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Zulu
...
- Il est où, ce dossier, Eddy ? - C'est pas moi qui m'en occupe.
Pourquoi tu me demandes ?
- Je l'ai posé là. - Donc, c'est toi qui l'as déposé !
Tu t'en occupais !
Pourquoi tu me demandes ? Pourquoi tu t'inventes une vie ?
- Tu t'es vu, ce matin ? "J'ai glissé dans la rue !"
Sur une peau de banane ?
- Tu portes plainte parce que j'avais 6 min de retard ? Vas-y !
La police est là ! - Excusez-moi...
- Tu joues la boss, depuis que Balthazar est parti !
Arrête de mépriser les gens, de les prendre de haut,
de te pavaner. Calme-toi. - Tic et Tac, on arrête !
- Depuis qu'il est parti,
tu as 5 ans d'âge mental ! - Ho !
Merci.
On peut l'avoir, ce rapport d'autopsie ?
- Oui. Désolée, c'est...
Avec Balthazar absent depuis six mois, c'est le bordel.
- Toujours pas de nouvelles ?
- Rien.
- C'est Margueritte, il s'en remet pas.
Il doit être tellement malheureux.
Musique soul
...
Cris de mouettes au loin
Bêlement et cocorico
... Musique douce
... Croassement et gloussements
... ...
- Y a quelqu'un ?
... ...
... Aboiements
... Une femme chante.
... ...
Bonjour.
... Brouhaha de conversation
...
Le silence se fait.
Bonjour.
- Bonjour. - Bonjour.
- Bonjour. Excusez l'accueil, on voit peu de touristes.
Renan Arzel, gérant de la salle communale.
Ma femme,
Gwen. - Enchantée.
- Bonjour. Ravi.
- Et vous,
vous êtes...
- Euh... je suis Balthazar.
Ba... Raphaël Balthazar.
Je suis... navigateur.
- Ah.
Je ne connaissais pas l'île. - Ah ben si.
Bienvenue dans notre paradis. Et vous restez longtemps ?
- Non, je repars demain matin.
Bon, alors,
je vais vous prendre les huîtres gratinées au cidre.
Non, pardon, les palourdes farcies.
- Désolée,
on a rien de tout ça. La nature est très compliquée,
en ce moment
et les pêcheurs n'ont rien pris
depuis des semaines. Nos moutons meurent.
- Et le continent ?
- Non, ici, on vit selon nos propres principes :
autonomie énergétique,
permaculture,
mais il faut pas s'inquiéter. Un peu de temps et ça s'équilibrera.
- Je pensais me ravitailler.
...
- Tenez, ça vous dépannera pour ce soir.
- Ah merci, c'est...
C'est gentil. Combien je vous dois ?
- Rien. C'est une petite île,
tout le monde se dépanne. - Tenez.
- Ah. Merci.
- Et sinon,
vous faites quoi, ce soir ? Vous êtes seul ?
Je dis ça parce qu'il y a
les fêtes du Beltaine. Si ça vous tente, faut venir.
- Les fêtes du Beltaine ?
- Une tradition
de l'île, une fête qui dure
trois jours d'affilée. - Très sympa.
- C'est gentil, mais je crois
que je vais m'écrouler dans ma cabine.
Mais merci. - Je vous en prie.
- Au revoir. - Au revoir.
Musique sombre
...
Souffle
- Tu veux pas aller aux fêtes du Beltaine ?
Musique, alcool, bigoudènes : c'est cool, non ?
- Oui.
Non, je sais pas. Je suis bien, là.
- Ils ont l'air heureux, les gens ici.
Tu veux pas en profiter ? - Le bonheur,
c'est une question d'hormones : dopamine, sérotonine, ocytocine,
oestrogène et progestérone, déterminé à 50 % par nos gènes.
Et pour le reste, ça se travaille.
Et moi,
je les travaille ici.
Donc,
je suis heureux.
- Ah oui ? Alors, pourquoi tu penses encore à Margueritte ?
Musique douce
...
Je te l'ai déjà dit, c'est pas ta faute.
- Si.
- Non. - Si, c'est de ma faute.
L'autre taré a compris que je me rapprochais de lui.
Il m'a puni.
Margueritte est mort.
Voilà, c'est comme ça.
- C'est comme ça ? - Mh.
- Alors, tu plaques tout ? T'arrêtes la médecine, ta carrière,
tout. Radical.
- Non, pas radical.
Je toucherai plus un cadavre de ma vie.
- Et toute ton équipe ? Eddy ? Fatim ?
Tu vas pas me dire qu'ils te manquent pas ?
Elle soupire.
Et le capitaine Bach ?
...
Souffle
Clapotis des vagues sur la coque
...
Coups légers sur la coque
...
...
... - Y a quelqu'un ?
...
...
...
... Y a quelqu'un ?
...
Y a quelqu'un ?
Musique inquiétante
... ...
Musique mystérieuse
... ...
...
... ...
... Et merde.
...
Générique
...
- Alors, Tic et Tac, ils te l'ont envoyé,
le rapport d'autopsie ? - A l'instant.
J'y croyais plus. Ils sont perdus, sans Balthazar.
- Pourquoi ils l'ont pas remplacé ? Il est temps, non ?
- Balthazar, remplacé ? Tu y crois ?
- Ca fait six mois, Jérôme. Six mois qu'on n'a aucune nouvelle.
Sonnerie
Y a son nom qui vient de tomber dans les fichiers.
- Sérieux, tu le traques ?
- Tu voulais que j'attende tranquillement qu'il réapparaisse ?
- Pourquoi il est dans les fichiers ?
Il est mort ? Il a tué quelqu'un ?
Il a grimpé l'Everest en pédalo ? - Attends.
Musique intrigante
...
Non, il est parfaitement vivant, a appelé la gendarmerie cette nuit.
Comme témoin.
Découverte de cadavre.
Dans quel merdier il s'est encore fourré ?
- Mais il est où, là ?
...
Qu'est-ce qu'il fout au milieu de l'Atlantique ?
- Attends, je lis.
"Raphaël Balthazar. Profession : surfeur."
- Surfeur, hein ?
On sait qui vous êtes, Dr Balthazar.
Vous savez, on a Internet, ici aussi. Après votre appel,
j'ai fait 2-3 recherches
et y a un sacré paquet d'articles sur vous.
- Oui.
Mais c'est fini, je suis plus docteur.
J'ai raccroché ma blouse, il y a six mois.
Je suis venu me ravitailler et je repars.
- Bonjour. - Bonjour.
Françoise Le Cam, propriétaire de l'île.
- Oui.
- C'est affreux, hein.
Le corps a dû être ramené
par la mer. - Oui.
- On sait qui c'est ?
- Non, pas encore.
On a rien pour l'identifier à part cette bague.
Ca vous dit quelque chose ?
Musique sombre
(- C'est pas possible !)
C'est pas possible !
C'est pas possible !
Elle pleure.
Ma petite Bérénice !
... - Madame !
...
- Bérénice !
...
... ...
Elle a quitté l'île, il y a deux mois pour...
Pour voyager sur le continent.
- Vous avez eu des nouvelles, depuis ?
- Non. Elle...
On a l'habitude. Elle a 23 ans. Ca...
Ca lui faisait du bien, de partir, avant de revenir ici.
Laissez-moi, s'il vous plaît. Laissez-moi.
... Elle sanglote.
- Si c'est sa fille, ça peut être quoi ?
Elle part, le bateau a une avarie, le moteur explose
et la mer ramène le corps ici. C'est possible ?
- Je sais pas.
- Vous voulez pas regarder le corps ? - Non.
- Les légistes à Brest et Lorient sont pris. Personne avant 2 jours.
- Non. Je suis désolé, j'ai rangé mes scalpels.
- Dommage.
- Nous, on va partir. Y a un hangar
à poisson. On y mettra le corps jusqu'à l'arrivée du légiste.
Et puis... s'il y a quoi que ce soit,
vous nous prévenez.
Françoise Le Cam a un téléphone satellite.
Musique pesante
...
- Non. Je suis pas d'accord.
- On n'a pas le choix. Tu le sais très bien.
- Je voulais un verre avant de partir.
- Bien sûr.
C'est atroce, pour Bérénice.
- Ah oui. - C'est vous qui l'avez trouvée ?
- Oui, c'est moi qui l'ai trouvée.
- On est avec vous.
Ca a dû être traumatisant,
de voir un cadavre si près.
- Euh...
Oui, c'était assez traumatisant, oui.
Je... Je vais essayer de m'en remettre.
- Laissez-le... Ouh ! Excusez-moi !
- Pardon. - C'est pas grave.
- Arrêtez de... C'est pas facile.
- C'est pas grave. - Excusez-les.
Quand on vit sur une île isolée comme ça,
on a tendance à être en vase clos...
- Je vois ça. - On partage tout, alors c'est sûr,
un drame comme celui-ci survient,
ça devient le problème de tout le monde.
- Tenez.
- Merci.
- Vous reprenez la mer, là ?
- Oui. J'essaie de jamais rester trop longtemps au même endroit.
- Vous fuyez quoi ?
- Je fuis rien.
Je fuis rien du tout.
Musique grave
...
... Il démarre le moteur.
...
Musique mystérieuse
...
Musique intrigante
...
Les enfants chantent.
...
Ils crient.
...
Musique intrigante
Grincement du portail
Musique intrigante
Musique oppressante
Souffle
- Hier soir, tu disais que tu voulais plus toucher un cadavre.
- Oui,
mais hier soir, on m'avait pas encore appelé à l'aide.
- Et comment tu peux être certain
qu'il y a un lien entre ce message...
et ce corps ?
Musique mystérieuse
- Je peux pas. Soupir
...
En revanche, je crois pas aux coïncidences.
C'est pour ça qu'il va falloir que je t'autopsie.
...
Allez.
C'est comme le vélo,
ça s'oublie pas.
Il va falloir que j'ouvre.
Ouais, il faut que j'ouvre. - Ouais.
Mais avec quoi ? Avec tes dents ?
Musique intrigante
...
- Avec ça. - Mh mh.
- OK.
...
... Cri d'effort
...
... ...
...
Il souffle.
Bon.
On a une attitude pugilistique,
classique chez les carbonisés.
- Mh.
...
- Le bassin est bas,
et large, comme une brique
posée au sol. Les branches ischio-pubiennes
sont étroites et peu épaisses,
et la symphyse pubienne
correspond à une phase 2 chez Suchey-Brooks.
Donc, une femme d'environ 25 ans. Tout ça est confirmé
par l'aspect de la crête iliaque,
ainsi que par la surface auriculaire.
Donc,
ça pourrait correspondre à Bérénice Le Cam.
- Mh.
Il hume.
Quoi ?
...
- C'est bizarre, ça sent pas la peau grillée,
ni l'iode, ou le sel, d'ailleurs.
On dirait plutôt une odeur de...
De sapin.
Non, de cèdre.
Je vois pas du tout à quoi ça peut correspondre.
- Présence de biomarqueurs
de résine de conifère, ou de molécules organiques ?
Ou composé aromatique
obtenu en préchauffage.
Peut-être une substance,
des terpénoïdes.
T'as pas déjà lu ça quelque part ?
- Si, bien sûr, les Celtes.
- Mh mh ! - Les Celtes tuaient leurs ennemis
et ils les embaumaient en les oignant d'huile de cèdre.
- Et ?
- Et on est en terres celtes, ici.
Ouais.
Sauf que ces rituels, c'était il y a plus de 2000 ans.
- Ah ouais.
Musique énigmatique
...
- Absence de signes de noyade vitale.
Séjour du corps dans l'eau :
probablement bref vu l'absence totale
de signes de macération. Pas de trace de suie
dans la trachée
ni dans les bronches.
Fracture de carbonisation d'allure post-mortem.
Conclusion : elle était déjà morte quand on l'a brûlée.
- Je me suis toujours sentie protégée ici, sur l'île,
au milieu de l'eau, les arbres, la nature,
avec ma mère et les autres,
comme si rien pouvait nous arriver.
Tout ça pour finir comme ça.
Tu sais comment je suis morte ?
- Tu vois ça, là ?
C'est ce qu'il y avait dans ton estomac.
Les boules rouges,
c'est des baies de belladone. C'est bien.
A petite quantité, ça permet
de lutter contre la douleur. Si tu en prends trop,
tu délires, et puis tu meurs.
Et vu la quantité que j'ai retrouvée
dans ton estomac, je pense qu'il y a pas de doute, là.
- Ah donc, je me suis suicidée ?
- Je ne crois pas non plus, regarde.
Tu vois là ?
Sur ton dos ?
On t'a marquée
au fer rouge. - Mais pourquoi ?
(- Je sais pas.)
Je reconnais pas ce symbole.
En revanche, ton épiderme, lui, il était mêlé à des résidus
de végétaux et de humus,
ce qui veut dire
que la peau de ton dos
était appuyée contre du bois quand on t'a brûlée.
Donc, on t'a immolée sur un bûcher.
Avant de t'embaumer.
- Ca veut dire que je suis jamais partie d'ici ?
- Non, t'es jamais partie d'ici.
On t'a empoisonnée ici,
on t'a tuée ici, on t'a brûlée ici,
on t'a marquée au fer rouge ici,
et puis, on t'a embaumée.
Putain, c'est quoi, ce délire ?
Musique intense
Capitaine ?
- "Besoin de respirer", c'est ça ? Ca fait 6 mois
qu'on vous cherche partout ! Vous pouvez pas appeler
ou envoyer un SMS ?
- Je suis désolé.
- Vous pouvez pas être normal ? - Vous avez raison,
mais le cadavre à l'intérieur...
- Je comprends votre pétage de plombs,
après ce qui vous est arrivé.
- D'accord, OK, capitaine.
- Mais on fait pas ça. On part pas comme ça.
- On peut en parler. - C'est égoïste.
Vous êtes égoïste !
- C'est pas le sujet. - C'est complètement le sujet.
Vous vous êtes mis à ma place deux secondes, hein ?
- Ecoutez-moi, vraiment. - Moi, je vous ai cru mort.
J'ai cru que vous agonisiez dans un fossé, tout seul.
- Capitaine, détendez-vous. - Après vos cascades, là,
vos chutes libres à la con.
En fait, vous étiez juste en Bretagne,
à bouffer des sablés.
Musique douce
...
Qu'est-ce que vous faites ?
...
- J'exerce une pression sous la clavicule.
Le 27e point
du méridien a un effet calmant, pour que vous écoutiez.
Elle souffle.
- Ca me calme pas, mais je vous écoute.
- OK.
Le cadavre que j'ai à l'intérieur, c'est une fille qui a été brûlée
par un malade qui se balade probablement encore sur l'île.
Il va sûrement recommencer.
- Vous pouviez pas le dire plus tôt ?
- J'ai essayé.
Ca me fait plaisir de vous revoir.
- Capitaine Bach.
B-A-C-H. *-Et vous faites quoi
sur l'île ? - Je suis venue voir un collègue.
- Quoi ?
On n'est pas que collègues.
On est plus que collègues. Vous avez traversé toute la France.
Tout le monde fait pas ça pour des collègues.
- Adjudant, envoyez des hommes, c'est pour un meurtre.
- Mais on n'est pas que collègues.
*-Le bateau est à Ouessant. On sera pas là avant 48 heures.
On vous laisse gérer. Soyez prudents.
- On est des collègues "plus plus". - Ca suffit, là.
- Je suis désolé d'avoir disparu sans donner de nouvelles.
Roulis des vagues
...
Après la mort de...
de Margueritte, il fallait que je disparaisse.
Je serais devenu fou, sinon.
Mais le truc, c'est que si je vous avais contactée,
vous auriez tout fait pour que je revienne et...
...
vous auriez peut-être réussi.
...
Sinon, ça va ?
- Ouais, ça va.
- Avec Antoine, vous avez réussi à trouver
un nouvel équilibre ? - Ouais.
- Chouette. - On a divorcé.
- Oh, je suis désolé.
Rire léger - Non, mais c'est mieux comme ça.
Même pour les enfants, c'est plus facile.
- Ah ouais ?
(OK.)
Et mon...
Mon remplaçant, ça va, pas trop pénible ?
- Il est formidable.
- Il est comment ?
- Il est grand et...
Il est toujours élégant. - Ah bon ?
- Ouais. Très fin, très sportif.
- Très sportif, ah ouais. - Puis, il est drôle.
Il est assez drôle. Il est énervant, mais assez drôle.
- Ah ouais ? Ouais, il a tout, quoi.
- Franchement, très, très compétent.
- Ce serait pas Gaspard Mauroy ?
- Vous le connaissez ?
- Vous me charriez ? Je le connais.
Il a failli prendre ma première place.
Comment est-ce que Gaspard Mauroy...
Mais qui a eu l'idée de prendre Gaspard Mauroy
pour me rem... - Oh, la tête !
- Vous me charriez en vrai ?
- Ah ben oui, je vous charrie. Vous verriez votre tête.
- Vous savez pas qui c'est, Gaspard Mauroy.
- Vous êtes beau quand vous vous énervez.
Ca vous va bien. Elle rit.
Je suis assez fatiguée, là, avec le voyage.
Trois heures dans un bateau de pêche.
On fait comme prévu, je prends votre cabine ?
- Oui, du bas. - OK.
- On a dit ça ? - Ouais.
- Ouais, si on l'a dit...
Mais je suis pas sûr qu'on ait dit ça.
- Si, on a dit ça.
Chant de mouettes
- 1, 2, 3.
- J'ai eu le mal de mer toute la nuit,
j'ai pas fermé l'oeil.
- Cinétose. - Hein ?
- Cinétose. C'est ce qui se passe
quand il y a une discordance
entre les informations recueillies par votre oeil
et celles recueillies par le vestibule,
un petit organe à l'intérieur de votre oreille interne,
qui s'occupe de votre sens de l'équilibre.
- Et je fais quoi avec ça ?
- Contre le mal de mer, il faut manger des bananes,
des pommes vertes ou renifler du persil.
C'est vachement bien aussi.
Mais j'ai rien de tout ça.
- Ah ! Eh ben, merci pour votre aide.
Super ! - De rien.
- Oui. - J'ai un peu réfléchi au symbole.
- Vous avez trouvé quelque chose ?
- J'ai un début d'embryon
d'hypothèse possible, peut-être.
Vachement intéressant. - Bon, vous avez rien, quoi.
Il faut que je descende de ce rafiot.
Vous pouvez m'emmener là, en annexe ?
Il est par où, le village ?
Je vais aller voir la salle commune.
C'est là qu'ils ont dû mettre le papier
dans votre poche. Balthazar ?
Balthazar ?
Balthazar ! C'est pas vrai,
qu'est-ce qu'il fout encore ? - Capitaine !
Levez la tête !
- C'est pas le moment de faire l'andouille !
- Le symbole,
je crois que je sais ce qu'est.
C'est une carte !
Vous voyez les trois rochers
là-bas ?
- Oui. - On les voit clairement
sur le symbole.
Le point, c'est un repère !
En haut,
sur la falaise.
Musique inquiétante
- OK.
- Eh ben, on va y aller.
...
... Il crie d'effort.
... ...
- Ca va ? J'ai préféré prendre le petit chemin.
- Il y a un petit chemin ?
Eh ben, moi, je... J'ai préféré faire du sport.
...
Je crois que j'avais raison.
...
- C'est quoi, ce délire ?
- On dirait des cultes celtes
il y a 2000 ans. Ca collerait
avec l'embaumement
à l'huile de cèdre.
Musique lugubre
...
- Ca reproduit un culte ancien.
Et c'est quoi, les totems
dans ce culte ?
...
Des sépultures.
- Bérénice devait être enterrée ici.
Et c'est pas la seule victime.
... Le vent souffle.
On dirait que les éléments se déchaînent.
... ...
Et voilà la cinquième.
Musique pesante
...
- Le tueur est forcément sur l'île.
Ca fait six victimes, avec Bérénice.
Il faut trouver qui a fait ça.
- Ouais.
Deux hommes et trois femmes.
Entre 20 et 70 ans, tous brûlés,
marqués au fer rouge, puis embaumés.
Et puis cette odeur caractéristique d'huile de cèdre, là,
ça indique le même mode opératoire.
Je suis sûr que l'autopsie nous dira qu'ils ont été brûlés post-mortem
et que leur estomac renferme des baies de belladone.
- Ils sont morts depuis combien de temps ?
- Avec la squelettisation
et l'action de la faune nécrophage,
je dirais que les plus anciens ont quelques dizaines d'années.
La plus récente, c'est Bérénice, 2 mois.
- Bon, il faut qu'on interroge les gens du village.
J'ai besoin de renfort, j'appelle le proc'.
Oh, putain, il y a pas de réseau.
- On va redescendre au bateau, on va utiliser la VHF.
Musique grave
...
Mon bateau ! (- Oh, putain.)
- Merde !
Musique sombre
OK.
La propriétaire de l'île, Françoise Le Cam,
a un téléphone satellite. - On reste sur nos gardes
tant qu'on ne retrouve pas le tueur.
- On peut faire confiance à celui ou celle qui m'a appelé au secours.
- OK. Réfléchissez, Vous l'avez forcément rencontré
dans la salle commune, non ? - Ouais.
- Donc ?
Musique de tension
- Il y avait les deux patrons.
- On n'a pas le choix.
- Il y avait 4 clients, donc 6 possibilités.
En plus, c'était bizarre. Ils étaient tous autour de moi,
à chercher à me câliner, à me réconforter,
comme si j'étais un gros bébé. - Etonnant,
quand on connaît votre maturité.
- J'essaie de me concentrer, là.
Euh... OK.
D'abord, il y a eu Gwen,
la patronne de l'endroit.
Mais c'était pas elle, car... Non.
Elle avait les deux mains
sur mes épaules, donc ça pouvait pas être elle.
Après, il y a eu
les quatre clients qui sont venus
s'agglutiner,
autour de moi, mais ils étaient super tactiles.
Ca pourrait être n'importe qui. - Balthazar, concentrez-vous !
Y a 6 mois, vous auriez réglé ça les mains dans les poches.
- Les mains. On peut essayer de déterminer
si le messager est gaucher ou droitier.
Vous avez le mot ?
Regardez le haut des lettres.
La main qui a écrit ça était positionnée
en "col de cygne". Ca veut dire le poignet cassé
au-dessus de la ligne d'écriture. En plus de ça,
on voit que le feutre est poussé, pas tiré, ce qui donne
un mauvais axe de rotation aux lettres.
- OK. - Ben voilà !
- Quoi ? - Je viens de vous expliquer.
Le messager est gaucher. - Ah ?
Eh ben... Et c'est qui ?
- C'est qui ?
La cliente et deux des clients étaient droitiers.
Celui à lunettes...
Il y avait un client avec des lunettes
qui tenait sa bière en main gauche
et l'a renversée.
Il est gaucher. - Donc, c'est lui ?
- Ca peut être lui.
Ca peut être le patron aussi,
du bar.
Il tenait le bidon d'eau
avec sa main gauche. Il m'a mis sa gauche sur l'épaule.
Donc, il est gaucher aussi.
- Bon, on va voir les deux.
Musique intrigante
...
- En se séparant, on ira plus vite.
Ca va aller, capitaine ?
- Oui. - On s'est retrouvés,
c'est pas pour se reperdre. - Mh.
Vous gérez le type à lunettes ? Je prends le patron.
- D'accord. - C'est par où ?
- Euh... Si vous allez par là et à droite,
vous pouvez contourner les habitations.
(- OK.)
Musique à suspense
...
... Caquètement
... ...
... Aboiement
... ...
- Soizic !
...
...
- C'est toi,
Bérénice ?
On entre.
...
Il chantonne.
...
Musique inquiétante
...
Il se remet à chantonner.
...
...
Chants d'oiseaux
...
Musique intrigante
...
- Police.
- Que faites-vous là ?
- Vous êtes Renan ? - Oui.
Le marin vous a alertée ? Il a compris ?
- Vous avez mis le corps de Bérénice
devant son voilier et le mot dans sa poche ?
- Oui. Je voulais écrire
un mot plus long, mais j'ai pas pu.
- On a retrouvé la sépulture et cinq autres cadavres.
- La prochaine sur la liste : Gwen.
Vous êtes là,
vous allez tout arranger. Et vos collègues ?
- Je suis seule.
Vous pouvez me dire qui est le tueur ?
- Vous avez rien compris.
- Comment ça ?
- Quand la récolte et la pêche sont mauvaises,
que la famine menace,
un membre de la communauté se sacrifie à Cernunnos
et à la déesse-mère pour calmer leur colère.
- Quoi ? Qu'est-ce que vous racontez ?
- C'est nos traditions. C'est comme ça depuis des années.
Le problème, c'est que depuis quelque temps,
les périodes de pénurie se multiplient,
et là, le sacrifice de Bérénice n'a pas fonctionné.
Y a qu'à voir la maladie des moutons,
on crève la dalle. Ils veulent recommencer.
Il est hors de question que ma femme se sacrifie
pour la communauté. Je veux pas.
Elle veut absolument le faire.
J'arrive pas à l'en dissuader.
Le bûcher, c'est ce soir.
- Vous inquiétez pas, on va la sauver, votre femme.
- Mais je suis pas inquiet.
C'est déjà fait.
- Comment ça ?
Musique inquiétante
...
- Je suis désolé. Je pouvais pas la perdre, vous savez ?
...
- C'est bien, Renan. Tu as racheté ta trahison.
Dites merci à votre nouvelle reine du Beltaine.
Chant rituel
...
Vous savez pourquoi mes grands-parents sont venus ici ?
Parce que vous détruisez tout.
Obsédés par une seule idée :
posséder, avoir,
acheter, acheter,
acheter.
Sans aucune préoccupation des conséquences.
La terre meurt. Les animaux meurent.
Les plantes meurent et vous vous en fichez.
Ici, nous sommes en paix.
Dans le respect de mère nature.
- Dans le respect de mère nature ?
Elle vous a demandé de sacrifier votre fille ?
- Vous croyez que ça a été facile ?
Je l'aimais, ma fille.
Mais c'est le cycle de la vie.
La renaissance par la terre.
Bérénice a fait ça
pour que notre communauté puisse continuer à vivre en harmonie,
heureuse de se sacrifier.
- Elle ne connaissait que ce que vous avez mis dans son crâne.
Incantations en langue celte
- Grâce à vous, grâce à elle,
la terre va redevenir généreuse.
Soit on se bat contre
la nature, soit on vit avec. - Réveillez-vous !
Ca va faire revenir les poissons
et faire tomber la pluie, de me tuer ?
...
- Aucune alternative.
- Oh !
- Une fois n'est pas coutume,
...
on va changer un peu le rituel.
Traditionnellement, nos sacrifiés sont empoisonnés à la belladone.
Pour que leur douleur
soit moins forte,
...
mais vous...
...
Qu'on la brûle vive.
La douleur va la purifier.
... Musique angoissante
... ...
- Non mais vous croyez vraiment à ces conneries ?
Elle a raconté cette histoire de sacrifice
pour dominer votre communauté.
Réveillez-vous !
- Blasphémer ne va pas vous sauver.
- Vous êtes totalement endoctrinés.
Vous vous rendez pas compte de ce que vous faites.
- Tout ce que j'ai fait, c'est pour les gens de cette île,
et ils le savent.
Cernunnos !
Musique sinistre
... ...
- Non mais...
Vous allez pas faire ça !
(Putain !)
Hé oh !
... ...
Hé oh !
Arrêtez, là, oh !
... ...
(Ah, putain !)
... ...
Oh !
... ...
Arrêtez, faites pas ça !
Putain, aidez-moi, là !
... ...
Elle hurle de peur.
Musique intense
...
- Arrêtez-le ! Arrêtez-le !
... Cris d'effort
... ...
...
Lâchez-moi !
- Vous la libérez,
vous lui rendez son arme
et vous me donnez le téléphone.
Et je veux mon bateau aussi !
Sinon, ce soir, c'est elle qui y passe.
J'hésiterai pas une seconde.
Vous voulez que je la crame ?
T'aimes le feu ? Tu veux te sacrifier
pour ta communauté ? - Faites ce qu'il vous dit !
Houle légère
...
- Ils vont être présentés au juge d'instruction, mis en examen
et placés en détention provisoire. Ils ne se rendront jamais compte
de leurs actes. - Ouais.
Vous voulez savoir comment j'ai éteint le feu ?
- Je crois que vous avez très envie
de me le dire. - Ah, ça vous intéresse.
Alors, il se trouve que l'homme que j'ai suivi,
celui avec ses lunettes, il était apothicaire.
Dans son officine, il avait tout le nécessaire
pour fabriquer une bombe à vide. Il n'y a rien de tel
qu'une bombe à vide pour éteindre un feu.
Au moment de l'explosion, ça crée une énorme surpression,
suivie par une dépression... - Je trouve que vous avez tardé
à lancer votre bombinette.
- Vous trouvez ? - Ouais.
- Désolé, j'étais comme paralysé
par la beauté de cette petite couronne en fleurs
que vous aviez sur la tête
et cette robe verte d'un goût sublime.
- Ca va, ça va ! - Quand je vais raconter ça...
- Je vous l'interdis. Non, on raconte pas ça.
- Oh, ce qu'on va rigoler !
Ca restera gravé dans ma tête. - Vous allez rentrer à Paris ?
Je pensais que vous me rameniez juste sur le continent.
- Je suis obligé de vérifier
qu'ils ont pas confié mon IML à n'importe qui.
- Vous avez peur que je rappelle Gaspard Mauroy ?
Il est plus grand, plus beau... - Non, pas plus.
- Si, il est plus drôle.
- J'ai pas dit "plus". J'ai pas dit...
Musique douce
La prochaine fois, je vous laisserai sur le bûcher plus longtemps.
...
- Alors, de retour au bercail ?
- Ecoute,
même sur un bateau au milieu de nulle part,
je finis par avoir les mains dans les cadavres.
Autant le faire à la maison, non ?
- Ouais.
Surtout quand c'est le capitaine qui vient te chercher.
Musique douce
...
Musique jazzy
...
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
...
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