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Eh bien, c'est...
...quelqu'un...
...d'un peu étrange.
C'est ce qu'on remarque :
ce n'est pas une femme comme les autres.
Elle paraît repliée sur elle-même...
...perdue...
...au plus profond d'un rêve intérieur
mais entourée par un monde de luxe.
Un boudoir somptueux,
un lit capitonné de satin,
des tentures de mousseline.
De sa fenêtre, on peut voir la Tour Eiffel.
Soudain, sa servante lui apporte un paquet.
Le cadeau d'un admirateur.
C'est une vedette de cabaret de tout premier ordre.
Elle ouvre le coffret.
C'est un bracelet en diamant
mais elle le renvoie.
Les hommes sont à ses pieds. Elle en a connu plus d'un.
Mais pas celui
qu'elle a attendu toute sa vie.
Un homme... Un vrai.
Sa servante lui a préparé un bain de mousse.
La star enroule sa chevelure dans une serviette
comme un turban.
Ses ongles peints sont d'un rose pêche.
Elle dénoue son déshabillé en taffetas
et le laisse doucement glisser le long de ses cuisses
sur le carrelage.
Sa peau miroite.
Sa cheville menue pénètre dans l'eau parfumée
puis ses jambes sensuelles, jusqu'à ce que tout son corps
connaisse la caresse de la mousse.
J'ai dit pas d'images érotiques !
Elle n'en est pas moins sublime.
Tu sais de quoi je parle ?
Je te parle de la femme
la plus sublime du monde.
C'est ça.
C'est ce qu'elle est.
Une silhouette parfaite,
des traits classiques,
mais avec de grands yeux verts.
Ils sont noirs.
C'est moi qui ai vu le film,
mais si tu les as vus noirs...
Des yeux affectueux,
des yeux tendres.
Mais attention, ils voient.
Ils voient tout.
On ne peut rien leur cacher.
En dépit de sa solitude
elle tient les hommes à distance.
Elle aurait pas mauvaise haleine, par hasard ?
Si tu dois te moquer de ce film qui m'est cher, autant que j'arrête.
Bon, bon, continue.
Soudain
nous sommes à Paris.
Des troupes défilent sous l'Arc de Triomphe.
Les soldats sont beaux comme des dieux
et de jeunes Françaises applaudissent sur leur passage.
Puis on se retrouve dans une ruelle écartée
au pied d'une sorte de colline
où un groupe de Français vraiment bizarres,
pas le Français typique avec un béret,
déchargent un camion.
C'est la guerre, bien sûr
et les cartons contiennent des délices du marché noir :
les meilleurs fromages,
des pêches au sirop...
- Ne parle pas de bouffe ! - Sans oublier les petits pâtés.
Je ne blague pas.
Pas de bouffe ni de femmes nues.
T'as toujours la tête qui tourne ?
C'est mon dos.
T'as encore saigné. Ta chemise est trempée.
De sueur. C'est un accès de fièvre.
Qu'en dis-tu ? N'est-ce pas fabuleux ?
- Ça aide à tuer le temps. - Ça te plaît vraiment ?
C'est pas très engagé, mais ça fait de mal à personne.
Doux Jésus, tu n'as que ça en tête.
Tu as dû étudier la philosophie politique.
On dit "Sciences Politiques".
Non, j'ai étudié le journalisme.
- Tu dois aimer les histoires. - Pas celles pour midinettes.
Je sais qu'elle n'est pas très intellectuelle.
C'est une histoire à l'eau de rose,
mais c'est si ravissant !
Et puis
tout d'un coup
débouche un convoi militaire.
De superbes soldats allemands
capturent les étranges trafiquants
et les arrêtent tous.
Mais ils sont observés non loin de là
depuis une camionnette
par deux brutes épaisses de la Résistance
qui espionnent les Allemands.
Le malabar a un pied-bot et son acolyte est à demi-sourd.
Attends.
Ces étranges trafiquants arrêtés par les Allemands...
Oui.
Ils n'avaient pas l'air français ? Que veux-tu dire ?
Ils ressemblaient plutôt...
...à des Turcs.
Ils portaient une sorte de bonnet sur la tête.
Comme...
...un fez turc.
Tes bonnets sont des "kippas".
Tu ne vois donc pas que c'est un putain de film antisémite ?
Oh allez !
Minute !
C'est un film allemand, non ?
J'en sais rien. C'est vieux.
Écoute.
Écoute.
Je n'aime pas disséquer mes films. Ça tue l'émotion.
Ce doit être un film de propagande nazie.
Je ne sais pas. Ce n'était que la toile de fond.
C'est maintenant que commence la partie importante.
L'histoire des amants.
C'est divin !
Chaque soir, le beau monde se bouscule dans ce club très privé.
Des amants à chaque table, des espions dans chaque coin
et les officiers du haut commandement allemand.
L'un d'eux s'appelle Werner.
Si distant, si divin,
il est aussi le chef du contre-espionnage en France.
Il y a aussi Michèle avec son visage d'ange
la vendeuse de cigarettes qui travaille pour...
Tu verras.
Et enfin,
le moment qu'ils attendaient tous.
S'avançant sous les projecteurs, voici la star légendaire
la sublime chanteuse :
Leni...
...la Maison !
Oui ?
Lacorne et David ont été arrêtés.
Tu t'es emparée de la carte ?
Non, je n'ai pas eu le temps.
Trouve-la. Y a que ça qui compte.
Vive la France !
À présent, le regard de Werner lui consume l'âme.
Des yeux comme des griffes d'aigle.
Des yeux inéluctables !
Qu'est-ce qui te fait rire ?
Tu as bien une raison.
Toi.
Et moi !
- Que se passe-t-il ? - Silence !
Ils amènent un nouveau.
Quelle heure est-il, au fait ?
II est en sang.
C'est un prisonnier politique ?
On ne vous torture pas pour un vol de bananes.
Tu le connais ?
Allez.
Ton nom ?
Toi !
Ton nom ?
Luis Molina.
Valentin Arregui.
Tu veux te raser ?
Je ne parle pas de tes jambes.
Qu'est-ce que tu as ?
Je ne comprends pas pourquoi ils ont cessé de m'interroger.
Ça fait près d'une semaine.
Si seulement ils m'avaient donné ce bel acteur aryen
pour me tenir compagnie à ta place.
Qu'est-ce que tu racontes ?
- T'as peur de parler de sexe ? - Tu veux vraiment savoir, Molina ?
Je te trouve chiant.
Mon chou, tu débarques !
Tu sais, je suis pédé. Eh oui ! II faut tout te dire !
J'ai débauché un mineur.
On en a parlé au Journal de 20 h.
Ils te bottent, tes Nazis, hein ?
Non, je déteste la politique,
mais je suis fou de la vedette masculine.
Il est si romantique.
Dois-je être fusillé pour autant ?
Tes Nazis sont aussi romantiques que les tortionnaires d'ici.
J'imagine.
Non,
tu n'imagines pas.
Tu dors pas ?
Je peux raconter mon film ?
Après le spectacle
Leni revêt une robe de soirée en satin.
Divine est la beauté de ses seins,
sa taille de guêpe, ses cuisses fuselées...
C'est de la propagande ou du porno ?
Écoute, tu vas voir.
Excuse-moi.
Leni.
Qu'y a-t-il, Michèle ?
Leni.
J'ai trahi. J'ai trahi la France !
Que veux-tu dire ?
Je vais avoir un bébé,
mais le père
est un lieutenant de l'armée allemande.
Ça par exemple !
Ma pauvre Michèle !
Mais il m'aime et veut m'épouser
dès qu'il en aura l'autorisation.
Je ne te comprends vraiment pas.
Comment as-tu pu tomber amoureuse
d'un ennemi de la patrie ?
L'amour méprise les frontières.
Il y a autre chose que tu ignores.
Leni très chère, je travaille pour la Résist...
Entrez !
C'est pour vous, Madame.
Comment te rappelles-tu toutes ces conneries ?
Tu inventes !
Non, pas du tout. Je te le jure.
Je brode un peu pour que tu partages ma vision.
Dieu m'en garde !
Vous les athées, ne cessez d'invoquer Dieu.
Et vous les homos, de fuir le réel.
On ne s'évade pas en rêvant.
Si tu as les clefs de cette porte je te suivrai volontiers.
Sinon, je m'évaderai à ma façon si tu le permets.
Alors, ta vie est aussi dérisoire que tes films.
Je vais dormir.
Dis-moi la vérité.
À qui tu t'identifies le plus ?
Au pied-bot patriote ou au beau Werner ?
Et toi, à qui t'identifies-tu ?
À la chanteuse.
C'est la star.
Je suis toujours...
...l'héroïne !
- Tiens, c'est délicieux. - Non, merci.
- Qu'y a-t-il ? T'aimes pas ça ? - J'aime ça, mais non, merci.
Alors, sers-toi. Le déjeuner sera long à venir.
Je ne veux pas m'amollir.
Tu crois que manger cet avocat serait un aveu de faiblesse ?
Jouis de ce que t'offre la vie.
Ce qu'elle m'offre, c'est un combat.
Quand tu es engagé, le plaisir devient secondaire.
Ta petite amie pense pareil ?
Tu sais que j'en ai une ?
C'est ce qui se fait, non ?
Est-ce qu'elle fuit le plaisir, elle aussi ?
Elle sait ce qui compte.
Que l'important, c'est de servir une cause noble.
Une cause qui vous interdit de manger un avocat ?
- Molina, tu peux pas comprendre. - Je comprends au moins une chose.
Je t'offre la moitié de mon avocat et tu me le renvoies à la figure.
Ne le prends pas comme ça. On dirait...
On dirait quoi ? Dis-le.
Dis-le : une bonne femme !
Quel mal y a-t-il à ça ?
Pourquoi seraient-elles les seules à être sensibles ?
Pourquoi pas un homme ?
Un chien ?
Ou un pédé ?
Si les hommes les imitaient, il n'y aurait pas tant de torture !
T'as peut-être pas tout à fait tort.
Ah, maintenant, j'ai peut-être pas tort !
Molina, t'as tiré le gros lot.
Le dirlo veut te parler.
Pourquoi voulait-il te voir ?
Mon avocat a appelé.
Pas de libération anticipée.
Pour le moment, du moins.
Il t'a traité comment, le directeur ?
Comme une tante.
J'ai l'habitude.
- Oh, non. - Et merde !
II m'a dit autre chose.
Ma mère ne va pas bien.
Elle fait de l'hypertension.
Et son cur faiblit.
- On peut durer longtemps comme ça. - Pas si on vous a fait du chagrin.
Tu imagines la honte d'avoir un fils en prison ?
Et le motif !
Endors-toi. Ça ira mieux.
Non, il n'y a qu'une chose qui pourrait m'aider.
Vas-y, mec. Parle.
Mec ?
II y a un mec ici ?
Le laisse surtout pas sortir !
Bon, arrête ton cirque et raconte ton film.
Et maintenant,
au clair de lune, derrière le cabaret,
Werner attend dans sa limousine.
Il a les yeux fixés
sur la sortie des artistes.
Il fait signe au chauffeur de lui ouvrir la portière.
Peut-être Leni voit-elle là l'occasion d'aider Michèle.
Ou peut-être veut-elle savoir quel homme se cache
sous le masque de l'envahisseur.
Elle décide
de passer la soirée avec lui.
Madame.
À une grande artiste !
Michèle court rejoindre son amour clandestin.
Mais des forces obscures ont déjà décidé de son destin
de jeune résistante française amoureuse d'un lieutenant allemand.
Son compte est bon !
Quoi ?
En effet...
Hanson !
... l'amour est un luxe qu'une espionne ne peut s'offrir.
Michèle, attention !
Comment peux-tu me laisser jacasser dans mon coin comme un perroquet ?
C'est étrange.
Quand Michèle a été tuée,
j'ai eu froid dans le dos.
Ce n'est qu'un film, Valentin. Un conte de la Mère Molina.
Je ne peux m'empêcher de penser
à quelqu'un que je connais.
Ta petite amie. Parle-moi d'elle.
Mes lèvres sont scellées.
Je me sens
si impuissant de ne pas pouvoir la protéger.
Tu as donc un cur, après tout.
Écris-lui. Dis-lui de ne plus prendre de risques.
Avec cette attitude, tu ne changeras jamais le monde.
Et tu dis que je vis dans un rêve ?
Et ça, c'est un rêve ?
Je suis désolé.
Un jour, la cause l'emportera.
T'en fais pas, ton jour viendra.
J'en suis sûr.
Enfin. Je crève de faim.
Tiens.
Non, prends la plus pleine.
Ces salauds veulent qu'on se batte. Prends-la.
T'en as plus besoin que moi.
- S'il te plaît. Reprends des forces. - Discute pas. Prends-la.
Je peux avoir une cuillère ?
Merci.
Qu'y a-t-il ? Peur de grossir ?
Non.
Cette colle est meilleure que d'habitude.
Non.
Valentin ?
Quant à ta petite-amie, tu devrais aussi lui écrire que tu l'aimes.
C'est si bon de recevoir un billet doux.
Tu es malade ?
Lui écrire, ce serait la dénoncer.
Si je suis encore vivant
c'est qu'on attend de moi des renseignements.
Et si elle intervient, ils me tueront sur le champ.
Valentin, je t'en prie. Ne dis pas des choses pareilles.
La même chose pourrait lui arriver à elle.
Tu l'aimes, hein ? L'amour doit passer avant tout.
J'aimerais manger en paix.
Bon, je ne te dérangerai plus.
Oh.
Qu'y a-t-il maintenant ?
Ma mère.
Elle doit aller très mal.
Sinon, elle m'apporterait des provisions.
J'en suis désolé.
Je t'ai dit qu'elle était malade. Tu m'écoutais pas.
C'est pas pour ça que je pleure.
Alors c'est quoi, nom de Dieu ?
Parce que c'est si beau
des amants unis pour toute une vie.
Pourquoi est-ce si impossible ?
Tu dois être cinglé si tu pleures pour ça.
J'ai le droit de pleurer pour ce qui me plaît.
Valentin, tu crois être le seul à avoir souffert ?
Tu crois que c'est facile de trouver un homme ?
Un homme humble mais qui ait sa dignité ?
Sais-tu combien d'années je l'ai cherché ? Combien de nuits ?
Combien de visages fourbes ou méprisants j'ai interrogés ?
Tu sais, travailler comme étalagiste,
c'est pas désagréable,
mais à la fin de la journée,
tu te demandes ce que tu fais et tu te sens tout vide.
Puis un soir...
Quoi ?
Elle a inventé une nouvelle danse, la chikka-chakka.
Elle chante "chikka-chakka!"
Elle a fait un tel tabac que les journaux en ont parlé
et son jules est devenu si jaloux...
Bonsoir, Messieurs.
Que diriez-vous du plat du jour ? Ou ce sera à la carte ?
Je n'ai pas encore décidé.
Bon, d'accord.
Mon cur battait la chamade.
J'avais si peur d'être blessé de nouveau.
Prêt à commander ?
Que me proposez-vous ?
Des lasagnes, peut-être ?
Ça fait pas grossir, les lasagnes ?
Alors, le steak ou la soupe à l'oignon ?
Je suis partant.
- D'accord. - Merci.
Sa tunique blanche, son port de tête,
son sourire triste...
C'était parfait. Comme au cinéma.
T'as pas idée des mois qu'il m'a fallu
pour obtenir de lui une promenade.
Mais je lui ai fait comprendre, peu à peu, que je le respectais.
Bref, au bout d'un an, nous sommes devenus amis.
Et il t'a fallu un an de plus pour coucher avec lui ?
Ça va pas la tête ?
II ne s'est rien passé. Jamais.
Tu plaisantes.
Il était hétéro. Et marié.
"Faisons-le juste une fois" lui ai-je dit.
Il n'a jamais voulu.
C'est pas croyable.
Voilà que je passe la nuit à discuter de ton jules !
T'es pas au bout de tes peines.
T'as plus qu'à encaisser comme un homme.
J'encaisse...
...comme une femme.
Toujours.
C'est pourquoi je veux un mari qui me domine.
Tu as rencontré sa femme ?
Non,
mais quand ils ont failli se séparer,
je m'en suis fait des illusions !
Quelles illusions ?
Qu'il viendrait vivre chez moi.
Avec ma mère et moi.
Que je serais aux petits soins pour lui
et que je lui ferais à jamais perdre sa tristesse.
- C'est la vie, Molina. - Non, c'est pas juste.
Avec ton physique et ton charme
tu devrais être dans un grand restaurant
ou dans un hôtel de luxe
où tu gagnerais trois fois plus que dans cet infâme troquet.
Ce n'est pas si simple.
J'ai un ami qui travaille dans un palace sur la côte.
Il pourrait en parler au directeur et en avant, la belle vie !
Comme aide-serveur ?
- Je gagnerais moins qu'à présent. - Je peux te faire un prêt.
Avec ton allure, tu serais serveur en six mois.
Je ne sais pas.
Mais si.
En moins d'un an, tu serais un maître d'hôtel en smoking.
Tu me rembourserais très vite.
Peut-être.
En tout cas, je te remercie.
Je vais y réfléchir.
Faut que j'attrape le bus. Je vais être en retard.
À demain.
Salut, Molina.
Bonsoir, Gabriel.
Embrasse les enfants pour moi.
Et une fois de plus, tout est fini.
Mes rêves s'évaporent
dans la nuit...
... et je me réveille seul,
attendant comme toujours attendant, attendant, attendant...
Attendant quoi ?
Un homme.
Ha, ha. Un vrai.
Mais ça n'arrivera jamais car il voudrait une vraie femme.
Je peux te poser une question ?
C'est quoi un vrai homme, selon toi ?
Hé bien...
...II doit être très beau
et fort mais sans en faire tout un plat.
Marcher le tête haute, comme Gabriel.
Ça, ce sont les apparences, mais c'est pas tout.
Si tu n'as pas de pouvoir, il n'est pas question
de marcher la tête haute.
Ne sois pas jaloux.
Ne sois pas stupide.
Tu vois comme tu réagis.
On peut pas parler d'un mec avec un autre mec
sans que ça fasse des histoires.
Écoute, restons à un certain niveau ou on la boucle.
Alors, dis-moi ce qu'est un homme.
- Je n'en sais rien. - Mais si, tu sais.
Allez, dis-moi.
Ne pas se laisser marcher dessus.
Pas même quand il s'agit des autorités.
Non, c'est pas l'essentiel.
Ce qui fait un homme c'est de n'humilier personne.
Ne pas tolérer que les gens soient abaissés devant toi.
Tu décris un saint.
Je n'ai rien dit.
Oh !
Qu'est-ce que tu as ?
- Mon ventre ! - Ton appendice ?
On me l'a déjà ôté. Ça brûle !
- Tu as envie de vomir ? - Non, c'est dans les tripes.
La bouffe ne m'a rien fait.
C'est peut-être mon ulcère.
C'est intolérable !
Et si tu continuais ton film ?
J'ai jamais eu aussi mal.
Vas-y, raconte-le.
Leni s'attarde à la fenêtre, si triste
si solitaire, si terrifiée de tomber amoureuse.
L'Occupant vient d'assassiner ton amie Michèle.
Non !
Nous voulons que tu achèves sa mission
et que tu trouves la carte secrète de l'arsenal allemand.
Le chef de leur contre-espionnage en pince pour toi.
Je ne saurais être mêlée à une chose pareille.
Foutaises ! Tu cours aucun risque.
Tu aimes la France ?
Évidemment.
Ce sale Boche n'arrête pas de te peloter.
La prochaine fois qu'il te touche comme-ci
ou comme ça pense à la patrie.
Et ramène-nous la carte.
Arrête-la, imbécile !
Désespérée, Leni
dévale ces rues désertes
poursuivie par le pied-bot enragé...
TAXI !
TAXI !
... quand soudain...
Ma choute, tu es foutue !
Qui ça ?
Moi, idiot !
Molina !
Gardien !
Gardien !
Tu peux retourner en cellule.
Ta diarrhée s'arrêtera demain.
D'ici là, pas d'aliments solides.
Seulement de l'eau.
De l'eau potable. Si tu en trouves.
Je voudrais voir le directeur.
Ils disent tous ça.
On peut tomber dans les pommes à cause d'un ulcère ?
Je ne suis plus une tendre vierge.
J'ai la tête qui tourne.
Si seulement, pour changer, tu me racontais un film.
- Un film que je n'ai pas vu. - Je ne m'en souviens pas.
Ne sois pas comme ça.
Allez, raconte-m'en un.
Je t'en prie.
Arrête de pleurnicher.
As-tu déjà aimé quelqu'un que tu ne voulais pas aimer ?
Que veux-tu dire ?
Leni ne voulait pas s'éprendre de Werner
mais qu'y pouvait-elle ?
Elle passe le seuil de sa villa
comme une déesse.
Sa fine et gracieuse silhouette
frémit à la vue de Werner descendant l'escalier de marbre.
Leurs yeux se croisent
et Leni dit :
Ma meilleure amie a été tuée.
J'ai besoin d'un toit.
Préparez la chambre d'ami.
Cette musique est magique.
J'ai l'impression
de planer.
Ce que son cur éprouve, c'est : Oh Werner, tu es beau comme un dieu
mais tes larmes me prouvent
que tes émotions sont celles d'un homme.
Tais-toi !
Je ne peux pas entendre !
Assassins !
Fascistes assassins !
Assassins !
Fascistes assassins !
Assassins !
Fascistes assassins !
Fascistes assassins !
Fascistes assassins !
Fascistes assassins !
Salopards d'enculés !
Salopards d'enculés !
Je vais nettoyer.
Espèce de connasse !
Alors qu'ils tuent un de mes frères
je dois écouter ton putain de film nazi !
Tu ne sais donc rien ?
Tu sais ce qu'ont fait les Nazis ?
Aux Juifs ? Aux Marxistes ?
Aux catholiques ? Aux homosexuels ?
Tu me prends pour plus conne que je ne suis ?
Espèce de connasse !
Tu sais rien de rien.
Ah !
Tu distinguerais pas ton cul d'une commode.
Et j'en ferais quoi de ta réalité ? Tu veux que je flippe davantage ?
Tu es pire que je ne pensais.
Tu te branles avec tes films.
Si tu continues, je ne te parlerai plus jamais !
Arrête.
- T'as l'air d'une petite vieille. - C'est ce que je suis.
Et qu'est-ce que t'as entre les jambes, pouffiasse ?
C'est un accident.
Si j'avais le courage, je me les couperais.
Tu serais toujours un homme.
Et un homme emprisonné.
Comme les pédés que tes Nazis ont fourgué dans leurs fours.
Ne me regarde pas comme ça.
Luis Alberto Molina
vous subirez la peine maximale.
Vous êtes condamné
sans espoir de libération anticipée à huit ans de prison.
Pauvre Maman !
Ses yeux s'emplirent de larmes comme si elle avait perdu quelqu'un.
Après une vie pleine d'humiliations, l'humiliation d'un fils débauché.
Mais elle ne m'a rien reproché.
Son cur brisé d'avoir tant souffert et pardonné.
C'est à cause de moi qu'elle meurt.
S'il se permet un mot désobligeant à son égard
je l'étrangle, cet enfoiré !
Lui, son langage de charretier et sa révolution de merde !
Trouve-moi de l'eau.
C'est mon ventre !
- Ça me déchire les boyaux ! - La même chose que moi.
- Ça doit être le rata. - II faut foncer à l'infirmerie.
- Garde ! - Non !
Attends, arrête !
Je suis un "politique".
T'es pas en état de jouer les héros.
Vire-toi de la porte.
Depuis la piqûre, ça va déjà mieux.
C'est ce qu'ils espèrent.
- Que j'en dépende et que je craque. - Qu'est-ce qu'on fait ?
Fous-moi la paix.
Oh, mon Dieu.
Et mon film ? Ça te soulagerait peut-être.
Ce soir-là au clair de lune sur la véranda
Leni se sent si bien
si protégée dans les bras de Werner !
Bien que le phono se soit arrêté, ils continuent à danser.
À danser et à danser.
À danser...
...sur la musique de la brise nocturne.
Marta !
Qui es-tu ?
C'est moi.
Maintenant, essaie de dormir.
Marta...
Marta.
Tu devrais pas bouffer cette merde tant que tu es malade.
Je dois reprendre des forces.
Tu ne feras qu'empirer.
On dirait de la crotte de chien.
Ma pauvre petite Valentina !
Ne m'appelle pas Valentina. Je ne suis pas une nana.
Tu ne m'as jamais apporté la preuve du contraire.
N'y compte pas !
À présent, le pied-bot dit...
Tu vas aimer cet épisode-là.
Le pied-bot dit à Leni que son amant adoré
faisait chaque jour exécuter ses compatriotes.
Mais elle refusa de le croire.
Elle voulait seulement vivre ce grand amour,
sentir ses caresses, entendre sa voix.
C'est une décision délicate.
Ja, Herr Kommandant. Nous en avons appréhendé dix.
Ce sont des Français, mais ils agissent en terroristes.
Ils se prétendent patriotes, mais ce sont de simples criminels.
Jawohl, Herr Kommandant.
- Exécutez-les à l'aube. - Jawohl.
Les doigts de Leni tremblaient
à l'idée de trahir l'homme qu'elle aimait.
Ça me tord les boyaux.
Là, ça va mieux.
Ferme-la. J'en ai ras le bol de tes divas en détresse.
Le cur de Leni battait si fort
que ses seins gonflés jaillirent de son corsage
comme deux pamplemousses sur un plat d'argent.
Ne me fais pas rire, ça fait mal.
Tiens, attrape un néné bien juteux,
et un second !
Les palaces les servent par paires !
Le seau, vite !
Oh, Non !
Ah.
Ciel, quel puanteur !
Excuse-moi.
T'as pas idée comme j'en bave.
Vide-toi.
Ça peut pas puer davantage.
C'est à hurler !
Tu as connu pire.
Bien pire.
J'ai tellement honte.
"Encaisse comme un homme" disais-tu, alors sois pas gêné.
J'ai horreur de ça. J'ai horreur d'être dans cet état.
Enlève ton froc.
Tiens, allez.
Couvre-toi avec ça.
Pourquoi faut-il toujours
que tu t'en prennes à toi-même ?
Essuie-toi.
Bon, maintenant.
- Essuie-toi. - Non, c'est à toi.
Non, c'est à nous.
Essuie-toi.
Voilà.
Il y en a encore, là et là.
Ça te dégoûte pas ?
J'aime pas te voir comme ça.
Voilà, c'est presque fini.
Enlève ta chemise.
Non, ça ira.
Les pans sont souillés.
Voilà.
Maintenant essaie de te lever.
Non, ça va puer.
Je passe à la douche demain.
Ce sera tout nettoyé à midi.
Voilà.
Emmailloté comme un bébé.
- T'es pas dégoûté ? - Allonge-toi.
Voilà.
Vas pas te refroidir.
Dommage que je n'aie plus de talc.
Tu es bien ?
Oui, mais je pèle de froid.
Je te fais une tasse de thé.
Ça va te requinquer.
Attention, c'est brûlant.
Tu es vraiment un pote.
Je ne sais pas quoi dire.
Te brûle pas.
C'est tombé de ta chemise.
Vas-y, lis-la. Je sais que ça te démange.
Les mots d'amour seulement. Je me fous de ta politique.
C'est de ma petite amie. Elle s'appelle Lydia.
Et Marta alors ?
Tu connais son nom ?
Tu l'as prononcé en dormant.
J'ai dit autre chose ?
Non, rien.
La lettre est de Lydia. C'est ma compagne de lutte.
Elle a une écriture d'enfant.
Elle n'a pas fait d'études.
Je vais te dire la vérité.
Sous la torture, quand je sentais la mort venir
c'est à Marta que je pensais et elle me sauvait la vie.
Tout mon corps aspirait à l'enlacer.
Elle est comment ?
C'est une fille de la haute.
Une fine fleur de la bourgeoisie.
Elle a tout pour elle :
argent, beauté, éducation, liberté.
Je suis aussi hypocrite que ces putains de snobs.
Je dois dire que c'était commode
d'avoir un refuge quand j'étais forcé de me planquer.
Jusqu'au jour où je lui ai avoué ma seconde existence.
Elle a écouté en silence, comme si elle savait déjà.
Elle m'a prié de lâcher la cause.
Mais pouvais-je me démobiliser quand mes amis disparaissaient ?
J'ai senti qu'elle avait raison, mais je n'avais pas le choix.
Une fois de plus, je n'ai pas su quoi dire.
Les choses sont ce qu'elles sont.
Je reviendrai dans quelques jours. Comme d'habitude.
Je ne peux plus supporter
de toujours attendre la sonnerie du téléphone.
D'être toujours seule.
Valentin.
Si tu pars, ne reviens pas.
Je t'en prie. Ne reviens pas.
Je ne croyais plus en la violence, mais il fallait que j'agisse.
Étant journaliste, j'entendais parler des arrestations illégales
et des tortures,
et je faisais passer l'information à l'étranger.
Je reçus la consigne de rencontrer
un des derniers survivants du Mouvement originel.
Son nom de code était "Dr Americo".
Il avait besoin d'un passeport pour quitter le pays.
Vous allez bien ?
Un peu fatigué.
Vous auriez dû partir depuis longtemps.
C'est ici qu'on a besoin de moi.
Je me demande si ça vaut le coup, si rien ne change.
Eh bien, bonne chance. Voici votre passeport.
Soyez prudent.
Merci.
Il n'avait accompli aucun de ses objectifs,
mais j'étais heureux de pouvoir l'aider.
Bougez pas !
Pas un geste !
Écartez les jambes.
Dégage !
Dégage !
Qu'est-il arrivé à Marta ?
La seule chose que je sais, c'est...
...que je ne la reverrai jamais.
Ne dis pas ça.
Je n'ai pas mérité de crever dans cette cellule.
Je n'ai avoué que des noms de code qu'ils connaissaient déjà.
Je ne supporte pas l'idée d'être un martyr.
Ça me rend malade.
Je ne veux pas être un martyr.
Ma vie entière, une méprise !
Non.
Donne-moi ta main.
Je ne veux pas mourir, Molina.
Je ne veux pas mourir.
Ne me laisse pas mourir.
Bien sûr que non.
Tu as maigri, Molina.
Tu as maigri, Molina.
Que t'arrive-t-il ?
J'ai été souffrant, mais je vais mieux.
Alors, arrête de trembler. T'as rien à craindre.
Arregui n'a aucun soupçon n'est-ce pas ?
Non, monsieur.
Qu'est-ce qu'il t'a raconté ?
Hé bien...
Rien jusqu'ici. II...
Je dois procéder avec précaution.
Tu mens.
Que nous caches-tu ?
Vous m'accusez, alors que j'ai failli mourir pour vous ?
J'ai dû goûter au plat empoisonné.
Pourquoi ? Tu t'es emmêlé les pédales ?
II y en avait deux fois plus dans une des assiettes.
Il a insisté pour que je mange cette portion-là.
Vous m'aviez dit que le poison serait
dans une assiette en fer blanc,
mais elle était tellement remplie que je n'avais pas le choix,
j'ai dû la manger moi-même.
Sinon, il aurait eu des soupçons.
Mon pauvre Molina, je suis navré de ce malentendu.
Tu as du mérite.
Assieds-toi. Ici.
Je t'en prie.
Ta mère va bien mieux depuis qu'elle a appris ta libération éventuelle.
- Vraiment ? - Bien sûr. Arrête de pleurnicher.
- Tu devrais être content. - C'est de bonheur !
Qu'a dit Valentin de sa cellule ?
De sa quoi ?
De son groupe.
Qui sont-ils ? Où se réunissent-ils ?
Rien. Il est mal en point.
Si on continue à l'empoisonner, je ne sais pas ce qui arrivera.
Sa petite amie, qu'a-t-il dit à son sujet ?
II dit que les sentiments
passent après la Révolution.
Il dit que le reste ne compte pas.
Mais je crois qu'il est mûr pour en parler.
C'est pour moi ?
Qu'a-t-il dit du nouveau prisonnier ?
Celui du bloc d'en face.
Celui qui est tout amoché ?
Qu'aucun crime ne justifie un tel châtiment. Délicieux, ce café !
II t'a dit son nom ?
Bien sûr. C'est Valentin Arregui.
Mais non, idiot !
Le nom du nouveau prisonnier.
Il porte toujours une cagoule.
Qui lui a mis une cagoule ?
Pure routine. C'est un "politique".
Comment veux-tu qu'il parle s'il ne voit pas la tête du type ?
Ça ne se reproduira plus.
Nous devons savoir tout ce qu'ils préparent.
Dès qu'il verra le visage du nouveau prisonnier
il crachera le morceau.
Souviens-toi de chacun de ses mots.
Oui, monsieur.
Plus vite il parlera plus vite tu sortiras.
Maintenant, retourne bosser.
Monsieur le Directeur
il a entendu les gardiens dire que ma mère allait venir
et je lui ai dit qu'elle m'apporte toujours un panier de provisions.
Je ne veux pas qu'il ait des soupçons.
D'accord. Dicte-moi ce qu'elle t'apporte.
À vous ?
Oui, à moi. Et magne-toi. J'ai à faire.
Deux poulets rôtis avec du beurre,
une salade d'ufs durs,
des pêches au sirop,
du lait concentré, deux boîtes de thé,
du thé noir et de la camomille,
un bocal de harengs,
quatre savons de toilette...
Doux Jésus, j'ai un trou.
Quoi d'autre ? Je réfléchis...
...du pain de seigle, du sucre...
Deux poulets rôtis, des pêches au sirop,
Deux poulets rôtis, des pêches au sirop,
du fromage de Hollande,
du pain de seigle...
Que s'est-il passé ?
Vise-moi ça : deux poulets rôtis !
Tu vas voir, tu seras rétabli en moins de deux.
Ta mère est venue !
Oui ! Du thé !
Oh !
Du sucre.
Et...
...des cigarettes.
Le pied ! Comment va-t-elle ?
Beaucoup mieux, merci. Regarde ce qu'elle m'a apporté.
- Je veux dire : nous a apporté. - Non, ça t'est destiné.
Cesse de bouffer leur rata et tu seras un autre homme.
Tu crois ?
Et comment ! Une vie nouvelle nous attend !
J'ai tenté le coup.
J'ai laissé les draps à sécher.
Personne ne les a fauchés.
Cette nuit nous aurons des draps frais.
Bien joué, Max !
Je vais mettre ça en train...
Presto.
Et dans un instant, tu vas te pourlécher les babines.
Je compte sur toi pour manger les deux poulets.
Et toi alors ?
Je ne vais pas te laisser saliver dans ton coin.
Je dois surveiller ma ligne de jeune fille,
ou ce qu'il en reste.
Attends, c'est le dessert.
Tu reprends des pêches ?
Non merci, je suis bourré.
Bien mangé, bien fumé.
Ça fait un bail que je ne m'étais senti si bien.
Il ne manque qu'une chose.
Grands dieux !
Et moi qui croyais être le seul dégénéré par ici !
Je veux dire un bon film.
Mais bien sûr !
Comment n'y ai-je pas songé ?
- Ton film nazi, il finit comment ? - Tu disais le détester.
Je voudrais bien connaître la fin.
Voyons voir...
Ils soupent à la table d'honneur du château de Werner...
... quand il remarque que Leni lui bat froid.
Soudain, mue par une impulsion irrésistible
elle jette son verre de vin à travers la pièce et déclare :
Je refuse d'aimer un homme qui massacre mes compatriotes !
Ô mon amour,
suis-moi et tu comprendras.
Werner l'emmène alors aux archives gouvernementales
qui sont remplies de photos et de documents
sur la famine dans le monde.
Il lui explique comment l'élite
crée une pénurie artificielle pour asservir les masses.
Leni est bouleversée
et se met à épouser le point de vue de Werner.
Désormais
Leni a compris la mission de Werner :
libérer l'humanité de l'injustice
et de l'asservissement.
En quittant les archives, Leni sent
l'angoisse qui la tenaillait se muer à nouveau
en une admiration éperdue.
Mais à présent...
... sa flamme brûle d'une passion régénérée !
Ô mon amour,
comment ai-je pu douter de toi ?
Elle le supplie de lui pardonner
et promet de l'aider à prendre au piège ses ennemis.
Elle organise un rendez-vous clandestin
avec le chef de la Résistance
en lui disant qu'elle lui remettra la carte...
Tu te souviens de la carte ?
... en mains propres.
Je présume que c'est
ce que vous désiriez.
Oui. Bien joué.
J'ai été tenté de la lui voler moi-même,
mais rien ne vaut une femme.
Une femme qui trahit son amant.
Il y a autre chose que je convoite
presqu'autant que la carte.
Quoi ?
Tu le sais parfaitement.
Je nous ai préparé un banquet somptueux.
Je n'ai pas faim.
Moi, j'ai faim de toi !
Leni.
Werner l'entend chanter.
Chanter comme elle n'a jamais chanté.
Elle chante son amour éternel
et le supplie de ne pas pleurer
car son sacrifice...
...n'aura pas été en vain.
Fin.
En bien, qu'en penses-tu ?
Tu racontes bien. Dommage que le film soit nul.
Arrête ton char. L'histoire d'amour était sublime.
Quand Leni...
Que se passe-t-il ?
Qu'y a-t-il ?
C'est Americo.
Qui ?
Celui qui avait mon passeport.
Mon Dieu.
- Ils ne savent pas qu'il est là. - Qui, "ils" ?
Dis-moi. Je peux peut-être t'aider.
Bonjour. Tu as bien dormi ?
Retourne-toi, tu veux bien ?
Pourquoi ?
Tu vas rire.
De quoi ?
Un signe de santé bien masculin !
Une érection !
Voilà qui est salutaire ! Dois-je fermer les yeux ?
Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ?
J'ai dit au gardien qu'on n'avait plus besoin de rien.
Nom de Dieu, vas-tu cesser de régenter ma vie !
Ils l'ont déjà emmené.
Je ne voulais pas te réveiller.
L'eau du thé va bouillir.
Tiens.
- Prends du gâteau. - Mange-le toi-même.
- Laisse-toi dorloter. - Bas les pattes, Molina.
Ce n'est pas moi qui l'ai tué.
Ta gueule ! Sale pédale !
Regarde les merveilles que Maman m'a apportées.
Ça, c'est une gâterie.
Un assortiment de bonbons.
T'aimes pas les douceurs ?
À propos de ce matin, quand j'ai piqué ma crise.
Je suis désolé.
N'y pense plus.
C'est même pas après toi que j'en avais.
Mais peut-être que je t'en veux quand même.
Pourquoi ?
D'être si gentil.
Je ne veux pas être obligé de te rendre la pareille.
Qui ne sait pas recevoir ne sait pas donner.
Chaque jour, il se confie davantage.
Donnez-moi quelques jours et il parlera.
S'il ne parle pas, on l'interrogera de nouveau.
Et pour de bon, cette fois.
Il est trop affaibli pour être torturé.
S'il meurt, on est tous perdants.
Je ne supporte pas qu'on me gâte sans rien attendre en retour.
Si je te gâte,
c'est que je veux ton amitié...
Non. Oui.
...et, disons-le, ton affection.
Comme celle de ma mère, qui n'a jamais nui à quiconque,
qui m'accepte et m'aime tel que je suis.
C'est comme un don du ciel.
C'est ce qui me maintient à flot.
Rien d'autre.
Toi aussi, tu es un être à part.
Tu es loyal et altruiste. Tu risques ta vie pour un idéal
pour ce en quoi tu crois.
Je te gêne en disant ça ?
Non.
Il y a moyen d'activer les choses.
Je n'en suis pas certain.
C'est juste une intuition.
Va droit au fait, Molina.
Vous connaissez les détenus.
Quand on a un compagnon de cellule qui part,
on se sent tout désemparé.
Alors...
Il s'est pris de sympathie pour moi.
S'il savait qu'on me libérait il déballerait
ce qu'il a sur le cur.
Qu'en penses-tu ?
C'est pour ça que je t'aime et te respecte.
J'espère que c'est réciproque
et que nous serons toujours amis.
Bien sûr.
Si je t'en parle franchement
c'est parce que je vais peut-être partir.
Le directeur m'a dit que je serai bientôt libéré.
Quand ?
Dis-lui que c'est imminent.
Qu'on va te transférer demain.
Oui, monsieur.
C'est ta dernière chance.
Tu n'as que 24 heures.
Mais on n'attrape pas un poisson sans appât.
J'ai besoin de provisions.
Cette fois, j'ai préparé une liste.
On va sans doute me transférer demain.
Selon mon avocat, c'est la règle.
Mais je ne veux pas trop y croire.
Tu veux une pomme ?
Non, merci.
Je devrais être heureux pour toi.
Je ne sais plus.
Je ne pensais qu'à sortir d'ici pour m'occuper de ma mère
mais maintenant que je...
Sois heureux, nom de Dieu ! Moi, je donnerais n'importe quoi.
Tu crois que c'est juste ?
Quoi ?
Que je me retrouve sans rien ?
Que rien ne m'appartienne vraiment ?
Tu as ta mère.
Mais elle, elle a vécu sa vie.
Elle a eu un mari et un fils. Moi, j'attends toujours.
Au moins, elle vit toujours.
Mais moi aussi.
Quand vais-je commencer à vivre ? Quand vais-je décrocher la timbale ?
Tu viens de la décrocher. Profites-en, tu es libéré.
Pour faire quoi ? Traîner avec les copains ?
Une bande de vieilles folles comme moi ?
Papoter jusqu'à en avoir la nausée
parce qu'elles sont mes miroirs et qu'il ne me reste qu'à fuir ?
Une vie perdue à ne plus rien attendre ?
Raconte un film, ça va passer.
Il était une fois...
...sur une lointaine île des tropiques...
...une femme étrange.
Elle portait une longue robe de lamé noir
qui la moulait comme un gant.
Mais la malheureuse
était prisonnière d'une toile d'araignée géante qui croissait
à partir de son propre corps.
Un beau jour
un naufragé dériva jusqu'à la plage.
Elle le nourrit et soigna ses blessures.
Elle le combla d'amour et le ramena à la vie.
À son réveil,
il contempla la femme-araignée...
...et vit...
... une larme parfaite
couler sous son masque.
Pourquoi pleure-t-elle ?
Je ne sais pas.
T'as toujours besoin d'explications !
Valentin, je suis si fatigué. Si fatigué de souffrir.
Tu n'es pas le seul à avoir été blessé.
Ça fait si mal à l'intérieur.
Où as-tu mal ?
Dans le cou et les épaules.
Pourquoi la tristesse se concentre-t-elle toujours là ?
Ne me touche pas.
Même pas une tape amicale dans le dos ?
C'est encore pire.
Pourquoi ?
Parce que je suis tombé amoureux de toi.
Je suis désolé que ça soit arrivé.
Je comprends. N'aie pas honte.
Je peux te toucher ?
Si tu n'es pas dégoûté, je voudrais bien.
Je peux toucher ta cicatrice ?
Bien sûr.
Oh.
Fais de moi ce que tu veux. C'est comme ça que j'aime.
Si t'es pas dégoûté.
D'accord.
Tu es si gentil.
Non,
c'est toi qui es gentil.
Attends, je suis coincé contre le mur.
Là, ça va mieux.
Laisse-moi lever les jambes.
À mon réveil, j'ai touché mes sourcils
pour sentir ma cicatrice.
Tu n'en as pas.
Comme si j'étais un autre. Comme si...
...j'étais devenu toi.
N'en parlons plus.
Ne parlons plus de rien du tout.
Juste ce matin, si tu veux bien.
Tu ne me demandes pas pourquoi ?
Pourquoi ?
Parce que je suis heureux et que je ne veux pas gâcher ça.
L'avantage de se sentir heureux
c'est l'impression qu'on ne sera jamais plus malheureux.
Enculé de mes deux !
Parle !
Laisse-moi faire.
Regarde-moi, Molina.
Qu'y a-t-il ?
Tu crains qu'ils ne te tuent ?
C'est ça ?
Non, je veux vous aider.
Alors, qu'a-t-il dit ?
Rien.
Ce serait pire si j'inventais n'importe quoi, non ?
On va devoir te transférer dans une autre cellule.
Non pas ça !
Tant que je suis avec lui, il y a une chance qu'il parle.
Pédale de merde !
Tu en pinces pour ce salopard.
Très bien, tu peux disposer.
Prépare-toi, tu sors aujourd'hui.
Tiens.
Le Ministre a signé ta mise en liberté conditionnelle.
Merci, Monsieur le Directeur.
Merci.
Et plus de cochonneries avec les petits garçons !
Non, Monsieur. Je le jure.
Ils ne te soupçonneraient jamais.
C'est...
...sans aucun risque.
Désolé, je ne peux pas. J'ai trop peur.
Tu as juste à les appeler d'une cabine publique.
Pas de noms, pas de numéros. J'ai trop peur de la police.
D'accord.
Je n'ai pas à t'entraîner là-dedans.
Je te le jure, Valentin.
Je n'ai qu'un désir : rester ici avec toi.
Songe d'abord à toi-même.
De ma vie, je n'ai aimé que deux êtres.
Ma mère et toi.
Tu vas me manquer.
Du moins, mes films.
Quand je m'endormirai, je penserai à toi
et à tes nanards.
Et moi à toi en mangeant des bonbons.
Je voudrais te demander une chose que tu n'as jamais faite.
Que tu m'embrasses.
D'accord, mais promets-moi d'abord une chose.
Je t'ai dit que je ne pouvais pas.
Non, non, non.
Promets-moi que tu ne te laisseras plus jamais humilier.
Que tu sauras te faire respecter.
Que tu ne te laisseras plus jamais exploiter.
Personne n'en a le droit.
Je te le promets. Merci.
Valentin ?
Quoi ? Que je t'embrasse ?
Non, le numéro de téléphone.
Attends quelques jours.
Fais deux fois le numéro, puis raccroche.
À la troisième...
Molina, on y va.
Attends.
- Bonne chance, Molina ! - Allez.
Une bière.
Le quidam a été remis en liberté
conditionnelle par le Ministre sur ordres de la Sûreté politique.
Le Sûreté estime qu'il nous mènera tout droit au réseau d'Arregui.
Maman !
Luisa !
Regarde qui est là.
C'est bon de te revoir !
Le retour de la femme-léopard !
Ne fais pas attention à eux. Tu as une mine adorable !
Tu fais dix ans de moins !
Regardons le spectacle.
Silence, bande de tapettes !
Je voudrais réaccueillir parmi nous une vieille amie
une sur très chère qui a passé Dieu sait combien
de nuits précieuses à payer une dette stupide envers une société hypocrite.
Je te la dédie, ma choute.
D'après nos agents, le suspect n'est pas retourné à son travail.
Il ne quitte presque jamais sa maison.
Il passe ses soirées à sa fenêtre sans raison apparente.
Tu ne veux rien manger ?
Juste du café.
Tu veux parler ? Ça va pas ?
On va cesser de se voir pour un temps.
Je pars.
Avec un autre garçon ?
Fort bien.
Te fais pas arrêter de nouveau.
Tu as passé l'âge.
J'ai un message de Valentin Arregui.
Oui, d'une cabine.
C'est vraiment nécessaire ?
D'accord...
...je porterai un foulard rouge.
Vous n'avez pas à fermer votre compte.
Il n'y a pas de pénalités si vous maintenez...
Vous auriez une enveloppe ?
Merci.
Ça, c'est...
...pour Maman.
Veille sur elle pendant mon absence.
Je t'en prie.
D'accord, je m'en charge.
Tu fais sans doute bien de partir.
Maman, tu es si belle.
Tu te souviens, quand j'étais petit et que tu venais dans ma chambre
pour m'embrasser ?
Je faisais semblant de dormir mais en fait, j'attendais ton baiser.
Et bien que tu dormes, je sais que tu comprends.
Il est temps que je prenne ma vie en mains.
Tu comprends, n'est-ce pas, Maman ?
Ne sois pas triste.
Va par là. Fonce.
- Qui êtes-vous ? - J'ai un message de Valentin.
Vous êtes Lydia ?
Oui, montez en vitesse.
Suis la voiture ! Grouille-toi !
Molina ! Arrête !
Va chercher la voiture, vite.
Monte dans la voiture !
Le numéro !
Donne-moi le numéro et on t'emmène à l'hosto.
Vas-tu parler, putain de pédé !
Le numéro !
Le suspect a été abattu par les extrémistes.
La fermeture de son compte bancaire paraît confirmer
qu'il envisageait de fuir avec eux.
La façon dont il a été tué semble indiquer
qu'il avait accepté d'être au besoin éliminé par eux.
Il s'avère qu'il était davantage impliqué que prévu.
C'est de la morphine.
Pour que tu te reposes.
Dieu,
ce qu'ils t'ont abîmé !
Voilà.
Ne le dis à personne ou je perdrais mon boulot.
Compte jusqu'à 40 et tu t'endormiras.
Marta...
Viens, Valentin. Viens avec moi.
N'aie pas peur. Tu ne te réveilleras pas en cellule.
Et Molina ?
Viens, mon amour.
Lui seul sait s'il est mort heureux ou triste.
Je t'aime tant.
Je ne te l'ai jamais dit car j'avais peur de te perdre.
Ça ne peut plus arriver.
C'est un rêve de courte durée
mais c'est un rêve heureux.
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