All language subtitles for Savage Messiah [1972]_FR

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Original subtitles

L'histoire d'un étudiant français en beaux-arts et d'une Polonaise

qu'il rencontra à Paris juste avant la 1re Guerre mondiale.

Vous êtes assis à ma place.

C'est un lieu public.

C'est ma place.

- On ne réserve pas. - Demandez-lui.

Je veux ma place.

Prenez donc celle-là.

Je vous la laisse.

Merci.

"La vérité"

Un roman de l'esprit Sophie Brzeska

Je me sens seul.

Pas toi ?

Si, bien sûr.

Tu es un génie. Je le sais, car j'en suis un.

Dans un étang sans poissons, les crevettes abondent.

Une philosophe ! Je te croyais poète.

Je suis écrivain. Et je veux un journal.

Je suis un artiste, je ne lis pas les journaux.

Embrasse-moi.

Je n'aime pas les hommes.

Moi, si. Certains sont plus beaux que les femmes.

La beauté n'existe plus.

Tu te trompes.

Je la crée.

Toi aussi.

Les gens aspirent à faire quelque chose de beau.

Beaucoup échouent, c'est vrai. Mais pas moi.

Je compense pour les autres.

Si tu te vantes, tu ne seras jamais un génie.

Tu crois que Michel-Ange se vantait ?

Je déteste Michel-Ange.

Tiens, voilà le pire de son oeuvre.

- Ce n'est pas du Michel-Ange. - C'est terne. Regarde !

Ni trous ni muscles ni mystère.

Regarde-moi ces seins éméchés.

Et qui veut voir un énorme derrière en pleine journée de travail ?

C'est indécent !

Il se pourrait bien

qu'un enfant innocent soit perverti à tout jamais.

L'art, mes braves gens,

n'est que de la chance associée à un travail de forçat.

Braves citoyens, je vous implore

fuyez l'art !

L'art pourrit votre sens moral !

Mesdames, messieurs,

regardez cette jolie femme,

avec le canotier et le panier en osier.

On pourrait la prendre pour une célèbre petite-maîtresse.

Vous auriez tort. C'est une grande romancière.

Mais ses histoires impérissables

n'ont pas lieu au temps des croisades.

Et pourquoi ?

Car on ne fait pas de l'art avec des rêves.

L'art, c'est sale. L'art, c'est le sexe.

L'art, c'est la révolution !

- On veut vous parler. - Arrêtez !

À demain, à la bibliothèque !

Si je n'y suis pas, viens me chercher au poste.

Bonjour.

Je ne me suis pas présenté. Gaudier, Henri Gaudier.

- G-A-U-D... - Silence.

...I-E-R.

Marions-nous. Je gagne bien.

Un franc de l'heure à la galerie Lartigue.

Alors vivons ensemble.

- Je couche avec tout le monde. - Bien. J'en fais partie.

Ta scène dans le parc était déplacée.

- Tu aurais dû passer le chapeau. - Je suis de bonne famille.

Mon père est charpentier.

De quoi parle ton livre ?

De conflits.

De conflits ?

- Tu devrais le lire. - Oui !

- Pas touche ! - Je t'aime.

- Ce n'est pas une excuse. - En effet.

Il est en polonais.

J'apprendrai le polonais. Je m'y mets dès demain.

Tu me fatigues. Plus qu'une semaine de travail.

- Un sou pour ce poireau. - Trois.

- Un. - Trois.

Je vous le livre ou je vous l'emballe ?

- Que fais-tu à la galerie ? - Je travaille à la pièce.

À ma guise. Mais ils se font du gras sur mon dos.

Toi, du gras ?

La route me semble parfois longue.

Comprends-moi bien. Je ne veux pas être un autre.

J'ai de la chance d'être ce que je suis.

Mais je ne sais pas si j'arriverai à atteindre mes objectifs

tout seul.

Que ce soit clair.

Je t'invite chez moi par pure camaraderie artistique.

Compris, Mlle Brzeska.

Toi, un génie ? J'en connais des artistes.

- Qui ça ? - Je connais...

Peu importe.

Qu'est-ce que ça change ?

Je ne connais personne. Voilà.

- Tu me connais moi. - Je connais les gens de ton espèce.

Pour vous, l'art est charnel et matériel.

L'art se situe au-dessus du sexe !

Quand mes livres paraîtront, les gens qui les liront...

- Je lirai tout. - Toi ?

Il n'y a pas plus illettré que toi.

Attends de voir mes amis.

- Tu n'en as pas. - Toi non plus.

En plus, tu es vieille.

J'aimerais voir Henri Gaudier.

Le personnel n'a pas droit aux visites.

Mais c'est urgent.

Je suis sa sœur et...

Et sa pauvre mère est mourante. Mes condoléances.

Mais...

L'entrée de service est au coin de la rue.

Sale petit larbin.

Mon Dieu ! C'est un faussaire !

Au secours !

Mamelouchka !

Alors comme ça, je reçois un criminel.

Mieux vaut une bonne copie qu'un mauvais original.

Comment dit-on dessiner en polonais ?

N'en mets pas partout. Des noix.

Si des abrutis de riches ne font pas la différence

entre un Gaudier et un Gainsborough,

c'est leur problème.

Un jour, on contrefera mon travail.

Travail ?

Tu ne sais pas ce que c'est.

Dobrovski, c'est ça ?

Étoile du matin,

j'ai dobrovské sur la route de Paris à Marseille.

J'ai dobrovské au pays de Galles chez un charbonnier.

J'ai obtenu une bourse pour étudier le commerce

que j'ai abandonné pour ça.

Et bientôt, je serai à l'hospice.

Tu dois être ici pour faire les magasins.

Je suis venue finir mon livre, dans une atmosphère créative.

Tu dois créer ta propre atmosphère.

Couteau.

- Il y a quoi là-dedans ? - Dans ma malle ?

Mes affaires.

- Elle est pleine ? - Oui.

Qui t'a permis ?

Tu as trop de choses. Débarrasses-t'en.

Un artiste ne doit rien posséder ?

C'est dur de se contenter de rien après trente ans.

Trente ans. Que dis-je ? Vingt, dix...

Être seule, en avoir assez de rien, n'avoir rien dans la tête.

Ne plus vouloir se laver le visage. Poster une lettre est une corvée.

Seule. "Tu veux écrire ?" a dit ma mère.

Ma pauvre mère flasque,

friande de chocolat, je ne veux que ton bien,

toute déformée à force de mettre au monde des mort-nés.

Des garçons. Un jour, ils ont regardé entre mes jambes.

"Idiote. Elle ne sait pas écrire."

"Ma fille. Trouve-toi un mari aussi bête que toi."

"Tu écris ?"

"Pose ce livre.

Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?" Gentille demoiselle

papillon, casanière, qui lit, mange et dort.

Alors ils m'ont trouvé un dandy grossier

avec une maman riche.

"Une dot ? Père joue et laisse tout aux putains."

Et quand son dandy la plaque,

la laissée-pour-compte devient gouvernante.

Elle jongle entre le vomi et la merde.

Et le soir dans ta chambre, tu écris tes états d'âme.

Sensiblerie !

Mais qui va là ? C'est mon gentil employeur prêt à me sauter dessus !

Garde ton amour. Je sais ce que tu veux. Je suis une putain !

J'ai commencé plus de livres que tu ne feras jamais de dessins.

Mon livre parle du sommeil,

de cette substance épaisse sous laquelle on flotte

entre rêve et conscience,

à l'abri, on espère, mais la réalité nous rattrape.

Tu n'imagines pas ce que j'ai inventé pour y rester,

sous la surface,

à moitié endormie et à moitié réveillée,

laissant mes soucis avec mes habits.

Mais le loyer ne dort pas et le temps non plus !

On aurait dû se rencontrer il y a 20 ans.

Mon corps a fondu. Je suis toute maigre.

Je pourrais être ta mère. Bientôt décrépite.

Mais je ne pleure pas ma beauté perdue.

Mon visage n'a jamais été mon atout,

mais jeune, j'avais de l'avenir. Comme toi.

Je ne mérite pas ton amour, petit.

Aime-moi comme le veut l'amour et bientôt, tu me détesteras.

Tu es si jeune. Tu seras un grand artiste.

Choisis quelqu'un de plus aimable.

Le chou brûle.

Tu vas adorer ma mère. Elle est formidable.

- Elle vit à la campagne. - Ma mère biologique.

Ma vraie mère est...

Le Louvre !

N'importe quoi. On y exhibe de la camelote volée à des sauvages.

L'art est fait d'art.

- Tu ne disais pas ça hier. - C'était hier.

Tu as dit, et ne va pas me contredire,

que l'art d'aujourd'hui est fait d'aujourd'hui.

Et d'où crois-tu que vient aujourd'hui ? D'hier.

À moins d'une rupture dans le fil des jours depuis Babylone.

- Tu ne dis jamais la même chose. - Oui, je suis changeant.

Le soir, je me couche comme si j'allais mourir.

Et le matin, je me lève comme si j'étais immortel.

Et tu crois que je vais me jeter dans tes bras pour toujours ?

Tu ne tiendrais pas une semaine.

Je te porterai dans mon cœur où que mon esprit m'amène.

Excusez-moi.

Bonjour. Où est exposée la nouvelle tête primitive ?

- C'est par là, mais... - Merci.

Monsieur...

... veuillez m'excuser, mais votre chemise pend.

Et alors ? La plupart des gens ici sont nus !

Regarde.

Voilà où te mène ton esprit. Au viol !

Le viol des Sabines.

Il a d'autres choses qui pendent.

On dirait des statues de cire.

Tiens, tiens. On se fait un délire artistique ?

Je vais aller saluer la Mona Lisa.

C'est bien de vouloir saluer la Mona Lisa.

Je le fais moi-même tous les jours.

Par contre, je suis habillé correctement.

Madame, sortez vos mains de mon pantalon !

Une dernière chose.

Mon Dieu ! Mon frère ! C'est ici que tout a commencé.

- Votre voix ! - Et que tout s'achèvera.

Vous êtes dans un musée.

Et même si votre enthousiasme pour ces œuvres intemporelles...

me touche personnellement,

on ne veut pas déranger les contribuables

qui profitent des bienfaits de l'accès à la culture, non ?

Les déranger ? Justement, il faut les déranger !

Il faut les réveiller ! On n'est pas dans une morgue.

Ceci est une statue.

Très précieuse, si je puis me permettre.

Et si on laisse un visiteur la toucher,

tout le monde voudra la toucher.

L'art est vivant !

Appréciez-le.

Moquez-vous-en.

Aimez-le ou détestez-le,

mais ne le vénérez pas. On n'est pas dans une église.

Accrochez-le aux murs.

Torchez-vous avec.

Mais utilisez-le !

Je remplirai cette décharge demain.

Ça suffit.

Alors j'attendrai demain.

Espèce de gros lard ventru,

bon à rien, pistonné,

vandale à face de rat et aux jambes arquées !

Tu n'as pas de mère !

Ton père a chié contre un mur et le soleil t'a fait éclore !

- On reviendra. - Sûrement pas.

Je n'y remettrai plus jamais les pieds.

Qu'ils continuent à le climatiser pour les touristes américains.

Ta vraie mère est une vraie salope.

On va voir si ma mère biologique nous traitera mieux.

Comment ça ?

Quelques jours à la campagne nous feront du bien.

Et tes parents ? Je n'ai rien à me mettre.

- Je veux rentrer à la maison ! - On n'a pas de maison.

Henri !

Respire, Mamelouchka !

Qui est son éditeur ?

Elle en a plusieurs. Elle est connue à l'étranger.

On dirait une veuve.

Notre amour est platonique.

Quelle quiétude.

Votre voyage a été agréable, Mlle Brzeska ?

J'ai très peur des trains.

Nous les trouvons pratiques.

Où sommes-nous ?

Sur la propriété de la comtesse de Montmorency.

Nous sommes ses métayers.

Je vous remercie de m'accueillir.

On n'a plus de place dans la maison, mais on vous a aménagé la laiterie.

- Pas de problème. - On est une grande famille.

J'ai besoin d'être seule.

C'est une perle.

Tu la connais bien ?

Intimement.

- Ecoute... - Nos âmes rayonnent à l'unisson.

Ta mère s'inquiète.

Tes aïeux ont taillé la face ouest de la cathédrale de Chartres.

Tu sais ce qu'est la beauté.

La beauté est innée chez elle.

Bonjour, Emma !

Bonsoir.

- Que fais-tu là ? - Quoi ?

Que fais-tu là ?

Je m'assure que tu ne manques de rien.

C'était ma chambre avant.

Elle est magnifique et je n'ai besoin de rien.

Laisse-moi. Je suis fatiguée.

- Tu es fatiguée de moi ? - Non, tu me fatigues.

Et tes parents auront des ennuis si on te sait ici la nuit.

Bon, alors je te laisse.

Bonne nuit.

Bonne nuit, petit.

Engageons notre foi.

Oui, engageons notre foi.

Tu es sûr ?

Oui.

On doit s'offrir quelque chose.

Une chose qui perdurera.

Je t'offre mon nom !

Et je t'offre le mien !

Henri Gaudier Brzeska.

Sophie Gaudier Brzeska !

Je suis ton frère.

Et moi ta sœur.

Tu es mon amour.

Toute ma vie, j'ai attendu un tel amour.

Même quand tu étais jeune ? Très jeune ?

Oui, déjà.

Ne recevant pas d'amour de ma famille, je l'ai cherché ailleurs.

Une gouvernante vaut son pesant d'or

et voyager ouvre l'esprit.

Mais les mères deviennent jalouses et les pères lascifs.

Et on se retrouve seule dans un pays étranger.

Que vaut alors l'amour ? Et on se contente d'autre chose.

De l'amitié ?

De la camaraderie ?

De moins que ça.

De la charité.

De moins que ça même. On se contente de...

ce qui se présente.

Je suis venue à Paris pour me suicider,

mais j'ai eu peur des vers et de l'obscurité.

Ma sœur...

Ma petite sœur Mamelouchka.

Tu as trouvé ton amant.

Et on ne vivra que l'un pour l'autre.

Et tu œuvreras pour tout le monde.

Et toi aussi.

Bon !

Levez-vous de ce lit !

Allez. M. le maire a une lettre à vous lire.

"Cher monsieur",

c'est moi...

"J'ai le regret de vous informer

qu'une femme d'origine étrangère

reçoit la visite indécente d'hommes dans la laiterie de la comtesse.

En tant que maire du district, vous devez expulser cette étrangère,

non seulement de la propriété, mais de tout le district."

La signature est illisible.

Bien. Faites la queue. Dehors. Les plus jeunes devant.

Allez !

Je t'en prie, mon fils. Renvoie-la. Reste avec nous.

Vermine !

Rebuts du genre humain, dehors !

Comment osez-vous ?

Dehors !

Salutations, père !

Aide-nous à trouver une chambre bon marché à Londres !

Merci, madame.

Merci !

Monsieur !

Salut ! Il est à moi.

Par la sainte prière, redonne-moi la vie.

Dominus vobiscum.

J'ai grandi au couvent. Je suis propre et bien tendue.

Six pence la passe,

cinq shillings la nuit, avec une gâterie en prime.

Trop généreux l'abbé, tu pourrais chier des truffes.

Que Dieu te bénisse, ma sœur !

Où en est ton roman en trois tomes ?

Tu as reçu une lettre.

Ouvre-la.

Si tu lisais moins, tu avancerais un peu.

Avec ce vacarme ?

Quand ce n'est pas les transports, c'est l'humidité, le brouillard

ou la bonne idée.

Il n'y a que l'instant présent !

Tu as un travail !

Quoi ?

Tu as un travail !

55 shillings par mois !

55 shillings par mois !

J'ai tout ce que je veux !

Mon atelier, mon travail,

des chefs-d'œuvre...

et ma femme !

Qu'est-ce qu'un bon bourgeois peut demander de plus ?

Tu veux un baiser ?

Au viol !

Quoi ? Non !

Arrête.

Fais-moi l'amour, Mamelouchka.

Arrête.

Combien de fois dois-je te dire que je n'aime pas le sexe ?

Tu ne penses qu'à ça.

Encore 9 faits divers d'exhibitionnisme.

- À cause de femmes comme toi. - Si tu veux du sexe,

trouve-toi une prostituée.

Alors donne-moi l'argent.

Cinq shillings ! Tu as perdu la tête ?

Je ne vais pas livrer mon tendre corps

à une putain à cinq shillings.

On n'a pas les moyens.

Alors économisons en consommant à la maison.

Très bien.

Dieu vous bénisse, mon frère.

T'es embauchée.

Pourquoi fais-tu ça ?

Tu vas émousser mon amour pour toi !

"Messieurs,

Nous vous remercions de votre courrier du 4 octobre 1912

que nous avons reçu aujourd'hui."

Gaudier ?

Occupez-vous de cette facture en polonais.

Demain, M. Saltzman. Je dois la montrer à ma sœur polack.

Corky a hâte de vous rencontrer, vous et votre sœur.

Vous n'avez pas oublié M. Corky ?

Mon ami le marchand d'art.

- Je n'oublie jamais personne. - Bien.

Mais vous savez qu'il dîne avec vous deux ce soir ?

Galupski, Peroshki, Oubliski.

Elle s'affaire depuis ce matin.

Votre dessin a ravi Mme Saltzman.

Il est accroché dans le salon.

Courage, Mamelouchka !

Grâce à mon patron, je vais rencontrer M. Porky,

un marchand d'art réputé dans le monde entier.

Il est implanté à Londres, New York et Paris.

Tu serais bientôt une femme riche.

En attendant, j'ai postulé à Blandford.

Tu es trop bien. Tu es la sœur du plus grand sculpteur au monde.

Le dîner est prêt, génie.

Mais je garde un train de vie modeste.

Un grand artiste doit rester en contact avec les gens.

Ah, les gens !

Soupe de cresson hors saison et lait de chèvre afghane.

Et les derniers harengs.

Garde ça au chaud.

J'ai invité mon marchand d'art à dîner.

Ce soir ?

Et il me dit ça maintenant !

Mon Dieu.

Le voilà !

On est riches ! Commence à dépenser !

M. Porky, je présume ?

Excusez-moi...

Je m'appelle Angus Corky.

Et moi, Henri Gaudier McBrzeska.

Des bricoles. Une fois outillé, je démarre la gravure sur pierre.

- Je vous procurerai les outils. - Merci.

Vous aimez ?

Beaucoup.

J'ai tout de suite vu que vous étiez un génie.

Accepteriez-vous cinq livres ?

Combien ?

Cinq livres.

Shakespeare !

Je n'ai pas les moyens de prendre tout ça !

- Il y en a beaucoup. - Je prends celui-ci pour commencer.

C'est cinq livres pièce ?

Bien sûr !

Vous êtes un idiot !

Voici mon marchand d'art !

Celui de Paris et Berlin ?

Il vient de m'acheter un de mes dessins cinq livres.

M. Angus Porky, je vous présente ma sœur,

Mlle Sophie Gaudier Brzeska.

Je suis enchanté de faire votre connaissance, Mlle.

Et pour moi, c'est un honneur, M. Porky.

Délicieux !

À vos groins, amis porcins !

Commencez, M. Porky.

Les légumes qu'on aime ne sont pas de saison.

- On est pauvres. - On a cinq livres.

Je suis... Je n'ai pas réellement...

J'ai menti pour l'argent. Je lui ai donné les dessins.

N'est-ce pas ?

Vous l'aurez demain. C'est promis.

Tu vois ?

Le dîner va refroidir.

Il paiera. Je le sais.

C'est juste qu'on t'abuse si facilement.

- Je préfère ça au contraire. - Ce n'est pas la question.

C'est moi l'hôte...

Typique. Il est l'hôte. Et moi, je suis la putain ?

- Qui achète à manger ? - Qui paie le loyer ?

Qui achète des colifichets inutiles ?

- Fallait pas. - C'est pour moi.

Pour le costume que j'étrennerai à l'exposition que Porky

m'a promise. Rien de grand,

mais elle ravira le public amateur d'art.

- Un signe de soumission. - Un geste révolutionnaire.

Je vais devoir les porter. Tu n'as pas les oreilles percées.

Aussitôt dit, aussitôt fait !

Arrête ! On te prendra pour une tante.

Les gens les adorent !

Tu connais le public. Un artiste doit être misérable.

L'art, c'est la révolution !

Arrête !

En me voyant dans ma splendeur barbare,

ils comprendront qu'hommes et femmes sont semblables.

Espèce de...

Tu es fou ?

Je me rends !

J'aimerais que vous veniez dîner chez moi un de ces soirs.

Arrête, petit !

Venez ! Bientôt.

Je me rends !

Un tigre brûlant dans la nuit.

Le corps d'une femme brûlant le jour.

Des lumières et ombres sensuelles,

mais avec des sons qui remplacent les tons.

Ça ressemble plus à Blake qu'à Debussy.

Je ne sens pas de tigres, mais une forte odeur de sexe.

Je vois de la lumière.

On ne voit que ça chez un impressionniste.

Je croyais que c'était un ballet sur l'homosexualité.

Typique

de Diaghilev.

Il se serait fait tout le corps de ballet :

garçons, filles et tous les électriciens.

Associez-vous l'impressionnisme à l'homosexualité, M. Brzeska ?

Beaucoup de queues.

On dîne ?

- Avez-vous lu le dernier Hardy ? - Que les critiques.

Je ne les lis pas.

- Salauds. Fumiers. - Je n'y crois pas.

Comment s'informer sinon ?

S'informer ?

Les critiques informent tout juste un pygmée inculte.

Exact.

Tu me reproches d'ignorer les journaux.

C'est l'actualité qui compte, pas les avis.

Comment les distinguer ?

Je ne le fais pas. Je me torche avec.

Pippa, je vous ressers du cidre.

Mavis ?

M. Shaw...

Combien vous rapporte l'art par an ?

Plus que Tom ne gagne en publiant mes livres.

Vous oubliez les frais généraux.

Vos bijoux en font partie ?

Et s'il y a la guerre, Lionel gagnera encore plus.

Les réfugiés vous échangeront une statue contre un passeport.

Un Michel-Ange contre un passeport américain ? C'est donné.

Mais s'il y a la guerre, elle tuera aussi les artistes.

Mais pas les marchands.

Tom ! C'est cruel de dire ça.

J'aime la guerre.

Elle fait du bien à l'âme humaine.

J'aime surtout les grandes guerres.

- Il n'est pas sérieux. - Si. Les gens aiment la guerre...

"Ou il n'y en aurait pas autant." Si tu redis ça, je...

Quoi ?

Elle versera une larme pacifiste.

Pourquoi tout ramener à soi ?

Les hommes le font toujours.

Quelle est votre activité, Mlle Brzeska ?

J'écris.

Elle chante aussi.

Je suis écrivain.

Et qu'avez-vous publié récemment ?

Le 3e tome de son roman philosophique en 9 tomes

a été salué unanimement à Moscou.

Trois parus et six tapuscrits ?

Exact. Mais ma sœur préfère écrire à la main.

Connaissez-vous des chants du folklore polonais ?

Je déteste les paysans et leurs horribles chants !

C'est une noble.

Je suis communiste.

Alors je vous décapiterai !

Une chanson

intitulée "Mazurka mélancolique"

traduite du polonais par Sophie Gaudier Brzeska.

Deux puces dans une rhubarbe Appelées Toi et Moi

Toi avait un bâton et Moi un droit On était des hommes de biens

Mais débarqua Sam l'idiot Un homme inculte

Qui rêvait et s'empiffrait

Et riait de bon cœur

Il vit qu'on était des puces d'esprit

Alors il nous cracha Droit dans les yeux

Et rit de bon cœur

Très beau.

J'ai bien aimé. Mais c'est vous que je n'aime pas.

Vous avez mauvaise haleine.

Sûrement pas plus que vos pieds.

Quel est votre matériau préféré, M. Brzesky ?

Brzeska. La pierre.

- Le granit ? - Non, le marbre.

Vous sauriez graver du granit ?

Bien sûr.

Vous avec beaucoup travaillé le marbre ?

Mon frère grave sur toutes les pierres.

Je préfère le marbre.

Sophie, vous m'aidez pour le café ?

Excusez-moi.

Shaw va le coincer si on n'est pas plus prudents.

Comment ?

Il voudra voir ses pierres inexistantes.

Je vais le ramener à la maison.

Vous sculptez d'après modèle vivant ?

Vivant, mort. Tout est bon.

Henri, on doit rentrer.

En fait, je viens de finir un buste en marbre,

néoclassique.

Je veux poser pour vous. Si vous voulez.

Il serait ravi.

Je suis fatiguée. Rentrons.

- On va rater le dernier bus. - Assieds-toi.

Je mange mon dessert.

Votre nouveau buste néoclassique, puis-je venir le voir ?

- Volontiers. - Quand ?

Demain à huit heures.

Je vais au théâtre.

À huit heures du matin ?

Disons 9 h.

Bien. M. Porky vous donnera l'adresse de mon atelier.

Au revoir.

Petit, tu as fait fort cette fois !

Au revoir.

Le sculpteur de Corky est absolument divin !

Espérons que son talent mûrisse.

On verra. On devient plus facilement Premier ministre qu'artiste.

Elle m'insupporte. On respire sans elle.

Et comment.

Vous devez revenir.

Porky ! Allez !

Pardon, madame. Mauvaise fenêtre.

Venez ! Allons chercher la pierre de Shaw.

Et ramenez les fameux outils.

Tout est fermé !

- Dobrovski Porcovski ! - Allez !

Est-ce que ça ferait l'affaire ?

Trop veiné.

Ce serait bien que tu te décides.

On est trop près de l'avenue principale.

Allez, arrête de jouer.

On n'achète pas des légumes.

Choisir la bonne pierre est un acte créatif.

Michel-Ange passait six mois dans sa carrière avant de choisir.

Tu détestes Michel-Ange !

Je dois avouer qu'il s'améliore.

- De plus en plus. - Eurêka !

On a trouvé.

Allez, vite.

Tu seras damné par...

Edward Timothy West !

N'importe quoi !

Il me bénira de l'avoir débarrassé d'un poids.

Pour l'amour de Dieu !

Cette remarque est déplacée.

Je suis trempé !

Pensez à l'exode des Juifs.

Je ne suis pas Juif !

Je vous en prie, Gaudier. On se boit une tasse de thé ?

Pas de pause.

Quelle heure est-il ?

Il doit être trois heures.

Il nous reste six heures.

Shaw ne viendra pas.

Je le connais. Il ne quitte jamais la galerie avant midi.

Oh que si, il viendra !

Il aura sa pierre. À neuf heures tapantes.

Votre thé est excellent, Sophie.

Ça fait du bien d'être appréciée.

Bon. Je vais vous raconter une histoire.

J'espère que je ne la connais pas.

Un homme marche dans un champ

et il tombe sur un petit oiseau,

bien trop jeune pour voler.

Que c'est mignon.

En fait s'il ne faisait rien, le petit oiseau allait mourir.

Tout près de là,

il y avait une belle bouse de vache encore fumante.

Alors,

il prit le petit oiseau,

fit un trou dans la bouse

et y installa le petit oiseau.

Après quelque temps, avec la chaleur et le délicieux arôme,

le petit oiseau se requinqua et se mit à gazouiller.

"Cui-cui, cui-cui..."

Un renard marchait le long du fossé.

Il entendit le petit oiseau gazouiller,

alla voir ce qui se passait et crac...

il lui arracha la tête.

La morale est la suivante : ce ne sont pas toujours vos ennemis

qui vous mettent dans la merde et vos amis qui vous en sortent.

Mais quand vous y êtes,

fermez-la.

J'ai sommeil.

Ce n'est pas de chance. Va te trouver un banc dans le parc.

Vas-y, c'est à côté.

Ton admirateur, M. Porky, va t'accompagner.

D'accord.

Je suis odieux, Mamelouchkina.

Ma chère moitié, mon électron libre,

ma vie en dehors de ma vie,

qui m'évoque sans cesse la splendeur.

Ma douce voix,

ma joie dans la tristesse...

Pas vous, Porkum chéri.

J'ai encore besoin de vous.

Mettez le burin dans le poêle

et entretenez le feu.

Je suis mort de fatigue !

Vous savez comment j'aime travailler ?

Quand chaque coup est précis.

Quand on peut voir ce qu'on veut dans la pierre

avant d'y toucher.

Burin !

Pas de perte de temps.

Demandez à un charpentier.

Et pourtant...

à moins de laisser la pierre vous influencer,

à moins de la laisser en grande partie vous guider,

vous êtes perdu.

Chaque coup doit être franc.

Chaque coup est un risque.

Votre vie est entre vos mains.

On reconnaît un mauvais artiste,

comme un mauvais médecin,

au fait qu'il garde une part de secret dans son travail.

Il y a certes du mystère,

mais il y en a autant pour l'auteur que pour le spectateur.

Il y en a autant !

J'ai besoin d'un public.

Il n'y a pas d'artiste pouvant se passer du public.

Enfin, peut-être que si.

Mais dans ce cas, c'est un saint et un artiste.

Et d'abord un saint.

Prenez Cézanne, le vieux grincheux.

C'était un saint.

Il peignait toute la sainte journée et ne vendait rien.

Mais peu importe, son père était banquier.

Achetez ses tableaux, Porkum.

Ils assureront nos vieux jours quand on sera gris et fatigués.

Mais vous auriez tort de croire à ces histoires de génie solitaire.

Moi j'y crois, parce que ça me fait plaisir.

Il n'y a pas de mal à cela.

Si je n'y prends pas de plaisir, que peuvent en tirer les autres ?

C'est ça, le mystère.

Pourquoi quelqu'un voudrait-il voir mon travail

et l'acheter à bon prix ?

C'est étonnant.

Pourquoi ne font-ils pas leurs propres œuvres ?

L'œuvre d'un autre ne m'intéresse que si je peux m'en inspirer,

lui emprunter des idées.

Et pourtant,

si personne n'est là pour le voir,

alors zut, comme dirait ma sœur divine,

ce n'est qu'un morceau de pierre.

Mettez la cathédrale Saint-Paul dans une boîte en carton

et qu'obtenez-vous ?

Une boîte très lourde.

Au travail, braves citoyens,

repus par un œuf à la coque.

Vous n'avez jamais vraiment travaillé de toute votre vie.

À nous, ma petite chérie d'amour...

On affine l'omoplate,

on lime ton petit sein...

Tu voulais nous prendre en défaut, hein ?

M. Bronski ?

Quel numéro ?

Vingt-cinq. C'est vous, M. Bronski ?

Je suis Bronski, le célèbre neurochirurgien.

Un télégramme.

Lisez-le-moi.

"Désolé.

J'ai un autre rendez-vous à la galerie.

Passez. Shaw."

Neuf heures !

Lâchez-moi !

Je suis un vandale. Je ne mérite pas d'être libre.

Laissez-moi entrer dans la cellule !

Arrête, petit. Shaw a retiré sa plainte.

- Porky a payé la vitrine. - Comme acompte pour la statue.

De quel droit avez-vous payé ? Je tiens à vous rembourser.

En tant que votre agent, je vends vos œuvres à qui je veux.

Moi y compris !

Vous m'empêchez d'être puni.

Vous l'avez fait pour moi, pas pour mon travail.

Si mon acte reste impuni, il ne vaut rien.

Vous m'exaspérez !

Je ne veux pas m'en tirer. C'est comme si je n'avais rien fait.

Je l'ai fait ! Et j'en suis fier !

On t'expulserait !

Allez, n'en parlons plus.

Je dois partir, Porky. Henri m'épuise.

Vous voulez vraiment être à nouveau gouvernante ?

Oui. Je pourrai me consacrer à l'écriture.

On aura bientôt épuisé mes économies.

Et son salaire est englouti par l'achat de matériel.

- Sophie, laissez-moi... - Arrêtez.

Mais c'est gentil de payer le taxi.

De toute façon, je veux partir. Même si je l'aime.

Je veux être seule quelques mois.

Prenez soin de lui.

- Je ne viens pas à la gare. - Au revoir.

Je dois trouver du travail.

- Désolée pour ton travail. - Ce n'est pas une grande perte.

Il en retrouvera vite un autre.

- Tu m'écriras ? - À Paddington.

- Bien sûr. - Gardez la monnaie.

Tiens.

Au revoir ! Je suis désolée !

Je comprends. Moi aussi, j'aime être seul.

Enfin libre ! Venez, Porky. Trouvons-nous des femmes !

On pourrait aller voir Mavis Coldstream.

Quelles femmes ! Rondes, sexy, aux gros seins, croqueuses...

Pardon. Auriez-vous du feu ?

Oui, bien sûr.

- Mais... - Attendez moi.

Pour le droit de vote des femmes !

Le droit de vote aux femmes !

Mon Dieu ! Regardez-moi cette femme.

Votre chapeau.

Une contribution. Votre épouse vous remerciera.

- Elle mérite la cravache. - Sûrement pas.

Quelqu'un qui réchauffe les passants par une nuit froide a du mérite.

Allez, mesdames ! Réveillez-vous.

- Chaud les marrons ! - Rejoignez-nous.

Battez-vous, mesdames !

Pour le droit de vote des femmes !

Venez, Porky ! Suivons-la.

Le Vortex, la nouvelle boîte de Shaw.

Elle pourrait être en danger !

Un instant. Montrez-moi votre carte de membre.

Pourquoi donner le droit de vote à une femme ?

Elle a mieux à faire avec sa croix.

Elle règne dans l'ombre depuis dix mille ans

et elle ne veut pas changer de patron,

car il pourrait être difficile à gérer

et on n'attire pas un homme dans le mariage

à moins d'en faire un roi.

Esclaves à la voix douce, vous gérez déjà les vagues,

alors pourquoi gâcher une si bonne chose ?

Les grands peintres exploitent leurs jeunes maîtresses !

La voilà. Elle doit être réfractaire au feu.

Montre-nous ta culotte !

Taisez-vous !

Bonsoir.

J'aime les chevaux autant que vous

Pourquoi je fais tout ça ?

Ma mère respecte les consignes du pape

Mais au diable la vertu, je veux voter !

Pour le droit de vote des femmes !

- Qui est-elle ? - Gosh. Sublime, non ?

- Gosh ? C'est une éjaculation. - Elle en mérite une.

Encore !

À poil, Gosh ! Tu as un cul magnifique.

Un cul magnifique !

Si notre ami européen a déchargé sa fougue créative...

Je ne sais pas lire. Je ne vous comprends pas !

Un peu de sérieux.

Merci pour votre chanson, Gosh.

Attention à ne pas lacérer un bon tableau par accident.

Dans un instant, Mlle Gosh va vous parler du Mouvement...

- Accouche ! - des...

- Mouvement des Suffragettes. - C'est ça.

Donnez-lui le droit de vote et déshabillez-la !

Asseyez-vous !

On espérait enchaîner par un croquis de Pablo Picasso.

Jamais entendu parler !

Mais le lundi, il donne son cours de dessin.

Ça tombe bien. Je vais le remplacer.

Un poème par le nouveau génie sur Terre :

"Béton" par Henri Gaudier Brzeska. La Marche du maestro.

- Mon assistante, Mlle Gosh... - Gosh Boyle.

Déshabille-toi.

Un, deux...

Ses seins sont en béton Son âme en confiture

Du jus de tomate coule de son nez Le rêve du père de famille

Un verre de paraffine Ou une chaussette imbibée de whisky

Pour boire à ma Vénus Et son superbe entrecuisse

Vive la liberté d'expression !

Je viens de trouver une chanson plus osée.

Non, oubliez-les.

- On a bien mieux à faire. - Quoi ?

Faire sauter l'Académie des Beaux-Arts !

Comme je viens, je t'apporterai la grammaire au lieu de l'envoyer.

Vu que tu n'as pas droit aux visites masculines,

retrouvons-nous à Portland, une station balnéaire à mi-chemin.

Je prendrai le train de 14 h 22 de Waterloo.

Le train de 14 h 22 de Waterloo entre en gare quai numéro quatre.

Arrêts à Lyme Regis, Teignmouth et Exeter.

J'ai pris le train d'avant, mais il ne s'est pas arrêté.

Petit, arrête !

Un train !

Monte !

Monte !

Avant tout, restons calmes.

- Ne nous faisons pas de la peine. - Soyons sereins.

Tout ce que tu dis.

Celles-ci sont de la part de Porky et celles-ci de moi.

Une chambre pour deux où je pourrais cuire des harengs pour mon frère.

Désolée, notre Ethel a oublié de tourner le panneau.

Chambres libres/Complet

Où est-on ? À Saint-Moritz ?

- En plein hiver, tout est complet ? - Ça va. Je veux voir la mer.

- Ça fait 30 ans. - Attends.

Auriez-vous une chambre pour mon frère et moi

- où je pourrais cuire des harengs ? - Oublie ça. Où est la mer ?

Au bout du chemin là-bas.

Merci.

Henri, attends-moi !

Reviens ! On doit se trouver une chambre.

Plus tard ! La journée est déjà bien entamée.

- Et la nuit ? - Ce que tu peux être négative.

Petit, attends-moi.

Tu vas me semer.

Salaud !

Saletés de harengs !

C'est un petit morveux pourri gâté.

Il me déteste.

Les péquenauds me dévisagent quand je passe.

Moches comme des porcs imbibés de bière.

Ils me croient une fille facile. Obsédés sexuels ! Ils me dégoûtent.

L'ancienne gouvernante est morte de la tuberculose,

alors je lave la chambre à l'eau bouillante chaque semaine.

Impossible d'écrire.

Le clair de lune au-dessus de ma tête, menaçant, horrible...

- Tu peux toujours rentrer. - Bientôt, petit.

Je me bats contre des moulins.

Pourquoi on est passés par là ?

J'ai quelque chose à te dire.

Tu m'écoutes ?

Oui. Je t'entends même avec les yeux fermés.

Porky va me dédier une exposition.

- Vraiment ? - Vraiment.

Je suis si contente pour toi !

Ce sera une réussite.

Des milliers de visiteurs. Je couvrirai le sol de dessins.

- Ils seront abîmés. - Que les mauvais.

Ce sera mon univers.

Je veux qu'on t'admire.

C'est toi qui rédigeras le catalogue.

- Porky est plus qualifié. - Non.

- Je n'ai jamais fait ça. - Tu es écrivain, non ?

Mon Dieu ! Regarde.

Avec ces pierres, j'en ai au moins pour 15 jours !

Je le sens !

Jolie pierre.

Ô Dieu Soleil ! Regardez la joie de vos enfants.

Danse, Sophie. Danse !

Restons ici pour toujours.

On vivra dans une cabane.

On fera l'exposition ici.

Les clients expédieront leurs statues par bateau.

Une flotte de Gaudier s'étendant jusqu'à l'horizon.

Imagine un peu.

Je peux y arriver.

Je trouverai un atelier.

Je sais que je peux y arriver.

Ce ne sera pas un catalogue ordinaire.

Ce sera un poème,

un hymne à la vérité.

Et à la beauté !

Je suis si heureuse !

Voici ta belle maison !

C'est bien ! Elle est vraiment belle !

Et c'est calme.

Et très aéré.

Je t'aime, Sophie. Je t'aime.

Je suis désolé si je t'ai fait du mal.

Je suis cruel, parce que j'ai peur.

J'ai peur que tu me quittes. Que tu ne m'aimes pas.

Mais tu m'aimes, je le sais !

Oui.

Bien sûr que oui.

Je t'aime.

Mon amour...

Mon seul et unique amour...

Non !

Il ne faut pas !

Je suis désolée ! Je suis folle.

Pourquoi ?

Après l'exposition, tu seras riche et célèbre !

Alors si tu...

- Ça ne changera rien. - On verra.

Si tu m'aimes toujours, alors on se mariera peut-être.

Viens. La nuit tombe.

Où est mon sac ?

Tu l'as vu ?

Quand je dansais.

Il doit être par ici.

Où est-il ? Mais où est-il ? Bon sang !

Tu me trouves belle ?

Tu feras l'affaire.

Sexy ?

Sexy ? Je croyais que c'était une insulte pour les suffragettes.

J'en ai assez de la politique.

- Je veux être une artiste. - Excellent.

On a besoin de plus d'artistes et de moins de politiciens.

Tous mes amants sont des poètes.

Tu veux voir mes poèmes ?

Montre-les à ma sœur quand elle reviendra.

Elle sait tout...

Pourquoi parles-tu sans arrêt de ta sœur ?

J'espère qu'elle ne reviendra jamais. Tu me saoules avec elle.

Tu as hâte de sculpter papa ?

Surtout d'être payé.

Ou à quoi bon avoir traîné tant d'argile jusqu'ici ?

Tu m'apprends à sculpter ?

Leçon numéro un :

arrête de coucher avec des poètes et fréquente des carriers.

Tu y trouveras plus de plaisir.

Peu importe ce que je fais, tant que c'est créatif.

Je veux laisser à la postérité quelque chose de nouveau.

Les toilettes sont dehors.

Je m'ennuie tellement !

Mon astrologue dit que les vierges sont sujets à l'ennui cosmique.

J'ai une idée !

Je danserai nue à ton exposition.

J'exécuterai la danse de l'esprit de la nature.

Tu crois que les animaux ont une âme ?

Papa trouve qu'Hannibal est presque humain.

Il a l'allure d'un grand général.

Je dors chez toi ce soir.

Bonjour, papa !

- Bonjour, Mlle. - Bonjour.

Ravi que vous soyez ponctuel.

- Donnez-lui les mesures, Brown. - À vos ordres !

Elles sont précises. Mon tailleur me les a données.

Papa ! M. Brzeska est un artiste.

Il a l'air bien pauvre pour un artiste.

C'est pour ça que je suis bon marché.

Vous voulez que je pose ?

Non. Restez sur votre cheval. Je vous sculpterai tel quel,

au milieu du crottin.

Si ce n'est pas ressemblant, je ne paie pas.

Si vous vous redécouvrez, vous paierez plus.

Pas de verbiages sur la vision artistique.

On est ici pour faire un souvenir de régiment.

Quelque chose qu'un soldat aguerri puisse distinguer à 40 pas.

Il te faut un photographe.

Franchement, j'aurais préféré.

C'est plus rapide et plus propre !

Je vous préviens, commandant Boyle,

je facture au centimètre cube.

Dans ce cas, peut-être un portrait en buste.

La moitié du régiment rêve de faire ça.

Quand va débuter la guerre ?

La première semaine d'août serait idéale.

Vous êtes sûr de votre nez ?

- Vous pensez qu'on gagnera ? - Difficile à dire.

Quand je vois nos recrues, on pourrait se prendre une raclée.

Vous faites ce nez trop long.

Il va rétrécir.

Certains jeunes préféreraient la prison à la guerre.

Oui. C'est une histoire d'éducation.

C'est tous ces idéaux, comme l'art etc.

L'art n'a jamais gagné de guerre.

Il n'y a pas de plus grand idéal que le patriotisme.

Où sont les braves jeunes gens d'antan ?

Ils sont morts.

Seriez-vous prêt à mourir pour votre pays ?

Vous avez raison. Ce nez est trop long.

Alors ?

Absolument.

Vous pouvez me croire,

dans moins d'un an, on sera en guerre.

Faudrait le jeter en prison.

Les prisons sont pleines. Faut le tuer.

Et dire que c'était écrit. On est arrivés.

Tu vis dans ce trou ?

Pourquoi dessiner ça quand tu peux m'avoir nue ?

Si on est entourés des clochards, il faut les dessiner.

Prépare le thé.

C'est une vraie écurie !

Bonjour, Madame. Je peux vous aider ?

J'ignorais qu'il avait une servante.

Je veux bien du thé.

Bien sûr, Madame. Indien ou chinois ?

Indien avec un nuage de chinois.

Vous avez rendez-vous pour voir des dessins ?

Non. Je suis son modèle.

Pardon.

Petite conne ! Je vais en parler à ton maître.

C'est moi. Désolée de te décevoir. J'aurais dû te prévenir.

Bonjour !

- C'est tout ce que tu as à dire ? - Aurais-tu une cigarette ?

Mon Dieu. Je n'avais pas compris.

- Oui. Tiens, chéri. - Merci, chérie.

Vous êtes chéris ? Ne vous occupez pas de moi.

Je vais continuer à nettoyer la porcherie.

Arrête ça, petit.

Réserve ça à ton soi-disant modèle.

Faites comme si je n'étais pas là.

D'accord.

Gosh, montre-moi encore ce que tu as appris rive gauche.

J'ai le temps, chéri, si tu as l'énergie.

- Chatte en liberté. - Casse-pieds étranger.

En tout cas, tu ne craches pas sur sa queue.

T'y connais quoi aux hommes ?

J'en ai eu plus que toi d'invitations à dîner.

Petite bourgeoise demeurée.

- Tu ne distinguerais pas... - Deux puces dans une rhubarbe

Appelées Toi et Moi...

Bientôt tu vas crier : "Ne remets plus les pieds chez moi"

et tout ce qu'un propriétaire peut dire.

Tu es une artiste !

On t'a mal éduquée.

Tu es cultivée

et donc perdue.

Retourne à la campagne

te trouver un brave laboureur.

Quelqu'un de ton âge.

Quelqu'un qui lise dans tes pensées

devant un joli tas de fumier.

Tu ne peux pas aider Gaudier.

Tu veux qu'il échoue.

Comme toi !

Quand tu auras repris tes esprits,

tu me trouveras chez papa.

Tu n'as pas changé.

C'est si bon d'être de retour.

Serre-moi dans tes bras. Serre-moi fort.

Il n'en est pas question !

On ne peut pas se payer deux chambres.

On a déjà vécu ensemble, pourquoi arrêter ?

C'est à deux minutes d'ici.

Deux minutes, deux millions

de milliards années-lumière !

Quelle différence ?

Tu veux ta chambre,

alors soit !

Je ne peux pas vivre avec tout ce bruit !

Jour et nuit.

Fichue exposition. Porky aurait mieux fait de s'abstenir.

N'oublie pas ta promesse.

Tu l'auras, ton catalogue.

Tu as dit qu'on se marierait après l'exposition.

Je n'ai jamais dit ça.

J'ai dit qu'on verrait.

Tu as promis.

On verra.

J'ai dit qu'on verrait.

Henri !

N'est-ce pas merveilleux ?

La section féminine. J'ai conçu le sac moi-même.

- Ravi que tu crées enfin. - Tu pars quand ?

Où ?

Où tout le monde va, imbécile. Au front.

Tu aimes les dragons français ?

Je sais.

Papa connaît le commandant des Artists's Rifles.

Il te nommera officier.

- Alors ? - Alors ?

Tu choisis quel régiment ?

Je reste. Avec ces oiseaux.

Où pourrais-je voir un tel oiseau ?

Là où tu soigneras le front légèrement ouvert d'un bel officier

avec des fusées éclairant ta jolie tenue de soldat.

Que vas-tu faire ?

Sculpter. Lâche-moi.

Espèce de sale traître !

Tu crois que ta camelote tuera nos ennemis ?

Je pourrais déjà te fendre le crâne avec.

Je ne suis pas l'ennemi.

Ceux qui parlent d'ennemis sont mes ennemis.

Tu te prends pour le nouveau messie !

Le Kaiser a eu raison de brûler les toiles de ce métèque de Picasso.

Les pseudo artistes modernes, vous n'êtes que des lâches.

Oui !

On en aura bientôt assez pour une belle exposition à Noël.

Tout sera fini à Noël.

Et comment dois-je répertorier la pièce numéro 52 ?

À vous de la baptiser.

D'accord.

Que pensez-vous de "Mortier de tranchée tirant une grenade" ?

"Oiseau avalant un poisson"

Vos parents sont-ils à l'abri ?

Pour l'heure.

Vous ne devinerez jamais.

Augustus John vient de s'engager.

Je le croyais pacifiste.

Non, c'est un artiste de guerre officiel.

Il ne se bat pas, mais il est officier.

Un pinceau et l'uniforme du roi.

L'hypocrite.

Et on ne l'apprécie pas moins pour autant.

Mon effort est tout aussi important que l'effort de guerre.

Et vous, quand partez-vous ?

J'ai un problème de vessie.

Alors allez pisser ailleurs.

Que deviennent ces soi-disant œuvres une fois vendues ?

Elles se retrouvent chez les riches

à l'abri des regards pendant 200 ans

ou sont vendues à l'étranger.

- Comment est ta chambre ? - Bien.

Un parasite qui vit aux dépends d'un autre

peut toujours dire qu'il s'efforce de tuer son hôte.

Je ne suis pas un parasite.

J'apporte ma contribution.

Tu amuses les intellectuels.

Rien de plus.

Comment puis-je amuser plus malin que moi ?

C'est le rôle des médiocres.

Mon œuvre aidera les gens.

Je suis sérieux et je me fiche de ce qu'on dit.

La beauté existe et ça aide. Vraiment, ça aide.

La cathédrale de Reims en feu. Avancée allemande.

Les Alliés battent en retraite.

Edition spéciale ! Toutes les informations.

Paris menacée.

The Standard, toutes les informations.

Grande avancée allemande.

La cathédrale de Reims en feu.

The Standard ! Edition spéciale...

Ouvre-moi ! Je veux faire de toi une femme honnête.

Vas-t'en, petit.

Vas-t'en, petit ! J'en ai assez de tes ruses.

Marions-nous. Je pars me battre.

Arrête de dire des bêtises. Rentre te coucher !

On se mariera après l'exposition comme j'ai dit.

Courage, Mamelouchka.

"Mon cher Henri,

Je ne t'ai pas cru quand tu as dit que tu partais te battre.

J'ai voulu te rappeler, mais tu étais parti.

Je t'épouserai après l'exposition comme je l'ai dit.

Bien sûr que je t'aime.

Je t'ai toujours aimé.

Prends bien soin de toi."

"Je ne m'ennuie pas dans les tranchées.

Je sculpte des petites pièces.

Récemment, j'ai fait une statue de mère avec enfant

avec la crosse d'un fusil allemand.

C'est du noyer de qualité,

mais j'ai réussi à le sculpter avec un simple couteau.

C'est une pièce vendable.

Ces douze derniers jours, j'ai réussi à fâcher l'ennemi.

À 50 mètres d'eux, j'ai sonné des fausses alertes avec un clairon.

Il se fait encore remarquer.

Puis je les ai insultés

et je suis sorti de la tranchée avec un journal français.

Un Allemand est venu me l'échanger contre la Hanover Zeitung.

C'était très amusant,

mais j'en ai profité pour découvrir un avant-poste

sur lequel j'ai dirigé notre artillerie.

À 15 h, quatre obus le touchèrent envoyant vingt gars au ciel.

J'aime la guerre.

Il y a beaucoup d'action.

Toutes les nuits, on sort tuer des Allemands.

J'en ai tué au moins quatre.

L'explosion des obus

m'évoque le tonnerre

et je regarde le ciel en disant "Père".

Cet homme devrait être abattu.

Il l'a été. Jeudi dernier.

Henri Gaudier Brzeska mort au combat à 13 heures le 5 juin 1915

à Neuville Saint Vaast, en France, à l'âge de 23 ans.

Sous-titrage Visiontext : Virginie Roux

Synchronisé pour cette release par : Alexandrinus

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