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...
-François...
François !
Dépêchez-vous, ça va être à vous.
Votre casque, François !
Allez.
Faites comme à la répétition. Vous allez être formidable.
Musique classique.
Allez.
Allez, allez.
...
-Ca va, c'est pas mal. -Elsa !
Essaie au moins de faire semblant, même si ça ne t'intéresse pas.
Pour ta mère.
...
Applaudissements.
...
-Merci. ...
Merci à tous, et surtout merci à vous.
On peut les applaudir encore une fois.
...
Vous m'avez fait confiance,
malgré mon handicap, à moi, la fille de l'ancien patron.
Huées.
... Je sais, ça a été difficile.
Mais ici, c'est toute mon enfance, et c'est pour ça
que j'ai décidé de reprendre U4 il y a un an,
pour en faire un lieu de culture, de mémoire,
un symbole de la sidérurgie de la Fensch.
Ce n'est qu'un début.
Il y aura d'autres spectacles comme celui-là,
des concerts, des expositions.
J'espère que vous viendrez nombreux.
Vous trouverez les infos à l'entrée et sur Internet.
Revenez nous voir, parlez-en autour de vous.
Merci d'être venus ce soir.
Et merci à vous, sans qui rien n'aurait été possible.
Applaudissements.
-Laure...
-Merci.
-Félicitations, c'était magnifique.
Tu as su exprimer l'âme de ce lieu. C'est bouleversant.
-Merci, Antoine.
Ca me touche beaucoup.
Toi, au moins, tu as eu le courage de venir.
Pas comme papa.
-Bon...
Il est tard, il faut que j'y aille. -Tu ne restes pas au pot ?
-Non, je suis fatigué.
-D'accord.
-En tout cas, encore bravo.
-Merci.
-Elsa !
Elsa !
-Bouh !
Alors, tu viens ?
Elsa halète.
Sirène de police.
-C'est bon, ils arrivent.
Mon capitaine...
-On a l'identité de la victime ? -Gilles Thouvenin, 69 ans.
-Gilles Thouvenin ? -Oui.
C'est sa petite-fille qui l'a découvert.
-Tu le connais ? -C'était l'ancien directeur d'U4.
J'ai surtout connu sa fille. Elle dirige l'usine aujourd'hui.
La mort est récente, hein ? -Moins de 2 heures.
-Donc, pendant le spectacle. -Hm.
Tenez. On a trouvé ça sur lui.
-Tu en penses quoi ?
-La mise en scène est grossière. Pas de traces de poudre
sur sa main.
L'angle de tir n'est pas naturel.
Dans la panique, le meurtrier a voulu faire croire à un suicide.
-Une arme de la Seconde Guerre mondiale.
-Pas simple de trouver le proprio.
-Cherche du côté des collectionneurs.
-De toute façon, je vous tiens au courant.
-Un ancien patron assassiné dans le vestiaire de ses ouvriers.
Tu en penses quoi ?
-Qu'on va mettre ça sur le dos des rivalités sociales.
Et que les gens d'ici n'ont pas besoin de ça.
-On redescend, là.
-Tu ne m'avais pas dit que ton père jouait dans le spectacle.
-Je ne pouvais pas venir, car j'étais de garde.
-Pour un ancien ouvrier, c'est courageux de faire ça.
-Oui. -Après ce qui s'est passé ici...
-Commence sans moi. Je te rejoins.
Merci, Rose. -Merci.
-(Clément...)
C'est toi qui t'occupes de...
-Je suis désolé pour ton père.
Il était venu voir le spectacle ?
-Non. Je ne comprends pas pourquoi il était là.
J'avais insisté, pourtant,
mais il ne voulait plus venir ici.
-Comment tu t'appelles ?
-Elsa.
-Elsa, je m'appelle Clément.
-Avec Clément, on s'est connus quand on avait ton âge.
-Je sais, c'est violent,
ce que tu as vécu, mais si tu te rappelles
un détail, même insignifiant, il faut que tu me le dises.
Ca peut être important.
Toi, tu n'as rien remarqué pendant le spectacle ?
-Non.
On était très concentrés. C'était la première, ce soir.
-Tu as entendu le coup de feu ?
-Non.
La musique était très forte.
-Tu étais où ?
-Dans les coulisses, avec le régisseur.
Tu peux demander à tout le monde.
-J'essaie juste de comprendre.
Bon...
Je te poserai sûrement des questions plus tard.
Toi, n'oublie pas ce que je t'ai dit, Elsa.
Mattéo est là ? -Oui.
Je prends le relais. -OK.
Je vais voir sur le parking
si je trouve la voiture de Thouvenin.
-Ca va, papa ?
-Il paraît que c'est toi qui diriges l'enquête.
-Oui.
Ca fait bizarre.
Ca va, toi ?
-Ben, secoué, quand même.
Le stress du spectacle.
Et maintenant, ça.
On n'entend pas parler de G. Thouvenin pendant des années,
et il vient mourir ici.
-Qui a pu faire ça ?
-Tu penses à un ouvrier ?
-J'étudie toutes les pistes.
-Tu sais, les copains, ils bossent ailleurs,
enfin quand ils bossent.
Ou alors, ils sont comme moi, à la retraite.
La fermeture de l'usine,
les grèves, la colère,
c'est loin, tout ça.
-Peut-être pas pour tout le monde.
-Si tu avais vu comme ils étaient fiers
de jouer leur propre rôle...
Il n'y a pas d'aigreur
là-dedans.
-J'aurais vraiment aimé être là pour te voir jouer.
...
-Le tag est encore frais. Son téléphone était sur le siège.
-Tu as vérifié les appels ?
-Il a appelé son frère Antoine ce matin, à 11h30,
et a reçu un appel inconnu à 15h40.
J'ai fait une demande d'identification.
-Quelqu'un a tenté de forcer la portière.
On a des empreintes. -Tenez-moi au courant.
Et le GPS ?
-Rien enregistré aujourd'hui. Il était éteint.
On saura s'il a été allumé grâce au bornage.
-Qui a écrit ça ?
-On ne sait pas encore.
-Je suis désolée, chérie.
-C'est pas ça.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Tout à l'heure, je suis allée au manoir, et j'ai vu papi.
-Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Il m'a demandé de ne rien dire. Il s'engueulait avec Antoine.
-Pourquoi tu ne m'as pas dit
que papa était passé au manoir ?
-Je ne voulais pas te faire de la peine.
Mon frère était venu pour une affaire urgente.
-Quelle affaire ? Papa ne venait plus à Uckange.
-Je ne sais pas.
-Selon Elsa, vous vous êtes disputé avec votre frère.
Pourquoi ?
-A cause de moi.
Gilles n'a pas aimé que je lui reproche
de s'occuper de ses affaires plutôt que de sa fille.
Il savait que c'était important pour Laure.
-Il était quelle heure ? -Aux alentours de 17h30.
Après le départ d'Elsa, je me suis préparé
pour le spectacle.
Gilles était encore au manoir quand je suis parti.
-Est-ce que vous reconnaissez cette arme ?
-Je suis désolé, c'est important.
-Non, je ne l'ai jamais vue.
-Pourquoi vous n'êtes pas resté après le spectacle ?
-J'étais directeur technique à U4,
quand mon frère a annoncé la fermeture du site en 91.
C'était une période très difficile pour tous.
J'ai préféré rester discret,
par respect.
-Des ouvriers auraient pu lui en vouloir ?
-Encore maintenant ?
-On a retrouvé ça sur la voiture de votre frère.
-Qui a pu faire ça ?
Alors, tu es revenue vivre ici ?
-Oui. Je suis seule avec ma fille, et Antoine n'a pas de famille,
alors on se soutient.
-J'arrive.
Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi.
-"Capitaine Clément Leroy".
Tu sais, j'ai repensé au Luger.
Je suis historienne.
Je connais le milieu des collectionneurs.
Je peux t'aider.
-C'est mieux si tu restes en dehors de ça.
-Je sais ce que tu penses.
Je ne vais pas être objective. Je vais me faire du mal.
Tu te souviens, quand ma mère est partie ?
Du jour au lendemain, sans un mot.
Comme ça.
Je n'ai jamais compris.
Et là...
J'ai l'impression de revivre la même chose.
-C'est différent.
-Oui, mais j'ai besoin de savoir ce qui est arrivé à mon père.
-Fais-moi confiance. Je vais trouver qui c'est.
-Je ne vais pas supporter
de rester les bras croisés.
-Ca va ? Tout va bien ?
-Cette baraque...
-Tu venais ici souvent ?
-Oui.
En cachette.
Le père veillait aux fréquentations de sa fille.
J'étais fils d'ouvrier.
-Attends...
Il y a eu un truc entre Laure et toi ?
-Plus que ça.
La dernière fois qu'on s'est vus,
elle partait pour Strasbourg.
-Vous ne vous êtes jamais revus ?
-On n'est pas là pour parler du passé.
Tu as vérifié son alibi ? -Oui.
Elle était avec le régisseur pendant tout le spectacle.
...
-Mamie. -Clément !
C'est gentil de passer. Je vais te servir un café.
-Papa est au jardin ? -Où veux-tu qu'il soit ?
-Tu n'es pas contente de manger mes légumes ?
-Mais si, mais si !
-Ca va ?
-Ca fait plaisir de se retrouver tous les trois.
-Tu ne lui as rien dit ?
-Quoi ?
C'est toi qui enquêtes ? -C'est dingue, hein ?
-Ca va, Laure ?
Dans cette vallée, tout tourne au désastre.
Son spectacle donnait de la vie.
Maintenant, que va-t-on faire ?
-Tu sais ce que j'en pense, de ce spectacle.
C'est facile de se donner bonne conscience
en utilisant notre histoire.
-Arrête avec ça.
-Pourquoi tu dis ça ? Laure ne nous a jamais méprisés.
-Regarde la réalité en face.
Laure n'a pas épousé un ouvrier, mais un chirurgien.
Sonnerie de portable.
...
-Excuse-moi.
Oui, Laure ?
...
-On a voulu saboter le générateur.
-Pourquoi ne pas l'avoir dit hier ?
-Je n'ai rien vu.
-Comment est-ce possible ? Tu étais là pendant le spectacle.
-Qu'est-ce que tu foutais exactement ?
Qu'est-ce que tu foutais ?
-Johan, je te faisais confiance. Tu réalises ce qui s'est passé ?
-Ne dites pas que c'est moi qui l'ai dit.
J'ai vu un type qui forçait la grille.
-Son nom ? -C'est un pote de mon père.
-Son nom !
-Pierre Langlois.
-Tu connais Langlois ? -Non.
-Je le connais bien.
C'est un syndicaliste qui a travaillé à l'usine.
Je lui ai proposé de participer au spectacle.
Il a refusé. Il déteste ma famille.
-Ca peut se comprendre, non ?
Il n'est sûrement pas le seul.
-Laisse-moi t'accompagner. Il va détester me revoir.
Tu pourras t'en servir pour le déstabiliser.
Non ?
Je comprends pourquoi tu es devenu gendarme.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas. Ton petit côté justicier.
Au collège, déjà, tu étais comme ça.
C'est vrai.
Tu peux être fier.
-Ce n'est rien, comparé à toi.
Les Beaux-Arts, l'école du Louvre.
-Je suis surtout fière d'avoir repris U4.
-Et ton père, comment il l'a pris ?
-Mal.
Il était contre.
Il n'avait que des mauvais souvenirs ici.
Il était maladroit, mais je sais qu'il m'aimait.
...
-M. Langlois ? -Vous voulez quoi ?
-Le gardien d'U4 nous a parlé de votre tentative de sabotage.
-Qu'est-ce que la fille Thouvenin fait chez moi ?
-Ca vous pose un problème ?
A cause de son père ?
-Vous me soupçonnez d'avoir buté son vieux ?
-Avec quoi vous avez fait ça ?
Une bombe ?
-Quoi ? Je n'utilise pas de bombes.
-La voiture de Gilles Thouvenin a été taguée
avec une bombe exactement de cette couleur.
-"Crève, Thouvenin". Même slogan qu'en 91.
-Alors ?
On va faire des analyses. On aura la réponse.
-Hé, ho.
On se calme. Je n'ai tué personne.
J'ai juste foiré
le coup du générateur.
Thouvenin, je l'ai vu sur le parking.
Je ne lui ai pas parlé.
J'ai juste barbouillé sa bagnole.
-Vous avez aussi forcé sa voiture.
-Non, je n'ai rien fait.
Après, j'ai picolé à la guinguette de Thionville.
-On va vérifier.
C'est humiliant, son spectacle, non ?
Ca vous fait quoi,
quand vous voyez l'ancien directeur
débarquer dans sa bagnole de riche ?
Vous ressentez quoi ?
Hein ?
-Vous avez vu dans quoi je vis ?
En 91, j'ai tout perdu.
Je n'ai pas été recasé,
après la fermeture.
Thouvenin avait fermé tous les guichets,
alors, j'avais la haine.
-C'est faux.
Tous les ouvriers ont été replacés.
-Non, pas tous.
Mes potes et moi, on l'a payée cher, la grève.
Je ne m'en suis jamais relevé.
Ma femme est partie avec les enfants.
Ma vie a pris l'eau.
Tout ça... pour une connerie.
-Une connerie ? La grève, c'est une connerie ?
Il s'est passé autre chose ?
Comme vous voulez.
Vous comptez porter plainte ?
-Ca dépend.
-Vu les dégâts, l'amende va être lourde.
Vous risquez de la prison.
-Bon, OK, c'est...
C'est bon.
Le jour de l'annonce de la fermeture,
on avait séquestré Gilles Thouvenin et son frère dans leur bureau
pour les faire plier.
-Oui, Mattéo, une séquestration en 91.
Tu vérifies l'alibi de Langlois,
et je t'envoie la liste des ouvriers impliqués.
-On comparera leurs empreintes avec celles sur la voiture.
Je n'ai rien trouvé dans les fichiers.
Concernant le téléphone de Thouvenin,
le numéro inconnu provient d'un prépayé
qui ne répond plus.
-OK, à tout à l'heure.
Si des ouvriers ont été blacklistés,
ils avaient de quoi en vouloir à ton père.
-Pourquoi il ne m'a jamais parlé de ça ? Ni Antoine ?
-Tu en connais, des copains de Langlois ?
-Quelques-uns, oui.
Sur les 10, j'en ai déjà éliminé 4,
trop vieux pour s'en prendre physiquement à mon père.
Il y a le patron de JLG métaux. -Jean-Luc Gardet ?
-Oui.
-Je le connais bien. C'est un bon ami de mon père.
Mon père a travaillé dans sa boîte de récup',
qu'il a montée après la fermeture de l'usine.
-Et le Luger, vous en êtes où ?
-Tu ne lâcheras pas, hein ? -Ca m'aide à tenir.
-Laure avait raison.
Il y en a 4 en maison de retraite, un 5e est décédé
et un 6e est à l'étranger.
Il en reste 4, que j'ai convoqués. -OK.
-Hé, Clément.
Tu sais ce que tu fais avec Laure ?
Si tu veux la mettre sur l'enquête, je m'en fous.
Je te fais confiance,
mais tu sais comment ils sont, là-haut.
-Ca va ! Foutez-moi la paix ! Je le connais !
C'est quoi, ça, Clément ?
Tu me convoques comme si j'étais un vulgaire suspect,
pour avoir séquestré Thouvenin il y a 27 ans, pendant 2h !
C'est quoi ? -Calme-toi, Jean-Luc.
-Je t'ai connu tout petit. Ne me demande pas de me calmer.
-Parlez-moi sur un autre ton, M. Gardet.
-C'est ça, ton boulot ? Eh ben, je te plains.
Et si tu me demandes si j'ai un alibi,
j'en ai pas !
Oui, c'est vrai,
après la séquestration, on s'est retrouvés sur la touche.
Il n'y avait plus de place pour nous dans les autres usines.
Mais tu me connais.
Je n'aime pas qu'on me tienne la main,
alors, j'ai monté ma boîte,
et maintenant, c'est moi qui donne du boulot aux autres.
Tu es bien placé pour le savoir.
-Gilles Thouvenin, tu l'as vu récemment ?
-Non. Pas depuis la fermeture de l'usine.
-Pas depuis 27 ans ? -Non.
-Et Antoine Thouvenin, tu le connais ?
-Oui.
On se croise à la Chambre de commerce.
Rien à voir avec son frère.
Lui, il défend encore les usines du coin.
Respect.
-Oui, merci beaucoup.
J'ai tout ce qu'il me faut.
Merci beaucoup.
Clément !
Bonne journée, au revoir.
L'alibi de Langlois est confirmé par le patron de la guinguette.
Les empreintes
sur la voiture
ne correspondent
ni à Langlois ni à Gardet. -Et le Luger ?
-A part les empreintes de Gilles Thouvenin dessus...
Sinon, c'est un P08,
Luger Parabellum, un modèle de 1942.
Mais impossible de retracer le moindre propriétaire.
-Et si je demande à Laure ?
-Peut-être que tu devrais parler à ce psy.
-Je ne veux pas en parler.
Coups de klaxon. J'y vais.
-Tu vas où ?
-Jérémy organise une fête. Je vais l'aider.
-Ce n'est pas le moment.
-Tu ne comprends vraiment rien.
...
-Ca va ?
-Je ne sais pas comment l'aider.
Je ne trouve pas les mots.
C'est toujours trop ou pas assez.
-Laisse-lui du temps. Elle a besoin de son copain.
Cette fête lui change les idées.
Toi aussi, tu claquais les portes, à son âge.
-C'est vrai.
C'est tellement compliqué, depuis le divorce.
Elle m'en veut.
J'ai l'impression d'avoir tout faux.
Je ne veux pas qu'elle me déteste comme j'ai détesté ma mère.
-Toi, tu n'abandonnes pas ta fille.
-C'est vrai.
Tu voulais me parler ?
-Tu es toujours d'accord pour nous aider ?
-Oui.
Les photos, ça ne va pas le faire. Je dois voir l'arme en vrai.
Viens voir.
Je crois que j'ai quelque chose.
Tu vois le V et le M, dans les enluminures.
Ce sont les armoiries d'une famille allemande.
Ca se voit à la damasquinure.
Les Allemands mélangeaient
des éléments naturels et artificiels.
-Tu pourrais retrouver les propriétaires ?
-J'y compte bien.
-Je peux te parler ? -Oui.
-On a les résultats du bornage du GPS de la BMW.
Ils ont retracé l'itinéraire de la voiture depuis Strasbourg.
Départ à 13h30. 15h30, station-service d'Uckange,
puis il repart vers Metz.
Ensuite, plus rien.
Le GPS a été éteint à 16h14.
-Récupère les vidéos de la station-service.
...
-Je me souviens bien
de cette grosse cylindrée.
Il y avait aussi un pick-up noir aux vitres teintées.
-Et la marque ?
-Aucune idée.
-Et les conducteurs ? -Celui de la BM, un vieux
plutôt chicos.
Il est monté dans le pick-up, mais je n'ai pas vu le conducteur.
-Ils sont partis ?
-Non, ils sont restés là 10 minutes max.
Le pick-up est reparti. Le vieux est resté seul un moment.
Il avait l'air mal.
J'ai cru qu'il allait se jeter à l'eau.
Et il est reparti d'un coup.
-Retrouve-moi
le propriétaire d'un pick-up noir, vitres teintées,
de marque américaine ou japonaise.
OK. A demain !
Ca va ?
Viens, je t'emmène quelque part.
-J'ai toujours adoré venir là. -Je sais.
Je peux te poser une question indiscrète ?
-Dis toujours.
-Pourquoi ton mariage n'a pas duré ?
-Ah... On attaque les sujets de fond.
J'étais enfermée dans la petite vie bourgeoise
pour laquelle j'avais été préparée.
Et je ne voulais pas ça.
-Tu voulais quoi ?
-De l'action, entreprendre,
vibrer.
-Tu me fais penser à ta mère.
Ca te gêne que je dise ça ?
-Non, non.
J'ai appris à vivre avec.
-Tu n'as plus jamais eu de nouvelles d'elle ?
-Non.
Pourtant, je l'ai cherchée longtemps.
-Tu ne sais pas pourquoi elle est partie comme ça ?
-Non.
Peut-être qu'elle en avait marre de sa petite vie bourgeoise.
Tu te souviens qu'elle te faisait du soutien scolaire ?
-Elle avait beaucoup de patience avec moi.
-C'était surtout une bonne excuse pour nous voir.
Je peux t'avouer un truc ?
J'ai fouiné sur les réseaux sociaux pour voir ce que tu étais devenu.
-Pas trop déçue ?
-Un peu.
Je m'attendais à trouver une Mme Leroy.
-J'ai vécu quelques années avec quelqu'un, mais...
-Et ?
-Et...
On a essayé d'avoir un enfant, mais ça n'a pas marché,
et après, plus rien n'a marché.
-Bonjour.
-Ca va ?
-Oui, et toi ?
-Tu as les vidéos de la station-service ?
-Viens voir.
C'est la BMW de Thouvenin.
-Laisse défiler.
C'est notre pick-up.
-Il ne s'arrête même pas.
-Vérifie la plaque.
-C'est le gugusse qui a foutu le bordel à la gendarmerie.
-Quoi ? Gardet ? -Oui, le pote de ton père.
-Prends l'autre, là.
Fais vite !
Coupe tout.
Je n'ai pas le temps, Clément. Qu'est-ce que tu me veux ?
Tu ne me lâches plus !
-J'aimerais savoir ce que tu faisais avant-hier
avec Gilles Thouvenin à Metz.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Un témoin l'a vu monter dans ton pick-up.
Si je fouille,
je trouve le portable avec lequel tu l'as appelé
avant-hier à 15h40.
-15h40 et 37 secondes,
après être passé par la station-service.
-Soit tu nous expliques tout,
soit on t'arrête pour entrave à enquête criminelle.
-OK.
OK. Oui, je l'ai vu.
Et alors ? -Vous nous avez menti.
Et Thouvenin est mort.
-Je n'ai rien à voir là-dedans.
On avait un rendez-vous d'affaires.
-Tu avais un rendez-vous d'affaires avec Gilles Thouvenin ?
-Pourquoi tu me juges mal tout le temps ?
Viens voir, je vais te donner quelque chose.
Regarde.
Alors ?
-Thouvenin vous a fait un chèque de 50 000 euros ?
-Oui. -En quel honneur ?
-Il voulait investir dans ma boîte. Ca vous en bouche un coin, hein ?
Tu m'accuses toujours ? -Tu l'as peut-être forcé.
-Je t'ai tout dit, Clément. Je n'ai rien à te cacher.
Rends-moi mon chèque. -Quand tu diras la vérité.
-Clément ! Rends-moi mon chèque !
-Doucement ! -Rends-moi mon chèque !
Tu n'as pas le droit de faire ça !
-Hé... C'est vrai que tu n'as pas le droit.
-Comment ça ?
Non, je n'étais pas au courant.
Attends, Clément.
Antoine... -Oui.
-Tu vas où ? -Il faut que je travaille.
Ici, je tourne en rond.
-Tu savais que papa avait promis de l'argent à Jean-Luc Gardet ?
-C'est quoi, cette histoire ?
-Pourtant, il l'avait mis sur la touche.
C'est pas logique.
-Ecoute...
Je ne sais pas, Laure. Il faut que j'y aille.
-Jean-Luc est bon en affaires,
mais réussir à soutirer du pognon à son ancien patron, c'est fort.
Donne-moi la binette.
-Tu crois que Thouvenin a investi dans la boîte de Jean-Luc ?
-Non.
-Si tu sais quelque chose, dis-le.
Il y a un crime, et ton ami est impliqué.
Papa... -Bon, tu m'emmerdes.
Jean-Luc fricote avec qui il veut. -Tu l'as vu avec Thouvenin ?
-Laisse-moi. -Quand ?
Quand tu l'as vu ?
-Il y a 4-5 ans.
Je pêchais sur la Moselle. Je les ai vus qui s'engueulaient.
Jean-Luc m'a dit qu'ils s'étaient rencontrés par hasard,
qu'il lui avait dit ses 4 vérités.
-Tu ne l'as pas cru ? -Non.
-Tu penses que ce n'était pas la 1re fois qu'ils se voyaient ?
-Avec Thouvenin, je n'en sais rien,
mais quand je bossais dans sa boîte,
j'ai vu Jean-Luc sortir des clous.
-Genre ? -Genre...
Genre négocier au black de la ferraille avec l'Allemagne.
...
-Ta mère est là ? Elle m'a appelé.
Ca va ?
Qu'est-ce que tu as ?
-Rien. -C'est ta mère ?
Qu'est-ce que tu as ? Promis, je ne dirai rien.
-Je ne comprends rien.
Je trouve une robe au grenier, elle pète les plombs
et m'interdit de la porter.
-Fais voir.
-Quoi ?
-Cette robe, c'est celle de Marie, ta grand-mère.
-Tu as connu ma grand-mère ?
-Quand j'avais ton âge.
Elle m'aidait quand je décrochais à l'école.
-En vrai, elle était comment ? Maman ne m'en parle jamais.
-Je ne sais pas si ta maman aimerait que je te dise ça,
mais c'était quelqu'un de bien.
Personne n'a compris qu'elle parte du jour au lendemain.
Elle a beaucoup manqué à ta maman.
-Oh putain...
-Viens.
-Quelle conne. Je m'en veux tellement.
-Ne t'inquiète pas. Je crois qu'elle a compris.
Ce serait bien que tu lui parles de sa grand-mère.
-Je n'en suis pas capable. -Mais si.
On ne mélange pas un peu tout, là ?
-Oui. Viens. J'ai des trucs à te montrer.
Le V et le M, sur la crosse du Luger...
Regarde ce que j'ai trouvé.
Un agrandissement de la crosse. Ca correspond à ça.
-Les mêmes armoiries. -Oui.
-Tu sais à qui elles appartiennent ?
-Evidemment.
A Victor Manstein, directeur de l'usine d'Uckange
pendant la guerre,
quand les Allemands ont repris la sidérurgie de la région.
-Et c'est son arme qui tue ton père.
-Les Manstein
étaient une noble famille de la vallée de la Ruhr.
En 1940, les Nazis ont réquisitionné les usines
pour y placer des civils allemands. -Comme Victor Manstein.
-A la fin de la guerre, ces civils ont été expulsés,
et là, je perds la trace de V. Manstein.
Je recherche ses descendants ? On en saura peut-être plus.
-Oui.
Comment son Luger a pu devenir l'arme du crime ?
Quelqu'un l'aurait retrouvé à l'usine ?
-Possible. Mais il est en bon état, donc il a été entretenu.
-Les affaires de Gardet ne sont pas nettes.
Gilles Thouvenin est mêlé à ça.
-Alors ?
-Gardet a fondé sa société sur un prêt en septembre 91,
3 mois après la séquestration.
-Et le donateur, c'est mon père, hein ?
-La société de Gardet est en faillite.
Le prêt de Thouvenin aurait à peine comblé son découvert.
-500 000 francs en 91
pour monter sa boîte.
200 000 francs en 97, 40 000 euros en 2013,
et les 50 000 euros d'avant-hier.
-Ces prêts n'ont jamais été remboursés.
-Gardet faisait chanter ton père.
Sonnerie de texto.
Il y a un problème ?
-C'est Johan. -Le gardien de l'usine ?
-Il a retrouvé un pick-up noir sur le site.
-On y va.
-Bonjour.
J'ai trouvé cette bagnole comme ça.
-C'est la voiture de Gardet.
-Ouvrez-nous.
-Clément...
La porte, là-bas.
Elle est fermée, normalement.
...
-Cette fois,
c'est bien un suicide.
Pas de traces de violence.
Les empreintes confirment cette thèse.
Il a fixé une corde à la rambarde
et il a sauté.
Il a eu les cervicales brisées net.
-Merci. Tiens-moi au courant si tu as autre chose.
Qu'est-ce qui a pu le pousser à vouloir se tuer ?
-Je ne sais pas. Ses dettes ?
-Pourquoi ici ? Ca ne peut pas être un hasard.
Jamais je n'aurais imaginé
que Jean-Luc finirait comme ça.
-S'il a tué mon père, il a peut-être eu des remords.
-Oui, c'est possible.
-Mais ? -Je n'écarte pas cette hypothèse,
mais ce n'est pas logique de tuer celui qu'il faisait chanter.
-Tu as une autre idée ?
-Non, mais tout nous ramène en 91.
Le 1er versement arrive juste après la fermeture de l'usine.
-Après la séquestration.
-Oui.
Quelque chose s'est passé ici, qui doit expliquer
le chantage de Gardet et le meurtre de ton père.
-La grève de 91 a fait beaucoup de bruit.
Je peux retrouver des images.
On trouvera peut-être un indice.
...
-Vérifiez les cylindres.
Le service qualité a appelé.
-Maintenant ? -Oui.
-On y va, les gars.
-Je te le répète, Laure,
je n'étais pas au courant de ces versements.
-Je ne te crois pas. Ca dure depuis longtemps.
Tu ne pouvais pas ne pas savoir.
-Eh bien, non. Pourquoi me le demander à moi ?
Gardet ne vous a rien dit ? -Il s'est pendu.
Il faisait chanter votre frère
depuis la séquestration de 91. Drôle de coïncidence.
-Qu'est-ce que vous voulez dire ?
-Que vous cachez quelque chose.
Et si vous continuez, ça va vous coûter cher.
-Antoine, s'il te plaît.
C'était ton frère.
-Je n'ai pas voulu en parler, parce que je n'en étais pas fier.
En vérité, on a eu peur.
Les ouvriers étaient remontés.
Ca pouvait déraper.
Alors, Gilles...
a eu l'idée
de négocier notre libération avec Gardet.
Mon frère avait compris qu'il était ambitieux.
-J'imagine que vous aviez connaissance des sommes.
Non ?
Ca fait un peu cher la libération.
-Mon frère s'est laissé embarquer dans les magouilles de Gardet.
-Son trafic de métal avec l'Allemagne ?
-Je ne sais rien de plus.
-Ce que vous saviez nous aurait beaucoup aidés.
Peut-être que Gardet ne serait pas mort.
Tu as trouvé quelque chose sur le trafic avec l'Allemagne ?
-Une entreprise de la Sarre est dans le collimateur,
mais rien de concret.
-Et côté Thouvenin ?
-Ses comptes sont réglo.
Il avait une bonne retraite, du capital immobilier,
mais aucune rentrée suspecte.
-Ca ne colle pas.
Quand on investit 50 000 euros, c'est pour faire un max d'argent.
-A un moment, j'ai cru que je tenais quelque chose.
Sur son relevé téléphonique, il y a 3 appels provenant d'Allemagne
la veille de sa mort.
Mais rien à voir avec Gardet. C'était le théâtre de Sarrebruck.
-On a retrouvé une voiture volée dans une forêt,
avec des empreintes identiques à celles de la BM de Thouvenin.
-Des voleurs de bagnoles ?
Rien à voir avec la mort de Thouvenin.
-Retrouve-les.
-Pauvre Gardet.
Qui aurait imaginé que son entreprise prenait l'eau ?
Ca devait être trop, pour lui.
Il n'aurait jamais supporté de redevenir ouvrier.
-Je sais que c'est loin,
mais le jour de la séquestration des Thouvenin,
tu te souviens d'avoir vu Jean-Luc ?
-Comme tu dis, c'est loin. -Il était au piquet de grève.
-C'est drôle, ça me rappelle quelque chose.
-Tu étais avec les grévistes ? -Bien sûr.
Tu sais, j'avais croisé Jean-Luc qui quittait l'usine.
Pour un syndicaliste, c'est un peu fort.
-Papa...
-Je ne me souviens pas.
-Mais si ! Il avait dû se battre. Il avait du sang sur sa chemise.
-Pas de couronne. Mon père détestait ça.
Le plus sobre possible.
Oui, voilà. Merci.
-Tu fais quoi ?
-Je m'occupe de la cérémonie pour papi.
Tu as trouvé une tenue pour ta soirée ?
-Je vais mettre ma robe rouge. -Dommage.
J'aurais pu rajuster la robe de ta grand-mère,
mais si tu préfères ta robe rouge...
On y va ?
Moi aussi, j'avais flashé sur cette robe, à ton âge.
Viens.
Tourne-toi.
Je vais même te dire un secret. Je l'avais essayée pour Clément.
-Tu étais amoureuse de lui ? -Oui.
On se voyait en cachette, à l'usine.
On se retrouvait sur la passerelle
du haut-fourneau.
C'était évidemment interdit et très dangereux.
Et on dominait toute la vallée. C'était magique.
-C'est là que tu l'as embrassé pour la 1re fois ?
-Tiens.
-Et après ? -Quoi, "et après" ?
-Vous êtes passés à l'action ?
-Tu es bien curieuse.
On n'est pas passés à l'action. On avait 15 ans
et on était surtout très timides.
Tu te sens prête, toi, avec Jérémy ?
-Non.
J'ai autant la trouille que toi en haut de ta passerelle.
-Voilà.
Je vais la raccourcir un peu.
Avec un bijou, ce sera parfait.
-Je n'ai rien qui aille avec une si belle robe.
-Ta grand-mère avait des boucles qui allaient bien avec cette robe.
-Ca va, maman ?
-Oui.
C'est beaucoup de souvenirs, tout ça.
Ah, tiens, voilà.
-Elle a tout laissé, même ses bijoux ?
-Oui. Elle est partie comme ça, en laissant tout derrière elle.
Tiens, c'est ça qu'il te faut.
Parfait. Tiens.
-Merci, maman.
...
-C'était le coffre-fort de notre père.
C'est Gilles qui avait la clé.
J'ignorais qu'il y avait cette arme dedans.
-Vous n'aviez pas la clé ? -Non, je vous l'ai dit.
-C'est ton père qui avait le Luger le soir du spectacle.
-Pourquoi serait-il venu avec à U4 ?
Il avait peur de quelqu'un ?
-Ou il en voulait à quelqu'un.
-C'est absurde. -Pourquoi ?
Votre frère cachait beaucoup de choses.
Peut-être que ce n'est pas fini. -Bon...
Vous avez encore besoin de moi ?
-Ca va ? -Non, ça ne va pas.
J'ai l'impression que tout m'échappe,
de ne plus savoir qui était mon père.
Elle soupire.
-Tu sais s'il aimait le théâtre ?
-Non, il n'avait pas la fibre artistique.
-Il a reçu 3 appels, la veille de sa mort,
du théâtre national de Sarrebruck.
-Tiens, regarde le nom.
Alexander Manstein.
-Ce serait un descendant de Victor Manstein ?
-Ca ne peut pas être un hasard. Regarde.
Il dirige un opéra à Metz.
-Gilles Thouvenin a été assassiné ?
Mais je l'ai vu il y a quelques jours.
-Ca n'empêche rien.
Quand l'avez-vous vu ?
-J'ai essayé de le joindre vendredi,
mais comme il ne répondait pas,
j'ai décidé d'aller le voir à Strasbourg
samedi matin, vers 11h.
-Le matin de sa mort.
-Euh...
Vous reconnaissez
cette arme ?
-Non.
Mais ce sont deux armoiries de mon oncle,
Victor Manstein.
Vous l'avez trouvée où ?
Vous voulez dire que c'est avec ça
que Gilles Thouvenin a été assassiné ?
-Pourquoi vouliez-vous le voir ?
-Mon père a commencé des recherches sur mon oncle.
Il est mort récemment, et j'ai décidé de continuer.
-Comment s'est passée votre rencontre avec G. Thouvenin ?
-Etrange.
Il essayait de... m'éviter.
Mon oncle a écrit, dans une de ses lettres,
qu'il voulait épouser une jeune française
qui travaillait dans l'usine.
J'ai contacté votre père
pour qu'il m'aide à retrouver cette femme,
si elle est encore en vie.
Mais quand je lui ai montré
la photo de Victor et de cette Française,
il s'est totalement fermé.
-Et vous auriez la photo ?
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-C'est Jeanne.
Ma grand-mère.
Victor Manstein avec ma grand-mère...
Incroyable, cette histoire d'amour.
-Tu n'en as jamais entendu parler ?
Je me demande pourquoi mon père a réagi comme ça
en voyant la photo.
A cause de ta grand-mère, tu crois ?
-Quoi d'autre ?
-Pourquoi empêcher Alexander Manstein de la voir ?
-Il avait peur de quelque chose.
Elle soupire.
-Qu'est-ce qu'on va encore découvrir ?
...
-Victor était un homme bon et séduisant.
Il a vu que j'avais des capacités, et il m'a donné ma chance.
Je suis devenue sa secrétaire.
Et après, nous sommes tombés amoureux.
Très amoureux.
-Papa le sait ? -Non.
-Pourquoi tu n'en as parlé à personne ?
-J'ai tout fait pour oublier ça.
A l'époque, c'était la guerre, et aimer un Allemand,
ça aurait pu me causer des ennuis.
Malheureusement, notre histoire a été trop brève.
En 47, Victor est parti, et je ne l'ai plus jamais revu.
-Tu n'as pas cherché à le revoir ?
-Non. J'ai rencontré ton grand-père...
et je suis passée à autre chose.
-Tu savais qu'il avait disparu ?
Et le Luger de Victor,
tu sais comment il est passé entre les mains de G. Thouvenin ?
Qu'est-ce qu'il y a, mamie ?
Tu ne me dis pas toute la vérité.
-A la fin de la guerre,
Victor voulait fuir avec les autres civils allemands.
Mais avant qu'on se sépare...
Victor, que se passe-t-il ?
-Je dois retourner en Allemagne. C'est trop dangereux ici, pour moi.
Prends ma valise.
C'est de l'or qui vient de ma famille.
Si on me trouve avec, on me le prendra.
-Ne pars pas sans moi. -Si tu viens, tu seras en danger.
-Je n'ai pas peur. -On se retrouvera.
Je te le promets.
Et on se mariera.
-Je t'aime tant.
-Qu'est-ce que tu fous ?
-Gaston, ne fais pas ça.
-Tu couches avec lui ?
-Gaston... Ne fais pas ça.
-Ne lui faites pas de mal !
Coup de feu.
Il crie. -Victor !
...
-C'était qui, ce Gaston ? -C'était le contremaître.
Il en pinçait pour moi
et il était jaloux.
C'était Gaston Thouvenin.
-Le grand-père de Laure ? -Oui.
-C'est lui qui a tué Victor ?
-Oui.
-Tu veux dire
que la fortune des Thouvenin s'est construite sur ce crime ?
-Oui.
-Si Gardet avait eu connaissance de ce crime,
ça expliquerait son chantage. -Oui.
Gilles Thouvenin avait tout à y perdre.
-Et Antoine aussi.
-Comment je vais dire ça à Laure ?
-Je n'aimerais pas être à ta place.
-G. Thouvenin voit A. Manstein à 11h, chez lui, à Strasbourg.
Il réagit mal en voyant la photo de Jeanne et Victor
et il refuse de l'aider.
Il appelle son frère à 11h30
et il part pour Uckange 2h plus tard.
Il a peur qu'Alexander Manstein
retrouve Jeanne et qu'elle lui révèle le crime.
-A 15h30, il arrive à la station-service,
où Gardet le voit.
Gardet l'appelle 10 minutes après
et lui donne rendez-vous à Metz.
Gardet lui rappelle cette histoire pour laquelle il le fait chanter.
-Gilles Thouvenin lui fait un chèque de 50 000 euros.
Ensuite, on a un trou d'une heure
et on retrouve Gilles au manoir vers 17h30,
où il se dispute avec Antoine.
-Pas à cause de Laure,
mais à cause de l'affaire Manstein et du chantage de Gardet.
18h, Antoine Thouvenin part pour le spectacle
et laisse son frère au manoir.
-D'après Laure et Antoine,
seul Gilles avait accès au coffre-fort du père.
Il y prend le Luger
et il part pour U4,
où il arrive à 19h.
-Pour quoi faire ?
Mystère.
Langlois le voit sur le parking et tague sa voiture.
-Et à 19h30, en pleine représentation,
Gilles Thouvenin est assassiné avec le Luger.
Si Gardet est le meurtrier,
pourquoi il tue la poule aux oeufs d'or ?
-Peut-être que Gardet ne faisait que se défendre.
-Tu trouves que ça colle avec son suicide après ?
-Clément...
J'ai trouvé des reportages sur les grèves de 91.
Huées et sifflets du reportage.
...
*-La direction prétend que rien n'est définitif
*et que le site d'Uckange tourne comme d'habitude.
*Je leur ai rappelé que le U4 était à l'arrêt,
*qu'il n'y avait pas de travaux à la machine à couler...
-Venez voir, j'ai quelque chose !
Ce n'est pas le bureau de ton père ?
-Si. -Regarde.
*...à la machine à couler, et qu'on nous foutait ici et là
*pour nous faire partir. -C'est ma mère.
Je ne comprends pas.
-C'est loin, tout ça.
-Pourquoi vous m'avez menti, avec papa ?
Vous m'avez dit ne pas avoir vu maman ce jour-là.
-Gilles craignait que tu croies qu'elle avait fui à cause de lui.
-Mais pourquoi ?
-C'était quoi, le problème ?
-Marie était furieuse que l'usine ferme.
Elle ne comprenait pas
pourquoi Gilles ne se battait pas assez
pour sauver ces emplois.
-C'est vrai.
Je me souviens d'une dispute
où ma mère accusait mon père de trahir les ouvriers.
-Gilles était parfois injuste,
mais jamais il n'a trahi ses ouvriers.
La vérité, c'est que ta mère voulait quitter ton père.
Cette dispute, c'est la goutte d'eau
qui a fait déborder le vase.
C'est pour ça qu'on t'a menti. Gilles se sentait coupable.
-Pardon.
-J'aurais préféré lui éviter ça.
-En continuant de lui mentir comme pour le meurtre qu'a commis
votre père en 1947 ?
Victor Manstein,
le directeur d'U4, pendant la guerre...
-C'est de la diffamation.
-Jeanne Leroy, ma grand-mère, a été témoin direct de ce meurtre.
C'est là-dessus que Gardet faisait chanter votre frère ?
Vous ne pourrez pas protéger éternellement le nom des Thouvenin.
-Sortez de chez moi.
-Si vous ne dites pas la vérité à Laure,
moi, je le ferai.
...
-Je pensais m'être faite à l'idée
que ma mère avait voulu refaire sa vie ailleurs.
La vérité, c'est que j'ai encore mal.
Mon père n'est plus là pour répondre à mes questions.
-On les trouvera, les réponses. Je te le promets.
-Tu es sérieux ? -Je n'avais pas remarqué.
-C'est bon ? -Oui, grimpe.
-Tu te souviens ? Hein ?
...
-(Viens.)
-Clément, qu'est-ce que tu fous ? Je n'arrête pas de t'appeler.
Dépêche-toi, on a du nouveau. Klaxon.
Qu'est-ce que tu foutais ?
On a coincé les voleurs de voiture, ceux qui ont fracturé la BM.
-Le jour du spectacle, vous avez essayé de forcer une BM
sur le parking d'U4.
-C'est pas nous. On n'était pas là.
-On a vos empreintes. Pas la peine de nier.
Vous avez vu le propriétaire ?
-La BM, c'était pas à U4. C'était à la cité italienne.
-Arrêtez de jouer aux cons !
-Une bagnole comme ça, ça ne s'oublie pas.
-Il était quelle heure ?
-Je ne sais pas.
Je dirais vers 16h30. J'avais entraînement de boxe avant.
-Vous avez vu le propriétaire ou pas ?
Oui ?
-On a attendu que le vieux sorte de la voiture,
qu'il s'éloigne.
-Et il est allé où, le vieux ?
-Il y a une brèche dans le grillage de l'usine.
Il est entré dans un des bâtiments.
-Quel bâtiment ?
-La chaufferie. Il connaissant l'endroit, je pense.
-Il serait passé par là pour aller à la chaufferie.
Et tu sais qui était responsable des chaudières ?
-Qui ça ? Gardet ? -Oui.
...
Viens voir !
Passe-moi ta torche.
-Oh, putain.
-Comment ça, à la fin de la guerre ?
C'est quoi, cette famille ?
J'ai toujours su que Gaston était dur,
mais de là à tuer quelqu'un...
Ca va s'arrêter quand, Antoine ?
Mon père est assassiné, mon grand-père était un criminel.
Et alors, tout ça, ce manoir qu'il a acheté,
c'était avec cet or ?
C'est dégueulasse.
-Gilles et moi, on n'y est pour rien.
On a hérité de ce secret à la mort de ton grand-père.
On a dû faire avec !
-On n'est obligé de rien ! Je refuse de vivre avec ça.
-Qu'est-ce que tu vas faire ? Ca fait 70 ans.
-Il y a un homme, de l'autre côté de la frontière,
Alexander Manstein, le neveu de la victime.
Il cherche toujours des réponses, 70 ans plus tard.
Je vais les lui donner.
-Tu vas tout salir et tout perdre.
Sonnerie de portable.
-Oui, Johan.
J'arrive.
-D'après toi, comment elle est morte ?
-Assommée par un objet contondant.
Elle est sûrement morte sur le coup.
Dur à dater sans des analyses poussées.
On a trouvé cette bague à son annulaire.
-Et le tapis ?
-Le corps a été enveloppé dedans pour le traîner jusqu'ici.
Vous avez de la chance que les chaudières
n'aient pas été rallumées.
-Clément...
Elle pleure.
...
-C'était sa bague de fiançailles.
-Le tapis, tu es sûre que c'était celui du bureau de ton père ?
-Oui.
Qui aurait pu tuer ma mère ?
-Seul ton oncle peut savoir.
-Comment ils ont pu me mentir comme ça, toute ma vie,
me laisser croire qu'elle reviendrait peut-être ?
...
Au moins, maintenant, je sais qu'elle ne m'a pas abandonnée.
Sonnerie de portable. -Oui, papa ?
-Ta grand-mère m'a dit, pour le crime de Gaston Thouvenin.
Il faut faire quelque chose.
-Ca fait 70 ans, papa.
*-Je m'en fous. Ta grand-mère est toujours là !
-On en parle ce soir.
On vient de découvrir le corps de Marie Thouvenin.
-Où ça ? *-A U4, dans la chaufferie.
*J'ai un double appel. C'est le procureur.
Tonalité.
Marie n'est jamais ressortie
du bureau où vous étiez séquestrés. -Faux.
-C'est là qu'elle est morte. -C'est faux ! Je vous le répète !
-Pourquoi on a retrouvé son corps enroulé dans le tapis du bureau ?
Vous aimez votre nièce ?
-Oui, bien sûr, je l'aime.
Quel rapport ?
-Ca fait 27 ans qu'elle attend sa mère,
que vous savez tout.
Vous voulez continuer longtemps à lui mentir ?
*C'est vous qui avez tué Marie ?
-Jamais je ne lui aurais fait de mal.
-Alors, vous êtes complice d'un meurtre.
Vous comprenez, ça ?
Plus vous collaborerez, mieux ça vaudra pour vous.
-Oui.
C'est Gilles qui a tué Marie.
*C'était mon frère, je ne pouvais pas le trahir.
-Vous l'avez protégé comme vous avez protégé votre père.
-Non, je l'ai protégé, car je me sentais coupable.
-De quoi ?
-De lui avoir dit qu'elle avait un amant.
-Comment vous saviez ? -Je l'ai aperçue dès le matin,
avec un ouvrier.
-Que s'est-il passé dans le bureau ?
-On était séquestrés depuis... 2 heures.
Gilles s'inquiétait pour Marie.
Il voulait l'avertir, la prévenir que...
Enfin, la rassurer.
Il continuait...
à croire qu'elle l'aimait !
Alors, je lui ai dit !
*Gilles était hors de lui. Il se sentait trahi,
humilié.
Il voulait savoir qui c'était.
C'est à ce moment-là que Gardet a laissé entrer Marie.
Et le pire, enfin...
l'ironie, c'est qu'elle aussi était inquiète.
Elle venait pour ça.
-Je ne pensais pas qu'ils iraient jusque-là.
Cris des ouvriers au loin.
-Arrête d'être hypocrite.
Tu te fous de ce que les ouvriers peuvent me faire.
Toi, par contre, tu aimes bien ce qu'ils te font.
-Comment ça ?
-Tu me trompes avec un de mes ouvriers.
-Un de tes ouvriers ? Ils ne t'appartiennent pas !
Moi non plus, d'ailleurs.
Oui, j'ai un amant, un ouvrier. Lui, il me respecte.
-Comment tu as pu me faire ça ?
C'est qui, cette ordure ?
-Tu ne le sauras jamais.
Je vais partir avec lui et ma fille.
-Marie est morte sur le coup. J'étais paniqué.
Je voulais prévenir la police, mais Gilles m'a supplié.
Il disait que j'allais
*détruire la famille.
Et c'est là que...
Gardet est entré.
-Un témoin embarrassant. -Oh oui.
Il voulait alarmer ses camarades.
Au fond, c'est ce que je souhaitais.
Mais Gilles lui a proposé une grosse somme
pour se débarrasser du corps.
Gardet n'a pas su refuser.
Il lui a fait payer toute sa vie son silence.
-Le jour de sa mort, votre frère voulait en finir avec Gardet ?
-Non.
Non, il ne pouvait plus rien contre Gilles.
-Pourquoi ?
-En échange d'un dernier chèque,
Gardet avait accepté de lui dire où était le corps de Marie.
Et là, sur place, ça a été...
*Ca a été...
*Ca a été un choc, pour mon frère,
de se retrouver face à ce qu'il avait fait.
-Et l'amant de Marie,
votre frère a su qui c'était ?
-Ben non.
Je lui ai dit que je n'avais pas vu son visage.
J'avais peur que Gilles fasse une autre connerie.
-Et vous, vous le savez ?
-C'était votre père.
-Il faut que je voie mon père. -Clément, écoute-moi.
Clément ! Tu ne peux pas l'interroger.
-Je sais ce que ça veut dire !
Ca veut dire que mon père a un mobile.
-Comment il l'aurait appris ? -Je ne sais pas. Je ne sais pas.
-Clément !
-Mon père était sur scène pendant tout le spectacle ?
-Pas pendant la 1re partie.
Je viens avec toi. -C'est entre mon père et moi.
-Ca me concerne aussi.
Sonnerie de portable. -Oui, mamie ?
-Ton père est parti avec un fusil.
C'est après votre coup de fil. Je ne l'ai jamais vu comme ça.
Il était bouleversé.
Qu'est-ce qui se passe, Clément ? Dis-moi !
-Papa !
Papa !
Donne-moi ça, papa. -Je l'ai cherchée partout.
Elle était là pendant toutes ces années.
-C'est fini, maintenant. Il faut que ça s'arrête.
-Je ne voulais pas, Clément.
Je te jure que je ne voulais pas.
-Comment tu as su, pour Marie ?
-Avant la représentation,
je suis passé par le bureau de Jean-Luc.
Je voulais qu'il nous voie tous sur scène,
même si je savais qu'il se foutait de ce spectacle.
Il n'était pas nostalgique.
Ce n'était pas un ouvrier, qu'il disait.
Et pour cause.
C'est là que j'ai vu le chèque de Thouvenin.
-Et il t'a tout raconté ?
-Il a fallu que je le bouscule un peu.
Mais au fond, il avait besoin de se lâcher.
Mon meilleur ami,
complice du meurtre de la femme que j'aimais.
J'ai cru devenir fou.
-Tu as voulu affronter Thouvenin ?
-Oui, alors, je suis passé au manoir.
Je lui ai dit que j'allais tout balancer
et que moi, il ne me paierait pas comme Jean-Luc.
Il fallait rendre justice à Marie.
-Pourquoi tu n'es pas venu nous voir ?
C'est comme ça qu'il a compris
que vous étiez amants ?
-Je l'ai laissé là, à pisser dans son froc,
et je suis parti à U4.
C'était la 1re partie. Je ne rentrais que dans la 2e.
J'avais le temps. Il fallait que je me calme.
J'avais encore les aveux de Jean-Luc dans la tête.
Je voulais être seul.
-Leroy !
Marie est morte à cause de vous.
Maintenant, vous voulez me dénoncer et m'humilier.
Je ne vous laisserai pas faire. -Tu ne me fais pas peur.
Je n'ai rien à perdre.
Je pensais que Marie était partie à cause de moi.
-Vous croyez qu'elle serait restée avec un pauvre type comme vous ?
-Oui. On s'aimait.
Mais tu ne sais pas ce que veut dire ce mot.
Tu ne sais que tuer.
Espèce d'ordure ! -Vous êtes un pauvre type,
un minable !
Vous êtes une ordure !
-Ta gueule ! Coup de feu.
Avec Marie,
on voulait partir avec vous deux.
Mais le matin de la grève,
je n'en n'étais plus sûr.
Il y avait ta grand-mère.
Et puis les camarades,
qui comptaient sur moi.
La vérité, c'est que j'ai été lâche.
J'ai été lâche. Pardon.
Je te demande pardon, Laure.
Je vous demande pardon à tous les deux.
...
-Je vais prendre ta déposition.
-Qu'est-ce qu'on va faire de tout ça ?
-Je ne sais pas.
Je ne veux pas te perdre.
...
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