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Et le gosse ? Celui qui sonne la cloche.
De quoi tu parles ?
Apr�s l'effondrement de la mine. Il court donner l'alarme.
- C'est dans le sc�nario ? - Et s'il avait... une maladie ?
- Une maladie ? - Un appareil orthop�dique.
- Mais il court. - Il boitera.
Comme dans Qu'elle �tait verte ma vall�e.
Le petit McDowall est libre ?
- Trop vieux. Et anglais. - Et alors ?
- �a se passe au Tennessee ! - J'ai eu cette page ?
Surtout pas de maladie, c'est d�primant.
- Le patron a raison. - Quelle horreur !
Attendez. J'ai un "Et si..."
Et si on donnait au h�ros... Comment il s'appelle ?
- Floyd. - Affreux. Changez �a.
- Disons que X a un chien. - Un chien ?
Le fid�le compagnon de X.
Il se coltine le charbon avec son ma�tre.
Tout s'effondre, seul le chien s'en sort.
Un chien, c'est plus petit.
Et le chien court sonner la cloche.
La vache, superbe !
- Je d�faille. - J'ai la chair de poule.
Les gens adorent les chiens. Lassie cartonne.
Le gosse n'a pas de maladie, il a un chien ?
On oublie le gosse. Le gosse est un chien.
G�nial. C'est ce qui manque au film.
Consultons le sc�nariste. Pete ?
C'est tout � fait...
�patant.
�a ne ressemble pas aux cartes postales.
Tout n'y est pas glamour.
J'en sais quelque chose. J'habite ici.
C'est ma ville.
LE MAJESTIC
Ici, tous semblent venir d'ailleurs. La raison ?
Le cin�ma.
Tout le monde aime le cin�ma.
Du coup, Hollywood est � tout le monde...
et ils d�barquent en masse.
Prochaine s�ance dans 5 minutes.
Confiseries.
Friandises.
Pour la plupart d'entre eux, le "Grauman's"...
est le clou de la plan�te.
Pour moi, c'est �a et plus encore.
On y passe mon premier film.
Pas celui-l�.
Si seulement !
Je suis la s�rie B. Pirates du Sahara.
Pas mal, j'avoue.
Il y a un commencement � tout.
J'aime voir mon nom � l'affiche.
Il y a 4 ans, le cin�ma vivait des heures sombres.
Les "Dix de Hollywood"...
furent convoqu�s par la Commission des activit�s anti-am�ricaines...
� propos de la menace communiste � Hollywood.
Avez-vous �t� membre du Parti Communiste ?
Le communisme n'a rien � voir avec cette enqu�te...
En refusant de r�pondre...
les 10 sc�naristes d�fi�rent le Congr�s.
Apr�s des ann�es de proc�dures, il faut passer � la caisse !
En prison ! Motif : outrage au Congr�s.
Nouvelles audiences, cet automne.
But : chasser les rouges de Hollywood !
- Je t'ai manqu� ? - Chaque seconde.
Ma petite amie, Sandra Sinclair. C'est aussi sa ville.
Elle est de Cleveland. Elle est venue pour �tre actrice...
et �a marche.
Son tout premier r�le...
c'�tait dans mon tout premier film.
La belle Emily. Ma d�esse du d�sert.
Tu croyais pouvoir jouer les filles de l'air ?
- La touche pas, Khalid ! - Roland !
- Toi ! Je te croyais mort. - Tu te trompais.
- Laisse-la partir. - Je trouve ton obstination pesante.
On me le dit souvent.
"Cette fois, je te truciderai."
"T�te de mon fer, chien."
T�te de mon fer, chien.
On �tait jeunes, amoureux...
et on travaillait dans le cin�ma. La vie �tait belle.
Louise. Qu'y a-t-il ?
Ils ont donn� la journ�e, le temps de tout r�gler.
R�gler quoi ? Et mes feuillets ? Ils sont tap�s ?
Vos feuillets ?
Je suis � la bourre.
Ces messieurs les ont pris.
Quels messieurs ? Ce n'�tait m�me pas fini.
Je ne dois pas vous parler.
Ils disent que vous assistiez aux r�unions, � la fac. Faux ?
Qui, "ils" ?
Le Congr�s, le FBI, "Les r�seaux rouges". Peu importe qui est "ils".
"Ils" savent qui "ils" sont. R�ponds � la question.
Des r�unions. J'en sais fichtre rien !
C'est vieux. J'avais une bourse en tant que v�t�ran.
Le Club "Du pain, pas de balles".
Des communistes ?
- Apparemment. - Je l'ignorais.
On �tait des gamins. Je pigeais rien � leurs discours.
- Pourquoi y alliez-vous ? - Il y avait une fille.
Tu fr�quentais les communistes pour une nana ?
Le club des po�tes, aussi. Et je suis pas Carl Sandburg.
Tu me connais, Leo. Je suis apolitique.
R�publicains, d�mocrates, communistes. Tous pareils.
En tant qu'avocat du studio...
je vous engage � surveiller vos propos.
Mets ta casquette d'agent...
- et trouve un biais. - Je suis � court de biais.
C'est une catastrophe. On n�gocie mon nouveau contrat.
Le studio a suspendu les n�gociations.
La liste noire ? Je suis sur la liste noire ?
- Il n'y a pas de liste noire. - Exact.
Mais le studio t'ignore. Tant que tu as cette �p�e de Damocl�s.
Je ne peux pas partir, on tourne dans 3 semaines.
Tu es poussi�re n'est plus en production.
Et voil� !
Alors, il faut que je t�moigne ?
S'ils vous y autorisent.
Qu'on me laisse au moins me d�fendre.
Le studio vous soutiendra. C'est tout ce que je peux promettre.
Aucune garantie.
- Tu es pr�t � t�moigner ? - J'ai le choix ?
La Commission veut des noms. Tu devras lui en donner.
Je suis sc�nariste, j'en inventerai.
Ma carri�re est en jeu. Ma vie.
Je donnerai tout ce qu'ils veulent.
Trinque avec moi.
Au pays de la libert� et des braves.
�a suffit, non ?
Dis-moi, Jerry. T'es pote avec J. Edgar Hoover ?
M�me en robe, je le reconna�trais pas.
Dommage. Il me dit communiste.
En ce moment, un avorton gris du FBI...
dans un petit costard FBI gris...
�pluche mon sc�nario, traque ligne apr�s ligne...
la propagande marxiste pernicieuse tapie dedans.
Ils corrigent l'orthographe, j'esp�re.
- C'est pas mon fort. - Tu divagues.
Tu es poussi�re, mon film !
Il aurait pu �tre bon. M�me avec le cl�bard.
Mes Raisins de la col�re.
Ma tentative de faire quelque chose de bien...
Quelque chose !
- De quoi �a parle ? - De souffrance, de grandeur d'�me...
de la condition humaine.
De la v�rit�.
C'�tait l'occasion de passer de la s�rie B � la A.
Rentre chez toi. J'appelle ta copine ? Sandy, c'est �a ?
Impossible. Elle m'a plaqu�.
T'inqui�te pas pour moi.
Je vais te faire une fleur...
parce que t'as pris des risques en me causant.
Tu vas pas conduire dans cet �tat ?
Assez de r�criminations ! Je te quitte, Jerry.
Je te quitte et j'emm�ne le singe.
J'ai un "Et si..."
Et si toi et moi, on roulait le long de la c�te...
jusqu'au lever du soleil ou jusqu'� la panne s�che ?
On change de nom. On repart � z�ro.
On revient jamais.
T'es d'accord ? Tu l'as dit.
Je parle au singe.
Pont � voie unique ! Prudence !
C'est bon.
Teddy. Qu'est-ce qu'il y a ? Arr�te ! Viens l�.
Nom de Dieu !
Qu'est-ce qui vous est arriv� ?
- Je ne sais pas trop. - Vous pouvez vous asseoir ?
Je vais essayer.
Doucement.
Attendez. Faut peut-�tre pas vous mettre debout.
Vous essayez ?
La ville n'est pas � c�t�.
Vous essayez de marcher ?
S�r ?
Allez-y doucement.
Doucement, bon sang !
Tenez, il doit �tre propre.
Votre t�te m'est plus ou moins famili�re.
Je vous connais ?
Je sais pas. Vous me connaissez ?
- C'est calme. - Effectivement.
Les gens se r�veillent, mais de toute fa�on, c'est toujours calme.
Ernie Cole, notre pharmacien. Et notre maire.
Il a perdu deux gar�ons � la guerre.
Joe, � Anzio. Willy, � Bastogne.
- Deux braves gar�ons. - Il y en a beaucoup.
En tout, cette ville a donn�...
62 jeunes � la guerre.
C'est �norme. 17 rien qu'en Normandie.
Roosevelt nous a m�me �crit.
La Maison Blanche nous a offert un m�morial.
Il est dans la cave de la mairie depuis des ann�es.
Personne n'a eu le c�ur de l'installer.
Mabel, dans ce resto...
son mari Max a �t� tu� au combat � Okinawa.
Elle fait des prodiges avec un �uf.
- Faim ? - Tr�s.
Doc Stanton se pointe tous les matins.
Mangeons en l'attendant.
Doc est pass� ?
Il ne devrait pas tarder. Un accident ?
Je l'ai trouv� sur le rivage, comme une truite �chou�e.
Qui est-ce ?
On y travaille, mais il a un petit creux.
Ces �ufs sont r�serv�s ?
- Harry, �a vous ennuie ? - Pas du tout, je peux attendre.
On veut battre un record ?
- C'est bon. - Vous avez pu go�ter ?
- Vous �tes d�j� venu ? - Je me rappellerais ces �ufs.
- Votre t�te m'est... - Famili�re ? J'ai dit pareil.
Bonjour, Stan. Ma brioche est pr�te ?
Vous devriez lui dire bonjour.
- Comment c'est arriv� ? - Aucune id�e.
Venez donc avec moi. Je vais vous examiner.
- Sur mon compte. - Bien s�r.
C'�tait succulent.
De rien.
Revenez.
Suivez mon doigt. Juste avec les yeux.
Muriel, appelez le sh�rif. Dites-lui qu'on l'attend.
Qu'en pensez-vous ?
- Sa t�te m'est �trangement... - Famili�re ?
- Je l'entends souvent. - On a dit �a, Mabel et moi.
Aga�ant, hein ?
� part aga�ant, comment vous me trouvez ?
Vous avez pris un bon coup, c'est s�r.
Bonne nouvelle : vous vivrez.
Remettez votre chemise.
Prenez la mienne.
Grande, mais propre.
C'est gentil.
- Elle est jolie. - Ma fille, Adele.
Ma fiert�.
Elle fait de sacr�s ravages !
Pardon. Je vous d�visage, mais...
votre t�te m'est vraiment famili�re.
J'aimerais pouvoir en dire autant.
Cecil, �coutez-moi !
Vous voulez me filer un infarctus devant chez le docteur ?
- Il y a un jeune homme... - Je sais, je viens enqu�ter.
Si c'est int�ressant, ce sera dans le journal...
�coutez-moi ! C'est Luke.
Vous n'avez aucun souvenir ant�rieur � votre r�veil sur la plage ?
Vous ignorez qui vous �tes et comment vous �tes arriv� ?
Je me souviens d'un chien qui me l�chait le visage.
Avant �a...
le n�ant.
Quelqu'un pourrait �clairer notre lanterne.
Je le fais entrer ?
C'est toi.
Luke. Je n'ai jamais perdu espoir.
Tu es vivant ! Mon gar�on.
Mon fils.
Pr�venez-la avec m�nagement.
Monsieur ?
Rappelez-moi votre nom.
Harry Trimble, et tu es Luke.
On t'appelle Luke, depuis tout petit.
O� va-t-on ?
� ton avis ? Je t'emm�ne chez nous.
Bonne fin de journ�e.
- En cas de besoin, appelez-moi. - Merci pour tout.
Qu'est-ce qu'on fait ici ?
On y est.
"Hem Jesti" ?
Le Majestic.
Il manque des lettres.
On habite un cin�ma ?
L'appartement au-dessus.
Depuis quand je suis parti ?
Neuf ans et demi.
Neuf ans et demi ?
C'�tait au lyc�e.
Tu as marqu� 11 essais, cette ann�e-l�.
Ma m�re.
Tu t'en souviens ?
J'ai devin�.
- Elle est belle. - Elle l'�tait. Paix � son �me.
Pardon. Trop de choses d'un coup.
Et moi qui suis l� � radoter.
Je pr�pare du caf� ?
Pourquoi vous avez ferm� le Majestic ?
Apr�s la guerre, les gens n'avaient plus envie d'aller au cin�ma.
Certains ont d�m�nag�. Los Angeles...
Sacramento, San Francisco.
Toujours du lait, sans sucre ?
Ce n'est que nous.
- Combien de temps j'ai dormi ? - Depuis hier.
Toute la nuit et presque toute la matin�e.
Puisque tu es r�veill�, je te repr�sente l'�quipe du Majestic.
- Irene Terwilliger, notre confiseuse. - Quelle joie de te retrouver !
Encore plus beau que dans mon souvenir.
Et notre brave Emmett Smith, ouvreur et factotum.
Il me faut une montre.
Chaque chose en son temps. Ne nous emballons pas.
En fait, on a discut� pendant que tu dormais et...
Bonne nouvelle.
Tu es revenu, alors on rouvre.
On rouvre ?
Facile. On remet en �tat, on vend des billets.
Regardez.
- C'est un d�potoir. - Je vous l'avais dit.
Je regarde et je vois un potentiel.
Un potentiel de quoi ? Tout s'�croule. Y a qu'� pousser un bon coup.
Tu te trompes. Je t'assure. �a ne paie pas de mine...
mais autrefois, c'�tait un palais.
D'o� son nom : le Majestic.
Hommes, femmes, enfants achetaient un billet, entraient.
Ils �taient l�. Nous, ici. Oui, monsieur. Oui, madame. Bon film.
Ils entraient dans un palais, dans un r�ve, au paradis.
Tous les soucis, d�s qu'on passait ces portes...
on les oubliait. Et tu sais pourquoi ?
Gr�ce � Chaplin. Keaton et Lloyd.
Garbo, Gable et Lombard. Jimmy Stewart, Jimmy Cagney.
Fred et Ginger. C'�taient des dieux !
Ils vivaient l�.
C'�tait l'Olympe.
Rappelle-toi la chance qu'on avait d'�tre l� !
D'avoir le privil�ge de les regarder.
La t�l� ! Regarder une petite bo�te, chez soi ?
Pratique ? Inutile de s'habiller ? Il suffit de rester assis ?
On se "divertit", seul dans son salon ?
O� sont les autres ? O� est le public ?
O� est la magie ?
Je vais te dire. Ici, la magie est tout autour de toi.
Le truc, c'est de la voir.
Tu aimais encore plus que moi le Majestic.
- Tu dois t'en souvenir. - Non.
�a para�t fou, mais on peut lui rendre son �clat !
Comme avant. J'ignore comment c'�tait. Vous ne comprenez pas ?
- Ce n'est rien, pour moi ! - C'�tait tout.
Ce n'est rien. Normal. Je ne sais m�me pas qui je suis.
Viens.
Bobby Rilke, roux, taches de rousseur.
Il fon�ait sur son v�lo en braillant comme un �ne.
Il foutait la trouille aux vieilles.
Brad Henderson.
Virgil Toynbee. Patrick Vitger, de ton �quipe de football.
Stevie Wardlow.
Son vieux buvait et le tabassait.
Tu le ramenais, on lui servait un repas chaud.
Il habitait pratiquement chez nous.
Il est mort � Saipan. �toile d'argent.
Teddy Parker.
Jimmy Trask.
Et ce jeune gar�on...
Intelligent. Un crack.
Engag� juste apr�s Pearl Harbor.
Parachut� en France, le jour J, 6 juin 1944.
Sa section a �t� pilonn�e par l'artillerie allemande.
Ils ont failli y passer. Presque tous morts ou bless�s, d�chiquet�s...
mais ce gars-l�...
il a port� les bless�s en lieu s�r, un par un...
jusqu'� ce qu'il les ait tous r�cup�r�s.
Il n'a pas flanch�. Il a fait ce qu'il avait � faire...
jusqu'au bout.
Port� disparu un mois plus tard, pr�s de Saint-L�.
Jamais retrouv� le corps.
Le Congr�s lui a d�cern� la m�daille d'honneur pour avoir sauv� 8 hommes...
au m�pris de sa vie.
Son nom...
Albert Lucas Trimble.
On l'appelait Luke. C'�tait mon fils.
Et c'est toi.
J'y croyais pas. Il fallait que je voie �a !
Le voil�, et j'y crois toujours pas !
- C'est bien lui. - Je vois �a !
C'est bon de te revoir.
- Ernie Cole, notre maire. - M. le maire.
Arr�te les frais. Appelle-moi Ernie.
- Vous venez d�jeuner chez Mabel ? - Volontiers.
Attention.
- Tu m'as manqu�. - Pas autant que toi.
- Alors ? �a a �t� ? - Pas mal. Je crois que j'ai r�ussi.
- Bravo ! Et ton... - Mon hoquet ? Disparu, Dieu merci.
Qui voudrait d'un avocat qui hoquette ? "M... le juge... objection."
J'avais raison, c'est dans la t�te.
C'est bon de rentrer chez soi.
Qu'y a-t-il ?
- Quelqu'un est mort ? - Ce serait...
plut�t le contraire.
Regardez-moi �a !
C'est extra de te revoir.
Tu te souviens du jour o� on jouait avec des p�tards ?
L'un d'eux est parti trop t�t et m'a cram� les cheveux ?
Non. Et alors ?
J'ai eu les cheveux cram�s.
C'�tait marrant.
�a te dit rien ?
D�sol�.
C'est pas grave. C'est bon de te revoir.
Pas vrai, Bob ?
Tu te souviens de mon cousin ? Vous vous �tes engag�s ensemble.
Bienvenue.
- Caf� ? - Non, �a ira.
- Quels sont tes projets ? - On rouvre le Majestic.
- C'est vrai ? - On en discutait.
� la bonne heure ! �a ne fera pas de mal.
O� est Spencer Wyatt ?
Ton big band est pr�t � jouer ?
Pourquoi ?
La chance sourit � cette ville, apr�s sa travers�e du d�sert.
Et je me dis que �a se f�te.
Qu'en pensez-vous ? Samedi soir, au cap...
grande f�te pour le retour de Luke ?
C'est trop.
Adele...
J'ai vu ta photo.
Tu te souviens de moi ?
Non, mais j'essaierai.
Je me fais peut-�tre des id�es...
mais on n'est pas seuls.
Retournez � vos occupations, il ne part pas.
C'est bon, rentrez chez vous. Merci de votre accueil.
Il faut que vous rattrapiez le temps perdu.
Bien jou�.
O� va-t-on ?
La mairie ?
Toi, d'abord.
Pourquoi ?
Au cas o� les chiens m�chants n'auraient pas mang�.
Tu seras galant et tu m'aideras.
Une grande cave sombre.
Sympa.
C'�tait plus spacieux sans le monument.
Le cadeau de Roosevelt. Stan Keller m'en a parl�.
Il y a ton nom.
Avec les autres.
Je les connaissais tous ?
Moi aussi.
On �tait dans la m�me �cole. Tu ne te rappelles pas ?
D�sol�.
On se cachait ici quand on �tait petits.
C'�tait notre... coin secret.
Toi, moi, Stevie Wardlow.
Tully Wentworth.
- C'est pour �a qu'on est l� ? - Balade dans le pass�.
D'apr�s papa, te montrer des lieux...
et des choses connus de nous seuls pourrait t'aider � te souvenir.
Alors on est l�...
exclusivement pour raisons m�dicales ?
Pas seulement.
J'essaie de savoir si tu es vraiment Luke.
Bienvenue au club.
� ton avis ?
Le jury d�lib�re.
Tr�s bien.
D'autres coins secrets ?
Arr�te de dire des b�tises.
Tu voulais �tre avocate � cause du Majestic ?
Enfant, je passais ma vie au cin�ma.
Quand j'avais 11 ans, ils ont projet� La vie d'�mile Zola...
Paul Muni, l'affaire Dreyfus. Super film.
Tu te souviens de films, mais pas de ta vie ?
- Bizarre. - Incroyable.
Bref... Dans le film, quand Zola plaide et accuse le gouvernement...
de se d�shonorer en accusant � tort un innocent...
Zola n'�tait pas avocat, bien s�r, mais ses paroles...
J'ai d�cid� de faire �a quand je serais grande.
- Rien que pour �a ? - "Rien que" ? Mais c'�tait g�nial !
"En pr�sence de ce tribunal, repr�sentant de la justice humaine...
"devant vous, MM. les jur�s, devant la France, devant le monde entier...
"je jure que Dreyfus est innocent !
"Au nom de tout ce que j'ai �crit pour propager l'esprit de la France...
"je jure qu'il est innocent.
"Que tout cela soit englouti, que mon nom p�risse, s'il n'est pas innocent.
"Il est innocent."
Pas mal, non ?
Pas mal du tout.
Le soleil dispara�t.
Attention � tes yeux.
- Encore un coin secret ? - Notre lieu f�tiche.
On montait voir le coucher de soleil.
"F�tiche" ?
Notre premier baiser, c'�tait ici.
On avait 14 ans.
F�tiche, effectivement.
J'aimerais m'en souvenir.
Moi aussi.
Nous nous aimions ?
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
- �a va, je t'assure. - �a n'a pas l'air.
Ne fais pas attention. �a passe.
On allait se marier ?
Quand tu reviendrais d'Europe.
On s'�tait fianc�s juste avant ton d�part.
Je peux t'aider ?
Mais il n'y a que nous qui sommes au courant.
- Dis-moi. - Plut�t... plut�t crever.
Rafra�chis-moi la m�moire.
�a marche encore.
- Tu m'as trouv�. - Pardon. J'ignorais qui �tait l�.
Moi et le chien.
- Il s'appelle... - Chien.
- Facile. J'aime bien. - Entre.
- Vous, pendant la Premi�re Guerre ? - Vers 1917.
- Je peux habiter ici ? - Pourquoi pas ?
Comme �a. J'aurai une montre ?
La montre. Pour quoi faire ?
D�marrer les s�ances � l'heure. C'est important.
Je verrai �a.
J'en avais une belle, avant.
Une montre de gousset, avec une cha�ne.
Toujours � l'heure, jusqu'� ce qu'elle casse.
Pas d'argent pour la r�parer.
Quand le cin� a ferm�, j'en avais plus besoin.
Je l'ai rang�e en lieu s�r...
mais �a fait des ann�es...
et je ne me souviens plus o�.
J'ai perdu une m�daille, aussi, pendant la Grande Guerre.
Je l'ai perdue � l'h�pital, je crois.
J'oublie des trucs, parfois.
Depuis la guerre.
Moi aussi.
TU ES POUSSI�RE
Un torchon. Immonde et m�prisable.
�a parle de la gr�ve des mineurs de Virginie, en 1920.
La d�tresse du travailleur opprim�.
Propagande communiste, de bout en bout.
� ce point ?
J'aime bien le chien, mais � part �a...
- Parlez-moi de cet Appleton. - D'apr�s son agent, il a disparu.
Aucune nouvelle depuis 4 ou 5 jours.
4 ou 5 jours ? On est peut-�tre sur un coup.
Quel Am�ricain d�tale apr�s sa mise en cause ?
S�rement pas un innocent. Peut-�tre un gros poisson.
Pas un vulgaire scribouillard. Un agent communiste important...
avec plein de secrets � cracher.
Les rouges feraient tout pour qu'il nous �chappe.
Deux sc�narios possibles.
Un : ses camarades l'ont tu� pour qu'il se taise.
Deux : ils veulent lui faire quitter le pays.
Je n'ai pas envie de lire dans la Pravda...
qu'on l'accueille en h�ros, sur la place Rouge.
- Que dit-on � M. Hoover ? - Que c'est la priorit� absolue.
Retrouvez-le, mort ou vif.
Tous les moyens sont bons.
Sa piste nous m�nera � un nid de communistes...
� c�t� desquels les Rosenberg seront de vrais agneaux.
J'y vais !
- J'ai une tache ? Quoi ? - Rien.
Mais te voir l�, �a m'a fait bizarre.
Tu portais ce costume, le dernier soir.
Je peux me changer.
- Arr�te. Il te va toujours. - Pr�ts ?
On y va ?
On s'occupe de tout !
Vous me le paierez !
C'est � Luke et Adele d'ouvrir le bal, non ?
Vous dansez ?
On a int�r�t.
Tu t'en sors bien.
Toi aussi.
Quand as-tu appris ?
C'�tait �prouvant.
Je tuerais Spencer, s'il n'�tait pas si bon.
- Ton investissement a pay�. - Mon investissement ?
Au lyc�e, tu �conomisais pour une clarinette.
Tu r�vais d'�tre un Benny Goodman.
- Et alors ? - Tu �tais un Benny Goodman...
de cauchemar !
Tu as donn� la clarinette � Spencer.
Il t'exasp�rait quand il �tait petit. Il te suivait comme un toutou.
Je l'ai achet�. Il jouait et me laissait tranquille.
- Tu t'en souviens ? - Je remplis les blancs.
Ils font plaisir � voir !
C'est s�r.
�a ne va pas ?
Quelque chose me tracasse.
Quelle id�e, par une nuit pareille !
Regardez. Votre fille danse avec mon fils.
Tout est pour le mieux. Dieu est aux anges.
Pourtant, je me demande o� �tait Luke...
- pendant 9 ans et demi ! - Quelle importance ? Il est revenu.
Il a disparu pendant la guerre, c'est �a ?
En toute logique, bless� en Europe, il a perdu la m�moire.
Qu'est-il devenu � son retour, ne sachant plus qui il �tait ?
Il a chang� de vie ? De m�tier ?
Et si, ces derni�res ann�es, il s'�tait pris pour un autre ?
Seule sa vie ici m'int�resse.
Des gens le cherchent peut-�tre.
Des gens qui l'aiment. Peut-�tre une femme, une famille.
Vous �tes peut-�tre grand-p�re sans le savoir.
Je ne veux pas jouer les rabat-joie. Moi aussi, je me r�jouis.
Mais imaginez que la m�moire lui revienne ?
Quelle vie se rappellerait-il ?
Laquelle choisirait-il ?
Fier de votre fils, Avery ?
Excessivement fier.
Spencer a de l'avenir. Qu'en pensez-vous ?
� Lawson...
nous avons beaucoup donn� � notre pays. Beaucoup.
Nous ne nous sommes jamais plaints...
n'avons jamais flanch�...
et n'avons jamais oubli�.
Jamais oubli�.
Aussi, quand l'un des n�tres...
revenait, c'�tait un miracle.
Luke...
te voir marcher dans la rue, c'�tait...
C'�tait comme retrouver un de mes fils vivant.
Je crois parler en notre nom � tous, quand je dis...
que pas un jour ne passe...
sans que vive le souvenir de nos fils.
Mais Luke, te revoir parmi nous...
nous aide � faire vivre leur esprit.
Dieu te b�nisse.
Dans un registre plus l�ger...
�coutons la requ�te d'une des lumi�res de Lawson...
Irene Terwilliger.
J'ai enseign� la musique dans cette ville...
plus d'ann�es que je ne saurais l'avouer.
Beaucoup d'entre vous ont �t� mes �l�ves, toutes ces ann�es.
Certes, vous �tiez tous dou�s...
mais l'�l�ve le plus dou� que j'aie jamais eu...
�tait Luke Trimble.
Tu jouais du piano comme un ange.
�a me r�chaufferait le c�ur de t'entendre � nouveau.
Tu viens ?
- Tu ne m'as pas parl� du piano. - Vas-y. Rafra�chis-toi la m�moire.
C'est bien.
Je ne crois pas me souvenir d'en avoir jou�.
La musique est dans l'�me. Pose les doigts sur les touches...
et laisse venir.
Franz Liszt. Rhapsodie hongroise n� 2.
Comme �a. Suis-moi.
� toi.
Mais enfin ! On ne traite pas ainsi M. Liszt. Arr�te !
Qui t'a appris � jouer comme �a ? J'exige de savoir !
Qui diable t'a appris �a ?
Moi ! Dans votre dos.
Spencer �tait largu�.
Il faisait des couacs, � la fin.
Bob Leffert ? Tu travailles pour Mabel.
C'est bien moi. Mais toi, qui es-tu ?
- Comment �a ? - Je connaissais Luke Trimble.
Je l'aimais pas trop.
Pas un mauvais bougre, mais il me h�rissait.
Tu connais �a ? On te h�risse, tu sais pas pourquoi ?
Toi, c'est �a. Tu n'es pas Luke pour autant.
Je veux savoir � quoi tu joues. Qui es-tu ?
Un type qui cherche � y voir clair.
Cette ville a assez souffert.
Trop.
J'ai l'impression que tu vas en rajouter.
J'esp�re me tromper.
J'ai tu� personne depuis la guerre.
Pourquoi t'as pas dans� ?
Pardon ?
Mabel. Pourquoi t'as pas dans� avec elle ?
Quand on dit non � une jolie fille...
on est un estropi� du c�ur.
H�ros...
Bienvenue chez toi, Luke.
"Je reviendrai !"
C'est le premier film qu'on a pass�.
Ta m�re l'aimait tant que je l'ai achet�.
Avec les b�n�fices du premier mois.
C'�tait en 1925.
Avant le parlant. Tu �tais tout petit.
Papa, je...
Premi�re fois que tu m'appelles "papa" depuis ton retour.
R�veille-toi.
- Quelle heure est-il ? - 6 h 30.
Il faut attaquer de bonne heure.
Comptoir des confiseries.
�lectricit� � revoir.
J'aurais d� rester couch�.
Les b�tes n'ont pas �t� bless�es, mais elles ont eu tr�s peur.
Le Conseil a d�cid� de r�agir et pr�vu une vente de p�tisseries.
La motion a �t� approuv�e. Et la s�ance a �t� lev�e.
Nous notons la pr�sence de Harry et Luke Trimble...
et de l'�quipe du Majestic. Avancez.
Qu'est-ce qui vous am�ne ? Un int�r�t soudain pour la politique de Lawson ?
Non, monsieur. Nous sommes l� pour affaires.
Point de proc�dure. �a rel�ve des "affaires nouvelles".
- On peut faire une exception, non ? - �a doit �tre propos� et approuv�.
- Je propose qu'on l'entende. - Approuv�.
Motion d�pos�e. D�bat ouvert, d�bat clos. Les pour disent "oui".
Contre ? En l'absence d'opposition, motion accept�e.
Vas-y.
Le Majestic n�cessite des r�parations...
qu'on ne peut pas toutes prendre en charge.
On voudrait l'autorisation de piquer du mat�riel qui ne vous sert pas.
Je peux filer de la quincaillerie. Et Spencer sera ravi de vous aider.
Merci, Avery, c'est gentil.
C'est le moins que je puisse faire. La clarinette a combl� mon fils.
- �a l'a �panoui. - Absolument.
Je propose d'encourager nos concitoyens...
� aider le Majestic par tous les moyens.
Approuv�.
Motion d�pos�e. D�bat ouvert, d�bat clos. Les pour disent "oui".
F�licitations, Luke, Harry. Par o� voulez-vous commencer ?
Votre cave.
J'ignorais l'existence de tout �a. Servez-vous.
Prenez l'autre c�t�.
Il devrait �tre dehors, pour qu'on le voie.
Pr�ts ? C'est parti.
Pr�t ?
Coupez tout !
UN AN D'ENTR�ES GRATUITES
Tirez !
Joey, viens voir !
Vite, viens voir !
Elle n'a pas pu arriver en roulant.
- Il n'y a aucun acc�s. - Comment, alors ?
Elle est tomb�e dans la rivi�re et a d�riv�.
- La rivi�re ? - Il y en a deux ou trois...
qui se jettent dans l'oc�an, au nord d'ici.
La voiture du coco retrouv�e
Tu te fais belle pour la r�ouverture ?
Y a int�r�t.
Je crois que Bob n'a rien pr�vu, ce soir.
Je suis pris.
Dommage.
Faut que tu ailles voir. �a en jette.
Ne nous fais pas languir.
Extra, hein ?
Recueillons-nous...
en silence...
� la m�moire...
de ceux qui sont absents.
GRANDE R�OUVERTURE "UN AM�RICAIN � PARIS"
- O� est-il ? Il faut ouvrir. - Il va venir. Il a le trac.
- Le trac ! - Il arrive.
Donne-lui �a.
- D�ment ! - Tu trouves ?
Vous ne l'avez jamais quitt�, on dirait.
J'ai pris quelques kilos. Adele l'a �largi.
Elle a bien travaill�.
- C'est un cadeau de Luke. - De notre part � tous.
Pour d�marrer toujours � l'heure.
C'est tr�s bien.
Vraiment tr�s bien.
Par�s ?
Place au cin�ma !
J'ai l'honneur d'�tre le premier.
Deux adultes ?
Bon film.
- Deux. - Tu as l'�ge ?
�a me fait plaisir. Bon film.
Merci d'�tre venu.
Bonjour. Les enfants vont bien ?
UN TRAMWAY NOMM� D�SIR
D�p�chez-vous. Le film va commencer.
Vous allez adorer.
Bon film.
LE JOUR O� LA TERRE S'ARR�TERA
Nous sommes pacifiques et de bonne volont�.
Qu'y a-t-il ?
"Adele Louise Stanton est admise au Barreau."
Tu seras derri�re les barreaux ?
Je suis fier de toi.
Il faut recommander des Raisinettes.
Et des Jujubes. D'accord ?
Raisinettes et Jujubes. Entendu.
Et des Moon Pies.
- La ru�e sur les bonbons ? - Les gens adorent, surtout au cin�.
� propos...
- P�re, on les a sem�s ? - Je crois bien.
Retirons ces menottes.
- O� sommes-nous ? - La chambre secr�te.
On l'a trouv�e... enfin !
Qui est-ce ?
�a, ma ch�rie, c'est Horus, le dieu du Ciel, � t�te de faucon.
La belle Emily, ma d�esse du d�sert.
Tu croyais pouvoir jouer les filles de l'air ?
- La touche pas, Khalid ! - Roland !
- Toi ! Je te croyais mort. - Tu te trompais.
- Laisse-la partir. - Je trouve ton obstination pesante.
On me le dit souvent.
Roland, attention !
Cette fois, je te truciderai.
- T�te de mon fer, chien. - T�te de mon fer, chien.
Maudit sois-tu...
infid�le !
Oh, merde !
P�re, �a va ?
Rien qu'une vilaine bosse. �a va aller.
- Khalid ? - Il est mort.
Beau travail. Il a la carte ?
L�.
�a ne va pas !
Harry a loup� le changement de bobine.
Harry a loup� le changement !
Allez chercher Doc !
Harry va mal ! Venez vite !
- J'ai loup� le changement. - C'est pas grave.
Bouge pas. Doc arrive.
Je suis l�.
Il te r�clame.
Comment va-t-il ?
Il a eu une attaque. Les poumons sont noy�s.
Son corps tout entier s'�teint.
On l'emm�ne � l'h�pital ?
Ils ne pourraient rien faire de plus que nous.
Le temps presse.
Tu l'as fait ?
- Quoi ? - Lancer la derni�re bobine ?
Tout le monde est parti.
Comment conna�tront-ils la fin ? Joli petit film.
Pas de pot.
Je ne saurai pas...
comment �a finit.
Le bon gagne.
Le bon devrait toujours gagner.
Ne pense pas au film. Tiens bon, d'accord ?
Tiens bon, Harry.
Si je dois partir...
au moins, je partirai dans mon lit.
Et sachant mon fils vivant.
�a pourrait �tre pire !
Je ne suis pas...
Pas pr�t � te dire adieu.
Tout va bien. Tu es l� et c'est l'essentiel.
Je t'aime, mon fils.
Je t'aime...
papa.
De plus...
en plus de lumi�re.
Bonheur et gr�ce m'accompagneront tous les jours de ma vie...
et je demeurerai en la maison du Seigneur, � jamais.
Je te cherchais.
�a va ?
�a va tr�s vite, mais...
�a va pas trop, non.
Tu as envie de parler ?
Je sais que c'est une rude journ�e pour toi...
Tu n'imagines pas.
Ton p�re a dit que les souvenirs reviendraient.
Il avait raison.
Harry n'�tait pas mon p�re.
Je ne suis pas Luke.
Je le savais.
Je le savais depuis le d�but.
Je voulais que tu sois Luke.
Je voulais que tu sois vivant.
Tu lui ressembles tant ! Tu n'imagines pas.
Tu ne sais pas ce que tu...
ce que Luke...
ce que �a repr�sentait pour cette ville, qu'il soit vivant.
Tu ne sais pas ce qu'elle a perdu.
Je me sens trop b�te.
Je le savais.
J'ai voulu croire que...
J'ai essay� de ne pas tomber amoureuse...
Je ne sais m�me pas ton nom.
- Je te le dis. - Non. Qui que tu sois...
Je ne peux pas. J'ai besoin d'�tre seule.
Le voil�.
Sh�rif Coleman. Que se passe-t-il ?
FBI. On a une citation � compara�tre pour lui.
J'ignore ce qu'il vous a racont�, mais ce n'est pas Luke Trimble.
Au nom du Congr�s des �tats-Unis...
la Commission des activit�s anti-am�ricaines...
en session sp�ciale � Los Angeles...
vous convoque dans une affaire de subversion communiste.
Ne vous y soustrayez pas.
Vous m'arr�tez ?
Si vous ne prenez pas le train demain.
Je suis l� pour garantir son retour. C'�tait convenu.
� moins qu'il n'ait enfreint une loi...
Pour moi, ce n'est apparemment pas le cas.
Trompeuses, les apparences.
Nous allons sonder la population.
Poser des questions, v�rifier les ant�c�dents.
Viens, Mabel. C'est sans int�r�t.
On se rentre ?
Je fermerai.
Irene, je vous raccompagne.
Tu esp�rais qu'il y aurait foule ?
Tu n'es pas chez toi. Ce n'est pas ta ville. C'est L.A.
Pas si la Commission gagne.
J'ai contact� nos avocats, toute la journ�e.
- Ils ont contact� les leurs. - Alors ?
Ils refusent de l'avouer, mais tu n'es peut-�tre pas le super espion coco.
- Je me sens mieux. - Arr�te, c'est d�j� �a.
Ils veulent sauver la face apr�s leur grosse bourde...
et accepteraient un compromis.
Les avocats du studio ont r�dig� �a.
"Moi, Peter Appleton, afin de me disculper de mes errements...
"renonce � mon adh�sion au Parti Communiste...
"et fournis le nom des camarades suivants...
"afin qu'ils puissent en faire autant."
D�position standard. Ils ont m�me fourni la liste.
- Je n'en connais aucun. - Peu importe. D�j� d�nonc�s.
�a n'engage � rien. Tu te pointes, tu lis �a, tu salues le drapeau...
et tout le monde est content.
- Et je ne serai plus communiste ? - C'est le but.
- M�me si je ne l'ai jamais �t� ? - Ne pinaille pas. C'est un jeu...
mais c'est leur jeu.
Tu joues selon leurs r�gles, ou ils te casseront.
Je nous croyais en d�mocratie.
La D�claration d'Ind�pendance ? La Constitution ?
De simples bouts de papier, avec des signatures.
Et un papier sign�, c'est quoi ? Un contrat.
Qu'on peut ren�gocier � tout moment.
Il se trouve que la Commission ren�gocie le contrat, ces temps-ci.
La prochaine fois, ce sera quelqu'un d'autre, mais �a continuera.
Tu veux te remettre en selle ?
Lis �a.
Rendez-vous � la gare, � la premi�re heure.
Tu crois qu'ils reviendront ? Les clients ?
Bien s�r. Il faut qu'on parle.
- Je pars demain matin. - Pourquoi ?
Vous �tiez l� quand ces types sont arriv�s ?
�a me d�sole de vous l'apprendre...
Je ne suis pas Luke.
- Je le savais. - C'est vrai ?
Depuis la f�te o� tu as jou� du piano.
Vous rigolez.
Luke pouvait jouer du classique comme un dieu...
mais pour le jazz, il �tait paum�.
Quand tu as attaqu� ton boogie de bastringue, j'ai tout compris.
Vous n'avez rien dit ?
Tout le monde n'�tait pas oblig� de le savoir.
La ville avait besoin que tu sois Luke, alors tu l'�tais.
Mais je ne le suis plus.
- Et je retourne � L.A. - Pour longtemps ?
- Pour toujours. - Mais... qui fera tourner le Majestic ?
Vous.
Vous et Irene.
Je ne sais pas...
Harry aurait voulu que vous continuiez. Tenez.
Je ne savais pas que tu �tais l�.
Je venais juste...
dire au revoir.
Je regrette.
Je ne voulais faire de mal � personne, surtout pas � toi.
On fait mal, parfois. On n'y peut rien.
C'est la vie.
Tu es vraiment communiste ?
Non, vraiment pas.
Je m'en doutais. Seul un capitaliste peut faire tourner le Majestic.
Excellent jugement. Tu t�moignes ?
Si �a peut aider.
- Que diras-tu � la Commission ? - Ce qu'elle veut entendre.
"Pardon, je le ferai plus..."
Tu plaisantes.
- Qu'est-ce qui cloche ? - Tout.
Tu peux pr�ciser ?
C'est un pays libre, tu peux �tre communiste...
si tu veux. Mais en outre, si on t'accuse � tort...
tu as le devoir et le droit de te d�fendre. Assez pr�cis ?
D'accord, �mile Zola. Je vois que tu y crois.
Et comment !
Mais les d�s sont pip�s. C'est bien une chasse aux sorci�res.
Il faut des preuves, tout accus� est pr�sum� innocent.
Peut-�tre � la fac de droit, mais on vit dans la r�alit�.
Et l�, si je me d�file, c'est la prison.
Raison de plus pour te battre.
Comme l'aurait fait Luke ? Vas-y, dis-le.
- Oui, comme l'aurait fait Luke. - C'est parti.
Vas-y, redis-moi que Luke �tait g�nial. Je ne l'ai pas assez entendu !
- Il se serait battu. - Il n'est pas l�...
pour le prouver ! Il faut te croire sur parole.
Franchement, tout le monde l'encense, ici.
Mais je ne suis pas Luke.
Pendant qu'il lib�rait l'Europe, j'�tais planqu�.
Il voulait sauver le monde, j'�tais ravi de ne pas partir !
- Pourquoi ? - Je ne voulais pas finir comme lui.
Je voulais survivre. Si tu luttes...
on t'�crabouille. Regarde !
C'est �a, la r�alit�.
Je veux me remettre en selle. C'est si dur � comprendre ?
Je vous ai confondus tous les deux.
O� t'�tais pass� ?
- Je me baladais. - Pendant 2 heures ?
Ne me fais pas �a, je suis un grand nerveux.
Comment va-t-elle ?
Elle est rentr�e troubl�e du cimeti�re, mais �a passera.
Elle tient � te donner ceci.
- Qu'est-ce que c'est ? - Je n'ai pas demand�.
Pour Adele, la fille qui a r�ponse � tout.
Ch�re Adele, je sens qu'on va bient�t partir...
et que je ne pourrai pas t'�crire.
Merci pour toutes tes lettres.
Tu n'imagines pas comme elles me r�confortent.
Sans vouloir t'affoler...
sache que j'ai accept� de ne peut-�tre jamais revenir.
Si cela arrivait, promets-moi de ne pas me pleurer...
mais avance, vis ta vie � fond, pour donner un sens � la mienne...
et honorer la cause que nous d�fendons ici.
Les tyrans, nous devons les abattre, peu importe le prix.
C'est une id�e simple, mais qui m�rite tous les sacrifices.
Seule m'attriste la crainte de l'�chec de notre mission...
et de ne plus te revoir.
Ne pas t'�treindre, ne pas voir nos enfants grandir...
ne pas vieillir avec toi.
Mais si je ne revenais pas, je ne te quitterais jamais vraiment.
Si dans quelques ann�es, par une belle journ�e de printemps...
tu sens une chaude brise sur ta joue...
cette brise sera un baiser de moi.
Souviens-toi surtout...
que je t'aime.
M. Appleton ?
Nous exigeons le silence !
Nous avons un ordre du jour charg�.
J'exhorte cette assembl�e � garder le silence, en toutes circonstances...
ou je fais �vacuer la salle.
Que le t�moin se l�ve et l�ve la main droite.
Jurez-vous de dire � cette Commission...
la v�rit�, toute la v�rit�, rien que la v�rit�, devant Dieu ?
- Je le jure. - Asseyez-vous.
D�clinez identit� et adresse.
Peter Appleton. Hollywood, Californie.
On m'a inform� que vous avez une d�position � lire.
M. le Pr�sident...
auparavant, j'aimerais poser quelques questions...
afin d'y voir clair.
Le peuple am�ricain m�rite de conna�tre l'ampleur du complot communiste...
qui menace notre mode de vie.
On nous a dit que le t�moin pourrait lire sa d�position.
Il le fera, mais r�pondra d'abord � quelques questions.
Vous dites habiter Hollywood, en Californie.
Mais ces derniers mois, ne demeuriez-vous pas � Lawson ?
Si, c'est exact.
Avez-vous rencontr� Albert Lucas Trimble ?
Impossible. Luke Trimble est mort.
Vous vous �tes pourtant fait passer pour lui, � Lawson.
Pas "fait passer".
On m'a pris pour Luke. J'ai eu un accident.
Quiconque lit le journal sait tout de votre accident.
Un accident qui, bizarrement...
est survenu juste apr�s votre mise en cause.
Je comprends mal pourquoi vous �tiez si press� de quitter Los Angeles.
Pour un �tre sens�, cela s'apparente � une fuite.
Je ne fuyais pas.
Je me promenais et j'ai eu un accident qui a affect� ma m�moire.
Et o� en est votre m�moire ?
- Elle va tr�s bien. - Je suis soulag�.
Reconnaissez-vous l'objet qu'on vous pr�sente ?
R�union du Club "Du pain, pas de balles"...
Universit� de Californie, 3 octobre 1945.
� la ligne 37 du document, figurent vos nom et signature.
Parlez-nous de ce Club.
Reportez-vous � la ligne 36 du document.
- "Lucille Angstrom" ? - Je courtisais Mlle Angstrom.
J'assistais � la r�union pour �tre avec elle.
Vous voulez nous faire croire que vous assistiez � la r�union...
d'une organisation communiste � cause d'une fille ?
M�me un magistrat sait ce que signifie impressionner une fille.
M. Appleton, contentez-vous de r�pondre aux questions.
J'ai du mal � cerner votre t�moignage.
Vous seriez pr�t � renoncer � votre engagement communiste...
mais vous niez avoir assist� � la r�union en tant que membre.
- Effectivement. - En tant que quoi y �tiez-vous ?
J'h�site � le dire.
Vous avez jur� de tout dire. Je vous engage � le faire.
J'y suis all� en tant que...
jeune homme en rut.
Il ne va quand m�me pas les narguer.
Ils vont le massacrer.
Tant mieux.
Croyez-moi, �vitez de vous attirer nos foudres.
Quel est le but de ces questions ?
M. Appleton est venu avec l'intention de coop�rer.
Or, on le traite en t�moin contraint.
Bien vu. Abr�geons et �coutons la d�position de M. Appleton.
Si le t�moin n'invoque pas le 5e amendement, j'ai d'autres questions.
Assez de ce sac de n�uds.
Que ce petit con lise son papier et qu'il d�gage !
Il n'y a pas lieu de poser d'autres questions.
M. Appleton peut lire sa d�position.
"Moi, Peter Appleton...
"afin de me disculper...
"de mes errements..."
Il me faut de l'eau.
Allez-y.
Je ne peux pas.
C'est tr�s simple.
Vous lisez, ou c'est la prison pour outrage.
La prison ?
Lis cette foutue d�position !
"Moi, Peter Appleton..."
Notre patience s'amenuise.
Je comprends, M. le pr�sident.
Mais je vois ici une question plus importante que...
"suis-je ou non communiste".
Il n'y a pas de question plus importante.
Sans vouloir pol�miquer, si.
Je ne sais... pas trop quoi dire.
En fait...
je n'ai jamais �t� un homme tr�s engag�.
Je ne voyais pas quel profit en tirer.
Et franchement...
je suppose que...
je manquais de courage.
Je ne suis pas comme Luke Trimble.
Lui en avait � revendre.
Je ne l'ai jamais vu, mais j'ai appris � le conna�tre.
Et je me demande ce qu'il dirait...
s'il �tait l�.
Il vous dirait s�rement...
que l'Am�rique repr�sent�e ici...
n'est pas celle pour laquelle il est mort.
Il vous dirait que votre Am�rique est am�re...
cruelle et mesquine.
Silence !
Je sais que son Am�rique �tait grande. Plus que vous ne pouvez l'imaginer.
Elle a le c�ur sur la main ! Tous y ont droit au chapitre !
M�me si vous n'appr�ciez pas leurs propos.
Vous vous �garez !
S'il �tait l�, je me demande comment...
vous lui expliqueriez ce qui est arriv� � son Am�rique.
Vous flirtez avec le d�lit d'outrage !
Je suis enfin d'accord avec ce que j'entends !
M. le pr�sident, mon client est � l'�vidence traumatis�...
par les questions belliqueuses de M. Clyde.
Il n'est pas responsable de ses commentaires.
Nous invoquons le 5e amendement.
Non, Kevin, �a suffit !
Fermez-la et laissez-moi finir. On oublie le 5e amendement.
Mais j'aimerais en invoquer un autre.
Je me demande si quelqu'un, ici, le conna�t.
"Le Congr�s ne fera aucune loi...
"concernant l'�tablissement d'une religion..."
Vous vous �garez !
"Le Congr�s ne fera aucune loi...
"concernant...
"... l'�tablissement d'une religion...
"ou interdisant son libre exercice...
"restreignant la libert� de parole, ou de la presse...
"ou de s'assembler paisiblement...
"et d'adresser des p�titions au gouvernement."
Vous n'�tes pas ici pour nous faire la le�on !
C'est le 1er amendement. Tout repose sur lui...
� nous de le respecter.
Laissez-le parler, il se pend lui-m�me.
C'est la base du contrat qui lie le citoyen � ce pays.
Et m�me si la Constitution et la D�claration des Droits...
ne sont que des bouts de papier sign�s...
ce sont nos seuls contrats qui ne peuvent en aucun cas...
�tre ren�goci�s.
Ni par vous, M. le pr�sident...
- ni par vous, M. Clyde... - Asseyez-vous !
... ni par qui que ce soit, jamais.
Trop de gens ont pay� ce contrat de leur sang.
Des gens comme Luke Trimble...
et tous les fils de Lawson.
Bien vu.
Ils m�ritent mieux que �a.
Vous tous m�ritez mieux.
Tout bien consid�r�...
je n'ai rien d'autre � vous dire.
Le t�moin doit regagner sa place !
Je vais au studio. O� je vous d�pose ?
Chez moi.
Je dois faire mes bagages.
Je vais en prison. Il me faut une brosse � dents et des slips propres.
Pourquoi iriez-vous en prison ?
Vous avez vu. Je les ai envoy�s se faire foutre.
C'est une fa�on de voir.
- Il y en a une autre ? - Celle-ci...
Ces tar�s ont fait de vous un h�ros. Ils vont vous �lever au rang de martyr ?
Non. Ils veulent sauver la face.
Vous devez �tre leur h�ros.
Pendant votre interview, ils ont propos� un march�.
- Quel genre ? - Un march� !
Ils veulent des noms. Vu votre notori�t�, n'importe quel nom ira.
Je n'en ai donn� aucun.
Angstrom, ce n'est pas un nom ?
C'est eux qui me l'ont donn�. Il �tait sous leurs yeux. Ils l'avaient.
Je sais, mais ils voient �a autrement.
C'�tait une camarade de fac. Elle n'est pas dans le show-business.
- Si ? - Lucille Angstrom Hirschfield.
Productrice de "Studio One", sur CBS.
Vous voil� blanchi.
En ce moment m�me, le pr�sident vous remercie devant la presse...
de votre t�moignage.
Et de briser la vie de cette femme ?
Cessez de vous flageller. Vous ne brisez rien.
Ils la connaissaient. D�nonc�e, il y a 6 mois.
Qui vous a d�nonc� ?
- Elle ? - C'est de l'histoire ancienne.
Le studio renouvelle votre contrat.
Votre film est en production.
F�licitations.
Vous �tes remis en selle.
Et la fin du film ? Ce n'est pas assez charg�.
- Pas assez angoiss�, le h�ros. - Angoiss�, oui.
� la r�union, il fait un discours enflamm�.
Grandeur d'�me �gale souffrance, non ?
Une blessure grave ? Il se casse d�j� le bras. Pire ?
Le pied ?
Ne nous fais pas le coup du "casse-pied" !
Et s'il avait un poumon d'acier ?
Il va � la r�union dans un poumon d'acier ? On le pousse ?
Attendez, attendez. J'ai un "Et si..."
Et si le h�ros... Comment il s'appelle, maintenant ?
- Heywood. - Encore pire. Changez �a.
Et si, pendant l'effondrement...
X avait le cr�ne �clat� et devenait aveugle ?
Alors, pendant la r�union, le chien fid�le qui l'a sauv�...
le guide pour qu'il aille faire son discours.
Je d�faille.
- Regarde-moi, je chiale. G�nial. - Mieux que g�nial. �a d�coiffe.
Pas un seul �il sec dans la salle.
Consultons le sc�nariste. Pete ?
Jamais entendu un truc aussi nul.
Moi, j'ai un "Et si..."
- Vous d�sirez ? - J'aimerais envoyer un t�l�gramme.
Allez-y.
Ch�re Adele, stop.
Je retourne � Lawson rendre ce que j'ai emprunt�.
Aimerais te poser une question.
Si tu n'es pas sur le quai, je comprendrai.
Je laisserai ton livre et la m�daille de Luke au chef de gare...
reprendrai le train et poursuivrai ma route.
Comme je suis heureuse de te voir !
Je savais que tu reviendrais. Je l'ai toujours su.
Bienvenue chez toi.
Toi aussi.
Quelle �tait ta question ?
J'ai oubli�.
[French]
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