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Dans les annales du crime,
seuls trois cambriolages furent de vrais coups de maître.
Le premier fut l'attaque d'un train en 1931.
Le second eut lieu en Arabie en 1952.
Le Shah de Ben Abu fut victime du plus grand vol de bijoux de l'histoire.
Mais le plus ingénieux, le plus habile de ces coups de maître fut certainement
le grand braquage d'or du Caire.
Où se trouve l'or actuellement ?
D'après mes agents, il a quitté le Caire en bateau
et vogue vers un port méditerranéen où il sera échangé contre du liquide.
Mais où ça ?
En France ? En Espagne ? En Italie ?
Et comment ?
Les ports de commerce et les aéroports seront surveillés.
Sous quelle forme ?
Fera-t-on fondre l'or ?
Fera-t-on entrer en fraude ces 300 lingots pesant quasiment deux tonnes ?
L'or est entre leurs mains,
mais ils devront trouver l'homme qui, en Europe, a assez de talent
et de génie pour s'atteler à une tâche de cette ampleur.
Pour moi, il y a quatre possibilités.
Marcel Vignon, un Parisien.
Parfois surnommé "le chat".
Comme un chat, il bondit sur sa proie.
Puis il disparaît à la vitesse de la lumière.
Mais il n'est plus au sommet de son art.
Michael O'Reilly de Mayfair, à Londres.
"La panthère". Mais sa vue a baissé.
C'est un hold-up.
Pas du tout, c'est le commissariat.
- Allez, Michael. - Je dois me faire vérifier la vue.
Felix Kessler, un Berlinois.
Les mains en l'air.
Donnez.
La grosse pointure allemande. Trop grosse, peut-être.
Il reste une dernière possibilité.
Aldo Vanucci, un Italien.
En préretraite dans les collines paisibles de l'Ombrie.
Un criminel plein de ressources, parfois surnommé "le renard".
Excusez-moi.
Bonjour, Aldo.
- Tu as bonne mine. - Je suis jardinier en chef.
Pour éviter que vous ne mouriez de faim.
Des saucisses. Du jambon.
Pour maman, un poulet tout tendre.
Pour Gina, ma sœur chérie, des revues, des chocolats et du shampoing américain.
- Pas de cigarettes ? - Avec ou sans filtres ?
Filtres.
On a honte.
Un prisonnier a des responsabilités.
Tu n'es pas obligé de rester prisonnier.
Tu crois qu'il me faut des clés pour sortir ?
Quand je serai prêt, je sortirai par la porte.
Ton pantalon est troué.
On a besoin de toi. On est sur un gros coup.
L'or du Caire.
Comment tu sais ?
II y en aurait pour des millions.
Que vaut l'amour d'une famille ? Compte-t-on l'amour d'une mère ?
Dépense-t-on le baiser d'une sœur ?
Je veux voir ma Gina vêtue de soie.
Qu'elle se marie en blanc. Mais qui épouserait la sœur d'un escroc ?
- Moi. - Un autre escroc.
Si seulement je pouvais voler assez pour devenir honnête.
- Ne touche pas au poulet de maman. - C'est terminé.
C'est terminé. Dehors.
Au revoir.
- Aldo, et le boulot ? - Moi, j'ai du boulot pour vous.
Je te confie ma maman et ma sœur.
Toi, je te confie le poulet. Au revoir.
Achète une glace à Gina.
- Quand je la verrai. - Comment ça: "Quand tu la verras" ?
Regarde-moi. Tu la vois quand elle rentre de l'école, hein ?
- Parfois. - Gina a bien grandi.
- Ça oui, alors. - Et alors ?
Les grandes filles ne rentrent pas toujours directement à la maison.
Gina ? Ma sœur Gina ?
- Tu mens. Dis-moi que tu mens. - D'accord, je mens.
- Menteur, tu ne mens pas. - Je ne mens pas.
- Aldo. - Je vais le tuer.
Tout le monde dehors.
- Pas toi. - Laisse-moi aller sauver ma sœur.
- Tu la sauveras dans six mois. - Non. Demain.
Je serai dehors demain à 15 heures. Je te le promets, Gina.
Le grand renard est toujours dans sa cellule, non ?
Ne rions pas trop tôt. Il reste encore 5 minutes.
- Docteur, vous avez terminé ? - Il m'en reste un à voir. Vanucci.
Attention, on risque des ennuis.
L'ART DE LA SCÈNE PAR STANISLAVSKY
Mon ingénieux ami Vanucci.
- Il paraît qu'on veut s'évader. - Oui.
C'est impossible. Comment peut-il sortir sans les clés ?
- Aïe ! - Rien n'est impossible pour Vanucci.
- Tout va bien, docteur ? - Oui.
Au revoir.
Bon, sortez vite.
Pourquoi étiez-vous si inquiets ? Je n'ai eu aucun problème.
Avec lui, on n'est jamais trop prudents.
On se voit le mois prochain.
Cent.
Au secours.
Sept cents. Huit cents.
- Au secours ! - C'est quoi ?
- Détachez-moi, imbéciles. - Nom de Dieu.
Imbéciles, Vanucci s'est échappé.
Imbéciles.
Vous me tirez les poils des jambes.
Ça ne m'est jamais arrivé.
Laissez-le passer.
D'abord, il m'a ficelé comme un rôti.
- Il ne s'en tirera pas. On va tous tomber. - Si tu veux pleurer, reste dans la voiture.
Regardez.
Je me fiche de mes instruments. Pas de ma dignité.
- Lâchez-moi. - Qui me rendra ma dignité ?
Démarrez.
- Tu ne peux pas aller plus vite ? - Tu pleures toujours ?
Tu veux que je passe ma vie en prison ?
- Plus vite. - Ralentis.
La police.
La police cherche une voiture rapide, alors roulons au pas.
On a un génie à l'arrière. Un génie.
Je veux rentrer chez moi.
Dans une heure, les carabiniers seront à tes trousses.
J'ai donc une heure pour voir ma maman et ma sœur. Je veux rentrer.
- Donnez-moi mon costume. - Quel costume ?
- Vous ne l'avez pas amené ? - Non, tu en voulais un ?
Maman.
Le cinquante.
Le vingt-deux.
Le vingt-trois.
Le quatre.
Vérifiez vos cartons. La roue est lancée.
Le numéro est le... dix-huit.
- Maman. - Avons-nous un gagnant ?
- Maman, c'est moi, Aldo. - Attendez, ce n'est pas le gagnant.
Quatre-vingt-dix.
Maman, que se passe-t-il ?
Tu veux jouer au loto ? Donnez-lui un carton. C'est 500 lires.
Tu n'as rien d'autre à me dire ? Après sept mois, à ton propre fils ?
Je n'ai pas de fils. J'ai un deux.
- Vous pouvez répéter ? - Le deux.
- Le deux. - Il faut suivre.
Pardon, je n'avais pas entendu.
Je retrouve la mère de ma sœur en train de diriger un loto ?
Je dois braquer une banque ? Je suis une mère, pas un renard.
- Et moi, je suis un fils. - Tu es la honte de la famille.
Honte à toi.
Un fils s'occupe de sa vieille mère et de sa sœur sans défense.
- Comme son fils à elle... - Oui, c'est vrai.
Honte à toi.
- Fais tourner, Teresa. - Je vous l'interdis.
Compris ? Je vous l'interdis.
- La police. - Le quatre. Le neuf.
- Dégagez le passage. - Reprenez votre voiture.
- Maman, où est Gina ? - Répétez.
- Maman, dis-le-moi. - Allez, Teresa.
Le seize. Où est Gina ?
- Elle traîne dans la rue. - Tu veux dire que ma sœur...
Gagné.
- On a un gagnant. - Non, je n'y crois pas.
C'est vrai. Cinquante. Vingt-sept.
Qui t'a raconté ce mensonge ?
Va voir toi-même. Elle est sur la via Veneto.
- Va voir si c'est un mensonge. - J'y vais.
- Mon père. - Dieu vous bénisse.
Salut, mon petit chat.
Champagne, vite.
- Elle n'a que 16 ans, vieux cochon. - C'est mon gagne-pain.
Aldo, va-t'en. Tu vas tout gâcher.
Je m'occuperai de toi dès que je lui aurai arraché les yeux.
- Tu ne sais pas ce que tu fais. - Bien sûr que si. Je fais un film.
- Comment ça, un film ? - On joue et lui, il nous dirige.
On fait un film et tu as gâché la meilleure scène.
C'est vrai, mon père.
Un film ? Où est la caméra ?
La voilà.
- Quand es-tu devenue actrice ? - Ce matin. C'est un tout petit rôle.
- On te paie combien ? - Rien.
Il t'embrasse gratis ? C'est pire que si on te payait. On s'en va.
- Je veux être une star. - Soyez sympa, mon père. Viens, Gina.
Jamais. Le cinéma, c'est immoral.
D'accord. Tu es virée.
Le cinéma est un péché.
- Tu veux jouer dans le film ? - Rentrez chez vous et priez.
Priez pour notre salut.
Assez chialé. Prends ce savon et va te décaper les lèvres.
Je te détesterai jusqu'à ma mort.
Merci d'avoir réuni ma famille.
Si je ne peux pas te faire confiance, tu ne sortiras plus jusqu'à tes 21 ans.
Je vais où je veux, quand je veux. Peux-tu en dire autant, fugitif ?
Écoute-moi, espèce de délinquante.
- Mouchard. - Traînée.
- Lâche. - Coureuse. Starlette.
Ne parle plus jamais de cinéma. Pose ce pot de fleurs.
Elle ne rate jamais.
Ils se battent comme des chiens. Si seulement votre père vivait encore.
C'est moi, le papa.
Quand le papa s'en va, le fils devient le papa. C'est moi, le papa.
Tout va changer. On va bientôt être riches.
J'enverrai Gina dans une nouvelle école.
Je t'achèterai une belle cuisine avec des gamelles qui brillent et des boutons.
Je n'en veux pas. Je veux des petits-enfants.
Tu entends ? Ta maman veut des petits-enfants.
C'est toi l'escroc. Voles-lui-en.
Maman, retourne-toi. Je vais frapper Gina.
Vas-y, frappe. Tu ne sais faire que ça.
Escroc. Fugitif.
Jamais tu ne pourras dire publiquement: "Je suis Aldo Vanucci".
Je ne vivrai pas ainsi. Je serai moi. Je deviendrai riche et célèbre.
On me montrera du doigt et on dira: "C'est elle. C'est Gina Romantica."
Gina Romantica ?
Je vais changer de nom. Je n'aime pas "Vanucci".
Tu garderas ton nom. Tu ne seras pas actrice.
Tu feras ce que je te dis. Je te dis que je suis Aldo Vanucci.
Et j'en suis fier. Je vais le crier au monde entier.
Je suis Aldo Vanucci !
La police.
La police.
Je suis le père et le frère, alors ne dis rien.
Compris ?
Dites à votre fils qu'on l'aura. Comme d'habitude.
Est-ce que ça va ? Maman, je t'en prie.
Parle. Dis-moi quelque chose. Maman.
J'ai élevé mes enfants pour ça ?
Je ne veux rien savoir. Faites ce que vous voulez.
Je m'en fiche. Ma vie touche à sa fin.
Lâche-moi. Je veux mourir devant mes voisins.
Je vous ai peut-être déçues.
Mais le renard, lui, n'échouera pas.
Ici Vanucci. Changement de programme. Le renard est descendu de l'arbre.
On s'occupe de l'or du Caire.
Que le contact me retrouve à la Grotta Rossa demain à 20 heures.
Quoi ? Oh.
Très bien. Transmets à ton papa
ce que je viens de dire dès son retour. D'accord ?
Au revoir.
Voici la célèbre Grotte Rouge. Typique de l'ltalie ancienne.
Un plat de spaghettis, un verre de vin, une chanson.
Donnez un pourboire aux musiciens. Rendez-vous dans le bus.
Entrez, je vous en prie.
- Où est le contact ? - Table six.
Superbe contact.
Excusez-moi. Il y a trop de monde à ma table. Puis-je m'asseoir ?
Je vous en prie. Évitons d'attirer l'attention.
Excusez ces précautions extrêmes,
mais c'est beaucoup plus discret pour vous
de parler avec une jolie femme qu'avec un basané portant un fez. Pas vrai ?
Si. Et c'est bien plus plaisant.
Tant mieux.
Ça permet de se parler en face, même dos à dos.
Je m'appelle Okra. La fille n'a aucune importance.
- Commandez. - Garçon, trois whiskys.
- Deux. Je ne suis pas avec vous. - Pardon, deux.
On ne peut pas se permettre d'erreurs à ce stade du jeu, signor Fox.
Ou devrais-je dire "associé" ?
Nous ne sommes pas encore associés.
- Cigarette ? - Je ne fume pas. Mais la fille, si.
Un whisky. Un verre de vin.
Vous, c'est le menu touriste.
Voici ma proposition.
Je ferais mieux de vous tenir la main.
- C'est mieux. Vous disiez ? - Je vais aller droit au but.
Mes associés et moi détenons 300 lingots d'or.
Où se trouve cet or ?
Quelque part en haute mer.
- Intéressant. Continuez. - Je serai bref.
- Prenez votre temps. - Je ne vous entends pas. Que faites-vous ?
Je ne veux pas éveiller les soupçons. Continuez.
Des clients, des hommes très puissants, prendront livraison à Rome le 28.
Dans deux semaines. C'est possible ?
Tout est possible.
Voici ma proposition.
Pour l'élaboration du plan et la livraison de l'or à Rome,
je vous propose 25% des profits. Vous êtes satisfait ?
- Pas encore. - Mes clients sont pressés. 30% ?
Je ne vous entends pas.
40%. Je ne peux pas parler plus fort. Vous avez entendu ?
- J'entends, mais c'est non. - Vous voulez quoi ?
- D'autres rendez-vous. - Moitié-moitié ou rien.
Je prends ce qu'on me donne.
Je comprends pourquoi on vous appelle le renard. Marché conclu, alors ?
En effet.
Permettez-moi de vous dire que ce fut un plaisir
de traiter avec un bel homme comme vous.
Tous dans le bus.
Au revoir.
Prochain arrêt: Mamma Luigi.
Commandez vos pizzas.
Pas de marché. Encore un jour férié. On ne mangera pas.
C'est ça, indique au monde entier où on est.
Il réfléchit.
Il lui reste trois jours pour élaborer un plan. Ils veulent l'or le 28.
- Qui est là ? - Des amis.
Entrez.
La police.
Un instant.
Je ne suis pas habillé.
Aldo, la police est là.
Tu as entendu ? C'est la police.
Arrête de réfléchir. La police est là.
- Où suis-je ? - Dans la baignoire.
La police est là.
Ouvrez ou on défonce la porte.
- Où est-il ? - Qui ça ?
Dans la salle de bain.
Très bien, Vanucci. Sortez.
Dites-lui que je l'aurai. Il finira par se trahir.
- Elle est partie. - Quoi ?
Direction via Veneto.
- Je vais la tuer. - Non, Aldo.
Gina a bon fond. Elle est jeune, c'est tout.
Pas comme ça.
Ça te plairait, ma jolie ?
- Je t'y reprends. - Laisse-moi tranquille.
- Qu'y a-t-il, M. L'agent ? - Hé, vous.
Attention. Vous êtes dans le champ.
Je vous préviens, plus de films avec ma sœur.
Aldo, ce n'est pas un film.
Excusez-moi.
Viens.
C'était un vrai producteur. Il m'a proposé un rôle.
- Il avait un contrat. - Et un stylo dans sa chambre.
Tu vas passer ta vie à t'enfuir ?
Poussez-vous. Dégagez l'entrée.
C'est ça. Poussez-vous.
Le voilà.
J'étais là d'abord.
- Qui est-ce ? - Une vedette de cinéma.
- Laquelle ? - Peu importe. C'est une vedette.
- C'est qui ? Tu le vois ? - Juste son nez. On dirait Marlon Brando.
- Qu'a-t-elle dit ? - Qui est dans la voiture ?
Le nez de Marlon Brando.
C'est Tony Powell.
- Allez, on s'en va. - Je veux rester ici.
Je veux voir Tony Powell.
Du calme. Attendez.
Soyez chics, les jeunes. Laissez-le passer.
Arrêtez, bande de fêlés.
Ils sont fous. C'est ce que tu veux ?
- Lui arracher ses vêtements ? - Oui, donne-moi ça.
- Le voilà. - Donne-moi ça.
Qui veut son col ?
Vite, planquons-nous dans ce cinéma.
- J'ai déjà vu ce film. - Tu vas le revoir.
- Il y a un film avec Tony Powell. - Allons-y, alors.
Par là.
Vos billets.
C'est lui.
- Qui ? - Tony Powell.
On vient de le voir à l'Excelsior.
- Pourquoi il n'est pas gros ? - C'est un vieux film.
Opératrice, passez-moi l'international.
Qu'est-ce que j'ai à l'estomac ? Qu'ont-ils mis dans les lasagnes ?
À ton âge, on digère mal les corn-flakes.
- Mademoiselle ? - Comment ça: "À mon âge" ?
Regarde. J'ai encore des pupilles de jeune homme.
Tu ne peux pas mentir à l'écran. Allô, j'appelle les États-Unis.
Les États-Unis d'Amérique.
Regarde-moi ces dents, Harry.
Regarde un peu.
À 40 ans passés, combien peuvent se vanter d'avoir toutes leurs dents ?
Combien de gens de plus de 50 ans peuvent dire qu'ils en ont 40 ?
Allô. J'appelle Hollywood, en Californie.
Je parle anglais.
Regarde.
Dur comme la pierre. Frappe-moi au ventre.
Plus tard. Je suis au téléphone.
- Sam Duffleman des studios Duffleman. - Allez, un seul coup.
Excusez-moi. Je dois frapper quelqu'un.
- Satisfait ? - Dis-moi pour Sam.
Plus tard. Je dois me doucher.
Allô. Beverly Hills, 42222.
Ils vont le chercher. Réponds-moi.
- Que fais-tu ? - Je cherche mes vitamines.
Mets donc tes lunettes.
Commande donc une chaise roulante et conduis-moi à l'hospice.
Je me fous de ce que dit le Who's Who. Dans ma tête, j'ai 35 ans.
Dis à Sam Duffleman
que s'il veut que je joue un shérif de 64 ans, il attendra encore 20 ans.
Qui croirait que tu as 64 ans ?
Des dames de 63 ans.
Mon imperméable, c'est ton gagne-pain. Sans lui, tu gagnes 10% de rien.
- Tu pourrais avoir 60 ans. - Non, je veux avoir 40 ans.
- Mais ton fils a 35 ans. - Il n'a qu'à avoir 25 ans.
- Mais sa femme a 30 ans. - Et alors ?
Je peux être son frère.
J'aimerais pouvoir remonter le temps. On veut tous rester jeunes.
Mais les gros plans ne mentent pas. Et tu le sais.
Si tu mènes la charge de l'infanterie en corset,
les gens se moqueront de toi.
J'aime mieux faire rire que pitié.
- Ça va ? - Bien sûr que ça va.
J'essayais de démontrer mon agilité.
Il embrasse bien.
Et combien dans le même cas crèvent la faim en Italie ?
Au cinéma, on gagne des millions.
Les femmes vous arrachent vos vêtements. La police vous protège...
Une minute.
La police vous protège...
Vous avez entendu ?
Ça y est. J'ai trouvé.
J'ai un plan.
Venez. J'ai un plan.
Silence sur le plateau.
On y est, M. De Sica. La caméra est prête.
Silence.
Silence sur le plateau.
Vous applaudirez quand j'aurai fini.
Cet après-midi on tourne la scène
où John Huston, Moïse, entraîne les esclaves dans le désert.
Je veux davantage de sable.
Davantage de sable.
- Voyons les esclaves. - Faites venir les esclaves.
Gauche. Gauche. Gauche. Droite...
Allez. Plus de punch. Gauche, droite...
Esclaves, arrêtez.
À droite.
On y est, M. De Sica.
Parfait.
D'abord, la tempête de sable.
S'il vous plaît, M. Huston.
Clap. On tourne.
- Action. - Ventilos.
Plus de sable.
Plus de vent.
Stop.
- Où est la caméra ? - Et les projecteurs ?
Voilà. C'est parfait pour débarquer l'or.
FEDERICO FABRIZI PRÉSENTE L'OR DU CAIRE
AVEC TONY POWELL ET GINA ROMANTICA
Adorable petit.
Cigarette ?
Adorable petit, y a-t-il un bon hôtel dans cette ville ?
Giovanni, va-t'en. Ne parle pas à des étrangers.
Sympathique bourgade.
C'est pareil dans tous ces villages misérables, direttore.
Ils se méfient des gens de la ville.
Je compatis à la douleur de ces pauvres gens oubliés.
Pauvre vieille femme oubliée,
ça vous aiderait, ça ?
Gina, chérie, va te mettre sur la fontaine. C'est gentil.
Pour ce plan, il me faut absolument le reflex 14...
Avec l'ouverture de 75.
La caméra hollywoodienne, là-bas.
Vite. Le temps, c'est de l'argent.
On commence par un long travelling. Un panoramique. Puis on baisse la caméra.
Ils tournent un film.
Ils tournent un film à Sevalio.
- Papa, reviens. Tu es malade. - Je veux être dans le film.
Rosa, ferme la boutique. On va être dans le film.
M. Le réalisateur.
Voici mon Giovanni. Prenez-le.
Laissez-moi passer. Ils logent chez moi.
Je suis ta femme. Dis-leur.
- Je suis le cafetier. - Et moi, le maire.
Oui. Federico Fabrizi.
Ne poussez pas.
Vous serez tous dans le film, mais ne poussez pas.
- Que se passe-t-il ? - Dégage, j'étais là avant.
Je veux savoir ce qui se passe. Je suis le chef de la police.
Laissez passer la police.
Permettez-moi.
Rizzuto, chef de la police. Que se passe-t-il ?
On essaie de tourner un film.
- Votre autorisation. - Ma quoi ?
Sans autorisation officielle, pas de tournage.
Non, arrêtez.
Allons dans votre bureau avant qu'ils ne vous tuent.
- S'il vous plaît. - C'est toujours comme ça.
- S'il vous plaît. - Faites-nous plaisir.
Avec Gina Romantica
et le beau Tony Powell, vedette internationale.
Signor Fabrizi, c'est un grand honneur pour Sevalio.
Prenez un cigare.
- Pas le dernier. - Merci.
Vous connaissez vraiment Tony Powell ?
Je suis son réalisateur, son producteur, son ami.
Mais vous le connaissez assez pour discuter avec lui de près ?
D'aussi près que vous et moi.
Cigarette ?
Merci.
Anglaise. Très bien.
Pour l'histoire du permis.
Ce n'est pas parce que je suis le découvreur des stars
que je m'attends à un traitement de faveur.
C'est intéressant.
Content que nous soyons d'accord. Qu'est-ce qui est intéressant ?
Excusez-moi, mais dès que je vois un visage avec une belle ossature,
j'imagine ce visage à l'écran.
- Oui, alors, la demande de permis ? - Il faut faire une demande à Rome.
Elle passe par le directeur régional avant de me revenir.
Dites-m'en davantage sur mon ossature.
Au cinéma, soit on a une gueule, soit on n'en a pas.
Vous, vous avez une gueule.
- Vous me le donnez ? - Quoi ?
- Le dossier. - Ah, oui.
Je dois bien en avoir un par là.
Vous dites que j'ai une gueule ?
J'ai remarqué avec la lumière latérale.
- Vous avez regardé sur les étagères ? - Pas encore.
C'est tellement le bazar.
Et voilà.
Autorisation pour événements particuliers.
- Pardon. - Superbe ossature.
Il faut le remplir en trois exemplaires.
Ensuite, il faut le faire tamponner au bureau de...
- Ça ne va pas ? - Continuez.
Au bureau d'approbation qui...
Je me demande.
- Non, je ne peux pas. - Quoi ? Allez-y, demandez.
Pas à vous. Vous êtes policier.
Les policiers, on leur demande des choses. Demandez.
Je ne peux pas vous demander de jouer dans le film
parce que je ne prends que des pros pour les rôles parlants.
Je ne peux pas. Je suis policier. Ne me demandez pas de jouer.
Bien sûr que non.
Qu'alliez-vous me demander ?
Dès que j'aurai mon autorisation,
si pendant le tournage,
ma caméra sensible découvrait un visage intéressant,
avec une belle ossature,
un visage dans la foule, à une terrasse de café...
- Marchant dans la rue. - Qui trouverait à y redire ?
Vous ne feriez pas l'acteur. Vous ne diriez rien.
Je ne dirais rien. Je ne ferais pas l'acteur.
Je pourrais dire "bonjour" sans faire l'acteur.
Dans le film, il y a un personnage qui dit "bonjour".
- Un laitier, mais c'est modifiable. - Ne changez pas votre histoire.
Il suffit de remplacer le laitier par un policier.
Comme je suis policier, je peux le faire ?
Oui, c'est réglé.
Commencez le film, je me charge de l'autorisation.
Merveilleux clin d'œil.
Il pourrait accompagner votre "bonjour".
Comme vous voulez. C'est vous le réalisateur.
Encore toute ma gratitude. Et bien le bonjour.
Bonjour.
Quelle belle voix grave.
Pardon, mais dans le cinéma, on extériorise nos sentiments.
C'est ce que je viens de faire.
Bien le bonjour.
Bien le bonjour.
- Vous tenez votre plan ? - Oui.
Une conception brillante, une mise à exécution osée.
Comment l'or entrera-t-il dans le pays ?
Sur un bateau en plein jour sous protection policière.
Faites-moi confiance. À plus tard dans l'écurie.
- Tony ! - Quoi ?
Tu connais un réalisateur qui s'appelle Federico Fabrizi ?
Non.
Il est en bas. Pour te proposer un film.
- Quoi ? - Un film néoréaliste.
Fais-le monter. C'est quoi, le néoréalisme ?
Pas d'argent. Faites monter.
Suite Cléopâtre, au 5ème étage.
C'est moi qui parle. N'accepte rien sans mon accord. Compris ?
Si je mets mon imperméable, c'est trop ?
Faut voir ce qu'il a fait, parler de ton cachet.
Je veux contrôler le scénario, le casting, tout.
Je me mets là pour qu'il voie mon meilleur profil en entrant.
J'ai une idée, Harry.
J'obtiendrai un contrat et des billets pour la Californie.
Dès qu'il arrivera, je ferai mon entrée.
Assieds-toi et laisse-moi faire. Tu es une star.
Tire les rideaux. Je ne veux pas plisser les yeux.
- Federico Fabrizi. - Désolé, je ne parle pas italien.
- Je suis Federico Fabrizi. - Harry Granoff.
Je suis l'impresario de M. Powell. Ravi de vous voir...
Où est-il ? Où est mon Tony ?
Où est mon beau Tony ?
Le voilà.
Voilà mon Tony.
C'est Fabrizi.
Regardez, il a une peau de bébé.
Tu ne vieillis jamais, toi ?
Je l'adore.
M. Fabrizi, on se connaît ?
Vous entendez cette voix ?
On n'écoute pas cette voix. On la sent ici.
Il ne te tarde pas qu'on travaille ensemble ?
- Qu'on travaille ensemble ? - Cigarette.
Cigarette, Harry.
Il médite.
Je vois une plage, des vagues qui se brisent.
Une fille superbe. Son cœur bat la chamade.
Je vois un grand, bel homme.
Harry, du feu.
- Je voyais quoi ? - Un grand bel homme.
- Je ne le vois plus. - En imperméable.
Ça y est, je le vois.
Leurs cœurs battent à l'unisson.
J'entends le grondement de l'océan.
Enfin, j'entends la musique de l'amour.
Vous ne pleurez pas ?
- Ma musique ne vous fait pas pleurer ? - C'est superbe.
Allô ? Un instant. Milan.
Allô, Sophia.
Bonjour, ma chérie.
Non, je te l'ai dit, je suis occupé avec Tony Powell.
Désolé. Tu vas devoir trouver quelqu'un d'autre.
Pardonne-moi, chérie. Il n'y a pas de rôle pour toi dans ce film.
Te mentir, moi ?
Sophia, ne pleure pas...
Tony, parle à cette fille. Elle est hystérique.
Allô, Sophia ?
- Elle a raccroché. - Elle me tuera. Ce sera dans les journaux.
- On pourrait la prendre pour le film. - Quel film ?
Pourquoi est-ce qu'il crie tout le temps ?
S'il m'embête avec ses cris, je prends Sophia. Appelez-moi Milan.
- Non. - Milan.
Il ne vous embêtera pas, c'est promis.
Harry, calme-toi.
Je voulais juste en savoir davantage sur ce film.
Ça.
Ça parle de ça.
- Des fenêtres ? - Non. Des gens.
Vous avez le scénario ?
Mon scénario est là-dedans.
- Tony joue le renard. - Un film animalier.
C'est un grand criminel qui a un plan pour faire entrer de l'or en Italie.
Le dénouement est surprenant.
- C'est quoi, le plan ? - La surprise finale.
- J'adore. On commence quand ? - On tourne le film le 28.
- Et pour le contrat ? - Le contrat ?
Voilà mon contrat.
J'aurai une copie pour mon avocat ?
À la semaine prochaine.
D'accord, FF.
Très bon, ça.
Essaie de dormir. J'aperçois une ridule.
- Et la fille ? - Quelle fille ?
Sur la plage. L'histoire d'amour. Elle est connue, au moins ?
Pas de souci. C'est la nouvelle star italienne.
- C'est qui ? - Gina Romantica.
- Elle acceptera ? - Si on l'a, lui, on l'aura, elle.
Arrivederci. Et je t'adore.
Quelle ridule ?
Souris, Gina. C'est le moment que tu attendais tant.
En voyant Tony Powell, j'y croirai.
- Cette réception vous plaît ? - C'est magnifique.
Tournez la tête. La lumière sera plus flatteuse.
- Comme ça ? - Non, comme ça.
Formidable.
Quel bonheur. C'est une occasion en or pour Sevalio.
Oui, en or.
Le voilà.
- Musique. - C'est au maire de le dire.
Musique.
C'est vraiment lui.
Merci beaucoup.
Vous êtes formidables.
- Quel plaisir de vous voir. - De même. Le maire.
Merci.
Et notre excellent chef de la police.
- Bonjour. - Bonjour à vous.
C'est un grand jour pour Sevalio.
Il y a 67 ans je suis né dans une petite maison, en haut...
S'il vous plaît.
Moi, Giuseppe Molini, maire depuis 43 ans,
je vous présente les clés de notre glorieuse cité.
Merci.
Je suis très touché.
Superbe discours.
J'aimerais vous présenter l'homme par qui tout est arrivé.
Le plus grand réalisateur italien, un vrai génie, Federico Fabrizi.
Merci.
En tant que réalisateur de L'or du Caire,
j'aurai besoin de votre collaboration
du plus petit enfant à votre illustre chef de la police.
Bonjour.
Voici le moment que vous attendez tous.
Magnifique Tony Powell,
voici votre partenaire,
la ravissante Gina Romantica.
Ravi de vous connaître.
MM. Les cameramen, immortalisez l'instant.
Nous faisons l'histoire du cinéma.
Je déclare ce jour, jour férié.
Le boucher et le coiffeur fermeront une demi-journée.
Vous savez, vous êtes un très bel homme.
- Vous êtes une fille ravissante. - Nous sommes très beaux.
- Ça vous plaît d'être beau ? - Je ne suis pas vraiment beau.
Si. Encore plus en personne que dans la vie.
Vous êtes adorable et très saoule.
- Vous me signez un autographe ? - Harry, un stylo.
- Je n'aime pas ça. - Ne le bois pas.
Pas le vin. La situation. Quelque chose me chiffonne.
Tu ne fréquentes que des faux jetons.
Tu n'as jamais vu des gens si honnêtes. Regarde-les.
- On tourne à quelle heure ? - Soyez sur la plage à 6 h.
- J'y serai à 5 h 30. - Faudra vous raser.
C'est vous le réalisateur.
Signor Fabrizi, téléphone.
- Ma femme. - Ravissante.
Soyez sur la plage à 6 heures.
- Qui est à l'appareil ? - Okra.
- Où êtes-vous ? - Juste derrière vous.
- Que faites-vous là ? - Je vous surveille.
- Vous n'avez pas confiance ? - Et vous ?
- Absolument. - Moi non plus.
Pourquoi aucun producteur hollywoodien n'a entendu parler de Fabrizi ?
Demande plutôt en Italie.
Je vais le faire.
Ça va. Je vais très bien.
- Le bateau sera à l'heure ? - Je ne fais pas d'erreurs.
Inutile de pleurer, Sophia chérie. Arrête de m'appeler. Désolé. Au revoir.
Voici Fred Okra, mon coproducteur. Inventeur de l'Okrascope.
Voici ma secrétaire particulière.
- Sacré visage, non ? - Oui, hein ?
Pour la scène du débarquement,
on utilisera une matière qui ressemble à de l'or.
Qui ressemble à de l'or ?
Allô. Je veux appeler Rome.
- Rome. Une ville en Italie. - Roma ?
Non, pas Roma. Rome.
- Je vous emmène où ? - À la gare routière.
Je vais à Sevalio voir mes enfants.
Elle est en train de partir.
On a des problèmes de moteur. Ce doit être le moteur.
- Quoi ? - On va regarder le moteur.
- Bonjour. - Bonjour, la star.
Bonjour, la partenaire et les centaines de figurants.
Bonjour.
On va commencer par la scène du débarquement de l'or.
L'or, qui ne devrait pas tarder.
Patron.
Reportez.
- Quoi ? - Le bateau a des problèmes de moteur.
Il n'y a aucun Fabrizi inscrit au syndicat des réalisateurs italiens.
Détends-toi, Harry. Cet homme est un génie.
- Que vais-je faire ? - Vous êtes réalisateur. Faites un film.
Changement de programme.
On oublie le débarquement. On commence par les scènes plus intimes.
Du calme quand vous vous taisez. Voyons...
Les caméras sont prêtes ?
- La lumière ? - On est prêts, mais...
Super. Le maquillage ? Super.
Action.
On fait quoi ?
Stop. Coupez. Arrêtez tout.
Coupez le son. Que personne ne bouge. Arrêtez.
Tony chéri, tu as une question ? N'aies pas peur de demander.
C'est la seule manière de fonctionner.
Que doit-on faire ? De quoi parle cette scène ?
Tu veux savoir de quoi parle cette scène ?
Je dois y réfléchir.
Chut. Fabrizi réfléchit.
- J'ai trouvé. - Chut. Il a trouvé.
J'ai trouvé.
- Quoi ? - Rien.
- Quoi ? - Ça parle de rien.
Tony, mon amour, cette scène nous donne une belle occasion
de traiter le manque de communication dans notre société.
Deux personnes magnifiques assises seules à un café,
sans la moindre chose à dire.
Tu vois la signification ?
- C'est superbe. - J'adore.
Gina, l'équipe, on reprend au début.
Quand je vous donne le top, vous ne faites absolument rien.
- J'adore. - Essayez d'assurer dès la première prise.
Bonne chance. Dieu vous bénisse.
Prêts pour le rien ?
- Prêts. - Parfait.
Et pas... d'action.
Bonjour.
C'est mon fils. Il est réalisateur.
C'est Gina, ma fille. Elle est actrice.
Gina, Tony, on est prêts pour le prochain plan.
Dans cette scène, au lieu de ne rien faire,
vous faites quelque chose.
Quoi ?
- Vous courez. - Qu'est-ce qu'on fuit ?
Vous-mêmes. Vous saisissez le symbole ?
Même en courant très vite, vous ne pouvez vous fuir vous-mêmes.
Magnifique.
Les jambes sont prêtes ? Bonne chance.
Action.
Magnifique.
Pause-déjeuner.
Comment ça va ?
J'ignorais que tu courais si vite.
- C'était bien ? - Formidable.
- Merci. - Incontestablement.
Bon, Tony...
dans la scène suivante, tu cherches Gina et Gina te cherche.
Quand vous vous retrouvez, vous vous tombez dans les bras.
- Quel est le sens de cette scène ? - Un homme en quête de son identité.
C'est la quête d'identité d'un homme.
Les villageois, dans un instant, vous traverserez la place.
On a jeté l'ancre et elle s'est coincée.
- Quoi ? - On va regarder l'ancre.
Tony, Gina, mes chéris.
Un réalisateur n'en a jamais fini.
Mes chéris, écoutez.
Vous devez être crevés, si j'en juge par ma propre fatigue.
Sacrifions notre fatigue pour notre art, car l'art, c'est la santé.
L'art, c'est l'amour.
L'art, c'est... l'art.
Super, Gina, mets-toi là. Tony, mon amour, mets-toi là-bas.
Génial.
Bon.
Action.
C'est ça. Doucement.
Vous vous apercevez.
Quand je baisse le bras, vous vous précipitez l'un vers l'autre.
Quelques villageois traversent doucement la place.
Et... c'est parti.
Non. Stop.
Arrêtez.
Reprenez vos marques. Tout le monde en place.
Coupez. Stop.
Arrêtez.
Honte à vous, gens de Sevalio.
Vous faites honte à votre village et à l'industrie du cinéma.
Soit vous vous donnez à fond, soit vous êtes tous virés.
Rentrez chez vous et réfléchissez bien.
N'oubliez pas que des tas d'autres villages veulent faire du cinéma.
Ce sera tout.
- Je dois vous parler. - Qui parle ? Vous ou lui ?
Moi.
- Vous avez donc une voix. - Il m'interdit de parler.
Je n'ai pas téléphoné depuis six ans.
Pauvre enfant. Vous tremblez. C'est le froid ?
- S'il me savait ici, il me tuerait. - Le salaud.
Quoi ?
- Tony ? - Qui est-ce ?
C'est votre partenaire, la ravissante Gina Romantica.
J'arrive.
Pourquoi restez-vous avec lui ?
Je ne peux pas m'enfuir. Il me fait peur.
Vous êtes réchauffée ?
Venez donc sous les couvertures.
Je suis venue vous prévenir de ne pas lui faire confiance.
Je ne lui fais pas confiance.
Pas le moins du monde.
- Je peux entrer discuter ? - Il est très tard.
Pas du tout. Il est très tôt.
Cet homme n'a aucun honneur.
J'ai confiance en vous.
Vous êtes honnête. Je le lis dans vos yeux.
Ne me quittez pas des yeux. Faites-moi confiance.
Je ne suis pas ce que vous croyez. Je peux vous confier un secret ?
Je suis prisonnière. Esclave.
- Il est méchant et cruel. - Cruel et méchant.
Je n'ai rien compris.
Je n'ai rien dit. Je vous embrassais les oreilles.
J'ai vu une fille le faire dans un film. Je le fais aussi bien qu'elle ?
Non ?
C'était il y a très longtemps.
Je veux devenir une grande actrice.
- Vous m'apprendrez ? - Vous embrassez très bien.
Pour une fille, oui.
Mais pas pour une actrice. Je n'ai style ni finesse.
Je suis tellement malheureuse. Que puis-je faire ?
Continuez à en parler. Toute la nuit, s'il le faut.
Apprenez-moi les baisers de cinéma.
Je vous en prie.
Désolé. J'ai du mal à garder les yeux ouverts.
- Je n'ai pas assez d'expérience ? - C'est moi qui en ai trop.
Après tout, j'ai cinqu... trente-sept ans.
On vous en donnerait 27. Vous faites si jeune.
Votre corps. Votre visage. Vos cheveux.
- J'aime vos cheveux en bataille. - Arrêtez.
- Tony, ça va ? - Trouvez-moi une échelle.
Redites-moi que c'est un pourri.
C'est un pourri. Pourri, je vous dis.
- Qui est là ? - Okra. Je veux entrer.
Laissez-moi faire. Cachez-vous dans le placard.
Ouvrez.
- Qu'y a-t-il ? - Où est-elle ? Je vais la tuer.
- Qui cherchez-vous ? - Vous le savez bien.
Ma sœur.
Votre sœur ? C'est votre sœur ?
Filez avec votre frère. Honte à vous.
S'il était vivant, papa se suiciderait.
Sevalio est en vue. Préparez les barques. On arrive.
Il arrive.
Le bateau arrive.
Il y a trop de brouillard.
- Ils ne trouveront pas la caméra. - Lui, il la trouvera.
C'est dingue de débarquer de l'or devant 300 personnes.
On ne retravaillera jamais ensemble.
Le voilà.
Le bateau avec l'or arrive.
En place pour le débarquement. Debout.
- Je joue dans cette scène ? - Sans vous, je ne peux rien faire.
Dès que l'or arrive à terre, tu le charges dans le camion.
Il est lourd pour faire vrai. Tu y arriveras ?
Jamais de doublure.
Ton imperméable, c'est ta signature.
Ma nouvelle signature, c'est mon jeu.
Aldo, Gina, c'est maman.
- Que fait-elle ici ? - Je voulais qu'elle me voie jouer.
Joue vite, le temps presse.
Virez-moi cette foule.
Amenez le camion sur la plage. Aussi près de l'eau que possible.
Circulez, on a un film à faire.
Allez. Tout le monde aux bateaux.
Dépêchons. Plus vite.
Amenez l'or à terre.
Ce film vous concerne tous. Les premiers revenus seront dans le film.
Passez-moi Rome.
- Rome ? On l'a trouvé. - Qui ça ?
Vanucci. Sur la plage de Sevalio. Apparemment, il tourne un film.
Allez l'arrêter.
Impossible. Il est avec sa bande. Ils sont des centaines.
Ne bougez pas. J'appelle la police locale.
Ils y sont presque.
Bonjour.
Allez, tirez.
À droite.
À gauche. Tirez.
À droite. Tirez.
- Ils déchargent la cargaison. - Quel genre de cargaison ?
Très importante. Des lingots qui ont la couleur de l'or.
- Vous croyez que c'est quoi ? - Des gros lingots d'or.
C'est l'or du Caire. Surveillez leurs mouvements. J'appelle Interpol.
À Sevalio ? Alertez tous les postes du secteur.
Ils ont trouvé l'or du Caire. Envoyez des renforts. On veut Vanucci.
Allez, allez.
- Vous ne filmez pas ? - Moi ? Si.
Allez, plus vite. Bon, vous êtes tous dans ce plan.
Sortez-moi cet or et mettez-le dans le camion. Vite.
Gardez le rythme. Vous avez attendu ça toute votre vie.
Votre rêve se réalise. C'est votre heure de gloire.
Je veux le voir sur vos visages, l'entendre dans vos voix.
Chante, Sevalio, chante.
C'est bien. Plus vite.
Chantez avec votre cœur. Montrez votre joie.
- Ils chargent le camion. - Montez sur la colline.
On va bloquer la route.
Allez.
La police de Sevalio ?
- Le chef est là ? - Il est dans le film, comme tout le monde.
Allez.
BRUME
Chante, Sevalio. Avec joie. Avec bonheur.
Avec liberté.
Téléphone.
Pousse-toi. Tu gâches le plan. Dégage, imbécile.
Bonjour. Rizzuto, chef de la police.
Que faites-vous avec une bande d'escrocs ?
Pourquoi n'étiez vous pas à votre poste ? Je vous cherche depuis 20 mn.
- Quoi ? - C'est Vanucci. Vous m'écoutez ?
Vous volez l'or du Caire.
Vous êtes complice avant, pendant et après l'acte.
Je veux Vanucci mort ou vif.
Maman, Gina, en voiture. Vite.
- Ça va ? - Bien sûr. Je veux finir ma scène.
- Bien, monsieur. - Vous m'entendez ?
- Ne restez pas planté là. - Au revoir.
Arrêtez-les.
Chante, Sevalio, chante.
Plus vite, imbécile. On ne les aura jamais.
Où est-il ? Je ne le vois pas.
Plus vite.
- Maman, voici ma fiancée. - Enchantée, ma chérie.
Déposez-moi à l'ambassade.
Voiture 17, où êtes-vous ?
Lci, la voiture 17. On est derrière vous.
Non, on est devant.
Arrêtez. J'ai entendu quelque chose. Pas un bruit.
- C'est un train. - Je suis trop jeune pour mourir.
Je n'ai même pas eu peur.
- Démarre. - Je ne veux plus conduire.
Je démissionne.
- Démarre. - Je n'ai même pas eu peur.
Pas un instant. Vraiment.
À gauche.
- Laissez-moi conduire. - Mais tu es au volant.
Plus vite.
J'exige de voir l'ambassadeur...
Accusés, levez-vous.
- Tous ? - Tous, Votre Honneur.
- Il n'y a pas de place pour le jury. - Ils étaient tous complices.
Au prochain éclat, je vous fais tous jeter dehors.
Comment plaide l'accusé ? Coupable ou non coupable ?
Non coupable.
Une seule personne à la fois.
- Qui êtes-vous ? - Federico Fabrizi, le réalisateur.
Comme tous ces braves gens, un témoin innocent.
C'est Aldo Vanucci, un prisonnier évadé.
Objection. Il essaie de discréditer un témoin.
Une chose à la fois. Qui a débarqué l'or clandestinement ?
J'aimerais bien le savoir. En tant que réalisateur, j'ai demandé de l'or faux.
Un escroc a mis de l'or véritable. Ça sent l'entourloupe.
Votre Honneur, cet homme cherche à discréditer la justice,
comme il l'a fait toute sa vie.
Il a fait neuf séjours en prison.
Il s'est évadé cinq fois. La justice ne doit plus être bafouée.
Mais qui est coupable ? Celui-ci ? Celui-là ? Eux tous ?
- On décidera au vu des preuves. - Quelles preuves ?
Les preuves que vous avez fournies...
Votre film tourné à Sevalio. L'or du Caire. Lumière, je vous prie.
Bravo ! C'est génial.
- Qui est-ce ? - Mario Stravoli, critique.
C'est une grande œuvre d'art. C'est un génie.
Quelle profondeur. J'ai pleuré...
Sortez-moi cet imbécile.
Que de vérité, d'honnêteté.
C'est le plus grand film italien depuis 40 ans. Un génie primitif.
Cet homme a réalisé un chef-d'œuvre.
Le monde entier est devenu fou.
Un crime a été commis contre l'État et quelqu'un doit payer.
Ce sera qui ?
Emmenez tout le monde sauf les enfants et les anciens.
Votre Honneur, j'implore votre clémence.
Tous ces gens sont innocents.
Ils se sont fourvoyés.
Pas pour de l'or, mais à cause de la faiblesse de l'esprit humain.
Faut-il punir leur désir de nourrir leurs âmes affamées ?
- Oui, emmenez-les. - Attendez.
Si quelqu'un doit aller en prison, c'est moi.
Je suis seul responsable de ce crime.
Je vais en prison car je suis un petit escroc.
Seuls les grands bandits s'en tirent. C'est ça, la justice ?
Quelqu'un doit payer.
Je vous condamne, petit escroc, à 5 ans.
J'accepte avec bonheur,
car je sais dans mon cœur
qu'une sœur écrira à son frère tous les jours après l'école.
Qu'une mère sera soignée et protégée par des amis.
Des amis travailleurs.
Et qu'un grand acteur a compris que l'âge n'amoindrissait pas le talent.
Ne vous inquiétez pas pour Vanucci.
Je quitterai la prison le premier avril à 15 heures.
- Attention, docteur. - Vous voulez vous évader de nouveau ?
Oui.
Pourquoi vous inquiéter ? II ne vous ennuiera plus.
On n'est jamais trop prudents.
Arrivederci, docteur. On se voit dans un mois.
Au secours.
Imbéciles. Vanucci s'est échappé.
On ne marche pas cette fois.
Laissez-moi sortir. Détachez-moi.
Imbéciles.
Ce n'est pas le bon qui s'est échappé.
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