All language subtitles for Nuit.Dete.En.Ville.1990.FRENCH.720p.WEBRip.x264.AAC-[YTS.MX]

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Repose-toi.

C'est toujours comme ça, pour vous, la première fois ?

Emilie... C'est un beau pays.

- Vous avez un joli prénom. - Je m'appelle pas Emilie.

Je m'appelle Odile. J'aime pas beaucoup ce prénom.

- J'ai acheté ces draps en brocante. - En Alsace ?

C'est charmant, Odile. C'est rond, clair, simple, tout à fait vous.

Vous ne vous aimez pas ?

Vous aimez les questions car vous ne savez pas deviner les réponses ?

Je m'appelle Emilie, je trouve ce prénom encombrant.

Quelle importance, le prénom ?

Et ces draps vont à votre peau.

Je vais vous raconter un mensonge, un vrai, honteux. Voulez-vous ?

Je n'aimais pas mon appartement

et j'aimais une fille qui n'aimait pas le sien.

On prospectait en quête de celui que nous prendrions ensemble.

Un jour, miracle ! Je visite l'appartement plus que parfait,

l'appartement dont elle rêvait.

Je suis solvable, je suis le 1er sur la liste,

je ne déplais pas à la fille de l'agence.

Elle faisait bien son métier.

Sur le moment, je ne l'aurais pas juré.

Je prends des notes, je pars en dernier,

elle m'attend patiemment, et je...

Nous ne partons pas.

Nous restons faire l'amour très agréablement.

Le soir, mon amie m'attend.

Je lui décris l'appartement avec nostalgie.

C'est sans espoir, je suis le dernier sur la liste.

Le dernier des derniers.

- Elle regrette, moi aussi. - Menteur.

Elle me console, garde confiance. "L'important, c'est que ça existe."

Je pensais exactement la même chose.

On est restés chacun chez soi

parce que j'allais de moins en moins chez elle.

C'est une histoire affreuse. Je vous remercie beaucoup.

Les draps sont à votre grand-mère ?

A mon arrière-grand-mère, petit.

Ma grand-mère dormait déjà dans du polyester.

Tu n'as pas froid, petite ?

J'ai jamais froid.

Comment fait-on maintenant ? Aidez-moi.

C'est la 1re fois que j'amène quelqu'un chez moi.

Je vais toujours chez les autres, et je pars quand on s'y attend pas.

- Je me rhabille très vite. - Même les bas ?

Je me prépare, un baiser et c'est fini.

Comme si rien ne s'était passé.

Comment vous sentez-vous dans l'escalier ?

Aidez-moi à vous faire partir.

Tu peux faire semblant de dormir, c'est la manière enfantine.

Ou devoir te lever très tôt demain, ça fait responsable.

Ou tu vas à la salle de bains,

tu fais couler beaucoup d'eau, à la mode américaine.

Ou tu passes un vieux peignoir. "Un déca, une tisane ?"

Ca fait camarade.

Ca, je te le conseille pour d'autres. Moi, je ne pars pas.

Moi, Louis, je vis avec toi à partir de ce soir.

- Je ne te quitterai pas. - Pourquoi ?

Cherche, je ne réponds que par oui ou non.

- C'est un pari ? - Oh là, oui.

- Avec qui ? - Je ne peux pas répondre.

- Avec moi ? - Oui.

J'aime pas perdre et j'aime pas être sûre de gagner.

- T'es pas sûre de gagner. - Réponse refusée. Et l'enjeu ?

Oui ou non.

Bon... Bon. Alors, autant s'installer.

C'est une habitude d'emménager chez celle

avec qui vous faites l'amour pour la 1re fois ?

Non.

Plusieurs amies m'abritent à tour de rôle. Je ne peux pas dormir seul.

- Vous avez peur ? - Froid.

Quelle horreur, vous avez les pieds glacés. Courez les retrouver.

Menteuse.

Elles sont gentilles.

Elles ont d'autres hommes préférés, plus attitrés.

- Je leur complique un peu la vie. - Si peu.

- Elles se connaissent ? - Je ne crois pas.

Elles me font faire des connaissances.

J'aime être invité au début ou à la fin des vacances,

pour aider à ouvrir la maison, la fermer,

quand elles se retrouvent entre elles, soeurs, cousines.

Je les écoute, elles m'oublient.

Je m'approche tout doucement, et elles se taisent.

Pour vous montrer que vous êtes importun ?

Oui.

Méchante.

- Tes questions sont méchantes. - C'est vrai.

Alors ?

Un après-midi, je lisais.

En fait, je ne lisais pas. Je les imagine sous les arbres.

- Si je me penche, je les vois. - Vous le faites ?

Bien sûr que non.

Tout à coup, j'entends gratter à ma porte.

Un grattement extrêmement séduisant.

La porte s'ouvre,

elle entre comme une princesse,

nue de la tête aux pieds.

Elle se colle à ma cuisse, fouille négligemment mes affaires.

Je regarde la veine qui bat à sa tempe,

le creux de la nuque, le bombement du ventre,

les pieds sur les carreaux froids. Elle est chaude comme le jardin.

C'était votre amie ?

Ni mon amie, ni l'amie de mon amie,

mais la fille de l'amie de mon amie.

J'ai posé ma main sur son épaule, et cette fois, nous avons bavardé.

Je te l'ai dit ? Elle avait 5 ans.

2 ans après, je l'ai retrouvée, c'était trop tard, elle me snobait.

Je pourrais les aimer ensemble à l'infini, l'une après l'autre,

à travers l'autre, grâce à l'autre.

Je voudrais simplement qu'elles me prennent avec elles, tu comprends ?

Oui.

Moi, je suis toute seule, et je sais pas partager.

- Tu comprends ? - Oui.

Ca fait longtemps que je le sais.

Si on se racontait des histoires ratées ?

Pour se rassurer ?

Commence.

Un matin, un hôtel à la mer...

où tout est bleu : le ciel, l'humeur, le lit.

L'impression de mettre les pieds dans l'écume sans avoir à se lever.

Mon 1er bel hôtel avec un bel amoureux.

- Je me réveille dans un roman. - Quel genre ?

Un roman pour lire à la plage en ricanant hypocritement.

Etre l'héroïne d'un mauvais roman.

Tu m'as coupé la parole. Interromps-moi après un point.

C'était comme un roman, et je voulais que ça dure.

Donc, je demande à rester un jour encore.

Impossible. Il fallait rentrer à Paris.

Donc, nous sommes rentrés

et j'ai compris que je n'étais pas celle pour qui on fait une folie.

Après, j'arrivais plus à accepter ce qu'il me proposait.

Ca m'agressait, comme une aumône ou un cadeau reçu par erreur.

Ce sont les "désires-tu ?" qui m'ont tuée à la fin.

- Lui aussi, il est mort ? - Il m'a pas dit.

Le pauvre qui s'esquinte à deviner comment te plaire,

et toi, butée, fermée comme une huître. Tu l'as faite, ta perle ?

Elle irradie, toute ronde, de ton malheur et du sien ?

T'es riche avec ça ? Montre.

Elle me semble assez discrète.

C'est vide.

Je m'étais promis de ne rien mettre qui symboliserait un attachement.

Alors c'est vide.

T'as les cheveux épais.

Tu prends toute la place.

Tu es dur. C'était un vrai secret.

Je m'étais promis aussi de jamais le raconter.

T'en fais souvent, des voeux de mutisme ? Pas de chasteté ?

Non, je te demande pas.

La 1re fois que j'ai vécu avec un homme,

j'avais juré de me pendre pour mes 20 ans si je n'étais pas heureuse,

à une poutre de la cuisine. J'avais repeint le plafond en bleu.

Tu fais pas ton âge...

- Il m'a renvoyée avant mes 20 ans. - Il t'a facilité la vie.

J'avais pas pensé pouvoir le quitter.

- Et maintenant, tu le saurais ? - Je sais pas.

Ne sachant pas finir les histoires, tu ne les commences pas.

- Un peu. - Je t'apprendrai.

Je n'en commence pas car elles finissent toujours.

Je ne veux que des histoires qui ne finissent pas.

- Tu m'apprendras ? - Je m'avancerais pas.

Les femmes ne me font jamais d'avances.

- Et moi, alors ? - J'ai pas eu le temps de voir.

Tu te déshabilles en un éclair et tu dis : "Qu'est-ce qu'on fait ?"

Tu ne me fais pas d'avances, tu es très en avance. C'est différent.

Chéri, on se fait une petite dînette ?

Tu préfères ça, peut-être ?

J'ai une amie qui a passé 8 jours comme ça.

"Tu l'aimes comment, ton café ? 1 sucre, 2 sucres, pas de sucre ?"

Elle avait les seins un peu lourds, ça l'embêtait qu'il s'en aperçoive.

Toi, t'es pas le genre à tromper sur la marchandise, c'est ça ?

Oui.

Tu as très bien agi, mon enfant. A mon tour.

Je vais te conter un voyage où j'entraînai une jeune femme

qui n'était pas mon amie. C'était l'hiver.

Les routes désertes...

Chacun sa chambre. Le soir, pas un baiser.

- Et dans la journée ? - Elle était émouvante,

blanche de froid dans ses ballerines. - Elle a eu les pieds gelés ?

- Jamais une plainte. - Et toi ?

J'avais des chaussures fourrées. Un soir, on frappe.

C'est elle.

Il y a un drôle de type à côté de sa chambre.

Tu lui proposes le second lit de la chambre. L'homme de la situation,

mais qui n'en abuse pas. Tu te déshabilles dans la salle de bains.

- Il n'y en avait pas. - Tu te déshabilles.

- Je ne pouvais pas. - Oh !

Je dormais avec un vieux pull et un caleçon ridicule.

- Elle te les aurait fait enlever. - Elle était blottie dans le lit,

l'air de ne pas y toucher. J'ai dormi au bout du couloir.

Le méchant voisin t'a fait des misères ?

J'ai rien entendu.

J'ai honte pour toi.

La pauvre ! Dans sa plus belle chemise, pomponnée,

qui vient vers toi, et tu t'en vas ? C'est pathétique.

Elle montrait son désir, mais elle gardait sa dignité.

C'est mon histoire, c'est toi qui racontes.

Alors c'est raté.

J'aime bien les histoires ratées, c'est beau à chaque fois.

Tu rates souvent la 1re fois ?

Pas seulement la 1re fois.

Ca rate car ça se passe pas ? Ou car ça se passe comme ça ?

T'es pathétique.

Raconte. Ca s'est passé comment pour toi la 1re fois ?

En passant.

En passant dans le genre de ville où tous se connaissent.

J'étais la nouvelle.

J'ai vite repéré le garçon vedette. Gentil, beau, bête, bien roulé.

Il était fou amoureux de sa voiture. Une petite rouge, courte sur pattes,

avec des phares ronds. - T'aimes les jolies voitures ?

Non. Les moches non plus, ça m'encombre.

Je préfère le vélo.

- Emilie, tu es une dévergondée. - C'est magnifique, le vélo.

Ton corps se déploie, tes cuisses durcissent.

Et ton sexe, imprenable, qui épouse l'étroitesse de la selle,

qui répond à chaque surprise du sol.

Il n'y a pas de vélo chez les amies de tes amies ?

Les hommes aiment les femmes à vélo.

Continue. J'adore quand tu me touches les cheveux.

- Et après le vélo ? - Il y avait la douchette.

Traîner dans le bain.

T'as envie d'être propre partout, récurée à fond.

La douchette, c'est chaud, ça picote.

Tu cherches quelque chose, autre chose,

et tu restes avec ton sexe de petite fille,

tout gonflé, endolori, insatisfait.

Ca va mieux, comme ça ?

Ca s'est passé, avec le garçon ?

Il était avec un copain,

il nous invite à prendre un café, les parents sont absents.

L'appartement, je m'en souviendrai toute ma vie.

Atrocement conventionnel.

Le copain, à peine entré : "J'ai une course à faire." Il sort.

L'autre entreprend de m'entreprendre. Cauchemar.

Ma jarretelle tenait avec une épingle à nourrice.

Moi, je tenais à ma réputation.

J'ai découvert mes talents de simulatrice.

Souple, sensuelle, passionnée, une main crispée sur ma jarretelle,

un oeil rivé sur la trotteuse, l'autre au plafond,

implorant Dieu que ça se termine avant que le copain rentre.

Bien sûr, il n'est pas rentré.

J'ai été dégoûtée des mecs qui ont leur montre pendant l'amour.

Pendant un certain temps.

A l'école, quand on parlait de cul,

je me disais, moi ça sera différent. J'avais raison, ça a été pire.

J'avais attendu des années, et il me reste une fixette sur une épingle.

Ma pauvre, pauvre chérie.

C'est sublime quand ça vient par surprise,

quand le corps explose connaît l'inimaginable.

T'es bien lyrique. Comment elle était ?

Si forte qu'elle m'a tiré d'un rêve. Je me suis réveillé pour jouir.

- T'es jalouse ? - Oui.

J'espérais que le rêve reviendrait.

Je me concentrais sur le souvenir du miracle.

Et puis, fini le rêve. Comme tout le monde, j'ai dû y mettre les mains.

- Ca te plaît, l'appartement ? - Je sais pas, j'ai pas visité.

- T'as revu la fille de l'agence ? - Oui.

- Elle te plaisait vraiment ? - Oui.

Elle me guettait à la fenêtre.

J'avais le nom de la rue, un numéro. Je levais les yeux : elle était là.

C'était chaque fois ailleurs. Elle avait plusieurs clés.

On campait.

On cherchait des traces.

Qui s'était aimé dans ces chambres-là ?

Je ne savais rien d'elle, sauf qu'elle était gaie.

Je n'ai pas eu le temps de m'habituer à une coiffure.

C'était l'été. Les filles sont changeantes, l'été.

C'est quand elle était nue que je la reconnaissais.

A son odeur, à la tiédeur de sa peau.

Ne me touche pas.

La nuit, elle ouvrait les persiennes.

Le vent froid gonflait sa chemise, et ses seins qui durcissaient.

Elle s'appuyait au garde-corps, et nous faisions l'amour dans la rue.

- Puis vous vous quittiez ? - Oui.

Une fois, je l'ai raccompagnée à moto.

Elle s'est serrée contre moi le plus près possible.

Elle a croisé ses mains sous mon blouson, laissé voler sa jupe.

Je sentais la chaleur du sol monter entre ses cuisses ouvertes.

Et vous vous êtes quittés ?

Même pas. Un jour, elle m'a plus appelé.

J'ai visité une maison avec l'homme qui devait l'habiter avec moi.

On avait vraiment réfléchi, on avait même acheté les rideaux.

Et 8 jours après, il s'y est installé avec sa femme.

- Il t'est resté les rideaux ? - Oh. Non.

Il y avait 30 km d'ourlets.

Rien que des baies vitrées avec un panorama.

Je déteste les panoramas. C'est vulgaire.

- T'as jamais eu d'amant à moto ? - Non.

T'as jamais fait l'amour la nuit à la fenêtre chez des inconnus ?

Non.

Tu t'es jamais amusée sous les draps ?

Non.

Je regardais mes cousines dans le grand lit.

Je dormais dans le lit d'enfant. Mes pieds dépassaient.

Le lit n'était pas trop petit, mais mes pieds étaient trop grands.

Ca n'a pas changé.

- Pourquoi tu ne les as pas bandés ? - Mais je voulais les bander.

Les cousines avaient confisqué les épingles à nourrice.

Pour se caresser.

Tiens ! Ouvertement ?

- Ouvertes ? - Fermées !

Et tu n'avais pas envie de rejoindre les cousines ?

- De jouer à l'infirmière ? - Non.

Elles me trouvaient inintéressante. Elles disaient :

"Si on était des garçons, Emilie ne nous plairait pas."

- Et tu les as crues ? - Oui.

L'été d'après, je jouais à la postière.

- Pas à la couturière ? - Non.

- Tu trouves ça bizarre, postière ? - Non, c'est très bien.

Ca avait l'air bien.

Tu n'avais pas de cousins ?

Si, j'en avais. J'étais chargée de guetter au balcon.

"Les voilà !" Les cons.

Les connes.

C'est pour elles qu'ils venaient.

Je regrette pas. Je déteste qu'on me touche.

- Tu vois toujours tes cousines ? - Non.

Elles ont repris l'entreprise des oncles, chacune 3 enfants.

En tout, elles ont 30 ouvriers.

Et ça rigole pas, même quand elles font la caisse.

Ca te fait rêver, les cousines ?

Imagine : un réveillon.

Les maris un peu largués mais satisfaits.

Des robes de lamé, des escarpins, les enfants astiqués,

l'argenterie aussi.

Et moi, nostalgique : "Hé, les cousines ?

"Vous y jouez toujours, aux épingles à nourrice ?"

Si j'allais les revoir ? T'aimerais les voir ?

Tu les verras pas !

Toi, je t'ai vu.

Et toi, à quoi tu rêvais ?

A ça.

Mais arrête de regarder, c'est pas de ton âge !

Tu pourrais me demander.

Emilie, est-ce que je peux te caresser ?

Bien. Je peux te parler ?

Tu aimes les mots pendant l'amour ?

Tu aimes parler ? Tu aimes entendre ?

Tu ne réponds pas. Tu ne trouves plus tes mots ?

Je pourrais dire que je te prends. C'est un mot simple, sobre. Ca va ?

Je t'enferme.

J'ai aimé sucer ton sexe.

Je pourrais te dire : "Suce-moi" ?

Suce tes lèvres pour moi.

Et là, dis-moi...

T'aimes caresser mes fesses ?

Pas seulement.

Tu aimes mon cul ?

Tu veux mon cul ?

Tu l'auras.

Tu t'en vas ?

Ben non. Je prends un bain.

Me regarde pas comme ça. Ce n'est que ta baignoire.

Viens.

Mais tu as raison.

Et pourquoi tout est au milieu ?

J'ai fait tomber les murs, j'ai pas touché les tuyaux.

J'ai installé ça, quand même.

Ca, c'est pour les jours où je me hais.

Et ça, c'est pour les jours où je me fais pitié.

Et pour les jours entre les deux ?

Je sais pas. J'allume la lumière.

Et la nuit ?

Viens.

J'ai déjà pris des bains après l'amour,

j'ai déjà fait l'amour dans une baignoire, etc.

- Quand même ! - Et puis, je suis fatiguée...

Que veux-tu que je fasse avec ça ?

Lui parler gentiment, il ne voit plus rien.

Enfin, il a pas besoin de me voir te laver. Allez !

- J'ai les mains un peu rugueuses ? - Si. Calleuses.

- Pourquoi tu le dis pas ? - Ca ne se dit pas la 1re fois.

Moi, je te le dis. Ce soir, tu as une peau de... la peau très douce.

- Je suis ton type de femme ? - Possible.

- Je suis comment ? - Je te connais peu.

Tu sais si je ressemble aux femmes que t'as aimées.

Tu ne leur ressembles pas.

Enfin si, quand même.

- Tu m'attendais ? - On attend toujours.

Mais tu m'as pas attendue.

Enfin, tu m'as confondue avec d'autres qui me ressemblaient.

Donc, je suis ton type de femme. C'est décourageant de banalité.

J'aime les filles qui me plaisent peu,

les filles sexy qui n'ont aucun charme et qui s'en croient.

Elles m'émeuvent parce qu'elles n'en ont pas.

Et celles qui sont mal dans leur peau et qui font les copines.

Je leur trouve du charme, car elles n'en ont pas et le savent.

Je ne me crois pas énormément de charme, juste un peu.

Méfie-toi, ça va déborder.

- Donc je ne te plais pas. - Je viens de te dire que si.

Oui. Après m'avoir expliqué le contraire.

Bon, d'accord. Tu ne me plais pas. Et toi, ton genre ?

Je ne sais pas, j'ai pas encore trouvé. Donc, c'est pas toi.

Et le dernier qui t'a pas plu, qu'est-il devenu ?

Je l'ai quitté.

Tu multiplies les ruptures.

Pourquoi tu dis ça ?

J'en suis à ta 4e. Les histoires d'amants qui s'aiment,

rompent, regrettent, se cherchent et se retrouvent trop tard, j'adore !

C'est une histoire qui devrait t'arriver.

C'étaient pas vraiment des ruptures, on était pas liés.

- Où vas-tu ? - Je reviens.

Deuxièmement, si moi, je me sens liée,

ça n'engage que moi, puisque je n'en parle pas.

- T'irais en parler, toi ? - Non. Sauf peut-être à toi.

- Tu te moques de moi. - Sûrement pas.

Parle-moi de tes anciens amants, j'aime bien ça.

Pour ne pas rompre, il suffit de ne pas dire que c'est la dernière fois.

C'est trop tôt pour regretter. Après, trop tard pour rattraper.

Tu comprends ?

- Tu fais jamais pipi dans le bain ? - Si. Les jours où t'es pas là.

- Donne-moi un exemple. - Tu ne seras pas de mauvaise foi ?

La dernière fois, j'avais pas de désir.

De la peine de plus en avoir, de la peine de le faire sans désir.

Et de la peine de ne pouvoir le consoler de sa déception éventuelle.

Il n'a rien deviné.

Pour moi, c'était un constat d'adieu définitif, donc compliqué.

Définitif et compliqué. T'as dû prendre du plaisir.

Un petit peu, pour le principe. Au moins qu'il parte content.

Et toi, contente de toi.

Je suis déçue, à chaque fois.

Je m'accorde un cadeau de rupture.

Pas de rupture, pas de cadeau. A la rigueur un lot de consolation.

- Toi, par exemple ? - Par exemple.

Fais comme si j'étais pas là.

Tu me mets où, dans le bilan de tes états d'âme ?

Débit ou crédit ? Il est où, ton livre de comptes ?

Dans le tiroir du bureau. A gauche.

Ah. Je suis content d'avoir deviné.

Tu tries, tu tranches, tu notes, tu classes.

Ca m'aide à comprendre.

Mais pourquoi tu veux tout comprendre ?

Tu ne peux pas accepter de ne pas comprendre ?

J'accepte de ne pas comprendre pourquoi vous êtes encore là.

Si j'étais du genre pinailleur, je dirais

que tu réponds à côté.

Je préfère penser que je ne te comprends pas.

Je suis du genre qui ne te comprend pas.

C'est la première fois.

C'est la dernière fois.

C'est toujours la dernière fois.

Maintenant, c'est la dernière fois de ma 1re fois.

J'ai pas mes lunettes.

Moi non plus, mais je te vois quand même.

Même si c'était la dernière fois,

c'est pas la 1re fois que ça nous arrive, une aventure d'une nuit.

Tu veux qu'on fasse un drame de la rupture ?

Ou on se réconcilie ?

Sans basculer dans la débauche.

Essaye d'être un peu moins maladroit.

Tu m'essuies ? J'aimais bien, petit.

- T'étais comment ? - Sérieux.

Je me rendais utile aux filles. Elles me copiaient dessus.

Je les raccompagnais, je portais leur cartable.

- J'aimais bien rentrer seule. - Oh. Comme on change !

Tu sais qu'on change. A l'école,

filles et garçons ne se mélangent pas.

Que tu dis ! Tu m'avais dit que tu n'avais pas d'amies.

Pas tellement.

Pas en ce moment.

Je faisais semblant. Il fallait tout le temps faire semblant.

J'écoutais les autres, mais c'était pour être près du radiateur.

Elles se racontaient tout.

Il y en avait une qui venait de découvrir son petit bouton.

C'était l'Amérique ! Non. Cite-moi un inventeur.

Christophe Colomb.

- Il a découvert, il a pas inventé. - La petite aussi.

- Elle croyait l'avoir inventé. - Elle se trompait.

- Toi, tu l'avais déjà exploré. - Non. Mais j'avais lu.

- Tu lisais en cachette ? - Pas besoin, on me voyait pas.

Derrière un canapé, un tourniquet de gare, un comptoir de librairie...

Ses mains, mollement, sous le linge ondulaient.

Elle goûtait une exclusive joie qui lui déchirait le coeur.

J'ai compris pourquoi Céline... Elle, c'était ma copine.

- Plus maintenant ? - Non.

...adorait la corde lisse.

Elle grimpait, la corde entre les cuisses,

et là-haut, elle planait, en extase.

Le prof secouait la corde :

"Mais enfin, Céline, allez-vous redescendre !"

Je me souviens d'une Céline. On était vraiment amoureux.

Trop amoureux pour se parler.

Un jour, elle s'appuie à côté de moi, contre la grille du lycée.

On regarde le trottoir dans le jour qui tombe.

Tout ce que je trouve à lui dire, c'est :

"A quelle heure passe le camion poubelle ?"

Ca t'intéresse, les poubelles ?

Parce qu'ici, y a la place pour deux, mais pas de vide-ordures.

Tiens, celui-là est sec.

Assise comme ça, on voit ta culotte.

Enfin, on "verrait" ta culotte. Chez les Bertrand, on la voyait.

Ta culotte de ce soir, je peux te la décrire.

Ivoire, avec des petites fleurs en pointillé, assez échancrée.

Et assez haute.

Pas d'élastique sur les côtés.

Taillée dans le biais. J'ai bon ?

Obsédé !

Mais tu nous la mets sous le nez.

Ca fait plaisir. Tu ne le fais pas exprès, toi seule le sais.

Je peux regarder ?

Je suis sûr que dans la journée, tes préférées sont blanches.

Tu dois te sentir protégée.

Je mets ce qui me plaît quand il me plaît.

Et si j'étais toi, je regarderais pas là.

Pourquoi ? J'aurais pu fouiller quand tu dormais.

Tu ne ferais pas ça.

Ca ne se fait pas. Je te promets que si. Je te raconterai.

- Alors ? - C'est non.

C'est ta vie privée ? Chasse gardée ?

Par rancune parce que t'es contrariée ?

Par principe ? Donne-moi une raison.

Non.

Et si c'était très important pour moi de l'ouvrir ?

- Si je l'ouvre, tu me jettes ? - Non.

Et si je te réponds oui, c'est de la paresse ou de la passion ?

C'est mon risque. Le tien est tout petit.

J'ai trouvé ton porte-jarretelles vraiment raffiné.

Pur coton, couleur rose,

pas vraiment grande, pas vraiment petite non plus.

Pudique ? Pas vraiment. Salut.

Emilie, mets tes lunettes ! Que restera-t-il aux enfants ?

Ca te va bien, d'être maîtresse d'école.

Eux aussi trouvent que ça te va bien.

Surtout quand ils quittent l'école.

Je n'aimais pas l'école et j'y suis restée.

J'écris à la craie. Je suis la seule à porter une blouse.

Bizarre d'être fidèle à ce qu'on n'a pas aimé.

- Mais t'es passée de l'autre côté. - Il paraît, oui.

J'y vais encore pour regarder et apprendre.

T'as empesé le rideau ?

J'aime quand c'est lisse.

Mais t'aimes pas repasser. Pas de logique dans le plaisir.

Moi aussi, je peux mettre la main dans ta culotte.

Ca se fait.

Je ne mets pas ma main dans ta culotte, je te devine au travers.

Mon doigt suit l'élastique.

Là où il mord la peau.

Je descends...

La naissance de la cuisse, là où la peau devient plus tendre.

J'effleure ton sexe.

Bombé, prisonnier du tissu.

Tu sens ?

Mon doigt caresse tes lèvres.

L'une...

puis l'autre.

Elles s'écartent.

Ne me touche pas.

Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne te sens pas protégée ?

J'aime bien ta culotte parce que c'est une barrière.

Donc ce que tu me donnes est encore plus précieux.

Tu me le donnes ou tu me laisses le prendre ? T'aimes que j'explore ?

Ou tu n'as pas encore réfléchi à la question.

Tu as la gorge serrée. Oui, je sais...

"Salaud, sadique..."

T'en profites pour répondre à ma place.

C'est difficile à cacher, un désir...

d'homme.

- J'entrais à Polytechnique... - Menteur.

A l'occasion du bal annuel, embauché par le journal du lycée.

J'étais 1er en math, moyen en français.

Je m'inscris à un cours en espérant que ça en séduirait une.

Calculateur...

Je te résume. Le rythme,

le glissement des pieds.

Je pourrais te faire l'amour un jour, comme ça,

en écartant simplement ta culotte ?

Le professeur se met en position.

Ce n'était pas mon genre, mais c'était une femme.

Horreur, je commence à bander.

J'esquive, j'ondule...

Incapable de profiter, de calculer.

- Et surtout de consentir. - Elle qui me donne des coups :

"Poussez avec le bassin, jeune homme, le bassin !"

On se remet au lit, mon chéri ? Je dors debout.

- Et les enfants ? - Quoi, les enfants ?

Ben, on n'a pas parlé des enfants.

- Je regarde si tu sens le bébé. - Tu renifles...

Il n'y a aucune indécence chez une femme qui donne le sein.

C'est naturel, innocent, pas du tout érotique.

De l'avis général.

Moi, je trouve ça excitant. Ca ne te dérange pas ?

T'as déjà vu un hôpital ?

Les femmes enceintes bien rangées, leur ventre à la merci de tous.

Ca fait trop beauf.

- Je monterai la garde. - A la porte, on frappe,

on entre sans te laisser dire "entrez".

"Comment on va ? On a bien dormi ?"

Comme si c'était toi, le bébé. C'est désobligeant.

- T'auras une étable particulière. - Ce sera le paradis.

Qu'est-ce que t'as dit ?

J'ai rien dit. J'ai juste pensé à quelque chose.

Ben, dis-le.

Naissance, étable, crèche, paradis...

Je me prends pour la Vierge ?

Je ne le dirais pas comme ça.

Parce que je me crois pas faite comme les autres.

- Mais tu as raison, tu ne l'es pas. - Oui. Je sais, merci.

- Nos bébés seront exceptionnels ? - Oui.

T'es comme les autres.

T'es vraiment fait pour être papa. Enfin...

Pour ce soir, ça ira comme ça.

Elle te ressemblera ?

Non. C'est toi qui lui ressemblais quand t'étais bébé.

Je vais te reconnaître sans t'avoir connue. T'as des photos ?

Trop tard.

La prochaine fois, tu nous feras un garçon.

Elle, j'ai hâte de la voir grandir.

Je crois que je vous confondrai.

Celle qui passera près de moi, je ne saurai pas laquelle ce sera.

J'ai peur d'être troublé.

Classique. Tu te contenteras de ses amies.

J'aurai la nostalgie de la maternelle.

Des grilles qui s'ouvraient et elle qui courait dans mes bras.

Si je passe la prendre au lycée, elle courra encore vers moi ?

Tu racontes bien les histoires.

Elle le fera pas.

Un petit baiser le matin, un sourire de temps en temps.

Elle reste longtemps à la fenêtre, elle attend.

Qu'est-ce qu'elle regarde ?

Ca dépend. D'ici, la rue.

Les vies derrière les petits carrés de lumière.

Elle se dit qu'elle aussi habite un petit carré,

qu'elle ne connaît pas sa vie.

Puis elle regarde le jardin, devenu petit depuis qu'elle est grande.

- Elle regarde les garçons ? - Sans cesse.

Elle se demande si on peut regarder avec plus d'intensité.

Mais ils ne voient pas qu'elle veut les rejoindre.

Pourquoi elle ne demande pas ?

S'ils ne devinent pas, ils n'ont pas assez de désir.

Quand elle les croise, même pas un sourire.

"Ils habitent le quartier ? Ah bon ? J'avais pas remarqué."

Elle sort quand même, tu me rassures.

Elle descend à la mercerie acheter une paire de bas.

Sa grand-mère lui a offert un porte-jarretelles

parce qu'elle déteste les collants. Ca serre, ça coupe le sexe.

Elle veut garder nu le haut de ses cuisses.

Sentir le froid sur sa peau.

C'est pour ça, les chaussettes ?

Il n'y a pas cinquante solutions.

Mais voilà... Chez grand-mère, les vacances immobiles,

dans la maison immobile, dans l'été immobile,

elle, elle bouge.

Elle va devant la glace pour enfiler ses bas.

Montre.

Allume.

Tu crois qu'elle est émue ? Qu'elle va se caresser ?

Sûrement pas.

Je ne me souviens pas si j'étais jolie.

Je devais avoir des jolis seins.

Toutes les filles de 13 ans ont des jolis seins.

Je les ai pas regardés.

Personne les a regardés.

Un soir, dans la salle de bains, j'ai regardé mon sexe.

Et je me suis mis à bander.

J'avais 9 ans.

Tous les soirs, le regarder, ça me faisait bander.

- Pour personne. - Pauvre bébé.

Et si j'ouvre la porte et que je le surprends, le nôtre ?

Tout raide, tout fier et tout perdu, qu'est-ce que je fais ?

Tu pars sur la pointe des pieds.

Tu vas pas devenir une mère épouvantable !

Fini, le temps de lui cajoler le sexe en toute impunité car c'est ton bébé.

Tu sauras pas qu'elle s'interroge des heures devant le miroir.

Quelquefois, elle se fait pleurer.

Et elle se regarde

pour essayer de comprendre.

C'est triste, de pas avoir le droit de consoler.

C'est parce qu'on sera vieux.

Eux seront eux, plus toi ni moi.

- Chacun pour soi, alors ? - "Chacun pour soi."

Tu me prêtes ton pull ?

Merci pour la brosse à dents, mais tu n'as rien de plus couvrant ?

Dans l'armoire de la salle de bains. Tu vois laquelle ?

Il y a des vieux survêtements. Je les achète trop grands.

T'as vieilli.

- T'entends plus très bien. - Il y a personne dans l'immeuble.

Et moi ?

1 : interdiction d'écouter de la musique trop fort.

2 : interdiction d'écouter 10 fois le même morceau.

D'écouter de la musique en pleine nuit si l'autre dort.

De lire au lit.

De manger au lit.

De dîner au restaurant. Trop triste.

Les couples qui ne font que commenter les plats...

Parce qu'on va se disputer ?

Discutailler, grognogner, gnagnasser...

Ca, c'est plus tard. Tiens, j'ai oublié mes gouttes.

Ne prends pas ça, c'est trop lourd.

Elle est plus tendre à la maison.

- T'as du persil entre les dents. - On va pas vieillir comme ça ?

Alors, je ne reste pas.

Je reste pour faire comme tout le monde.

Le soir, voir les couples enfermés dans leurs voitures, ça me tente.

Interdiction d'avoir peur en voiture, mal au coeur...

Interdiction d'avoir des humeurs.

"Des humeurs" : bile, atrabile, flegme, sang...

Il va falloir que tu te fasses à mes odeurs.

J'ai une odeur ?

Pardonnez-moi, sainte Emilie, mais oui.

Et même quand tu fais l'amour, ta bouche a une odeur particulière.

Bon...

Si c'était désagréable, je l'aurais tu.

Je peux pas te faire confiance.

Maso...

Et en plus, j'ai même plus le droit d'être un pou.

- Si. - D'être un pou, exprès.

Mais ça, tu pourras pas m'en vouloir.

Si. Je suis pas maso.

J'ai réfléchi. Moi non plus.

Non. J'y arriverai pas.

C'est trop dur.

Tu veux rester seule ?

Tu restes parce que t'as pas le courage de rentrer ?

Tu n'as plus le courage de me renvoyer ?

Tu veux que je t'aide...

à me faire rester ?

C'est quoi, le programme ?

a : renvoyer Louis qui n'était pas tout le temps désagréable.

b : garder Louis, mais il y aura du dérangement.

c : ne pas vouloir choisir, ou mieux, ne pas pouvoir choisir.

Je vais t'attacher.

- Enfin, te tuteurer. - Me quoi ?

"Tuteurer." Au sens horticole, bien sûr.

Mettre un tuteur, travail de professionnel.

Je suis pépiniériste.

Le désespoir serein des vieux couples, ça menace. Ca menace.

Décris-moi une image du dehors, plein jour.

- Tu vas rire. - C'est pas sûr.

Je marche tout nu dans une prairie, à l'orée d'un bois.

Je tiens une femme nue par la main, et un enfant.

Deux, trois.

- Je n'ai pas ri. - Tu aurais dû.

Marcher dans l'herbe haute jusqu'aux cuisses.

L'herbe est sèche. Elle crisse, elle griffe un peu.

Non. Elle est très verte. Elle froue.

Si j'y pense fort, c'est excitant.

- Quoi d'autre ? - Un clapotis.

L'eau en tout petit.

Une flaque sucée par le sable, une digue léchée par le ressac.

Même une mare pour boeufs, un trou d'eau noire en hiver,

avec les arbres nus qui se reflètent dedans.

Il y a une mare, où je travaille.

Les enfants pourront jouer sans danger.

Non. Il y a toujours du danger.

Oui.

Ca va mieux.

Ca te rassure, de séduire ?

Avant, oui. Maintenant, plus du tout. Et toi ?

C'est bien, un homme amoureux. Plaire est plaisant.

On ne garde pas ce plaisir pour soi tout seul. Ce serait mesquin.

C'est plus amusant à deux.

Et pourquoi pas à trois ?

Je ne sais pas régler les miroirs à 3 faces.

Et je ne suis pas un homme amoureux.

Je suis pas sûre d'aimer qu'on m'aime.

Mais j'aime

que tu me caresses les cheveux.

Ma voisine est rousse. Je la croise quelquefois dans la rue.

Pas assez souvent.

Croiser le regard d'une femme qui vient vers toi...

C'est vrai, tu n'y vois pas.

Toi non plus. Qu'est-ce que tu regardes en premier ?

J'en suis à la curiosité de rencontrer.

- La vérité est toute nue. - Tu vois le mal partout.

Trop tard pour se défiler, dès que j'ai capté son regard...

C'est comme ça qu'on dit ?

...à l'aéroport, en attendant d'embarquer.

Pas un mot, je ne sais rien d'elle.

Elle est seule.

Dans l'avion, les stores sont baissés, les gens dorment.

J'ai envie de lui parler. Je m'assieds à côté d'elle.

On ne parle toujours pas.

Je vais l'embrasser.

Comment ?

Plus.

Pas plus.

Et à l'arrivée ?

Il y a ma femme et ma fille... L'aînée est une fille ?

...qui m'attendent.

Je suis incroyablement heureux de te retrouver. Tu te souviens ?

- Et la passagère ? - Elle passe.

C'est un minuscule arrachement, une douleur exquise.

Tout va bien. Tu m'as tellement manqué.

Et si toi, tu m'attendais avec le petit ?

L'homme qui m'a embrassée dans l'avion, je le distingue plus.

Emilie, s'il te plaît...

C'était si doux te t'avoir juste un peu trompée.

Elle est énorme, vue comme ça, l'armoire.

- Tu l'as ouverte du 1er coup. - J'aurais pas dû ?

C'est une serrure à secrets. Je l'ouvre pas comme il faut.

J'avais la même dans ma chambre.

Un peu grande pour la norme HLM, alors on a dû la vendre.

C'est un signe que tu l'aies rachetée.

Mais tu me l'avais bien cachée, ta famille.

Grand-père ?

Papi ? Pépé ?

Arrière-pépé.

Renoir, Auguste.

Ah ben. Il l'a pas raté, son lilium candidum, dis donc.

Et ta grand-mère ?

J'ai pas pu. Ca faisait si longtemps que je vieillissais à côté d'elle.

J'aidais la mienne à couper les dahlias.

Elle en faisait des plus hauts que moi.

Maintenant, j'essaie plus gros.

Cet été, j'en ai des gros comme des choux.

- La pépinière est à toi ? - A moi et au Crédit agricole.

J'aimerais bien la visiter.

Alors ça. Si je m'y attendais !

Mais tout de suite, ma chérie. Dès que j'ai visité mon armoire.

Les choses vraiment importantes, je les écrivais sur un petit papier.

Je sortais la cheville,

j'enroulais le papier,

je remettais la cheville.

Dis-moi une chose importante.

J'aime Dominique.

Je la guettais, la nuit, elle me guettait.

Elle habitait une maison grise, avec une porte vitrée.

Elle se tenait au fond du couloir, en arrêt, la lumière allumée.

Et une nuit, elle l'a fait.

Elle a levé sa chemise de nuit et m'a montré ses seins.

T'as vu le reste, aussi.

Il n'y a plus rien.

La porte n'était vitrée qu'à moitié, révélant la moitié du mystère.

Un sein, je voyais ça écrit comme un nom de village.

Saint-Martin, Saint-Jacques... C'était sacré comme le caté.

Le mystère restait entier autour du trou.

Le fils du boucher disait : "Il y a 2 manières de faire l'amour.

"Devant. Derrière."

C'était encore très hermétique.

L'autre pile, d'abord.

C'est là que je rangeais mon actrice préférée.

Une Américaine en maillot panthère.

Mais ma mère l'a brûlée.

Ca parlait assez, mais pas assez.

La 1re fois, j'ai fait comme au cinéma.

Les lèvres qui ne décollent pas, les corps qui se frottent.

Elle était plus calée en théorie, pas en pratique.

Elle a pas été contente de moi.

- Finalement, j'ai appris sur le tas. - Au coup par coup.

Voilà. Dire que maintenant, tu croules sous les images.

Et pas de la demi-mesure.

Tu veux dire complètement porno ?

Oui. Et je ne peux pas m'empêcher de les trouver belles.

J'entends ton ventre qui bat.

Viens dormir avec moi. Promis, je t'emmerderai pas.

Tu me cherchais ?

Je rêvais que tu me regardais dormir.

Qu'est-ce que tu fais ?

Je m'exerce à traverser l'appart.

A sortir de ta chambre sans te réveiller.

Alors, dis-moi bonne nuit.

En rentrant ou en partant ?

T'as dit que tu partais pas.

Je serai toujours là, mais je peux partir de temps en temps.

Maintenant ?

Je garde un peu de nuit pour moi. Et tu dors, je ne te manque pas.

Pourquoi tu t'amuses à me faire de la peine ?

L'heure n'est plus à s'amuser, mais à pleurer. Je t'ai égratignée ?

T'es mal installé. Rien ne t'oblige à joindre l'inconfort à la cruauté.

Qu'est-ce qui se passe ?

Qu'est-ce que tu vas leur dire, aux revenants ?

Ceux de ta vie d'avant qui n'ont jamais su que tu les avais quittés ?

Assieds-toi, comme tout le monde.

Que tu n'es pas libre ce soir, qu'ils rappellent ?

Tu vas dire que tu pars en coopération ?

Tu as dû t'exercer aux lettres de rupture. Suffisamment d'humour

et l'émotion discrète pour laisser un joli souvenir.

C'est ça, oui.

Et tu vas le faire ?

- Oui. - Pourquoi ?

Pour moi.

Le grand couteau pointu trempé dans l'encrier.

Tu sais découper les poulets ?

Et mordre dans une pêche sans éclabousser, et peler une poire.

Mais si tu préfères sortir le Sopalin pour éponger les dégâts...

Pourquoi des dégâts ? J'ai horreur du gâchis.

Grâce à quoi, je peux m'inviter.

Je ne veux pas que tu te déranges pour moi, mais si c'est pour toi...

- Tu ne m'aideras pas. - Si. A ne pas brusquer les choses.

A assurer mes arrières.

Pourquoi brusquer les choses, détruire ce qui s'usera tout seul ?

Oui, pourquoi ?

Patience. Tu aimes les éclats, moi, je ne veux pas laisser de traces.

T'as les yeux qui brillent.

Ca te va bien. Pourquoi tu te caches ?

Je sais soigner les genoux écorchés,

souffler quand ça brûle ou pour sécher les larmes.

Il y a des terrains dangereux, mon tout-petit.

Regarde où tu mets les pieds.

Si tu pleurais, je prendrais toutes tes larmes, même les trompeuses.

Parce que c'est pas pour moi que tu pleures.

Tu pleures toutes les autres, celles que tu perds.

Patience.

Tu pleureras un jour avec une autre en te souvenant de moi.

Tu es douce, Emilie. Tu me dévoreras comme les autres.

- Celles d'avant. - Ceux d'avant.

Comme tu dévoreras ceux que tu rencontreras après moi.

- Tu me connais pas. - Tu ne te connais pas.

Mais t'es comme les autres : gourmande.

Tu te rappelleras comme c'était gai.

C'était pas gai.

T'étais méfiante, tu ne voulais pas t'abandonner.

Avec moi, t'es rassurée.

Tu y retourneras, étonnée.

S'étonner, démasquer...

Vous y retournez toutes.

Donc elles te racontaient.

Elles me racontaient celui d'avant, celui d'après.

- Toi aussi, tu me raconteras. - Non.

Mais tu m'as raconté ceux d'avant, tu me raconteras ceux d'après.

On ne t'a pas appris :

"Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau" ?

Tu y viendras, au partage.

Comment ferais-tu avec ton petit coeur éclaté, acculée au mensonge,

accablée d'injustice, car convaincue d'avoir le droit de tout aimer ?

Les baisers furtifs, le temps compté,

les retrouvailles hasardeuses, les chambres inconnues,

et mon pas familier,

mon odeur,

et celle du pain que je te fais griller, le matin.

Tu vas l'accepter ?

Que faudra-t-il faire ? Juste assez être jaloux pour rester convenable ?

Tu as montré ta culotte

à n'importe qui ce soir. Je ne sais même pas ce que ça me fait.

Je me déteste. Je me déteste. Je me déteste.

C'est moi que tu vas détester.

Je sais. J'ai compris que tu me tromperas,

que ce sera gai avec les nouvelles, gai de sortir la nuit en cachette.

Tant mieux, j'aime pas les hommes qui pleurent. J'aime les indécis,

les insaisissables, les célibataires à partenaires multiples.

Je déteste les envahisseurs.

Je me lève tôt, demain. Café ? Tisane ?

Un lait chaud avec du sucre et un peu de rhum. J'y vais.

Je me couche. En partant, ne réveille pas toute la maison.

T'es parti ?

Arrête de trembler.

Tu peux très bien ne pas trembler.

J'aime trembler. J'ai mis des années à y arriver. Je continuerai.

Mords-moi.

Sers-toi de moi.

Ma sauvage... Ma fragile...

Je veux que tu ne te refuses rien.

C'est parce que les autres n'ont pas voulu de toi que tu me préfères ?

Oui.

J'aime autant ça.

J'ai faim.

Je vais m'occuper du goûter. Ca va être bien.

Fais réchauffer le lait. Bouillant, mais j'ai horreur de la peau.

Tu me l'apporteras ?

Faut que je me lève ?

J'entends rien !

Tu peux pas mettre un peu plus fort ?

C'est prêt !

C'est pas assez chaud ?

Ca me prend de temps en temps.

La dernière fois, c'était dans la rue. Heureusement, il pleuvait.

- Il y a longtemps ? - J'ai oublié.

Je venais de quitter une fête ridicule, débile, détestable.

- Un peu décevante, disons. - C'est ça, oui.

Parfois, j'y crois. Je m'applique à tout bien faire,

tout bien assortir. Je tends le doigt vers la sonnette, et c'est raté.

- T'as sonné ? - Non.

Des invités montaient. J'ai grimpé à l'étage du dessus,

et puis... - Tu t'es sauvée.

Je ne suis pas sociable.

C'est une raison pour ne pas l'imposer à la société.

Pense-bête. Excuse-moi, continue.

Je suis redescendue dans la rue.

Je marchais sur les pavés.

Je me disais : "Bien fait ! Foutues, tes chaussures !

"Trempées !"

Ce qui m'a arrêtée, c'est 2 grands pieds et une voix qui disait :

"Où allez-vous toute seule dans cet état ?"

Moi, j'étais toute barbouillée. Je réponds la tête dans les talons :

"Je rentre à la maison."

Il passe son bras autour de moi, il prend mon sac, il dit :

"Je vais vous raccompagner."

Il a tout de suite trouvé les clés.

Il a mis de la musique,

il m'a lavée, séchée, couchée.

Il m'a apporté un tilleul. Il m'a bordée.

Et il a dit : "Je range un peu la cuisine.

"Pour fermer, je claque la porte derrière moi ?"

J'ai répondu oui, et je me suis endormie.

Mais c'est tout à fait moi.

T'es sûre que ça n'était pas moi ?

Qu'est-ce qu'il avait de plus que moi, à part qu'il est parti ?

Il était habillé tout en noir.

Il était tout noir de la tête aux pieds.

Ca peut s'arranger.

Et moi, pourquoi tu m'as fait monter ?

Pourquoi tu m'as raccompagnée ?

- Toi d'abord. - Encore ?

Je sais.

Je t'ai regardé interroger, parler peu, beaucoup écouter.

Chacun te répond, c'est si intéressant d'intéresser.

Et comme je suis intéressée, à moi, tu n'as rien demandé.

A toi.

Je t'ai regardée parler, beaucoup.

Tu parles doucement, tu fais rire.

Tu réponds des méchancetés. La dent dure, les lèvres douces...

Tu sais que ça te va bien ?

- Et ça ne m'allait pas ? - Si.

Mais à moi, tu n'as rien raconté. Je voulais voir.

- C'était du désir ? - De la curiosité.

- De savoir si on en aura. - Du désir ?

Oui.

J'ai une idée de réponse. Je te le dis maintenant ou la prochaine fois ?

Egalité. On s'accorde une minute de silence.

C'est quoi, le désir, pour toi ?

C'est quand mon corps se recroqueville d'être seule.

Quand mon ventre se crispe sur l'absence.

Cette absence emplit toute ma tête,

absorbe toutes mes forces.

C'est d'être pleine d'un manque.

- Mais puisque je suis là ? - Puisque tu partiras.

C'est te retenir prisonnier à l'intérieur de moi.

Garder ton odeur sur mes lèvres,

sur mes doigts.

De rester ouverte,

glissante, tiède.

De moi ?

Oui. Je crois.

Pour toi, c'est quoi ?

Je réfléchis.

Je discute avec une universitaire.

Tu as le profil type de l'universitaire.

Le désir...

C'est l'envie ?

Mais désir, c'est plus joli, plus riche, plus subtil.

J'ai envie de fumer. Je ne fume pas, c'est une métaphore.

Le mot "envie" suffit.

Une femme, je désire la connaître...

l'approcher, la toucher...

la caresser, l'embrasser.

Stop.

Avoir envie d'elle, de lui faire l'amour physique.

Quand c'est physique, c'est pur. Autrement, c'est moins clair.

Stop.

- Reprenez. - Je reprends.

C'est un besoin dur à ne pas satisfaire.

Tant pis si ce n'est pas avec celle que tu veux.

On me demande : "Vous désirez ?" Et je réponds :

"Je voudrais." Donc désirer, c'est vouloir.

Je peux répondre : "J'aimerais." Donc vouloir, c'est aimer.

En espagnol, je t'aime c'est : "Je te veux."

On gagne du temps.

Quand on désire, on veut, quand on veut, on aime.

Du moins au moment du désir, sauf si le désir arrive brutalement.

Ou alors ce qu'on aime, c'est désirer.

Imagine une femme, là, tout près. Une inconnue.

Vais-je désirer la désirer ?

Sans doute, sans doute.

Des points à préciser mais bonne manière de ne pas traiter le sujet.

De ne pas le traiter comme vous l'attendiez. Je suis recalé ?

Le coeur battant.

L'attente de l'inconnu.

Vous avez un coeur de jeune fille. Mes compliments.

T'es habituée au vieux qui ronfle ?

Rester curieux, c'est essentiel, à votre âge.

Vous guettez quelqu'un, peut-être ?

- Je ne peux m'empêcher de rêver. - Vous avouez ?

Si je le dis, je te trahis. Si je me tais, je te trahis.

Toi aussi, tu rêves d'autre chose.

De lait glacé.

Objectivement, notre cas est désespéré.

Non, docteur. Ne faites pas de moi un être condamné à vivre la réalité.

Quand je me sens vide, une intimité devinée, ça me garde vivant.

- Ca t'arrive, de te sentir mort ? - On en parlera plus tard.

- Et toi ? - Oui.

C'est trop tôt pour en parler maintenant.

Silence.

Réticent, résigné, gêné.

- Lâche ? - Comme tu voudras.

J'ai peur. Je te connais pas.

Il paraît que je fais peur, parfois. C'est drôle, non ?

- Je te fais peur ? - Je pense bien.

- Pourquoi espérer des rencontres ? - Parce que ça fait peur.

Et que c'est tellement délicieux d'être amoureux.

Moi, ça m'embête, d'être amoureuse.

Moi aussi.

Je reste au pied du lit de la fille, et j'ai envie de pleurer.

C'est génial, ça. Je me contredis, je...

Te contredis.

- Je vais finir jalouse. - Tu te fais des idées.

- Ca va pas durer. - Alors autant arrêter.

Non. Si ça dure pas, c'est pas la peine d'arrêter.

C'est toujours ça de gagné.

On est d'accord. On change de conversation ?

Qu'est-ce que tu plantes ?

Des soucis, des pensées. Très colorées, je t'en apporterai.

Il allait tomber.

Je rangerai demain.

Oh, dame ! C'est que moi, je suis dur à la peine.

Au turbin été comme hiver.

Enfin, froid aux pieds, chaud au coeur.

- Ca pousse ? - Oui.

Pas toujours comme on voudrait,

mais on n'a pas de bouquets sans pots cassés.

Je te trouve pas drôle du tout.

Moi non plus.

Toi, tu n'es pas drôle tous les jours.

Plutôt tragique. Encore ça, c'est drôle.

J'aime pas les histoires drôles.

- Tu ne les comprends pas. - C'est bien ce que je te dis.

Mais est-ce que tu as compris que ce n'était pas une histoire drôle ?

Je te laisse le choix :

amant, ami, mari.

Au moins les trois, pour commencer.

Moi, j'ai rien demandé.

On devrait faire les choses dans l'ordre.

D'abord on est amants, plus tard on se marie,

après on reste amis.

On jouerait aux cartes.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Je joue toute seule.

- D'habitude, il y a le modèle. - Ben, là, il y en a pas.

Restons amants, si ça te rassure.

Aux copains qui te demandent : "Toujours la même maîtresse ?"

Tu réponds quoi ?

J'aimerais changer, mais les gens ne comprendraient pas.

Changement de pâture réjouit les boeufs.

- Je t'attendrai pas. - Je vais pas m'établir ailleurs.

Emilie, elle est partie.

- Avec qui ? - Elle a pas dit.

Elle voulait en causer au Louis,

mais il était parti aussi.

Mais ils étaient promis ?

Faut croire qu'ils ont changé d'avis.

Bon. Je vais m'appliquer.

Avec un peu d'ancienneté, je ferai un mari méritant.

Il n'y a pas de mérite en amour.

Il n'y a pas de justice, car tout demander au même...

- C'est de l'abus de pouvoir. - C'est la chaîne.

Tu verras, on s'attache.

Simple curiosité : on est mariés, je pars. Tu viens me rechercher ?

Certainement. Pour t'entendre m'expliquer pourquoi.

Soupir de Louis. Il la trouve incorrigible.

Soupir d'Emilie. Elle sait qu'elle l'est.

Ca représente quoi ?

C'est vieux. Un paysage.

Vide ?

J'espère. C'est tellement agité partout.

Si tu partais, moi, je t'attendrais à la maison,

au cas où ça finirait mal.

Avoir quelqu'un à tromper, c'est plus fort.

Ca te fera plus d'effet.

Moi, je rentre pour te trouver comme je t'ai laissé.

"Tiens, voilà Emilie. Elle va être contente, j'ai arrosé sa photo."

Tant mieux pour toi, parce que moi, quand je pars, je reviens pas.

Pas de modèle,

pas de mérite,

pas de faux départ, pas d'espoir de retour,

et il faut que ça dure toujours. Eh ben, on va pas s'ennuyer !

Toute seule, je m'ennuie jamais.

Toi, tu pourras voyager, on en a déjà parlé.

Pas très loin, Emilie. Sans te perdre de vue.

Un cadeau d'un ami.

Peintre ? Parti ?

Il y a quelque chose que tu devrais essayer.

C'est d'improviser une petite colère, modeste,

rien de dramatique ni d'irréparable.

Pour que tu puisses me consoler ?

Tu ne pourrais pas me le refuser.

Et on se réconcilie sur l'oreiller ?

Mon pauvre chéri, t'as rien inventé.

Tu m'as déjà fait pleurer. Maintenant, je suis occupée.

Je dépasse la mesure. Explose, bats-moi !

Je vais crier, je te ferai pitié, tu ne pourras pas me renvoyer.

Tu triches.

D'accord, j'ai triché. Je t'en prie...

Aide-moi à rester.

Je retire calmement mes lunettes

et je me couche. - J'aurai tout essayé.

Pourtant, tu avais tes chances, je suis fatiguée.

Comme tout est gâché, je peux te l'avouer : je suis très en colère.

Je voudrais te voir sécher sur pied.

J'espère que tu vas crever sur ton fumier.

Je rêve de te blesser.

Non. Je rêve plus, c'est fait.

Je sais te blesser, même si tu sais le cacher.

- J'aime bien te blesser. - Et tu te sens vengée ?

Pourquoi tu dis "vengée" ? Je me venge jamais, même fatiguée.

Pourquoi "blesser" ? C'est pas beau, comme rêve.

J'allais partir, mais je ne dois pas te laisser faire des mauvais rêves.

Te donne pas de mal, il fait jour.

N'empêche que t'as l'air sombre.

Et l'hospitalité ?

J'ai envie d'être seule.

J'ai envie de marcher.

J'ai envie d'une clairière avec un pin tout droit au tronc rouge.

Les entailles de l'écorce sont profondes comme des failles.

Et les mousses, très hautes,

parce que je les regarde de très près.

Mon visage s'appuie contre l'arbre.

Je voudrais nouer mon corps autour de lui.

Je me laisse glisser sur le sol couvert d'aiguilles,

brun, humide, souple.

Juste une branche brisée,

une pierre, pour résister à mon ventre.

La lumière est tiède, lavée.

Mais j'ai les yeux fermés et un goût de terre dans la bouche.

Je me caresse.

J'ai du plaisir.

Et quand ma main quitte mon sexe,

elle est chaude, toute nimbée de buée

comme celle qui sort des lèvres quand on parle dans le froid.

Le paysage au loin est embrumé aussi

de la chaleur qui monte avec le matin.

- Je suis à moi toute seule et... - Non !

Non.

T'as envie d'une rencontre.

Raconte.

Je marche à côté de toi dans une forêt, on atteint une clairière.

Je ne sais pas qui tu es.

Tu me regardes.

Je devine que tu m'as deviné.

Tu attends.

Tu t'appuies contre un arbre. Je viens contre toi.

Tu portes une jupe ample.

Je la relève jusqu'à la taille.

Je tiens ta taille entre mes deux mains.

Tu gardes les jambes bien droites,

tu les écartes pour laisser ma main te caresser.

Tu as les yeux fermés.

Tu es sans défense.

Tu me laisses embrasser ta bouche au goût de terre.

Tu es mouillée comme une source.

Maintenant, si tu veux, je vais te prendre,

me perdre complètement en toi. - Oui.

Dis-le.

Je veux que tu restes avec moi.

- Tu m'aimes ? - Oui.

Dis-le.

Je t'aime.

C'est un début.

Qu'est-ce qui va nous arriver ?

On dort.

Ca nous est arrivé.

- De se dire oui ? - Oui.

Ben oui.

Allez... on s'endort.

Ensemble.

Sous-titrage : TELETOTA

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