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Original subtitles

Dans le système judiciaire, les citoyens sont représentés...

par deux organismes d'égale importance.

La Police, qui enquête sur les crimes...

et le Ministère Public, qui poursuit les contrevenants.

Voici leurs histoires.

Vraiment super.

Encore un type qui a eu une hallucination.

Que faisait-il dans un trou pareil ?

Il cherchait sûrement une passe à 10 $.

Ici ?

Allons-y.

Ya quelqu'un d'autre là-dedans ?

Surveille-les.

Kelly ! C'est un gosse.

Une balle l'a traversé. 38mm ou plus gros.

Rigidité cadavérique mais les yeux sont encore humides.

Je dirais 12 ou 18 heures.

Il n'a pas plus de 16 ans.

Voyons l'autre côté. Doucement.

Attendez.

Carte de lycéen.

Académie Bishop. Robbie Fenwick.

15 ans.

Inspecteur.

C'est un 357 magnum.

On a sûrement essayé de la balancer dans le fleuve.

Emportez-le et faites-le parler.

On va emmener les gamins au poste. Vous voulez leur parler maintenant ?

- C'est eux, là ? - Ouais. De vrais petits morpions.

Lequel d'entre vous va nous parler du gosse retrouvé mort ?

- Rien à dire. - Vous le connaissez ?

Vous faites quoi dans ce coin ?

On a entendu parler d'un corps. On est venu voir.

Vous habitez loin ?

- La cité Jackson. - La cité Jackson ?

Vous êtes venus de si loin pour voir un cadavre ?

On a pas le droit ?

La balle est une cinq, avec spirale à droite.

C'est une wadcutter, catégorie 2.

Correspondant probablement à l'arme que vous avez trouvée.

Je n'ai vu des wadcutters que dans des stands de tir.

L'arme est un Ruger Security, calibre 357.

Crosse Pachmyer faite sur mesure, percuteur et gâchette modifiées.

Il est très propre. C'est pas un jouet. Le propriétaire en prenait grand soin.

Pas de balles dans le barillet, en dehors de la douille utilisée.

Il en faut pas plus. T'as fait une recherche ?

Une arme tant choyée se devait d'avoir une licence.

Le gagnant est... Ian Maser.

557, 77e rue.

Vous possédez un pistolet Ruger Security, 357 magnum ?

En effet.

Il a été retrouvé sur la scène d'un homicide...

et identifié comme étant l'arme du crime.

C'est impossible. Il est sous clé, dans ma table de nuit.

Celui-là ?

En effet.

Quelqu'un d'autre que vous a accès à cette arme ?

- La bonne. - Vous êtes marié ?

- Divorcé. - Quelqu'un d'autre vit avec vous ?

- Mon fils. - Où va-t-il à l'école ?

À l'Académie Bishop. Mais il n'y est pas.

Il est dans sa chambre. Il ne se sent pas bien.

Ça vous embête si on va lui parler ?

Jaime.

Jaime...

On peut te poser quelques questions ?

Si tu voulais montrer le pistolet à Robert, pourquoi être allé dans l'entrepôt ?

C'était son idée. Il voulait tirer avec.

Que s'est-il passé, alors ?

Robbie avait le flingue.

Il faisait comme s'il visait.

Après je l'ai eu. C'est moi qui le tenait.

Montre-nous comment tu le tenais.

À peu près comme ça. Près de la ceinture.

Tu avais le doigt sur la gâchette ?

Je me souviens pas.

Où était Robbie ?

Debout, à peu près où vous êtes.

Aussi près que ça ?

Il voulait que je lui rende le flingue.

Il a tendu le bras, comme ça... Le coup est parti.

T'as regardé s'il était encore en vie ?

Je savais pas quoi faire. Il avait l'air mort.

J'ai flippé. Je me suis sauvé.

Je voulais pas le faire...

C'est vrai. Je le jure.

Le coup est parti.

Comme ça.

Ce qu'on a, c'est un gamin de 15 ans terrorisé.

Il ne fuira pas. Je vois même pas de quoi on pourrait le charger.

Alors on le renvoie chez lui avec un câlin et une sucette ?

Il a tiré. Il faut bien l'inculper de quelque chose.

Même d'un délit mineur.

On a déjà assez pour mise en danger de la vie d'autrui.

Peut-être homicide par imprudence, et encore.

Port d'arme illégal ? On pourra toujours ajouter des charges...

Ouais.

C'est les parents de Robbie Fenwick.

Je les prends dehors.

Vous aurez fini quand ?

On a eu le rapport des lieux du crime ce matin.

On va devoir y retourner... Un jour ou deux.

Robbie se tient par là.

Ça signifie que Jaime est, à peu près... ici, l'arme en main.

La balle est entrée par la tempe droite, et ressortie par la gauche.

Robbie tournait la tête.

Il y a une blessure à la main droite. Il voulait prendre l'arme.

S'il voulait saisir le flingue, ça veut dire qu'il devait être plus près de Jaime.

Il devrait avoir des traces de poudre sur sa main. D'après ça, y en a pas.

L'arme devait être à une soixantaine de centimètres.

D'accord.

C'est à dire à peu près...

Ici.

D'accord. Donc, sa main est là. Comment elle a été touchée ?

Sauf s'il était comme ça...

Ses mains étaient là parce qu'il voulait se protéger.

Et si Jaime tenait l'arme comme ça...

Il y aurait des traces de poudre sur sa chemise.

Les tests sont négatifs.

La balle serait partie plus haut.

On doit encore être étonné quand quelqu'un nous ment ?

Jaime, on a comparé ton témoignage...

avec les éléments recueillis sur le terrain...

et ça ne colle pas.

D'abord, tu n'étais pas tout près de Robbie quand le coup est parti.

Tu tenais pas le pistolet comme tu nous l'as dit, pas vrai ?

Si tu veux nous parler, c'est le bon moment.

Ça va. Tu peux leur parler.

On jouait à un jeu.

Quel genre de jeu ?

"Confiance".

Tu pointes le flingue sur l'autre type, comme si t'allais tirer...

jusqu'à ce qu'il te demande d'arrêter, qu'il flanche.

- Qui a eu cette idée ? - Je me souviens pas.

Tout ce que tu veux, c'est que l'autre flanche.

- Mais pas pour lui faire de mal. - Que s'est-il passé ?

Je pointais l'arme sur Robbie.

Je pressais la détente... très doucement.

T'as pas pensé que le coup pouvait partir ?

Non, il pouvait pas partir tout seul.

J'avais pas relevé le percuteur avant d'appuyer.

Il pouvait pas partir tout seul.

Il faut relever le percuteur. Avec son pouce.

Où as-tu appris ça ?

On faisait toujours comme ça. Au stand de tir.

Je le jure... Il devait pas tirer tout seul.

- T'as déjà tiré avec ça ? - Jamais.

Seulement pour le tir de compétition.

On relève le percuteur manuellement. Simple détente.

C'est ça, maintenant on peut tirer. Il suffit de presser la détente...

Je sais que t'as déjà tiré avec ça. Un revolver calibre 357, double détente.

Tu presses la détente et le flingue fait tout le boulot.

C'est donc possible que le gosse se soit trompé.

Possible ? Bien sûr.

Je sais pas.

Le gosse pointe le flingue. Il presse doucement la gâchette...

il a dit qu'il regardait le viseur...

S'il a appris à tirer, il regarde par le viseur.

Impossible de ne pas voir le percuteur se relever.

Il savait que l'arme allait faire feu.

Jaime est depuis longtemps à l'Académie Bishop ?

Il est arrivé vers le milieu de l'année dernière.

C'est jamais facile d'arriver comme ça.

Jaime n'a jamais vraiment réussi à s'adapter.

- Pour les études ? - C'est un bon élève.

Mais il n'a jamais sympathisé avec ses camarades.

- Pas un. - Sauf Robbie Fenwick.

Robbie était un peu solitaire. Mais pas complètement.

J'espérais qu'il aiderait Jamie à s'acclimater. Ça s'est pas fait.

Vous avez déjà parlé au père de Jamie ?

Pour l'inscription, et une autre fois, pour lui parler du traitement de Jaime.

Quel type de traitement ?

Son dossier dit qu'il est sous médication psychiatrique.

M. Maser a tout minimisé. Il a pas donné de détails.

Il avait des sautes d'humeur ?

Rien que les professeurs m'aient signalé.

Comme je disais, c'est un garçon très calme.

J'ignore même si ses camarades le connaissaient.

Je le sentais pas.

Il avait ce regard, parfois... Un regard fixe.

On savait qu'il avait un truc qui tournait pas rond.

Il a essayé d'avoir des copains ?

Oui, au début. Vous savez... Un nouveau en cours d'année.

Nous nous connaissions tous depuis des années.

Personne ne s'est occupé de lui. Sauf Robbie.

- C'était un tordu. - Tordu ? Comment ?

Il parlait toujours d'armes...

et de tirer et de fumer de l'herbe...

Jaime aussi parlait d'armes à feu ?

Non, c'était Robbie.

Il était surexcité quand il parlait de guerre.

Comme quand Bush a attaqué l'Irak... Robbie ne faisait plus que ça.

Il connaissait toutes les armes qu'ils utilisaient.

- On l'appelait Deux-Deux. - Pourquoi ?

L'an dernier, il s'est pointé avec un 22mm.

Je crois que son père a fini par le lui prendre.

Claire l'a trouvé dans la commode.

Il ne m'a jamais vraiment dit comment il l'avait eu.

Les garçons passaient du temps ici ?

Jaime est venu plusieurs fois.

Toujours très poli.

Il parlait pas beaucoup.

Robbie aimait les armes.

Le fait que le père de Jamie fasse du tir de compétition le fascinait.

Nous ne savons pas d'où ça lui est venu, mais...

Il semblait...

Vivre de ça.

BUREAU D'IAN MASER 624 72E RUE - MARDI 17 OCTOBRE

Les premiers mois, rien du tout.

Il refusait de me parler de la nouvelle école.

Quand il a sympathisé avec Robbie, j'étais heureux qu'il ait un ami.

Il avait du mal à se faire des amis ?

Jaime n'aurait pas gagné un concours de popularité.

Il est indépendant.

Quelque chose vous a fait changer d'avis sur Robbie ?

Il y a quelques mois, Jaime m'a demandé...

si Robbie et lui pouvaient m'accompagner au stand de tir.

J'ai eu l'impression que l'idée venait de Robbie.

Et le traitement ?

Comment ça ?

Dites-nous pourquoi il suit ce traitement et depuis combien de temps.

Je le ferais si je ne risquais pas de finir en prison.

- Quoi ? - Ce sont les termes de mon divorce.

C'est une des raisons du traitement de Jamie.

Pouvez-vous me donner l'adresse de votre ex-femme ?

305, 21e rue.

Mais ça ne servira à rien.

Elle peut pas en parler non plus.

Avant d'entrer à l'académie de police...

j'avais tiré qu'avec un pistolet à air comprimé.

Mon vieux me faisait tirer dans une pile de journaux, à la cave.

Un jour, bien sûr, j'allume un pigeon.

Il flippe, balance le flingue dans l'incinérateur...

et me force à amener ce sale piaf chez le vétérinaire, en autobus.

Depuis ce jour, je hais les pigeons. C'est des rats volants.

Tu vois, si on donne un flingue à un gamin...

il se contentera pas de tirer sur des vieilles conserves.

- C'était l'argument de ma mère. - C'est l'argument de toutes les mères.

Ça, ou "Quelqu'un pourrait perdre un oeil".

Ou "Quelqu'un va se faire mal". Je parie que la mère de Jaime est pareil.

Je ne peux pas.

La thérapie de Jaime est liée au divorce.

C'est pour cela que nous sommes séparés.

Vous avez divorcé parce que Jaime est en thérapie ?

Non, à cause de l'incident qui a amené la thérapie.

Vous pouvez pas me demander ça. Ça a été scellé.

Notre accord stipule que ni Ian ni moi ne pouvons briser le sceau.

Mme Maser, un jeune garçon est mort.

Tous nos instincts nous disent que vous ne nous dites pas tout.

Avez-vous parlé à Jaime récemment ?

Ce n'est pas mon tour. Les termes du divorce...

Même dans des cas exceptionnels ?

Son père est intransigeant sur ces choses là.

Mon fils et moi repartons de zéro, Inspecteur.

Cela fait longtemps...

Il ne me parle pas très souvent.

Elle a dit "scellé".

Ça peut signifier qu'une chose. Son fils a eu des ennuis.

Attends un peu. Attends un peu.

Le dossier judiciaire du gosse est sous scellés...

et ils n'ont pas le droit d'en parler ?

Qu'est-ce que c'est que cet accord ?

Si ce qui est arrivé à Jaime est assez grave pour avoir divisé la famille...

ils auraient pu se mettre d'accord, dans l'intérêt de l'enfant.

Super. Alors on sait qu'il y a quelque chose, mais on peut pas aller voir.

Pour obtenir la levée des scellés, il faut montrer une bonne raison.

Mais pour ça, je dois savoir ce que contient le dossier.

De mieux en mieux, le système.

Avec un juge favorable au Parquet, on peut être chanceux.

Mais comme Jaime est mineur, ça m'étonnerait.

Et on dévoile notre jeu.

Tu sais quoi ? On se fout du dossier.

Ya sûrement un flic qui a fait un rapport.

Les Maser vivaient à Chelsea avant le divorce.

Le rapport est sûrement encore au commissariat.

La mise sous scellés s'applique au dossier...

aux rapports, mais aussi aux notes des policiers chargés de l'enquête.

Ça s'applique aussi...

à ce qu'un policier pourrait dire après quelques années ?

C'est arrivé près d'East River Park.

J'ai jamais aimé cette affaire.

Que faisaient ces deux gosses avec un flingue ?

Ici, il n'y a que des junkies et des squatters.

L'autre gosse est retrouvé mort.

Un accident... C'est ça.

Un accident prévisible, ouais.

C'est ça. Tu as gardé tes notes sur cette affaire ? Officieusement.

On sait jamais quand ça peut servir.

C'est arrivé quand Jaime avait 13 ans.

L'autre gosse, Graham Campbell, avait 12 ans.

Même chose... Une balle dans la tête.

L'arme est un Colt Python, enregistré par Ian Maser.

Officiellement, c'est un accident. Il a raconté aux enquêteurs...

qu'il voulait lui montrer comment marchait le flingue.

Jaime a 13 ans... Blanc, famille aisée, pas d'antécédents.

Voilà la meilleure.

Il pensait qu'il fallait relever le percuteur...

- manuellement avant de pouvoir tirer. - Même excuse que maintenant.

Ça a marché une fois, pourquoi pas réessayer ?

Rien d'autre ?

C'est pratiquement deux fois la même scène...

et M. Maser confirme que son fils ne savait pas manier cette arme.

Cette fois-ci, il ment. En nous parlant, il s'est parjuré.

Il faut aller plus loin. Il faut commencer par le gosse.

Nous savons qu'il voulait effrayer Robbie Fenwick.

Nous devons prouver l'intention de tuer.

Il avait déjà pointé une arme sur quelqu'un. Il avait déjà tiré.

Il savait les conséquences.

- Ça suffit pas pour prouver l'intention ? - Ça l'est pour nous.

Légalement on risque de pas pouvoir utiliser le premier cas.

Tu veux tenter homicide par imprudence ?

Non, je veux homicide volontaire.

Mépris de la vie humaine. Pas besoin de prouver l'intention.

Et on le juge comme un adulte.

ACADÉMIE BISHOP 339 YORK AVENUE - JEUDI 24 OCTOBRE

Jaime. Viens par là.

- Quoi ? - Allez, monte.

- Quoi ? Pourquoi ? - T'es en état d'arrestation.

Ça va pas ? Vous avez dit que tout irait bien.

- Calme-toi. - Qu'est-ce que vous faites ?

- Me touchez pas ! - Monte dans la voiture.

Lis-lui ses droits.

Votre Honneur, c'est scandaleux.

Il l'ont pratiquement arrêté en classe.

Pas la peine d'exagérer.

Nous savons qu'ils étaient à l'extérieur de l'école.

- À trois mètres ? - Vu l'âge de l'accusé...

et la méthode forte employée par le Parquet...

nous demandons le transfert de cette procédure au tribunal pour enfants.

Votre Honneur, nous pensons que...

Je connais l'âge de l'accusé, M. Barnett.

Vous pouvez faire votre demande...

mais je ne vois rien qui justifie qu'on ne le juge pas comme un adulte.

L'affaire reste du ressort de la Cour d'Assises.

L'accusé reste sous la garde de son père.

Notre recours à l'incapacité partielle...

se fonde sur le fait qu'au moment de tirer...

Jaime était sous l'emprise d'une ivresse involontaire.

D'après ce document, il était légalement une prescription médicale...

suivie par un médecin psychiatre.

Le Tracon est connu pour ses effets secondaires sur certains sujets.

Nous prouverons que cela a affecté sa capacité...

à apprécier les conséquences de ses actes.

Il a eu la présence d'esprit de mentir aux enquêteurs.

Il a eu la présence d'esprit de ne pas dire qu'il avait déjà tiré sur quelqu'un.

L'incident précédent n'est pas recevable...

Je suis sûr qu'un jury n'aura aucun mal à comprendre que mon client...

était apeuré et troublé.

Il était sous l'influence d'un puissant psychotrope.

C'est le Tracon qui a tiré ?

Il y a des antécédents pour soutenir ma thèse... Grundberg. Petty.

Un non-lieu pour une femme ayant tué sa mère...

et l'acquittement d'un type ayant poignardé sa femme ?

- Pas de Tracon dans ces affaires. - À l'inverse de M. Maser...

les accusés n'avaient jamais commis d'actes de violence.

C'est de la poudre aux yeux.

Homicide par imprudence, pas de prison.

Je n'accepterai pas une simple remontrance, Dan.

Alors c'est le jury qui en décidera. Jaime.

Bien le bonjour.

Plus personne n'est responsable de rien. Tu tues quelqu'un, c'est pas ta faute.

T'es accro au sucre, tu te brûles les lèvres...

et on devrait te donner un million de dollars pour ta peine.

Qui va faire l'évaluation de Jaime ?

J'appelle Olivet.

Il t'arrive d'avoir des "black-outs" ?

La dernière fois que t'as pas eu ce que tu voulais, t'as réagi comment ?

Tu t'es fâché, tu as crié, t'as tout foutu en l'air ?

- Je l'ai accepté. - Et ton père ?

Quand il est fâché, il te le fait savoir ?

Ouais, j'imagine.

Et Robbie ?

Quand tu pointais l'arme sur lui, que ressentais-tu ?

Je ressentais rien du tout.

Et Robbie, que ressentait-il ?

De la peur.

Il avait peur.

Et Graham Campbell ? Que ressentait-il ?

- Je m'en souviens pas. - Tu te souviens de ce que tu ressentais ?

Je crois que oui. Tu veux m'en parler ?

J'ai rien a dire.

Tu dis ça, mais c'est pas ce que je vois.

Essayons autre chose.

OK.

Je veux que tu inventes une histoire à partir d'images que je vais te montrer.

Dis-moi qui sont les personnages, ce qu'ils pensent...

ce qui amène à ce qui est dessiné.

Que se passe-t-il ici, Jaime ?

- Je sais pas. - Mais si.

Il essaye d'apprendre à jouer du violon.

- Quoi d'autre ? - Il est plutôt mauvais.

- Et l'expression sur son visage ? - Quoi ?

Il va le ramasser ? Il va essayer d'en jouer ?

- Je sais pas. - Tu crois qu'il veut ?

- Je crois qu'il doit. - Pourquoi ?

Parce que sinon, son vieux va sûrement lui coller une trempe.

- Bien fait pour lui. - Pourquoi ça ?

- Il doit apprendre, non ? - Je sais pas. Il doit ?

- À quoi ça sert, sinon ? - Quoi ?

De prendre ces sales leçons, s'il veut pas apprendre ?

Il est psychiquement traumatisé par un père prodigieusement exigeant.

Ça confirme ce que la mère a dit à Cerreta et Logan.

Les enfants maltraités peuvent suivre deux voies.

Soit ils acceptent leur rôle de victime...

et se mettent dans des situations où ils seront des victimes...

soit ils s'identifient à l'agresseur, assimilent ses qualités...

son pouvoir, sa force...

Et il devient l'agresseur.

Le Tracon a un effet sur son comportement ?

C'est un anxiolytique.

Ça peut affecter l'humeur, la mémoire et d'autres choses.

Mais pour moi, le comportement de Jaime précède la prise du médicament.

Jaime souffre de troubles répétitifs compulsifs...

un besoin de jouer ses conflits subconscients.

Il veut se sentir puissant. Il aime inspirer la crainte.

C'était la raison d'être du jeu avec Fenwick.

Médicaments ou pas, il recommencera à la première occasion.

La première fois qu'il a tué, à 13 ans, c'était aussi un jeu ?

Il a semblé secoué quand j'en ai parlé.

L'incident l'a probablement traumatisé.

Pas assez pour le dégoûter des armes.

Le mieux, c'est de passer un accord.

Avec soins psychiatriques obligatoires.

Six mois de garderie ? Il est en psychanalyse depuis deux ans.

Il sait ce qui arrive quand on appuie sur la détente.

Ton dossier n'est pas lourd, si tu parles pas du premier cas.

Aucun juge ne l'acceptera. Tu as un dossier sous scellés.

L'accusé est un mineur.

N'importe quel jury le condamnerait pour le second meurtre...

sur ce qu'il a dit la première fois.

Jaime a dit qu'il avait tué Robbie Fenwick parce qu'il ignorait la différence...

entre pistolet à double détente et à simple détente.

La mort de Campbell montre qu'il la connaissait depuis deux ans.

Il a utilisé la même excuse.

Essaye le juge Markman.

Avoir tué Graham Campbell à 13 ans...

est certainement l'incident le plus important de l'existence de Jamie Maser.

Si ce n'est pas recevable...

la défense pourra conserver un argument frauduleux.

Votre Honneur, c'est hors de propos.

Notre défense n'est pas fondée sur cette soi-disant erreur.

Plus maintenant, mais c'est ce qu'il a déclaré.

Les policiers chargés de l'enquête témoigneront...

que Jaime leur a dit qu'il ne savait pas.

L'incident précédent prouve que c'est un mensonge.

D'après l'arrêt Molineux, vous avez raison.

Mais je dois prendre en compte l'impact...

de la découverte d'un précédent sur le jury, comme vous avez dû le faire.

À mon avis, c'est attentatoire, et tellement préjudiciable...

que ça dépasse la valeur de ce que ça prouve.

Je ne peux pas l'autoriser.

COUR SUPRÊME - SESSION 67 MERCREDI 10 DÉCEMBRE

Tout était comme au ralenti.

C'était étrange.

J'avais l'impression de me trouver hors de mon corps...

J'étais spectateur.

Je pouvais me voir, avec Robbie...

comme dans un film.

Je voulais voir jusqu'où irait la gâchette.

Je voulais voir ce que Robbie ferait.

Il vous a parlé ?

Je sais pas.

J'étais comme dans une bulle.

J'entendais rien.

J'ai continué à presser la détente, et il y a eu un flash.

Et le coup est parti ?

Je me souviens pas.

Robbie était là, étendu...

En sang.

C'était comme si le film continuait.

Je ressentais rien.

J'entendais comme un grondement dans ma tête.

Je pouvais pas le quitter des yeux.

Pas d'autres questions.

- M. Stone. - Pas de questions pour l'instant.

Je pourrais avoir à le rappeler.

Depuis son introduction, le Tracon a connu un certain succès.

Mais il a aussi engendré 10 fois plus...

d'effets secondaires que des médicament similaires.

Quels genres d'effets secondaires, Docteur ?

Des troubles du système nerveux.

Sautes d'anxiété, amnésie...

agressivité, hallucinations...

À mon sens, le Tracon peut réveiller des colères refoulées.

Selon vous, quel était son état émotionnel...

au moment où il a tiré ?

Au vu de son comportement depuis qu'il prend du Tracon...

j'estime que Jaime souffrait des symptômes liés à la prise de Tracon.

Merci, Docteur. Plus de questions.

Docteur, pouvez-vous décrire le phénomène de dissociation ?

C'est l'impression d'être sorti de son corps.

C'est être le témoin d'une chose qui nous arrive.

Ça ressemble aux symptômes liés à la prise de Tracon.

- Oui. - Est-il exact...

que des victimes d'abus sexuels ou psychologiques...

peuvent souffrir de dissociation ?

Oui, c'est exact.

Connaissez-vous le trouble répétitif compulsif ?

- Oui. - Pouvez-vous nous le décrire ?

C'est le besoin de jouer encore et encore un conflit intérieur.

Un conflit intérieur pouvant découler d'abus psychologiques ?

Possiblement, mais...

Un sujet pourrait donc s'inventer une peur de substitution...

une peur qui l'encouragerait à vouloir revivre...

une situation qu'il avait trouvée plaisante ?

Votre Honneur, les questions de l'accusation...

révèlent des informations qui ne sont pas recevables.

- Attention, M. Stone. - Plus de questions, votre Honneur.

Quel âge aviez-vous la première fois que vous avez tiré au pistolet ?

J'avais 11 ans. Mon père m'a appris à utiliser son pistolet de compétition.

- C'est bien le pistolet de votre père ? - Oui.

Comment tire-t-on ? On appuie sur la détente ?

Non, il faut d'abord relever le percuteur.

- Pouvez-vous me montrer ? - Votre Honneur, objection.

Rejetée.

Allez, Jaime.

D'accord.

On remonte le percuteur avec le pouce...

et on presse la détente.

C'est pareil avec cette arme-ci ? Celle qui a tué Robbie ?

- Non. - Quelle est la différence ?

Pas besoin de relever le percuteur.

- Ya qu'à appuyer. - Et ça se tient comment ?

Qui vous a appris à le tenir ?

Mon père.

C'était comment de pointer une arme sur ton copain ?

- C'était un jeu. - C'était marrant, hein ?

- C'était qu'un jeu. - C'était donc un jeu...

pointer une arme sur ton copain.

Presser la gâchette faisait partie du jeu ?

- Oui. - Vous me montrez ?

S'il vous plaît ?

Vous avez dit avoir pressé lentement sur la détente.

Le percuteur s'est relevé comme ça, non ?

- Vous l'avez vu bouger ? - Je me souviens pas.

- Robbie l'a vu ? Il a rien dit ? - Je sais pas.

- Il a rien dit du tout ? - Non.

Alors vous avez continué à presser la détente, c'est ça ?

- Oui. - Vous le pointiez toujours ?

- Oui. - Vous vous sentiez comment, exalté ?

- Je sais pas. - Et Robbie, il était comment ?

- Il avait peur ? - Je sais pas...

Il est... C'est pas juste. Il était pas...

C'était qu'un jeu. C'était pas comme ça.

On savait pas...

- C'est mon médicament... - Demande d'invalidation, votre Honneur.

- J'étais troublé ! - Le jury n'en tiendra pas compte.

COUR SUPRÊME - SESSION 67 JEUDI 12 DÉCEMBRE

Madame le président du jury, avez-vous rendu un verdict unanime ?

- Oui, votre Honneur. - Quel est-il ?

Pour l'unique chef d'accusation, homicide volontaire...

nous déclarons l'accusé, Jaime Maser...

non coupable, pour raison de déficience mentale.

Bravo.

Bon travail. Merci.

Trouve tout ce que tu peux sur la première affaire. Fais lever les scellés.

- Je veux rouvrir l'enquête. - C'est vieux de deux ans, Ben.

Il n'y a pas de prescription pour les homicides.

Adam, t'as entendu le rapport. Il se nourrit de sa peur.

Très bien... Personne ici ne peut marcher sur l'eau.

Le condamner pour le premier crime sera encore plus difficile.

Vieux de deux ans, encore moins de preuves...

et impossible de dire que ça ressemble à la mort de Fenwick...

car celle-ci n'a jamais eu lieu.

J'attends des suggestions.

Rien des parents ?

Non. Ils sont tenus par le jugement du divorce.

Le père a menti sur les connaissances de Jaime.

Deux garçons morts. Pas le moindre remords.

- On trouvera quelque chose. - Trouver ? Avec l'affaire sous scellés ?

On a les notes de l'enquêteur.

Alors reprenez-les.

Graham Campbell a été retrouvé ici.

La position du corps indique qu'il était à genoux quand on a tiré.

Jaime devait se tenir là.

Pas de trace de poudre sur le corps de Graham.

On n'est pas sûr. Gullikson dit qu'il pleuvait quand ils ont trouvé le corps.

En partant du principe qu'il y en avait pas...

Ça met Jaime assez loin de Campbell...

pour écarter la thèse de l'accident.

Même jeu, même excuse.

Une balle dans la tête, les deux fois, d'une distance de deux mètres.

Vous croyez aux coïncidences ?

Jaime, à 12 ans, a appris à utiliser un pistolet à simple détente ?

Dans un stand de tir.

Et le revolver à double-détente du meurtre d'il y a deux ans...

- vous lui avez appris à l'utiliser ? - Non.

Je l'ai déjà dit, je voulais juste l'intéresser au tir de compétition.

Allons, messieurs. C'est de la pêche au chalut ?

Votre client a menti pour protéger son fils.

Il a menti sur les connaissances de Jamie à la mort de Fenwick.

Il n'est pas invraisemblable de penser qu'il a fait pareil...

deux ans plus tôt, pour Campbell.

- Et ? - C'est un faux témoignage.

C'est passible de prison.

Je ne réponds pas aux menaces.

Deux garçons sont morts. Des garçons aussi importants que votre fils.

Je vous tiens grandement responsable, au moins moralement, de ces deux morts.

C'est une des plus belles choses de ce pays.

On peut croire ce qu'on veut.

Il faudra plus que faux témoignage pour le faire flancher...

Trouve où il allait tirer, il y a deux ans...

et tâche d'obtenir une entrevue avec Pamela Maser et son avocat.

Le voilà. Ian Maser, membre jusqu'à il y a deux ans.

Il a dû déménager.

D'après ses cartes bancaires, il est venu pendant six ans.

- Son gosse était membre, lui aussi. - Vous acceptez des gosses ?

C'est de la promotion.

Ils adorent avoir leur propre carte de membre.

Ils peuvent pas tirer sans leurs parents, de toute façon.

- Maser venait souvent avec son fils ? - Je sais plus tous les combien...

Maser avait une arme de compétition. C'était son truc.

Il voulait apprendre à tirer à son fils.

Il arrêtait pas de lui gueuler dessus.

Il tirait avec d'autres armes ?

Il a acheté des munitions pour 357 avant de déménager.

Des Wadecutters. Tiens donc.

Et puis il s'est acheté un Colt Python.

- Ça nous a fait marrer, un moment. - Quoi donc ?

Le Colt est un gros flingue. C'était marrant de voir le gamin tirer avec.

Je ne sais pas. Je ne m'occupais pas des armes.

- C'était entre Ian et Jaime. - Jaime vous en parlait jamais ?

Il me disait s'il avait été bon. Si son père était content.

- Mais jamais spécifiquement. - Votre mari n'en parlait pas non plus ?

Les armes étaient une affaire d'hommes.

Ian pensait que je ne comprenais pas, ce qui était faux...

ou que je voulais pas savoir, ce qui était vrai.

Vous vous êtes séparés peu après le premier incident, c'est exact ?

À cause des armes ?

Ou du meurtre ?

Ou de la façon dont votre mari traitait Jaime ?

Attention, M. Stone. Cette information est protégée.

Ce que je sais, scellés ou pas, c'est que deux gosses sont morts...

et que votre fils peut avoir été irrémédiablement traumatisé...

par son père.

Vous savez aussi bien que moi, que malgré l'accord et le soutien financier...

le jeu n'en vaut pas la chandelle.

COUR SUPRÊME - SESSION 71 LUNDI 2 MARS

Ce n'était pas facile de vivre avec Ian.

C'était comme il voulait ou rien du tout.

Quand il n'était pas content, Jaime et moi payions les conséquences.

Après la mort de Graham Campbell, les choses ont empiré.

- Empiré ? - Ian s'énervait pour rien.

Jaime était en roue libre.

Nous nous sommes séparés, Jaime est venu vivre avec moi.

Il s'est mis à s'en prendre à moi, à se comporter comme son père.

- Dans quel sens ? - Il m'a menacée.

Avec quoi ?

Un pistolet.

Y avait-il un pistolet dans votre appartement ?

Non, il était à Ian.

J'ignore s'il était chargé ou pas.

Il l'a pointé sur moi.

J'ai dû prendre un air déconcerté, car il a dit...

"Tu m'en crois pas capable, pas vrai ?

Graham non plus le croyait pas".

Vous imaginez ce que c'est d'avoir peur de son propre fils ?

"Tu m'en crois pas capable, Graham non plus me croyait pas".

Vous comprenez ce que Jaime voulait dire ?

Graham ne croyait pas que Jaime lui tirerait dessus.

Et vous, avez-vous cru qu'il tirerait ?

Oui.

D'après les termes de votre divorce...

vous n'avez pas le droit de faire mention...

de l'incident avec Graham Campbell.

- Est-ce vrai ? - Oui.

Et pourtant, vous témoignez aujourd'hui. Pourquoi ?

J'ai renoncé à tout. À la garde de mon fils...

En témoignant je perds tous mes avantages financiers.

La seule condition que j'ai mise au divorce...

était que Jaime soit soigné pour l'aider...

à surmonter les conséquences de l'incident.

Visiblement, ce n'était pas assez.

Un autre garçon est mort.

Je n'aurais pas pu me regarder en face si je n'avais rien fait.

Connaissez-vous les conséquences que peut avoir votre témoignage ?

Jaime risque d'aller à la prison pour mineurs de Spofford.

Et en prison, peut-être.

C'est juste que...

Ça ne me semble pas bon de le laisser avec son père.

Jaime n'avait jamais tiré avec.

Nous avons entendu le témoignage du patron du stand de tire Greenpoint...

qui vous a vu apprendre à Jaime à tirer avec un Colt Python 357.

Pourquoi inventerait-il une telle histoire ?

J'étais dans la cabine de tir. Je sais quelle arme nous utilisions.

Cet individu n'a rien à gagner...

en disant avoir vu votre fils tirer avec un 357.

D'où sortirait-il un souvenir aussi précis...

d'un jeune garçon tentant d'utiliser une arme trop grosse pour lui ?

Je comprends pas ce genre de mobiles.

- Et les vôtres ? - Objection.

Accordée.

Je n'ai plus de questions.

Je sais que mon fils n'aurait pas volontairement tué ce garçon.

- Je lui ai appris ce qui était mal. - M. Maser.

Je suis son père.

Tout ce qu'il sait, c'est moi...

M. Maser. Vous pouvez quitter la barre.

COUR SUPRÊME - SESSION 71 JEUDI 5 MARS

Pour l'unique chef d'accusation, homicide volontaire...

que déclare le jury ?

Nous déclarons l'accusé, Jaime Maser, coupable.

Jaime.

On n'avait pas le choix.

Je suis sûr que Pamela Maser doit se dire la même chose.

Elle a du cran.

Peut-être.

Ou peut-être a-t-elle cédé à l'inévitable.

- Tu crois que t'aurais pu ? - Abandonner mon enfant ?

Non, pas sans me fendre le coeur.

Cette histoire est fictive et ne dépeint aucune affaire réelle.

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