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Original subtitles

Et maintenant, Mesdames et Messieurs,

I'attraction que vous attendez:

le num�ro le plus sensationnel du si�cle.

Du spectacle, de I'�motion,

de I'action, de I'histoire.

Messieurs, Dames, "ladies and gentlemen",

"meine Damen und Herren",

un fauve cent fois plus meurtrier

que ceux dans notre m�nagerie.

Un monstre sanguinaire

aux yeux d'ange.

Le coeur pi�tin�,

des fortunes gaspill�es,

la sarabande des amours, des �tres, des couronnes,

une r�volution authentique.

Authentique!

"Passion and glory", passion et gloire,

triomphe et d�ch�ance.

D�ch�ance!

Lola Mont�s, comtesse,

Maria Dolores, de Landsfeld,

en chair et en os.

Et voici, Mesdames et Messieurs,

la v�rit�, rien que la v�rit�

sur la vie extraordinaire de Lola Mont�s,

repr�sent�e par toute la troupe en pantomime,

acrobatie, tableaux vivants, avec musique et danse,

et avec tout I'orchestre.

�a va aller.

Premi�re partie du spectacle: les questions.

Posez des questions, Messieurs, Dames.

Lola Mont�s vous r�pondra aux questions les plus choquantes,

aux questions les plus intimes,

aux questions les plus indiscr�tes,

sur sa scandaleuse carri�re de femme fatale.

Ne vous g�nez pas, Messieurs, Dames.

25 cents la question!

Maintenant j'ai I'honneur de vous annoncer

que la comtesse, dans un esprit de repentir et de mortification,

De mortification!

...de bont�,

De bont�!

...de charit�,

De charit�!

abandonne les produits de son exercice, unie aux oeuvres

de rel�vement des vies perdues.

Allez-y, Messieurs, Dames, pas de fausses pudeurs.

Elle vous dira tout.

Posez vos questions!

Une fois.

Deux fois.

Trois fois. Dans la main, merci.

"Ready!"

O� est-ce qu'elle a dans� sans maillot?

A Paris.

Plus fort!

A Paris.

Le docteur t'a donn� quelque chose?

Maurice est all� � la pharmacie.

Est-ce vrai qu'� Munich,

des hommes boivent 7 litres de bi�re � la suite?

Malheureusement, cette question n'a aucun rapport avec notre spectacle.

Sans rancune, cher ami.

O� sont tes enfants, Madame?

La comtesse n'a pas d'enfants.

Est-ce que sa m�re �tait comme elle?

Objection.

Posez des questions sur Lola mais pas sur sa m�re. Remboursez.

Qu'est-ce qu'elle aimait mieux, I'amour ou I'argent?

Mais les deux.

Quel tour de taille et quelle pointure, s'il vous pla�t?

Plus tard.

Est-ce que Lola porte un soutien-gorge?

Plus tard.

Combien d'amants?

II y a une question, r�p�tez-la.

Combien d'amants?

Vainqueur du monde, bonne question.

Nous allons les compter ensemble.

Alors, c'est grave?

II m'a dit de ne plus boire, de ne plus fumer.

C'est facile � dire.

La parade des amants!

Envoyez les amants!

Un, deux, trois, quatre,

cinq, six, sept,

huit, neuf, dix,

onze, douze, treize, quatorze,

Continuez, ne vous g�nez pas, seulement 25 cents la question.

Pour les filles perdues, il y en a beaucoup.

Quinze, seize, dix-sept,

dix-huit, dix-neuf...

Pourquoi ne restiez-vous jamais avec vos amants?

Parce que les femmes fatales ne restent pas.

Elles ne restent nulle part.

La comtesse se souvient-elle encore du pass�?

S'en souvient-elle? S'en souvient-elle?

S'en souvient-elle?

S'en souvient-elle?

On va y arriver.

Encore...

Encore 5 lieux, M. Lizt.

-D�p�chons-nous, je suis press�. -Bien, Monsieur.

Allez, vite.

Encore une heure, vous trouvez que c'est long?

Et vous?

Demain matin nous partirons pour Rome.

Vous �tes impatiente d'arriver � Rome?

Nous allons mal, vous savez. Tr�s mal.

Je connais �a.

Quand...

Quand I'homme est attachant par sa personnalit�.

Et vous I'�tes. Terriblement.

On se laisse prendre, on s'accroche,

on va presque trop loin.

Nous sommes g�n�s par toutes ces folies derri�re nous.

Nous commen�ons � nous guetter.

Nous cherchons � nous retrouver, � nous reconna�tre,

et nos r�ponses deviennent des questions.

Quand vous demandez...

"Tu ne m'aimes plus?"

Je te r�ponds: "Et toi?"

Ce n'est pas une r�ponse.

Mais �a, cette voiture,

c'est une r�ponse.

C'est bien votre voiture?

N'est-ce pas?

Oui.

C'est vrai qu'elle vous suit toujours quand vous voyagez avec un amant?

J'aime bien avoir sous la main le moyen de m'en aller.

Vous ne r�vez jamais d'un caprice qui ne finirait pas?

Oh! r�ver...

Les r�ves sont personnels. On ne peut pas les partager

et ils sont parfois embarrassants.

Embarrassants? Pourquoi?

Parce qu'ils ne durent pas?

Parce qu'il y a un r�veil?

II suffit de les retenir, les vivre avant qu'il ne soit trop tard.

La vie pour moi c'est le moment.

Tu es fatigu�e.

Non, un peu triste.

Si I'auberge est charmante,

un joli d�ner...

�a passera.

"Mario, venga presto! Una carrozza che arriva!"

"Bene, me ne occupo. Emilio!"

"Emilio! Eh, lo so, quando arrivano i clienti."

"Vai a prendere i bagagli."

"Buongiorno, benvenuti!"

-"Benvenuti." -"Benvenuti. Camere magnifiche."

Jos�phine.

Permettez que je vous aide, Madame.

Va au devant de ma valise.

Bien s�r.

"La carrozza! Un'altra carrozza viene!"

Mario.

-Alors, �a va? -Oui, �a va.

-O� en sommes-nous avec lui? -C'est une question d'heures...

Tant mieux, parce qu'on mange mal ici.

Vous avez vu la citadelle romaine � Verone?

Spaghetti, fetuccini, bolognaise. Ils mettent de I'huile partout.

Quelle plaie.

Je fais graisser votre voiture pour demain matin?

Peut-�tre.

Tu as entendu? Peut-�tre.

"Merci pour ton mensonge.

Merci de me laisser croire que c'est moi qui m'en vais,

que ce n'est pas toi qui part."

Voil�, ch�rie.

Tu m'entends?

Tu ne veux pas m'entendre?

Bon.

Tu pourrais me dire adieu, ce serait plus gentil.

Je ne voulais pas vous r�veiller.

Tu peux me dire "tu" pour un adieu.

Je pense que vous... que tu es de mon avis.

�a vaut mieux pour tous les deux.

C'est la premi�re fois depuis longtemps que nous sommes d'accord.

Viens m'embrasser.

Mieux que �a. Un baiser d'adieu c'est important.

Il faut qu'on puisse s'en souvenir.

Voil�. C'est fini.

Fini.

Tu sais, la vie, I'amour...

A qui le dis-tu.

Voil�.

Nous nous reverrons.

Je voyage beaucoup.

Moi aussi.

Il faudrait une telle coincidence.

Il n'y a que cela dans la vie, tu verras.

Un soir, je serai dans la m�me ville que toi.

J'y danserai et toi tu donneras un concert.

Il faudrait que ce soit une bien grande ville.

Pour une fois, nous nous partagerons le public.

Je quitterai mon th��tre � temps pour tes rappels.

Je t'applaudirai.

J'entrerai dans ta loge.

Tu seras content?

Oui.

Tu auras rendez-vous avec une femme. Moi, avec un autre homme.

Et on n'ira pas, hein?

Non, on n'ira pas.

On se cachera n'importe o� pour une nuit.

On se retrouvera comme on est l�. Ce ne sera pas merveilleux?

Ce sera merveilleux.

Je vais surveiller le chargement.

Madame, tout est pr�t!

Oui, je viens.

Ravissant.

Alors...

Au revoir, Franz.

Je vois que tu es fid�le � ma musique.

Au revoir.

C'�tait � pr�voir.

C'est peut-�tre mieux ainsi.

Alors, c'est bien fini?

-Tu m'aimes? -Mais bien s�r.

Lola quitte la piste avec toute sa suite.

Changement de d�cor, changement de costume.

Nous retournons, loin en arri�re, la jeunesse.

Cette carri�re exceptionnelle

a pris un signe dans la vie g�n�reuse

du bonheur familial.

Nous vous montrons alors, Messieurs, Dames,

la jeunesse heureuse, et sa brillante adolescence.

Mouchoir, vite.

Douze tableaux vivants

avec toute la troupe.

Le berceau, authentique, Mesdames et Messieurs.

Tiens.

Merci.

Voici la m�decine, Madame. 80 cents.

Merci, Maurice. Combien de gouttes?

-Pas mal, ici. Dix ou douze. -Oui, dix ou douze.

Une m�re admirable, attentive et d�vou�e.

Un p�re mod�le, s�v�re, affectueux et colonel.

P�re de Lola, p�re de son r�giment,

quarante quatri�me d'infanterie aux Indes.

Epoque inoubliable, insouciance, fra�cheur d'�me.

Elle fut une belle petite fille qui adorait les ballons rouges.

En classe, toujours la premi�re...

Bonsoir, Madame.

Merci.

�a t'amuse?

�a t'amuse toujours autant?

Oui, Madame. Je voudrais que �a finisse jamais.

Tu as raison. Va.

C'est amer.

H�las, mort du colonel

au dur service de la couronne britannique.

Et en 1830, la veuve inconsolable et sa fille bien aim�e

s'embarquent pour rentrer en Europe.

La travers�e, vers le vieux continent, vers la vie.

Attention, ne tombe pas.

Ne va pas tomber dans I'eau.

Tu r�ves toujours.

Regarde le bateau.

Tiens le lieutenant James, il est d�j� l�.

Qui?

II est vraiment tr�s gentil, tr�s serviable,

tr�s sociable et amusant.

Je t'assure que tu es injuste envers lui, ch�rie.

Bonsoir, le voyage s'est bien pass�? Si vous voulez bien me suivre.

Attention.

Capitaine, voici Miss Craigie.

Enchant�e, Madame. Bienvenue � bord.

Lola!

"And here are the ladies."

"Passport."

"You're both welcome."

"Can I have your ticket?"

"Ticket. Yes Sir."

Merci, Monsieur.

C'est arrang�: la cabine num�ro 11.

C'est pour les cabines. Il faut que je t'explique.

J'ai le num�ro 11 et toi, tu es dans le dortoir.

Je vais m'ennuyer si je ne suis pas avec toi.

Moi aussi, ma ch�rie, mais c'est arrang� et on n'y peut rien.

Le commissaire m'a r�serv� le 11.

Il y a des cabines � deux lits.

Elles sont toutes prises par des couples.

Ah, voil�.

S'il vous pla�t, veuillez montrer le dortoir � Mademoiselle.

A droite, Mademoiselle. A droite.

-A tout � I'heure au d�ner? -A tout � I'heure au d�ner, ma ch�re.

Par ici.

Merci.

Tout droit.

Merci.

J'ai une cousine de Calcutta aussi, mais elle a �tudi� en France.

Il y a beaucoup de cabines particuli�res?

Non, tr�s peu.

Toutes les cabines sont pour 2, 3 ou 4 personnes.

Ma cousine n'�tait pas � Paris, mais � Grenoble.

Tout le monde �tait...

Pardon. Toute ma famille est � Grenoble.

Moi aussi j'y suis n�. Vous connaissez Grenoble?

Non, pas encore.

Comment est-ce, ce dortoir?

C'est l�.

N'empilez pas vos valises. Mettez-les � plat, en cas de temp�te.

Quel �ge avez-vous?

Vous voyagez seule?

Au fond, � droite.

Vous permettez?

Mademoiselle est assez grande pour ranger ses affaires elle-m�me.

Bonsoir, Mademoiselle.

Bonsoir.

Et maintenant,

Mesdames, Mesdemoiselles,

Messieurs, Commandant...

place � la danse.

Et tout le monde danse.

Il est temps d'aller te coucher.

D�j�?

Bonne nuit, maman.

Dors vite, mon tr�sor. Il est I'heure.

On danse?

Bonsoir, Mademoiselle.

Bonsoir, Mademoiselle.

Et c'est I'Europe, Paris, la vie brillante.

Lola trouve un mari.

Tu dors?

C'est extraordinaire. Mais j'ai peur que �a finisse mal.

Allons, viens vite.

Viens.

Dis donc, demande la loge 21.

Allons, viens.

Souris voyons.

Ne fais pas cette t�te-l�.

Tu vois? Tu auras tout �a.

�a m'est �gal.

Pourtant les robes, les bijoux, c'est beau.

S'il s'agissait d'un inconnu, j'aurais des scrupules

mais le baron �tait un vieil ami de ton p�re, alors...

Alors il doit �tre tr�s vieux.

Vieux... �a d�pend sous quel angle on se place.

C'est un tr�s bel homme, d'une �l�gance raffin�e.

Tu avais �pous� un homme bien plus vieux que toi.

Ton p�re n'�tait pas tr�s vieux.

Assez pour �tre mon p�re.

C'�tait notre banquier. Un banquier vieillit moins vite que ses clients.

Et puis, je ne te force pas. Tu es libre de dire non.

Quand j'�tais jeune fille, je dansais avec le baron.

Alors c'est toi qui devrais I'�pouser.

Insolente!

Viens, mais viens donc.

Il ne me conna�t pas, il sera s�rement d��u.

Je lui ai envoy� ton portrait. Tu n'es pas mal.

Ah, s'il te demande si tu sais jouer du piano, r�ponds oui.

D'ailleurs, r�ponds oui � tout.

J'�tais beaucoup plus fatigu� tout � I'heure.

L'op�ra m'accable mais sans cela, je ne peux pas dormir.

Un roi doit savoir faire respecter I'ordre.

D'ailleurs sans �a, la monarchie n'a plus aucun sens.

Ces dames sont arriv�es.

Je vous pr�sente mes hommages. Je suis ravi de vous voir.

-Vous permettez? -Je vous en prie.

-Le baron m'a charg� de I'excuser. -Lieutenant James.

Il a �t� oblig�

de partir brusquement pour Baden-Baden.

Et ma fille.

Vous savez, sa goutte.

Je vous f�licite, Mademoiselle.

J'avais vu votre portrait, mais vraiment...

Sinc�rement je suis...

C'est entendu, vous rejoindrez le baron � Baden-Baden.

-Permettez, Messieurs. -Je vous en prie.

Examinons certains points qui ont leur importance.

Mais non. La Prusse...

-Aucun danger. -Mais c'est I'Angleterre.

C'est toujours I'Angleterre.

-Ce jeune homme, ce n'est pas... -Non.

Il voyage avec moi.

Mon mari I'aimait beaucoup, c'�tait son officier d'ordonnance.

Il a quitt� I'arm�e.

Alors voulez-vous vendredi matin? A dix heures, chez I'avou�?

II est tr�s habile. Tout sera r�gl� pour le mieux.

Y compris le testament. Oh, il faut tout pr�voir.

Je suis enchant�e.

Mais il faut tout de m�me que je vous explique...

De I'eau.

...de notre c�t�, il n'y a pas de fortune du tout.

Plut�t le contraire.

C'est tr�s p�nible � expliquer.

Elle est partie.

Comment �a? Elle est folle.

Je vous en supplie, allez la chercher. D�p�chez-vous.

-Qu'y a-t-il, ch�re amie? -Mais rien du tout.

Lola!

Allez-vous en, je vous d�teste.

Tout allait bien avant. C'est votre faute.

Comment dites-vous cela? Vous savez que je n'influence pas ses d�cisions.

Je n'y suis pour rien.

Je sais qu'on veut me donner un vieux riche. Je ne veux pas.

Votre �ventail.

Vous savez tr�s bien que je ferais n'importe quoi pour vous.

Etes-vous vraiment mon ami? Vous m'aimez un peu?

Beaucoup.

Beaucoup?

Beaucoup.

Quand je vous ai vue avec votre m�re, j'�tais...

Alors, faites quelque chose, je ne sais pas...

Epousez-moi.

C'est en g�n�ral ce qu'on fait, non?

Alors, vous venez?

Oui.

Deuxi�me acte! Deuxi�me acte!

Deuxi�me acte!

Lola, virginale et pure devient une femme en fleur,

combl�e d'amour et de tendresse.

Je ne sais pas ce que j'ai mais ma vie tourne dans ma t�te.

N'y pensez pas, Madame.

Il y a trop de choses.

Allons, du courage.

Un mariage d'amour: Lola �pouse le lieutenant James,

I'ex officier d'ordonnance de feu son p�re.

En Ecosse, vie maritale pleine de f�licit�

en d�pit du temps insalubre.

Allez-y.

Sc�ne de la vie conjugale

�voqu�e gr�ce � la troupe des lilliputiens du Maon Circus.

Premier No�l dans I'intimit�, promenade � cheval,

le boudoir.

Le dimanche, � la petite �glise du village.

Les soirs de pluie,

une heure de clavecin.

La chasse traditionnelle

au coq de Bruy�re.

"Open up in there!" "Open up!"

"Where are you?"

Regardez la victime.

Qu'est-ce que j'ai encore fait? On est venu se plaindre.

On voulait m'emp�cher de boire.

Qu'est-ce que c'est?

Tu veux encore me quitter? Une fois de plus?

Mais vous oubliez que nous avons fait un mariage d'amour.

On n'�chappe pas � un mariage d'amour.

O� sont vos chaussures?

"There."

"And there."

"And there, your shoes."

"Stay here!" "I order you to stay here!"

Allons Lola, ne pars pas, je t'en prie.

Sois raisonnable, pense au scandale.

Tu sais qu'il n'est pas m�chant. Je connais mon fr�re.

Je n'en peux plus.

Il est aigri mais tu sais qu'il ne te fera pas de mal.

Je n'en peux plus, je n'en peux plus...

J'aime mieux n'importe quoi.

D'accord, je t'ai tromp�e, j'ai connu une fille,

mais je ne recommencerai plus, je te promets.

Laisse-nous seuls!

Viens ici.

Tu m'entends? Je ne te laisserai pas partir.

J'aime autant te tuer.

Non!

La paisible vie de famille, ne suffisant pas � la comtesse,

promise comme bien d'autres femmes � un destin plus glorieux,

il lui faut bien faire sa sortie avant de faire son entr�e.

La comtesse aurait pu facilement vivre aux d�pens des hommes.

Mais elle avait d'autres ambitions.

Elle avait retrouv� le r�ve de son enfance,

et voulait devenir une �toile.

Mais on ne devient pas une grande danseuse sans travailler.

Maestro.

Merci, maestro.

Apr�s de longues �tudes,

elle d�bute le 18 novembre 1841 � Madrid.

Succ�s foudroyant.

Allez. Allez Lola.

Puis Rome.

Recette formidable.

Encore.

Varsovie!

Le 7 janvier 1842

un scandale politique �clate � Varsovie.

Le vice-roi russe, le g�n�ral Pasquievich,

tombe amoureux fou de Lola.

Mais elle repousse le tyran.

Mais les tyrans ont d'autres moyens de s�duction.

Le g�n�ral envoie ses cosaques.

Les cosaques attaquent.

Ils I'enl�vent au galop.

A I'aube, I'ambassade de France intervient.

Vous voyez ici, Mesdames et Messieurs

I'ambassadeur au seuil de son palais

accueillant la comtesse.

En repr�sentant officiel des id�es g�n�rales de la grande nation,

il lui offre sa protection.

Pour toute une journ�e et toute une nuit,

I'ambassadeur la prot�ge.

Ecoutez s'il vous pla�t

le rapport

de ce galant diplomate.

...c'est Lola qui les cr�a.

Douze choses parfaites.

Comptez-les avec nous, �coutez la chanson.

Toi, douce, le coeur, le poignet et la main.

Toi, folle, les yeux, les cheveux et le pieds.

Toi, courte, les bras, les oreilles, le nez.

Toi courbe, I'�paule, la bouche et le sein.

Tu donnes ton corps

mais tu gardes ton �me.

Les hommes se donnent

pour t'offrir des tr�sors.

Ton regard est si tendre

et si blanc ton genou,

quand tu dors c'est une valse

en passant pr�s de nous.

Apr�s le bonheur

tu nous abandonnes.

Tu reste pourtant...

Il n'est pas seulement g�rant, il fait aussi un num�ro.

Vous savez, "le rigolomane". Il est formidable.

Et � I'entracte il fait la caisse.

Venez, c'est par ici.

Mais quand je lui ai dit que vous �tiez le docteur,

il m'a dit qu'il vous recevrait.

Je vous en prie. Docteur, entrez.

Excusez-moi.

Paul M�ller Schultz. Excusez-moi.

Asseyez-vous, docteur.

Alors, de quoi s'agit-il?

-II s'agit de Mme. Mont�s. -Ah, oui, je sais.

Elle est all�e vous consulter aujourd'hui.

-Mal � la gorge. �a arrive souvent. -�a ne va pas bien.

Mais je I'ai examin�e.

Le coeur flanche.

Quant au mal de gorge, c'est peut-�tre plus grave.

Cette femme est us�e pr�matur�ment. Il faut qu'elle se m�nage.

Se m�nager? Vous avez vu le spectacle?

Oui, hier.

C'est follement dangereux. Surtout la fin.

Il faut bien qu'elle gagne sa vie.

Lola voulant se faire un nom

a compris qu'il n'�tait pas question

de garder bonne r�putation.

Le bruit, les scandales, les �motions,

voil� ce qu'elle a choisi pour faire sensation.

En Turquie, sur la demande du sultan,

elle se baigne presque nue.

C'�tait passionnant, les invit�s furent contents,

les poissons, �galement.

�a va?

A Saint Petersbourg, elle bouleverse tout un r�giment,

et pour prouver son amour

le star a d�cid� qu'on porte aux soldats du champagne

� boire dans son soulier.

Elle arrive � ses fins par un nouveau scandale.

Elle a deux pages � elle seule dans chaque journal.

A Raguse,

ombres chinoises, architecture dalmatienne.

A Raguse, robe exquise

qu'on refuse � I'Eglise.

Viens Lola.

La robe est authentique.

Elle devient de plus en plus irr�sistible.

A Budapest, I'homme le plus fort du monde,

le c�l�bre lutteur international Bugakov

tombe amoureux d'elle.

Elle ne I'�coute pas.

Alors, il ne dort plus,

il ne mange plus, il ne boit plus.

Il se fait battre et il abandonne le m�tier.

Depuis ce temps-l�,

Lola ne fait rien sans Bugakov,

qui est devenu son garde du corps.

Vous pouvez voir sur son dos

ses scandales les plus notoires.

Lola vous racontera elle-m�me.

Elle vous dira toute la v�rit�.

Cette histoire appartient exclusivement au Maron Circus.

Toute reproduction est formellement interdite.

A I'�poque je travaillais au Tivoli.

J'�tais amoureuse de...

De qui, Lola?

Du chef d'orchestre...

Claudio Piroto.

Je ne savais pas qu'il �tait mari�.

Oui, c'est sa femme. Dans la quatri�me loge de gauche.

�a ne se passera pas comme �a.

-Mais elle est folle. -Ma musique.

Madame.

Tabouret.

Madame, ne partez pas. J'ai deux mots � vous dire.

Je ne vous connais pas...

Il disait �tre divorc�, je vois que c'est faux.

Sans trop d'estime pour les femmes mari�es, je hais les l�ches.

Tenez, il est � vous, et d'ailleurs, probablement faux.

Le lendemain matin...

Le lendemain, merci Lola!

Cigare pour la comtesse.

Oui, il est int�ressant de savoir

que la comtesse est la premi�re femme europ�enne

qui fume des cigares.

Naturellement, comme la plupart dans I'aristocratie cubaine

elle fume "El caballero dorado".

Qui se vend pour 10 francs dans le th��tre.

D�licieux.

Lola, continue.

Le lendemain, j'�tais la femme la plus c�l�bre de la C�te d'Azur.

L'�lite internationale me rendait visite.

Qui donc, Lola?

L'�lite de France, les grands...

Aristocrates.

D'Angleterre, les...

Banquiers.

Toute la haute soci�t�.

Le minist�re des affaires �trang�res

ne voit pas d�filer autant de diplomates que I'h�tel de Lola

sur la C�te d'Azur.

Et, moi-m�me, Messieurs, Dames,

je ne manquais pas au rendez-vous.

Madame.

Fais-le entrer.

Il est bizarre, il me fait peur.

Personne ne me fait peur.

Merci, Monsieur.

Je suis un homme de cirque.

C'est moi qui ai trouv� la femme � trois t�tes

et le seul �l�phant

qui peut jouer "Sur le pont d'Avignon" au piano.

A New York, on a jou� pendant 4 semaines � bureaux ferm�s

avec les 2 anarchistes qui avaient tu� le sultan d'Egypte.

Et � San Francisco, cinq semaines et demie.

Ce ne sont que des d�tails, mais qui serviront � mieux me comprendre.

Vous d�sirez?

Vous engager. J'�tais hier au th��tre.

�a vous a plu?

Pas du tout, vous ne savez pas danser.

Mais vous savez d�clencher le scandale,

d�cha�ner le public.

�a vaut la fortune.

Oui?

Dans le monde entier, le scandale c'est de I'or.

Et en Am�rique, �a n'a pas de limite.

Venez avec moi,

je vous vendrai tr�s cher, partout dans le monde.

La femme la plus scandaleuse du monde.

Le plus grand num�ro de scandale.

Vous jouerez vos scandales, vous les danserez, si vous voulez.

S'il n'y a pas assez pour remplir une soir�e, on en inventera d'autres.

Nous montrerons tout ce que les femmes r�vent de faire

mais n'ont jamais le courage de faire.

Et cessez de marcher comme �a.

Restez tranquille.

Le talent ne m'int�resse pas.

Vous permettez?

Non seulement la force

mais I'efficacit�...

Ce n'est pas pour vous voir danser qu'il y a foule au th��tre,

mais pour vous attendre � la sortie.

Vous �tes belle.

Terriblement belle.

Vous avez I'air de penser ce que vous dites.

Vous fumez trop.

Mais je ne suis pas une machine � scandales.

Je fais ce qui me pla�t. Voil� tout.

C'est ce que I'�l�phant a pens� aussi.

Finalement il a appris � jouer du piano.

Maintenant il adore la musique.

Je ne suis pas un ph�nom�ne de foire.

Votre offre ne m'int�resse pas.

Parfait,

mais elle reste valable.

Voici le contrat.

Je vous le laisse.

Vous savez o� me trouver

pour le meilleur

ou pour le pire.

Si vous me revoyez, ce sera pour le pire.

Alors, ne le souhaitez pas.

Non, je ne le souhaite pas.

Lola...

Je peux vous appeler Lola?

Apr�s tout, nous sommes du m�me m�tier.

Pourquoi pas?

Pourquoi pas?

Ne soyez pas b�te.

Comme les autres.

C'est ainsi, Mesdames et Messieurs,

que Lola Mont�s d�clina notre offre

et que la comtesse de Landsfeld

commen�a son ascension vertigineuse.

Repr�sent�e pour la premi�re fois au monde

dans un num�ro d'acrobatie et de trap�ze.

Lola.

Chaque mouvement de son num�ro, comme chaque action de sa vie

est dangereux et irritent son joli cou.

Tout faux mouvement � cette extr�me hauteur

et c'est la chute, la mort.

Paris. Du journaliste Dujarier,

son destin I'am�ne vers le journaliste Beauvallon,

dont le journal a un tirage plus �lev�.

Le grand et c�l�bre Richard Wagner,

le c�l�bre Fr�d�ric Chopin, tombent � ses genoux.

Plus haut Lola, plus haut!

Avec danse et musique, Lola passe de I'art � la politique.

Mesdames et Messieurs, un des risques de notre m�tier:

le comte de Victenfeld

r�gnant d'une main de fer sur 78000 habitants

lui verse 300 ducats d'argent par mois.

Plus haut Lola, plus haut.

Le grand duc d'Hesse,

500 ducats d'or de revenus mensuels.

Toujours plus haut, Lola.

Plus haut.

Lola arrive au sommet.

Lola acc�de au pouvoir.

C'est I'�pisode le plus fantastique

de son histoire.

Lola, en Bavi�re.

On a d� se tromper de route.

Maurice, arr�tez.

Munich!

Munich!

Merci.

Vous �tes s�r?

Oui, Madame.

Beau gar�on...

S�r?

Mais oui, Madame.

Comment se fait-il que vous parliez si bien le fran�ais?

Je suis �tudiant.

� Voulez-vous que I'on vous raccompagne?

Non, je vais dans I'autre sens.

Vous reviendrez. Entrez.

C'est �a, oui. Je vais vous guider.

En route, Maurice. Avec ce monsieur nous sommes sauv�s.

Latin, grec, philosophie,

langues modernes et th�ologie.

Tr�s int�ressant.

C'est la casquette de mon club allemand. Il est formidable.

J'en suis s�re.

Et voici notre �charpe: rouge, vert, noir.

Jolies couleurs.

Notre insigne, notre devise est:

"Lumi�re, Progr�s, Fid�lit�."

Tr�s joli.

Pardon. Bonjour, Monsieur.

Venez ici.

Merci.

Maurice.

Maurice.

-Couvre-toi. -Pas la peine.

�a fait du bien de prendre I'air cinq minutes.

Couvre-toi quand m�me. Attention � la bronchite.

Et dire qu'en ce moment, il y a des violettes au bois de Meudon.

Une chambre.

Bonsoir, Madame? S'il vous pla�t.

"Kommen Sie."

Tous les bagages sont l�?

"Ich komme. Was f�r eine frische Luft!"

Ici, une autre chambre. Une autre chambre, ici.

-"Das Zimmer hat... -Gut."

Chambre communiquante.

On pourrait installer un salon de musique.

Cent francs.

Et au-dessus, �a fait combien?

"Das ist das H�chste im Preis".

Je veux dire � I'�tage au dessus.

Deuxi�me?

M�me troisi�me.

"Ja, schon, aber das ist ein Einfache."

Plus cent.

C'est �a.

J'ai un autre chambre, deuxi�me �tage.

S'il vous pla�t, Madame. Un autre chambre.

"Noch vielen 'chambre' habe ich. Kommen sie, Madame."

-Alors, d�j� de retour? -J'ai oubli� quelque chose.

Jolie vue.

"Es werden f�nf."

Bon, on va pouvoir mettre le piano dans le coin

et le lit de Jos�phine avec ses jolis petits rideaux ici.

"Aprisa." Une lettre du th��tre!

Merci. C'est la r�ponse � votre lettre de Gen�ve.

Et alors?

Votre audition est fix�e � demain.

Alors, je prends I'appartement en bas.

Bravo, Madame.

Bravo, Madame.

Mais de perfides intrigues emp�chent son engagement.

Ils ne comprennent rien aux danses espagnoles. C'�tait sublime.

-Alors? -Comme toujours, le bol�ro.

Vous montez, Madame?

Non, je vais marcher un peu.

Monte, tu as toujours �t� contre ce voyage...

Est-ce que je peux vous aider, Madame?

Personne ne le peut, malheureusement.

Dommage.

Tenez.

Ferdinand Von Veiber.

Vous �tes du r�giment du Roi?

Tu vois I'�tendard, l�-bas?

pr�s de la premi�re colonne, sous la coupole,

Je vois.

...l'uniforme noir avec le plumet blanc,

l�, tout seul, c'est lui.

Mais Ferdinand, tu m'avais dit que tu le connaissais bien,

que tu avais acc�s � lui.

Je ne cesse de me rapprocher

mais en six semaines on n'arrive pas � pr�senter une danseuse au roi.

Ma note d'h�tel aussi a six semaines.

Je fais des prodiges de diplomatie.

Hier, le comte de Sinsheim m'a assur� que dans un mois...

C'est trop long pour moi.

Lola!

Vous avez attaqu� un lieutenant de gendarmerie. C'est grave.

Oui, Sire.

J'aurais d� le d�grader et vous expulser.

Oui, Sire.

Au lieu de cela, je vous ai donn� audience

et je I'ai nomm� Capitaine.

Oui, Sire.

Je m'excuse pour mon fran�ais qui n'est pas tr�s bon.

Oui, Sire... Non, vous parlez tr�s bien.

Merci.

Voil�, qu'avez-vous � me demander?

Et bien...

Je vous demanderai de parler assez haut

parce qu'il m'arrive de ne plus tr�s bien entendre.

Sire, je...

Oui.

Il para�t que vous avez pass� une...

la loupe... Une audition...

Comment, une audition?

Et qu'on vous a refus�e.

Comment? Peut-on �tre soi-m�me sur commande?

Rire, pleurer sur commande? Jouer, danser?

Avez-vous pass� une audition pour �tre Roi?

Pour �tre quoi?

Pour �tre Roi!

Commissions, bureaux, chanceliers, conseillers, �a m'�touffe.

Tout ce qui retient, qui interdit, c'est pas ma nature.

Vos sujets aussi doivent �touffer. Et ces lois, ces ordonnances...

On ne peut pas totalement s'en passer.

C'est dommage.

Il est �crit dans ce rapport:

"Aucune formation classique."

Mais, qu'est-ce que �a veut dire? Classique, classique...

Des pirouettes? Des ronds de jambe?

Mais c'est mort!

Mais le fandango, le bol�ro, la c�badille,

ce sont des danses espagnoles, Sire.

�a, �a vit. Oh, pardon.

Continuez.

Pas classique...

Evidemment, je ne suis pas mal faite alors ils inventent n'importe quoi.

Ah pardon...

C'est que justement sur ce point

ils �mettent...

Comment dirais-je?

lls �mettent des doutes.

Ce n'est pas vrai.

Mais si.

L�, ils exag�rent. Je ne me prom�ne pas nue.

Je mets des robes ferm�es pour faire s�rieux, et voil�.

Il faut �tre mal intentionn�. Parce que je suis tr�s bien faite.

C'est bien simple.

On va vous apporter une aiguille et du fil.

-"Nadel und Faden." -"Gewisse, Majest�t."

"Nadel und Faden."

-"Nadel und Faden." -"Nadel und Faden."

"Nadel und Faden."

C'est fini?

Merci.

Mouchoir.

Sac � main.

Les figures de la tarentelle sont extr�mement simples.

Une aile de pigeon, un balanc�, et un entrechat.

On reprend 4 fois bien en mesure, c'est passionnant.

On I'appr�cie mieux si I'on conna�t les figures. Comprenez-vous?

Je comprends.

Qu'il faut que je parte � Wiesbaden faire la cure.

Vous avez eu un v�ritable triomphe.

C'est moi, Maurice.

Le directeur.

Sa Majest� vous demande.

Elle vous attend dans la loge royale.

Je I'ai rarement vu aussi enthousiaste.

On n'a pas une minute.

Vite.

Et mes yeux...

D�p�chez-vous, Madame.

�a va?

Attention a la marche. C'est un peu �troit.

Depuis des ann�es on nous promet des transformations.

Attention. Mais vous savez ce que c'est.

C'est le chemin le plus direct pour aller � la loge royale.

Sa Majest� nous attend.

Sa Majest�.

Votre mouchoir, votre bague.

J'allais chez vous, Madame...

Ah non, �a ne va pas.

J'allais chez vous pour vous �pargner le d�rangement.

Je voulais vous f�liciter, Madame.

Vous apportez une fra�cheur, un renouveau,

c'est une petite r�volution que vous venez de faire.

Je voulais vous dire que vous avez conquis...

que vous avez conquis votre place dans ce th��tre

et qu'on ne demande qu'� vous garder.

Sire, gr�ce � vous j'ai montr� que je savais danser,

c'est tout ce que je voulais.

Je trouve que vos ambitions sont un peu limit�es.

Je n'ai plus rien � faire ici.

Ne croyez pas cela.

Gr�ce � vous, je me suis initi� � un art que je connaissais mal.

Je vous ai aper�ue quelquefois aux r�p�titions.

Moi j'�tais tr�s loin, au fond, cach�,

et vous �tiez tout petite sur la vaste sc�ne vide.

Je connais presque tous les pas mais mon �ducation n'est pas termin�e.

Je peux dire � mes officiers: "�a, c'est un entrechat, un chass�."

Et ils r�pondent: "Oui, Sire" m�me si je me trompe.

Mais avec vous, c'est autre chose.

J'aimerais que nous reprenions notre conversation sur la danse

ou sur la politique.

Vous avez des vues assez originales.

Et sur d'autres sujets.

Nous pourrions parler...

de nous.

N'avez-vous jamais voulu arr�ter quelques temps?

Vous reposer?

Vous fixer un peu?

Vous �tes tr�s seul, Sire.

Puis le baron, � Paris,

ensuite le prince Krasvenski � Saint Petersbourg.

�a nous fait 42. Voil� les amants que je connais.

-II y en a d'autres. -Cher directeur, vous exag�rez.

Quand cette Lola Mont�s reste seule plus de 5 minutes avec un homme

il s'en vante.

Il laisse entendre partout qu'il est son amant

alors qu'il n'a rien obtenu d'elle.

Nous sommes tous pareil, n'est-ce pas?

Sept minutes d�j�.

Y a-t-il quelqu'un du Minist�re des Beaux Arts parmi vous?

Mon cher secr�taire, je voulais vous parler d'un projet

qui m'est venu � I'esprit par hasard.

Voil�, je crois que nous attachons trop d'importance...

Je voulais vous f�liciter pour votre exceptionnelle d�couverte.

Merci, Majest�.

Comme je le disais,

nous faisons trop pour le th��tre et pas assez pour les arts plastiques.

Par exemple, la peinture.

J'en ai parl� avec la Reine il y a peu, qui est de mon avis.

Elle d�sire pour la Galerie Nationale un portrait peint par un ma�tre.

Un portrait de Sa Majest� la Reine? Bonne id�e.

Comment?

Un portrait de Sa Majest� est une id�e charmante.

Merci mais ce n'est pas press�, nous en avons d�j� vingt.

Nous en reparlerons quand la Reine reviendra de la cure de Wiesbaden.

Non, je d�sirerai que I'on fasse le portrait de cette danseuse...

-Comment s'appelle-t-elle? -Lola Mont�s, Majest�.

-Comment? -Lola Mont�s.

Oui, c'est curieux, je n'arrive pas � retenir ce nom.

Un portrait de Mme. Mont�s.

Faites en sortes qu'elle ne quitte pas Munich.

-Merci. -Merci, c'�tait tr�s r�ussi.

Pardon, je vous ai remerci� d�j�.

-O� est ma voiture? -L�, Majest�.

Faites convoquer les artistes talentueux � I'Acad�mie.

Oui, Majest�.

Le Roi vient choisir parmi vous un portraitiste.

Nous tenons � ce que ce portrait soit fini au plus vite.

Le mod�le dont il est question doit repartir tr�s vite.

Vous avez vos hauts-de-forme? Alors, nous sommes pr�ts.

-Majest�. -Bonjour.

-Combien de temps? -J'ai mis 17 jours, Majest�.

-77 jours? -Non, seulement 17.

En r�alit�, seize et demi, Majest�.

-Combien de temps? -Six semaines.

-Six jours? -Non, six semaines.

Merci.

Tr�s joli.

Un mois, Majest�.

Sept jours seulement, Majest�.

H�las, trois mois et dix jours, Majest�.

-Comment? -Je regrette, Majest�,

j'ai commenc� en d�cembre et les jours f�ri�s m'ont retard�.

Puis, le bapt�me en famille.

-Combien de temps? -Trois mois et dix jours.

C'est vous.

C'est tr�s bien. L�.

Ne bougez plus.

Ne bougez pas.

Excellent.

-�a ira? -Non.

-Ce n'est pas tout � fait �a. -Pas �a encore?

-Trop officiel. -Oui, trop officiel.

-Guind�, je trouve. -Guind�. Oui, c'est �a.

Peut-�tre qu'en enlevant le manteau ce serait plus naturel.

Qu'avez-vous � chuchoter?

Ne bougez pas. Restez comme vous �tes.

Combien de temps �a prendra pour enlever le manteau?

-Vous en avez une id�e? -Peut-�tre deux mois, Sire.

-Quoi? -�a peut prendre deux mois et demi.

Ou plus longtemps. Trois mois.

Le peintre prend son temps.

Il n'aime pas sa robe, ses gants...

Un jour il lui demande si elle ose appara�tre pour lui

toute en rose.

Elle ose.

Et le Roi, �pris par sa pose, lui offre un palais.

C'est d�j� quelque chose.

Ah, �a va encore cr�er des histoires.

Je veux le donner au Mus�e National,

mais le ministre des Beaux Arts est contre.

J'ai voulu le faire mettre � la Biblioth�que Nationale

mais le directeur de I'Universit� est contre.

Il pr�tend que sa valeur �ducative

n'est pas tr�s �lev�e.

J'ai voulu I'accrocher au Th��tre National

mais le directeur g�n�ral et I'archev�que protestent.

Je ne sais plus quoi faire.

Vraiment, je ne sais pas.

On renvoie le ministre des Beaux Arts,

on ferme I'Universit�,

on met le directeur en disponibilit�,

on ne s'occupe pas de I'archev�que,

et I'on fait ce que I'on veut.

Il faut bien le mettre quelque part.

Je ne peux pas I'emporter chez moi.

Quatri�me ce matin. Je ne peux pas le suspendre dans mon salon.

J'aurais I'air de me faire de la r�clame.

Faire quoi?

R�clame.

Comment?

Tes oreilles, �a ne peut pas continuer comme �a.

Si le professeur est trop vieux pour venir, nous irons chez lui.

C'est admirable, quelles belles oreilles.

Des oreilles de Roi. Indiscutables.

Avez-vous du feu?

-Vite, du feu. -Oui.

-Anna, allons. Du feu pour Madame. -Oui.

Elle attend.

L�.

L�.

Voil�. J'arrive.

Voici du feu.

Sa Majest� n'a rien de grave. Tout est merveilleux.

Pr�pare-toi Anna, je vais te dicter mon ordonnance.

Sa Majest� prendra en se couchant onze pilules

et en se levant, seulement cinq.

Le physique est moins important que le moral.

L'essentiel est d'avoir la volont� d'entendre, n'est-ce pas?

En effet, il y a des choses que j'aimerais � nouveau.

Ce serait un grand plaisir.

-La musique, par exemple. -Oui.

Pas Wagner, on I'entendrait au fond de la mer, n'est-ce pas?

Non, je pensais � Mozart.

Oui, car Mozart c'est en effet doux, tendre, l�ger...

Ensuite, il y a la voix merveilleuse de Madame.

Je n'ai pas besoin de I'entendre, je lis sur ses l�vres.

N'est-ce pas ma ch�rie?

Mais il faudrait aussi que...

que vous entendiez des choses qui vous concernent.

Je ne veux rien dire mais un malheur est si vite arriv�.

Oui. Lisez �a, Majest�.

C'est le boucher qui me I'a donn�. Voyons...

Tout le quartier I'a lu. C'est une sorte de pamphlet.

Il y a des choses que je ne veux ni entendre, ni voir.

C'est une offense � I'honneur national, la dignit�

la morale, la r�volution.

Nous exigeons que lui soit retir� son titre de noblesse, sa propri�t�,

que I'Universit� soit rouverte,

les ministres r�tablis � leur fonction,

que le Roi la chasse,

qu'elle quitte la Bavi�re imm�diatement.

Je monte les pr�venir.

Hamlet:

"� Dieu, que tout..." Non, merci.

"O Dieu,

que toutes les jouissances de ce monde me semblent vaines,

fastidieuses, insipides.

O Dieu, que ce monde me lasse

et que je le m�prise.

C'est un jardin n�glig� o� toutes les plantes montent en graine,

o� des herbes sauvages et grossi�res s'installent.

Que les choses en soient venues l�."

Vous �tes distraite?

Je sais bien que je ne suis pas un acteur professionnel,

mais je fais ce que je peux.

Qu'est-ce que je disais? Ah, oui.

"Que les choses en soient venues l�."

Ne pourrait-on pas une seule fois ne pas �tre d�rang�s?

Je vais voir.

Un moment, je reviens.

"Um Gottes willen, kommen Sie."

Qu'est-ce?

Rien Madame. Enfin, presque rien.

Ce sont les �tudiants, des commer�ants,

des bourgeois, des professeurs, du populo, quoi.

�a fait r�volution, mais en petit.

Qu'est-ce qu'ils ont comme retard.

Majest�t.

�a ne me para�t pas tr�s inqui�tant,

je ne sais pas ce qui leur prend.

N'est-ce pas une r�volution?

Non, une �meute. Mais si �a continue �a le deviendra.

Ils vont �craser toutes les fleurs dans les serres.

Mon ch�ri, j'ai peur pour toi.

Il ne peut rien t'arriver.

Mais j'ai peur pour toi, pas pour moi.

Je t'assure, il ne faut pas que tu restes ici.

Il ne faut pas.

Pour avoir leur journ�e historique, il faut qu'ils te trouvent

� ta place, dans ton r�le.

Dans quoi?

Dans ton r�le de Roi, avec tes livres.

Tes livres.

Tu vois?

Les choses viennent toujours en leur temps.

M�me les r�volutions.

En tout cas, au mois de mars

j'aurais eu 62 ans.

Par ici, Monsieur le Premier Ministre.

Dites � Sa Majest� qu'il n'y a pas une minute � perdre.

-Qu'elle descende. -Oui.

Majest�, j'ai une voiture pour vous.

Non.

"Komm"!

"Runter in den Keller! Schnell!"

On dirait que tout cela est assez s�rieux.

N'est-ce pas?

Majest�, je vous ai amen� une voiture

devant le portail qui m�ne aux cuisines.

Il faut rentrer au Palais.

Partout s'�l�vent des barricades, Majest�.

L'�tat de si�ge va �tre proclam� d�s ce soir.

Majest�, rentrez au Palais tout de suite.

Est-ce que je peux prendre cong� d'elle?

Accordez-moi cela.

Mais vite, Majest�. Il n'y a pas une seconde � perdre.

Je regrette.

Tais-toi.

Jos�phine.

N'ayez pas peur.

Vous n'avez rien � craindre de moi, Madame la comtesse.

Surveillez toutes les issues.

La grande porte.

Nous voulons vous sauver.

Ils chercheront � s'emparer de vous.

Cette r�volte est une manoeuvre de la r�action.

Vous repr�sentez I'amour, la libert�, tout ce que ces gens d�testent.

Ils veulent vous emprisonner ou vous tuer.

Nous sommes pour la libert�, I'amour.

Nous voulons vous aider � sortir de ce pays,

vous suivre, vous d�fendre.

Pour moi, les r�volutions... j'y comprends rien.

Qu'elles viennent de droite ou de gauche...

Elle vient de gauche, la n�tre.

Ah oui?

Allez, vite.

Nous couperons par la For�t Noire.

Et mon vin rouge? Mais o� est-il donc?

Tr�s bien, on changera les chevaux � Fribourg.

O� est ce vin rouge?

Jos�phine, tu n'as pas oubli� mon vin rouge, au moins?

Mon vin rouge!

-Je n'ai pas pu mettre du chocolat. -Quoi? Qu'y a-t-il, tu pleures?

Mais les r�volutions, �a arrive partout, chacun son tour.

Allez, vite!

T'inqui�te pas, tu seras � Paris avant nous.

Et tu n'es pas une personnalit�.

-Donne-moi tout ton argent. -Quoi?

Enfin, presque.

Couche-toi de bonne heure quand tu seras � Strasbourg.

Et ne tra�ne pas, je te connais.

Adieu.

Ne pleure pas.

Bonne chance, Madame.

Ne sois pas triste, nous nous reverrons.

Au revoir, Madame.

Elle a sauv� le mariage royal.

Elle a sauv� la Bavi�re d'une guerre civile �pouvantable.

Elle s'est surtout sauv�e elle-m�me

avec un gar�on qui n'a pas 20 ans.

Dieu merci, pour I'instant tout se passe bien.

N'ayez pas peur, nous nous battrons pour vous.

J'esp�re que �a n'arrivera pas.

H�las, il n'arrive jamais rien.

Dites quelque chose.

D'abord, vous n'avez pas emport� de bagages.

Rien pour passer la nuit.

Et vous �tes beaucoup trop jeune.

Non, non...

Ne me dites pas que je suis trop jeune.

A 20 ans, on n'entend que �a. Je ne suis pas trop jeune.

Non. Laissez-moi vous dire, ce n'est pas vrai.

Je le sais bien.

Evidemment, je ne suis pas vieux. Le Roi �tait vieux,

et vous voyez comme �a fait du mal.

D'ailleurs vous ne I'aimiez pas.

Tandis que vous...

Vous ne pourrez pas ne pas m'aimer.

J'ai juste I'�ge qu'il faut pour vous apporter

un nouveau d�part, une nouvelle vie.

Je n'aurai peur d'aucun obstacle, d'aucun effort.

Bien s�r, ce ne sera plus la gloire

ou la fortune,

mais autre chose.

Une vie simple.

L'amour dans un pays neuf.

Vous serez peut-�tre heureuse d'�tre une femme comme les autres.

Avec des enfants?

Pourquoi pas?

Oh la la.

-Je vais... -On s'approche de la fronti�re.

Je vais passer mon dernier examen et je serai professeur de latin.

C'est merveilleux.

On en a besoin partout.

Pas dans la vie mais dans toutes les universit�s.

Alors nous n'aurons qu'� choisir.

Ecoutez-moi.

Il y a tout de m�me des coincidences.

Je suis le premier et dernier homme que vous avez rencontr� en Bavi�re.

C'est vrai.

Vous vous souvenez?

Vous m'avez invit�, je vous ai dit: "Je vais dans I'autre sens."

Vous m'avez dit: "Vous reviendrez." Et je reviens, avec vous.

Nous repartons tous les deux.

C'�tait fatal. C'�tait �crit.

C'est... C'est le destin.

C'est le destin.

Le destin.

Il ne faut pas contrarier le destin.

Il ne faut pas se tromper de destin.

Ecoutez-moi,

je vous ai laiss� dire ce que aviez � dire.

Vous I'avez tr�s bien dit.

Ne vous torturez pas en pensant que vous avez oubli� quelque chose.

Ne maudissez pas vos 20 ans. Ce n'est pas � cause de cela.

Alors, � cause de quoi?

D'abord, vous vous trompez. J'ai beaucoup aim� votre Roi.

�a vous �tonne?

Vous saurez un jour qu'on peut esp�rer longtemps des miracles.

Ce jour-l�, vous serez bien content.

Ensuite... Ne soyez pas triste.

Ecoutez-moi. Comprenez-moi.

J'ai trop v�cu, j'ai eu trop d'aventures.

La Bavi�re �tait ma derni�re chance, mon seul repos.

C'est fini. Si, c'est fini.

Vous pensez si cette chaleur que vous m'apportez...

si ce visage ne me d�pla�t pas,

mais je reste sans espoir,

car il y a quelque chose de cass� en moi.

Oui, c'est fini.

La fronti�re.

La solitude. C'est ainsi que la comtesse de Landsfeld

quitta le pouvoir et la gloire,

se souvint de notre offre g�n�reuse

et d'un saut incroyable par-dessus I'oc�an...

Elle va sauter?

Ce soir, comme tous les soirs.

N'avez-vous pas remarqu� qu'elle �tait moins adroite?

Je veux dire qu'elle n'a jamais failli rater?

Elle s'en sort bien. Elle fait �a tous les soirs depuis 4 mois.

Et si vous gardiez...

C'est le v�ritable motif de ma visite,

Si vous gardiez le filet pour la fin?

Faites ce que je vous demande, je vous en prie.

Excusez-moi.

Eddie.

Va dire qu'on garde le filet ce soir, d�p�che-toi.

Le plongeon sensationnel que vous allez voir

est d'autant plus dangereux que Lola I'ex�cute sans filet.

Oh non.

Qu'y a-t-il?

Je ne sais pas.

Comment voulez-vous...

Ou j'appelle la police.

Messieurs, Dames, incident impr�vu.

Je viens d'apprendre que la direction,

pour des raisons de sant� de la comtesse de Landsfeld,

veut prendre des mesures de s�curit�.

On m'interdit d'enlever le filet.

Attendez.

Je vous demande, messieurs, dames, restez assis...

Un grand whisky.

Donnez-moi de I'argent.

Non, je payerai apr�s.

Je vous demande

� vous, Lola Mont�s,

je vous demande si vous acceptez le filet.

Oui ou non.

Oui ou non.

Accepte. Tu finiras par te casser la figure.

Apr�s le saut, messieurs...

car je m'adresse particuli�rement aux hommes,

je suis s�r de la r�ponse de la comtesse.

Apr�s le saut, la comtesse vous r�serve

une faveur extraordinaire.

Une faveur dont vous appr�cierez la g�n�rosit�

et le piquant.

Les messieurs au dessus de 16 ans

vous allez pouvoir I'approcher.

Elle sera dans notre m�nagerie parmi les fauves.

"Are you ready Lola?"

Vous allez pouvoir I'approcher

la toucher, lui baiser la main.

Les roi, les princes,

les millionnaires ont sacrifi� pour cela

leur pays, leur puissance, leurs millions...

50 cents.

�a m'est �gal.

Mais j'ai pay�, remboursez-moi.

Va-t'en.

Mais pour vous, Messieurs,

ce ne sera pas des millions.

Non, Monsieur,

ce ne sera pas 100000.

Pas 1000.

Pas 100 dollars, pas 10 dollars,

mais 1 dollar.

Pensez-y, Messieurs. Un dollar.

"Now, are you ready?"

"My dear."

"Ready."

Et voil�, Messieurs, Dames la comtesse a choisi.

Enlevez le filet!

"I'm waiting for you, Lola".

"One,

two,

three."

"Ready."

J'ai eu tr�s peur. Je ne pourrais pas vivre sans toi.

Merci bien.

�a va aller.

Au revoir, messieurs.

Messieurs, payez-vous ce petit plaisir.

Seulement un dollar.

Merci. Un dollar seulement.

Attention avec le cigare, �a br�le.

Montez. Messieurs, un souvenir inoubliable pour un dollar.

Un dollar seulement.

Approchez, Messieurs, un dollar.

Vous ne le regretterez pas.

Approchez, Messieurs, un dollar.

Vous ne le regretterez pas.

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