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1 Dans le système judiciaire, les citoyens sont représentés...
par deux organismes d'égale importance.
la Police, qui enquête sur les crimes...
et le Ministère Public, qui poursuit les contrevenants.
Voici leurs histoires.
- Salut, Ernie. - À demain.
T'en as rien à faire, hein ?
Hein ?
Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, Maggie ?
Je ne contrôle pas ta vie.
Je ne retourne pas là-bas.
Tu vas aller où, hein ?
Merci pour l'invitation.
Tu vas pas commencer à pioncer n'importe où.
C'est pas de ça que je parle !
Sortons d'ici et on va se débrouiller, OK ?
Oui, et tu vas me larguer dans la rue ?
Maggie, attends...
- Ou bien je vais mourir ailleurs ? - Maggie.
Tout le monde serait content si je me flinguais ici ?
- Ou je flingue tout le monde ! - Attention !
Maggie...
Donne-moi le pistolet !
Pourquoi ?
OK...
fais ce que tu veux.
- Non, pars pas ! - Attention !
- Ta copine veut te tuer, Danny ? - Elle essayait pas de me tuer.
Le coup est parti par accident.
Vous vous disputiez. Neuf personnes l'ont vue tirer.
Elle était saoule, elle...
Les yeux lui sortent de la tête. Elle est pas saoule.
Danny, un pistolet sans permis.
Port illégal. C'est un crime ou une infraction.
- Elle a peut-être pris des amphé. - Un peu ?
- Je sais pas... cinq ou six tafs ? - C'est toi qui régales ?
Non, je sais pas qui.
T'as intérêt à dire la vérité.
Le copain dit qu'elle a pris six tafs d'amphé.
Sa seule pièce d'identité.
Corson, Maggie. Domiciliée à Haven House.
Centre catholique de réhabilitation.
Maggie. Maggie.
J'ai nulle part où aller.
C'est ridicule. Elle a 16 ans. Elle était défoncée.
S'il vous faut quelqu'un, arrêtez l'ordure avec qui elle était.
C'est déjà fait. Alors pour Maggie...
- accident ou pas, c'est l'inculpation. - Après je peux la ramener ?
Cela dépend du juge.
C'était une rechute. Cela arrive.
C'est une intoxiquée. La transition est difficile.
Vous prêchez des convaincus. Il faut qu'elle soit mise en accusation.
Super !
- Vous êtes vraiment une... - Religieuse ? Oui, Inspecteur.
Alors il faut que je vous appelle "Ma Soeur" ?
Comme vous voulez.
Ma Soeur, les parents de Maggie sont prévenus ?
Enfuie depuis trois ans, je doute qu'elle s'ennuie de sa famille.
Elle est avec nous depuis un an.
C'est notre responsabilité.
- Les nonnes ont pas de couvre-feu ? - Aboli avec l'habit de pingouin.
Maggie, quand tu paraîtras devant le juge...
soit tu iras en détention juvénile, soit tu retourneras à Haven House.
Tu auras probablement un juge compatissant...
- et tu pourras retourner au Centre. - Maggie ?
Sortez-la d'ici ! Je ne veux pas qu'elle m'approche.
- Maggie... - Sortez-la d'ici !
Allons faire un tour.
Maggie, quel est le problème ?
Ça restera entre nous.
Maggie...
Hier soir, on était sous la douche...
Toi et qui d'autre ?
Soeur Bettina ?
Bon, pourquoi étiez-vous sous la douche ?
J'étais malade, et...
elle a dit qu'une douche me ferait du bien.
D'accord.
Et que s'est-il passé ensuite ?
Elle...
elle a posé les mains sur moi.
Elle m'a touchée partout.
D'accord, d'accord, bien.
C'était pas facile, elle m'a donné tous les détails.
Quoi, où, comment... tout.
- Vous avez questionné la soeur ? - Juste que Maggie est toute retournée.
Elle dit qu'elle ne sait pas pourquoi.
Cette fille est crédible ?
Elle avait l'air effrayée de retourner là-bas.
Attention, c'est une droguée.
Ça peut être une histoire pour se faire vider.
Ya mieux qu'une accusation d'attentat à la pudeur.
Jeune et droguée, qui dit qu'elle recherche la facilité ?
- Ce qui veut dire ? - Allons, ce n'est pas la première...
fausse accusation d'attentat à la pudeur et viol.
Il y a aussi l'autre côté de l'affaire.
- Où est la fille maintenant ? - En Psychiatrie à Manhattan.
Le Procureur a réduit le chef d'accusation à port d'arme illégal.
Quelqu'un d'autre est au courant ?
Sa camarade de chambre. Nous avons appelé le Directeur du Centre.
Tâchons d'éviter une tempête de protestations dans cette affaire.
BUREAU DE JACK POWEL MERCREDI 20 NOVEMBRE
J'ai eu vent de cette histoire hier soir.
La camarade de chambre de Maggie, Maria Barragan, m'en a parlé.
J'ai envoyé chercher Maggie, mais elle avait déjà disparu.
Avez-vous parlé avec Soeur Bettina ?
Ce matin, après qu'elle soit rentrée de l'hôpital.
- Elle est complètement abasourdie. - Que pensez-vous de tout cela ?
Si seulement je savais.
- Maggie Corson peut être plutôt... - Faible au rayon crédibilité ?
Écoutez, tous ces jeunes viennent de la rue.
Pour la plupart, survivre est devenu bien plus important...
que l'honnêteté il y a longtemps.
Votre instinct vous dit que Maggie ment ?
Si Maria ne les avait pas vues...
ce serait douteux, connaissant la réputation de Soeur Bettina.
Attendez un instant. Maria est la camarade de chambre.
Elle a vu Soeur Bettina et Maggie ensemble ?
Elle a dit les avoir vues sous la douche.
Je crois que c'était vers 1 h. Maggie s'était dégobillé dessus.
Soeur B l'a emmenée aux chiottes.
- Tu les as suivies ? - Non. Maggie ne revenait pas.
J'étais inquiète. J'ai été voir.
J'ai entendu l'eau couler dans la douche...
et j'ai vu Soeur B toucher et embrasser Maggie.
Où...
Elle l'embrassait où exactement ?
Sur le visage et sur l'épaule.
- Maggie était vêtue ou non ? - Non.
- Et Soeur Bettina ? - Elle avait un peignoir bleu.
- Tu as vu autre chose ? - Non.
Je suis retournée dans ma chambre. J'ai fait semblant de dormir.
Maggie est revenue seule. Elle pleurait.
Elle a dit que Soeur B l'avait tripotée.
Elle a dit quoi exactement ?
Que Soeur B avait mis les doigts, vous savez...
Elle était hors d'elle, elle ne voulait pas que j'en parle.
Tu l'as dit à M. Powell.
Soeur B est une cinglée. Elle devrait pas faire ça.
Maria, soyons précis.
Tu as dit être inquiète...
quand Soeur Bettina a emmené Maggie aux toilettes.
Pourquoi cela ?
Elle m'avait déjà fait des avances.
Elle avait mis la main sur ma cuisse.
Et elle a dit qu'elle m'aimait.
Elle le disait tout le temps.
C'est ce que je veux dire. Elle est cinglée.
De toute évidence, Maria est confuse.
Elle dit être sûre de ce qu'elle a vu.
Maria a grandi à Times Square.
Si l'on vous touche, cela veut dire une seule chose.
Elle n'est avec nous que depuis trois mois.
Pas assez de temps pour modifier sa façon de penser.
"Les câlins, pas les joints"... vous prenez cela au pied de la lettre ?
Vous avez des contacts physiques avec ces filles ?
C'est juste une façon de parler. Vous seriez surpris des résultats...
sur ces gosses avec un peu d'affection.
Maria est peut-être confuse, mais il y a Maggie.
Là, je n'arrive pas à comprendre.
J'ai de bons rapports avec Maggie. Je ne sais pas ce qui s'est passé.
Elle n'a pas digéré quelque chose.
Elle pense peut-être que je l'ai trahie.
Étiez-vous sous la douche avec elle ce soir-là ?
Elle avait vomi sur elle. Je l'ai aidée à se laver.
Avec une douche à 1 h du matin ?
Un bain aurait été moins suspect ?
J'ai peut-être tort. Je ne pense pas qu'elle soit coupable.
Une religieuse peut oublier ses voeux.
Cela arrive. Je lis les journaux, comme toi.
Oui, mais je ne crois pas.
Tu avoueras, Phil...
elle n'a pas le profil de l'emploi.
Femme à femme, c'est rare, mais ça existe quand même.
Je sais. Tout le monde est capable de n'importe quoi.
C'est la règle numéro un.
Écoute, ce que je veux dire...
- Si je devais parier là dessus... - Un ex-enfant de choeur, parier ?
J'avoue. On chipait du vin de temps en temps.
Pas nous. Des hosties. Non bénies.
HÔPITAL PSYCHIATRIQUE DE MANHATTAN 373 20E RUE - JEUDI 28 NOVEMBRE
As-tu peur de Soeur Bettina ?
Peur ? Non.
Avant ce soir-là, dans la douche...
avais-tu senti un intérêt sexuel de sa part ?
Non.
Elle était juste sympa avec moi.
- Mais... ? - J'ai pas vu clair dans son jeu.
Je croyais qu'elle était différente.
- Différente de... ? - Tout le monde.
Tous ceux qui se servent de vous.
Ce soir là, tu étais malade.
Tu avais la grippe ?
Tu as fait de mauvais rêves ?
Vous pensez que tout cela, c'est des hallucinations ?
Je sais ce qu'elle m'a fait, ce que j'ai ressenti à cause d'elle.
C'est à dire ?
Dans la rue, vous vous attendez à ça.
Mais à Haven House...
J'aurais dû être en sécurité là-bas.
J'avais vraiment confiance, vous savez ?
Je sais ce qu'elle a fait.
Je sais comment c'est.
Pourquoi, cela t'est déjà arrivé ?
Pendant trois ans et demi...
parfois deux fois par semaine.
J'avais huit ans quand ça a commencé.
Ma mère ne m'a jamais crue.
Elle disait, "Mon mari ne ferait jamais cela.
Il t'aime.
C'est ton beau-père".
Ce n'est pas une question de sexe, mais de confiance et de trahison.
Elle a été trahie par son beau-père...
et encore plus par une mère qui refusa de l'entendre.
Alors Soeur Bettina est quoi, une mère de remplacement ?
Maggie se reconstruisait autour d'elle. Elle faisait confiance à Soeur Bettina.
Avec ceci, son univers s'est écroulé.
Vous ne pensez pas que cette histoire ait été inventée ?
Je pense que cette fille était aveuglée...
par quelqu'un dont elle ne doutait pas...
ni au niveau émotionnel, ni sexuel.
Il y a là beaucoup de souffrance. Je ne pense pas que ce soit du cinéma.
Génial. On s'attaque à une religieuse.
J'vais obtenir un mandat.
Soeur Bettina a d'autres choses ailleurs ?
En dehors de son bureau, non.
J'arrête pas de penser que je vais me faire foudroyer par Dieu.
Elle devrait pouvoir être là.
Je ne sais pas pourquoi on la traite comme une criminelle.
Elle comprend. C'est leur travail.
Soeur Bettina a toujours été au-dessus de tout reproche.
Que recherchez-vous, exactement ?
Beaucoup de gens, en cas d'attentat à la pudeur, tiennent leur journal...
ou ils peuvent avoir des photos.
Parfois ils gardent quelque chose de l'incident, une sorte de mémento.
Phil.
"M. Corson".
- Du vomi ? - Elle était malade ce soir-là...
L'ensemble complet.
Nous avons montré ces sous-vêtements à Maggie.
Ce son ceux qu'elle portait lundi dernier.
Soeur Bettina a pu les garder comme souvenir.
Ou elle voulait simplement les faire laver.
Il y a un coffre à linge sale dans les douches.
Elle aurait pu les laisser là-bas.
Quoi que vous en pensiez, ces indices sont subjectifs.
Parole d'une religieuse contre deux gosses.
Quoi, dommage qu'elles fassent pas Science Po ?
Et sur Soeur Bettina, vous avez quelque chose ?
Elle a été élevée à... Hollis.
Entrée au couvent à l'âge de 20 ans.
À Haven House depuis huit ans.
Huit ans à surveiller des adolescentes ?
Si elle a une tendance, c'est peut-être pas une première.
Jamais de plaintes contre elle. Aucune rumeur non plus.
- Vous la connaissez depuis... ? - Six ans.
Pas de plaintes auprès de l'Archidiocèse ?
Si c'était le cas, je suis sûr que je le saurais.
Vous ne faites pas partie du clergé.
70 % de notre financement vient de l'église.
Attendez une minute.
Cela devrait les inciter à étouffer une telle affaire.
- Pas pour Bettina. - Pourquoi ?
Soeur Bettina est une "religieuse progressiste"...
habits de dames, mouvement en faveur...
de l'ordination des femmes, contraception...
Si l'église avait une raison de s'en débarrasser, ce serait fait.
Et à l'extérieur, vous savez quelque chose de sa vie privée ?
Non, aucune idée.
Vous avez déjà rencontré ses amis ?
Juste des bénévoles.
Il y avait une femme...
Anne Houston.
Elle travaillait au refuge familial du Queens.
Je crois qu'elles se parlent encore régulièrement.
Vous avez lu "L'Attrape-coeurs" ?
Sauver les enfants. Ça, c'est Tina.
Vous avez entendu des ragots ou des plaintes contre elle ?
Vous voulez dire pourquoi une femme normale irait vivre avec des soeurs ?
Écoutez, on a parlé de sa vocation.
On a parlé de sexe.
Tina dit toujours qu'elle canalise son énergie dans son travail.
Elle s'entendait bien avec les gosses ?
Vous avez vu des problèmes ?
Un incident quelconque ?
Écoutez, elle a dirigé une crèche pendant trois ans.
Adorée par tous.
Vous voulez des témoins ? La liste va être longue.
Ces accusations sont de la merde.
Pourquoi est-elle partie, alors ?
Elle était détachée par l'église, et ils ont appris...
que le refuge faisait du planning familial, alors ils l'ont mutée.
Vous avez une idée pourquoi cette fille l'accuserait ?
Quelle différence cela fait ?
On l'a accusée, étiquetée. Comment elle va s'en débarrasser ?
Le rapport d'Olivet, les vêtements, le témoin oculaire...
pratiquement tout semble corroborer l'histoire de Maggie.
Sauf que d'après tous ses amis...
Soeur Bettina marche pratiquement sur les eaux.
J'attends vos idées...
D'une façon ou de l'autre, il faut que l'on se bouge.
L'Archidiocèse veut qu'on laisse tomber.
Les deux semblent dire la vérité.
Rien ne fait pencher la balance, les gars.
Si on est pas sûrs, on laisse tomber.
Soeur Bettina a offert de passer au détecteur de mensonges.
C'est pas admissible, mais on saura si c'est la bonne voie.
- Avez-vous 34 ans ? - Oui.
- Votre père s'appelle Michael ? - Oui.
Étiez-vous dans la chambre de Maggie Corson dans la nuit du 9 février ?
Oui.
- Elle avait une indigestion ? - Oui.
Lui avez-vous fait des attouchements sexuels ?
Non.
Avez-vous embrassé Maggie Corson ?
Non.
Avez-vous dit la vérité à la police sur la nuit du 9 février ?
Oui.
Dites-vous la vérité ?
Oui.
Elle dit la vérité quant aux questions d'attentat à la pudeur...
mais ses réponses sur les détails sont ressorties fausses.
Comme, si la fille avait une indigestion.
Elle était peut-être juste tendue.
Pareil pour la question de savoir si elle disait la vérité ou non.
Les résultats entrent dans la catégorie "trompeurs".
Ou "peu concluants", selon l'humeur.
- En tout cas, elle cache quelque chose. - C'est assez pour l'inculper.
Les détecteurs de mensonges sont inadmissibles.
Vous allez vendre cela à la chambre d'accusation et pas l'utiliser ?
Nous avons la plainte d'une victime, un témoin oculaire, une occasion.
Je n'anticipe pas de problèmes.
J'aimerais qu'on lui laisse une chance de se rendre.
- Nous allons l'appeler. - J'exige la liberté conditionnelle.
Ça va pas ressembler à un traitement de faveur ?
Soeur Bettina est pratiquement à la rue.
Vous avez peur qu'elle s'enfuie ? Pas moi.
Voici mon avocat, Francine Hughes.
- De l'archidiocèse ? - Non, juste une amie de longue date.
Puis-je voir le mandat ?
Ma cliente refuse de réponde à vos questions.
Bien.
- Il fait beau ce matin. - Ouais.
Francine m'a expliqué les résultats du détecteur de mensonges.
Je suis sûr qu'elle vous a dit que ces résultats...
- ne sont pas recevables comme preuves ? - Oui, et je ne voulais pas venir...
mais Francine a insisté pour que je vous raconte.
Ce soir-là, lundi...
Maggie n'était pas malade. Elle était ivre.
Je l'ai trouvée incapable de se lever, couverte de vomi.
Je l'ai aidée à se laver et à se coucher.
Puis j'ai caché ses vêtements dans ma chambre.
Je voulais que personne ne sache qu'elle avait bu.
Ce n'est pas la première fois.
Non, elle s'est déjà fait prendre deux fois.
Elle est venue chez nous sur dispense du tribunal.
Une fois de plus et ils la retirent.
Vous risqueriez la prison pour la protéger ?
Si Maggie était expulsée, elle serait perdue...
elle se retrouverait dans la rue.
Vous connaissez son espérance de vie, alors ?
Savez-vous combien d'enfants de la rue meurent du SIDA...
ou de la drogue, combien sont battus ou violés ?
Admettons que Maggie était ivre. Il nous faut des preuves.
Ma cliente est prête à repasser au détecteur de mensonges.
Il nous faut plus que cela.
Elle ment. J'arrive pas à croire qu'elle vous a eus.
Nous avons testé les vêtements sur lesquels tu as vomi.
Nous savons ce que tu as bu ce soir-là.
Écoute-moi.
Si tu mens au tribunal, c'est un faux témoignage.
J'étais saoule, la belle affaire.
- Elle m'a quand-même tripotée. - Tu avais beaucoup bu, Maggie.
De quoi te souviens-tu exactement ?
Je sais qu'elle m'a emmenée sous la douche.
Ça, je le sais !
Tu es sûre de quoi d'autre ?
Je ne sais pas.
J'étais sous la douche...
Je ne me souviens pas.
Comment cela, tu ne te souviens pas ?
J'ai dû m'évanouir.
Ce que tu as dit à la police, tu l'as inventé ?
Ça s'est vraiment passé !
Maria l'a vu...
et elle me l'a dit. Elle m'a tout dit.
Elle l'a vu.
C'est lendemain matin qu'elle m'a tout raconté.
Elle s'est évanouie. Elle a oublié.
Tu as dit à la police que Maggie t'a décrit...
en détail ce que Soeur Bettina lui a fait.
Je les ai vues sous la douche, OK ? J'ai vu ce qui se passait.
Tu as menti. Maggie n'a rien dit.
Tu es la seule à dire que quelque chose s'est passé.
Maria, tu te plais à Haven House ?
Tu veux retourner à la rue ?
Je ne comprends pas pourquoi tu fabriquerais une telle histoire.
Que voulez-vous dire ?
Si les gens croient...
que l'on attente à la pudeur des filles à Haven House...
que cela fera-t-il à la réputation du centre ?
Mais c'était juste Soeur B.
Aux yeux du public, c'est la même chose. Ils vont couper les fonds.
Et sans cela, le centre ferme et tu vas te retrouver où ?
C'est pas vrai. Vous essayez de me faire peur.
Maria, as-tu vu...
Soeur Bettina faire des attouchements à Maggie ?
Je veux faire de mal à personne d'autre.
Je voulais juste qu'ils se débarrassent d'elle.
Pourquoi, que t'a-t-elle fait ?
Elle savait.
Il va croire que j'ai parlé.
Parlé de quoi ?
M. Powell...
lui et moi...
C'est Powell qui a initié la relation...
un mois après l'arrivée de Maria au centre.
Il s'est arrangé pour qu'elle fasse ses courses...
et soit dispensée de corvées.
- Elle aurait quand-même pu dire non. - C'était cela ou la rue.
Soeur Bettina l'a découvert ?
Non. Elle la questionnait sur les courses.
Elle avait peur que les autres filles soient jalouses.
C'était une question innocente, mais Maria a pensé au pire.
Secret découvert, elle devrait partir.
Quand elle a vu Bettina sous la douche avec la fille...
elle a sauté sur l'occasion pour la discréditer.
On peut corroborer son histoire ?
Nous avons parlé avec la secrétaire de Powell.
Maria était souvent seule avec Powell dans son bureau.
Vous avez déposé une motion de non lieu ?
C'est en route, mais on devrait poursuivre Powell.
Pour quel motif ? Viol ?
Elle a dit qu'il n'avait pas utilisé la force.
Et la fille avait alors 17 ans.
Légalement, vous n'avez rien pour l'inculper.
Il a autorité sur des adolescentes.
- Il en abuse. - Une affaire civile, peut-être.
En correctionnelle ? Non.
Et si c'était pas la première fois ?
En six ans, tu crois que c'est la première fois ?
J'aimerais bien savoir avant qu'on se décide.
Allez !
C'est dégueulasse. Je peux pas croire qu'elle m'a fait cela.
Tu savais pas pour Powell ?
Non.
Elle aurait pu me le dire.
Il n'a jamais essayé avec toi ?
Peut-être quand je suis arrivée.
Il venait dans ma chambre au mauvais moment...
m'appelait au bureau pour des questions stupides.
- J'ai gardé mes distances. - Beaucoup de filles étaient dupes ?
Tout le monde se foutait de lui...
sauf une fille.
- Quoi ? - Je suis pas sûre...
mais j'ai entendu des bruits sur elle et Powell.
Nous avons une copie de ses chèques, Mme Morrill.
C'est pas juste par gentillesse.
Est-ce que je devrai rendre l'argent ?
A priori, cet argent appartenait à Jack Powell.
S'il vous l'a donné, il est à vous.
Quand j'étais au centre, il y avait quelque chose entre nous.
- Une relation sexuelle ? - Deux fois par semaine.
Quel âge aviez-vous ?
- 15 ans au début. - En échange de quoi ?
J'allais pas en cuisine.
Il m'envoyait en courses, au cinéma.
Ça n'en valait vraiment pas la peine.
Vous menaçait-il si vous n'obéissiez pas ?
Il disait que si j'en parlais à qui que ce soit...
je devrais partir.
À l'époque, je n'avais nulle part où aller.
- Vous êtes partie depuis quand ? - Trois ans.
Et depuis, Powell vous donne 200 $ par mois pour votre silence ?
Il aurait préféré que je le perde.
Mme Morrill, seriez-vous prête...
à répéter cela devant la chambre d'accusation ?
Vous voulez dire, au tribunal ?
Écoutez, personne n'est au courant.
Personne.
Et je ne veux pas que cela change.
Elle avait quinze ans. Il n'y a pas encore prescription.
On peut la forcer à témoigner...
mais le mari pense que l'enfant est le sien.
Il n'y a plus que Maria Barragan.
Une inculpation possible pour viol aggravé.
Viol aggravé ? Powell n'a jamais menacé Maria.
Et sans abus de pouvoir...
Un adulte avec le pouvoir d'envoyer une jeune fille à la rue...
exige qu'elle couche avec lui, c'est pas de l'abus de pouvoir ?
Pas de force, de menaces de mort ou de blessures.
Je suis prêt à poursuivre cette affaire.
Prends une place à la chambre d'accusation...
on inculpe pour viol aggravé.
Ben, vous faites fausse route.
Jack Powell a dévoué sa vie entière au bien public.
Il a rassemblé des milliers de dollars pour des oeuvres de charité, bon sang.
A-t-il informé ses donateurs de ses après-midis avec Maria Barragan ?
C'est une bêtise, pas un crime.
Maria a 17 ans. Elle est adulte et consentante.
L'inculpation n'est pas pour viol. Nous vous inculpons pour viol aggravé.
Quelle petite garce !
Je n'ai pas eu besoin de la forcer.
Elle dit que vous avez menacé de l'expulser du centre.
Deux fois, pour non respect du couvre-feu et drogue.
Alors vous le reconnaissez ?
- Oui, pour de bonnes raisons. - Selon qui ?
L'épisode avec Soeur Bettina ne vous a rien appris ?
Maria Barragan dirait n'importe quoi pour obtenir gain de cause.
Et ce qu'elle veut, c'est rester en vie.
Cela veut dire, rester au centre.
Un tel mensonge ne serait pas dans son intérêt.
On peut peut-être s'arranger.
Abus sexuel. Il plaide coupable, un an de travaux d'utilité publique.
Quoi ? C'est pas une infraction au code la route.
Sans preuve d'usage de la force, cette affaire n'existe pas.
Motion de non-lieu.
À demain, 2 h 30...
dans le cabinet du Judge Reisman.
CABINET DU JUGE IRWIN REISMAN MARDI 12 MARS
Maria Barragan offrait ses faveurs...
pour de la blanche longtemps avant de connaître Jack Powell.
- Aucun rapport. - Si, cela affecte sa crédibilité.
C'est au jury de décider.
Même si les faits étaient en faveur du ministère public...
la mise en accusation n'a pas d'arguments valables...
pour justifier viol aggravé.
La loi est claire. Il faut qu'il y ait menaces de mort ou blessures.
Votre Honneur, nous allons prouver à la cour...
que vu les circonstances, Maria pouvait craindre pour sa vie.
Elle n'a pas été séduite, mais soumise.
- Elle était consentante ! - Très bien, très bien.
Je crois que vous voulez que j'étire la loi outre mesure.
Quoi qu'il en soit, je réserve ma décision...
sur la motion pour un non lieu, jusqu'après le procès.
- Votre Honneur... - L'inculpation demeure.
Nous commençons la procédure.
Reisman a réservé sa décision ? C'est un petit miracle.
C'est à moitié gagné. Si notre argumentation est solide...
Te fais pas d'idées, Reisman n'est pas innovateur.
Lis ses verdicts.
Sans précédent, pas de jugement.
Alors pourquoi n'a-t-il pas ordonné un non-lieu ?
Qui sait ? Il attend peut-être un acquittement.
Ainsi, pas de décision à prendre.
Ou il veut faire jurisprudence.
Ça m'étonnerait. T'as parlé à McCarter ?
Ouais, il recommande une tape sur la main.
Tu devrais peut-être commencer.
Un tel procès va coûter combien à l'État ?
Même si tu convaincs le Jury, Reisman peut annuler le verdict.
Depuis quand le coût a quelque chose à voir là-dedans ?
Depuis que l'État est presque en faillite.
- Ouais. - On peut pas gagner, mon gars.
Si Reisman va dans ton sens, on peut s'attendre à un appel.
Un procès, et Haven House va fermer.
Adam, il a violé une fille de 17 ans.
Vraiment ? La loi stipule le dommage physique.
Pas dans une situation où elle pourrait être blessée.
Tout dépend de l'état d'esprit de la victime.
Les craintes de Maria étaient réelles.
S'il avait menacé de la tuer...
Mais il n'a fait aucune menace.
C'est une gamine pour qui Times Square est tout aussi dangereux.
- La loi ne le voit pas comme cela. - Peut-être qu'elle devrait.
COUR SUPRÊME - SESSION 57 LUNDI 18 MARS
Quand j'avais 1 2 ans, ma mère s'est enfuie.
- Et votre père ? - Je ne l'ai jamais connu.
Une biographie ? Ce n'est pas pertinent.
Si, à l'état d'esprit de la victime.
Celui de l'accusé est en cause.
L'accusé a profité de la peur de la victime.
Il faut montrer la dérivation de cette peur.
Continuez.
Après avoir été abandonnée, où viviez-vous ?
Port Authority. Jusqu'à ce que Soeur Bettina me trouve.
Vous préfériez Haven House à la rue ?
J'étais pas battue, ni rien. Les soeurs, elles prenaient soin de moi.
Et M. Powell ?
Il m'aimait bien.
Votre Honneur, nous avons déjà établi le fait...
que l'accusé et ce témoin avaient des relations sexuelles.
Passez les détails, M. Stone.
Maria, veuillez décrire à la cour...
les circonstances...
précédant votre première relation sexuelle avec M. Powell.
J'étais dans son bureau. Il a commencé à me toucher.
Il a dit qu'il pouvait me faire du bien, et me rendre la vie facile.
- J'ai refusé. - Mais vous avez couché avec lui.
Il a dit que sinon, il me ferait expulser du centre.
- Vous l'avez cru ? - Il m'a montré un formulaire.
Veuillez décrire le papier que je viens de vous donner.
C'est le formulaire d'expulsion de Haven House.
Le même que celui de M. Powel ?
Non, le sien portait mon nom.
Vous avez couché avec lui volontairement ?
- J'avais peur. - De la rue ?
J'en viens.
C'est mieux que d'y retourner. Tout sauf ça...
C'est pourquoi j'ai menti pour Soeur Bettina.
Je pensais que si quelqu'un savait...
Merci.
Le témoin est à vous.
- Avez-vous déjà été arrêtée ? - Objection !
Si nous donnons une biographie, donnons la version complète.
Rejetée.
Mlle Barragan ?
Trois fois.
Pour quel motif ?
Prostitution.
- Alors vous étiez une putain ? - Votre Honneur !
Très bien, assez, M. McCarter.
C'est pas une partie de plaisir à Haven House.
Il faut gagner sa place.
Il y a la cuisine, et la lessive, le ménage, pas vrai ?
- Ça fait partie du programme. - Est-il vrai...
que quand vous avez commencé à travailler pour M. Powell...
- vos corvées furent supprimées ? - Oui.
Quel genre de travail faisiez-vous pour M. Powell ?
Je classais des papiers, je répondais au téléphone.
Plus facile que récurer les WC.
- Votre Honneur. - Je retire.
Alors lorsque vous étiez à la rue, Mlle Barragan...
vous vendiez votre corps pour de l'argent ?
Il fallait que je mange.
Je comprends.
Vous essayiez de rendre votre vie plus facile.
- C'est pour ça qu'on devient pute. - Votre Honneur !
Et c'était le but avec M. Powell ?
- Rendre votre vie plus facile. - Objection !
- Mlle Barragan ? - Accordée.
C'est assez, M. McCarter.
Toute ma vie, j'ai travaillé pour des associations.
Peut-être que certains me trouvent trop bienveillant.
Si je ne m'occupais de personne, je ne serais pas exposé...
à toutes sortes de problèmes.
Quand êtes-vous entré en contact avec Mlle Barragan ?
Elle était nouvelle.
Il y a un premier entretien de routine.
J'ai aimé son attitude. Elle était vive, passionnée.
J'avais besoin d'un coursier.
Votre relation était d'abord non sexuelle ?
Oui.
Mais ensuite, elle a commencé à lancer des signaux...
comme si elle s'intéressait à moi.
Quelle sorte de signaux ?
Je ne sais pas, comme la façon dont elle me regardait.
À quoi attribuiez-vous son intérêt pour vous ?
Je ne sais pas vraiment.
Ce n'est pas parce que j'attire les femmes.
C'est peut-être parce que j'étais gentil avec elle...
ou parce qu'elle pensait pouvoir tirer quelque chose de moi.
Qu'avez-vous fait de ses avances ?
Je les refusais, mais elle était très persistante.
Je ne suis pas fier d'avoir couché avec elle.
Peut-être, cela devait arriver.
J'ai passé beaucoup de temps avec ces filles...
et dans un sens elles savent traiter avec les hommes sur un plan sexuel...
utiliser le sexe à leurs fins.
J'ai été bête de me laisser tenter.
Avez-vous menacé Maria...
directement ou indirectement ?
Non, jamais. Elle avait suffisamment été victimaire.
Vous l'intimidiez ?
C'est ce que je ne comprends pas.
Je suis probablement le seul homme...
pour qui elle a compté.
J'étais très gentil avec elle.
Je ne comprends pas pourquoi elle dit avoir peur de moi.
Je n'ai pas d'autres questions.
M. Powell, connaissez-vous Marjorie White ?
Elle était avec nous pendant un moment.
Nous l'avons prise en train de distribuer de la drogue.
L'avez-vous expulsée du centre ?
- Elle vendait de la drogue. - Très bien. Alberta Gaines ?
Expulsée pour actes de violence.
Et Rosa Valdez, a-t-elle été expulsée ?
Oui.
Qu'arrive-t-il à ces filles ensuite ?
Soeur Bettina essaye de les suivre de vue.
Où est Rosa Valdez ?
- Morte du SIDA. - Alberta Gaines ?
Overdose.
- Marjorie White, morte aussi ? - Oui.
Violée et poignardée 12 fois par six membres d'un gang.
Sur 18 filles expulsées ces six dernières années...
trois sont mortes du SIDA, cinq d'overdose...
une de froid, deux assassinées, les autres ont disparu. Pas vrai ?
Oui.
Connaissant ces circonstances, n'est-il pas raisonnable...
que Maria Barragan craigne pour sa vie si vous la jetiez à la rue ?
- Objection ! - Accordée.
A-t-elle jamais dit avoir peur de quitter Haven House ?
Quand ces filles ont vécu dans la rue suffisamment longtemps...
elles s'endurcissent, elles ne craignent rien.
Si on vous bat assez, vous perdez votre peur ?
- Vous apprenez à survivre. - Jusqu'à ce qu'on vous tue.
COUR SUPRÊME - SESSION 57 MERCREDI 20 MARS
D'après la loi, si Jack Powell...
n'a pas menacé Maria Barragan de mort...
ou de blessures, on ne peut le déclarer coupable...
de viol aggravé.
Il n'y a pas eu de lutte.
Il ne lui a pas mis un pistolet sur la tempe.
Il a seulement dit, "Couche avec moi...
ou je te remets à la rue".
Non lieu ?
Peut-être.
Mais que signifiait cette menace pour Maria ?
Encore un bras cassé ?
Le SIDA...
ou une hépatite ?
Une balle ou une lame de rasoir ?
D'autres viols, d'autres passages à tabac.
Plus que quiconque, Jack Powell savait...
que ses menaces voulaient dire toutes ces choses.
Lorsqu'il a menacé de l'enlever du seul endroit sûr...
dans sa pauvre jeune vie, il lui a fait craindre...
pour sa vie et son bien-être corporel.
Mais il ne l'a pas menacée d'un pistolet.
Il avait un autre moyen de lui faire mal.
Vous vous attendiez à un verdict de culpabilité aussi rapide ?
Je ne lis pas dans les pensées des jurés, mais je suis reconnaissant.
Et le juge Reisman ? Vous croyez qu'il va ordonner un non-lieu ?
Nous avons fourni les preuves nécessaires.
Vous avez un plan, s'il n'y a pas non-lieu ?
- Oui. - M. Stone.
Tu as convaincu les jurés. Mais cela ne veut rien dire...
jusqu'au verdict de Reisman sur la motion de non-lieu.
Avec ses antécédents, je ne me ferais pas d'illusions.
Viol et pouvoir sont liés. La loi devrait en tenir compte.
Tu as l'avantage. C'est le moment de t'en servir.
Appelle donc McCarter. Entendez-vous sur une peine.
Mon argumentation était tellement faible ?
Non, mais la magistrature n'est pas aussi ouverte que toi.
Robinette.
Un instant. McCarter te cherche. Il veut parler d'une peine.
Tu peux encore perdre.
Pas de marché.
Veuillez vous asseoir.
Compte-tenu des témoignages et du dossier du Ministère Public...
je trouve que preuve a été faite...
quant à l'accusation de viol aggravé.
La motion de la Défense pour un non-lieu est rejetée.
Le verdict du jury est maintenu.
- Ressors ton discours, Ben. - Ouais, le sexe se vend bien.
Sois pas modeste. Tout le monde aime gagner.
Ouais.
Ce sera probablement rejeté en appel.
Mais le corps législatif peut en prendre note, modifier la loi.
Cette histoire est fictive et ne dépeint aucune affaire réelle.
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