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Musique douce
-Ca va, Kevin ? -Ca va, cousin ?
-Papy, ça va ?
Je te fais écouter ?
Tu veux ? Tiens.
Chanson de rap
T'entends, là ?
Ca va, tu kiffes ? C'est bien ?
-Une bière, papy ? -Mais non.
-Mais il aime bien. -Tu veux pas du Perrier ?
-Tu veux une bière ?
Tu peux lui tenir la bière ? Il tremble.
-Où est l'Algérie ?
Trouvée, elle est là. Elle est par là, l'Algérie.
(En arabe) -Madame.…
-Il ne faut pas parler comme ça.
En arabe -Doucement.
-Eh bien, hier,
au moment où vous, vous étiez...
en train de tricoter ou je ne sais quoi...
-Tricoter ?
-Ben non, bien sûr, vous ne tricotez pas.
En arabe
-Il vous demande d'aller vous coucher.
En arabe
-Amen.
Dodo. Je vais aller dormir.
-Anne !
-Ca va ? -Oui.
Ca y est ! Regarde, papy.
Je vous ai parlé de ce bouquin.
-I! sort de l'imprimerie.
-T'es content ? Tu m'en as tellement parlé.
-Laisse un bout à Anne.
-Papy, c'est trop beau. -Oui, c'est Anne.
-"A mes enfants, petits-enfants
"et arrière-petits-enfants, qui poursuivent le chemin tracé.”
-Tu sais que c'est pas en vente à la Fnac ?
-Oui.
-C'est un livre qui reste pour nous.
Mais par contre, on va en envoyer un exemplaire à Ségolène Royal.
-Non ?
-Ben si tu veux, tu vas le lui dédicacer.
-Ségolène.…
-"Mon amour...”
-Tiens, Anne, à ton avis...
Lui ? -Alors..….
Ali. -Non.
-Kevin. -Kevin.
Ton cousin. -C'est ça.
Donc Matteo.
-C'est mon frère. -Voilà.
Et donc Ali.
-Mon grand frère. -D'accord.
-Eden, c'est mon fils. -Oui.
On s'était vus une fois. -Oui.
-Et eux,
mes deux derniers.
-Vous êtes dans le livre.
C'est aussi pour vous que votre maman a voulu ce livre.
Le premier chapitre, c'est l'enfance en Algérie,
l'arrivée à Paris,
la rencontre avec votre grand-mère, le coup de foudre,
son engagement communiste
pour défendre les plus faibles, les immigrés.
-C'était juste avant qu'il soit confirmé Alzheimer.
A quelques mois près,
il n'aurait pas pu tout raconter à Anne.
-Merci de la part de ma mère.
Si elle était là,
elle vous aurait remerciée infiniment.
-[l y a de belles photos d'elle, dans le livre.
-T'as des poux ou quoi ? -Non.
-On a mis un an à écrire ce livre.
-T'es content, hein, papy ?
-Trop content.
-Ca, c'est sa thèse. -La thèse d'Emir
sur la condition des immigrés à Gennevilliers.
-Ma mère.
-Faut pas pleurer. Pourquoi tu pleures ?
-Ca va.
-Faut pas pleurer.
Musique mélancolique
-Téma quand j'étais petit !
-Ah, j'adore, ça !
Autrefois, on faisait de belles photos.
C'est un très beau livre, papa.
-C'est maman qui l'a fait.
-Et cette photo, elle est magnifique.
Regardez le beau livre sur mon père.
Il est beau, hein ? -Ah oui.
On fait quoi, quand il est trop beau ?
-Oh, c'est beau.
-Ÿ a de l'amour dans l'air.
-Bon, c'est pas pour critiquer, mais je l'aurais fait moins...
tu vois, moins traditionnel.
-Comment ça ?
-Enfin, je vais le lire quand même.
-Moi, ça me fait peur.
On trouve toujours des.
des cravates.
Parce que parfois, tu rencontres des gens
et tu fais...
le con.
-Vous êtes allée en Algérie ?
-Ah oui, l'Algérie.
-C'était comment, là-bas ?
-Ah.…
Comment vous pouvez encore le dire en français ?
C'était le rêve.
-Ah ouais ?
-Eh bien, c'était le rêve, l'Algérie.
-Vous savez, mon papy,
il avait un appartement à Alger.
J'y allais quand j'étais petite.
-Tiens.
-Et ma mère a vécu à Alger. -Alger.
-Bonjour, tout le monde.
-Salut, Françoise ! -Bonjour !
-Mon petit papa chéri.
-T'es content, papy ? Y a tout le monde.
Je vais faire une photo.
Une petite photo.
-Je suis trop loin ? -Non, c'est bien.
Papy avec ses deux filles.
-Regarde l'appareil.
-Tu peux prendre une pose...
-Quoi ? -Plus naturelle.
-Je suis naturelle.
-J'ai pas une photo de toi où tu es naturelle.
-Mais lâche-la ! T'es naturelle, toi ?
T'as un kilo de maquillage.
-Je t'ai fait quoi ? -Rien.
On dirait Amy Winehouse,
t'as un kilo de maquillage,
et tu dis à maman : "Sois naturelle" ?
-Mais Caroline...
-J'en ai plein le cul. Khlass !
-Pour driver le guidon, il a perdu toutes ses dents
Ferme les yeux. Ca va piquer, sinon.
En plus, y a de l'eau chaude, ici.
Chez moi, y a pas d'eau chaude.
Je suis en galère, en ce moment.
Elle fait pas à manger, elle lave même pas tes caleçons
Elle fout la haine, elle mérite des grosses baffes
Elle sort de la MAAF, elle a les crocs, elle garde la CAF
C'est ça, ton pyjama ?
En arabe
Comme ça, en mode tennis.
Comme ça, en mode Scarface.
Depuis qu'il croit que j'ai percé
C'est évident
Et y a personne pour nous casser les couilles !
Et on va tout fumer !
On s'en fout, y a une femme de ménage.
On est bien, là.
L'alarme se déclenche pas, hein ?
Y a pas d'alarme, dans ta chambre ?
Il tousse.
Me fais pas un truc comme ça, sinon je bédave pas avec toi.
Ca se voit, t'étais un fou comme moi.
Ca se voit trop. Je mets la cendre là, hein ?
Le grand-père chantonne.
C'est quoi, cette musique ? Je la connais ?
Hein ?
T'inquiète, on va repartir au bled.
Pleure pas, s'il te plaît.
*Match de foot
-Il y a penalty ? -Non, y a faute.
1-0. Il tire dans le truc, là.
-Allez, corner. On doit marquer.
-Non. -Si, si, allez.
-Allez.…
Musique intrigante
-J'ai trop chaud !
Les aide-soignantes sont où ? -Je ne sais pas.
-Putain, 40 degrés dans le couloir, y a pas une aide-soignante !
Ah ouais...
Elles sont là, ces pétasses.
Une petite clope au lieu de faire le taf.
On s'épile, on se fait une touffe ?
Tiens !
Voilà, marrez-vous bien.
Voilà.
On paye 3 000 euros par mois pour mon grand-père
et vous êtes pas capables de le surveiller la nuit.
Si j'étais pas là, il aurait pu avoir des problèmes,
parce que cette meuf était en train de fumer.
-Je vous permets pas.
-Je suis désolé.
-J'ai pas élevé les cochons avec vous.
-Je balance ça sur mes réseaux,
je mets un hashtag et vous allez comprendre.
-Pourquoi ? -Comment ?
-Pourquoi t'es là ?
-Vous ne pouvez pas rester là la nuit, c'est la règle.
-Ca va... -Non, ça va pas, justement.
Au revoir, messieurs.
-Ca va, monsieur Fellah ? Tout se passe bien ?
Vous avez bu votre café ?
-Ca va, M. Robert ? -Ca va.
(Sèchement) -Mon mari va bien.
-Ouh la la !
Elle a du caractère, votre femme.
-Vieille bique ! -Elle est là.
-Monsieur Renard, ça va ?
-Non. -Ah non ?
Personne va, aujourd'hui. C'est une mauvaise journée.
-Comment ?
-C'est une mauvaise journée. Y a rien qui va.
-Oui, plutôt mauvaise.
-Pourquoi on a chaud ?
-Parce qu'il fait chaud, madame.
-Pourquoi on a chaud, connasse ?
-Papy, t'étais fou !
T'aimais l'Algérie.
Cacher des armes dans le cartable de tes enfants !
Papy !
-Pourquoi on a chaud ?
-On est au mois d'août, madame. -Oui, merci.
-De rien.
-C'est gentil.
-Oh, allô, monsieur.
Ca va ?
Tranquille ? -Très bien.
-Bien ? Au calme.
C'est pas mieux, ma chanson ? Je vais te la faire.
Tu vas voir.
De retour de Marseille, du gros son dans les oreilles
Peigné, blanchi.
Peigné.…
J'ai oublié, je vais prendre mon texte.
-Pourquoi on a chaud ?
-Madame,
c'est le mois d'août.
C'est le mois d'août, c'est pour ça qu'il fait chaud.
Quand la jeunesse, de pire en pire
En mode pas de bras, pas de chocolat
Je suis fier de…
Papy ?
Papy !
Papy ! Papy !
Papy !
Excusez-moi !
-Il se passe quoi ? -Mon grand-père répond plus.
-Monsieur Fellah ? -Papy !
Je peux entrer ? -Non, s'il vous plaît.
-Je veux le voir !
-Sortez, on s'en occupe.
-Monsieur, je suis désolée, On n'a pas pu faire grand-chose.
-Quoi ?
Mais quoi ?
-On est vraiment désolées.
-Je m'en bats les couilles, de vos excuses.
Le Coran, c'est pas vrai !
Musique douce
Madame, ça veut dire quoi, "Je suis désolée” ?
Le mot exact, il est mort ou pas ?
-Il est mort.
On est vraiment désolées.
-Monsieur...
Il a pas souffert.
Il pleure.
Papy !
En arabe
T'as remplacé ma mère, t'as remplacé mon père. Merci.
Wallah, je fais plus de conneries.
J'ai même pas fini la musique.
Je l'ai même pas finie.
-Maman ?
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
-Toutes mes condoléances.
-Merci.
-On est là pour vous. -Merci.
-En revanche,
il faut libérer la chambre avant midi demain.
Midi, midi et quart.
-Midi et demi, c'est pas bon ?
-Si, midi et demi, ça va aussi, bien sûr.
-Je peux y aller ou pas ? -Vas-y.
Elle pleure.
Elle souffle dans sa bouche.
Et si vous pleurez, c'est pas grave.
Si tu pleures et tu sais pas pourquoi, c'est pas grave.
Tout le monde pleure.
-Les garçons pleurent pas, ils sont forts.
-Menteur.
-Non.
La dernière fois que j'ai pleuré, c'était il y a deux mois.
-Moi, c'était avant-hier.
-T'as pleuré pour quoi ?
-Je me suis cogné.
Ils rient.
-]! va falloir qu'on s'organise.
-Pour les pompes funèbres ? -Oui.
-On a eu des numéros par le directeur.
-Je m'en fous, du directeur !
-Repose-toi, papy.
Repose-toi.
Repose-toi.
-IIl peut rester dans la chambre jusqu'à quand ?
Quoi ? -Demain, midi.
-Ca va pas, non ? On va pas nous expulser à midi.
-"Midi, midi dix”.
-Lilah.
Ma petite Lilah.
-Ca va ?
-Neige est là. -Je veux pas la voir.
-Fais pas de scandale.
-Salut.
-Dis-lui au moins bonjour. -Oui, si tu veux.
-Allons tous dans la pièce.
Ca suffit d'avoir attendu comme ça.
-Chut ! Doucement.
-Bonjour.
-Ma chérie.
-On va aller voir papy ?
-Après.
-Bonjour. -Bonjour.
Je vous ai entendus parler de l'organisation.
Tu pourrais tenir compte de ce que je pense ?
-Tu voudrais quoi ?
-Avec mamie, t'as tout fait vite, on ressentait pas son caractère,
sa vie, son combat.
Ca faisait un enterrement un peu à la chaîne, comme ça,
et je voudrais pas qu'il ait ça.
-Françoise.
Chanson kabyle
-Tu fais quoi ? -Je lui ferme la bouche.
-Arrête, non !
-Tu fais quoi, là ?
Touche plus.
-Ca vous dérange pas ? -Non.
-Ca sert à rien de toucher.
-Chut.…
-On va pas le réveiller.
-L'incinération,
c'est dans cinq jours. -Je pourrai pas être là.
-Quoi ?
-J'ai un avion demain pour la Grèce.
-Fais un effort, reste un peu.
-C'était prévu depuis longtemps.
-Votre grand-père vous a tout donné.
Tu t'en vas sans lui dire au revoir ?
-Je lui dis au revoir, là.
-Barre-toi, alors.
-Fais un effort, reste.
-Je voulais pas le dire maintenant, mais...
je vais avoir une galère pour l'enterrement.
-Pardon ? -C'est un gros suiveur.
-C'est pas sûr.
-Mais enfin... -C'est une blague ?
-Non.
-Tu te fous de moi ? Quelle honte !
-Taisez-vous.
Une seule fois dans notre vie, là, maintenant, le calme.
-Ca me rend folle.
-Voilà.
On frappe à la porte.
-Attendez.
-I! faut libérer la chambre, s'il vous plaît.
-Attendez une minute encore.
Bouge pas, voilà.
-Je peux garder le pyjama ? -Oui.
On frappe.
-Je peux plus les faire patienter.
-Faites-les entrer.
-On y va, s'il vous plaît, messieurs.
-Mesdames, toutes mes condoléances.
Avez-vous préparé des vêtements pour monsieur ?
-Non. -Non.
-Je peux récupérer son pyjama ?
-Bien sûr, au funérarium.
Monsieur portait des bijoux ? -Non.
-Très bien.
Je reviens vers vous une fois qu'on a fini.
Allez, c'est bon.
Messieurs dames,
je vous laisse une partie du certificat de décès
pour la déclaration en mairie.
Toutes mes condoléances.
Au revoir, messieurs dames.
-Je veux pas voir ça.
-][ faut vider la chambre, s'il vous plaît.
-On va libérer les affaires,
-Je prends les draps.
-Comment on fait ?
-On n'a pas de sacs, on n'a rien.
Vous avez des sacs ?
-Je vais voir avec mes collègues. -Merci.
Kevin.
Tu l'aimais, ça ?
Tu voudrais pas le garder ?
-Désolée, j'ai que ça.
-Je fais quoi, avec ça ? -C'était à vous de prévoir.
-Je prévois que mon grand-père meurt ?
-Merci, madame.
-Tatie, je te laisse plier, j'arrive pas à les toucher.
J'ai plus de forces.
-Voilà un rouleau, ça devrait aller.
-Désolé, je m'en prends à vous...
-Je vous les mets là.
-Merci, madame. -Sa casquette.
-Je t'aide ?
-Et mon oreiller et mon drap ?
-Ils sont dedans.
-On a tout, là ?
-Attends.
-Vérifions si on a bien tout.
-Ouvre, pour voir.
-On a tout mis, Neige.
-Moi, je voudrais un beau bois noble,
qui fasse honneur à mon père.
-Un cercueil en chêne ? -Oui.
-D'accord.
-Papy, il aimait pas les choses très voyantes.
Le cercueil à cent euros est très bien.
C'est pour le brûler.
-Il est en quelle matière ? -En carton.
-Ah non. C'est pas un déménagement.
Non, non, non !
Hors de question. -En pin, cent euros.
-Non !
-C'est du pin massif ? -Oui.
-Le pin, c'est Ikea. -C'est pour le brûler.
On va pas mettre 1 500 euros pour brûler quelque chose.
-Exactement.
On va pas faire pousser un arbre, puis le couper
pour faire un cercueil et le brûler.
-Elle est devenue écolo. -D'accord avec Caro.
YŸY a le carton, sinon.
-Le carton n'est pas écologique. C'est un produit transformé.
-Qui ne veut pas son cercueil ?
-Son quoi ? -Son cercueil en carton.
Ben voilà, c'est bon, on le met à gauche.
-Non mais moi.…
-On a voté. -Mon avis, on s'en fout ?
-Non, mais on a voté.
-OK, tout le monde s'en fout.
-Mais Ali, reste là. -Reste là.
-Il est insensé.
-Il ne l'était pas,
mais il devient un peu psychorigide.
-C'est pas faux.
-Il devrait se mettre au shit.
-Un joint avec du papy à rouler.
-C'est pas du papier à rouler. -Du papy à rouler.
-Du papy à rouler ? -T'as compris ?
-Ce qui est dit ici ne sort pas d'ici.
-Vous n'avez pas, comme pour les moquettes.…
-Des échantillons de bois. -Oui.
-Regardez la différence, la noblesse du chêne.
-Arrête avec ce pin et ce chêne.
-Le chêne, j'aurais été d'accord si c'était pas une crémation.
-Prenons du pin.
On prend du pin ? Faisons un vote.
Donc vous êtes d'accord. -Tout le monde est d'accord.
-D'accord, je m'incline.
-On a fait la première partie.
-Maintenant, on va choisir le capiton.
-C'est quoi, le capiton ?
-Le capiton,
c'est le tissu à l'intérieur du cercueil.
-On veut du blanc, déjà.
-J'ai un blanc, regardez. -Ca brille toujours comme ça ?
Il n'y a pas mat ?
-En mat, ça va être ça. -J'ai vu un truc qui me plaisait.
C'est beaucoup mieux. -C'est moche !
-Ca fait rideau ! -Mais c'est mat.
-Oui, mais on ne peut pas.…
-A l'envers, il y a le motif ? Je peux ouvrir ?
-Elle est folle. -Arrête de.…
-On prend celui-là.
-Arrête de jeter les choses !
-Bon, je vais les redonner doucement.
Celui-là, c'est le mieux. On est tous d'accord ?
-On est d'accord. -Dernière question.
Est-ce que le blanc de la djellaba ira avec ce blanc-là ?
-Tu vas pas pignocher sur différentes couleurs de blanc !
Toi, tu le regardes avec tes yeux de chouette.
Même s'il a une djellaba blanche, On va pas aller regarder. Celui-là.
-Mais pourquoi tu jettes toujours violemment quelque chose ?
-Reste dans ta folie toute seule,
mais nous contamine pas avec ta folie.
-Quand tu peins ton appartement, tu dis : "Je vais faire...”
-C'est pas un appartement !
-Mais c'est une couleur !
-Tu tapes, toi aussi ! -Tu as raison.
Pardon.
-On a décidé ça, voilà.
Tu préfères le jaune où on a l'air d'avoir fait pipi dedans.
-Elle recommence à jeter. J'en peux plus.
-On va rester dans la simplicité.
Comme le cercueil. Donc du blanc.
-Je peux faire une chose ?
Une seconde.
Regardez de loin.
-Pas ce truc pisseux. Le blanc.
-Tu peux le dire gentiment.
Tu peux dire “ivoire”.
-Pourquoi tu insistes ? C'est pas ta robe de mariée.
-Ils me foutent la honte.
-C'est pas grave.
-T'as du temps à perdre.
-Mais le temps à perdre, c'est pas du temps perdu.
-C'est quoi, cette phrase ?
-Organiser la cérémonie de papa, c'est du temps perdu ?
-Vous avez été présents au quotidien pour lui ?
-Oui.
-C'est le plus important.
-Il a été très entouré.
-Qui vote pour le blanc ?
-On va choisir l'urne ensemble. -Voilà. Merci, tatie.
-Alors, quelqu'un veut-il garder
l'urne chez lui ?
-Je veux juste un peu de cendres.
-Moi, je veux bien.
-Toi ? -Oui.
-Alors, c'est toi.
Voilà.
-J'aimerais qu'il ait une djellaba et des babouches.
-Et un petit chameau avec une bouteille d'huile d'olive.
-Quand il rentrait chez lui,
il mettait une djellaba et des babouches.
Ca lui convenait, il adorait ça.
-Tous les jours,
papy portait un costume trois-pièces,
pour s'intégrer.
Il aimait Alain Delon, Yves Montand.
Ca lui aurait pas plu
qu'on le déguise tout à coup en bougnoule.
-On le déguise pas !
-Moi, je suis partant pour la mosquée, Neige.
Ben ouais, tatie.
-Papy n'était pas religieux, pourquoi une mosquée tout à coup ?
-IIl n'a pas tort.
-Il était antireligieux. Il a juste, à la fin de sa vie,
chanté des chants coraniques par tradition.
Ca veut pas dire qu'il est musulman.
-Mais on va pas à la mosquée parce qu'on est pour l'islam.
On revendique quelque chose de spirituel
qui ressemblait à papy.
-Un rituel.
-S'il y a une mosquée, je viens pas.
-Ben viens pas !
-Ne parle pas comme ça, Kevin. -Tu vas venir.
-C'est une prise d'otage.
-On confond tout.
T'es pas français ou musulman. Tu peux être les deux.
-Mais il n'était pas musulman.
-On peut être de culture musulmane sans être religieux.
-On respecte d'où il vient.
-On respecte où on est.
Je lui ai parlé. -Mal, on dirait.
-Tu l'as pas écouté.
-Il m'a élevé !
-Quelqu'un d'intelligent est ouvert.
Et un homme sectaire est un idiot !
Donc en disant : "Si on va à la mosquée, j'y vais pas”,
tu montres que t'es un idiot.
-C'est vous qui êtes sectaires.
Tout d'un coup, vous êtes dans un délire musulman.
-On est pas dans un délire musulman !
C'est toi qui es dans ton délire.
-Tu parles de mosquée ! -Tu devrais aussi !
-! était pas musulman. -Et les chants coraniques ?
-Ca veut rien dire. -Pour toi. Pour nous, si.
-Alors pour ton enterrement.…
-Oh !
-Bon, ça va !
Fais ton enterrement où tu veux, mais laisse papy tranquille.
Tu penses qu'à toi. -Toi, laisse-le !
Toi aussi, tu penses qu'à toi !
-Je veux un truc qui lui ressemble.
-Ca lui ressemble.
-Non, ça te ressemble à toi.
-C'est ce que tu veux pour ton enterrement !
-On peut avoir une tisane, s'il vous plaît ?
-Te laisse pas envahir par la tristesse.
Faut pas devenir maso non plus.
-Ca va, là.
Deux secondes.
Ma soeur veut pas venir à l'enterrement.
-Ah bon ? Pourquoi ?
-Mystère. Elle a rien voulu dire.
Elle part en Grèce. Tu te rends compte ?
-Ca s'arrange, entre vous. Y a du progrès.
C'est pas grave.
Vous allez pas être assez idiots pour vous engueuler pour ça.
-A tout à l'heure, alors. -A tout à l'heure !
-A tout à l'heure ! -A tout à l'heure !
-D'accord ? -D'accord !
Je vais te faire une omelette.…
au chorizo.
Hé oh !
T'entends quand je te parle ?
-T'as laissé le gaz allumé ?
-Oui, sur la poêle. C'est le principe de la cuisine.
-Mais y a les flammes ? -Oui.
-Pourquoi j'entends le gaz fort ?
-Parce que je vais mal ! Elle rit.
Et j'ai décidé que t'allais me suivre.
Fais-moi penser à t'emprunter 5 000 balles.
Toujours emprunter aux gens qui sont dans la peine.
-Pourquoi ?
-Ils en ont rien à foutre, ils veulent se flinguer,
donc 5 000 euros, c'est rien.
Je prends des couteaux à bout rond.
Avec toi, on sait jamais.
J'ai croisé une copine, tout à l'heure, dans la rue.
Tu sais ce qu'elle m'a dit ?
"Dis donc, François.”
Je lui ai dit : "Oui ? Quoi ?"
Elle me dit : "T'as pris.”
"J'ai pris quoi ?"
"T'as pris.”
Je lui dis : "J'ai pris où ?"
“T'as pris des hanches.”
Je dis ça, mais ça m'a vexé.
Mais quand on est célibataire...
-T'es toujours célibataire ?
-Ben oui.
-Ca a pas duré, avec l'autre ?
-On s'est séparés d'un commun accord.
Elle était plus d'accord que moi.
Rire de Neige
Mais je la regrette pas, tu sais.
Fais attention. -Pourquoi ?
Rencontre quelqu'un. Je serai pas toujours là.
Je serai bientôt avec une femme extraordinaire qui m'aimera,
qui voudra me guérir de mon angoisse.
-C'était comment, l'enterrement de ton grand-père ?
-Très beau. -Très beau ?
-Somptueux.
-C'est-à-dire ?
-Une émotion indescriptible.
-Tu te fous de ma gueule. -Non.
Ca donnait envie de mourir.
I! parlait toujours de suicide,
il est mort de mort naturelle.
-Comment ça ? -Il est mort comme ça.
Il s'est pas suicidé. Tu vois la différence ?
-Oui.
-Entre le suicide et la mort naturelle.
-Tu veux mettre quelque chose ?
-Je veux mettre...
mon carnet de chansons.
Ségolène Royal...
I! frappe.
-Ca m'aurait fait plaisir que tu nous appelles.
Pour nous consoler.
"Allô, Neige, condoléances, comment ça va ?"
Des petites phrases d'un père à ses enfants.
-Une bourgeoise qui fait trois fautes par mot
va pas me donner des leçons.
-Tout est une question de bourgeoisie, de pas bourgeoisie,
de classe sociale ?
Ca te fait rire ?
-Non, je trouve ça stupide.
-C'est toi qui es stupide. -Peut-être.
-La débilité, ça existe, chez les pauvres ?
J'ai le droit de dire que t'es un pauvre et débile ?
T'es un pauvre con débile. -D'accord.
-Pourquoi tu lui as parlé ?
-C'est un connard.
-Tu attends sa bénédiction. Tu devrais le savoir, maintenant.
-Vous l'avez invité, non ?
-Non. Qui lui a dit de venir ?
-Pas moi.
-Qui lui a dit de venir ? C'est toi ?
-Oui, je lui ai envoyé un message.
-C'est toi ? -C'est lui.
-Oui, c'est moi.
-Bon...
J'ai un texte de Anne.
Tu te rappelles de Anne qui a écrit le bouquin avec Papy ?
Elle peut pas venir, elle m'a demandé de lire un texte.
-Non. -Tu veux pas ?
-Mais pourquoi ?
Tout le monde est d'accord. -Elle est pas de la famille.
-Elle a passé un an avec papy.
-Je m'en fous, de ce truc !
-Caroline, ça suffit !
-Mesdames et messieurs,
la cérémonie va commencer.
-C'est bon ?
-Oui, lis-le, ton texte à la con.
-La famille va rentrer,
suivie du reste de l'assemblée.
Chant coranique
Percussions
-C'est ta chanson.
Elle pleure.
Je voudrais oublier le temps
Pour un soupir
Pour un instant
Une parenthèse après la course
Et partir où mon coeur me pousse
-Je voudrais décrocher la lune
Je voudrais même sauver la Terre
Mais avant tout, je voudrais parler à mon père
Parler à mon père
Je voudrais retrouver mes traces
Où est ma vie, où est ma place ?
Et garder l'or de mon passé
Au chaud dans mon jardin secret
Je voudrais décrocher la lune
Et pourquoi pas sauver la Terre
Mais avant tout, je voudrais parler à mon père
Parler à mon père
Percussions
Merci.
-Ce que je retiendrai de mon grand-père,
c'est l'amour qu'il a eu toute sa vie pour son pays.
A 22 ans,
il dut s'exiler clandestinement pour rejoindre la métropole.
Pour nous...
Pardon.
Pour nous, dans notre famille,
notre grand-père a toujours été la colonne vertébrale.
C'était le seul être vraiment solide
dont la sagesse et la bonté nous réunissaient autour de lui,
en paix.
Il était profondément attaché à la laïcité
et il était profondément antireligieux.
Il détestait la religion, toutes les religions.
Maintenant, papy,
maintenant que tu nous as quittés pour rejoindre les cieux,
prie pour nous,
pour notre famille désunie.
Amen.
-Oh mon Dieu.
-C'est bien.
-Il a pété les plombs.
-Chut !
-J'ai fait écrire les mémoires de mon grand-père
grâce à une amie.
Claquement de porte
Cris au loin
"Emir me recevait
"pour nos séances de travail
"toujours impeccablement habillé.
"Mais avant tout, je crois...”
-Je vais, moi,
faire un hommage à mon père.
Papa, tu t'es battu toute ta vie.
Jamais pour toi,
toujours pour les autres.
Les pauvres, les exilés,
les réfugiés.
Tu t'es battu pour eux.
Pour leur donner une dignité.
Tu étais un communiste,
et fier d'être communiste.
-De retour de Marseille
Du gros son dans les oreilles
Je suis lavé, je suis frais
Je suis plus dans le mal, j'ai un peu grandi
Je suis blanc comme neige, si on peut dire.
En un mot, sans rire
Tu peux être fier de moi, Emir
Comme un modèle en ligne de mire
Le daron que je n'ai pas
Je suis fier de porter ton blaze
Depuis minot, j'en gaze
C'est ton sang qui coule dans mes veines
Tu fais partie de mon ADN
-Pour mon papy, le magicien.
Il a eu la force d'écrire un livre
alors qu'il était à moitié Alzheimer.
Il a combattu la guerre et je suis trop fier
d'être son petit-fils. Alors pour mon grand-père,
le plus beau, le plus grand,
pour la magie.
Applaudissements
-Je peux en avoir un petit bout ?
-T'es toxique, Neige.
-Pardon ?
-T'es toxique.
-Comment ça ?
-T'es toxique, comme maman.
Tu m'angoisses.
On y va ?
-C'est à cause de moi que tu restes pas ?
"T'es toxique" et il se barre.
-Les enfants.
Est-ce que, si je disparaissais, vous seriez tristes ?
-Oui.
-Je suis importante pour vous ?
-Oui. -Tu es beau, tu sais.
Tu es beau.
Qu'est-ce que vous diriez
si on se voyait régulièrement ?
Réponds-moi !
-Stop. Stop !
-Pourquoi ? -Stop.
-Vous êtes mes petits-fils.
Si on se voyait une fois par semaine.…
-Va voir ma mère. Elle fait quoi, là ?
-Dites-moi quelque chose.
-J'ai complètement oublié de leur dire un truc.
Il faut que je leur parle.
-Je peux entendre.
-Je vous le dis après. Merci.
Je vous laisse même votre chaise.
-J'ai mis au monde
des demeurés.
-Dis donc, Pierre.
Ca va, les loukoums ? -Ca va bien.
-Vous allez en emporter chez vous ?
-Peut-être.
-Vous voulez entendre une blague pédophile ?
-C'est quoi, "pédophile" ?
-Tu sais pas ce que c'est ?
C'est les gens qui aiment beaucoup les fils.
Tous les fils.
Ca, par exemple, c'est un petit fil.
Rires
Il sait pas ce que c'est ? -Non.
-On attend quoi ? -Que papy arrive.
Mais apparemment.…
Je pense qu'il est content.
Il voulait toujours aller en boîte.
T'as compris la blague ?
-Je viens de comprendre.
-En boîte de conserve ?
-Il est dans un cercueil, c'est un genre de boîte.
-Ah !
Chant kabyle
-On peut, pour le visage ?
-Quoi ?
-On peut toucher le visage ? -OQui.
-Merci.
Vous êtes algérienne.
-Quoi ?
-Vous êtes algérienne.
Vous êtes algérienne comme moi.
Il ne faut pas pleurer.
Il ne faut pas pleurer.
Il faut pas pleurer.
Non, il faut pas pleurer.
Non, il faut pas pleurer.
Musique douce
(En anglais) *-C'est incroyable
de voir la transformation
“d'une personne qui renoue enfin avec ses racines.
*Nos tests ADN remontent sur presque deux mille ans.
*IIs vous aideront à découvrir vos origines
“et à comprendre qui vous êtes.
*Connaître ses origines, c'est trouver la paix intérieure
*et vivre libre.
-Je suis désolée pour ce qui s'est passé.
Pardonne-moi.
J'étais pas dans mon état normal.
C'est ton grand-père qui faisait qu'on était une famille.
C'est lui…
C'est lui qui nous...
qui nous réunissait, qui faisait que,
malgré ce qui nous séparait, on était quand même une famille.
Et là j'ai peur que,
maintenant qu'il est plus là,
j'ai peur que.…
Vous allez plus vouloir me voir.
Tu sais, toi aussi t'es forte,
toi aussi tu balances,
toi aussi, t'as pas peur de faire souffrir.
Alors pourquoi tu comprends pas ça ?
-Tu trouves ça normal qu'à mon âge,
j'aie toujours peur de toi ?
-Justement,
j'ai voulu que vous ayez peur de rien.
-J'ai peur de toi.
-Mais pourquoi t'as peur de moi ? T'as peur de quoi ?
-J'ai toujours peur que tu m'en colles une,
que tu m'envoies des méchancetés devant tout le monde.
-C'est pas grave, tout ça. -Si.
A mon âge, c'est grave.
J'ai envie d'avoir un esprit reposé.
-Non, justement pas. -Si.
-Tu dois pas te reposer. -C'est pas possible.
-Tu dois pas te ranger ni baisser la tête.
Peut-être que la seule chose à quoi je te sers,
c'est justement de rester réveillée.
N'aie pas peur de moi. De quoi t'as peur ?
Que je te fasse honte.
Je m'en fous de ça.
-Moi, je m'en fous pas. -Mais pourquoi ?
Pourquoi tu veux rentrer dans l'ordre ?
-C'est pas pour rentrer dans l'ordre.
J'en ai marre des scandales.
-C'est pas grave, un scandale. -Si.
-C'est pas grave. -T'as pas eu ça, toi.
-Mais tu es folle ou quoi ?
Tu sais pas comment j'ai grandi.
Tu sais pas ce que c'était que cette époque.
On m'a rouée de coups.
J'ai fait face à des cris, des insultes, moi aussi.
Ca m'a pas détruite.
C'est pour ça que papa m'aimait.
Parce que rien ne m'aurait fait plier.
Curieusement, je croyais que tu étais comme moi.
Je croyais que tu avais ça en toi.
Cette chose qu'on pourrait jamais briser.
Je veux pas que tu te résignes ni que t'aies peur.
-C'est raté. J'ai peur de toi.
-On peut pas.…
-Regarde, je supporte pas que tu me touches.
-Pourquoi ?
-Je veux plus qu'on me touche.
Je veux plus qu'on me touche.
Non.
S'il te plaît, ne me touche pas.
Je supporte pas que tu me touches.
-Alors, j'ai...
Alors j'ai tout raté.
-Non, t'as pas tout raté, mais...
ça, c'est plus possible.
Je t'aime, je te jure que je t'aime.
Mais les caresses, les câlins avec toi, j'ai peur.
Le contact de ta peau, ça m'effraie.
-Je te dégoûte ?
-Oui.
Excuse-moi, mais oui.
-Alors...
-Je supporte pas ton odeur.
Excuse-moi.
-Je peux plus rien dire.
Je peux plus rien dire.
-Mais je t'aime.
Je t'aime sincèrement.
-Plus tard, beaucoup plus tard...
-Mais c'est maintenant, “plus tard”.
-Non. Quand je serai morte,
tu m'aimeras pour exactement les mêmes raisons
pour lesquelles maintenant je te dégoûte.
Et je serai plus là.
Musique douce
*-Le test ADN se fait en moins de 2 min.
*Récupérez la salive à l'aide de cotons-tiges.
“Puis, envoyez-nous vos échantillons.
*Une fois que nous les avons reçus, il nous faut trois semaines
“pour traiter vos échantillons.
*Vous recevrez vos résultats par mail.
-Tu t'attends à quel gâteau ?
-Tu vas pas être déçu.
Il chantonne.
Joyeux anniversaire ! Nos voeux les plus sincères !
-Allez !
-Je vais porter un toast.
J'ai un truc à vous dire.
Louise et moi, on va se marier.
-Bravo ! -Tchin !
Applaudissements
-Je suis fière de porter votre nom.
-Nous aussi.
-C'est-à-dire ? Je comprends pas.
-Louise Robert, ça sonne bien.
Tu trouves pas ?
-T'es pas contente que je me marie ?
-T'as pas compris.
Ca m'impressionne qu'on ait hâte de s'appeler Robert.
-Comme son mari.
Elle soupire.
-Tu comprends tout de travers.
-C'est la loi, on prend le nom du mari.
-Non, on peut garder son nom. -Moi, j'aime bien.
C'est un prénom masculin.
-Et ça passe partout.
-Ton but, c'est de passer partout ?
-On appellera leur enfant "le petit Robert”.
-Le petit Robert.
Rires
-Ÿ a des évidences, comme ça.
-Hé oh, tu fais quoi ?
-Quoi ? Je discute avec ta soeur.
Y a des sujets plus importants
à aborder.
Tu vas pas faire la gueule
toute la soirée !
-Je t'aime beaucoup, mais parfois, t'es à côté de la plaque.
-À côté de la plaque.
Ily a une plaque et je suis à côté.
Elle rote.
C'est pas possible, on rote pas !
Le balcon va s'effondrer.
Alors vas-y,
fais-lui son petit procès. On y est, là.
Pourquoi tu lui fais la tête ?
-On n'a pas les mêmes valeurs, les mêmes centres d'intérêt.
La même gratitude.
-La gratitude, c'est venir à un enterrement ?
-Etre présente, oui.
On fait honneur aux gens qu'on a aimés
en faisant acte de présence.
-Je ressens pas les choses comme tu les ressens,
et c'est pour ça que je suis ingrate ?
Mais non, Neige.
J'avais pas envie d'être là.
-Au lieu de venir à l'enterrement, elle préférait être seule.
-Allez, Neige.
Elle crie.
-T'inquiète, ça va te faire du bien.
-Tu veux pas vomir un peu ?
-Elle va rien vomir, elle a rien mangé.
-Comment ça ? -Elle mange plus.
Elle mange plus, la gamine.
Ciao à tous !
-Je suis borracho, là.
Musique algérienne entraînante
Musique douce
-Bonjour. -Bonjour.
-Sofiane !
Sofiane !
(En arabe)
-Excusez-moi, monsieur. -Madame.
-Je comprends pas, c'est le numéro 35 et j'ai le 456.
-Ca marche pas, madame.
C'est l'Algérie, bienvenue.
Comment je peux vous aider ?
-Je voudrais obtenir ma nationalité algérienne.
-Excellente décision.
-J'ai tous les documents.
Sauf les papiers algériens de ma mère,
car je ne parle plus à ma mère.
Peut-être que le consulat pourrait aller dans les archives
pour trouver les anciens papiers de ma mère.
-On devrait chercher dans les 35 millions d'Algériennes
les papiers de votre maman ?
C'est ça ? -Voilà.
-Et si tout le monde demandait ça ?
-Tout le monde le demande pas.
-On devrait faire une exception pour vous ?
Vous êtes déjà un peu algérienne. Venez.
-Merci.
*-Deux jours plus tard,
“les Algérois découvrent des chars en centre-ville.
*C'est par un communiqué à la radio
*que les Algériens apprennent le coup d'Etat.
*Ben Bella a été renversé dans la nuit
“par des hommes agissant au nom d'un conseil de la Révolution.
-Tu t'attends à combien ?
-Je m'attends à...
-Au minimum. T'es déçue à quel pourcentage ?
-Ma mère est à 50 % algérienne.
Donc moi, la moitié de 50, c'est 25.
Je m'attends à 25 % algérienne.
-Mais ton père ?
-Mon père est quarteron vietnamien,
donc s'il a un quart, moi j'ai 7.
-Ouais.
-Donc j'ai 7 %...
vietnamien... -Oui, c'est ça.
-Et 25 % algérienne.
OK ? -Donc...
-Je veux pas voir.
-T'es prête ?
"Neige, vous êtes...”
C'est quoi, cette cochonnerie ?
-Arrête, sois sérieux.
-35...
35,4 % ibère.
-C'est quoi, ibère ? -C'est l'Espagne.
T'as cru que c'était "Iber, le taxi ?"
-Arrête. Espagne ?
-J'appelle un Iber.
-Sois sérieux ! -Oui, 35,4 % ibère.
17,3 % grec et italien du sud.
15,7 % italienne. -Regarde !
Nord-Africaine, 14,8 %.
Je comprends rien.
-C'est le dernier score des verts aux Européennes.
T'as 14,8 %. -Chut.
C'est pas possible. C'est rien comme ce que je pensais.
35 % ibère.
Je suis pas espagnole !
-Tu vas faire une dépression parce que t'es 35 % ibère.
-Ben voilà, la messe est dite.
Fais voir les correspondances. -C'est quoi ?
-Il paraît qu'on rencontre des cousins.
73 pages de cousins ! -"Jonathan Chartier.
"Petit-cousin, arrière-arrière-petit-cousin.
"Segment le plus long, 21,6 cm.”
C'est quoi, ça ? -Je sais pas.
-Il a un segment de 21,6 cm ?
Attends, attends...
Excuse-moi. C'est mieux que Juan Dipolito.
"Niveau de confiance : moyen."
Tu lui prêtes du pognon, il le rend pas.
"Clément Toiteau."
-Ouais.…. -La trentaine.
Ah, ça t'intéresse.
C'est quoi, ses hobbies, ses centres d'intérêt ?
Son segment le plus long, tu veux savoir ?
21,6 cm.
Les cousins ont la même longueur de bite.
Regarde ça, attends.
C'est extraordinaire.
-Regarde, j'ai 5 % asiatique.
-Philippin, indonésien et malais.
-C'est mon père qui est ça.
J'aimerais savoir ce qui vient de mon père ou de ma mère.
Il doit y avoir un moyen pour avoir les chiffres exacts.
*-Donc vous voulez savoir exactement quelle partie d'ADN
“vient de votre père ou de votre mère.
*I! faut un test ADN du chromosome YŸ,
*donc il faut tester votre père.
“Je suis obligée de tester mon père ?
*Oui, le chromosome Y n'existe que chez les hommes.
*Et si je prends ses cheveux ?
“Non, on ne travaille pas avec les cheveux, il faut…
“Et un ongle ?
"Non, c'est juste avec la salive.
“Mais vous avez besoin de son consentement.
*Votre père a-t-il un frère ?
“Non, il n'en a pas.
“Dans ce cas, vous n'avez pas le choix.
"Vous devez demander à votre père.
Sonnette
-Ah. -Salut.
Je suis venue plus tôt, j'étais dans le quartier.
Ca t'embête pas ? -Pas du tout.
-Je suis la première ?
-Oui.
-Je vais t'aider à mettre la table.
-Pas tout de suite, je dois finir un truc.
Et comment ça va ?
-Pas terrible.
Je me sens un peu perdue.
-T'as une idée du pourquoi ?
-Oui, mais j'ai peur de ta réaction.
-Ah.
-Tu pourrais me donner ta salive pour un test ADN complet ?
-Non.
Il aurait fallu que tu fasses un minimum d'études générales.
Ces trucs, c'est pour les gens faibles et sans cervelle.
-Tu veux bien me faire plaisir ?
-Non, je le ferai pas.
-Je te demande jamais rien. -C'est catégoriquement non.
Et j'aime pas qu'on me prenne pour un con.
-Pourquoi tu t'énerves ?
-J'ai pas envie qu'on parle de ça. Ca me gonfle.
-Ÿ a pas un sujet sur lequel tu m'agresses pas.
-Ca doit vouloir dire quelque chose.
-Faut parler de tes serpents
pour que tu sois gentil avec moi ? -Ouais.
-Quoi ?
-Je sais pas... Par exemple, je sais...
T'es un quart vietnamien et tu m'as jamais parlé de tes origines.
C'est bizarre.
J'ai connu ton père avant qu'il meure,
il nous emmenait au restaurant vietnamien.
Mais tu dis jamais rien sur lui.
Pourquoi ?
-Car ça m'intéresse pas une seconde.
Moi, je suis venu ici très jeune
et je suis d'abord français.
Et très fier de l'être, d'ailleurs.
Même très, très fier de l'être.
-Pour qui tu votes ?
-C'est nécessaire d'aborder ça ?
-Oui.
-La dernière fois, j'ai pas voté.
Et la fois précédente, j'ai voté Le Pen.
Je veux pas que ça te fasse pleurer.
Je te laisse pleurer tranquille.
Musique intrigante
-Dis donc, elle est très bonne, c'est pas mal.
Je sais pas si vous êtes déjà allés au Pays basque.
Vous y êtes allés ?
Qui y est déjà allé ? -Moi.
-C'est extraordinaire.
Dans un restaurant, il y avait un chef basque,
je peux plus manger une seule huître
sans penser à ce restaurant.
Tu manges dans ce restaurant
et pendant une semaine, tu trouves tout dégueu.
-T'es gentil avec notre frère,
maintenant. Tu le traitais de "bâtard".
-C'est pas méchant, "bâtard".
-Petite, j'aimais pas qu'il le traite de bâtard.
-De bâtard ? -Oui, de bâtard.
Il a pas le même père que nous.
Notre mère a "trompette" notre père et a eu Matteo.
-Ouais. -T'as un rice cooker ou pas ?
-Je sais pas à quoi ça sert. Je fais ça simplement.
-C'est moins bon avec le rice cooker.
-Le frère de Joe a inventé ça.
-Non... -Joe ?
-Joe Cooker.
-Blanc ou rouge, le Bourgogne ? -Rouge.
-Côte de Beaune, mec.
-Tu trouves pas que ça sent mauvais ?
-Quoi, ça ?
-Regarde, sens.
Pourquoi tu lui donnes pas ta salive ?
Elle t'a jamais rien demandé !
Ta salive ! -Allez, Pierre !
-Tu crois que t'es le seul violent ?
Donne ta salive.
-Allez, Pierrot ! Test !
-Vas-y !
-Youhou !
-Vous êtes des malades ! -Voilà.
-Vous êtes des malades.
Vous êtes vraiment des malades ! -Mais non.
T'es malade !
Vous êtes malades ! Neige.
Tu te rends compte ?
Réveille-toi !
-Ca va ? -Ca va.
Elle aspire fort.
Pourquoi tu fais du bruit comme ça ?
-C'est comme ça qu'on boit le thé.
-Comment ça ?
-On boit le thé comme ça au bled.
-Ah bon ? -Oui.
-J'ai pas de souvenir de ça.
-Voilà.
Plus tu fais de bruit, plus t'es algérienne.
Elle tousse.
-C'est pas pour demain.
-Tu sais comment on dit
la menthe, en arabe ? "Naenae”.
-Naenae.
-Même moi, je le dis mal.
Elle pleure.
Petite soeur.
Musique douce
*-Ici les renseignements généraux.
*Le FLN a ordonné aux Algériens de sortir ce soir pour manifester
“afin de protester contre les récentes mesures de couvre-feu.
*-On a saisi des banderoles disant :
*"A bas le couvre-feu raciste, indépendance de l'Algérie”.
(La foule) *-Halte aux racistes !
*Halte aux racistes !
*-Nous avons parqué dans le métro environ 500 Algériens.
*Nous évaluons à 4 000 le nombre de manifestants.
“Depuis 20h, le nombre d'Algériens ne cesse de croître.
*-La police a violemment réagi.
*11 538 musulmans ont été arrêtés.
*-En arrivant sur le pont Saint-Michel,
“on a été arrêtés par un barrage de policiers.
“Et j'ai vu trois personnes jetées dans la Seine.
-Bonjour, madame.
Je suis le docteur Michelet.
Ca va ? -Oui.
-Vous savez où vous êtes ? -Vous parlez fort.
-Vous savez où vous êtes ? -A l'hôpital.
-Est-ce que vous savez
depuis combien de temps ?
-Oui, depuis cette nuit.
-Vous souvenez-vous de quelque chose ?
On vous a retrouvée inconsciente sur le pont.
-Je me souviens de tout.
-Madame Robert, ce qui me préoccupe,
c'est que vous êtes très sous-alimentée.
C'est pour ça que vous êtes sous perfusion aujourd'hui.
-Et donc ?
-J'aimerais savoir depuis quand vous n'avez pas mangé.
-Je sais pas, je compte pas.
Arrêtez de me fixer, comme ça, avec vos yeux.
J'ai l'impression d'être dans un asile.
-Vous êtes très en colère.
Je sais que vous êtes majeure,
mais avez-vous prévenu vos parents ?
-Non.
-Quand vous êtes arrivée aux urgences,
vous évoquiez votre père.
Vous étiez fâchée contre lui.
Et vous parliez d'un test.
-Vous pourriez prendre la salive de mon père ?
-Non.
-En lui parlant d'examens sanguins pour moi.
-Non, j'ai pas le droit de demander ça.
C'est très important ?
-Oui.
-Ca va mieux ?
-Oui.
-Tu veux pas manger ? On frappe.
-Bonjour !
Vous allez bien ? -Ca va ?
-Tranquille, wesh, bien ?
Je t'ai pris quantité de livres sur les Arabes.
-Je veux juste le petit Nedjma.
-Voilà.
Je sais pas
ce que tu trouves aux Arabes.
-T'as pas un truc à manger ? -Non.
Allez, tiens.
-C'est quoi, ça ? -Nedjma.
Kateb Yacine. Vous savez que Neige,
ça vient de Nedjma. Mon père a pas voulu ce nom.
Donc ils ont choisi Neige.
-Par rapport à l'entretien d'embauche, tout ça.
Nedjma, ça passait mal.
Son portable vibre.
-Allô ?
Allô ?
Oui ?
Oui ?
Musique intrigante
Vibreur de portable
-Allô ?
Oui ?
D'accord.
Merci, monsieur.
Monsieur, je pourrais avoir la carte d'identité de ma soeur ?
Monsieur !
-Excusez-moi, je peux voir le monsieur ?
-Nadir ?
-Madame. -Bonjour.
-Je termine juste une chose.
Ca, c'est pour le secrétariat.
C'est bon, il est là.
Il est tout prêt.
Tout neuf.
Il me faut juste une petite signature
et votre carte d'identité.
-La carte d'identité ? -La carte d'identité française.
Je vous l'ai dit au téléphone.
-C'est ça que tu cherches ?
-C'est ma soeur.
-Elle veut aussi être algérienne ? -Non.
-Que vous.
-Voilà. -Bon, super.
Voilà.
Je vous déclare officiellement de nationalité algérienne.
-Vous pouvez me le dire en arabe ?
(En arabe)
-Plus lentement.
-C'est trop beau.
T'as vu, c'est à l'envers.
-Ouais.
Vas-y !
Musique douce
"Lettre à ma fille" ([dir)
Comme tous les matins, tu m'as dit au revoir
D'un regard, avant de quitter la maison
Je suis resté immobile
J'ai pensé très fort à toi
Réalisant la joie immense
De te voir vivre sous mon toit
C'est vrai
Je ne te l'ai jamais dit
Ni trop fort, ni tout bas
Mais ma fille, chez nous, il y a des choses qu'on ne dit pas
Je t'ai élevée de mon mieux
Et j'ai toujours fait attention
À perpétuer les règles, à respecter la tradition
Comme l'ont fait mes parents, crois-moi, sans riposter
Je t'ai élevée de mon mieux
Comme le font tous les nôtres
Mais était-ce pour ton bien ?
Ou pour faire comme les autres ?
Tous ces doutes qui apparaissent et cette question affreuse
C'est moi qui t'ai élevée
Mais es-tu seulement heureuse ?
Tout ça, je me le demande
Mais jamais en face de toi
Tu sais, ma fille, chez nous
Il y a des choses qu'on ne dit pas
Et si on décidait que les bien-pensants se taisent ?
Si on oubliait ces convenances qui nous pèsent ?
Si pour une fois tu pouvais faire ce que tu veux
Si pour une fois tu allais danser en lâchant tes cheveux
Je veux que tu cries
Et que tu chantes à la face du monde
Que tu laisses s'épanouir ces plaisirs qui t'inondent
Je veux que tu sortes
Je veux que tu ries, que tu parles d'amour
Je veux que tu aies le droit d'avoir 20 ans
Au moins pour quelques jours
Il m'a fallu du courage pour te livrer mes sentiments
Mais si j'écris cette lettre
C'est pour que tu saches simplement
Que je t'aime comme un fou
Même si tu ne le vois pas
Tu sais, ma fille, chez nous
Il y a des choses qu'on ne dit pas
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