All language subtitles for Word.Is.Out.(1977R

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Original subtitles

WORD IS OUT Histoires de nos vies (1978)

Ceci est une restauration du film original de 133 minutes.

Des �l�ments ont �t� ajout�s pour la version de 142 minutes.

WORD IS OUT a �t� restaur� � partir de n�gatifs couleurs 16 mm,

un film inversible 35 mm, le master d'origine en 1/4"

et le n�gatif d'origine 35 mm.

Le n�gatif d'origine et le film inversible

ont perdu tr�s t�t de leurs couleurs,

ce qui a �t� corrig� gr�ce � des techniques photochimiques.

La version qui suit a �t� restaur�e num�riquement.

Restauration achev�e par l'UCLA en 2008

As-tu toujours �t� gay ?

Toujours ?

Je ne crois pas.

Peut-�tre, je ne sais pas.

C'est difficile � dire.

Je crois que...

oui, j'�tais gay.

Quand l'as-tu d�couvert ?

Quand j'avais environ...

11 ou 12 ans, peut-�tre 13.

C'est l� que j'ai d�couvert que j'aimais...

les femmes.

Une fille chantait en soprano dans la chorale

et je la trouvais merveilleuse.

Les gar�ons me traitaient de mauviette

car je voulais repartir avec elle et pas avec les gars.

Tous les gar�ons repartaient ensemble, ils avaient entre 7 et 11 ans.

Moi, � 8 ou 9 ans, je voulais repartir avec les filles.

Plus tard, quand ils repartaient avec les filles,

c'est l� que moi, je me suis int�ress� aux gar�ons.

J'aurais tout donn� pour me r�veiller un matin

et ressembler � Marylin Monroe,

parce qu'au lyc�e, c'�tait comme �a que les hommes...

fonctionnaient.

Avais-tu du succ�s aupr�s des gar�ons ?

Oui, mais j'�tais du genre � toujours avoir un petit ami.

C'�tait pour la forme.

Il fallait avoir quelqu'un pour vous accompagner aux bals,

aux f�tes des anciens �l�ves.

Je n'ai jamais flash� sur l'un d'eux,

mais je me disais que c'�tait comme �a !

Il fallait en avoir un.

La question que je posais quand j'ai demand�

si je serais la seule lesbienne noire du film,

c'est : "Savez-vous qu'on est de toutes les couleurs,

"qu'on a tous des vies, des directions diff�rentes,

"et allez-vous filmer �a ?"

Je suis une lesbienne noire, mais je ne veux pas qu'on se dise :

"Les lesbiennes noires sont comme �a."

Je suis "une" lesbienne noire, il y en a des tas,

des lesbiennes noires, qui vivent...

leur vie de mani�re diff�rente.

J'esp�rais que le film puisse montrer autre chose des lesbiennes noires

que seulement moi.

Peux-tu dire quel �ge tu as, quand tu es n�e ?

- Quel �ge quand je suis n�e ? - Non, maintenant.

J'ai 77 ans, je suis n�e en... d�cembre 1898.

Depuis combien de temps es-tu lesbienne ?

Je n'ai jamais compris ce que �a voulait dire,

car en ce qui me concerne, je suis n�e comme �a.

Les radicaux sont n�cessaires et nous, on est n�cessaires.

Je juste veux dire qu'on fait moins de sensationnel.

Qui veut voir Monsieur Tout-le-monde ?

Toutefois, on existe et on est importants !

Quand as-tu agi en fonction de tes envies ?

�tait-ce...

C'�tait plut�t au moment de la pubert�.

Je...

Mince, �a tourne ?

- Je coupe. - Oui.

Si tu ne trouves pas ton chemin

� travers tes soucis, du soir au matin

Dans la vie qui t'a �t� donn�e

Si tes r�ves ne sont pas des r�alit�s

Si les r�ponses semblent trop lointaines

Et que tes convictions sont de plus en plus certaines

C'est le moment de prendre position

D'�couter ton c�ur et ton intuition

�tais-tu l�

Au Jour de l'An, quand j'avais 15 ans

La t�l� hurlait, la pizza cuisait

Je jouais aux cartes avec ma meilleure amie

�tais-tu l�

En �t�, � la montagne, quand j'avais 18 ans

J'ai � peine embrass� ses l�vres de femme

Et je me suis fait peur au point de m'enfuir

WORD IS OUT

Tranches de vies

Conversations avec 26 hommes et femmes gays

Partie 1 : les premi�res ann�es

Avec :

Et :

Je crois que la p�d�rastie, � la fin des ann�es 50...

demandait une r�flexion plus grande que celle qu'on attendait de nous

� la fin des ann�es 50, avec Eisenhower et tout.

Apr�s la Seconde Guerre mondiale, ils ont dit :

"Voici ce qu'on d�fend, rentrez dans les cases."

Puis, ces mecs ont vieilli, les jeunes ont enfil� les treillis...

et �a ne leur demandait pas une grande r�flexion.

�a ne laissait pas de place � la r�flexion,

� la r�flexion issue de frustrations �motionnelles.

On �tait frustr� �motionnellement sans se demander pourquoi.

C'�tait dur d'�tre p�d� � l'�poque

car on r�alisait, bien plus qu'aujourd'hui,

maintenant que 1968 est pass�,

on r�alisait ce que c'�tait d'�tre marginal, diff�rent.

J'ai pass� les ann�es 50 soit � aller � la facult�,

soit � commencer ma carri�re d'enseignante,

sans jamais faire mon coming-out

et en cherchant toujours � cacher que j'�tais lesbienne.

�a voulait dire...

que je devais contenir toute une partie de moi

qui m'�tait vraiment vitale.

� l'�ge de 15 ans, j'ai d�cid� que je ne voulais pas de �a.

Je voulais �tre comme les autres.

Du coup...

je me suis dit que ce que je devais faire,

c'�tait faire comme dans les cours de th��tre.

Je faisais du th��tre au lyc�e, � l'�poque.

J'ai r�alis� que je devais jouer un r�le

de telle sorte que Betsy s'int�resse � moi,

exactement comme Mary s'int�ressait � Bob,

car si Betsy �tait diff�rente avec moi de Mary avec Bob,

les gens remarqueraient que c'�tait bizarre,

que notre relation clochait.

Tu crois que Bob faisait pareil ?

Au niveau du comportement ?

Bob �tait le genre de personne qui croyait que tout �tait acquis.

Bob, tout comme Ed, Pete, Al, et tous les gars de la bande,

tous ces mecs se la jouaient et croyaient que tout �tait acquis.

Je les enviais car pour moi, rien n'�tait acquis.

J'ai appris � la dure.

J'ai choisi de tomber amoureuse d'une femme qui ne m'aimait pas.

La solution a �t� de m'enfuir dans l'arm�e...

et de me rendre � Paris, comme Gertrude Stein.

Je ne me doutais pas que je n'allais jamais voir Paris.

Bref, je suis all�e dans un h�tel � Davenport, Iowa,

o� le sergent recruteur �tait, et elle a �t� adorable.

On aurait dit mon prof de gym, en drag queen.

Elle avait des boucles d'oreille, les cheveux en arri�re,

tr�s d�licatement, mais j'ai su qu'elle �tait gouine.

J'ai demand� ce qu'�tait une lesbienne et tout le monde a rigol�.

"C'est... tu vois...

"une femme qui...

"ou une fille qui...

"qui aime les filles au lieu des gar�ons."

Je crois qu'� cet �ge,

les filles commen�aient � s'int�resser aux gar�ons.

Je me suis dit : "Oh, �a me ressemble bien !"

En fait, �a m'a fait un peu peur,

car c'�tait le mot pour ce que je ressentais,

mais je ne savais pas encore

que c'�tait cens� �tre mal.

Pourquoi tu n'aimais pas les gar�ons ?

Aucune id�e, je pr�f�rais juste les filles !

Jusqu'� l'�ge de 21 ans, je savais qu'il y avait quelque chose,

mais je ne m'�tais jamais dit : "Je suis gay."

Je ne me l'�tais pas dit.

Je savais qu'il y avait quelque chose que je rejetais.

� l'�poque, si on le faisait avec quelqu'un,

on ne se sentait pas gay.

�a se passait juste comme �a.

En ce qui concerne ma famille, on avait des difficult�s � survivre.

Quand on a quitt� l'Angleterre pour le Canada,

on avait des difficult�s et le climat �tait difficile.

On vivait dans des conditions de pauvret�.

On ne se soucie pas de certaines choses

avant d'avoir r�gl� ces probl�mes.

Je me rappelle qu'� l'�ge de 14 ou 15 ans,

je cherchais � coucher avec des hommes de 30 ou 40 ans.

Aujourd'hui, quand j'y pense, je trouve �a marrant.

On consid�re qu'un adulte abuse d'une personne de cet �ge-l�

quand il couche avec lui,

alors qu'en fait, � cet �ge-l�, � 14 ou 15 ans,

c'�tait clairement moi l'agresseur.

Les mecs plus �g�s m'int�ressaient,

mais eux, je ne les int�ressais pas et je ne comprenais pas �a.

On ne m'a expliqu� que lorsque j'�tais plus �g�

que ces gens avaient peur de la loi, qui �tait contraignante.

Elle dit juste que les enfants n'ont pas de relation sexuelle,

pas de vie sexuelle,

et que si c'est le cas, c'est qu'un adulte les force,

ce qui est faux !

J'�tais enceinte quand on s'est mari�s.

Il �tait dans l'arm�e, dans la marine, � l'�poque.

Je l'aimais beaucoup.

C'�tait pour moi le v�ritable prince charmant.

Mais quand on a 17 ans,

tout est charmant, j'imagine.

C'�tait mignon.

Soit il me traitait de nymphomane, soit il disait que j'�tais frigide.

Je ne voyais pas comment �tre les deux.

L'un ou l'autre, d'accord.

Je me moque des insultes.

Mais quand votre homme, apr�s 6 mois,

ne vous embrasse plus pour vous dire bonne nuit,

on peut dire qu'on est frigide.

Bref...

que veux-tu ?

Je veux bien �tre une �pouse sage et une amante torride,

mais qu'on me le dise.

C'�tait un truc de mecs, l'arm�e.

Beaucoup de mes amies se pr�sentaient en travestie.

Comment �a ?

- Habill�es en homme ! - Vraiment ?

Chaussettes �cossaises, costume,

coupe de cheveux d'homme avec des pattes, la totale.

Et on les laissait entrer comme �a !

Merci au psy de l'arm�e, qui disait : "Avez-vous d�j� aim� une femme ?"

On r�pondait : "Bien s�r que non ! C'est quoi, une femme ?

"J'aime juste les hommes et les costumes."

Je travaillais � Taho...

en tant qu'agent de change, m�me si j'�tais un peu jeune.

Andy �tait dans l'arm�e.

Il m'a appel�e depuis San Diego.

Comme j'�tais jeune

et que je vivais dans une atmosph�re o� tout allait tr�s vite,

j'ai pris mes affaires et je suis partie.

Je suis all�e � San Diego, puis au Mexique,

et on s'est mari�s.

C'�tait quelques jours avant mes 18 ans.

On a v�cu ici et tout de suite, mes enfants sont n�s.

Quand j'avais 14 ans,

je sortais avec une fille, � l'�poque,

et son copain d'avant �tait gay.

Il l'avait emmen�e sur la plage gay de Santa Monica, � Los Angeles.

Elle a donc voulu m'emmener l�-bas.

- Alors... - Elle savait ?

Justement, quand on est partis de la plage...

Je ne sais pas...

J'�tais jeune, adolescent,

et une fois l�-bas, j'ai fait la f�te, rencontr� des gens,

on s'amusait et je me suis dit : "Fantastique ! C'est mon truc !"

J'ai donc d�cid� de...

demander � ma m�re ce qu'�tait une homosexuelle.

Mon Dieu...

Sa r�action a �t� tellement violente que �a m'a vraiment fait peur.

Elle a hurl� : "O� as-tu entendu ce mot ?"

Je ressentais le besoin et l'envie d'�tre en compagnie d'hommes,

�a avait aussi quelque chose de sexuel,

et je ne pouvais l'expliquer � personne.

Si j'�tais sorti

avec des filles, �a aurait peut-�tre �t�...

mon p�re aurait appr�ci�, comme mon fr�re avec ses copines.

Le simple fait de fricoter avec des filles,

c'�tait important et mon p�re en parlait.

C'�tait la mode, c'�tait sympa et tout le monde acceptait �a.

Moi, je n'apportais pas �a.

J'avais 9 ans quand on est partis vivre � la ferme,

et c'est l�, en moins d'un an, que j'ai rencontr�

ce jeune homme, Joe, dont je suis tomb� amoureux.

J'avais 10 ans et Joe en avait 12 quand c'est arriv�.

J'ai d�barqu� avec ma valise dans le mess,

quand j'ai entendu une voix dire :

"Bon Dieu, en voil� encore une autre !"

- Et... - Une autre gay ?

- Oui. - Pourquoi ?

Je ne sais pas !

Tu faisais dyke � l'�poque ?

Non, pas du tout. �a n'a jamais vraiment �t� le cas.

� mes d�buts dans l'arm�e, j'ai essay� et c'�tait bizarre.

Pourquoi ?

Je ne suis pas taill�e comme un homme.

Il y avait une pression.

Il fallait avoir l'air butch si on l'�tait.

Bien entendu, on le voulait aussi.

On voulait �tre identifi�e en tant que... dyke.

Mais �a faisait peur

car si on n'�tait pas vraiment comme �a,

on jouait un r�le et on ne pouvait pas...

�tre vraiment soi-m�me.

Les gens se moquaient et nous traitaient de tapette.

Liberace passait � la t�l� et vous savez...

c'�tait l'incarnation de la tapette.

J'ignore ce qu'il faisait � la t�l� dans les ann�es 50 !

Il avait un immense sourire et tout, moi aussi, et je m'en servais.

Je riais de tout, je souriais et j'�tais sympa.

On me surnommait "Liberace".

C'est comme �a que les autres hommes me voyaient.

Je n'ai pas r�alis� que leur attitude de macho

�tait autant conditionn�e que mon attitude de p�d�

jusqu'� l'universit�.

Disons qu'� la grande �poque des ann�es 30,

quand le monde h�t�rosexuel �tait tr�s droit,

tr�s coinc�, tr�s macho, sans aucun sentiment,

quand ce qu'on pr�nait dans les films,

c'�tait l'homme silencieux, l'immuable Gary Cooper,

ou le grand h�t�rosexuel,

celui qui s'ouvre rarement, Clark Gable,

c'est � cette �poque qu'on voyait beaucoup

de folles et de p�dales,

que tous les eff�min�s portaient des foulards de 10 km de long,

des v�tements couleur lavande,

et o� on ne pliait pas que le poignet, mais tout le bras !

Tout le corps !

Je pouvais jouer les machos si je le voulais

et je pouvais plier le poignet aussi.

En cons�quence...

- Tu choisissais ton r�le ? - Oui.

Je faisais plein de choses dans ma vie professionnelle

quand je n'�tais pas encore sortie du placard.

Je m'occupais de sororit�s,

qui avaient beaucoup � voir avec l'entretien

de tous les st�r�otypes sur la f�minit�.

Je m'occupais de r�unions d'anciens �l�ves.

J'ai presque manifest� en faveur de la guerre au Vietnam,

et j'�tais juge � l'�lection de Miss Texas.

Tout ce que je faisais �tait en quelque sorte

une tentative de cacher le fait que j'�tais lesbienne.

Je ne voulais pas que �a se sache.

Je me permettais tr�s peu d'�motions quand j'�tais en soci�t�

et quand l'attention �tait tourn�e vers moi.

C'�tait trop risqu�.

Je suis devenue presque invuln�rable sous bien des aspects

et c'�tait en majeure partie pour me cacher.

J'ai beaucoup pri�.

Je croyais que si j'avais suffisamment la foi...

j'allais arriver � surmonter �a.

Cette maladie, quoi.

Une psychiatre allait r�gler tous mes probl�mes.

J'allais mieux me porter et ma m�re allait...

�tre heureuse.

Tout irait bien.

Mais...

je ne pouvais pas,

je ne savais pas comment faire, parce que...

la psychiatre m'avait donn�...

un r�gime...

� base de salade verte.

De quoi ?

Deux salades vertes par jour.

Avec d'autres l�gumes et autres.

Je ne voyais pas quel �tait le rapport,

mais je me suis dit : "Elle sait ce qu'elle fait."

J'ai donc ob�i.

Je crois que j'avais d�j� eu des exp�riences r�v�latrices

qu'ont les autres enfants, � 6 ou 7 ans.

Je me rappelle avoir fait des choses avec des gar�ons,

de la masturbation mutuelle.

Mais avec Joe, c'�tait diff�rent.

- Imm�diatement ? - Oui.

L'attirance �tait tr�s forte.

Un soir, on est all�s nager dans le lac.

On l'avait d�j� fait, mais cette fois-ci,

on y est all�s sans maillot de bain.

Il faisait nuit, c'�tait sombre,

et alors qu'on nageait dans l'eau...

on est mont�s dans un canot, tous les deux nus,

et j'ai tendu la main pour le toucher,

puis je l'ai embrass� sur l'�paule.

J'ai toujours pens� que mes engagements,

en dehors du fait d'�tre une femme...

�tait envers mon travail, l'�criture, la po�sie.

Je faisais ce qui �tait en moi,

en tant que personne cr�ative.

Il y avait un souci

en rapport avec mon temp�rament, le fait que je sois lesbienne,

avant et m�me apr�s que je prenne conscience

des connotations, et c'�tait la solitude,

le fait de ne conna�tre personne comme moi.

Qui �taient les autres ? O� �taient-elles ?

�tais-tu l�

Sous le clair de lune d'ao�t, pour mes 25 ans

Quand je vivais au centre d'un cercle

Sans avoir la force d'en sortir

Parfois, j'ai besoin de quelqu'un � mes c�t�s

Et parfois, je pr�f�rerais �tre seule

Aujourd'hui, les mots sont nombreux

Demain sera une autre chanson

On n'est pas s�urs.

Tu connais Anne ?

On a fait les pr�sentations.

Tu peux prendre �a pour faire levier.

Ce qu'on fera du film ne t'inqui�te pas ?

Tu vois,

quand quelqu'un a une structure pr�con�ue

dans laquelle il veut te faire rentrer,

ce qui, avec tout mon respect,

est pr�cis�ment ce que tu me demandes de faire...

Tu veux me faire rentrer dans ta structure.

Quand j'�cris un livre ou que tu �cris un livre,

on utilise nos personnages dans la structure qu'on a

pour notre �uvre d'art.

Je comprends donc ton point de vue.

Tu as une structure et tu veux faire rentrer tes personnages dedans.

Mais l�, le personnage ne veut pas �tre manipul�

ou mis dans un contexte qui ne lui correspond pas.

Je suis heureuse d'�tre lesbienne, je me sens �panouie,

car j'utilise ce que la soci�t� caract�rise

comme les �l�ments masculins et f�minins d'un personnage.

Je sens que j'ai un peu des deux.

Je dis qu'il existe une personnalit� de lesbienne

et je crois que je suis n�e avec �a.

Ceci dit...

prenons �a pour acquis et vivons notre vie.

Je faisais attention � ma posture et � ma d�marche.

J'essayais de marcher comme un homme.

Avec un regard sombre.

�a sugg�re un c�t� masculin, le regard sombre.

Ensuite, pour la posture,

on essayait d'avoir un pied comme �a.

Rire, c'est aboyer.

Je vous jure que c'est un vestige d'aboiement.

On fait �a quand la v�rit� nous surprend.

J'ai d�couvert que je pouvais faire �a

car j'avais encore plus de recul qu'eux.

Je voyais encore mieux ce qui se passait.

M�me si je n'en �tais pas conscient, j'avais un autre point de vue.

Dans une famille de paysans, je voulais �tre acteur.

Quelque chose m'a dit que c'�tait ma porte de sortie.

C'�tait pour prendre du recul, pour ne plus m'identifier � eux.

C'�tait pour r�gler mon comportement, ce que je savais d�j� faire.

C'�tait aussi pour d�couvrir ce monde

plein de glamour et de tol�rance.

J'ai �t� propuls�

par toutes les pressions mentales que je ne voyais pas...

Je peux en parler maintenant que j'ai 35 ans.

Quelles pressions j'ai d� subir !

Je n'�tais pas canon, j'avais de l'acn� !

On commence � croire qu'on est peut-�tre malade.

En tout cas, l'�glise nous dit qu'on est

un p�cheur, un blasph�mateur, etc.

Certaines de ces choses que J�sus disait

me parlaient beaucoup et je trouvais �a tr�s vrai.

Tout ce qui est dit sur l'amour est incroyablement important.

Mais...

ce que l'�glise faisait ou a fait de ce message,

c'�tait tellement oppressant pour les femmes et les gays

que vous n'imaginez m�me pas ce que j'ai travers�.

J'allais � un mariage, qui �tait bien s�r h�t�rosexuel,

mais je n'aurais jamais pu faire �a, me marier dans une �glise,

avoir la validation par l'�glise de mon amour et de mon soutien

pour une autre femme.

Quand on est assis dans l'all�e...

et qu'on entend le mari� chanter pour la mari�e,

ou inversement,

ou bien quand ils s'�changent les mots du livre de Ruth,

"Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi",

tout ce qui est dit, comme "Mon peuple sera ton peuple",

c'est vraiment tr�s beau de voir deux personnes se dirent ces mots.

J'avais comme un flash et je me disais que ces mots �taient

ceux d'une femme pour une femme, de Ruth pour Naomi.

Je repensais aux relations qu'il y a dans la Bible,

comme David et Jonathan.

Ce sont de v�ritables relations amoureuses,

mais l'�glise n'a jamais jug� bon de valider ces relations.

Tu as eu 2 enfants ?

J'�tais enceinte de 3 mois du 2e quand il est parti.

C'est assez difficile de devoir s'occuper de 2 enfants

sans aucun moyen, � part en suppliant nos parents,

mais c'est encore pire quand un homme a d�truit

toute l'estime qu'on a de soi-m�me.

Apr�s tout le temps qu'on a pass� � sortir ensemble

et nos 15 ann�es mari�s, quand il m'a quitt�e,

j'�tais convaincue que j'�tais une pauvre femme,

une mauvaise ma�tresse, une pi�tre m�re

et que je n'�tais bonne � rien.

�a a dur� tr�s, tr�s longtemps.

Ma femme et moi �tions revenus vivre � Philadelphie.

J'avais d�cid�,

au bout d'environ un an, apr�s m'�tre �clairci les id�es,

j'avais d�cid� de ce que je devais faire,

car c'�tait ce que je ressentais.

J'avais lutt� avec �a auparavant.

Le fait de lutter, c'�tait � en devenir fou.

Elle savait ce que tu faisais � l'�poque ?

Je ne sais pas et j'ignore si elle le sait aujourd'hui.

Quand j'ai quitt� mon mari, j'ai tout simplement...

On s'�tait disput�s assez violemment, pas besoin d'en dire plus.

C'�tait un dimanche soir.

Il est revenu � la maison apr�s avoir d�cuv� un peu.

Il buvait un caf� quand je suis arriv�e et j'ai dit :

"Demain, quand tu partiras bosser, je m'en irai pour ne jamais revenir."

C'est ce que j'ai fait.

Je suis partie avec les enfants et la moiti� de nos v�tements.

C'est tout ce que j'ai pris et je suis partie.

Je n'ai rien contre lui !

C'est un mec sympa.

Notre mariage ne rimait � rien, 10 ans et 4 enfants plus tard.

- Tu aimes �tre m�re ? - Absolument.

Je ne changerais rien, franchement.

J'�tais immature quand je les ai eus, et je les ai eus vite !

Ils ont tous 13 mois d'�cart, j'ai fait vite.

Si c'�tait � refaire, j'attendrais un peu pour commencer.

Mais si j'avais attendu, je n'aurais peut-�tre jamais fait �a,

et je suis heureuse d'en �tre l�.

Vous �tes rest�s longtemps ensemble ?

- 10 ans. - Mon Dieu...

�a a toujours �t� un secret ?

Oui.

� 17 ans, il a �pous� une jeune femme

qui vivait entre nos deux domiciles.

Revenons en arri�re.

Elle est entr�e dans sa vie quand j'avais 15 ou 16 ans.

Ils sont sortis ensemble et le soir,

j'attendais sur la colline qu'il la ram�ne chez elle,

puis il me rejoignait, on allait dans la grange,

et on couchait ensemble tous les jours ces ann�es-l�.

Durant mes 4 ans de service militaire, j'avais sa photo avec moi,

dans mon casier, l� o� les autres avaient leur copine.

Je disais que c'�tait mon ami et �a ne se faisait pas � l'�poque.

J'hallucine quand j'y repense.

Ce n'�tait pas de mauvaises ann�es.

J'�tais en compagnie d'hommes.

J'avais choisi �a en m'engageant dans la marine

et en �tant ing�nieur.

J'�tais en compagnie d'hommes

et je vivais une belle relation avec la femme que j'avais �pous�e.

Mais plus tard, quand j'ai atteint la quarantaine,

j'�tais d�sesp�r� car tout �a �tait contre nature

et je l'avais toujours su.

C'est � ce moment-l�

que j'ai d�cid� de changer de voie et d'�couter ma vraie nature.

�a faisait un an que j'avais fait mon coming-out

et je n'avais trouv� encore personne.

Du coup, quand Harry a propos�, comme il l'a dit,

"d'avancer ensemble main dans la main",

de devenir une paire, �a a �t� formidable.

On est plus proches qu'on ne l'a jamais �t�.

� l'�poque, comme aujourd'hui, on connaissait peu les vieux gays.

On s'est dit :

"On approche de la cinquantaine, comment est-on cens�s faire ?"

Il a dit : "On verra bien et on en profitera."

On a d�couvert, � notre plus grand plaisir,

qu'on n'avait jamais connu une extase et une passion

aussi profondes que celles qu'on ressentait.

Voil� ce qu'on a v�cu.

Durant une p�riode, je me disais

que je devais peut-�tre essayer d'�tre une femme h�t�rosexuelle.

Je me disais � l'�poque que �a pouvait �tre...

que c'�tait une question de sexe.

J'ai donc d�lib�r�ment...

eu une ou deux liaisons avec des hommes proches de moi,

que j'appr�ciais et qui �taient tr�s bien.

Tout ceci s'est av�r� �tre une bonne exp�rience,

mais �a n'arrivait pas � la cheville de mes relations avec des femmes.

Ce n'�tait pas aussi profond

que ce que j'avais ressenti avec d'autres femmes.

J'en suis sortie en me disant que j'�tais vraiment comme �a

et que j'allais devoir l'assumer.

J'allais aux toilettes me parfumer en cachette,

car on n'avait le droit de ne mettre que du "Old Spice".

On devait aussi porter des slips pour homme.

�a ne m'allait jamais.

J'�tais tout le temps en train de les r�ajuster !

Quelle id�e de porter �a !

L'arm�e �tait au courant de tout ?

Oui, puis � un moment, ils ont pris des mesures.

Pourquoi ont-ils fait �a ?

Eh bien, certains officiers gays ont eu peur.

Tu sais, ma m�re... me regardait bizarrement.

C'�tait comme si soudain, un mur �tait tomb� entre nous.

J'�tais � pr�sent...

en quelque sorte...

une b�te de foire qui n'aurait pas d� voir le jour.

J'avais entendu parler du Village, � l'�poque.

Pas grand-chose, mais juste que dans le Village,

c'�tait l� que se trouvaient les homosexuels.

Je suis donc partie, j'ai pris un train,

et je me suis rendue au Village,

d�termin�e � trouver d'autres homosexuels,

� apprendre...

� vivre comme eux,

car je ne voyais pas d'autre choix.

Quelqu'un a d�couvert votre secret en 10 ans ?

Non, pas jusqu'� apr�s mon mariage...

quand j'ai fait une sorte de d�pression nerveuse.

Ma vie �tait difficile � l'�poque.

On ne peut se convaincre qu'un temps que ce qu'on fait est enrichissant.

Si on n'a jamais eu de bonnes relations sexuelles,

cette p�riode peut durer plus longtemps,

voire ind�finiment,

mais comme j'avais connu �a avec un homme,

je savais ce que c'�tait

et que ce que j'avais �tait tr�s diff�rent.

�a avait une dur�e de vie limit�e,

par rapport au temps durant lequel mon d�sir d'�tre un bon mari

allait �tre plus fort que l'�panouissement sexuel.

Quand on entrait dans l'arm�e, on passait des entretiens,

et la plupart des femmes s'habillaient en homme !

On �tait entr�es et l�, ils voulaient nous virer.

Personne ne comprenait,

car beaucoup des officiers �taient gays.

C'�tait assez ouvert.

La chasse aux sorci�res a commenc� � Tokyo.

C'�tait incroyable.

Ils ont renvoy� 500 femmes pour cause d'indignit�.

Toutes les femmes que je connaissais dans l'arm�e

ont �t� renvoy�es pour indignit�... � l'�poque.

Ma femme, � l'�poque, a appel� la femme de Joe

pour lui dire que si elle me voulait...

que si Joe me voulait, il n'avait qu'� venir me chercher.

Je crois que c'est lorsque mon beau-p�re l'a appris

que j'ai �t� envoy� en h�pital psychiatrique.

C'est parce qu'ils n'arrivaient pas � accepter que j'�tais gay.

Ils voulaient qu'un m�decin me soigne.

La premi�re fois que je l'ai vu, je me rappelle ses mots :

"On pourrait vous castrer, mais essayons d'abord un traitement."

J'�tais plut�t contente qu'on me retrouve,

car je savais � ce moment-l� que je n'aurais...

jamais pu survivre comme �a.

- Ton p�re t'a retrouv�e au Village ? - Oui.

Et ensuite ?

Je me suis enfuie � l'asile de King, � Brooklyn...

C'est comme l'h�pital de Bellevue, mais � Brooklyn.

� la fin de mes 30 jours, ils m'ont renvoy�e chez moi.

C'�tait assez �trange, car rien n'�tait r�gl�...

d'un c�t� ou de l'autre.

J'�tais dans les limbes !

Tous les jours, c'�tait la cour martial.

On t�moignait contre nos amies et vice versa.

Oui, elles nous avaient vue nue avec une femme

ou danser trop proche d'une femme, ce genre de choses.

On n'osait plus regarder quiconque dans les yeux.

On avait peur de tout.

J'ai pris un bus pour San Francisco avec 30 $ en poche.

Je ne connaissais personne en ville.

J'ai parcouru la ville, j'ai crois� un policier et j'ai dit :

"O� trouver un bar gay ?"

Et le policier m'a parl� d'un bar qui s'appelait le Black Cat.

�a devait �tre en 1952 ou 1953.

J'ai d�couvert qu'ils faisaient des op�ras,

des op�ras satiriques et comiques, les dimanches.

J'y allais le dimanche et j'ai rencontr� un comique,

un d�nomm� Jos�.

Ce comique portait souvent de dr�les de chapeaux de femme,

il jouait souvent l'op�ra de Carmen.

Je me rappelle qu'il faisait �a.

Il portait toujours des tenues folles.

Le mieux, c'est qu'il faisait �a...

tr�s volontairement, avec un esprit d'unit�.

Il devait y avoir 200 personnes, le bar �tait bond�,

et tout le monde applaudissait sa satire de la lib�ration gay.

C'�tait le d�but de cette lib�ration.

J'ai fait des allers-retours � l'asile de King

car ma m�re me renvoyait l�-bas.

J'ai quitt� l'asile de King pour un h�pital public,

et �a a �t� une tout autre histoire.

J'y suis all�e de mon plein gr�, parce que...

je me suis dit : "Bon, OK...

"Comme �a, je recevrai des soins intensifs."

Bien entendu...

en y repensant, je trouve �a tr�s dr�le,

car durant tout ce temps l�-bas,

j'ai d� voir un docteur peut-�tre 2 ou 3 fois.

Sur combien d'ann�es ?

4 ans.

L�-bas, � cette �ge, na�ve comme j'�tais,

�a a �t� tr�s dur.

Je me suis retrouv� � l'h�pital, � recevoir des �lectrochocs.

C'�tait une exp�rience effrayante.

C'est peu de le dire, c'�tait m�me terrifiant.

On attendait environ une heure que ce soit notre tour.

Dans la terreur, pendant que l'heure tournait,

quelqu'un venait nous appeler.

On savait que notre tour allait venir,

mais on esp�rait contre tout espoir que �a viendrait plus tard,

que quelqu'un d'autre allait passer avant nous dans cette pi�ce.

On se rendait dans un petit box,

et sur un brancard, un lit, on s'allongeait.

Une infirmi�re en tenue blanche venait nous faire une injection,

et en m�me temps qu'elle faisait l'injection,

on apportait une petite machine depuis un autre endroit,

o� on l'avait utilis�e sur quelqu'un d'autre.

La derni�re chose dont on se souvenait,

c'�tait qu'on perdait tout contr�le jusqu'� perdre conscience.

On pensait toujours � ce petit box

et � ce qu'on allait nous faire quand on serait KO.

Combien de fois on t'a fait �a ?

Je ne sais pas.

Entre 10 et 50 fois.

Probablement 25 fois, mais je n'en suis pas certain.

Avec cette chose-l�, soit on s'adaptait...

soit on devenait fou.

C'�tait une exp�rience horrible.

J'ai vu des choses l�-dedans,

des choses que des gens qui n'ont pas v�cu �a...

En h�pital public, � cette �poque, dans les ann�es 50,

on ne voulait pas croire que de telles choses

se passaient dans ce pays, mais c'�tait pourtant vrai.

C'�tait digne d'un film d'horreur.

J'aimerais croire que �a ne se fait plus.

Tu as re�u des �lectrochocs ?

Moi, je n'ai pas re�u d'�lectrochocs, Dieu merci,

mais on nous mena�ait tout le temps de �a,

pour nous discipliner.

Ces choses �taient une sanction.

Quand on sortait de l�, on �tait charg� � bloc,

pr�t � exploser,

car on �tait plein de col�re et plein de haine,

ce qui est � mes yeux, aujourd'hui,

le plus effrayant dans tout �a :

ressentir une telle haine, c'est vraiment dangereux.

C'est dangereux pour soi-m�me et pour les autres.

- Tu es sortie � 18 ans ? - Oui.

Notre soci�t� a des principes,

mais bon Dieu, on s'est fait tabasser,

renverser par les flics, pers�cuter par la police...

tellement de fois, sans aucun recours possible.

On �tait oblig�s de faire avec ces conneries.

La police nous traitait de tous les noms.

On nous sortait des bars sans aucune raison,

alors qu'on buvait juste une bi�re.

Je suis s�re que tout �a...

C'est cruel !

Je trouve incroyable que tu aies d� vivre avec �a,

au jour le jour, que tu aies d� l'accepter.

Pas le choix, que faire d'autre ?

Mais �a a forc�ment d� laisser des traces !

Oui.

Je ne sais pas...

�a a laiss� des traces horribles.

Je n'ai jamais eu l'impression que franchement...

je valais grand-chose.

Il fallait que je me cr�e un petit jardin secret dans ma vie,

de quelque mani�re que ce soit, sans l'aide de personne...

sauf peut-�tre de mes chiens.

Et peut-�tre d'une ou deux tr�s bonnes amiti�s.

C'est � peu pr�s tout.

C'est l� que j'ai commenc� � prendre conscience

que j'�tais non seulement une personne gay,

mais que je devais sortir de cette personne

et devenir plus largement conscient des autres gays et de leurs droits.

Jos� disait : "Unissons-nous.

"Il faut bien r�aliser que la police des m�urs existe."

� l'�poque, la police des m�urs, dans les ann�es 50,

garait leur voiture de police devant les bars gays.

Il n'y en avait que 2 ou 3 en ville.

Ils relevaient les noms des gens qui entraient.

Ils entraient et se tenaient l�, Ils intimidaient les gens.

Ils leur faisaient comprendre que c'�tait des �tres inf�rieurs.

C'�tait une p�riode effrayante.

Bref...

Ceci me touche beaucoup car...

� cette �poque, on ne pouvait �tre libre nulle part.

On voyait bien qu'on n'�tait pas libre,

sauf dans les bars gays, mais une fois dans la rue,

on devait �tre M. H�t�ro ou Mlle H�t�ro.

� cette �poque, c'�tait un bar pour hommes.

Il n'y avait pas de femmes dans ce bar, de m�moire.

Jos� s'engageait politiquement pour les droits des homosexuels

et � la fin de chaque concert,

il demandait � tout le monde de se lever.

Alors...

on se mettait tous bras dessus, bras dessous, et...

on chantait ceci :

"Que Dieu b�nisse les folles !"

�a...

Je suis tr�s �mu de parler de �a, et je sais que �a para�t b�te,

mais � cette �poque, avec l'oppression qu'on subissait

de la part de la police et de la soci�t�,

sans nulle part o� aller,

pouvoir prendre dans ses bras...

un autre homme gay

et pouvoir se lever en disant : "Que Dieu b�nisse les folles",

ce n'�tait pas pour dire : "Que Dieu b�nisse les folles",

mais pour dire : "On a des droits, nous aussi."

- O� attacher la corde ? - Juste au-dessus.

On pourrait l'attacher � cette branche aussi.

Je vois.

Sinon, on peut utiliser ta sangle. �a serait m�me mieux.

- Je ne sais pas, mais bon... - �a ne risque rien.

- Ce serait d�j�... - Pendant que je...

Au fur et � mesure, on pourrait la resserrer.

Si l'arbre est mort, les branches cassent facilement,

surtout quand il penche comme �a.

Vu la taille qu'il fait, il toucherait le chalet � coup s�r.

Voyons voir avec �a...

OK, resserre encore.

Il ne faut pas qu'il m'�chappe � la fin.

Tu as tout bien serr�.

La seule chose qui pourrait l�cher, c'est la corde.

La branche, non, mais la corde, oui.

Il est tout mou � l'int�rieur, il va l�cher.

Voil� !

Un coup de ma�tre !

Juste au bon endroit !

Je le savais !

Tu as vu comme c'est pass� pr�s ?

Il aurait emporter tout le putain de toit.

San Francisco n'�tait pas gay � l'�poque.

Si, surtout juste apr�s la guerre. C'�tait de la folie.

Il y avait 5 bars gays sur Broadway, ainsi que des dancings.

On allait de bar en bar.

Les soldats attendaient dehors pour nous casser la figure...

furieux de ne pas pouvoir danser avec les filles, qui �taient gays.

Comment leur dire �a ?

"Va-t'en, je suis lesbienne. Je suis homo, d�gage."

On vivait toutes sur Bush Street, dans une maison � deux �tages.

C'�tait un endroit g�nial

car on sortait dans les bars tous les soirs,

et personne ne voulait travailler, de peur de rater quelque chose.

Mais il fallait travailler

pour d�penser de l'argent dans les bars.

On travaillait donc � temps partiel.

Je me souviens de...

mon Dieu, la fabrique Blum de g�teaux.

On portait un bandana sur la t�te

pour qu'ils ne voient pas nos cheveux courts.

On �tait trois, je crois.

Il y avait Nancy, une toute petite gouine,

qui portait des v�tements sur mesure : un pantalon � pinces riquiqui,

des bretelles infinit�simales avec ses initiales en dor� dessus,

et m�me un costume riquiqui !

- C'�tait une naine ? - Oui.

Elle mesurait � peine 1,50 m, tout au plus.

De plus, elle avait les cheveux blonds et courts.

Elle roulait des m�caniques, mais c'�tait du chiqu�.

Un comportement tel que le mien

quand je me sens � l'aise et courageux

peut �tre interpr�t� par quelqu'un d'insensible

comme �tant...

l'arch�type du p�d�, vous savez.

Quand j'�tais au guichet pour la pi�ce Vol au-dessus d'un nid de coucou,

j'ai rencontr� les gens qui la r�alisaient.

Je me remettais en selle, je reprenais le m�tier d'acteur.

Je vendais des billets sans vouloir voir la pi�ce

car je croyais que c'�tait un m�lodrame un peu maladroit.

En fait, c'est probablement le cas.

Bref, j'ai pass� l'audition � froid.

On arrive, ils sont en face, je prends le sc�nario...

Je savais � ce moment-l� que �a parlait d'un p�d� tourment�.

Je n'aime pas dire �a car il y a plein de p�d�s tourment�s.

C'est un peu comme porter un jugement et on dirait que...

On dirait que �a a quelque chose de n�gatif.

�tais-tu tourment� ?

Il n'y a pas de mal � �tre un p�d� tourment�,

mais ce n'est pas bien de se moquer de cette situation,

sans faire comprendre � ces gens...

Ils ont cr�� cet univers, ils vous ont laiss� y p�n�trer,

et de temps en temps, il faut leur dire que vous savez...

ce qu'ils savent que vous savez, vous voyez ?

J'ai essay� de suivre leurs r�gles.

Je me suis mari�, j'ai eu des enfants.

J'ai essay� par traitement de refouler les hommes.

Mais ce n'�tait pas moi.

Je croyais qu'il existait un homme, le bon, que je n'avais pas rencontr�.

Je suis parti � sa recherche en Californie

et j'ai eu la chance, un an plus tard, 12 mois,

de le trouver en la personne de David,

que j'aime et avec qui je vis depuis 16 ans.

Je savais que dans la pi�ce se trouvait un jeune homme int�ressant

et que j'avais envie de le rencontrer.

C'�tait un lieu dansant, on �tait chez quelqu'un.

Je suis all� lui demander s'il voulait danser

et il m'a dit qu'il ne dansait pas.

�a m'a un peu surpris, je suis retourn� m'asseoir,

en me demandant comment faire sa connaissance.

J'ai grandi en pensant qu'un jour, je rencontrerais quelqu'un,

que je tomberais amoureux de cette personne,

que je me marierais et que je me poserais.

J'ai tout de suite su,

en rencontrant Rick, que c'�tait ce qui se passait.

Je me rappelle qu'en grandissant, �tant enfant

J'avais un amoureux

Comme les gar�ons font souvent

On �tait coll�s l'un � l'autre tout le temps

J'�tais un peu plus �g�

Mais on avait tous les deux 10 ans

Je me demande s'il m'aime maintenant

Comme on s'aimait dans le temps

Ne vois-tu pas qu'il est fait pour moi

C'est quelqu'un de bien, de vraiment tr�s bien

Ne vois-tu pas qu'il est fait pour moi

C'est quelqu'un de bien

C'est quelqu'un de bien

Partie 2 : l'�ge adulte

Avec :

Et :

J'avais une poup�e Ken sur ma veste.

Il portait un tutu en satin blanc et bleu,

avec un d�calcomanie Superman sur le torse,

par-dessus le tutu.

Quatre gar�ons sont mont�s � bord du bus.

J'ai cru qu'ils allaient me faire une remarque.

La poup�e avait un badge disant : "Faites l'amour, par la guerre".

Ils sont arriv�s, ils m'ont regard�, ils se sont bouscul�s,

puis l'un d'eux m'a dit :

"O� tu as trouv� cette poup�e ? Pourquoi il porte un tutu ?"

J'ai dit : "On va au cours de danse, il danse avec moi."

Il a dit : "O� tu l'as trouv� ? J'en veux un aussi."

J'�tais tr�s surpris, tout le monde nous regardait.

J'ai dit : "Eh bien, il faut aller au magasin de jouets,

"mais ces magasins sont sexistes.

"Il faut acheter un Ken et prendre un tutu de Barbie,

"mais ne t'inqui�te pas, ils font la m�me taille."

Je ne sais pas o�...

D'une part, j'ai vraiment �t� programm�e

pour �tre h�t�rosexuelle, mais pas plus que...

n'importe quel autre gosse.

D'autre part,

quand j'ai commenc� � penser que j'�tais lesbienne,

je n'en avais qu'une vision tr�s sordide...

tr�s vulgaire, celle d'une vie navrante.

Je ne sais pas d'o� je sortais �a,

car je n'avais pas lu de livres

ou entendu quoi que ce soit de concret.

Personne ne m'avait parl� de �a.

�a s'�tait insinu� dans ma t�te, je ne vois pas d'autre explication.

Jusqu'� r�cemment, quand on �tait homosexuel,

on r�alisait qu'on �tait trois choses.

Pour un m�decin, on �tait malade.

Pour un avocat, on �tait un criminel.

Et pour un pasteur, on �tait mauvais.

Tout ceci �tait assez contradictoire, car le pasteur...

sous-entendait qu'on avait choisi notre situation de notre plein gr�,

mais le m�decin sous-entendait qu'on avait attrap� �a.

Je pensais que j'�tais probablement gay.

En m�me temps, je ne connaissais personne de gay.

J'ai donc jou� le r�le d'un h�t�rosexuel.

J'avais une petite amie aux yeux de tout le monde.

Je ne rentrais pas dans le st�r�otype du poignet pli�.

J'ignore comment il faut le plier.

Me faire traiter de folle, je n'aimais pas �a,

car je savais que c'�tait f�minin et je n'�tais pas une fille.

Ils remettaient en question mon sexe.

� cette �poque, la situation des gays �tait dure.

Ma m�re voulait que je me batte, mais pas moi.

J'ai encore une r�action tr�s n�gative quand je repense

au fait qu'elle veuille que je me batte,

parce que je crois qu'elle voulait non pas m'apprendre � me battre,

mais � �tre un homme.

J'�tais une vraie arriviste au lyc�e.

Je faisais tout :

j'�tais pom-pom girl, je travaillais pour la gazette,

j'�tais pr�sidente du club des meilleurs �l�ves,

j'�tais tr�sori�re et pr�sidente du bureau des �tudiants.

Je n'avais que des notes excellentes.

J'�tais la fille am�ricaine de r�ve.

- �tais-tu heureuse ? - Non, pas du tout.

- Ah bon ? - C'�tait affreux.

Je me dois de faire �a

pour les gens bizarres du monde entier,

de repr�senter intelligemment les gens bizarres.

Vous voyez ?

Parce que plein de gens...

se sentent mal � l'aise en notre pr�sence

ou n'arrivent m�me pas � nous supporter.

On ne leur demande pas de nous aimer,

mais il serait plus facile d'�tre bizarre ouvertement

et de se frotter occasionnellement aux r�ticences de l'ordre �tabli,

au lieu de vivre un enfer et d'�tre bizarre en secret,

comme on l'est tous.

�a fait vraiment peur de vivre dans l'isolement.

Isol� des autres.

C'est ce que je craignais le plus : ne pas faire partie d'un groupe.

Pourquoi ?

Eh bien, quand on est gosse,

on voit John Wayne, on voit Steve McQueen,

et si on est un gamin aux yeux brid�s,

un petit Chinois,

et si on est un peu eff�min�...

�a vous fend vraiment le c�ur.

Quand on �tait des petits gar�ons, il n'�tait pas question de territoire,

de ce bazar qui arrive avec la pubert�,

de cet isolement que les mecs doivent s'imposer entre eux.

�a n'existait pas � cet �ge et je me rappelle

que j'avais un sentiment sublime apr�s la bagarre avec des copains.

On s'allongeait ensemble, on se faisait des papouilles,

on se frottait mutuellement l'entrejambe.

� cet �ge, �a se passait comme �a, c'�tait juste sexuel.

On ne...

r�fl�chissait pas, ce n'�tait pas encore stigmatis�.

Je crois que je...

je n'ai jamais eu la permission que ce soit m�me d'y penser,

la permission de la soci�t�, mais aussi de moi-m�me.

J'ai grandi dans une petite ville de Virginie-Occidentale,

� la campagne, sans conna�tre de gays,

jusqu'� ce que j'aille en lyc�e professionnel.

Je n'avais rien v�cu pouvant d�finir mes sentiments.

Je n'avais jamais consid�r� cette alternative.

J'ai toujours senti que j'�tais coinc� dans mon corps,

avant l'�ge adulte,

que j'�tais une fille coinc�e dans un corps de gar�on.

- Tu le penses encore ? - Non.

Pourquoi tu pensais �a ?

J'avais le choix entre deux r�les.

J'ai grandi dans le Sud, mais c'est pareil partout.

J'avais le choix entre le r�le masculin,

auquel je ne m'identifiais pas,

et l'autre r�le, dont les gens allaient se moquer,

�tait le r�le f�minin.

Je crois que lorsqu'un enfant vient au monde,

cet enfant est un �tre humain et des �tudes sexuelles montrent

que cet enfant pourrait �tre un humain bisexuel,

qu'il r�pond au contact d'un homme ou d'une femme,

de mani�re �gale,

que cet enfant peut recevoir de l'amour et de l'affection.

Pourtant, d�s l'instant o� cet enfant est n�

et que le sexe de l'enfant est d�couvert,

c'est l� qu'on fait de ce b�b� une demi-personne.

Toutes les institutions de cette soci�t�

se mettent en branle afin que, premi�rement,

les enfants filles soient �lev�es pour devenir

des �pouses, des m�res, intuitives, �motives et tout.

D'autre part, les gar�ons deviendront forts,

agressifs et intellectuels.

Ces deux facettes ne se m�langeront jamais,

sauf dans le miracle du mariage h�t�rosexuel

pour former une personne enti�re.

Les statistiques de divorce montrent que c'est un mythe.

Je pensais que ce n'�tait pas vraiment moi,

m�me si j'aimais faire ce que je faisais.

J'aimais �tre un mari,

un p�re, mais quelque chose clochait.

J'�tais d�sesp�r�.

Je suis all� voir un psy � Boston.

C'�tait la premi�re fois que j'en voyais un.

Il m'a pos� plein de questions sur des tas de choses,

comme mes fantasmes.

Quand il me demandait �a, je paniquais,

mais soudain, j'ai eu comme un flash.

J'ai r�alis� que j'�tais gay,

que j'�tais vraiment plus attir� par les hommes que par les femmes.

On s'est tous les deux mari�s car il semblait que...

D'apr�s ce qu'on avait compris,

on avait �t� mis sur cette terre pour �a :

pour se marier, fonder une famille, etc.

En fait, on a simplement suivi les r�gles.

Il a trouv� un bon m�tier.

Moi, j'�tais prof de fran�ais et responsable du d�partement.

On a avanc� dans notre carri�re, on a eu des enfants,

on a achet� une maison, on a rendu nos parents fiers,

les grands-parents.

Nos enfants allaient �tre plus instruits.

Ils allaient avoir plus d'opportunit�s,

que ce soit dans l'�quipe de baseball ou chez les scouts.

C'�tait vraiment le clich� du r�ve am�ricain !

Que s'est-il pass� ?

Que s'est-il pass� ? Eh bien...

j'ai d�couvert... mon mari m'a dit qu'il �tait gay.

Je crois que pour la premi�re fois, alors que j'avais 28 ans,

j'ai senti qu'il �tait temps de vivre une vie d'adulte.

On ne sort pas beaucoup, dans les bars ou autres.

On... reste ici.

Rosa �tudie et moi, je lis, je vais marcher, je joue au ballon.

Je vais parfois p�cher.

Je joue avec la chienne, je l'emm�ne au parc, ma Louisa.

J'ai une autre chienne, Goldie.

Je l'emm�ne aussi, � la rivi�re.

Parfois, je vais faire du cheval

ou cueillir des pommes avec ma cousine.

Je l'aide � cueillir des pommes.

Ils ont un immense verger.

- Dans le coin ? - Oui.

Ils ont de ces pommes...

Je peux passer la journ�e � cueillir des pommes.

Voil� ce que je fais.

Bient�t, comme je l'ai dit, je vais faire quelque chose.

Je vais apprendre la plomberie, la r�frig�ration ou autre.

Vraiment ?

Tu pourras installer l'eau potable ici.

Tout.

Rosa est devenue �lectricienne.

Je pourrais moi aussi gagner ma vie.

�a me plairait.

Un soir, je suis all�e me pr�senter.

J'ai expliqu� qu'une dame m'avait dit qu'elle cherchait une baby-sitter.

On a discut�, puis les gosses sont venus chez moi.

Je les ai pr�sent�s � mes enfants pour qu'ils s'entendent

et je les ai gard�s.

Elle m'a tout de suite plu car elle est tr�s belle.

C'�tait au Jour de l'An, l'ann�e o� on s'est connues.

Elle avait organis� une f�te.

J'embrassais tout le monde, je suis all�e � la cuisine,

o� elle �tait en train de ranger la vaisselle ou le cendrier,

et je l'ai embrass�e en disant : "Bonne ann�e, tr�sor !"

J'en suis morte. Sinc�rement, j'en suis morte !

Quand elle a fini par me dire ce qu'elle ressentait,

je lui ai d'abord dit qu'elle �tait malade.

Je ne comprenais pas et je lui ai dit :

"Tu te trompes.

"Tu es seule et tu as besoin de quelqu'un,

"quelqu'un � aimer et qui prendra soin de toi,

"quelqu'un � qui parler et avec qui �tre.

"Tu prends �a pour de l'amour."

Pam et moi, on est ensemble depuis 7 ans.

�a fera 7 ans en mars.

- On ne va pas recommencer... - D'accord.

On a f�t� 8 fois P�ques, mais �a fait 7 ans.

Au d�but, je ressemblais vraiment � un homme.

Je me coupais les cheveux afin d'avoir des pattes.

J'adoptais une attitude arrogante, comme un m�le.

Comme celle de mon mari avec moi.

La personne qui m'a le plus influenc�e

dans mes premi�res relations gays, en dehors de Pam,

c'�tait une butch pure et dure.

Cette femme ressemblait � un mec tout le temps.

Je l'adorais et c'�tait mon amie.

J'ai adopt� le m�me st�r�otype qu'elle.

- On ne savait pas comment faire. - Absolument.

On savait juste qu'on �tait diff�rentes

et qu'on devait se d�brouiller.

Nos v�tements sont superficiels car on na�t tous nus

et ce qu'on porte, nous tous, c'est pour se travestir.

Se travestir, porter des v�tements,

c'est pour que les gens r�agissent,

ou pour que nous, on r�agisse,

par rapport � comment on se voit.

Quand on sort, les gens nous voient

d'une certaine mani�re selon comment on est habill�.

La plupart des hommes portent

des v�tements tr�s mornes,

qui sont tr�s utilitaires.

�a donne l'air de faire quelque chose d'important.

Il y a plein de termes.

La f�minit�, pour moi, �a sous-entend la passivit�.

�a donne une vraie id�e de...

la place qu'un homme veut donner � une femme,

l'image de la femme pour l'homme.

Mes premi�res envies de me travestir, comme beaucoup de gar�ons,

tournaient autour de ce r�le f�minin passif,

soit parce que notre m�re �tait...

Je suis s�r que c'est pareil pour les filles.

En tout cas, la soci�t� pousse les femmes dans ce sens avec la t�l�,

o� les femmes sont sans d�fense, attendant d'�tre sauv�es par un homme.

Ma m�re a toujours �t� tr�s forte.

Mon identification par rapport aux femmes est venue

d'une femme forte,

ce qui est diff�rent.

Vouloir porter des v�tements de femme,

�a dit quelque chose de spirituel � mon �gard.

C'est mon sentiment : celui d'�tre femme et homme � la fois.

Certaines �taient butchs, comme Nancy, et d'autres fems, comme moi.

Tout le monde avait un r�le.

Les butchs faisaient les t�ches difficiles.

Par exemple, quand on lavait les draps,

il n'y avait pas de laverie.

Je lavais donc les draps dans notre unique salle de bains,

on mettait une planche sur la baignoire,

puis on les rin�ait comme �a.

C'�tait le boulot des fems.

Ensuite, les butchs venaient les essorer.

La petite Nancy essorait les draps et les butchs les �tendaient.

Ces relations ont dur� 20 ou 30 ans avec ce jeu de r�les.

On savait toutes ce qu'on avait � faire.

Aujourd'hui, on se dit :

"Je ne suis ni butch ni fem, je suis moi."

Mais qui suis-je, bon sang ?

Que dois-je faire ? Comment dois-je me conduire ?

Au moins, dans ce jeu de r�les, on connaissait les r�gles.

On connaissait nos parents, on savait comment ils avaient fait

et quelle �tait leur vie.

On prenait une maison...

- Sans r�gles, c'est plus dur ? - Oui, je trouve.

J'ai d� devenir plein de personnes diff�rentes.

Si j'�tais avec des hommes, j'�tais telle personne.

Si j'�tais avec de bonnes amies, j'�tais une autre personne.

Parle-moi un peu de �a.

Avec les hommes,

je ne me permettais pas de dire grand-chose,

d'�tre trop intellectuelle, car �a les perturbait vraiment.

Chez moi, je n'ai jamais �t� tr�s enclin � faire du sport.

Ensuite, � l'�cole catholique,

j'ai d�couvert que je pouvais courir, lutter, jouer au football.

Je me suis dit : "Tiens, je suis un athl�te !"

J'avais toujours fait le lien entre athl�te, macho et m�le.

Je commen�ais � faire le lien entre moi et mon statut d'homme,

j'en �tais tr�s fier.

J'�tais fier de moi en tant qu'homme...

- Et tu as pu faire �a sans... - Sans me battre !

J'avais des m�dailles � rapporter � la maison.

�a s'est ajout� au reste et je me suis senti mieux.

Je ne rentrais toujours pas dans les cases,

d'apr�s ma m�re, car j'�tais encore assez r�serv�,

mais d'un point de vue athl�tique, je pouvais tout faire.

Personne ne pouvait dire que je n'�tais pas un homme.

Personne ne pouvait dire �a car j'�tais un sportif.

Je crois qu'on avait 13 ans.

Des gar�ons s'embrassaient quand deux filles ont dit

qu'elles s'�taient embrass�es.

Je me suis donc approch� d'un gar�on et j'ai commenc�...

On a mis des slows et tr�s vite, tous les gar�ons dansaient ensemble.

On �coutait des slows, du rock des ann�es 50,

et toutes les filles �taient sur le canap�

� se rouler des pelles.

Moi, j'adorais �a !

J'imagine la t�te des parents s'ils �taient entr�s

et avaient vu cette soir�e homo !

J'�tais tr�s ami avec une fille, jusqu'� ce moment-l�,

qui �tait tr�s belle, quand j'y repense,

mais qui en mati�re de...

Quand on parlait entre mecs, elle n'�tait pas vue comme un canon.

Je crois que j'ai commenc� � me dire

que comme j'�tais tr�s ami avec elle,

�a sortait du domaine de ce qu'on �tait cens� trouver :

une petite amie.

L�, c'�tait diff�rent.

Une fois, je suis all�e p�cher avec 10 hommes du coin,

avec mon beau-fr�re.

J'�tais la seule femme autour du feu.

Ils racontaient leurs trucs de mecs et j'�tais l�, au milieu.

Ils me prenaient pour un mec, j'imagine.

Tu as appris quelque chose ?

Oui, qu'ils sont d�go�tants.

Ils ne pensent qu'�...

vous savez quoi.

Leurs propos sont vraiment...

d�go�tants.

Les femmes ne font pas �a.

J'ai d�j� �t� en groupe avec des femmes.

On se d�tend entre femmes,

mais avec les hommes, c'est impossible.

On ressent...

quelque chose.

Ils vous regardent tout le temps.

Impossible de se d�tendre, vous voyez ?

- Oui. - Vous voyez, Veronica ?

Peut-�tre pas...

Les femmes veulent qu'on les chouchoute,

puis elles veulent jouer � un jeu, n'est-ce pas ?

Quel jeu ?

Tu vois, en ce qui concerne les relations sexuelles,

elles veulent faire des histoires.

Quand il s'agit de deux hommes, s'ils veulent le faire, ils le font,

sans faire des tas d'histoires ou quoi que ce soit.

Ils vont juste se retrouver et faire en sorte...

Ce que tu veux dire, c'est qu'ils se comprennent,

qu'ils comprennent ce qu'ils attendent.

Exactement.

� l'�cole v�t�rinaire,

j'�tais tr�s proche des 6 autres femmes de ma classe.

�a a �t� une �poque, durant 4 ans,

o� j'ai �t� dans un secteur domin� par les hommes.

J'�tais sur le point de me marier,

mais il se trouvait que l'homme � qui j'�tais fianc�e

�tait aussi �tudiant v�t�rinaire.

J'�tais donc embarrass�e quand j'�tais meilleure que lui.

Je remarquais que j'�tais parfois soumise,

sans raison,

que j'�tais h�sitante � m'exprimer sexuellement.

J'ai r�alis� que j'avais tort, que �a m'�touffait,

en tant qu'individu.

J'avais presque d�cid� que je n'allais jamais me marier,

j'en avais m�me discut� avec mes parents.

� ce moment-l�,

si on exclut un des petits-enfants, j'�tais la seule � ne pas �tre mari�e.

Ils avaient donc piti� de moi

et ne parlaient pas de choses pouvant me contrarier.

Je contr�lais mes �motions

en faisant de mon mieux pour ne pas en avoir,

enfin, lorsque je n'�tais pas seul.

Mon style en tant que lutteur, cette notion de discipline,

repr�sente parfaitement bien

la fa�on dont je g�rais ma vie en g�n�ral.

Le moyen de s'en sortir en soci�t� en tant qu'homme,

c'est d'�tre impassible, d'�tre sans piti�,

c'est de n'avoir aucun autre but, aucune autre pens�e que pour soi.

Franchement, c'est impitoyable.

Voil� comment je vois les choses.

Je ne pouvais pas me lier aux gens au niveau amical.

Je ne touchais personne.

Pour �tre un mec, soudainement,

il fallait �tre moins sympa, de mani�re tr�s subtile.

Il fallait �tre moins sympa avec les autres mecs.

On entrait dans un �ge o� soudainement,

notre c�ur n'�tait pas � la bonne place.

On aimait bien les autres mecs,

ils nous int�ressaient, mais pourtant,

on r�alisait soudain

qu'on ne pouvait pas montrer cet int�r�t.

- Et avec tes copines ? - C'�tait g�nial.

J'avais plusieurs amies au lyc�e,

dont une avec qui je passais des week-ends entiers.

J'allais chez elle le vendredi soir et j'y restais tout le week-end.

C'�tait g�nial...

Je me sentais libre.

Malgr� tout ce qui se passait en dehors,

malgr� tout ce qu'on devait faire pour s'int�grer,

ces relations existaient � un autre niveau.

Avec les femmes, quoi qu'il se passe � l'ext�rieur,

je pouvais toujours revenir � cette vraie vie.

Une partie de moi veut �tre...

le st�r�otype de l'homme sto�que, du vrai mec.

Ce genre de choses.

Et une partie de moi est...

vraiment...

tr�s douce.

Quelle est la partie la plus facile � accepter ?

Elles sont toutes les deux g�nantes.

C'est plus facile pour moi d'�tre un robot, je crois.

C'est... une porte de sortie.

Il y a cette notion de fluidit�.

De gr�ce.

De capitulation, en fait.

C'est vraiment terrifiant.

Comment �a, de capitulation ?

Capituler dans le sens de...

d'exprimer des sentiments...

de r�confort, de chaleur.

De d�sir, de sensualit�.

Un homme sensuel est probablement p�d�,

vous savez, d'apr�s...

bon nombre d'images que j'ai en t�te.

Roger, pourquoi te fiches-tu de passer pour un h�t�ro ?

Pourquoi je m'en fiche ?

Parce que je ne peux pas mentir tout le temps.

Je ne peux pas...

Mon m�tier est de comprendre et de recr�er

le comportement humain.

Si je devais faire �a pour un r�le, techniquement,

je devrais �couter des h�t�ros, ce que je fais tout le temps.

Ils n'utilisent pas l'instrument vocal qu'ils ont

� son potentiel maximum.

Ils sont vraiment, que ce soit leurs mains...

Je devrais me couper les cheveux et la barbe.

Je devrais me rendre plus moche, �tre moins exotique.

Je devrais trouver une voix la plus grave possible.

Je devrais parler comme �a : "Salut, je suis un clich� !"

Tout �a pour faire plaisir � qui ?

C'est pesant.

Les gens ne nous l�chent pas.

On est entour�es de beaucoup d'h�t�ros,

en majeure partie, car on ne sort pas.

Et ils choisissent de venir nous voir, la plupart de temps.

C'est ce qui me d�range parfois.

Les gens d'ici, ou d'Albuquerque,

ou de partout alentour...

viennent nous voir tout le temps.

Que leur apportez-vous ?

Je ne sais pas !

On ne leur pr�te m�me pas attention !

De jeunes filles s'arr�tent pour nous proposer un joint,

une bi�re ou des boucles d'oreilles, pas vrai ?

Si !

On nous fait toujours des cadeaux.

Ils aiment notre compagnie.

Je crois qu'ils se sentent tr�s...

en s�curit� avec nous.

Vous montrez-vous des signes d'affection

devant vos amis ?

- Non. - C'est dur ?

On est peu affectueuses l'une envers l'autre.

- Mais si ! - Oh non !

- Enfin, pas devant les gens. - Bien s�r.

Pas devant les gens.

- Avec les gays... - Je vous ai vues vous c�liner.

C'est comme la fois o� Ruth est venue.

Elle voulait me filer du boulot.

C'est une parmi tant d'autres.

Comme je le disais, il y a beaucoup de jeunes.

Des jeunes gens, vraiment tr�s jeunes !

Je suis la vieille bique du quartier.

Et moi, je ne suis pas loin derri�re.

Nous allons faire participer le public.

Regarde comme il marche dans la rue

Comme il a les pieds qui remuent

Peu importe ce que disent les gens quand il passe � c�t� d'eux

C'est mon amoureux

Quand il prend ma main, je suis fier

Car je ne suis pas comme les autres

Il fait des tas de choses qu'eux n'ont jamais faites

Et rien que pour �a

Je suis fier

C'est un rebelle et il ne sera jamais bon � rien

C'est un rebelle qui n'a jamais rien fait de bien

Mais il ne fait pas tout ce que les autres font

C'est pour �a que je l'aime avec passion

Il est gentil avec moi

Il s'occupe tendrement de moi

C'est mon petit amoureux

C'est mon petit amoureux � moi

J'aimerais qu'il soit toujours mien, qu'on marche main dans la main

Je serai toujours � ses c�t�s c'est certain

C'est un rebelle et il ne sera jamais bon � rien

C'est un rebelle qui n'a jamais rien fait de bien

Mais il ne fait pas ce que tous les autres font

C'est pour �a qu'en secret, nous nous aimons

Il est gentil avec moi et je fais de m�me, ma foi

C'est mon petit amoureux

C'est mon petit amoureux � moi

Merci beaucoup.

Je me suis mari�e durant ma derni�re ann�e de fac,

pendant les vacances de No�l, quand j'�tais � l'universit�.

Au cours de nos deux premi�res ann�es ensemble,

je le voyais un soir par semaine car il ne faisait qu'�tudier.

Moi, je nous tenais � bout de bras.

Quand je rentrais le soir, je pr�parais notre d�ner.

Il d�nait, puis il repartait dans son cagibi pour �tudier.

Je faisais la vaisselle, je m'asseyais,

et ma journ�e �tait pli�e.

Je suis all� � Princeton avec l'intention

de laisser le destin d�cider pour moi.

Si je rencontrais une fille qui me plaisait,

d'accord, la question serait close,

mais je pouvais aussi rencontrer un homme qui me plairait.

C'�tait sans importance.

Je n'ai jamais laiss� entendre que ce serait un coup d'un soir,

pas question de coucher et de s'enfuir

ou de coucher et de faire souffrir.

Il m'a attir�...

Je ne voulais pas juste coucher avec lui.

Je savais que c'�tait gagn�.

J'ai confiance en moi, je me sors de toutes les situations.

J'ai vu qu'en tout cas, malgr� toutes ses pr�cautions,

Michael �tait tr�s ouvert.

Il s'agissait simplement d'arriver � passer...

ses barri�res.

Tout le monde le savait.

On a d�couvert �a en parlant avec nos amis h�t�ros.

Ils le savaient.

Elle m'a parl� de tous ces gens en Californie

qui �taient bisexuels.

Je n'avais jamais entendu ce mot.

J'ignore o� j'avais pass� ma vie, mais je n'avais jamais entendu �a.

Je me suis dit : "Oh, c'est bizarre, �a !"

Il y avait un mec qui �tait tr�s populaire,

tr�s beau, et on disait qu'il �tait bisexuel.

J'ai commenc� � r�fl�chir � �a.

J'avais une amie, l'une de mes meilleures amies,

qui �tait tr�s tactile.

Elle touchait les gens quand elle leur parlait.

Du coup, � partir de l�, quand elle me touchait,

je me disais : "Est-ce que j'aime �a ? �a me pla�t ?"

J'�tais tr�s g�n�e et �a m'inqui�tait beaucoup.

Je me sentais tr�s frustr�, mais aussi coupable...

parce que...

je ne me sentais pas attir� sexuellement par elle,

alors que je le voulais,

parce que je voulais qu'elle soit heureuse,

qu'on s'amuse ensemble.

Je ne pouvais pas lui expliquer que...

malgr� le fait qu'on ait pass� 3 ou 4 ans ensemble,

je n'�tais pas attir� par elle...

et que les gens m'attirant �taient des hommes.

Mais l'id�e de...

m'investir �motionnellement ou sexuellement avec eux,

c'�tait...

comme...

C'�tait tellement mena�ant que j'en avais peur.

C'est potentiellement dangereux.

Je dis potentiellement,

car �a l'est moins aujourd'hui que tout ce que j'ai connu.

Il faut exister en soci�t�.

Votre femme doit �tre � vos c�t�s, faire partie du truc,

tout �a fait partie d'une progression.

Quand on est gay, dans cette structure,

on ne peut pas... on ne peut pas participer.

J'ai un int�r�t personnel dans la lib�ration gay.

De ce fait, quand j'ai vu

ma premi�re parade gay, sur 30 ou 40 rues...

- Tu regardais ou tu participais ? - Je participais.

J'ai d'abord regard�, puis je me suis dit : "Rejoins-les !"

�a t'a fait peur ?

Un peu.

En fait, j'�tais plut�t...

Quand je les ai rejoints, j'ai regard� ces gens

qui �taient � mes yeux...

J'�tais assez bourgeois pour ne pas aimer

certaines personnes dans la parade qui �taient excessivement...

- Je ne sais pas... - Excessivement quoi ?

Vous savez, ces gens...

Je passe pour un vieux conservateur !

Je me consid�rais et j'�tais consid�r�e,

� l'�cole v�to, comme une f�ministe,

alors que je ne manifestais pas.

C'est � ce moment-l�

que mes vrais sentiments au sujet des femmes,

du f�minisme et de la sororit� ont vraiment commenc�,

car je suis devenue proche de ces femmes.

M�me si sexuellement, je ne faisais rien avec elle,

on �tait proches �motionnellement

et on se soutenait mutuellement.

J'avais des sentiments pour elles, mais je ne liais pas �a

� quelque chose de sexuel,

alors que �a l'�tait, quand j'y repense.

Mais je ne pouvais pas faire ressortir �a,

je ne pouvais pas en faire quelque chose de conscient.

Jusqu'� ce que...

je rencontre une lesbienne et que je lui parle de ces sentiments.

J'ai alors r�alis� qui j'�tais, �a n'a pas �t� long.

Je commen�ais � avoir...

une conscience f�ministe, une compr�hension du f�minisme,

gr�ce � une amie tr�s proche.

On n'allait pas laisser les hommes choisir notre place pour nous.

Cette relation amicale est devenue beaucoup plus pour moi,

parce que je commen�ais � �tre tr�s excit�e � l'id�e de...

d'un d�jeuner avec elle, d'un d�ner, d'un rendez-vous ou autre.

Progressivement, j'�tais de plus en plus excit�e

� l'id�e de sortir avec mon amie, Virginia,

plus qu'� l'id�e de sortir avec un homme.

J'�tais amoureux d'Earl.

Je n'ai pas vraiment d�couvert le sens du mot "gay",

ou la politique des gays,

jusqu'� la fin de ma premi�re ann�e avec Earl.

Je marchais, il devait �tre 3 h du matin,

j'empruntais un chemin entre deux dortoirs,

quand j'ai �t� abord� par...

deux mecs, deux Noirs.

Ils sont venus vers moi.

Ils se sont mis � parler fort quand ils ont vu qui j'�tais.

Ils parlaient de moi, bien s�r.

Ils criaient : "P�d� !"

L'un d'eux m'a pouss�, je me suis relev�,

il s'est approch� et je l'ai frapp� au genou,

puis une autre fois au cou.

Le bureau des �tudiants �tait le seul endroit

o� je pouvais me rendre pour trouver un groupe de soutien.

L'autre choix, c'�tait d'entrer dans le placard,

de le verrouiller et de jouer l'h�t�ro.

En entrant dans la pi�ce,

j'ai vu un cercle de femmes assises par terre.

J'ai regard� autour de moi et j'ai vu une ou deux femmes

que je connaissais bien, qui �taient des lesbiennes radicales.

Je me suis donc dit que j'�tais au bon endroit.

J'ai p�t� un plomb, j'ai recul� jusqu'au mur,

j'ai eu l'impression de ramper pour faire le tour de la pi�ce

et aller m'asseoir au fond.

Tout le monde s'est retourn� et m'a souri.

Beaucoup me connaissaient.

Genre : "Tiens donc..."

Je me disais : "Non, attendez ! Vous ne comprenez pas !"

�a a �t� une soir�e incroyable.

Bien entendu, � la fin de la soir�e, je n'avais plus peur de ces gens.

Il s'est pass� autre chose : j'ai rencontr� une femme.

Je crois que je n'oublierai jamais mon arriv�e � la premi�re r�union

de ce qu'on appelait le mouvement de lib�ration des femmes gays.

Il devait y avoir 80 lesbiennes dans cette pi�ce.

Je n'avais jamais vu 80 lesbiennes ensemble de ma vie !

Je crois que c'�tait vraiment diff�rent

d'�tre lesbienne dans les ann�es 40 et 50,

par rapport � l'exp�rience d'une lesbienne

dans les ann�es 60 et 70.

C'est comme si j'avais attendu le mouvement des femmes

toute ma vie.

Il y a une diff�rence entre �tre...

une lesbienne et �tre une lesbienne f�ministe,

ou une lesbienne qui s'engage pour...

pour les femmes, � un niveau politique,

et pas seulement personnellement.

C'est ce que je dis.

Il faut �tre enrag�e, franche, au jour le jour,

et affirmer notre f�minit�.

Si �a veut dire, comme dans mon cas...

une certaine agressivit�, pas de souci !

Tu fais preuve de beaucoup d'agressivit�,

mais sans aucun objectif ou sens.

Comme d'autres femmes.

C'est �motionnel...

Et si �a l'aide ?

Probablement pas...

J'ai travers� une p�riode o� j'�tais tr�s en col�re.

Je faisais des doigts d'honneur aux hommes.

- On ne croirait pas. - Si !

C'est vrai, �a a dur� 2 ans.

- �a a chang� quoi pour toi ? - Je me sens mieux.

�a m'a vraiment aid�e et �a aide les gens

de laisser sortir la col�re accumul�e au fil des ann�es.

Je crois que c'est important de changer notre image.

Ma propre image, mon h�ro�ne, en un sens,

est arriv�e � un point o� elle est qui je veux !

J'aurais aim� pouvoir me rencontrer quand j'avais 16 ans !

J'ai pass� une grande partie de ma vie comme un drogu�.

Je regardais des mecs et je me disais :

"Ah, si j'�tais comme celui-ci ou comme celui-l�...

"Comme le prochain mec que je croiserai,

"que ce soit au supermarch� ou dans le cours que je suis..."

Ces derni�res ann�es, j'ai connu un changement.

Je ne sais pas si c'est de la maturit� naturelle,

mais j'ai r�alis� que j'�tais bel et bien ce mec,

que je n'ai pas... que je suis d�j� ce mec !

Du coup...

En quelque sorte, c'est assez perturbant,

mais c'est aussi un soulagement d'une grande simplicit�

de r�aliser que c'est ce que je suis, que ce n'est pas ailleurs.

Je crois que ce qui m'a attir�e � l'origine,

c'�tait le fait de voir une femme avec autant d'assurance.

Elle �tait tout le temps rayonnante, du genre...

�lectrique.

Vu o� j'en �tais � l'�poque, j'ai su que c'�tait ce que je voulais.

Ce n'�tait pas li� au fait d'�tre lesbienne,

mais � ce sentiment d'�tre s�re de moi-m�me,

de savoir que j'�tais capable de faire quelque chose.

La plupart des gens que je fr�quentais

ne m'ont jamais permis d'�tre compl�tement moi-m�me,

de chercher mes limites, de voir ce dont j'�tais capable.

Ma vie a chang� �norm�ment.

Mon coming-out n'�tait

que le d�but.

Je ne regrette pas d'avoir �t� mari�, �a a �t� 7 ann�es heureuses.

�tre p�re, ou �tre m�re,

c'est une exp�rience que plein de gays ne vivent pas.

Mes amis adorent quand Erin est l�.

Ils ont toujours h�te de la voir.

C'est surtout d� au fait qu'ils ne connaissent pas les enfants.

Andrew, mon amant, �tait professeur des �coles.

De ce fait, il conna�t tr�s bien les enfants !

3 petits chats, 3 petits chats, 3 petits chats...

- Chats ! - Chats !

Chapeau de paille...

- Chapeau de paille ! - Paille, paille, paille !

Apr�s, �a dit "paillasson".

- Allez ! - Paillasson, paillasson...

- Paillasson, son, son ! - Paillasson !

Paillasson !

On a fait une f�te chez Sue, dans son appartement.

Toutes ces femmes �taient des lesbiennes radicales.

Elles s'en allaient,

mais j'avais d�cid� que ce serait le grand soir.

J'adorais ses yeux,

ils me rappelaient ceux de mon chien, Minou.

Je lui ai donc dit �a.

Je lui ai dit : "Tu as des yeux incroyables.

"Ils me rappellent ceux de mon chien !"

Je crois qu'elle l'a plut�t bien pris.

Elle a r�pondu : "Eh bien, merci."

Puis, elle a dit : "Si tu veux, je peux te ramener chez toi.

"Si tu veux passer la nuit ici, on peut."

J'ai dit : "Eh bien, je vais rester",

de mani�re tr�s d�contract�e, tr�s cool.

Ensuite, on s'est mises au lit.

On �tait allong�es l�, chacune d'un c�t� du lit.

Elle a marmonn� quelque chose, je n'ai pas bien entendu.

J'ai ensuite compris qu'elle me proposait un oreiller.

Je me suis dit : "Ah !"

J'ai r�pondu : "On peut en partager un."

Voil�, c'�tait...

C'est ce qui s'est pass� et on a...

C'est tr�s innocent et j'�tais tr�s int�ress�.

J'�tais dans l'auditorium,

devant l'�pisode 3 de Civilisation, de Kenneth Clark.

Il faisait sombre et quelqu'un s'est assis juste � c�t� de moi.

C'�tait vraiment incroyable.

Il a approch� son genou tout pr�s du mien.

Je ne sais pas comment �a s'est pass�,

mais nos jambes se sont entrem�l�es...

Sa jambe �tait vraiment pleine d'�lectricit�.

Moi, j'ai r�agi...

spontan�ment, en quelque sorte.

Tu �tais excit� ?

J'�tais, comme vous dites, excit�.

C'�tait la premi�re fois que j'�tais excit�.

La premi�re et la derni�re de ce genre.

C'�tait la premi�re fois que tu avais des sentiments gays ?

C'�tait la premi�re fois que j'avais un contact physique...

avec un autre homme.

J'y suis retourn� pour voir les �pisodes 4 et 5 !

Tout ce que je ressentais, c'�tait un sentiment d'amour,

mais l'amour dans le sens o� je l'entendais,

de la fa�on dont je me le disais,

c'�tait r�serv� aux relations homme-femme.

Je savais juste que j'avais des sentiments pour elle,

qu'ils �taient r�els et que je ne voulais pas les nier.

Mais j'ai d� les nier un certain temps,

car dire � une autre femme : "Je t'aime",

�a ne se faisait pas.

La limite �tait l� : on ne passait pas � l'acte.

J'ai fini par r�aliser qu'il fallait que je lui dise ce que je ressentais,

parce que j'�tais incapable de contenir ces sentiments.

Je l'ai donc fait, voil�.

Je suis all� dans un bar qui n'est pas loin de...

l'universit� du Massachusetts,

et j'ai rencontr� quelqu'un de l'universit� d'Amherst.

On est rentr�s ensemble.

Arriv� � son dortoir, je ne savais pas quoi faire.

Je n'avais jamais fait une telle chose.

En fait, il n'y a rien � apprendre,

m�me si je pensais que je devais savoir des choses

avant de me lancer.

On est all�s dans sa chambre et on a couch� ensemble.

�a...

C'�tait comment ?

Je n'ai pas vraiment pris mon pied, je devais �tre trop nerveux.

C'�tait dur pour moi d'enclencher la machine comme �a.

C'�tait carr�ment...

comme ouvrir une porte sur une nouvelle vie.

Il serait impossible de d�crire ce que j'ai ressenti.

Durant tout cet �t�, tout ce dont je me souviens...

c'est de prendre la route, conduire pour me rendre...

o� ces gens se trouvaient.

Avant que �a se passe,

les deux derni�res semaines ont �t� compl�tement folles.

On se baladait sans m�me pouvoir parler.

Je savais que �a allait venir, je me disais : "Bon sang..."

Tu as fait le premier pas ?

Oui !

C'est encore plus incroyable.

�a m'a surprise.

J'ai fait le premier pas.

On est all�es au cin�ma et on est revenues chez moi.

J'habitais en banlieue et on n'en pouvait plus.

On �tait l�...

Trop nerveuses !

Finalement, �a s'est fait et c'�tait g�nial.

Je n'en revenais pas, j'�tais au paradis.

Je me suis dit : "Youpi !"

Un mois plus tard,

j'ai rencontr� quelqu'un que j'appellerais mon premier amant.

Il �tait � c�t� d'un ami,

puis il s'est �loign� car il croyait que je lui en voulais,

vu comme il me d�visageait.

Alors qu'il s'�loignait, je lui ai propos� de danser,

m�me si je n'aime pas danser.

On a dans�, puis on a discut� et...

on a accroch� rien qu'en parlant.

Je l'ai vraiment appr�ci�.

On s'est vus tous les jours

durant les une ou deux semaines qui ont suivi.

Il vivait � Springfield � l'�poque et moi, � Amherst.

C'�tait l'hiver et ma voiture n'avait pas de chauffage.

Je faisais les allers-retours entre Amherst et Springfield

sans chauffage dans ma voiture.

Je faisais des sacrifices, je n'avais pas les moyens,

mais je le faisais.

On se voyait beaucoup et c'�tait vraiment magnifique.

Pour couronner le tout,

on n'a pas couch� ensemble.

- Durant tout ce temps ? - Oui.

Pourquoi �tait-ce �panouissant �motionnellement

au point que le sexe importe peu ?

Je ne sais pas.

Mais c'�tait le cas.

Oui, vraiment.

C'�tait tr�s �panouissant.

J'�tais fou de Henry.

C'est l� que tu as su que tu pouvais aimer un homme ?

Oui, et j'en �tais ravi.

J'avais presque oubli�, mais au lyc�e,

je pensais juste que j'�tais froid et que je n'aimerais jamais personne.

Certains en �taient capables et je pensais que moi, non.

Je n'avais pas �a en moi.

Quand je suis tomb� amoureux de ce mec, �a a �t�...

�a voulait dire beaucoup de choses :

j'�tais une vraie personne, je n'�tais pas qu'une machine.

J'ai ressenti des sentiments vraiment profonds

que j'ignorais pouvoir ressentir envers quelqu'un.

J'�tais tout simplement extatique, sinc�rement.

- C'�tait... - Beau ?

Oui, c'�tait beau.

C'est une chose que je n'oublierai jamais.

J'utilisais et je ressentais une partie de moi

que je n'avais jamais ressentie.

C'�tait la plus belle partie : ma capacit� � aimer.

Je me doutais que je serais diff�rent � diff�rentes p�riodes,

que j'aurais besoin de diff�rents �quilibres

� travers des relations amoureuses � diff�rentes p�riodes.

Tu savais que �a allait �tre des relations gays ?

Ou les deux ?

Je ne sais pas vraiment.

Je crois que j'ai aujourd'hui la libert� d'aimer des gens.

Je suis libre d'aimer quelqu'un dans le sens o�...

Je suis libre d'�tre humain, en un sens.

Au lieu d'�tre juste l'objet d'une sorte de...

d'une sorte d'hyst�rie qui vient s�rement de...

du fait de garder un secret pendant si longtemps.

Femme digitale, enfant souci,

La pleine lune est dans tes yeux pour la vie

Ton regard est doux et ton toucher est suave

Ton pas est fort et ta voix est sage

Fais-moi voler jusqu'� chez moi

R�chauffe mon c�ur avec ta joie

Raconte-moi une histoire, ne m'abandonne pas

Reste � mes c�t�s, quelque temps pr�s de moi

La vie est courte, le temps est long

Attendre semble plus long qu'avant

�tre loin semble aller contre toute raison

Je veux �tre avec toi de plus en plus souvent

Femme digitale et souci ch�ri

Le temps est avide, le temps passe

La vie n'a de sens sans toi

Qu'� travers ta douce chanson et ta voix

Femme soleil, enfant tonnant,

La pleine lune brille dans ta chambre

Prends mes pens�es avec toi un moment

Renvoie-moi un baiser avant d�cembre

Envoie-moi une m�che de tes cheveux de fleurs

�cris-moi un mot plein de ciel

Dis-moi qu'� mon retour, tu seras l�, mon c�ur

Si je te dis que je suis heureuse

Tu sauras pourquoi

Si je te dis que je t'aime

Femme souci

LES STARS DE LA POLICE DE SAN FRANCISCO

Mesdames et messieurs, bienvenue au 4e match annuel

de la police de San Francisco contre les Gays.

L'�quipe de la police est compos�e de stars.

L'�quipe gay est compos�e des vainqueurs du championnat gay.

Je suis s�r que le public a choisi son camp.

Remuez les hanches ! Remuez les seins !

Les adversaires feront moins les malins !

Partie 3 : � pr�sent

Je riais car je pensais � l'amour.

J'ignore ce qu'est l'amour,

peut-�tre un m�lange d'envie et de confiance.

C'est marrant !

C'est une histoire de confiance.

Enfin, comment dire... On vit un miracle tous les jours.

Tout ce qui nous entoure est un v�ritable miracle.

Le p�ch� des humains, c'est le doute.

C'est une chose qui arrive, en tant qu'adulte,

et qui dit :

"Pourquoi on te donnerait �a ?"

Je crois qu'on conna�t tous �a car cette culture encourage � �a.

La t�l�vision encourage � �a avec les publicit�s.

"Sens bon des aisselles et on t'aimera !"

"Garde les fesses propres et on t'aimera !"

"Tant de choses viendraient � toi

"si tu r�glais un ou deux petits trucs !"

C'est la mentalit� que ce pays a adopt�e.

�a n'a pas toujours �t� comme �a et il faut lutter contre �a.

J'ai compl�tement chang� ma vie et je l'ai partag�e avec cette femme.

On a d�cid� qu'on voulait passer notre vie ensemble,

vivre ensemble et tout le reste.

Je n'ai jamais remis en question ce que je ressentais,

si c'�tait bien.

�a a toujours �t� bien car je l'ai choisi.

J'ai bien s�r r�alis� que j'�tais lesbienne.

J'avais beau avoir une approche innocente et na�ve,

la r�alit� �tait ceci :

"Tu aimes une femme dans un monde qui n'aime pas les lesbiennes."

Apr�s notre premier passage devant un tribunal,

on a beaucoup parl� de ce qu'on allait faire.

On aurait pu tout refouler et s'�loigner l'une de l'autre,

d�truire ce qui �tait � nos yeux un foyer stable pour les enfants.

Mais on croit � la situation qu'on a.

On croit en l'amour qu'on a l'une pour l'autre.

Ce n'est pas qu'une prise de position, qu'une croisade.

C'est l� o� on en est.

H�, quelqu'un est rest� sur la touche !

C'est bon, vous pouvez venir.

� nous l'engagement.

Oui, c'est � vous.

Je pars devant.

- C'est bon ! - Allez !

Arr�tez-la ! Arr�tez-la !

Elle l'a l�ch� !

Bien jou� !

C'�tait un sacr� match !

- O� est Chan ? - Ils sont l�-bas.

- Chan aussi ? - Avec Don.

Allez ! Venez !

- Dis-moi... - Quoi ?

Joyce, Rick, Terry, Chan, Tucker...

- Non, Don. - D'accord.

On est deux �tres humains qui s'aiment,

qui veulent offrir un bon foyer � ces enfants

et pouvoir leur donner

certaines choses qu'ils m�ritent dans la vie.

- Allez, viens ! - D�p�che-toi !

Au lyc�e, c'�tait difficile. On me harcelait, je pleurais souvent.

- Vraiment ? - �a m'a bless�e.

Que disaient-ils ?

Plein de choses m�chantes, des remarques sexuelles,

au sujet de ma m�re.

�a me d�rangeait vraiment.

Je ne savais pas si je devais les croire.

J'ai fini par poser la question � une amie de ma m�re, Holly.

Elle m'a dit que �a ne devait pas m'inqui�ter,

que ma m�re faisait ce qu'elle voulait,

qu'elle vivait sa vie, heureuse, sans faire de mal � personne,

que �a ne regardait pas les autres.

J'ai mis longtemps � comprendre,

mais �a a fini par ne plus me d�ranger.

C'est ma m�re. Qu'est-ce que je pouvais dire ?

Mes enfants nous aiment.

Nos enfants.

On faisait rarement la distinction entre "mes" et "tes" enfants,

jusqu'� ce qu'on perde les enfants de Pam.

- Pam dit "mes" enfants. - Oui.

Tu as cru jusqu'� la derni�re minute que tu aurais les gosses ?

Pas apr�s avoir attendu un an avant d'avoir la r�ponse.

- Ils t'ont fait attendre ? - Oui.

Tu as v�cu un an avec eux sans savoir ?

Je n'avais pas les gosses durant cette p�riode.

Ils ont pris les enfants du moment o� c'est all� au tribunal.

Ils doutaient des conditions de ce foyer.

Ils m'ont retir� mes gosses.

Mon fils, mon b�b�, a fait une crise d'asthme

le vendredi o� ils devaient les emmener

et ils m'ont permis de le garder 2 jours,

puis ils l'ont emmener le dimanche.

- Dans une famille d'accueil ? - Non, chez son p�re.

- As-tu r�sist� ? - Non, je ne pouvais pas.

�a aurait tu� les gosses.

J'ai fait en sorte que ce soit simple pour eux.

�a a toujours �t� comme �a ici.

J'ai d�...

faire en sorte qu'ils soient heureux l� o� ils sont.

Ils savent qu'ils ne reviendront pas, mais ils disent que je l'ai promis.

Et si tout �a s'inverse dans 10 ans ?

Et si on est tous sur une liste ?

J'ai connu la p�riode du maccartisme et �a me fait peur.

J'ai connu l'inquisition dans l'arm�e et �a me fait peur.

Je sais que des profs font leur coming-out, c'est vrai,

que des gens dans l'arm�e le font,

je sais qu'ils nous aident, Dieu merci,

mais qu'est-ce qu'on leur fera � l'avenir ?

�a, je ne le sais pas.

- As-tu d�j� fait un coming-out ? - Oui, 2 ou 3 fois.

Je le fais l�, non ?

On voit ma grosse t�te blanche � l'�cran dire :

"Je suis gay !"

�a me fait un peu peur.

J'ai une petite r�serve dans un coin de ma t�te.

"Oh, je vais payer pour �a..." Tu vois ?

Je travaillais dans une usine agro-alimentaire.

J'�tais chauffeur l�-bas.

Jusqu'au jour o� je me suis fait virer.

Pour ce qui est des gens l�-bas

et s'ils savaient ou non que j'�tais gay,

je ne sais pas.

Je n'allais pas au boulot en �tant gay ou quoi que ce soit,

avec cette attitude.

J'allais faire ce m�tier car j'en avais besoin pour survivre.

Tu les as entendu dire des choses sur les gays ?

Bien s�r, tout le temps !

C'est pareil dans tous les boulots.

Tu disais quelque chose quand ils faisaient des remarques ?

Non, je n'ai jamais rien dit,

car je n'avais rien � dire, en ce qui les concernait.

Par contre, s'ils m'avaient demand� si je l'�tais,

je le leur aurais dit.

Il y a une chose qui m'inqui�te dans ce film :

que non pas mon p�re, mais que ses coll�gues le voient,

et qu'ils aient ensuite un ressenti n�gatif envers lui.

Je sais que c'est possible, que des gens r�agissent ainsi.

C'est triste, mais...

c'est une chose que je consid�re.

L'une des raisons pour lesquelles, inconsciemment,

je voulais �tre dans ce film,

c'�tait pour me forcer � parler avec mes parents...

� mon sujet, avant qu'ils l'apprennent autrement.

Je lui ai demand� s'il �tait pr�t pour une grande conversation.

Il a dit : "Oui, je prends une cigarette."

Je lui ai dit de prendre le paquet,

car �a allait �tre une grande conversation.

Il a pris le paquet et s'est assis, en fumant une cigarette.

Je lui ai dit que...

c'�tait tr�s important pour moi d'�tre ouvert avec les gens...

qui �taient importants dans ma vie.

Je lui ai dit : "J'ai un truc � te dire depuis des mois,

"mais je le repousse sans cesse.

"Je suis gay."

Et il n'a pas sourcill�.

Il a dit : "As-tu toujours �t� gay ?"

J'ai r�pondu : "Toujours."

Je n'ai jamais pu voir mon lesbianisme

comme quelque chose d'horrible.

C'�tait tellement naturel que...

c'est difficile pour moi d'en parler avec des gens pensant le contraire.

Je ne veux pas...

Je ne vois pas comment je pourrais les aborder...

Comme ils me connaissent depuis 26 ans,

ils pourraient p�ter un plomb.

Je ne veux pas que ce que j'�tais soit effac� et qu'on reparte � z�ro.

Ce n'est pas comme �a, pas comme...

Les choses qu'ils ont su de moi par le pass�,

la personne que je suis, �a n'a pas chang�.

S'ils r�fl�chissent, ils verront qu'ils en font partie,

et �a pourrait les contrarier !

Bref, je ne sais pas quoi faire.

Je ne sais pas quand je vais les aborder.

Avant mon coming-out, je pensais qu'en �tant gay,

je serais capable d'exprimer

mes caract�ristiques masculines et f�minines,

que j'allais trouver un �quilibre,

renforcer ces choses en moi que j'avais cach�es.

J'ai donc fait mon coming-out

pour voir qu'apr�s l'euphorie de la lib�ration gay,

on retombait dans une norme masculine pour les hommes gays.

J'acceptais plus de trucs, comme des conneries sexistes.

M�me si en moi,

j'�tais enrag� et frustr� de devoir supporter �a,

je le faisais pour ne pas �tre seul.

Je pr�f�rais �tre oppress� que seul et d�prim�.

Aujourd'hui, j'ai plus de soutien,

je fr�quente plus d'hommes comme moi,

avec une conscience f�minine de nos r�les,

de nos relations,

et une sorte de force en eux, � notre sujet.

C'est une chose dont les gays eff�min�s souffrent :

on croit qu'on vaut moins que les hommes masculins

car on nous rabaisse tout le temps.

Les �pouses, tu te sens diff�rente d'elles ?

Si je me sens diff�rente ?

Non, pas du tout.

Tu penses avoir plus de chance qu'elles ?

Oui, carr�ment.

�a, c'est clair.

C'est s�r !

- En quoi ? - En tous points.

D�cris quelque chose.

Tout : je suis libre, je fais ce que je veux.

On s'aime, on prend soin l'une de l'autre.

On a des petites attentions.

On veut tout le temps �tre ensemble.

Oui, j'ai toujours ressenti une profonde solitude,

m�me...

m�me en amour.

C'est peut-�tre mon temp�rament.

D'un autre c�t�, j'ai des tas d'amis,

je l'avoue, des amis chers et tendres,

mais il reste toujours un endroit auquel ils ne peuvent pas acc�der.

Tu crois que c'est ton choix ?

Un choix ? Non, c'est mon temp�rament.

Je ne crois pas que ce soit un choix. Et toi ?

Je ne sais pas.

Je ne vois pas comment ce serait autrement.

Je crois que j'ai toujours �t� profond�ment consciente...

de la solitude de l'individu au c�ur du cosmos.

Je me sens probablement moins seule dans la nature,

avec la nature, que n'importe o� ailleurs.

J'ai tendance � me sentir...

seule et isol�e dans la foule.

Ce qui est le plus ais� pour moi au final,

c'est que peu importe qu'on soit h�t�ro ou gay...

C'est facile pour un asiatique de faire son coming-out.

Il y a toute une contre-culture gay.

On peut aller voir des films gays, aller dans des bars gays,

lire des livres gays, s'int�resser � la lib�ration gay...

Je pense que c'est bien, mais � un moment,

il faut trouver nos propres limites individuelles.

Il ne faut pas...

oublier qu'on est nous-m�me et qu'on ne doit pas se reposer...

sur ces �tiquettes en guise de soutien.

Es-tu une lesbienne s�paratiste ?

Oui.

Au fond de moi, je ressens un v�ritable besoin...

que ce soit pour moi...

Je sens qu'il est important

que les femmes se s�parent des hommes, OK ?

Je ne peux pas �tre absolutiste,

car tout d'abord, le s�paratisme n'est pas possible.

Comment se s�parer du syst�me ?

Les femmes pourraient se s�parer des hommes,

mais pas du syst�me tout entier.

De ce fait, j'ai un souci avec la d�finition du s�paratisme.

Mais la chose qui me frappe tout le temps,

c'est que...

je trouve que les femmes quittent les hommes

en masse dans ce pays,

en plus grand nombre que ce que disent les statistiques.

Je suspecte que la raison de ceci,

c'est que les femmes commencent � s'aimer,

� prendre conscience d'elles-m�mes.

Je vois qu'elles quittent les hommes

pas seulement pour aller vivre avec d'autres femmes,

mais pour vivre seules.

Je ne trouve pas les mots pour exprimer

� quel point il est important que nous tous,

nous prenions conscience que nous nous refoulons mutuellement,

que nous ne nous permettons pas mutuellement d'�tre libres.

C'est au c�ur cette lutte que je passe ma vie...

en m'engageant.

Il y a apparemment des gens qui remettent en question

l'hygi�ne, la beaut�, le naturel et la force

des relations de m�me sexe.

Je veux juste dire que j'aimerais qu'ils soient l� !

On nous a rendus invisibles

car on a peur que �a se sache que les femmes peuvent s'aimer !

On nous a rendus invisibles car on a peur que �a se sache

que les hommes peuvent s'aimer !

C'est un mouvement mondial,

les femmes du monde entier se mobilisent.

Ceux dont les pr�f�rences �motionnelles et sexuelles diff�rent

se mobilisent dans le monde pour une plus grande reconnaissance,

pour quelque chose qui sera au final un b�n�fice

pas seulement pour les femmes, les lesbiennes ou les hommes gays,

mais pour toute l'humanit�.

Comme je l'ai insinu� suite � une question pr�c�dente,

je crois qu'on a beaucoup � offrir, les femmes,

au monde, culturellement, pour une restructuration positive.

Les lesbiennes et les hommes gays ont beaucoup � offrir

pour une restructuration plus positive du monde.

COMMISSAIRE RICK STOKES Ville et comt� de San Francisco

La col�re s'est transform�e en force.

Je vais �tre moi-m�me et faire ce qui vaut la peine d'�tre fait.

Si votre monde h�t�ro n'a pas de place pour les gays,

si vous n'acceptez pas �a,

vous allez avoir un gros probl�me avec moi,

car je ne me bats pas que pour moi,

mais pour tous ceux qui ont peur, qui sont timides,

qui pour une raison quelconque ne sont pas fiers de qui ils sont.

Je suis en col�re, en un sens.

La col�re s'exprime chaque fois que je vois

des gays se faire r�primer, oppresser, par tous les moyens de notre soci�t�,

par des gens mal � l'aise avec leur h�t�rosexualit�.

Dans la vie, je savais clairement ce que j'allais devenir et faire.

Si on m'avait dit il y a 8 ans que j'allais �tre homo,

que j'allais vivre avec une femme,

laisser mes enfants et tout le reste,

j'aurais dit : "Sale menteur !"

Aujourd'hui, je dis : "Demain est un autre jour."

Jamais plus je ne dirai "jamais".

Ou "� jamais".

Mais tu ne regrettes pas ?

Je regrette qu'on ait d� souffrir pour quelque chose de beau.

Je regrette que mes gosses aient souffert

car ils avaient une famille o� tout se passait bien.

Ils ont d� abandonner beaucoup de choses.

Soi-disant pour leur confort, pour l'argent et le reste.

Je regrette que plein d'enfants dans le monde

ne puissent pas �tre l� o� ils voudraient �tre.

C'est dommage et �a prendra encore 2 g�n�rations

avant que les gens puissent regarder...

un autre �tre humain et lui dire : "Tout va bien...

"m�me si tu es gay."

Ma vie sexuelle est faite de rencontres occasionnelles,

pour ainsi dire.

Je couche avec des gens...

C'est sain ? Tu trouves �a sain ?

On me dit depuis...

On me dit depuis 25 ans

que ce n'est pas sain de faire ce que je fais depuis 25 ans.

Je parle de coucher avec des gens sans m'investir �motionnellement.

On m'a dit maintes fois que je devais m'investir �motionnellement,

puis coucher,

ou coucher puis m'investir �motionnellement,

que je devais avoir un amant, puis un compagnon...

Tout s'est bien pass� pour moi.

Je prends du plaisir sexuel, avec mes compagnons,

et je me dis :

"Pourquoi juger ma vie en fonction de ce que la soci�t� attend de moi,

"de ce qu'attend un psychologue ?"

J'ai men� ma vie, �a s'est plut�t bien pass�,

et je ne vais pas devenir dingue en voulant satisfaire tout le monde.

Tu crois que si la soci�t� acceptait le lesbianisme,

tu aurais une vision diff�rente de toi-m�me ?

Oui, je me lancerais dans le grand banditisme !

Quelque chose qui n'est pas...

courant dans la soci�t�.

Ce qui me d�prime dans l'acceptation des lesbiennes ou des gays,

c'est qu'on perd cette id�e de clique.

L'aventure d'�tre diff�rent dans un monde h�t�ro.

J'ai toujours trouv� �a excitant.

On a notre propre langue, notre propre terminologie.

�a te rend triste de voir �a ?

Oui, �a me manque beaucoup,

cette soci�t� secr�te qu'il fallait savoir d�coder.

Appartenir � une chose dont personne ne sait rien,

ce truc secret.

Crois-tu que ce soit le prix � payer de la libert� ?

Non.

Je pr�f�re qu'on soit accept�s, oui, car �a se ressent dans notre vie.

Comment faire carri�re ou quoi que ce soit

si on ne peut pas �tre soi-m�me ?

J'ai encore beaucoup � apprendre.

C'est surtout en rapport avec l'id�e de l�cher prise...

l�cher prise du fait que...

que grandir a �t� tr�s douloureux pour moi.

On vit beaucoup de souffrances

quand on se fait traiter de Chinois.

De ce fait...

on est en un sens plus apte � surmonter

le fait qu'on se fasse traiter de p�d�.

On peut plus facilement dire : "Je suis une personne, je suis moi."

Rosa, elle t'a influenc�e pour que tu apparaisses dans ce film ?

Non, elle ne m'a jamais influenc�e dans mes d�cisions.

Elle m'a toujours laiss� juger de ce qui est bon pour moi.

Elle ne m'a jamais dit, d'une mani�re ou d'une autre,

ce que je devais faire.

Et je ne crois pas avoir fait �a avec elle non plus.

On est des personnes tr�s libres.

Vous vous laissez de l'espace ?

- Oh oui ! - Oui.

Des hectares d'espace.

Ta petite main...

On a les mains bronz�es, toutes les deux.

�a veut dire qu'on est... vieilles ?

Vieilles !

"Quand ils ont pris les juifs, je n'ai rien dit.

"Quand ils ont pris les gays, je n'ai rien dit.

"Quand ils sont venus pour moi,

"il ne restait personne pour dire quoi que ce soit."

Homos du tiers monde,

venez faire la ronde !

Homos du tiers monde, venez faire la ronde !

CAUCUS GAY DU TIERS MONDE

Les gays ne se laisseront pas faire ! Les gays ne se laisseront pas faire !

Merci au 140 personnes interview�es,

dont les histoires ont aid� � la r�alisation de ce film.

Merci aux communaut�s lesbiennes et gays de la Baie

car sans leur soutien moral et critique,

ce film n'aurait pas �t� possible.

Toute notre gratitude va aux 28 personnes

qui nous ont fait confiance et nous ont laiss� capturer

un instant de leur vie dans ce film.

Vos r�actions nous int�ressent.

Contactez-nous � l'adresse qui s'affiche.

Adaptation : �douard SONET

Sous-titrage : T.C.S.

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