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-Dodo, l'enfant do
L'enfant dormira bien vite
Dodo, l'enfant do
L'enfant dormira bientôt
Elle ricane.
Rires
Ricanement
Les piliers ne sont pas en même bois que les montants du lit.
Ils requièrent un bois plus dur,
beaucoup plus fin, et aux fibres plus denses.
Ils sont tournés en bois d'if.
-Arbre des cimetières ? -Oui. Quel arbre magnifique.
Très intéressant. Epines empoisonnées donnant la mort.
Bois très dur défiant le temps
et permettant l'usinage de pièces fines.
Sans l'if, pas de fuseau, et sans fuseau...
-Nous nous sommes laissées surprendre
par le temps.
-Comme des écervelées que vous êtes.
Je vous laisse faire vos dons, j'ai fait le mien.
La princesse mourra à l'âge de 16 ans
en se transperçant la main avec un fuseau en bois d'if.
Elle ricane.
-Il ne faut pas inquiéter la princesse.
-Tu vas réparer ça. -Tu as plus d'expérience que nous.
-Carabosse est une fée très puissante.
Je ne peux pas lutter contre elle.
-Toi qui te vantais. -Avec ton expérience.
-J'en ai plus que vous.
Laissez-moi me concentrer.
Je peux améliorer le destin. -Quelle frimeuse.
-Taisez-vous !
La princesse ne mourra pas, elle tombera simplement endormie.
Ce sommeil durera cent ans.
-Cent ans ? Quelle barbe. Et pourquoi pas deux mille ?
-Vas-y, fais mieux. On est en retard à cause de toi.
-Admettons.
Moi, je peux dire que la princesse pourra faire l'école buissonnière,
et mener une vie en rêve.
-Moi, je fais qu'elle se transpercera la main
à l'âge de six ans, elle se réveillera à l'âge de seize ans.
-QUEL INTERET ?
-De toute façon, l'enfance, c'est interminable.
-BON ET PAISIBLE SOMMEIL, ANASTASIA.
-Je suis le chevalier Vladimir.
Hop là.
Je suis le chevalier Vladimir.
Ah !
Anastasia s'essouffle.
-Il va falloir que tu réalises que tu n'es pas un garçon.
-Si ! Et je suis le chevalier Vladimir !
-Malheureusement, Anastasia, la nature en a décidé autrement.
-Je suis une princesse, alors c'est moi qui décide !
-Non.
-Anastasia, qu'est-ce que tu nous as fait encore ?
Tu vas me faire mourir.
-T'as vu dans quel état t'as mis ta belle robe ? Elle est fichue.
-C'est nul, les robes. J'en porterai plus.
-Mais celle-là t'allait comme un coeur.
-Je suis pas un coeur, je suis un chevalier.
-Bon, je vais chercher des pansements.
-Aïe.
-Fallait réfléchir avant. Il faut que je désinfecte.
-Même pas mal. Les chevaliers, ils ont pas mal, alors...
-Tâche quand même de nous arriver entière à l'âge adulte.
Tic-tac des réveille-matin.
-Ah, mes braves fantassins.
Mon armée contre le sommeil.
Mais attention : c'est moi le général en chef.
Alors...
Outre mes réveils,
j'adore par-dessus tout mes dictionnaires.
Leurs mots me racontent des histoires
mieux que dans les romans.
Non, pas des histoires. Ils me disent le sens des choses.
Tout est toujours inscrit.
Chaque mot est comme une lame de tarot
qui dit la destinée.
"Herbeline.
"Nom féminin.
Brebis étique mise au vert."
Comme moi. Je suis une herbeline.
"Hermaphrodite.
"Nom masculin et adjectif.
"De 'Hermaphrodite'...
"N. myth.
"Se dit de l'être qui réunit
"les caractères des deux sexes.
"'La sangsue est hermaphrodite.'
"En zoologie,
"on appelle ainsi soit les êtres qui ont une glande génitale mâle
et une glande génitale femelle (sangsue), soit les êtres qui..."
Ses paroles deviennent inaudibles.
Tic-tac des réveille-matin
-Nous devons mobiliser nos pouvoirs.
-Si tant est qu'on en ait encore. -Tu veux nous démoraliser ?
-Croyez-en mon expérience : si elle doit dormir cent ans,
il est temps qu'elle dorme cent ans d'une seule traite.
-Seulement, notre filleule ne vit pas dans un château de légende.
Les temps anciens sont révolus.
Quelqu'un qui dort cent ans,
ça ne passera pas inaperçu dans nos temps modernes.
-Ca, on ne peut plus endormir tout son petit monde.
-On sera plus discret que la première fois.
-Si elle se réveille cent ans plus tard, seule...
-Y a de quoi mourir de peur.
-Il faut l'avertir.
-Elle ne supportera pas de savoir.
-Vous connaissez mal les hommes : tous savent qu'ils vont mourir,
et ils vivent absolument sans s'en préoccuper.
Ils perdent même allègrement leur temps.
-ILS PERDENT LEUR TEMPS ?
-Bien sûr. C'est même leur passe-temps favori.
Tous les réveille-matin se mettent à sonner.
-Mlle Anastasia, vous allez finir par réveiller les morts,
et dans votre famille,
il y en a un qu'il vaut mieux ne pas réveiller.
Les réveils arrêtent de sonner.
-Zut, zut et zut ! Si je suis une princesse pour même pas faire
ce que je veux, ça sert à rien !
Mais il faut vraiment que je meure ?
-Que tu t'endormes. Dramatise pas.
-Ca va être très très ennuyeux, cent ans,
si tu tiens pas ta promesse.
-Tu as la clé, tu t'évaderas.
-Je veux frissonner, t'entends ?
C'est fou comme le temps passe parfois lentement.
Les trois ou quatre jours avant la représentation
me parurent interminables.
J'avais hâte que le mauvais sort s'accomplisse
et de changer de vie.
La vie de petite fille,
c'est vraiment très embêtant.
Piano. Les fillettes chantent.
-A pas menus, gentilles Japonaises
S'avancent en cadence
dans les prés fleuris
L'hiver n'est plus, l'aurore aux yeux de braise
Irise la rosée et de rose et de bleu
Puis çà, puis là, quand le soleil poudroie
A pas menus, gentilles Japonaises
S'avancent en cadence dans les prés fleuris
-Monte sur scène.
-Non, c'est un spectacle de filles !
-Fais ça pour ta grand-mère.
-Ca a aucun intérêt
car papa est pas là ! Craquement
Le ricanement de la fée Carabosse résonne.
Pousse-toi de là, putréfaction !
-Nous allons deviser tous les deux.
-Je parle pas aux pourritures pleines de furoncles.
-Je suis ta propre pourriture.
Tiens, je vais te laisser une chance.
Si tu parviens à faire tomber les tibias croisés,
si tu y arrives, tu es libre.
Mais si tu échoues...
Tu finiras comme les autres, décapitée,
délicieusement pourrissante.
-Passe-moi ça.
-Si le coeur t'en dit.
-Je suis vraie, tout est faux.
-Je suis pressé d'en finir avec toi.
T'es pas bien grosse, tu feras un bel hors d'oeuvre.
C'est pas possible... Deux fois de suite ?
-Yes !
T'en es un qui existes même pas, d'abord !
Des oiseaux chantent.
Moteur de la locomotive à vapeur
Sifflet à vapeur
Sifflet à vapeur
-Tiens... Il s'est mis à faire glacial.
-Vous êtes du monde des vivants, vous ?
-Maman, c'est la petite soeur que tu m'as promise ?
-Ca alors, c'est...
Mais c'est-y que t'es une vraie petite fille en chair et en os.
-J'ai faim, moi.
-Tu veux ça ?
Pauvre petit bout de chou, va...
Eh ben voilà.
T'es propre comme un sou neuf.
Oh...
Pff, c'est bon à jeter
au bourrelier, tout ça.
T'as l'air d'un vrai petit gars, comme ça.
Si je m'attendais qu'une fille me tombe du ciel...
-Ca me va super bien.
-Tu sais, même si je suis plus grand que toi,
on va être très amis, tous les deux.
Rires
-Non, non, non, arrêtez. Chut. Non, non.
Non, l'embête pas. Non, Peter !
Voilà, c'est ça ! Fais-la tourner, vas-y.
Voilà, c'est bien.
-C'est pas gentil, ce que tu fais. C'est très méchant.
-Tu verras, au printemps, on aura des roses de toutes les couleurs.
-Tu leur fais mal.
-Si je fais pas ça, on n'aura pas de roses.
Comme ça, elles peuvent être éternellement belles.
-Ca existe pas, l'éternité.
-Tu vois, ça ? Ca s'appelle des yeux.
J'en laisse trois ou cinq, selon,
et de chaque oeil sortira une grande tige
pleine d'une nouvelle force.
-Mais quand on coupe la tête des chênes,
ils repoussent jamais pareil.
-Parce que ce sont des arbres.
C'est prétentieux et laid de vouloir contraindre les arbres.
Mais là, plus on coupe et plus ça pousse,
parce que c'est de la ronce.
Tu me crois ?
-Oui, parce que tu peux pas être méchant.
C'est la reine.
Les autres la gavent de gelée royale,
tant et si bien qu'elle peut plus bouger.
Elle est prisonnière de sa charge.
-J'ai peur ! Je veux pas être comme elle !
-Mais non, toi, ça t'arrivera pas. Pleure pas.
T'es pas une abeille.
-Je veux pas être enterrée sans bouger. Plus jamais !
-Pleure pas, je suis là.
Il t'arrivera jamais rien. Je te protégerai, d'accord ?
-Tu promets ?
-Tiens.
-C'est trop beau ! C'est comme une pluie d'edelweiss.
-Ce sont les abeilles blanches.
-Elles ont aussi une reine ?
-Certainement. La plus belle et la plus glaciale de toutes.
C'est la reine des Glaces.
Elle est insaisissable. Jamais elle ne se pose.
Est-elle sur terre, tout à coup, hop !
Elle repart se cacher dans les nuages noirs.
Pendant les nuits d'hiver,
c'est elle qui déambule dans les rues des villes.
Son regard glacial couvre les vitres
de minuscules fleurs de givre.
-Ce serait beau,
de la voir.
-Dis pas ça, malheureux.
Partout où son regard se pose, tout devient morne et glacial.
Bon, allez. Au lit, maintenant.
-Je déteste cette reine des Neiges.
Qu'elle vienne donc,
je la mettrai sur le poêle brûlant et elle fondra.
-T'es bête. Moi, j'aimerais la voir.
Je suis sûr que c'est merveilleux.
Tu te rends compte ? Vivre au pays des neiges éternelles.
-Tu me donnes froid.
-Je l'ai vue. J'ai vu la reine des Neiges.
-D'abord, elle existe pas. -Je l'ai vue, je te dis.
Elle m'a regardé dans les yeux.
J'ai senti une épée de glace me transpercer le coeur.
-Je veux dormir...
-Pourquoi pleures-tu, espèce d'idiote !
Essuie ces larmes, elles te rendent affreuse !
D'ailleurs je n'ai plus mal.
La seule chose qui me fait mal,
c'est de voir comme tout est laid, sinistre et rétréci, ici !
Et toi, t'es laide et maigre comme un rat.
Tu devrais te voir, ma pauvre fille,
comprendre ce qu'on endure en vivant en ta compagnie.
Une naine débile et rachitique ! -Qu'est-ce qui t'arrive, Peter ?
Fais-moi le plaisir de t'excuser immédiatement.
-M'excuser de quoi ?
C'est une vie, pour un garçon de mon âge, d'être enfermé
entre sa mère et une mioche sans intérêt ?!
-Je suis sûre que c'est ce que tu as dans l'oeil
qui t'empêche de voir le joli côté des choses.
Laisse-moi regarder.
Baisse la tête.
-Je ne vois rien. Non, je ne vois rien.
-C'est tout à l'heure que j'avais mal, abrutie.
Maintenant, ça va très bien,
et je suis très content de ma nouvelle perception des choses.
-Mon pauvre Peter, tu te crois grand et intelligent.
Tu sais ce qui t'arrive ? C'est l'âge ingrat, mon garçon.
-Peter... -Qu'est-ce qu'y a encore ?
-Tu m'as jamais parlé méchamment comme tout à l'heure.
-Faut un commencement à tout.
-Explique-moi pourquoi c'est ça qui t'arrive.
-Je sais pas.
Peut-être...
Rien n'est stable dans la vie.
La seule stabilité, c'est l'ennui.
L'ennui.
Tu peux pas savoir comme il m'emprisonne,
comme je le ressens comme un perpétuel étau.
Est-ce que c'est une vie, de rester dans cette maison étroite,
avec pour seule compagnie sa mère et...
Toi, t'es bien gentille à t'émerveiller de tout béatement,
comme s'il suffisait d'être béat pour se trouver heureux.
-On n'était pas heureux ?
-Si, mais maintenant, je ne suis plus heureux.
J'ai envie de vivre, et je sais que ce que vous appelez
le bonheur, ça m'empêche de vivre.
-Où c'est ? Où c'est ?
"Puberté.
"Ensemble des modifications physiologiques et psychologiques
"qui se produisent
avec l'apparition des caractères sexuels secondaires".
C'est marqué dans la définition.
-Où tu vas ? -Où ça me plaît !
-Tu as été courageux, nous sommes allés bon train.
Je suis la reine des Neiges.
Mais tu es entièrement gelé.
Tu ferais mieux de te mettre sous mes fourrures.
Ca va mieux ?
-Ma luge... Où est ma luge ?
-Derrière toi. Ton enfance est à présent derrière toi.
Maintenant, je ne t'embrasserai plus,
car un dernier baiser serait ta mort.
Jeune impudent, tu as de la chance que j'aie envie de t'épargner.
Sifflet à vapeur
Le train s'éloigne.
-Qui êtes-vous ?
Le train fantôme 1 724 ne devait pas s'arrêter.
Vous ne deviez pas descendre ici.
Vous êtes doublement en infraction car de plus,
nous n'admettons pas les va-nu-pieds dans le royaume !
-C'est pas de ma faute.
On m'a déposée ici. J'ai rien demandé, moi.
Si je suis nu-pieds,
c'est parce que je suis partie à la recherche de mon ami.
-Personne ne descend jamais ici.
Nous mettons les figurines pour décourager toute intrusion,
en espérant qu'aucune invasion ne vienne un jour de tempête,
car évidemment, nous devons les ranger
pour ne pas qu'elles s'envolent.
Excusez-moi, j'ai du travail.
C'est un pays très tranquille,
qui ne tolère pas les visiteurs étrangers.
Vous feriez mieux de partir.
-Qu'est-ce que j'aimerais avoir une poupée comme toi.
Un train approche.
-Hé, vous !
Je ferme la gare. Vous ne pouvez pas rester.
D'ailleurs, la nuit, c'est dangereux.
-Dites-moi où je peux dormir. Y a un hôtel ?
-Vous êtes têtue !
Je vous ai dit qu'on ne tolérait pas les étrangers.
-Qu'est-ce que je vais devenir ?
J'aimerais bien aller quelque part.
J'ai attendu pour prendre un train mais aucun ne s'est arrêté.
-Je pourrais vous amener à la prison, mais elle est pleine.
Nos princes sont très cruels.
Qu'êtes-vous venue faire dans ce pays ?
-C'est à cause de Peter, c'est mon ami.
Un garçon merveilleux, bien plus grand que vous.
-Chut. Soyez prudente.
Ce n'est pas l'endroit où se faire remarquer.
-Ca fait six mois qu'il a disparu.
Il est plus grand que moi. Son regard brille comme l'éclair.
Il est très fort.
Il est le plus intelligent que j'aie jamais rencontré.
Il sait calculer de tête les fractions et les racines carrées.
-Ca se pourrait.
Ca se pourrait, que je l'aie vu.
-Merci, c'est la plus belle nouvelle de l'année !
-Du calme ! Un peu de raison !
Ce n'est pas l'endroit où se faire remarquer.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.
J'ai dit : il se pourrait que celui à qui je pense
soit celui que vous cherchez.
Peut-être ou peut-être pas.
Je n'ai rien dit de plus.
-Suivez cette galerie. Votre destinée vous y attend.
-Décide-toi, je n'ai pas tout mon temps.
Tu vas être en retard.
Fais attention à ne pas froisser la reine,
elle est terriblement irascible.
Je sais pas si je fais bien de vous faire rentrer.
Cachez-vous là.
Ne bougez sous aucun prétexte avant les douze coups de minuit.
-Je préfère l'armure. -Non, on ne discute pas.
Je reviendrai vous chercher tard ce soir.
Et soyez prudente, faut pas vous faire remarquer.
-"Soyez prudente, faut pas vous faire remarquer." Oh là là...
Carillon
Heureusement que j'aimais particulièrement
le bruit des réveils, et que le tic-tac des miens
me manquait beaucoup, parce que de ce point de vue,
j'étais gâtée : il m'a fallu compter 2 000 550 tic-tac
et entendre sonner sept fois les heures et autant de fois
les demi-heures, avant qu'on revînt me sortir de là.
-Allez, venez avec moi, je vais vous montrer le chemin.
N'ayez crainte, on ne devrait rencontrer personne,
mais restez prudente.
Il ne faut pas vous faire remarquer.
-"Soyez prudente, il ne faut pas vous faire remarquer"...
Oh là là, ils disent constamment ça dans ce pays.
-Vous avez vu leurs rêves ? -Ils passent trop vite.
-Oui, évidemment, il faut une certaine expérience.
Ils rêvent qu'ils sont seuls au monde
sur une île de perles précieuses et d'or,
qu'il en sera ainsi toute l'éternité.
Ils rêvent chaque nuit de la même chose.
-Evidemment, Peter aime beaucoup faire toujours les mêmes dessins
et toujours les mêmes rêves.
-Mon rôle s'arrête ici, petite demoiselle.
Si vous arrivez jusqu'aux honneurs et aux dignités,
nous espérons que vous vous souviendrez de nous.
-Oui. -Mais si ça tourne mal,
vous ne m'avez jamais vue.
Vous comprenez ?
Il faut être très prudent.
Il faut pas vous faire remarquer.
-N'ayez aucune crainte.
Un frère ne peut pas ne pas reconnaître sa soeur.
Peter... Peter, c'est moi.
Peter, réveille-toi.
Clochette -Gardes ! Gardes !
Saisissez-la !
Allons-nous lui trancher la tête ?
-Pitié !
-Ma chère, il fallait être prudente
et ne pas se faire remarquer.
Ah, on fait moins la fière, maintenant.
Vous vous êtes rendue coupable d'un crime de lèse-majesté.
-Lâchez-la !
Ce n'est qu'une enfant.
Certes, elle fait partie des humains de grande taille,
mais ce n'est qu'une enfant.
Tu as pris un très grand risque
en t'introduisant frauduleusement dans ma chambre, tu sais ?
Pour que je puisse décider de te laisser la vie sauve,
tu dois tout me raconter.
-Tu préfères qu'on te coupe la tête ?
-Mais je dis la vérité.
On m'a dit tellement de bien du prince que forcément,
j'ai cru que ça ne pouvait être que mon ami Peter.
Comment j'aurais pu penser que c'était pas lui,
alors que je suis partie à sa recherche ?
Peter, il a exactement pareil, toutes les plus belles qualités
du monde, en fait.
-Tu as raison.
Mon prince est merveilleux.
-Comme Peter.
Mais vous, vous avez de la chance, parce que vous l'avez trouvé.
Moi, je retrouverai plus jamais Peter.
Quelle heure est-il ?
Oh, c'est trop beau ! J'adore les montres et les réveils.
-Je te la donne.
-Oh, merci ! Merci.
Je suis confuse, Votre Altesse.
En tout cas, je suis super contente.
-Je t'ai fait mettre des friandises.
Adieu. N'aie de craintes : tu retrouveras Peter.
-Cela fait si longtemps que je l'ai perdu.
-Patience. Le temps te paraît très long
parce que tu es très jeune,
mais tu vois, moi qui suis plus vieille que toi...
-Comme vous avez de la chance.
-Ne dis pas ça, malheureuse. Le temps passe bien assez vite.
Tu t'en apercevras bien assez tôt.
-Au revoir, Votre Altesse. Au revoir, Majesté.
-Au revoir.
Hennissement
-Sa chair doit être tendre. -Lâche-la ! Lâche-la !
Elle est à moi, tu m'entends ?! Lâche-la !
Ils ne te tueront pas
tant que je ne me fâcherai pas contre toi.
Mais si je me fâchais contre toi,
c'est moi-même qui te tuerais.
Tu es sans doute une princesse.
-Non.
Et je lui racontai toute mon histoire.
Elle trouva qu'il m'était arrivé des choses bien étranges,
et qu'elle, qui était plus âgée que moi, en comparaison,
il ne lui était rien arrivé du tout.
-Je te présente Mémé, dite vieille mégère.
-Quoi ?
-Avant, c'était elle qui emmenait les hommes à l'attaque,
mais maintenant, elle est vieille, alors elle sert plus à rien.
-C'est très drôle, ce que tu dis là !
Cris, accordéon
Les chants résonnent au loin.
-J'en ai vingt-quatre.
Embrasse-le.
N'aie pas peur. Tous ces pigeons sont domestiques.
C'est eux qui ont peur de nous, pas le contraire.
Celle-là, t'as intérêt à garder constamment l'oeil sur elle.
Sinon, elle prend la poudre d'escampette,
et à la vitesse où elle va,
aucune chance de la rattraper.
Tous les soirs, je m'amuse à lui chatouiller le cou,
pour qu'elle sache de quoi il retourne.
Hein, qu'on n'aime pas ça ?
Hein, qu'on n'aime pas ça du tout ?
C'est moi qui commande.
Allez, viens. On va se coucher.
-Tu vas pas garder ton couteau pendant que tu dors, quand même ?
-Si, je couche toujours avec. On sait jamais.
T'as peur que je te fasse comme à la biche ?
-Je sais très bien que tu vas le faire.
Même pas peur.
-Tu sais que c'est un vrai couteau.
J'appuie un peu plus... Le sang gicle.
Tu peux pas savoir comme ça me démange.
Je sais que si je le fais, après, je t'aurai égorgée.
J'ai pas envie. Je veux pas.
Mais ça me démange.
T'as pas peur ? T'as pas peur de moi ?
T'es folle. Faut jamais me faire confiance.
Je suis pas méchante, mais ça m'excite.
Des fois, je peux ne plus me contrôler.
T'es courageuse, toi, pour une gamine.
-C'est la princesse qui me les a données.
-Tu rencontres que des princes et des princesses ?
-Le gotha, ça va avec le gotha.
La reine d'Angleterre, elle rencontre pas n'importe qui.
-Tu parles pendant ton sommeil, t'es trop drôle.
C'est une espèce de rêve, mais pas si bête.
Tu voudrais vraiment retrouver ton ami Peter ?
-J'y sacrifierais ma vie. -Non, la vie est trop précieuse.
Je crois que c'est vrai, qu'il se trouve en Laponie.
Je vois pas où il pourrait se trouver ailleurs.
Mais si tu jures que tu reviendras te constituer prisonnière.
-Je le jure.
Oh là là, tout ce qu'y a...
C'est bon, hein ? -Mais ça colle aux dents.
Tous les hommes sont partis, il ne reste que ma grand-mère.
Elle, elle ne s'en ira pas. C'est une coriace.
Mais elle a un penchant pour la bouteille.
-Qu'est-ce que je fous là ?! Au secours ! Sortez-moi de là !
Qui est-ce qui m'a mise là ?!
Petites voleuses ! Restez là !
C'est quoi, ces petites voleuses ?!
-J'aurais eu plaisir à la garder.
Mais tant pis, je vais te détacher et te laisser sortir,
pour que tu retournes en Laponie.
-Je n'ai plus envie de partir.
Va, ma biche. Va.
Je serai déjà peut-être morte de froid avant la fin.
-T'en as mis, du temps, pour venir !
-Tu es très habile, je le sais.
Tu peux, avec un bout de fil, lier tous les vents du monde.
Si on dénoue le premier noeud, on a du bon vent.
Le second, le navire fend les vagues avec rapidité.
Mais si on dénoue le troisième et le quatrième,
alors se lève une tempête
qui couche les forêts par terre.
Et tu sais composer un breuvage
qui donne la force de douze hommes.
-Pas si vite, ma jeune amie.
Je ne fais que ce qui est juste,
et que ce que j'ai à faire.
-Aidez-moi à arracher Peter
aux griffes de la méchante reine des Neiges.
-Chut.
Ah... Tu vois...
Laisse-moi cogiter.
Mais ton cas n'est pas facile.
Oh non, non, non. Il n'est pas facile.
"Que le dragon rampant
"morde la queue du dragon ailé,
"que le dragon ailé
"avale la queue du dragon rampant,
"que le dragon rampant
"absorbe le dragon ailé,
"et que vienne
l'Ouroboros !"
-C'est ça, l'Ouroboros ?
-Ce grimoire vient de me confirmer...
Ton ami se trouve prisonnier chez la reine des Neiges.
Mais il est très heureux,
et il trouve son état un des meilleurs du monde.
-Il se trompe, n'est-ce pas ?
-Il se trompe, mais il se trouve heureux.
La reine des Neiges conservera
tout son empire sur lui.
-Mais tu peux pas confectionner
un breuvage qui me donnerait la puissance de rompre le charme ?
-Je ne peux pas te donner du pouvoir
plus fort que celui que tu possèdes.
Tu ne vois donc pas
que les bêtes et les gens sont forcés de te servir ?
Tu es partie nu-pieds et sans encombre,
tu as traversé la moitié de l'univers.
Ce n'est pas de moi
que tu peux recevoir de la force, ah non.
La biche te déposera à dix lieues d'ici,
devant un bosquet de fruits rouges au milieu de la neige.
Fais attention.
C'est là qu'il te reviendra.
-Non, non. Maman m'avait dit que c'était défendu.
"Ne pas manger les fruits qu'on ne connaît pas,
"surtout les baies rouges : on peut s'empoisonner,
et après, on risque de mourir."
Oui, mais moi, je risque rien : je rêve.
Si, si, je risque de mourir pendant mon sommeil.
Non, non... Je suis trop jeune pour mourir.
Oui, mais si on meurt en rêve, on se réveille, alors.
Que faites-vous ici ?
Je vous prie de sortir.
-Dis-moi d'abord ce que tu fais ici en robe d'autrefois.
-Je suis chez moi.
Et vous êtes habillé d'une manière
bien étrange.
Et vous ressemblez beaucoup à Peter.
Oui, vous lui ressemblez beaucoup.
-Mon arrière-grand-père s'appelait Peter.
Moi, c'est Johan.
-Moi, c'est Anastasia.
Je sais, c'est un nom pompeux.
Ma grand-mère y tenait beaucoup, je ne sais plus pourquoi.
Vous voyez bien que je ne mentais pas.
Ca, c'est ma grand-mère.
Mais chut, ne la réveillez pas.
Les grandes personnes sont très ennuyeuses.
Quant aux petites chipies,
elles sont niaises, mièvres et prétentieuses.
Je détestais les filles.
-Mais qui es-tu ?
-L'amoureuse de Peter. Et vous n'êtes pas Peter.
Comme je ne perdrais pas au change...
Vous n'auriez jamais dû !
Je suis certainement beaucoup plus jeune que vous !
-Tu as quel âge ? -Seize ans.
Ma mère m'a eue à quinze ans,
et mon père, c'était le palefrenier.
Il était très très beau.
D'ailleurs, vous aussi.
Mais... Si je faisais pareil avec vous,
je gâcherais ma jeunesse,
parce que vous êtes beaucoup trop vieux pour moi.
-Mais j'ai dix-huit ans. T'as une drôle de conception du monde.
-C'est comme ça que je suis.
C'est tout ou rien.
-Alors c'est rien ?
-Pas plus de sept aujourd'hui.
-Un...
Trois...
Six...
Sept...
Huit... -Tu triches.
Ca suffit pour aujourd'hui.
-T'avais l'air de bien vouloir. -Non, je veux pas.
-Tu sais comment ça s'appelle, une fille comme toi ?
En riant -Une allumeuse.
-En fait, tu es plus délurée que je croyais.
-Non, non. Non, j'aime flirter avec toi.
Mais je suis pas sûre que tu m'aimes.
-C'est trop tôt.
-Qu'est-ce que tu as fait, hier ?
-Je suis allé au lycée.
Quinze ?
-Tu ne triches pas, hein ?
-T'as un corset ?
Mais de quelle espèce tu es ?
-Femme. Enfin jeune fille.
-Ta peau est douce.
Comment tu fais pour supporter ces horribles baleines ?
-Pour être belle, il faut souffrir.
-Y en a des belles qui ne souffrent pas,
et pourtant elles sont très belles.
-Des plus belles que moi ? -T'es jalouse ?
-Ca veut dire quoi, être jalouse ?
-Avoir peur que j'en préfère une autre que toi.
-Mais c'est impossible. -Si, c'est possible.
Tu me fais trop languir, avec ta drôle de robe à lacets.
Remarque, c'est excitant. -Excitant ?
-Bandant, quoi. T'es bandante.
Mais t'es aussi nunuche, à te prendre pour une princesse.
-Mais je suis une princesse.
Personne ne me désobéit, et personne n'ose me contredire.
-J'ai compris. T'as pas seize ans.
-Si, j'ai seize ans !
-Bon... Je reviendrai quand tu seras plus grande.
-Fais attention.
Peut-être que tu seras trop vieux.
Et peut-être que je ne t'aimerai plus !
-Joli garçon, mais je me demande s'il valait vraiment la peine
que tu coures après lui jusqu'au bout du monde.
-Comme tu es belle, et comme je t'ai regrettée, toi aussi !
-T'aurais pu rester avec moi.
-Oui, mais... -Je sais. Tu l'aimes.
Eh bien si tu l'aimes, tu t'y prends fort mal.
Il ne faut jamais dire à un garçon qu'on est amoureuse de lui.
-Je lui ai dit que je risquerais de ne plus l'être.
-C'est mieux.
-Là. Il s'est arrêté là.
-Moi, j'ai le droit d'aller beaucoup plus loin,
puisque je suis une fille.
Les filles, ça apprend tout de l'amour aux filles.
-Souvent, les garçons tout seuls sont trop maladroits,
ou trop pressés.
Et s'ils sont un peu mieux éduqués, ils ont peur des vierges.
-Tu en as déjà eu, un garçon ?
-Des hommes. Tous ceux qui m'ont plu.
Chez les brigands, on n'en fait pas toute une histoire.
Celui-là qui s'inquiète et éprouve le frisson du remords
parce que tu es trop jeune...
Moi, j'ai couché pour la première fois à treize ans.
Si j'avais pu coucher à douze, je l'aurais fait.
Je crois que j'ai la diablerie au corps.
-Et combien tu en as eu ?
-Je ne compte plus. De toute façon, à quoi bon ?
Il y a ceux qui comptent, et ceux qui comptent pas.
Mais... Aussi celui qui ne compte plus.
-Qui c'est ?
-Celui qu'on a beaucoup aimé, et dont on s'est séparé.
-Ca existe, de se séparer de quelqu'un qu'on a beaucoup aimé ?
-Toujours.
Enfin... Parfois, on se retrouve.
Regarde : toi et moi...
Je crois que j'aime encore mieux les filles que les hommes.
Y a plus de mystère.
Surtout une petite fille amoureuse et qui sait pas comment faire.
Laisse-moi faire.
Avec une fille, ça compte pas.
Dis-moi que je suis ton amie.
Pas ta petite amie...
Ta grande amie.
-T'es la première fille que j'ai aimée.
Avant, je ne voulais être qu'un garçon.
Je détestais les filles.
Je voulais que ma mère m'appelle Vladimir.
Et aussi, j'aurais voulu ne jamais avoir de seins.
Aujourd'hui, j'en veux des plus gros.
-On était cons, quand on était petites.
En tout cas, t'avais du cran.
J'arrivais pas à t'effrayer.
Et le couteau ? -Le poignard ?
-Oui. -J'aimais bien.
J'avais très très peur, et c'est ça que j'aimais.
Moi, on m'a toujours traitée comme si j'étais en sucre.
-Tiens...
Regarde.
J'ai ta montre.
Je te l'avais volée. Je l'ai toujours sur moi.
-Je croyais que je l'avais perdue.
-Tu faisais attention à rien.
T'étais tellement gâtée. -Et toi, tellement voleuse.
-Ca s'appelle pas voler. -Chiper.
-Chipie !
-Johan, où tu vas ?
Ca fait trois fois que tu me fais le coup. Tu pars...
Je sais pas... Faut arrêter avec ça, maintenant, Johan.
On en a déjà parlé, l'autre jour, ensemble.
-Maman, j'ai dix-sept ans.
C'est une année facile. Le bac français, je l'aurai.
Il faut que j'en profite. Après, j'aurai plus le temps de souffler.
-Mais le bac, il te faut la mention Très Bien.
-Justement, c'est ma dernière année où je peux déconner.
Après, t'inquiète pas, je ferai ma prépa en pension.
Là, on n'a plus le temps de rien.
-D'accord, mais tu me jures que tu rentres pas trop tard.
Et puis tu bois pas trop, parce que l'alcool, ça va.
-Je sors pas, je vais au studio. J'ai invité Paul.
-Ah, d'accord. Si c'est Paul, OK.
D'accord. Mais tu rentres pas trop tard, hein ?
Bisou.
*-Je veux partir. *-Et si je t'en empêchais ?
Tu sais que je pourrais te faire mal ?
Que je pourrais te tuer ?
*-Non ! Ca serait dommage.
*-Dommage pour qui ? *-Pour ma fille.
-Je suis pas venu pendant 4 jours mais je t'ai pas oubliée.
-Tu mens...
Tu mens ! Tu mens !
-Tu vas finir par prendre froid. -J'ai froid. Je fais exprès.
-Arrête !
Je suis désemparé, devant toi. Je ne sais plus quoi faire.
-Moi non plus !
Pendant que t'étais pas là, je...
-Je t'aime.
Notre histoire me fait peur.
-Pourquoi ?
-Parce qu'on est trop jeunes, tous les deux.
Ca devrait pas être aussi fort, aussi absolu.
Elle pousse un hurlement.
-Jure-moi que je suis ton premier et ton dernier.
-Tu es l'âme de Peter, le premier et le dernier.
-C'est quoi, cette histoire de Peter ?
-Mon absolu, depuis toute petite.
Je t'ai cherché à travers ce long rêve et cauchemar de l'enfance.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-La vérité des jeunes filles. Ne sois pas jaloux.
Emmène-moi dans ton monde.
-Non, impossible.
Il est pas fait pour toi.
Il te boirait, il te volerait ton éternité.
-La mienne, pas la nôtre.
-La nôtre aussi.
Anastasia...
Anastasia.
Tu veux que je m'en aille ?
Piano (pièce romantique)
Anastasia ?
Quoi ? Tu veux plus me parler ? C'est ça ?!
-Je ne vous connais pas.
-J'ai cru devenir fou quand je t'ai plus retrouvée.
Tu te rends compte de ce que tu m'as fait ?
-Je t'ai fait ce que tu m'as fait !
On était trop jeunes, tu le disais tout le temps.
Je le veux, ce bébé, il est à moi !
Je vais l'appeler Vladimir.
C'est le nom que je me donnais quand j'étais petite.
-Mais t'es une folle ! T'aurais pu me demander mon avis !
-Tu m'as dit d'être raisonnable ! Je l'ai été à ma manière !
Arrête ! Tu me fais mal !
-T'avais pas le droit de disparaître comme ça !
Tu m'aimes toujours comme avant ?
-Comme avant.
Sauf que c'est après.
Tu vois, j'y suis allée toute seule, dans ton monde.
Sous-titrage ST' 501
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