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An-
Ils s'éloignent. Saleté de chiens.
An-
Ils pourront les rattraper ?
Non. Rien à faire avant le jour.
Une pipe ? Merci, brigadier.
En attendant, c'est nous qui avons la meilleure place.
An-
Clairon.
Ainsi, vous persistez dans votre silence ?
Vous étiez les compagnons des forçats Vautrin et Calvi.
Vous savez certainement quelque chose sur leur évasion.
Mais parlez !
Mais parlez donc !
Les boulets dès demain à ces hommes et 20 jours de cellule.
Allez !
Belle besogne, messieurs. Je vous félicite.
Passe encore qu'un Calvi s'échappe, mais Vautrin...
Vautrin, le plus dangereux aventurier de l'époque !
Vous le laissez filer ! Les circonstances...
Non, monsieur ! Je suis responsable du bagne aux yeux de Sa Majesté.
Un bagne dont on ne s'évade pas.
Qui était de surveillance ?
Voila qui va retarder l'arrivée de vos épaulettes de capitaine.
Vous prendrez les arrêts.
Lieutenant Serbin, prenez 40 hommes.
Fouillez les fermes, les granges et les églises.
Monsieur de Niron,
faites alerter les gendarmeries de La Rochelle, Cognac et Jonzac.
Tu penses qu'ils allaient te confier leur magot l
Ils t'ont roulé.
Il y a deux choses que je n'aime pas, Calvi :
qu'on me laisse travailler seul et qu'on ait une opinion.
An-
Ne craignez rien.
Je m'étais arrêté pour me reposer et j'ignorais votre présence.
D'ailleurs je suis seul, je ne suis pas armé
et je suis prêtre. Qui êtes-vous ?
L'abbé don Carlos de Herrera.
Coup de feu.
Il était venu pour prendre du repos.
Je n'ai jamais tué.
Ce n'est pas un assassin qu'il me faut, c'est un homme.
Va-t'en !
An-
Va nous trouver des chevaux frais.
Il faut coucher ce soir à Poitiers.
Monseigneur, la halte sera un peu longue.
Il faut réparer l'essieu arrière. Avec ces maudits chemins...
Ad auguste: per angusta, mon ami.
Vers des destins augustes par des chemins étroits.
Dépêche-toi. Ça sent encore le bagne, par ici.
Le plus dur est fait.
Mais je suis l'abbé
le plus pressé de France.
À vos ordres,
monseigneur.
Malheur à celui par qui le scandale arrive.
Que puis-je vous offrir ?
Vin d'Anjou, vin de Loire, muscadet ?
Apportez-moi... un verre d'eau.
Je sors d'un monastère où l'alcool est inconnu.
Bien, monseigneur.
An-
Voilà, monseigneur. Merci, mon enfant.
Mademoiselle ?
Mais c'est beaucoup trop, monsieur.
C'est tout.
Où va-t-on par ici, mon enfant? À la rivière, monseigneur.
- Voilà un endroit bien poétique pour s'y noyer, monsieur.
Je ne vois pas ce qui vous permet de supposer...
Ceci, mon enfant. Vos larmes et ce papier.
Nul besoin de le lire pour savoir que ce sont des adieux.
Symbole de jeunesse que d'écrire à ceux qu'on quitte.
Nierez-vous encore ? Je n'ai rien à nier.
Passez votre chemin, M. l'abbé.
Votre consolation m'est inutile.
Je ne crois pas en Dieu. Je suis athée.
♪ arrive d'Espagne, monsieur. La-bas, on ne croit pas aux athées.
Pourquoi mourir ? Souffrez-vous d'une maladie ?
Oui, mon père : la pauvreté.
Le diamant ignore sa valeur.
Confiez-moi votre peine, mon enfant.
Il s'agit d'une amourette qui a mal tourné ?
Quel chagrin a-t-on, à votre âge ?
Le déshonneur. ♪ ai fui Paris couvert de dettes.
Je dois 15000 F à un usurier.
C'est se noyer
dans un verre d'eau. Ce n'est pas tout.
Devant l'échéance,
j'ai perdu la tête et j'ai commis un faux.
♪ ai imité la signature de mon beau-frère.
Et comme il était hors d'état de payer,
on l'a jeté en prison.
Il ne me reste plus qu'à mourir.
Vous avez trop de cœur et pas assez de cervelle.
Une destinée ne vaut que ce qu'on l'estime.
Estimez-vous la vôtre à 15000 F ?
Je suis disposé a vous la payer davantage.
Vous, mon père ? Oui, moi.
Je vais vous en donner la preuve.
Je pense que maintenant ça tiendra jusqu'à Poitiers.
Vous pouvez être tranquille, monsieur.
Regardez.
Il y a là 30000 écus.
Ce soir à Poitiers, je vous remettrai de quoi libérer votre beau-frère
et vous redonner le goût de vivre. Vous feriez ça ?
Dès ce soir.
Et pourquoi le feriez-vous ? Parce que je m'intéresse à toi.
Le sort a voulu que je te rencontre au bord du suicide.
Parce que tu m'as ému.
Nous pouvons partir, monseigneur.
Passez devant et attendez-moi. Monseigneur...
♪ ai fait jaser les gens d'ici. Calvi s'est laissé reprendre.
Que Dieu lui pardonne.
Quelques minutes de marche ne vous effraient pas ?
Venez, j'ai à vous parler.
Croyez-en mon expérience, vous avez été imprudent.
Pour mépriser les lois, il faut être de ceux qui les dictent,
non de ceux qui les subissent.
Les petits sont pour servir, non pour se servir.
Je ne le sais que trop.
Voilà bien longtemps que nous bavardons sans nous connaître.
Je suis l'abbé Carlos de Herrera,
chanoine honoraire de la cathédrale de Tolède,
chargé de mission par Sa Majesté.
Mes titres sont plus obscurs, monsieur l'abbé.
Ma mère est de naissance noble.
♪ aurais pu être marquis.
Ma mauvaise étoile ne l'a pas voulu.
Je m'appelle Lucien Chardon.
Et vous en souffrez, n'est-ce pas ?
Vous êtes ambitieux ? À en mourir.
Mieux vaut en vivre. Voulez-vous réussir ?
Je peux vous mener très loin dans la voie du pouvoir.
Je vous ai sauvé la vie. Consentez à m'appartenir.
Je ferai votre fortune. Encore une fois, pourquoi?
Parce que je suis seul.
Seul de la plus épouvantable des solitudes.
Celle de l'âme.
Qu'il soit forçat ou lépreux, infâme ou malade,
l'homme n'a qu'une pensée :
trouver le complice ou le compagnon de son destin.
Veux-tu être celui-là ? Quel étrange prêtre.
Il ne faut pas se fier aux apparences.
On vous a chassé de Paris ?
Je vous y ferai rouler carrosse avant 6 mois,
avec les armes de votre marquisat gravées sur les portières.
Obéissez et vous serez aussi grand que vous avez été petit.
Je concevrai, vous exécuterez, et Paris nous appartiendra.
La réussite a son secret et je l'ignore.
Voilà le secret de la réussite : droit au but et vite.
Je n'ai pas la main aussi sûre que la vôtre.
Je ne te demande pas d'être la main,
je te demande d'être la balle.
Mon père, je suis à vous.
En route !
- Les gens de M. le marquis de Rubempré.
Les gens de M. le marquis de Rubempré.
- M. le marquis!
Merci, mon ami.
- Lucien ?
Je ne voulais pas vous laisser partir
sans un adieu un peu plus tendre.
M'en voulez-vous ? Folle que vous êtes.
Je crains que votre père ne devine la raison de votre absence.
Le duc ne m'aime guère. Mais sa fille vous aime.
Je vous aime, Lucien.
Ne vous formalisez pas de la méfiance de mon père.
Considérez le chemin que vous avez fait en 6 mois.
Vous êtes arrivé Lucien Chardon
et vous voici Lucien de Rubempré.
Marquis et reçu chez nous.
"Reçu" ? Vous voulez dire toléré.
Allons, ne soyez pas sombre.
Je porte un des plus grands noms de France.
Avant de consentir à ce que je l'échange,
mon père exige des garanties.
Il agit en père. Agissez en amant.
Si vous m'aimez.
En doutez-vous ?
Non, car je veux vivre.
Je sais que je suis moins jolie que beaucoup d'autres,
mais je sais aussi ce que je vaux.
Aimez-moi seulement par ambition,
et je me charge de me faire aimer d'amour.
Je vous aime, Clotilde.
Ne me donnez pas trop de bonheur,
de peur d'avoir trop à m'en rependre un jour.
Bonsoir. Vous partez bien vite, ce soir.
Mme de Sérisy est donc si impatiente ?
Ne soyez pas méchante.
Ma vie est finie jusqu'à ce que je vous revoie.
Je rentre chez moi. A demain.
Musique.
An-
Un beau garçon masqué au bal de l'Opéra !
Mes amies, on nous vole !
Lucien ! Lucien Chardon !
C'est bien lui ! C'est notre Lucien.
Je vous avais bien dit qu'il était à Paris.
Le cher amour! Est-il beau, bien rempaillé.
VIVE LUCIEN CHARDON !
Messieurs, je vous en prie.
- Heureux
de vous revoir dans Paris, monsieur Chardon.
Vous paraissez solidement remis en selle.
Félicitations.
On est allé faire fortune en province ?
Tout le monde ne profite pas de la crédulité des Parisiens.
Il vous est poussé des épines, M. Chardon.
Monsieur de Rastignac, appelez-moi par mon nom.
Je suis marquis de Rubempré, en vertu d'une ordonnance royale.
Je l'avais entendu dire.
Je vous autorise à le répéter.
Eh bien, vive le roi, monsieur de Rubempré.
Il sait choisir ses gentilshommes.
"De Rubempré" ?
Ce petit Lucien Chardon a donc fini par conquérir ses ancêtres.
Sa noblesse est plus ancienne que la vôtre,
madame la marquise d'Empire.
Attendez que l'or de votre blason soit sec avant de juger les autres.
Impertinent ! Je n'ai pas eu le temps de le gifler.
Ce Chardon pousse, et on le protège.
Qu'il ne s'avise pas de tomber. Je l'écraserais.
Vous ?
Vous allez perdre votre part de paradis.
Et toi, tu perds ton temps.
Tu n'es pas à l'hôtel de Grandlieu ? ♪ en sors.
Je suis venu ici. Je me sentais triste.
Clotilde ne t'aime plus ? Elle dépend de son père.
Que te reproche-t-il ? Tu es marquis.
Marquis sans terre.
Il ne m'accordera la main de sa fille que si je deviens propriétaire.
On l'achètera. 600000 F.
Il faut encore les trouver.
Il faut trouver quelqu'un qui les ait.
Lucien !
Savez-vous qui je quitte ? La charmante Mme de Sérisy.
Elle t'attend dans sa loge.
Voici ma mission remplie. Merci.
Ah, Mme de Sérisy !
C'est bien. Elle t'aime, elle peut être utile.
Va, mon fils.
An-
Je vous prenais pour un garçon sérieux, Lucien.
Quand Diane vous a vu, j'ai refusé de la croire.
En souhaitant que je ne me sois pas trompée.
Vous voilà bien beau. Serait-ce en notre honneur ?
Mais non, voyons. Asseyez-vous.
Oublies-tu si vite l'existence de Mlle de Grandlieu ?
À propos, comment vont vos affaires ? Le duc se rend-il à vos mérites ?
Bien lentement, madame. Il cédera.
Clotilde vous aime.
Quand on occupe le cœur de la place, les murailles tombent.
Vous serez bientôt M. Clotilde de Grandlieu.
Soyez sans crainte.
Méchante.
Non. Jalouse.
Je dois vous quitter.
Vous fuyez déjà ? Je m'arrache.
Demain, je dois aller chasser.
C'est une dure journée qui m'attend.
Allez. Vous êtes un misérable.
Vous verrais-je après-demain ? Il y aura des tables de jeu.
C'est pour me décider que vous dites ça ?
Oui. N'avez-vous pas tous les défauts du monde ?
Ma chérie, tu aimes mal ce garçon.
Veux-tu dire que je ne l'aime pas assez ?
Tu l'aimes trop et trop visiblement.
Les cœurs ne brûlent bien que dans l'inquiétude.
Le mien brûle pour deux.
Mon ange ! Esther, mon amour!
Tu es là, Lucien !
♪ ai eu si peur que tu ne puisses venir.
Si peur!
Depuis mon arrivée, je guette ton signal.
Pendant quelques minutes, ma vie aura tenu dans un bouquet.
Mon ange.
Nous ne pourrons pas rester ici. 20 personnes m'ont déjà reconnu.
♪ ai dû sourire, me défendre, mentir,
perdre des minutes que je te réservais.
Il va falloir nous séparer. Déjà ?
Nous nous retrouverons chez toi.
Alors de quoi veux-tu que je me plaigne ?
À tout à l'heure.
- Monsieur de Rastignac ?
Que me voulez-vous ? Vous parler en ami.
Vous avez l'amitié déplaisante.
Ma voix ne vous rappelle rien ? Et mon visage ?
Vautrin ? Vous êtes donc sorti du bagne ?
Oui. Juste pour vous recommander un de mes amis.
De qui s'agit-il ? Le marquis de Rubempré.
♪ aimerais que vous l'aimiez. ♪ aime qui me plaît.
Faites que ça vous plaise. Sinon ?
Je n'ai pas oublié a quelle manœuvre vous devez votre place dans le monde.
M. de Rubempré sera de mes amis.
M. le marquis de Rubempré.
Je tiens à la nuance. Elle me coûte cher.
Au revoir.
An-
Mademoiselle, je suis confus.
Excusez-moi.
Comment ai-je pu être aussi maladroit?
Voulez-vous... C'est un accident sans importance.
Mademoiselle...
Tenez.
♪ ai déchiré la robe de la plus jolie femme de ce bal.
Je sens qu'il me faudra une vie entière pour me faire pardonner.
♪ aime mieux vous pardonner tout de suite.
Mais, mademoiselle...
Voilà une robe qui aurait pu vous coûter cher.
Pourquoi ? Vous connaissez cette beauté ?
Je n'ai pas grand mérite.
C'est la belle Esther. Elle est au 15, rue de Langlade.
Frappez avec une pièce d'or.
Une fille ? Galante, baron.
Galante, mais vénale.
Je suis riche et elle est belle.
Ce n'est pas la 1re jolie femme que vous voyez.
Non, mais c'est la première qui me regarde, Rastignac.
Au revoir, Nucingen.
Hep ! Vous avez bien dit 15, rue de Langlade ?
Merci, mon ami.
Mon ange, que tu es maladroit.
À cette heure-la, une cravate mal nouée n'a aucune importance.
Et mon amour-propre, qu'en fais-tu ?
Je veux que tu sois le plus beau.
Même si nous ne sommes que la nuit et moi à te regarder.
Sais-tu que c'est de l'orgueil ?
Je ne suis orgueilleuse que de t'appartenir.
Je me demande si une joie comme la mienne n'est pas un défi au ciel.
Six mois de bonheur. Qu'ai-je donc fait pour les mériter ?
Le bonheur et le mérite sont deux seigneurs
qui ne se fréquentent guère.
À demain, mon amour.
Je vais compter les heures qui nous séparent.
Les heures, les jours, ta vie mondaine,
Mme de Sérisy qu'on dit si belle,
Clotilde de Grandlieu et quelques autres.
Tu les envies ?
Je les plains, puisque c'est moi que tu aimes.
À demain.
À demain.
An-
Tiens, mon ange. Les voilà.
Qui êtes-vous ? L'abbé don Carlos Herrera.
Je vois qu'il vous a parlé de moi.
Les jeunes gens n'ont pas de secrets pour leurs amoureuses.
Il vous aime, n'est-ce pas ?
Il me l'a dit.
Mon bonheur est de le croire.
Un amour partagé, n'est-ce pas ?
Question inutile, mon père.
Depuis 6 mois, nous ne vivons que l'un pour l'autre.
Tout cela est très bon. Sait-il ce que vous êtes ?
Ce que j'étais, oui.
Il sait aussi ce que je suis devenue pour lui :
une femme neuve et propre.
Je n'en doute pas, mais l'amour est un sentiment fragile.
Je ne crois pas, mon père. Rien ne pourra nous séparer.
Rien.
Même s'il se tuait ? Pourquoi se tuerait-il ?
Il est heureux. Pourquoi est-il heureux ?
Je l'ai mis sur le chemin de la fortune.
Et moi, sur celui du bonheur.
Un autre s'en contenterait peut-être. Pas lui.
C'est un ambitieux, vous le savez bien.
Que la réussite lui échappe, et il est perdu.
Ce n'est pas votre amour qui le sauvera.
Allons, allons.
Les larmes n'ont jamais rien arrangé.
Il faut savoir s'incliner devant l'inévitable, mon enfant.
Soit, Lucien vous aime et vous l'aimez.
Mais admettez que j'ai des droits sur lui.
Ma vie n'est faite que de la sienne. En le prenant, vous me prenez tout.
Qui parle de tout vous prendre ?
Je ne demande pour moi que sa vie mondaine, son avenir.
À vous, tout le reste.
Mais il faudra m'obéir, dans son propre intérêt.
Acceptez-vous ? Donnez-moi vos ordres.
♪ obéirai puisque je le garde.
C'est bien, mon enfant. Vous voici raisonnable.
La jeunesse !
Monseigneur aime la musique ?
Assez pour ne pas supporter qu'on l'écorche devant moi.
Sorti a 9 h. Il est allé a l'ambassade d'Espagne.
Il a été raccompagné à la porte par le 1er conseiller
qui paraissait le tenir en grande considération.
Ton impression ? On s'est trompés.
C'est bien Carlos Herrera. C'est Vautrin !
Il a réussi a rouler l'ambassade d'Espagne,
moi, il ne me roulera pas.
Je le rendrai au garde-chiourme.
Déjà de retour, Lucien ?
Je te croyais aux Champs-Élysées. Il faut que je vous parle.
Je sais.
Alors ? Je t'écoute.
Il t'est si difficile de m'avouer que tu reviens de chez Esther ?
Tu n'as pas trouvé l'oiseau au nid ?
Quoi?
Tu es au courant? Tu nous as vus à l'Opéra.
Où est-elle ?
Là où je l'ai mise.
Cette femme a été entre nous ce qui n'aurait jamais dû être :
un mensonge et un secret.
Quand je t'ouvre les salons de Grandlieu,
ce n'est pas pour que tu ailles te vautrer dans les ruisseaux.
Rends-la-moi. Je l'aime. Veux-tu donc que je meure ?
Non. Je veux que tu vives,
mais de la vie qu'il te faut.
Et si j'en ai choisi une autre, moi?
Je vois qu'il te faut la vérité.
Je te préviens, elle est aussi dure qu'un coup de bâton.
Nous avons 60000 F de dettes.
Et je ne parle pas des 600000 qu'il te faut pour épouser Clotilde.
Ce n'est pas tout. Viens.
Tu vois cet homme, là ?
C'est la plus têtue des mules de M. de Granville,
procureur du roi.
La police ? Ils savent donc ?
Ils se doutent.
Cet imbécile a flairé le bagnard sous le prêtre.
Nous sommes perdus !
Non.
Si tu m'obéis comme il faut que tu obéisses.
Ne regarde plus derrière toi.
Il y va de ta fortune et de notre salut.
Et Esther ? Je te dirai où elle est.
Tu la verras ce soir.
Elle ne risque rien puisque tu l'aimes.
Merci. J'obéirai.
An-
- Hep, cocher!
Je vous en prie. Profitez de ma voiture.
Ça vous évitera d'en payer une autre pour me suivre.
Monsieur... Monsieur l'abbé. Montez donc.
Nous allons d'ailleurs au même endroit.
Cocher, au Palais de justice.
Vous m'accablez de rapports au sujet de cet abbé Carlos Herrera
dans lequel vous prétendez avoir reconnu Vautrin.
Ce ne sont pas des pressentiments que j'attends, mais des preuves.
Démasquez-le ou laissez-moi tranquille.
Ce n'est pas facile, monsieur. Il est très fort.
On vous paie pour être plus fort. Entrez.
L'agent Contenson
demande audience. C'est un de mes hommes.
Il est sur cette affaire. Il apporte des nouvelles.
- Qu'il entre.
- Du nouveau ? Et notre homme ?
Il est là. Tu l'as amené ? Bravo.
Ce n'est pas moi qui l'ai amené, c'est lui.
Et que veut-il ?
M. l'abbé don Carlos Herrera,
chanoine honoraire de la cathédrale de Tolède
et envoyé de Sa Majesté Ferdinand VII,
roi de toutes les Espagnes,
sollicite la faveur d'un entretien avec M. le procureur général.
Fort bien. Laissez-moi seul avec lui.
Vous avez manifesté le désir de me voir, M. l'abbé.
En quoi puis-je vous servir ?
Monsieur le procureur, je suis ici pour le repos de mon âme,
que vous êtes en train de compromettre gravement.
Moi, monsieur l'abbé ? Expliquez-vous.
À force d'entourer mon humble personne de tant de sollicitude,
vous risquez de me faire commettre
le péché d'orgueil. ♪ en serais désolé.
Mais je ne comprends pas.
De quoi voulez-vous parler ?
De ce garde du corps que vous avez attaché à mes pas.
Un homme qui pourrait servir à des besognes plus utiles.
Il y a tant de malfaiteurs.
Parfait.
Je n'avais d'autre souci que de protéger votre personne.
Mais si ce n'est pas de votre goût...
♪ ai un ange gardien, monsieur le procureur.
Fort bien.
Le chef de la Sûreté recevra dès ce soir les ordres nécessaires.
♪ ai pensé un moment que la police se méfiait de moi.
Rien d'étonnant en cela, d'ailleurs.
Il est tellement facile de se prétendre envoyé de la Cour.
Jetez tout de même un coup d'œil sur mes lettres de créance.
Pour me faire plaisir.
Ce sont mes papiers personnels.
Cet abbé doit être long à confesser.
Sois sans crainte.
Le procureur est capable de tirer des aveux d'un tas de cailloux.
Merci de votre obligeance, monsieur le procureur.
Elle vous est toute acquise, monsieur l'abbé.
Il les bénit en latin.
De l'eau fraîche !
De l'eau fraîche !
Qui veut de l'eau fraîche ? Vous voyez bien que je suis occupée.
80, 90. Rien que ça ?
C'est un vrai diamant. Il vaut 10 fois ça.
Il sera donc 10 fois plus facile de me rembourser. Allez l
Bonjour, mon grand. Bonjour, Asie.
Les autres sont là-haut.
Alors, on ne dit plus bonjour ?
Je suis heureuse de vous revoir.
Du travail pour moi? Oui, mon Europe.
Du fin et du difficile.
♪ aime pas les choses toutes faites.
Bonjour, Paccart. Quoi de neuf ?
Fil-à-soie vient de terminer son temps.
Il réclame son argent. 7000 F.
Il les réclame ou il les demande ?
Il sera payé dans 15 jours. Asseyez-vous.
Je vous ai trouvé une situation.
Vous entrez au service de Mme Esther Van Gobseck.
Drôle de nom, et drôle d'idée. Qui va s'occuper du magasin ?
La Providence. Je suis bien avec elle.
Tu seras cuisinière là-bas.
Et moi ? Sa femme de chambre.
Tu écouteras aux portes. Et moi ?
Son cocher.
Dans le quartier, dites qu'elle est étrangère et sans fortune.
Juste de quoi vivre. Je raconterai qu'elle est avare.
Voilà.
Le jour, elle restera chez elle. La nuit, elle sortira
en calèche.
Son médecin recommande les clairs de lune.
Exactement.
Personne n'entre chez elle, sauf Lucien de Rubempré.
- Il lui servira de promenade. Compris, mon grand.
- C'est tout.
Asie vous transmettra mes ordres, s'il y a lieu.
Et soyez de bons domestiques. Au revoir.
Aux ordres de Mlle Esther. Et aux miens.
Qu'est-ce que tu as
derrière la tête ? ♪ ai pas un sou en poche.
Il me faut 600000 F.
Fichtre !
On ne trouve pas ça sous le pied d'un cheval.
T'as des idées ?
Une seule, mais elle est bonne.
Nucingen est amoureux de la petite. "Nucingen" ?
Mais c'est un pot à millions l Une vraie tirelire.
Alors ?
Alors il fera le poisson,
Esther fera l'hameçon
et Lucien mangera la friture.
Tu te donnes beaucoup de mal pour ce garçon, Jacques.
Beaucoup.
Il me rappelle mes ambitions déçues,
ma jeunesse ratée.
Avec lui, il me semble que je recommence.
Au fond, t'es un brave homme, Jacques.
Un brave homme qui sort du bagne.
Piano.
An-
Florine, vous jouez à merveille.
M. Schubert a décidément bien du talent.
M. Schubert a peut-être du talent, mais pas cette chère Florine.
Va donc rejoindre ton beau Lucien.
Ne te moque pas de moi, Diane. Il est si jeune, il est si beau.
Toi, tu n'as pas aimé, autrefois ?
"Autrefois" ? Insolente.
Voilà un mot qu'on ne dit pas à propos d'une femme.
Va.
Avez-vous la couleur ? Non. Merci.
Huit points et trois honneurs.
Je fais le reste.
Les dieux du whist sont contre moi. Prenez ma place, Rastignac.
À vous de faire le ménage.
Notre ami Lucien va jouer aux proverbes :
"Malheureux au jeu..."
À vous.
Sais-tu que c'est plein de voleurs, chez toi ?
Ils t'ont pris quelque chose ? Ta présence, tes sourires...
C'est insupportable. ♪ en supporte d'autres !
Toutes les femmes ici sont amoureuses de toi.
Tu as vu comment Mme d'Espard te regarde ?
Oublie-la. Je l'ai bien oubliée, moi.
Tu dis ça pour me rassurer.
Tu oublies trop vite. Tout, sauf toi.
Tu es divine. Tu es un démon.
Je suis perdue d'avance. - Mlle Clotilde de Grandlieu.
Allons, va. Ne la fais pas attendre.
Elle a l'air d'une noyée qui cherche une planche.
Je t'adore.
Bonjour, Clotilde. Bonjour, ma chérie.
'Oh, je te laisse. A tout à l'heure.
Je suis en retard, Lucien.
Dites-moi que vous avez été inquiet. Bien sûr.
Vous êtes ma seule inquiétude.
Avez-vous parlé à votre père ? Oui.
Hélas, d'autres aussi lui ont parlé.
M'a-t-on bien piétiné, bien sali ?
On lui a parlé de plus de 100000 F de dettes.
On dit que vous risquez la prison.
Calomnies stupides ! Qui a dit cela ?
Mme d'Espard. "Mme d'Espard" ?
Voyez comment elle nous regarde.
Qu'avez-vous donc fait à cette femme ?
Elle vous hait. Depuis que je ne veux plus l'aimer.
Voilà des choses qu'un gentilhomme ne dit pas.
Reprenez confiance.
Achetez les terres de Rubempré et oubliez tout le reste.
Le mari de Clotilde de Grandlieu n'aura pas d'ennemi.
- Monsieur de Rastignac ?
Monsieur de Rastignac, montez. ♪ ai à vous parler.
Que me voulez-vous ? Comment va ce cher Nucingen ?
Depuis quand vous intéressez-vous à lui ?
Je vous demande, moi, depuis quand vous vous intéressez à sa femme ?
Le baron va très mal.
Il ne dort plus, ne mange plus, néglige ses affaires.
Bref, il est amoureux.
Vous devinez tout. Tout.
Je devine même que ce gros imbécile va retrouver la belle Esther.
Il donnerait une fortune pour savoir où elle est.
Mais nous l'espérons bien, mon ami.
Nous l'espérons bien.
Au fait, où puis-je vous déposer ? Chez moi.
Cocher, 7 rue d'Artois.
An-
Bonjour.
On m'a dit que je trouverais ici une Mme de Saint-Estève.
C'est moi, monsieur le baron.
Vous me connaissez ?
Je connais tous les riches de Paris. C'est le métier qui veut ça.
Alors, il paraît qu'on s'intéresse à notre jolie Esther ?
Où est-elle ? M. de Rastignac m'a affirmé...
Entre ce que M. de Rastignac t'a dit et ce que je peux te dire,
il y a un fossé, mon petit père.
Un fossé de 50000 F. Fais d'abord voir comment tu sautes.
Vous voulez de l'argent?
Ben, quoi? Je veux mon argent. Celui que j'ai prêté à ta passion,
si tu préfères.
Vous lui avez prêté 50000 F, vous ? Non, non, non.
25000.
25 pour 50, bien entendu.
Tu dois comprendre ça, toi qui es banquier.
Va pour 50000.
Je vais te faire un billet sur ma banque.
N'oubliez pas l'argenterie,
pendant que vous y êtes. "L'argenterie" ?
Il faut aussi de l'argenterie ? Il en a fallu.
De la belle. C'est moi qui la lui ai fourguée.
C'est un peu farceur, un cœur de 20 ans.
Ça aime flamber.
Combien avec l'argenterie ? 80000, tout rond.
Je suis trop grande dame pour t'ennuyer avec les centimes.
Et si je lâche 80000, je la verrai?
Pas encore.
À cause des rideaux. "Les rideaux" ?
Les siens.
Des rideaux qu'elle a choisis. Magnifiques.
Tu verras.
Ajoute 20000 F, et elle est dans tes bras.
Mais ça fait 100000 F en tout. C'est un vol.
Est-ce qu'elle m'aimera, au moins ?
T'es pas beau, t'es un peu gros, t'es un peu bêta,
mais t'es assez riche pour t'acheter un semblant d'amour.
An-
Merci, mon mignon. Si Monsieur veut bien monter.
An-
Voilà.
Mais où est-elle ? Ce monsieur va vous le dire.
Qui êtes-vous ? L'homme de confiance
et le cocher de la personne qui intéresse Monsieur.
Veux-tu me la montrer ? Cette nuit même.
"Cette nuit même" ? Cette nuit même.
Tiens.
Voilà pour toi, mon garçon.
Je remercie monsieur le baron,
mais je gagne déjà largement ma vie.
Tu es un honnête homme.
Bravo.
♪ ai 1000 F par an. C'est une bonne place.
Je veux bien courir le risque de la perdre pour vous être agréable,
mais il me faut 50 ans pour trouver la pareille.
Que Monsieur fasse le compte.
Quel compte ? 50 ans à 1000 F par an,
ça fait 50000 F.
Monsieur le baron comprendra...
50000 F!
C'est une escroquerie !
On m'en a déjà pris 100000, pour une fille.
C'est un peu cher tout de même.
Monsieur le baron est meilleur juge que moi.
Et si ta maîtresse refusait de me recevoir ?
Mademoiselle est bien trop honnête
pour ne pas reconnaître les mérites de Monsieur.
Cette nuit pourrait être une belle nuit,
si Monsieur voulait bien me faire confiance.
Cette nuit ?
Soit. Je paie.
Où la verrai-je ?
À minuit, au lieu-dit "Les Trois Chemins"
dans le bois de Fausses-Reposes.
Monsieur le baron verra si je mens.
Donne-moi de quoi écrire.
Il frappe.
On frappe.
- Mademoiselle ? C'est Lucien ?
Lucien ne viendra pas ce soir.
Pourquoi ?
Il lui est arrivé quelque chose ?
Oui, un ordre. Un conseil que je lui ai donné.
Une séparation provisoire m'a paru nécessaire.
Et il a accepté ? Difficilement, soyez heureuse.
Il m'a même dit des choses désagréables pour moi,
donc flatteuses pour vous.
Quel mal allez-vous
nous faire encore ? Vous croyez que je veux lui en faire ?
Vous vous trompez. Je l'aime autant que vous l'aimez.
Impossible. Je donnerais ma vie pour lui.
La belle affaire !
Donnez-lui plutôt votre intelligence. Faites son bonheur.
Je suis son bonheur et il est le mien.
Nous n'en voulons pas plus.
Vous êtes bien une femme.
Vous ne voyez pas plus loin que votre lit.
Ça lui prépare une belle carrière.
♪ ai décidé qu'il serait mon chef-d'œuvre.
Et si j'en meurs ?
C'est étonnant, cette manie qu'ont les femmes de vouloir mourir.
Ça serait plus facile que de vivre sans lui.
Soyez raisonnable.
Nous lui sommes nécessaires.
Lucien est dans une situation très grave.
Voulez-vous que nous le sauvions ? À quoi bon cette question ?
Alors signez-moi simplement ces papiers.
- Des reconnaissances de dettes ? Qu'est-ce que cela signifie ?
- Que vous devez 150000 F au baron de Paccart.
À mon cocher ?
Je l'ai fait cocher, je peux bien le faire baron.
Allons, signez.
Signez.
Il faut que Paccart obtienne un jugement contre vous.
Mais qui paiera ? L'amour.
Celui que vous avez inspiré
au baron de Nucingen. Qui est-ce ?
Hein ? Qui est-ce ?
Le gentilhomme le moins noble, mais le plus riche de Paris.
Je ne connais pas cet homme. C'est bien ce qui le désole.
Mais vous ferez sa connaissance d'ici 2 ou 3 jours.
Il rêve de se ruiner pour vous. Quoi?
Je n'accepterai pas... Il le faut.
C'est le seul moyen de sauver Lucien de la prison.
Je le sauverai.
Je savais bien que mon amour était une maladie mortelle.
Surtout qu'il n'en sache jamais rien.
Cela équivaudrait à lui tirer une balle dans la tête.
Bonsoir.
An-
Quelle heure, Georges ? Minuit, monsieur.
Mais je ne vois personne.
Un rendez-vous à minuit, en plein bois.
Il faut que je sois fou ! Elle ne viendra peut-être pas.
Vous ne devriez pas vous attarder ici.
Tais-toi !
Je vois que Monsieur le baron a eu confiance.
Si Monsieur le baron veut bien me suivre.
Que Monsieur le baron regarde.
- Oh, mon Dieu l Quelle merveille!
Mais laisse-moi passer.
Monsieur le baron plaisante ? Mais non !
Je veux aller lui parler.
Impossible, monsieur le baron. Tu oses ?
Dans l'intérêt de Monsieur le baron.
Mademoiselle ne supporterait pas qu'un inconnu lui saute dessus.
Il faut du temps. "Du temps" !
Voleur ! Tu m'avais promis.
Que cette nuit serait une belle nuit.
Monsieur le baron ne vient-il pas d'apercevoir la femme qu'il aime ?
On attrape pas les hirondelles en tirant des coups de pistolet.
Que Monsieur ait trois jours de patience,
et c'est dans une chambre qu'on le recevra.
Dans sa chambre ? Et dans 3 jours.
Un billet fixera Monsieur le baron.
Trois jours.
An-
Sonnette.
An-
Par ici, monsieur le baron.
Bel appartement, ma foi.
La maîtresse est mieux logée que ma femme.
Chaque bijou doit avoir son écrin.
Tout ici est choisi pour servir la beauté de Mademoiselle.
Les meubles, l'argenterie,
les rideaux... Je sais, je sais !
Où est ta maîtresse ? Lui a-t-on parlé de moi ?
Longuement, monsieur le baron.
Ça n'a pas été tout seul. Elle ne voulait rien entendre.
Mais j'ai fait ressortir les mérites de Monsieur le baron, sa fortune.
Je suis le plus gros banquier de Paris.
"Le plus gros", oui...
C'est ce qui déplaisait à Mademoiselle.
Elle n'aime pas les gros.
Enfin, Mademoiselle m'a laissée décider si Monsieur
pouvait lui plaire ou pas. Et alors ?
Que décides-tu ?
Vous me voyez bien hésitante.
Si je me trompe, je perds ma place. Une place qui vaut 1000 F l'an.
Il me faut 10 ans pour trouver la pareille.
Mais alors toi aussi ? Vous êtes tous des voleurs !
C'est du chantage ! Je refuse de payer.
Dommage.
Voilà la porte qui mettra Monsieur à deux doigts de son bonheur.
- Soit. Nous disons donc 10000.
- 20000, monsieur le baron.
10000 pour ma place, 10000 pour ma conscience.
- Coquine !
On frappe.
- Monsieur le baron de Nucingen.
Mademoiselle, vous avez devant vous le plus heureux des hommes
puisqu'il vous approche.
Et le plus malheureux car il vous voit pleurer.
Ne vous inquiétez pas de mes larmes.
Ce n'est pas de vous qu'elles viennent, ni à vous qu'elles vont.
Vous êtes donc malheureuse ?
Laissez-moi une place dans votre vie.
Je ferai de vous la femme la plus enviée
de Paris.
Venez.
Venez vous asseoir près de moi.
Là.
Je vous aime, Esther.
On peut donc aimer ce qu'on achète ?
Je n'ai fait que payer vos dettes. En avez-vous d'autres ?
Je les paierai encore.
Je ne vous demande qu'une chose : permettez-moi de rester près de vous-.
Voilà un joli programme, monsieur le baron,
mais je le trouve un peu brusque.
Froisse-t-on ainsi la robe d'une femme après 5 minutes de cour ?
Buvons d'abord à votre santé.
Chaque chose en son temps.
Vous êtes charmante, mon enfant.
Votre "enfant" ?
Je veux bien, mais alors aimez-moi comme un père.
Pas comme un père, tout de même.
Attention, attention. Buvez, buvez.
Venez vous asseoir près de moi. Tout à l'heure.
Aux amours de Monsieur le baron de Nucingen.
Oui, ma vieille, je suis nerveux.
Je joue le tout pour le tout.
Les cartes sont truquées, et tes adversaires sont borgnes.
Heureusement.
Demain, tu iras a la banque toucher le billet du baron.
Si la petite sait jouer sa partie,
Lucien épousera Clotilde.
♪ enverrai un faire-part à cet imbécile de Contenson.
Alors ? Tout va bien, patron.
Le grand-père est dans la chambre de Mademoiselle.
L'amour le rend tellement idiot, que j'ai pu lui prendre 20000 F.
Il a le portefeuille congestionné. Une saignée ne lui fera pas de mal.
Rires.
An-
Cette fois, je te tiens.
Ah, je te tiens. Tu es une terrible petite fille.
Oh, le méchant qui ne veut pas boire a ma santé.
Je me sens... Je me sens...
Je me sens un peu malade.
Ne me quitte pas, mon trésor.
Ne me quitte pas, mon petit cœur.
Du calme, du calme.
Reposez-vous quelques minutes. Fermez les yeux.
N'avez-vous pas toute la nuit devant vous ?
Vous pouvez aller faire votre rapport.
Est-ce comme ça qu'on retient un brave homme qui a payé nos dettes ?
Taisez-vous !
Mademoiselle
est bien maladroite et bien fière.
On lui trouve un millionnaire, et elle fait la fine bouche.
Sortez !
Éclats de voix.
An-
Par ici, messieurs.
Que signifie...
Vous êtes bien Mlle Esther Gobseck ?
Oui, mais... Maître Dherville,
huissier du tribunal de Paris,
agissant en vertu d'un jugement obtenu contre vous
par le baron de Paccart à qui vous devez 150000 F.
Je viens saisir vos meubles. Mes meubles ?
Reconnaissez-vous ces effets ?
Est-ce bien là votre signature ?
Oui, mais... Êtes-vous en état de payer ?
Non.
Allez.
Mademoiselle, je suis Louchard, garde du commerce.
Le baron de Paccart ayant déposé plainte,
je vous arrête pour défaut de paiement.
- Qu'est-ce que vous faites là ?
Ils viennent saisir les meubles de Mademoiselle
et la jeter en prison.
Sauvez-la, monsieur le baron !
Comment? Encore des dettes ?
Montrez-moi le jugement et les effets.
Ouais...
Ça me paraît régulier. Pour qui me prenez-vous ?
Monsieur est peut-être disposé à payer.
150000 F...
On peut discuter, que diable.
On paie ou on laisse faire la justice.
Mademoiselle,
cet homme vous laissera aller en prison pour 150000 F.
Prenez mes économies.
Mais taisez-vous, coquine !
Je sais que trop d'où viennent vos 20000 F d'économie.
Je paie.
On accepte le paiement qu'en espèces. C'est exact.
Je suis le baron de Nucingen, messieurs.
- Mais cela change tout.
La signature de Monsieur le baron suffira.
Pardon.
Merci, monsieur le baron. En route.
Par ici, messieurs.
Allons. Allons, mon trésor.
Plus de tristesse. Vous avez fait des folies.
Comme toutes les jolies femmes, voilà tout.
Allez-vous-en !
Ah non, par exemple !
Tu me coûtes déjà plus de 300000 F.
Sois raisonnable, mon trésor. Je vous dis de me lâcher.
Lâcher, lâcher... Je ne fais que ça depuis 4 jours.
Maintenant, je tiens et je garde.
Brute !
- Catin !
Sale voleuse !
Ah, c'est ainsi ?
♪ aurais craché 320000 F pour recevoir une gifle ?
Eh bien, non !
Tu auras d'ici peu des nouvelles du baron de Nucingen !
- Joli travail, mon enfant.
Félicitations.
Si ce Iourdaud se fâche, Lucien est perdu.
Il ira droit au bagne.
C'était au-dessus de mes forces. Je n'ai pas pu.
Je n'ai pas pu. Je ne pourrai jamais.
Parfait.
Ainsi ce grand amour n'aura servi qu'a le perdre un peu plus vite.
Bravo.
♪ aime Lucien, et vous me demandez d'en aimer un autre.
Quelle est la femme qui pourrait vous obéir ?
Aucune, sans doute.
Tant pis. Il est assez jeune pour supporter quelques années de prison.
Non, pas lui ! Je ne veux pas !
Alors ?
Il suffit d'un geste de vous pour lui donner la vie ou la mort.
Dites-moi ce qu'il faut faire.
♪ aurai la force de ne pas me défendre.
Écrivez un mot gentil au baron. Il reviendra.
Cet homme n'a pas la mémoire des gifles.
Ce sera la fin de mon amour.
Vous mériteriez d'être heureuse. La vie est mal faite, mon petit.
Je vous demande un dernier effort de 300000 F.
Après, vous aurez le droit de gifler tous les barons du monde.
Courage ! Nous tenons 320000 F.
La moitié de ton marquisat. D'où vient l'argent ?
Ce n'est pas le chemin qui compte, mais l'auberge qui est au bout.
Oui?
Que Monsieur le marquis m'excuse, un homme demande
à voir Monsieur. A-t-il dit son nom ?
Il a dit que c'était inutile. Mais il insiste.
Au diable. Je suis pressé. Non, reçois-le.
S'il cache son nom, c'est qu'il a autre chose à dire.
- Vous désirez quelque chose ?
Oui, monsieur le marquis. 100000 F.
C'est beaucoup.
Et à quel titre, je vous prie ?
Au titre de la discrétion.
Vous vendez la vôtre, monsieur le mouchard ?
Aux connaisseurs seulement, monsieur le marquis.
Je me demande à quelle porte
ce cher abbé a collé son oreille,
mais c'est sans intérêt.
Parlons affaires.
Vous comptez épouser Mlle de Grandlieu
en vous procurant 600000 F, monsieur le marquis.
Erreur de calcul.
Il vous faudra 100000 de plus. Sinon ?
Sinon, je bavarde.
Je dis au duc ce que je sais,
et j'en sais suffisamment
pour le dégoûter des marquis de votre espèce.
De deux choses l'une :
ou vous ne savez rien et je ne vous donnerai rien,
ou vous savez quelque chose,
et si je vous donne cet argent, vous me ferez chanter indéfiniment.
La jeunesse a souvent la langue plus rapide que le cerveau.
Réfléchissez, monsieur le marquis.
Je vais descendre votre escalier tout doucement.
Peut-être l'idée vous viendra-t-elle de me rappeler avant que je sorte.
Certainement pas.
Alors vous êtes perdu, monsieur de Rubempré.
Eh bien ? Tu as entendu ?
Cet homme va nous livrer. Non, je ne crois pas.
Pourquoi donner un renseignement qu'il espère encore vendre ?
Il faut le gagner de vitesse.
Cours chez les Grandlieu et fais ta demande dès ce soir.
Mme de Sérisy m'attend à l'opéra. Tu la rejoindras plus tard.
Et Esther, quand pourrai-je la revoir ?
Pourquoi nous imposer cette séparation ? Où est-elle ?
Je me moque de cette fille.
Quand le feu est au château, on ne court pas aux écuries.
An-
Eh bien ? Je regrette, il n'y a personne.
Comment? Que dis-tu ? Il n'y a personne.
Es-tu fou ?
Je répète à Monsieur qu'il n'y a personne.
Il n'y a personne pour Monsieur le marquis de Rubempré.
- Lucien ?
Lucien.
Clotilde, que signifie... Venez.
Mon père a donné des ordres pour qu'on vous interdise sa porte.
Pourquoi ?
Un policier vient de lui parler.
Contenson !
Il a porté sur vous un jugement ignoble.
Il a dit que vous tiriez votre argent du lit de votre maîtresse.
Le misérable ! Et votre père l'a cru ?
Je ne crois que vous.
Je sais que vous êtes un homme propre.
Justifiez-vous de toutes ces infamies, je vous en prie.
Vous le ferez, n'est-ce pas ? Je vous le jure.
Mon père exige que je parte de Paris.
♪ obéirai, mais pas avant de vous avoir revu.
Soyez demain vers 8 h a l'entrée de la forêt de Fontainebleau,
au carrefour de Bellecroix. Vous connaissez ?
Et maintenant, partez. Partez vite.
A demain, Clotilde. À demain.
An-
Esther...
Esther, mon trésor, regardez-moi.
Pourquoi êtes-vous si méchante ? "Méchante", moi ?
Allons donc. Je vous soigne. Quand on est sujet à la congestion,
on ne courtise pas une femme après les repas.
Est-ce que je ne suis pas gentil ? ♪ ai payé vos dettes.
Est-ce que je ne porte pas bien votre livrée ?
Nous formons un beau couple.
Une fille et un voleur : rien ne s'accorde mieux.
An-
Je t'attends depuis une demi-heure.
♪ avais autre chose à faire.
Vous êtes bien mal léché, ce soir.
L'exactitude n'est pas seulement la politesse des rois.
Qu'est-ce qui vous prend ? Vous êtes fou ?
Vous m'avez pourtant écrit de revenir.
Avec 300000 F. Où sont-ils ?
Si je vous les apporte,
que m'accorderez-vous en échange ?
Vous comprenez ce que je veux dire ? Oui.
Alors, donnant donnant ?
Oui.
Je fais faire porter un ordre chez mon caissier.
Lucien ! Je n'ai qu'un mot à te dire.
Adieu ! "Adieu" ?
Je te laisse à ta nouvelle conquête.
Félicitations ! C'est ce qu'il te faut.
Tu ne mérites pas autre chose. Tu n'es qu'une fille.
Lucien, tais-toi. Ose donc nier.
Je l'ai vu se pencher sur toi. Je t'ai vue sourire.
Est-ce que je mens ? Ne lui appartiens-tu pas ?
Lucien, tu es en train de te perdre. ♪ ai tout perdu !
Esther, mon trésor ! Mais vous pleurez ?
Pourquoi ? Pour rien.
Venez, allons-nous-en.
An-
- Allons, souriez. Qui vous a fait du mal?
Si c'est une femme, elle en mourra de jalousie.
Si c'est un homme, je mettrai entre vous tant de richesses
que vous l'oublierez. Je ne veux pas.
Ce serait le perdre encore.
Cloche.
Ah ! Ce doit être mon caissier.
Monsieur le baron a enfin appris à parler aux femmes !
Taisez-vous, coquine.
Merci, mon ami. À vos ordres, monsieur.
Par ici, monsieur.
Mademoiselle.
À bientôt, j'espère.
Esther, cet argent est à toi.
♪ ai tenu parole.
Marché conclu, monsieur le baron.
Dans 10 minutes, poussez la porte de ma chambre.
Laissez-moi ce dernier délai. C'est pour me faire belle.
An-
On frappe.
Entrez.
Que voulez-vous ? Doucement, doucement.
Votre marquis est là. Il veut vous voir.
Je sais ce que c'est que l'amour. Mais faites vite.
Pourquoi es-tu venu ? Je voulais te revoir.
Dis-moi que je me suis trompé, que j'ai été injuste, cruel.
Dis-moi que ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai.
Esther !
Et maintenant, va-t'en. Ne me pose pas de questions.
Demain, je serai libre et rien ne pourra plus m'atteindre.
Va, mon ange. Va.
À demain, mon amour.
Oui.
Demain.
An-
Esther ?
Esther !
Au secours !
Au secours !
Au secours !
Regardez.
Qu'est-ce que c'est?
Morte.
"Morte" ?
Mes 300000 F !
Où sont mes... Où sont mes 300000 F ?
On m'a volé mon argent.
On m'a volé mon argent !
On m'a volé mon argent !
Au voleur ! Au meurtre !
Doucement ! Monsieur le baron, pas de scandale.
Voyons, du calme. Il faut réfléchir.
Je veux mon argent.
Vilaine histoire pour nous. Lâche-moi, vieille sorcière.
Je veux mon argent. Qu'on me rende mes 300000 F.
- Du calme. On te le rendra, ton argent.
Belle occasion de filer.
- Mes 300000 F !
Sauve-toi. Tout est perdu.
Voilà la police. Pourquoi ?
Que s'est-il passé ? La petite s'est tuée.
♪ avais pas prévu ça.
Sauve-toi. Il y a un cadavre. Ils te tiennent.
Paccart et Europe se sont enfuis comme des rats.
Les charognes !
On monte l'escalier.
On frappe à la porte.
Ouvrez au nom du roi.
Ne bouge plus ou je tire.
Pardonnez-leur, mon Dieu, ils ne savent plus ce qu'ils font.
An-
Merci de vous être arrêtée. En avez-vous douté ?
Je suis accompagnée, ne restons pas ici.
Je vous jure de n'être que votre femme.
♪ aime mieux croire en vous qu'en la parole de mon père.
Il m'a pourtant juré que vous étiez un malhonnête homme.
Vous valez mieux que moi, Clotilde.
Je vous aime mieux que vous ne m'aimez.
Je dois, maintenant, reprendre ma route.
Courage.
Qu'est-ce que c'est?
Vous êtes bien Lucien Chardon ?
Oui. Pourquoi? Au nom du roi, je vous arrête.
Ouvrez un peu la fenêtre, on manque d'air.
On frappe à la porte. Oui ?
Déjà prêt, M. Camusot ?
Il m'arrive une chose... Laissez-nous, Amélie.
...une chose extraordinaire.
Vraiment? Vous m'en voyez bouleversée.
Cette affaire Vautrin-Rubempré sera la cause de notre fortune.
Je me félicite d'en avoir été chargé.
Devinez ce qui m'arrive ? Dites-le.
Mme de Maufrigneuse me prie de passer chez elle des ce matin.
Elle s'intéresse à ce procès. Savez-vous
qui elle est ? Une duchesse.
Peu importe. C'est surtout l'amie de Mme de Sérisy.
Savez-vous qui est Mme de Sérisy ?
Une comtesse.
Vous ne comprenez rien.
Mme de Sérisy est la cousine du procureur général du roi,
dont dépend mon avancement. Voyez-vous plus clair ?
Mieux encore, monsieur mon mari, je vous découvre.
Le goût de l'intrigue vient tard, mais rien n'est perdu.
Vous pouvez mettre les bouchées doubles.
Je le crois, mon amie, je le crois.
Excusez-moi, madame. Une seconde, Amélie.
M. de Granville... Ne faites pas attendre la duchesse
et prenez le vent avec soin.
De l'intelligence et du tact.
Il me déplairait d'être encore la femme d'un juge d'instruction.
Soyez tranquille, mon amie.
L'occasion est trop belle.
Mais qu'y a-t-il ? Une voiture attend Madame.
La comtesse d'Espard l'a envoyée.
Elle vous prie de passer chez elle
toutes affaires cessantes. "Mme d'Espard" ?
Dépêchez-vous ! Ma chemise de linon, ma robe grise...
Mme d'Espard est l'amie intime du garde des Sceaux.
Vite, dépêchez-vous.
Cette fois, la fortune de Camusot est faite.
C'est ici, monsieur.
Ah, c'est vous.
À vos ordres, madame. Approchez, M. Camusot.
Il s'agit de peu de chose.
On a lancé l'ordre d'arrêter M. de Rubempré.
Vous êtes chargé de l'affaire ? Oui, madame.
Il doit être victime d'un malentendu.
Je vous garantis son innocence. Qu'il soit libre dans les 24 h.
Mais, madame... Je suis fidèle à ceux qui me servent.
Je pense que vous feriez un charmant conseiller à la Cour.
Qu'en pensez-vous ? Mon Dieu, madame...
C'est aussi l'opinion de Mme de Sérisy.
Le procureur général ne tarderait pas à entrer dans nos vues.
Il aime les magistrats qui comprennent vite.
Au revoir, monsieur Camusot. Mes hommages.
An-
- Camusot !
Que faites-vous ici ?
Je sors de chez Mme d'Espard, l'amie du garde des Sceaux.
Elle a été formelle.
Si vous envoyez M. de Rubempré au bagne ou à l'échafaud,
vous serez conseiller à la Cour
et je ferai installer le gaz chez nous.
Nous voilà pris entre deux feux, maintenant.
D'un côté le garde des Sceaux, de l'autre le procureur général.
Le procureur veut le faire sauver ? On me l'a fait comprendre.
Mon Dieu, qu'allez-vous faire ?
Mon devoir. Une solution désespérée, mais la seule qui me reste.
De quoi vous mêlez-vous ?
Vous avez autant d'esprit qu'une charrette de briques.
Laissez-moi en paix, ma femme, et bonsoir.
An-
M. le juge d'instruction Camusot vous attend pour l'interrogatoire.
An-
Mon père, vous aux mains de la justice.
Sacrilège.
Les erreurs des hommes sont passagères.
Soyez sans crainte.
Au moins, bénissez-moi, mon père.
Allez, ne tremblez plus. Dieu saura reconnaître les siens.
- Voici l'inculpé, M. le juge. Parfait.
Veuillez approcher, monsieur.
Vous avez été arrêté
sous l'inculpation d'escroquerie à l'égard de M. de Nucingen
et sous la prévention d'assassinat
sur la personne de Mlle Esther Gobseck.
Première question :
qui êtes-vous ?
L'abbé Carlos Herrera, monsieur le juge,
chanoine honoraire de Tolède et envoyé secret de Ferdinand VII.
C'est tout au plus ce que vous prétendez être.
Il est toujours possible de se procurer des faux papiers.
Du moment que c'est un magistrat
qui me l'affirme. Pas d'ironie, je vous prie.
♪ ai des raisons de croire que vous êtes Jacques Collin,
dit Vautrin, forçat évadé du bagne de Rochefort.
Eh bien ?
Moi, monsieur ? Un forçat ?
Que Dieu vous épargne pareille méprise.
Cesse de te lamenter,
nous tirerons Lucien de ce mauvais pas.
Il a assez de relations pour s'en sortir.
Lui, en prison ! Mon Dieu, je suis trop malheureuse.
On doit savoir ce que sont devenues nos lettres.
Je lui ai écrit autrefois. Toi, tu lui écrivais.
Clotilde ne s'en est pas privée non plus.
Joli scandale si la police met le nez dedans.
Qu'est-ce que c'est?
Une femme insiste pour être reçue.
Elle a des nouvelles de M. de Rubempré.
Faites entrer.
Bien, madame.
Vous venez de sa part ? Vous l'avez vu ?
Qui êtes-vous, d'abord ? Une amie de passage.
Cette histoire peut finir mal pour lui comme pour vous.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire, c'est-à-dire...
La police va fouiller ses papiers. C'est ennuyeux,
même pour une duchesse.
Si M. Camusot l'interroge mal, il peut en faire un coupable.
Il faut agir, si voulez pas le voir en cour d'assises.
"Cour d'assises" ? Oh, mon Dieu.
Il y a pas une minute à perdre. Du cran, madame !
Pourquoi avez-vous fui à l'arrivée de Contenson ?
Un innocent ne craint pas la police.
La preuve.
Alors expliquez-moi comment il se fait
qu'on vous ait trouvé chez une fille galante.
Eh bien ? Curieuse place pour un abbé.
Comment ne pas y être ? Il y avait une âme à sauver.
On frappe à la porte. Entrez.
♪ ai trouvé le témoin. Il a connu cet homme jadis.
Merci, monsieur le chef de la Sûreté.
Baron de Rastignac. Approchez, monsieur.
En quoi puis-je vous servir, M. le juge ?
Reconnaissez-vous cet homme ?
Parfaitement.
Greffier, inscrivez.
Qui est-ce ?
L'abbé Carlos Herrera sans aucun doute.
Comment allez-vous, monsieur l'abbé ?
Avez-vous encore besoin de moi ? Vous pouvez vous retirer.
C'est inadmissible.
♪ affirme que cet homme est bien le forçat Vautrin.
Je vous donne ma parole. Que voulez-vous que j'en fasse ?
Vous êtes chef de la Sûreté, vous pouvez pas être témoin.
Alors je réclame l'épreuve de la batte.
Ordonnez-la.
Vous avez entendu ?
Faites le nécessaire.
Ôtez votre redingote et défaites votre chemise.
- Vous avez compris ?
Pas un mot, monsieur. Je m'en excuse.
Je suis mieux habitué aux règles des monastères.
Chaque forçat est marqué au fer à son entrée au pénitencier.
Les cicatrices sont indélébiles.
En attirant le sang a fleur de peau, elles apparaissent.
Nous allons bien voir.
Allons, obéissez.
Rien ne m'aura donc été épargné.
Puis-je vous faire remarquer, M. le juge,
que vous avez une manière personnelle de traiter les envoyés diplomatiques.
An-
Tenez, regardez, voilà les marques.
On ne distingue rien dans cet amas de cicatrices.
Ça n'a aucun rapport avec la marque du bagne.
Qu'est-ce que cela signifie ?
♪ ai porté la parole de Dieu aux Indiens d'Amérique
et ils m'ont fouetté jusqu'au sang.
Vous cherchiez une cicatrice,
j'ai la gloire et le regret de vous en apporter plusieurs.
Êtes-vous satisfait ?
M. l'abbé, je me rends à l'évidence
et je vous présente mes excuses.
Les rapports de police m'avaient trompé sur vous.
L'erreur est humaine.
Vous serez libre demain, le temps de rendre le non-lieu
et de préparer votre levée d'écrou.
♪ espère que vous ne me garderez pas trop rigueur.
Votre mission est de punir. La mienne, de pardonner.
Je laisse à Dieu le soin de juger la juge.
Mesdames.
Annoncez à Monsieur le procureur notre visite, et vite.
An-
Pourquoi m'a-t-on arrêté ? Qu'ai-je pu faire de mal?
M. de Rubempré, vous êtes ici sous la double inculpation
de vol et d'assassinat...
Moi? ...sur la personne
de Mlle Esther Gobseck, votre maîtresse.
Morte ? Esther est morte ?
Empoisonnée.
Comme rien ne nous autorise à penser au suicide,
nous sommes obligés de penser au meurtre
et d'en chercher l'auteur.
Le policier Contenson, commis à votre surveillance,
vous a vu entrer chez cette femme
a l'heure approximative de sa mort.
Le même soir, vous aviez eu avec elle une scène violente a l'Opéra.
Elle était en compagnie du baron de Nucingen
qui, de notoriété publique, l'entretenait.
Eh bien, monsieur, sortez-vous de là si vous le pouvez.
Vous êtes fou.
Moi, porter la main sur Esther !
Pourquoi ?
Je l'aimais.
C'était la seule que j'aimais.
On peut fort bien tuer par amour.
Vous seriez pas le premier.
Vous avez mené grand train ces derniers mois, M. de Rubempré.
Sans doute vos dépenses
ont-elles lassé la générosité de Mlle Esther.
Petite révolte qui n'a pas été de votre goût.
Alors...
Que dites-vous ?
Vous mentez.
D'où tirez-vous vos ressources ? Vous n'avez aucune fortune.
Eh bien ? On frappe à la porte.
Voyez ce que c'est.
Où vous croyez-vous ?
Il fallait que je vous voie sans tarder.
♪ arrive de Poitiers où j'ai arrêté le cocher d'Esther.
Qui vous l'a commandé ?
Monsieur de Granville, procureur général.
Ah bon ? Bien, parfait. Alors ?
♪ ai retrouvé les 300000 F du baron de Nucingen
et j'ai trouvé également une lettre que voici.
Lisez-la.
C'est la preuve de l'innocence de M. de Rubempré.
- Vous pouvez vous retirer, Contenson.
Monsieur, je vous dois des excuses.
Je vous croyais coupable et vous n'êtes qu'une victime. Lisez.
Pardon, mon amour.
Et j'ai osé l'accuser !
C'est décidément une erreur à la mode.
C'est l'autre qui a tout fait. Avez-vous lu ?
C'est lui, le coupable.
L'abbé Herrera ? "Abbé" ? Allons donc.
Est-ce que les abbés tuent ? Ce n'est qu'un bagnard évadé.
Que dites-vous ? Attendez une seconde.
Inscrivez !
Mais inscrivez donc, imbécile !
Alors vous affirmez que l'abbé Carlos Herrera...
N'est autre que le forçat Vautrin, évadé du bagne de Rochefort.
Je vous le livre,
parce qu'il faut qu'Esther soit vengée.
- Alors vous ne pouvez rien faire ?
Rien. Absolument rien, ma cousine.
M. Camusot est le seul maître de cette affaire.
Il ne nous reste plus qu'à compter sur son intelligence.
Mais Lucien est innocent.
Un si joli garçon en prison, il n'y a plus de justice.
Quand je pense que le dernier des mouchards
est en train de lire nos lettres.
♪ ai donné des ordres en conséquence. ♪ espère qu'on les aura exécutés.
On frappe à la porte. Oui ?
M. Camusot demande audience. Faites entrer.
Excusez-moi, monsieur le procureur général.
Je vous dérange. Pas le moins du monde.
Où en est notre affaire ?
Victoire, monsieur. Victoire sur toute la ligne.
Je viens de démasquer le plus fameux criminel de notre époque.
Voici la déposition signée de M. de Rubempré.
Vautrin est à nous.
Vous avez raison, madame.
De Rubempré n'est coupable ni de vol, ni de meurtre,
mais il a avoué un crime encore plus grand que ceux-là.
Lequel ?
Il a reconnu avoir été l'élève et le compagnon d'un évadé.
À ce compte, son innocence ne lui sert de rien.
Vautrin ira aux assises
et M. de Rubempré devra comparaître comme ayant été l'ami de cet homme.
N'est-ce pas, M. Camusot ?
♪ aimerais mieux mourir que de voir cet homme
reconnu comme le camarade d'un forçat.
♪ irai me faire entendre de Sa Majesté.
Le roi n'a pas le moindre pouvoir sur le plus stupide de ses juges.
C'est la grandeur des institutions libérales.
M. Camusot ne relève que de sa conscience.
Essayez donc de vous faire entendre de la conscience de M. Camusot.
Voilà votre chef-d'œuvre, mon ami.
Et bravo.
♪ espère que le procureur ne commettra jamais la sottise
de se séparer d'un juge si adroit que vous.
Dois-je comprendre que je le resterai ?
Vous voilà brusquement bien subtil.
Que ne l'avez-vous été plus tôt ! Faites voir cet imbécile de papier.
Est-ce votre seule preuve ? La seule. C'est une pièce unique.
Parfait. Arrêtez. Vous n'avez pas le droit.
Je proteste, je vous donne l'ordre...
Oh, vous...
Vous portez la main sur un magistrat.
D'autres magistrats en seraient ravis.
- C'est un crime de lèse-justice. Je porterai plainte.
Allons, allons, du calme.
Ces hurlements ne sont pas dignes d'un conseiller à la Cour.
"Conseiller à la Cour."
Jusqu'à la première présidence vacante, bien entendu.
- Madame, vraiment...
Mesdames, du neuf? Je crois que tout va pour le mieux.
L'abbé Carlos Herrera a été victime d'une erreurjudiciaire.
M. Camusot vient de la réparer avec sa finesse habituelle.
Je vous félicite de n'avoir subi aucuneinfluence
et d'avoir obéi à votre seul bon sens.
Vous serez un grand magistrat.
Rien ne s'oppose plus à ce que je voie Lucien.
Mais oui.
An-
Elle crie.
Emmenez-la dans mon bureau.
Camusot, aidez-le. Bien.
An-
Monsieur, vous êtes un criminel.
Vous avez échappé à notre justice pour tomber devant celle de Dieu.
On vous apporte votre châtiment et je vous plains
car il doit être terrible. Le bagne ?
L'enfer. M. de Rubempré est mort.
Lucien ?
Mort ? Ce n'est pas vrai.
Comment? Qui l'a tué ?
Vous.
Il s'est pendu dans sa cellule parce que sa maîtresse est morte,
et elle est morte par votre faute.
Puis-je espérer de vous un geste de pitié ?
Vous le verrez. On va vous conduire auprès de lui.
Merci d'avoir deviné, monsieur.
Que Madame la duchesse m'excuse,
mais il me semble que les couleurs reviennent à Madame.
C'est vrai.
Léontine, ma chérie. Lucien, mon pauvre amour.
Vous pouvez vous retirer, mon ami.
Pleure, c'est la meilleure façon de noyer son chagrin.
Eh bien ?
Elle n'en mourra pas. Elle est jolie quand elle souffre.
Des nouvelles de nos lettres ? Les perquisitions n'ont rien donné.
Il les aura cachées.
Un rude jouteur, ce Vautrin.
Avec ces lettres signées par Léontine, Clotilde et Diane,
il est plus puissant dans sa cellule que vous ne l'êtes.
Si jamais ces maudites lettres cessaient d'être un secret...
Rien de tel que le vent du scandale pour décoiffer les rois.
An-
Vous l'emportez déjà.
Ne nous embarrassons pas de formules : vous êtes le plus fort.
Vous avez les lettres des trois plus grandes dames du royaume.
Cartes sur table : que voulez-vous en échange ?
Rien, monsieur le procureur général.
♪ avais compté sur ces lettres comme suprême défense,
mais je n'ai plus rien à défendre.
Votre liberté, peut-être ?
À quoi me servirait-elle ?
Ces lettres seront dans une heure entre vos mains.
Faites de moi ce qui vous plaira. Qui vous dit que je serai généreux ?
Peu m'importe. Depuis 20 ans, je vois le monde par son envers,
par ses bas-fonds, ses caves... A force de le mépriser, je pensais
qu'il appartenait a qui savait le prendre.
Mais non. Au-dessus de nous tous, il y a encore quelque chose.
La Providence. Oui.
Elle vient de me faire tout payer d'un seul coup.
Même au bagne, je serai libre.
Vous êtes un homme libre.
Vous pourrez même être un homme utile,
si vous en manifestez le désir.
Le trône tremble sur ses bases.
Il vaut mieux avoir à son service l'habileté d'un aventurier
que la conscience d'un imbécile.
À vous de voir si le bien n'est pas aussi facile à faire que le mal
et s'il vous convient de mettre au service de Sa Majesté
la liberté que je vous rends en son nom.
Allez, monsieur.
An-
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