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...
Musique douce
...
Musique rythmée
...
- Vous avez pas vu mes films, du tout ?
- Là, ça me revient pas mais... - D'accord.
- Vous faites des films ? - Oui.
Je suis en train d'écrire sur une histoire d'Inquisition.
- Hum hum. - Du coup je me dis voilà...
- C'est un film d'époque ? - Ouais.
- Vous avez
un projet, un script ? - J'ai juste quelques notes.
En général je pars toujours d'un texte très court.
Comme mes derniers films souvent... j'avais fait un film
à partir d'un scénario de 5 pages, un autre de 3 pages.
Celui-ci aura peut-être 15 pages.
Vous ne feriez pas le grand inquisiteur
mais le curé qui tombe amoureux d'une des victimes et...
et... - Le curé... d'accord.
- Je pensais même pousser l'histoire
jusqu'au moment où on voit un passage à l'acte.
- Sexuel, vous voulez dire ?
- Ouais. C'est à voir sur place après le...
- A voir sur place... Oui.
- Je veux dire... Sonnette
- Ah ça... ça sonne.
- Laisse Michel, j'y vais.
Bonjour.
- Bonjour, je suis Françoise, une amie de Michel.
- Ah, Françoise ! - T'as de la visite, Michel.
- Bonjour, ça me fait plaisir.
- Je t'attendais pas, mais tu tombes bien pour une fois.
- C'est vrai ?
- Bonjour, Michel Houellebecq.
Enchanté. - Je te présente mon neveu.
- Ton neveu ? - Mon neveu, oui.
- Bonjour. - Voilà mon neveu.
- JP, très enchanté. Vous êtes Gaspar Noé ?
- Pour vous servir ! - Vous avez fait des films.
- C'est mon neveu. - Oui... Enchanté.
- Vous apportez vraiment beaucoup de comédie, c'est super.
- Alors là j'suis vraiment content, merci, mon gars !
- On part dans combien de temps ?
- Taxi dans une heure, c'est un peu serré.
- Une heure ? - Ouais.
- Ah...
- Je vais prendre mon sac. - D'accord.
- Je suis dispo si y a un rôle...
J'dis ça comme ça.
- Ouais. Au revoir, enchanté !
- A bientôt. - J'suis dispo !
- Ciao. - Arrête un peu.
- Si je peux me permettre,
faut mettre plus de noir dans vos livres.
- De noir ? - Oui, oui. C'est important.
- Vous trouvez que c'est trop... - Y a beaucoup de blancs...
- Bon, il a pas beaucoup de temps.
- Des Noirs dans ce sens-là !
- Au sens d'êtres humains. - J'ai cru que vous trouviez
mon livre pas assez noir. - Ah non...
- Ca, ça va. - On me dit plutôt l'inverse, quoi.
- Noirs dans le sens "nous" quoi. - Oui, oui.
- C'est quoi ce bordel ? C'est ça ta valise ?
- Il est où ? C'est pas prêt du tout !
- Avec toutes les visites qu'on a eues ces derniers temps,
on est dans le rush.
Et puis y a des trucs intimes...
- Réfléchissons un petit peu.
- Je peux me faire un café ? - Oui, oui.
J'te montre, viens.
- C'est un peu chelou tous les mannequins non ?
Toi, tu fais quoi exactement avec Michel ?
- Je passe beaucoup de temps,
il a besoin de quelqu'un avec lui,
je lui organise ses trucs, comme le taxi, la valise...
- Comme quelqu'un qui est un peu invalide, il est pas...
Et il te paie quand même ?
- Oui, un petit peu ça dépend, en fonction de ce qu'il a envie.
Et toi tu fais quoi avec la dame ?
- Bah c'est ma tata.
- Ah c'est ta tante ? - Ouais.
- Vous êtes sacrément différents, hein.
- C'est-à-dire ?
- Bah le... la différence de taille.
- Ah de taille.
C'est la soeur de mon frère... Euh, de mon père !
C'est la soeur de mon père ! - T'es sûr ?
- Bah oui ! - D'accord.
- Tu m'avais pas dit que t'avais un neveu.
C'est le fils de ton frère, donc ?
- Euh... non, c'est le fils de ma soeur.
- Ta soeur ?
- Oui. - T'as une soeur en plus ?
Elle te ressemble ta soeur ou... ?
- Un petit peu, un petit peu.
T'as l'air tellement surpris.
- Complètement ! Je m'attendais pas à...
surtout un garçon aussi grand, quoi !
- Ah oui ça, on contrôle pas, hein...
- Vous vous ressemblez pas du tout .
- Tu l'accompagnes aux Antilles ?
- Je, non...
Je peux pas sortir du territoire, j'ai des trucs qui trainent.
- Mais t'es au courant que les Antilles c'est la France.
- Oui, mais je peux pas sortir de métropole.
- C'est fou, tout à l'heure y avait Gaspar Noé.
- J'connais pas moi. - Il fait des films un peu...
ça "ken" un peu dedans et tout.
- C'est vrai ?
- Moi j'aimerais me placer dans les prods de...
Parce que moi je vais te dire... il y a ce qu'il faut, quoi !
- J'vous ai peut-être vu au cinéma. - Ah oui.
- Ouais, sauf les dents.
- Je les ai rangées un petit peu, c'était le bordel.
- Vous avez fait un...
- J'ai mis un truc.
- Moi j'ai laissé tomber les dents, parce que...
- C'est vos dents ça ? - J'en ai plus moi.
- Vous en avez plus ? - Non...
- Prends ton dentier avant de partir.
- Voilà... t'as même pas pensé à mon dentier.
- Mes dents étaient désordonnées.
- D'accord. - Je les ai rangées.
- Avec les mêmes dents ? - Oui.
Au cinéma ils voulaient que je les garde, ça les faisait rire.
- Ouais ? - Oui.
Les gens sont méchants. - Ca faisait un emploi.
- Voilà ! Le gars qui a les dents de travers.
- L'aéroport et puis bon voyage. - Salut, les gars.
- Au revoir. - C'était super.
- Oui, oui, c'est vrai.
- T'en fais un peu trop là... - Hein ? Désolé mais...
- Fais chier, quoi...
J'aurais préféré aller en Israël honnêtement.
Oui, mais il n'est pas question que je vienne pas,
quand je promets, je fais.
Tiens au fait... y a un type, enfin là j'ai pas promis, hein,
ce matin qui est venu me proposer un rôle dans un film.
Il fait pas des trucs un peu osés ? Enfin, porno quoi.
Mon taxi est là, François, donc euh...
- Sans indiscrétion
vous partez où ?
- Aux Antilles.
- Ah, aux Antilles !
Pour les vacances ou... ?
- Non, c'est pour un livre, pour présenter un livre.
Honnêtement j'avais pas énormément envie de partir,
mais bon, on m'a dit qu'il y avait une surprise...
- C'est bien.
La surprise ça peut-être le soleil
de la Guadeloupe.
- Ah ça j'espère, mais ça...
- Je viens d'Haïti
et toute ma vie j'ai été abreuvé par la littérature française,
par tous les grands auteurs.
Victor Hugo par-dessus tout, ou Chateaubriand.
Donc en vous lisant je replonge dans ces années-là.
Même mes enfants... J'ai une fille de 11 ans.
Je commence à l'initier
à la lecture de Houellebecq.
- C'est un peu jeune, 11 ans, quand même.
- Je sais pas qu'est-ce que ça va donner mais...
- Moi je suis créole en fait.
- Ah oui ?
- Oui, je suis né à la Réunion.
- Mais dans vos écrits on a pas cette sensation-là.
Sonnerie de téléphone
...
- Fais chier.
- Donc Aimé Césaire s'est retrouvé dans...
et Léopold Sédar Senghor s'est trouvé en minorité en France
donc ils ont voulu marquer
leur différence en faisant la promotion de la négritude.
C'était une façon de dire,
en fait qu'ils sont là.
Ils sont différents mais ils sont là.
- Salut, Michel. - Salut.
- Comment tu vas ? - Boh...
Un début de journée un peu agité. Et toi ?
- Ca va.
T'as entendu tous les morts qu'il y a eu en Corse ?
Avec l'avion pourri là ?
- Un avion... France Corse ?
- Non, une intoxication, j'sais pas quoi là.
- Une intoxication ?
- Plein de morts en Corse à cause de l'avion pourri.
- C'est quelle compagnie ?
- Non, c'est l'avion pourri qui a tué les gens.
Pas dans un avion, en Corse.
- De la viande ? Ah oui... Je deviens un peu sourd.
Téléphone - Excuse-moi, Michel.
- Je t'en prie.
- Allô ?
(En hébreu)
Musique étrange
Croassement
...
*-Non, monsieur Darmanin,
la république seule n'a pas aboli l'esclavage
par pure volonté émancipatrice.
Si l'évolution juridique de l'esclavage
a été autorisée par le pouvoir...
- Où ils sont ?
...
Vous foutiez quoi ?
- On a été pisser.
Quoi ? - Rien.
- Monsieur, soyez gentil,
expliquez-lui qu'on a été pisser.
- Non, j'ai rien dit. - Arrête !
- On a été aux toilettes.
- Bon...
Vous avez mis longtemps, enfin je veux dire... Bon !
- Dis-moi. - Oui.
- T'as pris le dentier ?
- Ouais.
Musique jazz
- Tu l'as pas mis là. - Ah non, non...
Mais je...
...
*- Vous êtes un Béké. Qu'est-ce qu'un Béké ?
*-Les Békés c'est le... ce sont les descendants
des blancs européens
qui se sont reproduits en race pure dans les colonies.
*-C'est grâce à l'économie esclavagiste
que les Békés ont fait leur fortune.
*Après l'abolition en 1848,
les anciens esclaves deviennent des salariés.
*Mais les Békés restent les maîtres de l'économie.
*-Toute ma vie va être guidée
par cette volonté de sortir du colonialisme
et finalement d'accéder à la liberté.
*Et j'ai toujours trouvé, ressenti une filiation
entre mes ancêtres et moi-même,
entre nos ancêtres et nous-mêmes.
*Et quand je dis ancêtre, je ne dis pas esclave.
*-Pourquoi ?
*-Parce que je n'ai pas d'ancêtre esclave.
*Je dis à tous les Guadeloupéens,
Martiniquais, Guyanais,
nous n'avons pas d'ancêtres esclaves.
*Nos ancêtres étaient des Africains réduits en esclavage.
Musique douce Moteur d'avion
... ...
(En créole)
- Oui.
Il se moque de l'accent.
T'as vu comment il a écrit ton nom ?
- Y a pas de K, c'est déjà ça.
- On arrive. On arrive.
- OK. - Mais... tranquille.
Il parle créole.
- C'est un poulailler. Y a des poules.
- Y a des poules là-dedans ? - Ouais.
- C'est pour nous ça ? - Oui, je vois pas qui d'autre.
- Regarde la poule, avec ses poussins et tout !
- Qu'est-ce qu'il dit là ? - Je crois qu'il faut qu'on arrête
d'admirer les poules et qu'on y aille.
A la Guadeloupe.
Musique détendue
Oh, pouah...
- Il pleut !
Incroyable ça.
C'est merdique comme temps, non ?
- Ouais, j'avoue, il fait...
- Je croyais qu'il faisait beau tout le temps.
- On peut pas ouvrir les vitres à l'arrière ?
- Ils m'avaient dit : "Une voiture climatisée attendra..."
- Oui, on avait prévu
une voiture climatisée et là, y a pas de clim.
- Je crois qu'il se fout de notre gueule.
- Hein ?
- Il a dit : "On va arriver tout à l'heure".
C'est pas une information, quoi.
- C'est un foutage de gueule...
- Allez.
On arrive quand ?
- J'comprends pas le créole.
- On a très chaud,
la clim ne fonctionne pas !
- Là c'est une punition quand même !
- Ah il est bon, regarde Mimi !
Sonnerie de téléphone
...
Il souffle.
C'est le cousin de ma femme.
J'aurais jamais dû lui dire que je viens ici,
il m'appelle toutes les deux secondes.
- La famille, ils peuvent être chiants.
- Putain...
Il parle créole.
- Oui, on est content. - Ouais, on est content...
Musique traditionnelle créole
...
Ah c'est beau !
Le panoramique, il est extraordinaire !
- Oui, oui, ça s'arrange, oui.
- Y a de quoi faire la bringue là !
(En créole) - Y a toute sorte de vin.
- Louis Roederer, machin, Moët et Chandon, y a tout, quoi !
C'est du vrai bois ? C'est un vrai arbre ?
- En bois de roche. Bravo, hein.
On toque.
...
- Quand vous rentrez, vous pourriez frapper avant ?
- Faut aussi attendre que j'aie dit d'entrer.
Donc ça va ? - Oui ça va.
- A tout à l'heure.
(En hébreu)
T'as rien pris à boire ?
- Ah non, j'ai oublié.
- Elle est bien ta chambre ? - Vachement bien !
Ils m'ont mis un bol de préservatif.
- Pourquoi j'en ai pas moi ? - Je sais pas.
- Tu le connais, Michel, le monsieur, là ?
Il arrête pas de me faire des signes.
- Réponds pas.
Réponds pas... - Hein ?
- Réponds pas ! - Si, il a l'air drôle.
- Hello hello, je suis Franck, voilà !
- Enchanté. - Bonjour.
Vous avez vu Blanchette ? - Blanchette ?
- Blanche Gardin. Non ?
Toute la matinée elle a appelé Franck Dubosc.
- Je connais sa femme.
Elle a passé le permis chez moi,
donc je le connais.
- Bon ben moi juste pour vous dire,
donc je travaille avec Blanche Gardin,
dans le genre...
assistant.
Je voulais vous dire aussi
que j'ai lu tous vos livres
et que voilà, je trouve que vous êtes le meilleur.
- Ben merci c'est très gentil.
- C'est sincère, c'est sincère et voilà.
On pense bien sûr à André Gide, bien entendu.
Et Dostoïevski, bien sûr !
Il bafouille. - Ah j'le connais Dostoïevski.
- Oui ? - C'est le gars
qui joue aux cartes ?
- Oui. Non ! Mais non.
- Dostoïevski joue aux cartes.
Téléphone Au poker.
C'est un joueur.
- Oui, il a écrit Le joueur .
En fait dans Le joueur il joue plutôt à la roulette...
- Excusez-moi !
- Ah ! Oui ?
Allô ?
C'est d'accord, je passe tout à l'heure,
à l'heure prévue. - Tu veux te baigner ?
- On peut aller dans l'eau.
- Euh... C'est obligé ça ?
Non, mais on aurait pu me le dire avant, c'est tout.
A tout à l'heure.
- Ya !
- C'est vraiment obligatoire
le costume ?
- Ah ouais ? - Ouais.
Alain Finkielkraut, il portait
le costume traditionnel ?
- Vous avez des photos ?
- Michel ! Viens nous rejoindre, elle est bonne !
- Bon bon bon.
- Allez mon Mimi !
Saute dans l'eau, elle est bonne !
Viens, mon Mimi !
Rires
Oh c'est une star ! Le plongeon qu'il m'a fait !
- Oh, sort ! - Laisse...
- Y a un problème.
- Mais non, y a pas de problème. - Mais si...
Musique inquiétante
...
- Michel ?
Michel, ça va ?
- J'suis mort là ?
- Comment ? - J'suis mort ?
- Non, non, vous êtes pas mort.
Pourquoi vous dites ça, qu'est-ce que ça...
ça change avec d'habitude là, ce que vous voyez ?
Je suis Blanche, vous savez ?
La présidente du jury, c'est moi.
On est en Guadeloupe.
- Oui, vous êtes Blanche... Blanche Gardin.
- Gardin, voilà.
Vous nous avez fait peur.
Vous êtes pas très bon nageur.
- Je sais pas nager en réalité.
- Faut faire gaffe ici
parce qu'on est sur une île, tout autour c'est de l'eau.
Vous voulez un petit remontant ?
Un planteur, ça va vous faire du bien.
- On va mettre le peignoir. - Doucement. Ca va ?
- Ouais, on va arranger ça avec un punch.
- Super. Tenez, Michel.
- Attention, t'as bu 3-4 rhums dans la limousine.
- Trois, quatre ? - Ouais.
- Ah oui, déjà ?
C'est la première fois la Guadeloupe ?
- Moi oui, mais je connais beaucoup de monde qui vit ici.
Dans la communauté y a au moins 100 familles ici.
- Quelle communauté ?
- Luc est juif.
- C'est vraiment obligatoire leur histoire de costume là ?
- De costume ? - Costume traditionnel guadeloupéen.
- J'suis pas au courant.
- Je suis pas au courant non plus mais...
Je sais même pas ce que c'est.
C'est du madras ? C'est quoi ?
- Je le sens pas trop, parce qu'on va m'accuser...
C'est peut-être comme la dame.
On va me dire c'est pas légitime.
Comme j'ai appris que Finkielkraut l'avait porté,
ils vont faire l'amalgame.
- Dites que vous voulez pas le porter,
vous avez pas un corps de Guadeloupéen.
- Non, du tout.
- Vous avez un corps plutôt du secteur tertiaire.
- C'est un punch préparé à base d'écorces
d'oranges séchées. - Oranges séchées.
- C'est des punchs qu'on peut boire en apéritif ou en digestif.
- Ah, c'est pratique ça.
- Ca sent très bon.
- Merci. C'est beaucoup !
- "Lehaïm", ça veut dire à la vie.
- Lehaïm. - LEHAIM.
- Luc, tu prends du gingembre aussi ?
- Moi j'utilise une cigarette électronique
avec un e-liquide avec de la DMT dedans.
C'est un hallucinogène surpuissant. - De la drogue.
- C'est intéressant la DMT parce que...
ça reproduit l'expérience qu'on fait quand on meurt.
Moi je vais goûter le maracuja.
- Moi un troisième mais pas plus,
parce qu'après... - Avec ce qu'il se passe
en ce moment... - Y a toujours des évènements.
- Les évènements par rapport à... ?
- A rien... - A rien, oui...
- Qu'est-ce qui s'est passé, Michel ?
- Vous en avez entendu parler ?
- Bien sûr,
moi j'attendais le moment propice, mais ça m'ennuie un peu.
- Non, non, mais c'est...
- Qu'est-ce qui vous ennuie, Blanche ?
- Bah ça m'ennuie, au moment où on m'a proposé de faire le jury,
la présidente du jury,
Michel il était dans la shortlist du prix Nobel
et là j'apprends qu'il se bourre la gueule
avec Michel Onfray et...
qu'est ce qui s'est passé, Michel ?
- On s'est euh...
Tintement de cymbale
...
Grésillement
- Mais dans ce cas-là faut pas se faire enregistrer.
- Non. Mais ça a rien changé en fait.
- Entre Michel et vous ?
- Non, dans la vie en général.
- Ca change quand même des choses.
- C'est une blague.
- Quand vous dites que c'est une niaiserie,
l'assimilationnisme, je suis pas d'accord.
C'est pas une niaiserie. - Si.
- Oui, c'est idiot.
- Ecoutez les rebeus des villes communistes.
Qu'est-ce qui vous effraie chez les musulmans ?
- Rien.
- Vous avez peur qu'ils vous empêchent de boire
s'ils viennent...
C'est le mal musulman qui vous fait peur, c'est ça ?
- Non, non. Même pas, non.
- Vous avez peur des gens qui sont bons en sport.
- Non, non, ils sont pas très bons en sport, d'ailleurs.
- Pourquoi ? Ils sont bons en sport de quoi ?
- J'essaie de comprendre ce qui peut inquiéter Michel.
- Mais je suis solidaire de mon...
- Les Français de souche, c'est ça ?
Mais les Français de souche, vous savez Michel
je crois pas qu'ils veulent la guerre avec les musulmans.
Comme tout le monde,
ils veulent pouvoir donner à manger à leurs gosses.
Vous êtes allé voir les ronds-points ?
Les Français de souche...
- J'ai des potes maghrébins qui y sont.
- Oui enfin bon, c'est quoi les Français de souche ?
Ils veulent une pompe à bière et un écran plasma.
Dans l'entretien, surtout c'est des Chinois.
Vous êtes persuadé que les Français
préfèrent les Chinois aux musulmans.
- C'est évident. - Ils n'aiment pas les Chinois.
C'est parce que vous êtes marié avec une Chinoise ?
Les 50 personnalités préférées des Français,
y a pas de Chinois. - Y a pas de personnalité chinoise.
- Y a Omar Sy, y a des...
- Y a Jean-Jacques Goldman.
- Je ne fais pas d'interviews moi,
je ne donne jamais mes vraies opinions sur les choses,
c'est ça votre problème.
Arrêtez de donner des interviews.
Vous êtes un écrivain fabuleux,
écrivez des livres et fermez votre gueule.
Ca ne m'intéresse pas de savoir ce que je pense moi-même.
On peut regarder le soleil
s'il est reflété dans un lac.
Je me dis chouette, je me fais une espèce de méditation
contemplative devant le soleil.
Le soir, je commence à avoir une gêne à l'oeil
et je vais regarder
dans le miroir grossissant.
Ma pupille y a quelque chose dessus.
Et je prends un espèce de coton-tige
et je prends ce qu'il y avait sur la surface de l'oeil...
J'ai été aveugle pendant 3 jours, j'ai dû mettre un masque.
- Quoi ? - Une horreur, une horreur !
- Mais c'était quoi alors ?
- Bah en fait c'était
un coup de soleil de la cornée.
- Du coup tu pelais de la cornée.
- Il fallait du noir total pendant 3 jours.
- Moi je préfère qu'on me coupe la bite.
- Hein ?
- Je préfère qu'on me coupe la bite, basta.
Mais je veux avoir mes yeux. - C'est con,
moi je préfère me suicider que d'être aveugle, quoi !
- Je vais pas te couper la bite.
- Je préfère être aveugle qu'on me coupe la bite !
- Moi ça dépend, mais j'ai plus de libido
donc on peut me couper la chatte, je m'en fous !
- Ca peut revenir. - Ca peut revenir.
La libido revient, mais fulgurante.
- Toi, tu baises tout le temps. - Je baise pas tout le temps.
J'vous raconte un truc un peu...
J'ai rencontré un mec, voilà, qui me drague.
Tu vois Luc, j'y vais. Ca se passe très bien.
Et le mec me refile la variole du singe, tu vois.
Et la gale.
Après j'ai fait une neuropathie de classe C...
- Moi j'ai attrapé la ch'touille dans un train.
- Après j'ai fait un zona.
Parce que je suis atteint à la base
d'une érythrodermie ichtyosiforme congénitale à forme bulleuse
C'est une maladie orpheline.
- Elle est pas orpheline tant que ça.
Mais c'est une maladie orphe... - Vous êtes deux quand même.
- Rien à voir.
- Depuis combien de temps vous vous connaissez toi et Michel ?
- On a été embauchés
par un avocat véreux
payé par François Hollande pour enlever Michel.
- Oh, la vache !
- Et on a lié d'amitié.
Téléphone
- Oh putain... Oh j'le crois pas !
- A l'époque, François n'avait pas compris
qu'il avait aucune chance, quoi. - Ben non.
- Il était inquiet de ma candidature. Que je me présente ou pas,
il avait perdu.
- Quelqu'un veut de la DMT ?
Il faut maintenir...
le bouton qui est là.
Pendant que tu prends la taffe.
Oui... Stop, stop.
- Mais j'aime pas, je sais pas ce truc...
- Tu veux ?
- Pour l'instant, rien m'apparaît, y a pas Dieu, y a que dalle...
- Ouah ! Rires
- Ca va ?
- Qu'est-ce qu'il fait lui ?
Luc ? Oh ! - On est là, Luc. On est là.
C'est l'hallucinogène le plus puissant...
Tu peux pas faire plus. Rires
- Putain...
...
- AVALE !
- Avale. - Arrête de recracher la fumée.
- Avale.
- Faut appuyer sur le bouton.
Appuyez... - Attention.
- Appuyer. - Pas trop plus.
- Appuyer...
- J'avale ce que vous voulez, faites pas chier.
- Moi aussi je peux le faire.
Regarde.
- C'est trop compliqué pour moi.
- Impossible que ça te fasse rien.
Il parle créole.
- La réunion pour le Jury.
- Déjà ? - Ouais.
- Maintenant là ? - Ouais.
- Bon, ben...
- Franck, chope des champignons.
- Donne-moi ça. - Non.
Tu trouveras pas du e-liquide ici.
Chope des champignons.
- J'ai tout regardé... - Tu te fous de ma gueule.
T'y connais rien. - Ce genre de bagnole...
- T'as vu ce temps de merde ? - Ouais...
- On crevait de chaud, et maintenant il pleut...
- Remarque, c'est joli la brume.
- Cornélius, c'est moi qui vais conduire.
- Excusez-moi, il faut que je sois
avec le jury dans 20 minutes,
vous m'emmenez ? La bagnole est en panne.
(En hébreu)
- C'est bon, Franck !
Moi aussi je parle une langue étrangère. Les clés.
- Je suis en retard et on y va tous ensemble
dans la même voiture.
- Oui, vous inquiétez pas.
- J'ai trois auto-écoles à Paris.
- Ca prouve rien, vraiment...
- J'en avais pris une fois en omelette
mais ça m'avait pas vraiment réussi. Remarquez,
c'était peut-être les oeufs.
Téléphone
Voilà mon expérience des champignons.
C'est super surfait tout ce qu'on raconte,
le LSD tout ça. - Allô ?
- Vous écrivez à jeun vous ?
- Complètement. A part Burroughs...
- Madame Gardin ? - Oui ?
- Ca vous dérange pas
si on s'arrête 5 minutes, j'ai un paquet à récupérer
pour la soeur de ma femme. C'est juste à côté.
- Mais j'ai rendez-vous avec le jury, dans à peine un quart d'heure.
- C'est sur le chemin, vraiment 5 minutes,
le restaurant de mon cousin est là.
Un coq chante.
- C'est vous qui présidez le jury pour les sosies ?
- Oui, vous venez de comprendre ?
- Y en a combien à peu près ?
- De ? - Bah de sosies.
Klaxons - Ah ! Une dizaine, je crois.
- Ah c'est tout ?
- Ouais. C'est drôle d'avoir fait ça, non ?
... - C'est pas mon idée, hein.
j'avais pas vraiment envie de venir...
J'avais pas du tout envie de venir.
J'ai annulé un voyage une fois.
Quand François Hollande m'avait fait enlever.
- Ouais. - J'étais enlevé...
On toque. Oui ?
(En créole)
- Qu'est-ce qu'elle a ?
- Je la connais pas. - Qu'est-ce qu'elle veut ?
- Excusez-moi, je parle pas votre langue.
- Je comprends pas.
- J'ai rien compris.
- Mais non, vous sortez sans problème.
- Je vais aller chercher les clés.
Dans le restaurant.
- Complètement conne !
- Elle est con. Mais elle est con.
- C'est là qu'il est allé, Luc ?
Il bute sur un objet. Luc ?
- Y a une chieuse.
- Luc ?
- Luc.
- Y a quelqu'un ?
Elle toque.
Luc ?
Musique mystérieuse
...
Il parle hébreu.
...
...
...
...
...
Il gémit.
...
- Il faut qu'on déplace la voiture.
- Luc,
on gêne là. On y va.
...
- Putain je vais gerber. - J'ai besoin de boire un truc.
- Putain, elle a appelé un flic ! - Non !
- C'est bon, le monsieur avec les clés arrive.
C'est bon, monsieur ! - On a les clés.
- Doucement, madame.
- C'est faux.
- J'ai jamais dit conne.
J'ai jamais dit conne.
- Dis donc ! Putain, merde !
- Vous l'avez frappée là ! - Non !
- Elle a pas fait exprès.
- Madame, vous allez vous nettoyer.
Je vous arrête tous les deux, vous me suivez.
Monsieur, s'il vous plaît, vous venez. Monsieur, vous venez !
- Enfin, c'est ridicule,
vous avez pas le droit de faire ça.
On est pas des animaux ! - Ca ne se fait pas, madame,
vous l'avez frappée. - Attendez. Ca va pas ?
Aïe !
- Baissez-vous, monsieur. - Aïe. Ca fait mal !
- Je suis Blanche, monsieur,
et c'est Michel Houellebecq.
- Je crois que je vais pas rester...
J'aurais pas dû venir. Coup de feu
C'était pas un coup de feu là ?
... - Deux.
...
C'est quoi ce bordel, Luc ?
Grognement d'effort
...
- Allez, on y va ! On se taille ! Allez !
Allez.
- Va falloir nous expliquer là.
- Y a rien à dire, vous avez vu comme moi !
- Ben si justement, y a beaucoup à dire là !
- Voilà.
- C'est un accident, le mec a glissé, il est tombé.
- En plein sur la machette, et ça lui a fendu le crâne.
- Ca tient pas la route, personne va nous croire là.
- Bon écoute, la machette OK, mais le revolver ?
- C'est à l'autre connard, là.
- Y a eu 3 coups de feu. - Oui.
Faut nous expliquer. - Le flic, il est avec Samy.
Il est en train de régler tout ce bordel, d'accord ?
- Vous êtes vraiment très évasif avec lui quand même,
vous le connaissez depuis longtemps, vous pourriez un peu le bousculer.
- Il a des obligations par rapport à sa famille
mais lui, lui, il est bien.
- Comme dans la mafia quoi.
- C'est pas la mafia-mafia.
- C'est la mafia juive.
- Tout de suite, la mafia juive.
- Par rapport à la mafia plus napolitaine qu'on connaît.
- Non, il est pas Napolitain ça c'est sûr !
- Et si le mieux ce serait pas d'aller à la police ?
- Hein ?
Avec ce qu'on a dans le sang !
- Non, mais...
- Et là... on dirait quoi aux flics ?
- Ils ont sûrement les clés.
Ils nous détachent et c'est bon.
- On dira qu'on les a mis nous-mêmes pour faire
un truc rigolo de performance. De...
- Ouais...
Musique étrange
Cris lointains ...
... ...
- Putain y a déjà de la presse.
- On va faire ça en attendant.
On va se tenir la main.
- Une question, monsieur Houellebecq,
à propos de ce que vous avez dit à l'autre Michel ?
- Allez, dégage ! Il proteste.
- La liberté de la presse !
- Ta gueule !
- Blanche ! Blanche ! Un petit mot ? Un petit mot ?
Il proteste.
Vous voyez là, hé ! Ca, c'est pas normal !
- C'est vraiment le vrai ? - Ah ben je pense, hein.
- Le vrai Houellebecq. - Oui, oui, c'est le vrai.
- Vous avez eu un souci sur la route ?
- Tout va bien.
- OK. - Un petit peu.
- Je suis tout petit moi.
- Je suis là ! Vous étiez où ?
- Putain, Franck !
- Après j'suis parti avec la Range direct,
j'avais mal branché la clé. Bref...
- Franck ? - Oui.
- Tu pourrais demander à Cornélius des pinces coupantes ?
- Des pinces coupantes ?
On est à la bourre,
moi j'suis un peu stressé finalement.
Merde, c'est pas le bon escalier.
On descend.
- C'est pas possible ! - Désolé.
- Et le journaliste ?
- Je l'ai retardé, on verra après.
Allez. On y va, on y va.
Voilà, les voilà.
- Bonjour ! - Voilà.
- Bonjour. - Ca y est, on les a retrouvés.
Je sais pas où ils étaient. On était perdus.
- Enchanté. Ichon, enchanté.
Alors il y a Ichon, Sandrine... - Bonjour...
Céline. - Bonjour, Céline.
- Sarah, bonjour. - Bonjour, Sarah.
- Et c'est vous, Jacqueline, pardon, je m'étais trompé.
- Des menottes !
- On s'est dit qu'avec Michel ça serait rigolo...
- On fait un truc un peu...
- D'apparaître avec les menottes sur scène...
- Vous êtes venus liés, attachés.
- Oui, une image rigolote.
- C'est par rapport
à l'image du couple ?
- Ca serait drôle que je vous délivre.
Un homme noir qui vous délivre, ça peut être cool, non ?
- Ah oui, d'accord...
Par rapport à l'esclavage ? - Libération...
- Oui, oui, pas mal.
- Oui, oui. - Il libère un blanc.
- Tu vois, l'inverse ! - Voilà.
- Juste un petit détail :
on attend la metteuse en scène, Nathalie.
- Oui.
- Tu voulais que je dise metteuse en scène.
- C'est elle qui insiste pour dire metteuse en scène.
- On dira tous metteuse en scène
puisqu'on dit metteuse en scène maintenant.
Donc, euh...
Pour moi on l'a toujours dit. - Non.
Moi quand j'étais petit on disait metteur en scène.
Metteuse, j'ai appris ça il y a une semaine.
- C'est pas parce qu'on faisait pas avant
que maintenant on doit pas changer.
- En même temps il y en avait pas avant.
- Y a une femme sosie. - Ah oui ?
C'est bien ça. - Vous ressemblez à Françoise Sagan,
moi je trouve.
- Dans les yeux. - Dans les yeux. C'est important.
Ils trinquent.
- Vous avez eu écho de ce qu'il s'est passé avec Michel à Paris ?
- Vaguement.
- Attendez,
je vais m'écarter un peu.
Je vais assurer le truc de ce soir,
les sosies, je vais le faire,
mais je me fais un peu chier
et il s'est passé plein de trucs fatigants.
- Les sosies, c'est cet après-midi. - Tout de suite ?
- Ah oui.
On va continuer avec les menottes pendant les sosies aussi.
- Franck va trouver une pince coupante
et tout va bien aller.
- Je vous présente donc Nathalie Coueslant.
- C'est Coualy ! - Coulis.
- Non. Coualy.
- Coualy, donc Nathalie Coualy,
la metteuse en scène, et ça je crois que vous y tenez.
- Pas particulièrement, metteur, metteuse, non.
- Non ? Ecoutez,
dans ce cas-là, je vais te laisser
présenter les choses naturellement.
- Merci beaucoup.
10 sosies vont venir se présenter devant vous
les uns après les autres.
Et puis ensuite on va arriver avec un débat,
avec Michel et le public.
- Non, ça fait extrêmement longtemps que je ne fais plus de débats.
- Il y a un question/réponse avec le public,
et ça votre attaché de presse l'a validé,
nous n'avez pas eu le déroulé ? - En fait...
- On s'est laissé piéger, vous êtes au courant pour Michel ?
A Paris ? - Avec ? De ?
- Le 2e Michel, l'espèce de salope ! Qui l'a enregistré...
- C'est pas entièrement de sa faute.
- N'empêche qu'à cause de lui on a des problèmes.
C'est bien ça, Michel ?
- C'est vraiment mieux si y a que le travail qui parle pour nous.
J'pense que dès qu'on parle
sans être dans notre travail, on dit des conneries.
C'est mieux si on répond pas à des questions.
- Je pense que le public pourra comprendre,
de respecter leur décision et leur position.
Au public de comprendre
s'ils ne veulent pas de questions.
- On va garder les questions
mais Michel répondra pas juste.
Le public peut poser des questions. - Voilà.
- Michel dira "Je vais réfléchir,
c'est des questions intéressantes mais..."
- Mais si on a affaire aux journalistes,
qui ont demandé pour l'histoire de Michel, ça va pas le faire !
- Mais la bonne nouvelle,
la bonne nouvelle, c'est que
pendant l'intermède il va y avoir Francky Vincent.
- Ouah... - Et puis...
- Francky Vincent. Le vrai Francky Vincent.
- "Fruit de la passion". - "Le zizi" !
- Il chantera autre chose.
- Et Francky Vincent est très connu en Guadeloupe.
- Il a eu la médaille des Arts et des Lettres.
- Chevalier d'Art et des Lettres.
- Chevalier, oui. Merci, Blanche.
- Michel ? - Oui.
- Je voulais vous poser une question. - Oui, oui.
- Par rapport à ce qu'il se passe dans la société,
tous les mouvements autour des femmes, tout ça.
Quand on lit vos romans,
on a pas l'impression que ça soit pour vous
vraiment une priorité, la parité.
Voilà, je sais pas,
je voulais savoir ce que vous en pensez.
Est-ce que je me trompe, est-ce que c'est...
Que pensez-vous de la position des femmes dans la société ?
Des mouvements féministes...
- La question du Noir aussi, ça peut être intéressant.
- Oui. - Pendant le show.
L'esclavage, le colonialisme, tout ça.
- On peut même élargir à la femme noire.
- Oui, la femme noire.
C'est de ça qu'elle parle, justement, de la femme.
- Et du noir.
- Et du noir et de l'homme noir et de la femme... Oui, oui.
...
- Oh... Elle urine.
Oh là, là, c'était pénible.
Ca soulait, hein !
Non, mais tu vois,
moi j'ai été en couple très très longtemps
parce que j'étais persuadée
que j'avais la phobie de la solitude,
j'étais persuadée que je ne pouvais pas être seule.
Et j'ai découvert après qu'en fait,
ce qui me faisait vraiment peur,
c'était le sentiment de solitude quand on est avec quelqu'un.
Tu vois ?
- T'es pas faite pour être seule. Je te vois pas comme ça,
mais alors du tout.
- Pourtant, je suis très seule, Michel.
- Peut-être,
mais je ne pense pas que tu sois faite pour ça,
peu de gens sont faits pour ça.
Souvent la femme aime beaucoup au début.
L'homme l'aime à la fin,
parce qu'il est reconnaissant de ce qu'elle a fait pour lui.
Et des fois ça se croise
et l'homme l'aime trop tard,
ils s'aiment pas en même temps et ça rate.
- Oui. - C'est super triste.
Moi je suis pas fait pour ça.
- Tiens pisse !
Elle tire la chasse.
- Ca sert à rien,
j'arriverai pas à pisser.
Euh... Non, ça sort pas.
- Il va falloir que ça sorte,
tu peux pas t'inonder de pisse
à l'intérieur de toi.
Tu vas pisser dans ton pantalon...
- Sans faire exprès, oui.
J'suis désolé, j'y arrive pas.
C'est pas la peine que j'insiste. Je la remets hein, ça pissera pas.
- C'est pas grave, ça arrive à tout le monde.
Tu veux faire autre chose ? - Bah encore moins...
Tu... Non.
- Pour moi le caca, c'est de l'énergie c'est tout.
C'est comme l'argent.
- Je vois pas le rapport là.
- Pour moi c'est pas sale.
J'ai pas vraiment de problème avec ça,
je fais des randonnées, je vais dans les refuges.
La nuit dans les refuges
on a pas envie d'aller dehors parce qu'il fait trop froid...
J'ai plus besoin d'être avec quelqu'un.
J'ai besoin d'être avec mon chien et souvent dans la nature.
- Ton chien c'est pas quelqu'un ?
- Bah,
c'est pas quelqu'un non, c'est un animal.
- Où est la différence ?
- Bah la différence c'est que...
Elle m'aime tout le temps pareil, tu vois ?
- Et les gens sont pas capables de faire ça ?
- Non, avec quelqu'un, je dois tout le temps...
Il faut que je me fasse aimer
alors qu'avec mon chien...
- Non, c'est pas vrai.
- Ca circule toujours l'amour entre ma chienne et moi,
alors qu'avec un être humain non.
- Mais tu te dis pas que l'autre t'aime et c'est tout ?
- Tu prends un, deux, trois rhums.
- T'es bourré. - T'es bourré.
- Après tu laisses descendre tranquille.
Tu sens que t'es bien, t'en reprends trois autres
et donc du coup ça te crée un truc un peu...
Là je pourrais en reprendre trois.
- Trois ?
- T'attends trois heures, t'en reprends trois,
et rebelote, ça fait neuf.
Ah ! Bonjour Rio.
- Ah ! Salut.
- Le journaliste
qui va couvrir tout l'évènement.
- Désolé, y avait une alerte à la bombe à l'aéroport
et avant j'étais à un mariage
à Saint-Barthélemy. - Ah, c'est bien.
- Très joli. - Alors attends,
faut que je trouve Blanche tout de suite,
elle était aux toilettes, je vais la chercher.
- Vous êtes là pour le concours de sosies ?
- J'accompagne Houellebecq,
j'suis son garde du corps et son ami.
- Je pourrais avoir une interview de lui ?
- Non, il donne plus d'interviews.
- Mais faut plus prendre d'anxiolytique,
faut prendre de la MDMA.
- C'est quoi ? - Des ecstasys.
- Blanche ? Rio Marie-Magdeleine.
- Ah oui, pour l'interview. - On s'était rencontré
y a 7 ans. - Répétition dans une heure.
- Oui, Nathalie, bien sûr.
- Je m'attendais pas que...
On peut faire une interview croisée ?
- C'est pas possible !
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je fais que de courir.
J'ai trouvé un endroit tranquille pour l'interview, on va y aller.
- On fait ça. - Merci.
- La première question,
c'est si...
vous deviez vous lancer dans la chanson...
Qu'est-ce que vous chanteriez ?
- L'opéra.
- Quand même ?
- Oui, l'opéra lyrique, sûrement.
Il rit.
- Vraiment ? Blanche Gardin à l'Opéra de Paris.
...
D'accord.
Je voudrais savoir si votre proximité
avec Michel Houellebecq
vous donnerait envie de passer à l'écriture, un livre ?
Livre autobiographique, ou un recueil
de vos plus belles vannes. - Un recueil de vannes ?
- Et une première date en Guadeloupe, pourquoi pas ?
- Je me déplace assez peu en tournée, je fais vraiment le minimum.
J'aime pas tellement partir sur les routes
avec ma valise de blagues.
- Vous pensez quoi de ceux qui militent,
qui vont au bout de leur engagement comme Frantz Fanon ?
- Oh rien, rien, vraiment rien.
- Puisqu'on parle d'histoire, sachez que
Frantz Fanon était dans la même école qu'Aimé Césaire.
- Ah ouais ?
- C'est comme si vous aviez été élève avec Jean-Marie Bigard.
- Ouais.
- L'indépendance de la Guadeloupe, pourquoi seriez-vous pour ?
- Mais les humoristes doivent faire leur job d'humoriste
et faire marrer les gens, ça sert à rien de...
- Y a pas des messages à faire passer avec l'humour ?
- Non. - Liberté,
l'indépendance, que chacun puisse prendre...
- Mais non, je suis désolée mais...
- Mais votre sentiment d'humoriste compte également, ça a du poids.
- Mais je m'en fous, Rio, je m'en fous de ça !
Excusez-moi, je suis désolée,
c'est pour ça que je ne fais pas d'interviews parce que...
- Je viens de Guyane, mais on peut comprendre ces combats
qui sont menés en Guadeloupe.
Vous pensez qu'ils ont raison et devraient aller jusqu'au bout ?
- Oui.
- Quitte à bloquer, quitte à...
- Faut qu'ils y aillent, bien sûr, à fond ouais.
- Quitte à brûler,
même bloquer le pays économiquement ?
Pour vous tous les moyens
seraient bons pour y arriver ?
- Ecoutez, si c'est ça qu'ils veulent, bien sûr !
- Y en a qui seront contents
que vous militez
pour l'indépendance de la Guadeloupe.
Vous comprenez de type de combat
et c'est surtout ce qui est important.
- Oui.
- J'ai une question à vous poser.
*J'ai une question.
*Vous qui brandissez sans cesse Liberté, Egalité, Fraternité,
les valeurs de la République,
êtes-vous prêt à nous accompagner dans un combat
justement pour annuler les lois
qui ont indemnisé les propriétaires d'esclaves en 1848 et 1849
alors que nous sommes en République,
et pour remettre en état les choses,
pour restituer les terres acquises de façon criminelle.
*Voilà une belle question !
- C'est tout ce que je ne veux pas.
Musique douce
...
- Ah.
- Ouais, la pince. OK, allez.
- Merci, Cornélius. Téléphone
- Allez. - Allô ?
- On peut vous libérer, asseyez-vous.
- Allez.
Prêt, Michel ? - Boh...
Oui...
- Faut appuyer.
- Ca marche pas, sa merde, là !
- Cornélius !
- Il est reparti, Cornélius. - Hein ?
- Il est reparti. - Mais où ?
- En bas, j'ai pas compris. Il a dit le mot "Police".
- Oh non... - Oh putain !
- Ca y est, j'y retourne, attends !
- Luc, une dernière fois.
T'as tué personne récemment ?
- Tu vas pas recommencer avec ça...
- On a rien fait, Michel.
- Non, rien.
- Putain Michel, Michel...
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Bonjour, Police nationale.
- Bonjour.
- Un de nos collègues a disparu. La dernière fois qu'il a été vu,
c'est rue de la plage à Saint-Félix.
Une limousine a été signalée, gênant la porte d'un garage
et la propriétaire
dit avoir été agressée par une femme.
La victime n'a pas voulu porter plainte.
Après vérification,
la limousine a été louée
par Tiago Loc, une société dont le gérant
est Cornélius Joby
ici présent. - Non, non, non.
- C'est pas vrai ? - Non.
- La plaignante dit que
vous avez parlé à notre collègue.
- J'ai crevé le pneu devant le garage.
Et pendant que je changeais le pneu, la toxico,
la folle a sauté sur madame Jardin.
Là, votre collègue, il est arrivé.
J'ai changé le pneu point,
voilà. Michel...
- Son témoignage... - M. Joby...
- C'est exactement ça qui s'est passé.
(En créole) - On te connaît bien.
On a un beau dossier, il manque juste à te passer les menottes.
Ils discutent en créole.
- Il dit que vous aviez des menottes
et qu'il est allé chercher des pinces coupantes chez son frère.
- Ce qu'il s'est passé
c'est que Luc a un cousin,
c'est le cousin de sa femme
qui a un restaurant dans l'île.
Et le sol de son restaurant
était un peu glissant,
et il y avait une machette qui était mal rangée...
Explosion au loin
... - Putain...
Sirènes
- C'était une grosse explosion.
...
- Qu'est-ce que t'allais lui dire là ?
- Mais non, elle m'aurait pas cru, Luc !
- Devinez, devinez !
Le mec est en bas !
Y a un rasta man
qui nous a trouvé des champignons.
Je te mets, attends.
Michel, voilà...
- Tu dis qu'on nous dérange pas.
- Je garde ça avec moi.
- Bisous.
- Je suis pas sûr que ça soit une bonne idée.
Il y a une enquête de police en cours,
il nous faut
un peu de capacité de réflexion.
Pas partir dans les vapes, quoi.
- Tu comprends pas les psychédéliques.
Ton cerveau va être connecté.
- A quoi ?
- Je vis dans le Berry. - C'est où ?
- C'est dans le centre de la France...
C'est...
- Elle est belle ta médaille. - Merci.
Tu vois quoi ? C'est la sirène. - Oui.
- C'est ça, tu t'es reconnue.
- Dès qu'on parle de quelque chose, c'est une catastrophe, c'est grave.
Tout est grave, même la gay pride.
Avant, c'était léger, la gay pride, on riait.
Non, maintenant c'est grave.
- Même le Mariage pour Tous, c'est du grand n'importe quoi !
*Musique légère
*...
Tu fais quoi là ?
- Tu me bouleverses.
- Tu vas me lâcher la main, ouais.
- J'me sens bien avec toi, c'est tout. Je...
- On prend pas la main des gens comme ça,
c'est un truc de tapette ça.
- Oh c'est bon, j'suis pas une tapette.
Il souffle.
J'ai un coup de chaud.
- D'accord, n'en parlons plus.
Mais t'arrêtes ça, recommences pas sinon j't'en colle une, OK ?
On va se reconcentrer sur le coupe boulon.
Explosion
Musique étrange
...
Elle soupire.
Elle hurle.
- Je les ai.
Le public est là, on commence dans 30 minutes.
- Vous avez chaud M. Houellebecq.
- Vous avez pas pris des champis ? Ils sont chelous ici.
- Non.
- Ah...
La poule caquète.
Respirations haletantes
- Vas-y, allez !
...
Téléphone
...
C'est Samy, putain...
Allô ?
(En hébreu)
On toque à la vitre.
...
Regarde qui c'est.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Bonjour. - Bonjour.
- Ca vous intéresse des tresses ?
- Des tresses ?
- Des tresses, de couleur, très beau.
Votre ami, il a de super beaux cheveux.
- On a pas le temps. - Ca lui irait super bien.
- En combien de temps... - En une demi-heure...
- Et plus court, en 20 min ? - 20 min, exceptionnellement.
- Ca t'irait vachement bien ! - Non.
- Oh si... - Non.
Brouhaha
...
- Hein ?
- Ils sont pleine descente mais ça va aller.
- Ouais... - Ils se sont drogués !
- Oh mon Dieu...
Musique intrigante
...
Acclamations
...
Rires
...
- Oh là là...
- C'est sa mère ! - Ah...
Voix déformée *Merci Michel.
*C'est le concours des sosies de Michel.
*Et nous,
on va juger des sosies le meilleur.
*Le meilleur qui ressemble le mieux...
Rires à Michel.
*Avec mes jurés qui sont là...
qui peuvent se lever.
Applaudissements et acclamations
...
*Donc mes jurés.
Deux femmes noires,
une femme blanche,
un noir homme.
Ca aurait pu être
trois noirs hommes... Une femme crie.
...et une blanche, dame. Rires
...
*Une chose il me reste à dire.
*C'est...
*C'est parti.
*Je déclare... les Antilles.
Acclamations
...
Le moteur rugit.
Acclamations lointaines
...
- Bonjour, je suis Rebecca. - Bonjour.
- Vous venez ? - Désolé, y avait des bouchons
à cause de l'explosion.
- Oui. Pas de problème. Ne vous inquiétez pas.
Applaudissements
...
Rires
...
- Coucou ! Acclamations
Musique de tension
... ...
- Ressemblant pas... pas... Non.
- Non.
J'marche pas comme ça. - Quoi ?
- Y a rien qui ressemble dans son truc.
...
Ca, je le fais pas par exemple.
- Ressemblant pas du tout.
- Je suis pas clochard
cent pour cent.
Des machettes.
- Quoi les machettes ?
- Dans les yeux.
- Des machettes dans les yeux ?
- Je vais devenir aveugle ?
- Non.
Si passer des trucs tu vois,
c'est que t'es Michel, pas aveugle.
- Il faut qu'on aille à la police.
- Non, Michel.
Il faut la justice laisser faire son travail.
- Blanche,
il vous reste des champis ? - Non.
- Elle doit se concentrer
donc faut plus lui parler.
Acclamations
...
- Pas toi,
Michel.
Gainsbourg.
- Quand même pas, mais...
...
Blanche... - Hmm ?
- J'vais y aller après celui-là.
Se faire foutre de sa gueule, ça va bien 10 minutes,
mais là... non.
- Que des livres de Houellebecq ? - Oui.
- Combien ?
- Deux cents.
- Beau stock.
- Ca a commencé depuis longtemps ? - Depuis un petit moment.
Y a à boire et à manger... Franchement.
Y a quoi dans votre sac ?
C'est pas une bombe j'espère ?
Par rapport aux explosions.
- Je comprends.
- Pas mal cette nouvelle coupe !
Ils rigolent.
Musique de tension
Aïe...
...
Il gémit.
- Le coup de poing, j'ai pas compris.
- C'était une gifle.
Tintement
- Mesdames et messieurs...
- Bonjour !
- Oh ! Beau gosse !
- T'as fait quoi ?
- T'as fait quoi à tes cheveux ?
- Je voulais faire plaisir
à Franck...
- Et mal ça fait ?
- Non. T'étais plutôt heureux sur le moment.
- Je parle de la coupe de cheveux. - Ah...
- Mais Luc, tu sais que c'est pas une coiffure
adaptée aux cheveux blancs, enfin...
- Ah. Tu vois.
Ca peut choquer des gens. - Je te l'avais dit.
- Compliquez pas la situation.
- Un blanc n'a pas à se coiffer avec des tresses.
Ca vient de chez moi. Ca signifie quelque chose.
- Vous le voyez comme ça ?
- Toi, c'est pas une appropriation culturelle ?
- Moi,
c'est culturel. - Ah, c'est culturel alors.
- Jacqueline, elle est bien rousse.
- Ah oui. - Et elle fait lisser.
Est-ce que ...
- A l'origine elle pas rouquine.
- Le journaliste, il a pas aimé ma coiffure.
- Ah ? - Non, non.
- Il a dit que c'était pour les petites filles.
- Je dirais pas ça comme ça,
mais il a un problème avec la masculinité.
- Les champignons. - On a eu des machettes
en quantité énorme. Là ça diminue mais...
- J'arrive pas. J'arrive plus,
j'arrive plus, dans l'ordre à mettre les mots.
- Elle est complètement... - Là mieux ça va.
- Elle était complètement dyslexique.
- Sur scène... - C'est pas des bons champignons.
- A Leroy Merlin j'ai pris une super pince.
C'est pas une pince de pédé.
- S'il faut toujours rajouter "de pédé", un tapis "de pédé"...
- Il me rappelait Michel, vraiment...
- Il était lui-même, voilà.
- Et en même temps, on sentait la fatigue.
- Pfff... Quelle bande de cons.
On chante "La Marseillaise".
- Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras,
Egorgez vos fils et vos compagnes
Aux armes citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons
De sang impur
Abreuve nos sillons
Acclamations
Musique douce
...
- Hop, ça, c'est fait.
- Michel. - Bon. Voilà.
- Oh là là.
- Luc. Luc !
Luc, Luc, Luc !
- Je l'avais oublié celui-là.
- Luc ! Luc. Luc.
Il parle hébreu. - Désolé, les gars.
C'est le frère de Michel Houellebecq.
- C'est qui ? - T'inquiète pas, Francky.
Va boire un coup, j'arrive.
- C'est pas le frère de Michel Houellebecq...
- C'est bizarre, en Europe y a la serpe.
T'as la hachette pour d'autres choses.
Ici, pour tout c'est des machettes. - Jacqueline.
Ils sont où Ichon et Céline ?
- Je les ai vus partir ensemble.
Ils sont pas prêts de revenir à mon avis.
- Elle l'embrasse,
et ça y est, ils se barrent ?
- Il va falloir qu'on gère.
Parce que là on est que trois.
- Blanche, tu la comptes là ?
- Hé. Bien sûr.
- On oublie un peu les machettes, OK ?
Là, on est bien, tu vois ? - Ouais, ouais.
- Ca va mieux ?
- Oui. - Oui, tu vois...
Applaudissements
...
- Il est bien sinon...
- On dirait un mannequin The Kooples.
C'est pas tout à fait... - Un peu.
Acclamations
Musique intrigante
Tu crois que c'est une femme ?
- Ouais. C'est une femme.
... ...
- Alors là, oui, je suis assez...
... ...
- On dirait Kurt Cobain qui s'est pas suicidé.
C'est pas du tout toi, Michel.
La parka,
y a quelque chose dans le geste, ouais...
- Puis on commence à être résignés aussi...
- C'est un sosie, c'est pas toi. - Oui.
... ...
- Les cheveux sont très longs quand même...
- Je sais plus quoi dire là, vraiment...
... ...
- On dirait Pierre Palmade.
- Oui, c'est le pire ex aequo je dirais.
Ex aequo pire, quoi.
- Ouais.
Ils sont partis où les deux autres ?
- Je sais pas. Ils en ont eu marre.
- Je sais pas comment on va faire pour le vote...
- Nous, on peut voter ?
- Bah Blanche, oui. Blanche...
- C'est mieux d'avoir un jury impair.
- Forcément, ça évite d'être ex aequo.
Musique douce
- Ca doit être dur d'être humoriste.
- Par rapport à ?
- Par rapport à rien faire.
Moi j'arrive bien à rien.
- Oui, j'ai remarqué ça.
- Pourtant je fais des trucs.
Y a des gens qui ont peur du rien...
- Moi ça me fait très peur.
- Moi j'ai peur tout le temps, sauf quand il y a rien.
Quand il y a rien, je me dis qu'il y a rien, et je suis bien.
- Mais y a jamais rien. Vraiment rien.
- C'est ça le problème. Y a jamais vraiment rien.
- Blanche. - Oui.
- Il faut monter sur scène. - C'est le moment.
A tout à l'heure.
Roulement de tambour
Merci.
...
Applaudissements
...
Merci.
Je suis très émue et un peu triste
que cette journée passée ensemble
soit en train de se terminer, hélas.
C'était un grand moment
pour célébrer l'écriture de Michel Houellebecq.
... ...
Michel Houellebecq s'il vous plaît !
... ...
Qui nous fait l'honneur
... ...
d'être ici.
D'être ici avec nous
et de nous lire un passage de son prochain livre
qui est tristement intitulé
"Mon avant-dernier livre". J'espère que c'est pas vrai.
Il chuchote. - Je peux aller aux toilettes ?
Il répète. - Bien sûr.
Pardon, mais Michel doit nous quitter
parce qu'il doit aller aux toilettes, voilà.
Musique étrange
...
Il urine.
...
...
Où est-ce qu'il peut être ?
Il a déjà été enlevé, tu t'inquiètes pas ?
On peut pas appeler les flics.
- Non. On prévient surtout pas les flics.
- J'ai chaud.
- Il dort peut-être dans un chiotte.
- Va le chercher.
- Non, moi j'ai la boite.
- Mais y a quoi dans cette boite ?
- Peut-être qu'il est aux chiottes.
Explosions
Rire
Avale, arrête de recracher la fumée.
- Moi Président de la République...
- Français de souche comme on dit.
- Français de souche. - Français de souche.
Voix entremêlées
Rire
- Français de souche. - Y en avait pas avant.
- Quitte à brûler, bloquer le pays.
- C'est une acclimatation !
- Il est là-haut.
- Ca fait une heure qu'on vous cherche !
(En créole)
- Oh !
- Michel. - Oh !
- Mais t'étais où ?
Ca va ?
Il était où ?
- Dans la salle de jeux.
Là où je vous ai trouvé avant
mais tout en haut.
Je comprends pas comment il a fait.
- Comment t'es monté là-haut ?
Tu m'entends, Michel ?
- Laissez-le respirer. Laissez-le.
Michel,
est-ce que tu vas bien ?
Voix déformées *Michel.
*-Dis oui avec la tête. *-Ca va ?
*-Arrête de gueuler, c'est ridicule. Michel.
*-Mais il va bien. *-Taisez-vous, il va parler.
Viens t'asseoir.
Qu'y a-t-il ? T'as repris un truc ?
Michel, parle-moi.
- Tu vois Franck, tes conneries là...
- Parle-moi. Attends, chut... il va parler.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- On sait pas. Il est revenu dans cet état...
- Tu peux plus parler ?
(-C'est l'émotion.)
- Tu veux nous quitter, Michel ?
(-C'est dans l'émotion.)
- Tu peux plus parler ?
Michel ?
Cris distordus
Musique jazz
- Il veut un rhum ? - Non. Il en peut plus.
- Peut-être du lait ?
...
- Merci, merci.
- Nous n'avons pas d'ancêtres esclaves.
Nos ancêtres étaient des Africains réduits en esclavage.
... - Merci.
- Nos ancêtres étaient des Africains.
...
- A ce soir.
- Nous n'avons pas d'ancêtres esclaves...
... réduits à l'esclavage.
*-Le rôle que nous avons en tant que romancier et écrivain,
c'est peut-être de préserver ce qui va
disparaître.
*Nos pays sont terriblement menacés. Tout le monde le dit.
*A tous les niveaux.
*J'étais à l'aéroport dimanche dernier
et nous étions peut-être une dizaine d'Antillais à embarquer.
*Tout le reste était composé de touristes qui venaient de France,
d'Italie, d'Angleterre, d'Amérique.
*On sentait très bien que nos pays sont maintenant
une sorte de proie pour ceux qui sont en quête de soleil, de mer
et qu'au fond la réalité,
la réalité vivante des êtres,
des hommes et des femmes qui les habitent
n'est pas très importante.
Musique étrange
...
- Vite. Allez.
- Ca va, Cornélius ?
- C'est pas moi.
- C'est pas moi. C'est Franck.
- Faudrait qu'on mette la clim.
- Merci, Cornélius. Excuse-moi, pardon.
- C'est pas grave si tu veux plus parler.
T'inquiète pas.
C'est le temps que ça redescende.
Demain on va plonger, tu sais ? - Ah oui !
C'est avec Audrey Pulvar ?
- Ca va te faire du bien, ça.
T'auras pas à parler non plus.
- Quelle journée. Quelle journée. - T'inquiète pas.
T'as déjà dit beaucoup de choses.
T'as peut-être déjà épuisé ton stock.
C'est ça d'écrire des livres.
- Bien sûr.
- Y a un moment où on a plus rien à dire.
- Quand on écrit, pas besoin de parler.
- Oui. Si ça se trouve, tu pourrais écrire, là.
- Il est encore scotché. - J'pense qu'il peut pas écrire.
Quelle journée.
Quelle journée.
Quelle journée.
- Ouais.
- Quelle journée.
Quelle journée.
- J'ai peut-être une petite surprise pour vous. Blanche.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je vais vous enlever les menottes.
- Oh ! C'est pas vrai. Où tu as trouvé ça ?
- Oh, ça, c'est mon p'tit secret.
- Luc, t'es fort. - Luc, c'est mon magicien.
- Michel, donne ta main. - Tu m'écrases le sein, Luc.
J'ai chaud. - Oh, j'ai chaud.
- On peut mettre la clim ?
- Ca marche pas ?
- Non. - Pourquoi ?
- Faut qu'il ouvre les fenêtres alors !
- On peut pas.
- Qu'est-ce qu'on va devenir ? - On le soupçonne
qu'on peut, mais il a mis la sécurité enfant.
On peut pas les ouvrir.
Cornélius parle créole.
- Quoi ?
- Ah c'est un pays chaud ?
- Bienvenue en pays chaud.
- Guadeloupe, pays chaud, mais Limousine, pays riche.
- Il est au téléphone.
- Ah, il est au téléphone.
- Non, non. T'es pas au téléphone, là ?
- Cornélius, on a rien fait, nous !
- Pourquoi tu dis les petits blancs ? - On veut juste la clim.
- On t'appelle pas le grand noir.
- Cornélius, on comprend pas ce que tu dis.
- Je ne comprends rien.
Je ne...
- Oh ! Je ne comprends rien !
- C'est fatigant ! Excusez-moi, Michel...
je... je ne comprends rien !
- Ca n'a aucun sens, Cornélius.
Tu vas pas résoudre l'esclavage en foutant 4 blancs dans le décor.
- Mais tu... - Enfin quand même...
- Cornélius ! Tu me casses les couilles !
- Y a rien, enfoiré. Mets-moi la clim !
- Marcélius, on a chaud !
- Arrête !
- Vous avez fait quoi ?
- Rien.
- Oh !
- Pa pa pa !
- Quoi ? - Pa pa pa quoi !
- Ca continue pas... - Pa pa pa !
Oh non, j'ai chaud ! - Le passé se nettoie pas, Cornélius.
Bien sûr c'est pas une petite affaire l'esclavage.
On traite pas ça comme un fait divers.
On est pas responsables.
- Quand on aura fait ce trajet dégoulinant,
tu seras vengé ? Toi et tes ancêtres ?
- Et mes ancêtres à moi ?
400 ans d'esclavage avec les pharaons !
- Oh non, pas ça, ça va.
Je viens pas te le reprocher ?
- Moi aussi j'ai subi l'esclavage.
- Mais on est tous de gauche ici, là.
- Je comprends pas, faudrait qu'il parle normalement...
- On est pas les blancs de l'esclavage !
Tu comprends bien ça ?
- Pourquoi tu parles pas de la Shoah ?
- Pas la Shoah. Luc !
- Les 6 millions de juifs morts,
et les Arméniens ?
- Ils ont pas la bonne couleur ?
- Ma grand-mère est née à la DDASS.
- J'ai perdu la moitié de ma famille dans les camps.
- Si tu veux vraiment des responsables,
attaque-toi aux blancs d'ici...
- Dis-le que t'as pas la clim et puis c'est tout !
Arrête avec ton d'esclavage. - On est restés en France.
- Il est taré, n'insiste pas.
- Ecoute, Cornélius. Le sujet est clos, OK ? On arrête.
On peut aussi ne pas être d'accord.
- Regarde si Michel va bien...
- Ca va ? - Michel s'est endormi.
- Oh là là, Michel a très très chaud.
- Ah...
- Y a de l'eau, Franck ? - Y a du rhum.
- Non, non, non.
Plus de rhum. Plus de rhum.
Bonsoir.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- On prend une douche
et on boit un coup après ?
- Hmm. - Oui.
- Michel ? Viens, Michel.
...
- Il te va bien, ton peignoir, Michel.
- Ca lui donne un côté sauvage.
- T'as repris des couleurs. C'est bien.
- Une phrase à dire.
Quelle journée.
- Faut pas trop boire, hein. Parce que demain...
- Tu veux pas la manger, la tomate ?
Tu vas pas manger que liquide ?
- Bon... j'vais aller le coucher.
C'est mieux, hein ?
- Le couche pas maintenant. Il va parler.
- Michel. On va aller dormir, hum ?
Allez, viens.
A demain.
Musique douce
...
Bonjour. - Bonjour.
En créole J'ai une bonne nouvelle pour vous.
- C'est quoi la bonne nouvelle ?
- J'ai réparé la clim.
- Ah. - Il a dit quoi ?
- Il a réparé la clim.
- Ca se sent !
- On le sent.
- Vous voyez, je suis pas si mauvais que ça !
- Personne n'a dit que tu étais mauvais, Cornélius.
- Merci, Cornélius.
- Vous avez vu, finalement ?
- Cornélius.
- Oui.
- Tu peux mettre la radio s'il te plaît ?
- D'accord. - Merci.
Il allume la radio.
(En créole)
- Cornélius, une autre station peut-être ?
- OK.
- Ah c'est bien la musique. - Han !
- J'ai perdu mes cigarettes.
- Oh ! Michel !
Tu parles !
- Oh !
- Tu parles, Michel !
- Ah ben il parle.
- Il est revenu parmi nous. - On s'arrête à un tabac ?
- Ah oui ? - Cornélius, tu t'arrêtes
à un tabac pour Michel ?
- Tu vois, il est pas mauvais.
- Il est gentil aujourd'hui. - Tu lui as crié dessus hier.
Tu criais pas, tu hurlais.
Tu devrais t'excuser. - Aujourd'hui il est gentil.
- On voit la mer !
- Ouais. On voit la mer.
- Je suis super content.
Y a plein d'oiseaux.
- Faut profiter à fond, t'es en Guadeloupe !
- En Guadeloupe !
- Yes I ! - Il faut des cigarettes.
On va trouver. - Voilà.
Faut qu'on avance, là.
- Et si on fumait un pétard ?
- Non, ça va aller, la drogue, là. C'est bon.
- Ca va être une bonne journée. Y a la clim, il fait beau,
et Michel reparle.
- Y a pas eu de morts jusqu'à présent...
- Un requin c'est ça. - C'est ça.
- Ca, ça va aussi.
- Ca, c'est quoi ça ? - Ca va.
Comment on dit "ça va", Michel ?
- Comme ça.
- Là.
Voilà. OK ?
Ca va pas ?
- J'ai complètement oublié.
- Comme ça.
D'accord ?
Oui, Blanche ? - Si jamais le plongeur
a pris de la cocaïne
dans les jours, par hasard, avant.
Est-ce que c'est...
- Le mieux, d'accord,
le plongeur, la veille, il essaie d'être bien sobre.
- Pas de punch ou de... non. Rien.
- Evitez, évitez...
- Si on a les oreilles bouchées. - On va y venir.
De toute façon dans votre cas...
Dans l'eau, moins vous faites d'effort, mieux ça ira.
Alors on va se presser le nez et on souffle dedans
comme si on mouchait.
Essayez. Pressez votre nez et soufflez dedans.
Voilà.
Vous sentez, ça se bouche là ?
- Ouais. - Là c'est bouché.
- C'était déjà bouché.
- C'était déjà bouché ?
- J'ai les oreilles bouchées.
J'ai une question.
Si j'ai un appareil dentaire, je le mets ou pas ?
- Il prend la totalité de la bouche ou...
- La partie supérieure.
- On va voir ce que ça donne.
- Peut-être que l'appareil va partir.
Ca m'inquiète un peu.
- Essaye.
Baisse-toi un petit peu.
Voilà. Tu le tiens avec les dents.
Respire ! Vibration
Voilà. Très bien.
Tu veux essayer ?
- Mais elle, elle a des dents. Ca va, ça ira.
- T'as une carte de Guadeloupe ?
- Non. C'est une colombe.
- Hein ? - Une colombe.
- Tu m'as l'air
très inquiet dans la tête.
Non, c'est les oreilles bouchées...
- T'occupes, on va s'occuper de toi.
- Michel, il peut plonger avec ses chaussettes ?
- Non, non.
- Il peut, hein. Oui !
...
- C'est génial !
C'est une très belle journée !
Elle a bien commencé !
Michel reparle.
On va... - Hein ?
- On va un peu vite là, non ?
Ah la vache, merde ! Attends, on va trop vite !
Dis-lui qu'on va trop vite !
- Ca va, Michel ?
- Ah !
- Arrête d'avoir peur !
- 3,2,1. Go !
3,2,1. Go !
Musique légère
...
Il respire bruyamment.
...
...
- Bonjour.
- Bonjour.
- Je me suis perdu.
J'étais sorti avec des amis
faire de la plongée sous-marine et...
- Vous êtes Michel Houellebecq ? - Oui.
Et vous, vous ressemblez à un ancien Président.
Ouais.
François Hollande mais en Nord-Africain, plutôt.
- D'accord. - Oui, oui.
C'est à vous la maison blanche, là ? - Oui.
- Je pourrais téléphoner ?
- Oui, bien sûr ! Suivez-moi.
Justement, j'étais en train de lire l'article
à propos de l'entretien avec l'autre Michel.
- Cette affaire m'a beaucoup ennuyée
parce qu'avec les musulmans et d'autres représentants religieux
je voulais faire une tribune commune contre l'euthanasie.
Et là ça risque de compromettre le projet.
- Qu'est-ce que tu faisais ici, Michel ?
- C'est une affaire très compliquée.
Au départ, y'avait un concours de sosies.
Mais les choses ont évolué bizarrement.
On a eu quelques ennuis avec la police...
- Le temps, le temps qui passe
Me fait peur, peur, si peur
Parfois, le temps qui passe
Me fait croire au bonheur
Et j'attends jour et nuit
Pour te dire ma pensée
Reviens vite mon amie
Pour ne plus me quitter
Tu sais très bien pourquoi
Tous ces chagrins m'attristent
Tu sais très bien pourquoi
Pourquoi je me sens triste
Et je ne peux rien faire Que me taire
Espérant chaque jour
Chaque jour ton retour
Le temps, le temps qui passe
Me rapproche de toi
Le temps, le temps qui passe
Te ramène vers moi
Musique douce au piano
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