
Nous avons déjà été plus mal logés, le gosse et moi.
Voilà ce qu'on veut.
Tout va bien.
Voilà New York.
Cela vous servira pour les leçons.
Nous sommes idiots de nous conduire comme ça devant Jim.
Tu essaies de l'élever.
As-tu soif ?
Boire en présence des élèves est formellement interdit
d'après l'alinéa 93X247 !
J'apporte le whisky.
New York.
La plus grande ville des Etats-Unis !
Voilà, Tommy.
Voici notre foyer.
C'est ta Jeep ?
Alors, pourquoi la nettoyer ?
Je n'ai pas compris.
A qui est-elle ?
Elle est à mon ami Steve.
Elle vient d'Amérique, comme moi.
Steve aussi.
- Et toi ? - Non, pas moi.
Mais j'irai en Amérique, un jour.
Jetons un coup d'œil.
Nous avons une Ford. Nos voisins ont deux voitures.
Je peux conduire cette Jeep.
On t'appelle.
C'est ma mère. Je reviens.
Viens, il faut te changer.
- C'est quoi ? - Un cadeau.
- Pour qui ? - Pour toi.
- Je peux l'ouvrir ? - Une fois en haut.
- Je l'ouvrirai ? - Oui.
- Qu'est-ce que c'est, Steve ? - Devine !
Un pantalon ?
Une chemise ?
C'est un parapluie.
Lave-toi les mains, Tommy.
Nous avons des invités et ils vont arriver.
C'est Mme Fisher.
Elle est venue avec le garçon. Il s'appelle Tom.
Tu sais déjà tout ça ?
Mes chaussures !
Essaie-les.
- Comment as-tu fait ? - Peu importe !
Le type m'a dit que tu pourrais les porter 10 ans.
- Elles sont superbes, merci. - De rien.
Dépêche-toi, nous avons du monde à dîner.
On va les éblouir.
Ils sont là.
- Ça va ? - Oui.
Qu'est-ce que c'est,
une "mère" ?
Une mère... est une mère.
Regardons tes chaussures.
Tom a dit "ma mère".
Elles ne te font pas mal ?
Non, ça va.
Qu'est-ce qu'une mère ?
Comment te l'expliquer ?
La mère.
L'enfant.
C'est la mère ?
Viens, on est en retard.
Une minute !
Mme Fisher est la mère de Tom ?
C'est exactement ça.
Avance. Fais-moi grincer tes chaussures.
Où est ta mère ?
Ma mère ?
En Amérique. A Baltimore.
La ville la plus belle et la plus propre d'Amérique.
Ellen, voici Jim.
Enchantée de te connaître.
- Que réponds-tu ? - Enchanté.
D'après Tommy, tu es très intelligent.
Il paraît que tu es le bras droit de Steve.
Comprend-il ?
Tout ! Enfin, presque. Un mot sur dix.
Sortons ensemble, demain. A moins que vous ne soyez fatigués.
Ce sera avec plaisir.
Quels beaux souliers ! Je les ai tout de suite remarqués.
Papa, pourrai-je aller en Jeep avec Jim, demain ?
Oui, si Steve est d'accord.
Jim nous conduira partout.
- Je l'aurais cru plus maigre. - Steve l'a gavé.
C'est lui qui l'éduque.
Et l'on ne sait rien de sa famille ?
Tommy, mange, voyons.
- Comment se passent les démarches ? - Très bien.
Les autorités ont été très compréhensives.
- Vous avez obtenu un visa pour lui ? - Non.
Ça ne va pas ?
Mange.
Qu'allez-vous faire ?
Je ne peux plus retarder mon départ. J'ai du travail, là-bas.
Que fera le garçon si vous partez ?
Il ira dans un camp de l'UNRRA.
Ils pourront agir, quand ils auront l'enfant.
Arrivé aux Etats-Unis, j'agirai aussi.
Est-il au courant ?
Il sait qu'on se reverra.
Tu n'as pas faim ?
- Quand partez-vous ? - Dans trois jours.
Si tôt ?
Il y a plus de peur que de mal.
Ce n'est rien, Tommy, ce n'est pas si grave.
Chéri, n'as-tu pas honte ?
Pleurer devant Jim...
C'est un grand garçon. Il ne pleure pas.
Il conduit une Jeep.
Qu'y a-t-il ?
Où est ma mère ?
Où est ma mère ? J'en ai une !
- Où est-elle ? - Ecoute, c'est...
Pourquoi ne dis-tu rien ? Tu sais où elle est !
C'est ça, le problème. Je ne sais pas.
Il faut qu'on fasse des recherches.
Tu ne sais pas ?
Viens manger.
Je ne veux pas. Je n'ai pas faim !
Après le dîner, on en discutera.
Je veux retrouver ma mère. Tu dois m'aider !
A nous deux, nous réussirons.
- Nous ne savons pas où chercher. - Moi, je sais. C'est tout près !
Il y a une grille, et des hommes, ils ont emmené ma mère !
Et ils m'ont fait ça !
Tu dois m'aider. Viens !
Tu n'es pas mon ami !
J'irai tout seul ! Et je la trouverai !
Ecoute-moi !
Va dans ta chambre.
J'arrive tout de suite.
Tu n'es pas mon ami !
- Un ennui ? - Il est très ému.
Il faut que je lui parle.
Pardonnez-moi...
Est-ce notre présence ?
Un peu. Il parle de sa mère.
Il se rappelle le camp. Auschwitz.
Il croit qu'il est tout près d'ici.
Il veut y aller.
Il ne sait pas que sa mère est morte ?
Où es-tu ?
Nous sommes déjà passés par ici. Cette route nous ramène en ville.
Laisse tomber !
C'était Jim !
Le gamin que la femme a vu portait des souliers neufs.
On perd notre temps.
Retournons en ville organiser les recherches.
Le voilà.
Tu as promis de le conduire à l'UNRRA.
- Il ne faut pas le brusquer. - Je te laisse seul.
Prends la Jeep. Nous marcherons.
Bonne chance.
Ne te sauve pas.
Allons, ne pleure pas !
C'est bon.
Vas-y, pleure.
Non, non, ne dis rien.
Pas de mouchoir ? Quelle erreur !
Quand on se sauve, il faut toujours prendre un mouchoir.
Pourquoi es-tu parti ?
Ne pensais-tu pas que je m'inquiéterais ?
Tu n'as pas envie de parler ?
Si.
Hier soir, en nous quittant, où es-tu allé ?
Où voulais-tu aller ?
Hein, où ?
Je cherchais la grille.
Il y avait beaucoup de monde. Ils ont pris ma mère.
C'est là que tu l'as vue pour la dernière fois ?
Te rappelles-tu où tu étais avant ?
Essaye. Tu vivais quelque part.
Etait-ce une ville ?
Etait-ce la campagne ?
Essaie de te souvenir.
Je ne sais pas. Il y avait une grille.
Tu ne te rappelles rien d'autre ?
Cessons de nous tourmenter.
Jimmy, nous irons demain à l'UNRRA. O. K ?
Je te ferai venir en Amérique.
Je n'irai pas en Amérique !
Les personnes du camp prendront soin de toi, en attendant.
En arrivant aux Etats-Unis, j'irai à Washington.
Je ne veux pas aller en Amérique. Je veux chercher ma mère.
Je dois te le dire... Il vaut mieux que tu le saches.
Ta mère est morte.
C'est terrible, mais on n'y peut rien.
Alors, je ne pourrai jamais trouver ma mère ?
Elle ne reviendra plus ?
Je te le dis pour pas que tu la cherches inutilement.
Elle ne voudrait pas que tu te tortures ainsi.
Elle vit toujours en toi.
Ton cœur et le sien sont unis à jamais.
Sache-le.
Allons-y.
Si je vais en Amérique, ma mère y sera aussi ?
Mais oui.
Alors, j'irai chez toi, en Amérique.
Nous avons été heureux de vous avoir, mes enfants.
Bonne chance en Palestine !
Après chaque départ, il y a toujours ce grand silence.
Quel vide !
J'aimerais me reposer quelques jours.
Mais je suis contente que d'autres enfants arrivent.
Ils ne seront pas bruyants, les pauvres.
On m'a dit qu'ils étaient en piteux état.
Vous ne partez pas ?
Si. J'avais promis de rester jusqu'au départ des enfants.
Je suis restée trop longtemps.
C'est sans espoir !
Vous aurez beau chercher, vous vous briserez le cœur inutilement !
Je trouverai Karel.
Vous avez changé, en vous occupant des enfants.
Vous vivez de nouveau. Plus d'idées noires.
Je dois vous paraître stupide.
Les enfants ont besoin de vous comme vous avez besoin d'eux.
C'est plus fort que moi, je dois partir.
Je crois que vous vous trompez, mais je ne puis vous retenir.
Je savais que vous comprendriez.
Où irez-vous ?
Je prendrai le train, et puis, je chercherai.
- Pourrait-on vous joindre ? - Je ne crois pas.
- Vous nous écrirez ? - Oui.
Nous y sommes. Allez, descends.
- Redémarrons. N'entrons pas. - Aurais-tu peur ?
- Je ne veux pas y aller. - Allons. Descends.
N'aie pas peur, Jimmy.
Je ne te laisserais pas dans un lieu sinistre.
Il n'y a pas de raison d'avoir peur.
Ces gens t'aideront à venir en Amérique.
Je ne peux pas partir
sans avoir l'assurance que le petit me rejoindra bientôt.
Ne pouvez-vous me dire une date ?
Je ne peux pas. Ce n'est pas en mon pouvoir.
Sachez que nous nous en occuperons bien
et que nous vous l'enverrons aussitôt le visa accordé.
M'aiderez-vous à l'obtenir ? J'ai tout tenté.
Je sais tout ce que vous avez fait pour cet enfant.
Il me faut quelques détails sur lui.
Jim est ton vrai nom ?
Allez, dis ton nom.
- Je m'appelle Jim. - Il sait l'anglais.
Je le lui ai appris. Il ne voulait pas dire un mot.
Il n'a rien dit quand vous l'avez trouvé ?
Non, pas un mot.
Ces cas ne sont pas rares.
Une ou deux fois, il a dit :
"Ich weiß nicht".
Non, ce n'est pas possible.
Quoi donc ?
C'est mon imagination.
Je crois l'avoir déjà vu.
Ici, peut-être ?
Je l'ignore. Jim, approche.
Es-tu déjà venu ici, Jim ?
Avec d'autres enfants, il y a quelques mois ?
Pourquoi ne réponds-tu pas ? De quoi as-tu peur ?
Il avait peur, en bas. Il ne voulait pas entrer.
Alors, il se souvient de quelque chose.
J'aime beaucoup les enfants. Tu peux tout me dire.
D'autres ont pris la fuite.
Tu comprends, "pris la fuite" ?
Ce n'est pas grave, tu ne seras pas puni.
J'avais peur !
Tu es venu ici ?
Attendez, ceci est très important.
Comment as-tu fait pour fuir ? Tu étais seul ?
Avec un autre.
Je le savais !
Où êtes-vous allés ? T'en souviens-tu ?
Jusqu'à un lac.
N'était-ce pas un fleuve ?
Peut-être.
Nous ne pouvions pas traverser. Deux hommes nous cherchaient.
Nous avions peur, nous avons plongé.
Quand part le train de l'après-midi ?
Il faut que vous sachiez l'heure exacte !
Mais le train est parti !
J'ai décidé de rester !
J'ai couru pour que vous reveniez.
Je suis restée à cause d'eux.
Je suis fière de vous.
- J'aurais eu tort. - Grand tort !
- Je sais bien. - Non, vous ne savez pas.
Tout va bien, maintenant.
Je m'excuse de ne pas vous avoir écoutée.
Quand j'ai vu ces enfants et leur misère...
Je me suis sentie forcée de revenir. Il y a tant à faire.
Tout va bien.
Rien ne peut vous arriver.
- Je l'espère. - J'en suis sûre !
Ecoutez...
C'est sa...
Va avec les autres enfants.
Karel !
Maman !
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