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LES CARNETS DE L’APOTHICAIRE
ÉPISODE 25 MAO MAO ET MAO MAO
Qu’est-ce que c’est que ça ? Il y en a partout !
La dernière lubie de Mao Mao.
Encore ?
Ça, c’est de l’investissement, et du bon.
Envoie-les-lui, comme demandé.
Entendu.
C’est magnifique.
Elles embelliraient notre suite.
Tout va pour le mieux ?
Oui !
Messire Shisho m’a laissé entendre qu’il lui faudrait plus de suivantes.
Elles sont pourtant déjà nombreuses.
Très nombreuses,
et je crains que cela froisse nos dames.
Mes salutations…
dame Lolan.
Vous cherchez quelqu’un, peut-être ?
Non, je…
Mao Mao est au dispensaire.
Le printemps est déjà là.
Qu’est-ce que tu mijotes ?
À l’odeur, cela paraît évident.
C’est de l’essence de parfum.
J’ai trouvé des alambics en rangeant l’officine,
alors je me suis décidée à utiliser les roses restantes.
En tout cas, ça embaume.
Pas autant que des roses sauvages.
Que faites-vous ici ?
Ma foi, une telle odeur a de quoi attirer l’attention.
Tu manques de place au palais de Jade, si je comprends bien ?
Oui, mais pas seulement.
Certains parfums peuvent provoquer des fausses couches.
Les plus intenses en sont capables, en tout cas.
Si c’est vrai, ne faudrait-il pas en prohiber le port à la cour ?
Non, ceux-là sont inoffensifs.
Le charlatan est aussi gentil qu’il est bavard.
Il ne doit rien savoir de la grossesse de dame Gyokuyo.
Et ça ?
C’est de l’alcool.
En le distillant plusieurs fois, on obtient de l’eau-de-vie.
Cette horreur se boit ?
Elle sert de désinfectant.
La petite princesse doit grandir dans le pavillon le plus sain qui soit.
J’ignorais tout cela.
L’alcool a bien des usages.
Par exemple, en imbiber un tissu suffit pour nettoyer une surface.
Tu es pleine de ressources.
C’est surtout très commun en Occident.
C’est vrai, j’oubliais que ton père était…
Une livraison pour vous.
Qu’est-ce donc ?
Demandez plutôt à…
Asseyez-vous, je vous prie. Je vais nous préparer du thé.
Voilà qui m’intrigue.
Ça ne contient rien d’intéressant ! Ça vient de chez moi.
Raison de plus.
Quel tordu !
C’est que… ce sont des sous-vêtements…
Oh, mes excuses.
Tout de même… Pour que cela nécessite deux paires de bras,
ce doit être un sacré attirail.
Voyez-vous, le problème,
c’est que la cour intérieure est peuplée de jeunes ingénues.
La plupart de ses résidantes sont des oies blanches.
Si l’empereur s’éprend de l’une d’elles,
la malheureuse commettra peut-être un impair involontaire.
Pour éviter cela, mieux vaut les éduquer.
D’où ces livres au contenu discutable ?
Ce sont les mêmes ouvrages.
Ceux-là, oui.
Dire que j’avais pris mes dispositions pour que Honnian ne tombe pas dessus !
J’en avais fourni au lecteur assidu qu’est Sa Majesté
avant d’en commander plus afin d’en tirer quelques bénéfices.
Qu’y a-t-il de mal à ça ?
Impressionnant.
C’est un ouvrage de très belle facture.
Le papier est de qualité.
Ah, d’accord.
Je le trouvais étrangement concentré.
Ce livre est parfois offert aux jeunes mariées
et il est accessible à tous, car il est composé d’images.
Des estampes ?
Reproduites avec des matrices en métal, et non en bois.
C’est remarquable.
Je trouve aussi ! C’est pour cela
que le public mériterait d’y avoir accès.
Ce sont deux choses différentes.
Prenez donc un exemplaire, si cela pique votre curiosité.
Allons ! Que vas-tu imaginer ?
Bon, j’accepte de fermer les yeux pour cette fois.
Pour de vrai ?
À condition de savoir où tu te les procures.
Bon sang ! C’est l’impression qui m’intéresse !
L’impression, oui, bien sûr. Un petit instant, je vous prie.
Shao Mao.
Oui ?
Les illustrations les plus osées devront être censurées.
Mais les précédents ouvrages avaient laissé l’empereur sur sa faim…
C’est un ordre.
Dire que la vieille pingre avait choisi les plus grivoises à ma demande…
« De quoi se languit donc mon cœur
sous les arbres en fleurs ? »
À quoi doit-on s’attendre, à ton avis ?
À du crottin ?
– Mais mâche, voyons. – C’est ta faute !
Ce roman est très à la mode, je te signale !
Depuis quand tu sais lire ?
Depuis jamais.
Une des filles nous fait la lecture.
J’ai hâte d’écouter la suite !
Il doit avoir un succès fou pour que des servantes analphabètes
connaissent aussi son existence.
Je suis de retour.
Qu’est-ce que c’est ?
Un livre que l’empereur a offert à chacune de ses concubines.
Elles peuvent nous le prêter une fois leur lecture achevée.
Tu veux y jeter un œil ?
Ça a tout l’air d’être le fameux roman de Shaolan.
Une fiction grand public.
C’est un genre déconsidéré par les castes supérieures.
Voilà qui laisse songeur.
Le sceau de l’imprimeur.
Celui qui intriguait tant maître Jinshi.
On parle d’un bel ouvrage d’assez bonne facture pour être offert.
Si toutes les concubines ont reçu un exemplaire,
il doit en circuler une centaine.
Peut-être qu’il a dû s’occuper de trouver un imprimeur.
J’aurais dû exiger une commission !
Étrange, tout de même.
Pourquoi offrir un tel présent
à des concubines pourtant éduquées ?
Mon petit doigt me dit que l’ordre vient d’en haut
et que tout cela cache quelque chose.
Oh non, c’est déjà fini !
Je meurs d’envie de lire la suite !
Gaoshun m’a promis qu’on nous enverra la suite dès qu’elle sera imprimée.
Ça ne va pas ?
Nous sommes peu nombreuses au pavillon de Jade.
Dame Gyokuyo nous l’a gentiment prêté,
mais c’est navrant que personne d’autre ne puisse en profiter.
Pour autant, il ne doit pas quitter le pavillon.
Nous devons en prendre soin !
Les servantes pourraient l’égarer.
Vous avez raison.
S’il vous est interdit de le prêter,
pourquoi ne pas simplement le recopier ?
Reproduire les illustrations est trop ambitieux,
mais Ailan a une très belle écriture.
Ça ne devrait pas vous poser de problème.
C’est une solution, oui.
Quand même ! C’est très exigeant !
Ça ne me gêne pas, Infa.
Tout porte à croire que l’idée de maître Jinshi fait son chemin.
Plus les livres circuleront,
plus il y aura d’apprenties lectrices.
C’est encore plus motivant avec un roman à la mode.
Maître Jinshi m’avait bien consultée au sujet des servantes.
Que ferais-tu pour augmenter leur taux d’alphabétisation ?
Enfin bon, on a vu moins casse-tête, comme stratégie.
Je t’en prie, Mao Mao !
Apprends-moi à lire !
C’est nouveau, ça ?
À force de nous faire la lecture,
elle a fini par perdre la voix.
Elle nous a bien donné une copie du livre,
mais je peux rien déchiffrer.
– Je peux le faire pour toi… – Ça, non !
Elle s’est donné beaucoup de mal pour le recopier.
À moi de fournir des efforts.
Brave petite.
Qu’est-ce qui te prend ?
Ça, c’est ton nom.
À ton tour, maintenant.
Compris !
SHAOLAN
Je ne l’imaginais pas aussi compliqué que ça.
On retient mieux en écrivant, mais on peut se limiter à la lecture.
Non, autant apprendre les deux. C’est l’occasion !
Mon contrat fini, il faudra bien que je me trouve un travail.
Pour ça, je devrai savoir écrire.
Quoi, encore ?
Shaolan réfléchit à son avenir, elle aussi.
Dans ce cas, place aux choses sérieuses.
Super, merci !
Comment ça se lit ?
« Champignon chenille. »
Et ça ?
« Datura. »
Et ce mot-là ?
« Kudzu. »
Dis,
c’est vraiment des mots qu’on utilise au quotidien ?
Commençons par les politesses.
Je préfère.
La princesse Linli a été autorisée à se promener ?
Oui.
Le pavillon est quelque peu étroit pour elle,
alors j’ai soumis l’idée.
Regarde-la, elle ne tient plus en place !
Qu’en penses-tu ?
Ma foi, des sorties en extérieur
ne peuvent qu’être bénéfiques pour sa santé.
Elle sera sous la bonne garde de deux eunuques,
mais j’aimerais que vous l’accompagniez également.
Entendu.
Jusqu’à présent, tous les héritiers sont morts en bas âge.
Même si ces précautions semblent excessives,
je comprends son inquiétude.
Faune et flore n’ont aucun secret pour toi.
N’hésite pas à lui transmettre ton savoir.
C’est pure folie, dame Gyokuyo !
Elle va lui apprendre n’importe quoi.
Justement, ça lui sera très utile.
On ignore quel énergumène elle épousera.
Certes, elle est jeune, mais d’ici dix ans à peine,
elle sera bonne pour être fiancée.
Si on l’envoie à l’étranger,
qui sait l’accueil qui lui sera réservé ?
Mieux vaut connaître remèdes et poisons.
Quelle femme brillante !
Les réactions diffèrent d’une personne à l’autre.
Elles traduisent les sentiments de chacun à son égard.
Un jour, la princesse prendra conscience de la portée de ces regards.
Ça, ce sont des primevères.
Princesse !
Je vous en prie !
Allons, restez ici !
J’y vais.
Un chaton ?
Princesse !
Je te tiens.
Quand faut y aller…
Je l’ai !
Tu le veux ?
Ou pas. Tu avais tout l’air de vouloir l’attraper.
– Je me trompe ? – Non.
– Merci beaucoup. – Et voici.
Je crois bien qu’il a les crocs, ce petit.
Prends soin de lui.
Au revoir !
Mao Mao, je rêve ou…
Oui, c’est bien un chat.
La princesse ne devrait pas le toucher, il est très sale.
Tu as raison.
On nous autorisera peut-être à le garder.
– Ramenons-le avec nous. – Bien.
Tiens, on ne voit pas des chatons tous les jours.
Je l’ai recueilli.
Pauvre petit, il tremble comme une feuille !
Ça tombe bien, je faisais justement bouillir de l’eau.
Tout de même, quelque chose m’intrigue.
Les animaux de compagnie sont rares à la cour.
Il faut une autorisation pour en adopter un,
et surtout, ils doivent tous être stérilisés.
D’où peut bien sortir ce chaton ?
Une bouteille emplie d’eau chaude et entourée d’un linge
fait des merveilles.
Vous vous y connaissez.
J’ai recueilli un chat, par le passé.
C’était un adorable calico.
Il est bigrement maigrelet…
Vous n’auriez pas du lait ?
Je peux en rapporter des cuisines.
Prenez aussi des boyaux.
Des boyaux ?
Pour imiter la texture de la mamelle de sa mère.
Ils ont servi des saucisses il y a peu, il me semble.
D’accord, je poserai la question.
Bien.
J’aurais préféré lui donner un bain,
mais ça pourrait le tuer, vu son état.
Je n’ai pas d’autre choix que de le nettoyer à la main
et de tuer les puces avec de l’huile.
Me revoilà ! Je nous ai trouvé du lait de chèvre !
J’ai aussi tes boyaux.
Merci beaucoup.
Qu’il est mignon ! Il est à croquer.
Le soir même,
l’empereur nous a rendu visite.
Vous pouvez garder ce chaton.
Je compte sur tes bons soins.
Un vrai papa gâteau, sous ses airs sérieux.
À croire que tout était écrit d’avance,
avec le nom que tu portes.
Une fois le chaton remis sur pattes,
je l’ai lavé à grands coups de savon.
Ce que l’eau est sale !
J’ai commencé par le nourrir de lait avant d’introduire du poulet
dans son régime alimentaire.
Il a vite appris la propreté grâce à une caisse remplie de sable.
Il ne faudrait pas que tu la griffes.
Pas facile, la maternité.
On devrait bientôt pouvoir le confier à la princesse.
Parfait.
Des alevins ?
Mieux vaut les faire bouillir avant.
C’est vous l’expert.
Une femelle ?
Tant mieux, elle évite la stérili…
Toutes mes excuses.
Oh, ce n’est rien, je t’assure.
Je vais chercher de quoi grignoter.
Non, ce serait de mauvais goût.
Tu veux jouer ?
Je n’aime pas trop les chats.
Ironique, vu ton nom.
Je sais bien, oui.
J’imagine que vous êtes un ami des félins.
Pas autant que ces deux-là.
J’ignore ce qui les fait fondre.
Je n’en sais pas plus que vous.
On dit que le charme des chats
réside dans leur côté insondable.
On pourrait les observer des heures durant, jusqu’à être pris
d’une terrible envie de les caresser.
Rien de plus agaçant qu’une créature
qui ne se défait de son air dédaigneux que si on lui présente une friandise.
En effet…
Mais bon, quand on cède devant elle, c’est qu’on a déjà perdu.
Malaxer leurs coussinets, les embrasser…
Tout ça n’a rien d’hygiénique.
Je vous dérange, peut-être ?
Je comprends l’attrait pour ces bêtes.
Si vous le dites.
En fin de compte,
personne ne sut d’où était venu ce chaton.
Sans doute s’était-il glissé dans une charrette de marchandises.
Il s’est alors vu confier…
le rôle ô combien important
de grand souricier en chef.
En substance,
il devait désormais chasser les nuisibles.
Quand même…
MAO MAO
Ils auraient pu lui trouver un autre nom
que Mao Mao.
Bien, on a du pain sur la planche.
Oui. La caravane sera bientôt là.
La caravane ?
Traduction : Camille Velien Adaptation : Stéphanie Noardo
Repérage : Enjiniatsu Relecture : Mathieu Lachassagne
À SUIVRE
À suivre : La Caravane.
ÉPISODE 26 LA CARAVANE
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