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Encore toute une nuit à travailler et je me tue.
Je le promets.
Il n'y a rien de mieux que travailler nuit et jour.
C'est l'expression favorite de ma mère.
- Tu es déjà un vieux. - Qu'est-ce que je vous avais dit ?
Je suis pile à l'heure.
A peine entré qu'ils te prennent ta commande.
Tu vas au bar et c'est prêt.
Ca me surprend à chaque fois.
Tu ne mangeras rien de meilleur au Chili.
Doucement, camarades !
Il y a des choses, connues de tous,
que nous ne serons jamais prêts à vivre.
La folie en est une.
Ce qui s'est passé au Chili me semble invraisemblable,
mais c'est arrivé
et cela a marqué toutes les personnes présentes.
Expliquez-moi où sont vos troupes.
Major, si vos troupes ne sont pas dans 20 minutes à La Moneda,
je vous placerai au même rang que la sédition.
C'est un moment tendu. Nous ne savons pas s'il s'approche.
Ici, nous voyons un militaire avec...
avec un bazooka, pardon.
Il est sur un monticule de la construction du métro.
- Ils sont en position de combat. - Peuple de Santiago,
je m'adresse à vous pour dénoncer
le soulèvement séditieux
d'un petit groupe de l'armée.
Je vous demande de rester à vos postes,
dans les industries, dans les usines
et dans les rues.
Mais que venant du peuple il n'y ait aucune forme de provocation.
Je fais confiance aux Forces armées loyales
pour stopper ce coup d'Etat.
Et je suis sûr
qu'ils sauront être garants de la démocratie.
Lieutenant,
je vous ordonne de vous rendre.
Mon général, en tant que commandant de peloton,
je vous demande de partir.
Comme commandant en chef de l'armée,
je vous exige de vous identifier
et de vous rendre immédiatement.
C'est un outrage. Au sol.
J'insiste. Retirez-vous, mon général.
Ainsi voulez-vous être rappelé ?
En assassin et en traître ?
Nous l'avons évité.
Merci, Augusto.
La tentative de coup d'Etat était finie
et nous avions deux nouveaux héros.
Nul n'aurait pu prévoir leur destin tragiquement lié.
Le Tanquetazo a démontré
qu'au Chili, les militaires étaient
les seuls à pouvoir tirer.
Il y a des impacts de balles partout.
Un tank a détruit la porte du ministère
et a tiré à l'intérieur.
Il y a des morts ?
Jusqu'ici, il y a 20 personnes mortes.
Un message a été donné aux putschistes,
à ces colonels et ces fous de Patria y Libertad
qui ont tiré avec eux.
La réponse de Prats et Pinochet a été dure.
Mais il y a bien plus de militaires séditieux.
Nous devons blinder le gouvernement.
La vérité est que je...
Je n'ai pas su... éviter ce soulèvement.
Les personnes qui veulent nous sortir d'ici...
vont profiter de la moindre faiblesse.
Vous avez besoin d'une nouvelle tête.
Quelqu'un qui n'a aucun problème avec la droite,
les militaires et la coalition.
Ce gouvernement est le rêve de tous.
Et je serai là...
même s'ils mettent un canon à l'entrée d'ici.
Merci pour tout, Président.
Messieurs...
Merci, Juan.
Sénateur.
Très innocent ?
Ils ont été fainéants.
Impulsif, mais courageux.
Pas tout le monde est doté des mêmes capacités.
Ca a été une action de militaires de pacotilles.
Et les patriotes, n'en parlons pas.
Ici, ils n'auront plus leurs papounets pour régler
les conneries qu'ils ordonnent.
C'est un conflit de grands chiens, non de clébards.
Justement. On voit bien qui est qui.
Mais pour cela, il faut attendre le moment du combat.
Il y a un moyen de s'en assurer.
Nous allons leur demander de signer un accord.
Le problème est qu'il nous manque du monde.
Nous allons parler à des gens là-bas.
- Là-bas, où... ? - De l'autre côté.
Quelqu'un qui nous aide à détourner les officiers
qui sont du côté des marxistes.
Avec eux à la tête,
on lève l'ancre.
Comment arrive-t-on à eux ?
C'est une caméra Eclair 16 millimètres avec châssis coaxial.
C'est ainsi qu'a résisté la pellicule exposée.
Nous venons de vivre une tentative de coup d'Etat.
Pouvez-vous expliquer de manière plus simple ?
Le mauvais côté du châssis a été ouvert,
celui du film non exposé,
mais comme la caméra est tombée, il faut l'envoyer en Argentine.
- En Argentine ? - Oui.
Il nous manque la technologie pour développer ces films.
Pour la regarder, il faut l'envoyer là-bas.
Vous savez à qui elle est ?
A qui elle était.
Le propriétaire est mort.
Sûrement un journaliste argentin qui a été tué par balle.
Nous avons sûrement rien, mais si nous avons la moindre preuve
de la férocité de ces types,
nous devons la montrer.
Personne ne doit savoir.
- C'est délicat. - Il faut l'amener en Argentine.
Je comprends. Je connais...
J'ai un collègue communiste de confiance
à qui nous pouvons confier cela.
- D'accord. - Non.
J'y vais.
Non, idiot.
Vous me passez les contacts, et cette réunion n'a jamais eu lieu.
D'accord ?
Après le Tanquetazo,
Allende appela à une réconciliation politique
pour éviter une catastrophe sociale.
Il tenta de se rapprocher de la démocratie chrétienne,
sans grand succès.
Les accusations constitutionnelles se succédaient
sur les ministres de l'Unité populaire.
Le dialogue était impossible.
Allende fit donc une action surprenante.
Il demanda la médiation de l'Eglise catholique.
Je commentais au cardinal que j'ai une bonne impression de vous
comme personne, président.
Vous me brossez dans le sens du poil ?
Non. Je vous dis la vérité.
Et cette même vérité me permet de vous dire les choses en face.
La crise sociale, économique, politique est terminale.
L'interprétation que votre gouvernement fait des lois
et de la norme est à la limite du constitutionnel.
Et si nous y ajoutons la violence dans les rues,
les radicaux de gauche qui prennent les usines
et les fonds loin des programmes,
nous avons la tempête parfaite.
Aucune démocratie n'y résiste.
Les crises en démocratie
se surmontent avec plus de démocratie, sénateur.
Et la démocratie surgit par le dialogue
et son parti n'est pas ouvert au dialogue.
Comment ça ?
Je suis ici, le président de la République,
essayant d'avoir un accord avec vous.
Mais vous ne représentez plus vos camarades.
Vous ne pouvez pas être, à la fois, avec Dieu et le diable.
Avec Altamarino et la Marine.
Avec le MIR et avec nous.
Pour sauver ce pays,
président, vous devez vous positionner.
Je ne veux pas plaire à tous, Patricio.
Je veux juste maintenir le dialogue.
Laissez-moi vous dire.
Il me semble que nous avons beaucoup en commun,
mais vous prétendez le contraire.
Et quoi donc ?
Vous pouvez exproprier,
nationaliser toutes les usines,
mais si vous n'arrivez ni à vendre ni à produire,
à quoi bon ?
Que prétendez-vous ?
La même chose que vous.
Sortir ce pays du sous-développement,
de la dépendance économique.
Que feriez-vous si le premier jour de votre présidence,
les propriétaires de la communication, du capital,
des moyens de production,
les patrons des patrons,
disons, les propriétaires du Chili,
préfèrent ruiner leur pays
pour maintenir leurs privilèges.
Ne vous éloignez pas du sujet, président.
Non, non.
J'aimerais que vous me répondiez.
Que feriez-vous ?
Je ne gouverne pas.
Je veux que nous reprenions le dialogue
sur la propriété sociale, mise en place l'an dernier.
Vous-même, vous n'y croyez pas.
Qu'allez-vous faire avec Enriquez,
avec Altamirano ?
Vous allez leur scotcher la bouche ?
Vous parlez de démocratie, président.
Vous êtes entouré d'individus qui veulent à tout prix
la suspendre
et instaurer une dictature du prolétariat.
Et tout cela
va nous amener à une guerre civile.
Je pourrai vous accuser de faire pareil.
Je vous donne la possibilité de monter un cabinet
aux mains des Forces armées
afin de remettre de l'ordre dans ce que nous vivons.
Si je ne connaissais pas votre parcours démocratique,
je penserais que vous me suggérez
une intervention militaire.
Vous pensez qu'il y a lieu
de confier ce gouvernement,
élu démocratiquement par les urnes,
à un groupe de militaires soigneusement choisis ?
Il me semble que nous avons des valeurs
et des éthiques bien différentes.
Qu'en pensez-vous, cardinal ?
Sincèrement,
vous voyez la possibilité de...
d'entente et de dialogue
pour le bien de ce pays ?
Il est important de reconstruire la confiance.
Autrement,
un sombre avenir nous attend.
Tout va bien ?
Chien de merde.
Ministre ?
A nouveau ?
Oui, Général.
Mais de la Défense, à présent.
Je sais que vous préférez être commandant en chef des armées.
Vous avez été loyal avec moi,
et j'ai besoin de vous à mes côtés.
Comment voulez-vous nommer le cabinet ?
Le salut national.
Le cabinet du salut national.
Je vois.
Vous savez que cela nécessite une conversation
avec les autres branches des Forces armées.
Bien sûr que oui.
J'attends votre réponse cet après-midi.
Président.
Si vous en doutiez, Prats accepta.
Il ne pensait pas que c'était la solution, mais il le fit.
Je pense que son courage lui a coûté la vie.
Le Tanquetazo avait eu lieu il y a deux mois,
mais j'avais l'impression que ça faisait des années.
Chaque semaine était comme marcher avec un boulet au pied.
Ce n'est pas bien que tu portes tout cela
à ce stade.
C'est que des papiers.
Mais une grossesse est une grossesse.
Malheureusement, il y a des préoccupations plus importantes.
Au fait, ils viennent de me donner les dates du voyage au Mexique.
Tu vas au Mexique ?
Oui, je te l'ai dit, Tati.
Il y a eu un séisme. Ton papa m'y envoie.
- J'y vais avec Isabel. - D'accord.
Le problème,
le seul retour que j'ai trouvé est le neuf.
Je vais louper ton anniversaire.
Maman...
Avec beaucoup d'attention,
tu penses vraiment que je pense à ça ?
Tati...
Tati, tu es ma fille.
Alors, mets-toi à ma place, parce que je suis venue récupérer
les papiers du changement de ministre.
Et c'est pas le moment.
Alors quand est-ce le moment pour parler de ça ?
On ne parle pas. Tu ne me parles pas.
- N'exagère pas. - Non, c'est vrai. C'est vrai.
C'est même pas que nous sommes éloignées.
C'est simplement que nous n'avons pas de relation, Tati.
Cela ne change pas en un jour.
Mais rien ne va changer si tu n'essayes même pas.
Que veux-tu ?
Que je te demande de ne pas partir ?
Non, mais que cela t'importe un peu.
Je demande juste ça.
OK.
Alors, reste.
Nous avons beaucoup de tensions à calmer,
mais, si ça peut t'aider,
on peut aller goûter...
Tu es pénible, on ne peut jamais parler avec toi.
Ne réponds pas.
Allô ?
Il faut changer de numéro.
- C'est quoi ? - Une dame me l'a donné.
- Qui ? - Je sais pas.
Assieds-toi.
Le mercredi 27, dans le quartier alto,
ils ont insulté le commandant en chef des armées du Chili,
le général Carlos Prats, et ont cassé sa voiture.
Résidence du général Carlos Prats, commandant en chef
des armées et ministre.
Nous voulons parler à Madame Sofia.
A elle, de femme à femme, lui expliquer ce qui se passe.
Le héros était un être humain.
Et ils réussirent à le pousser à bout.
Beaucoup des femmes qui crient dehors sont mes amies.
Ca pourrait être notre famille.
C'est fini, Sofia.
C'est fini.
L'abandon de Prats affaiblissait les plans d'Allende
comme un château de cartes.
Par chance, il restait quelqu'un de confiance.
Le plus ponctuel.
Le plus compromis, celui qui était toujours au pied du canon.
Qu'est-ce qui vous amène ?
Bonjour, Général.
Bien le bonjour.
Vous aimez travailler les dimanches.
J'ai une grande responsabilité.
Je ne veux pas échouer.
Je voulais parler avec vous, Augusto.
Le général Prats a été très loyal, pas seulement avec le gouvernement,
mais aussi auprès du serment qu'il a fait à la Constitution.
Je sais qu'il y a des généraux au désir de proéminence.
Il faut isoler les séditieux, Augusto.
Ne vous inquiétez pas.
Je suis prêt à défendre
le gouvernement élu légitimement.
J'attends que vous m'informiez de la moindre suspicion.
Je le ferai, Président.
Les militaires sont tous pareils.
Mais il y en a des brillants.
Seulement, ils sont éduqués au marteau.
- Tu m'écoutes ? - Oui, mon amour.
Ils essayent de les transformer en cette espèce
de cheval de course
et se raccrochent aux normes comme si c'était le Pape.
C'est un de leurs flirts qui le dit.
Donc, mon gros, oublie ces chevaux de course.
Mais les autres, je te le dis,
s'en foutent de la politique.
Ils veulent se sentir importants,
se sentir entourés de personnes puissantes,
que El Mercurio leur soit livré à la maison.
C'est ceux-là qu'il faut chercher.
Leonardo Henrichsen.
C'était un Argentin.
Les militaires l'ont tué de sang-froid
alors qu'il filmait le Tanqetazo.
Il a filmé sa mort.
Un brave.
Ca doit se savoir.
Nous devons montrer le vrai visage de ces fils de pute.
Qu'a-t-il pu ressentir avant de mourir ?
Mais qu'y a-t-il ?
Et septembre 1973 arriva.
Je suis inquiet.
Pourquoi ?
La réunion va mesurer l'approbation.
Je ne sais pas s'il y aura du monde.
Je parie une piscola que ça va être massif.
- Tu bois de la piscola? - Bien sûr que oui.
Mesdames, messieurs, bonjour. Merci de nous accompagner.
Le Président, Salvador Allende.
Je vous en prie.
Bonjour, camarades de la presse.
Bonjour.
Merci de nous joindre en ce troisième anniversaire
de notre gouvernement populaire.
Je suis à votre disposition.
Au gouvernement, il y avait des doutes,
il se disait que la crise économique et la violence
avaient réduit le soutien.
Par chance, nous avions faux.
Malgré tout, il y avait plus de bravoure que de peur.
Nous vivions un voyage sans retour.
Nous ne savions toujours pas où ça nous menait,
mais nous le faisions ensemble.
Varela nous cherche.
Ils sont bien plus avancés que nous le pensions.
Ce type a déjà réussi.
Quoi ?
A mettre des militaires.
Oui, c'est fort, mais il y a des moments exceptionnels.
Et après on ne peut plus faire machine arrière.
Rien ne peut être pire que ça, Patricio.
Ca me semble étrange qu'après l'avoir divulgué
sur tous les toits, tu fais le...
Non, non, non, non, non.
Eduardo, je t'en prie, ne dis pas ça.
Je vois les choses très clairement. Du sang va couler.
Mais combien et pour combien de temps?
Rien.
Dans moins d'un an, ils nous supplieront de nous en charger.
Oui, mais nous sommes démocrates.
Et si ces poulets se mêlent aux pots ?
Ca nous suivra pour toujours.
Comment ça ?
Nous n'avons rien fait.
Le parti est divisé. Ce n'est pas pour rien, Eduardo.
Tes amis, mes amis, tous les militants de la DC
ne doivent savoir que toi et moi
nous préparons une intervention militaire.
C'est le dernier recours pour sauver le pays.
Et nous ne faisons rien.
Nous ne faisons rien pour l'empêcher.
Il y a des choses qui ne s'effacent pas.
Je ne sais pas si c'est bien,
mais ce pays oublie facilement.
Abrutis.
Ils se prennent pour qui,
ils osent dire que le gouvernement est inconstitutionnel
sans même en parler avec le peuple, Salvador ?
Il faut leur dire ce qu'ils sont.
Et qui sont-ils ?
Des putschistes indécents.
Voilà ce qu'ils sont.
Tu veux que nous leur disions
que ce sont des putschistes indécents ?
Ca ne te déplairait pas.
Ce sont des abrutis.
L'opposition venait de déclarer inconstitutionnel
le gouvernement de la UP.
Est-il possible de déclarer un gouvernement élu démocratiquement
inconstitutionnel ?
C'était comme toquer aux portes des casernes.
- Merci. - De rien.
Tu devrais dormir un peu plus toi.
Ainsi sommes-nous, les vieux.
Même si je sais que je fais plus jeune.
Ca, je le sais bien.
Le printemps va tarder cette année.
Mais au Mexique, il va faire chaud.
Alors, camarades...
Merci, Patricia.
Nous ne devons pas baisser les bras.
Nous devons montrer de manière claire
que nous allons respecter notre programme.
Le docteur a raison, il nous reste encore du temps.
C'est très important pour au moins faire...
Je ne suis pas d'accord, Carlos.
Même d'accord, il me contredit.
Sous la menace, il est impossible de gouverner.
Alors, que faire ?
Un référendum, camarades.
Nous devons montrer que ceci est un boycott à l'oligarchie.
Et bien que la droite vocifère à travers ses médias
que le gouvernement populaire n'existe pas,
nous avons le devoir éthique de leur démontrer
que la majorité du peuple soutient notre projet.
La gauche a obtenu des résultats historiques aux dernières élections.
Camarades...
c'était une victoire partielle.
La coalition centre-droite a autant remporté.
Ceci n'est pas un vote parlementaire.
C'est un référendum pour écouter la voix du peuple.
Et si c'est un coup de grâce ?
Au moins, ce sera le peuple qui nous portera ce coup de grâce.
Salvador, les gens attendent une cohérence idéologique
de notre part.
Nous avons promis de faire l'histoire, de changer le destin.
N'abandonnons pas.
Nous devons maintenir le même cap,
c'est ce que nous avons promis.
Le peuple nous fait confiance.
Ce que vous proposez est trop risqué.
Voyons, camarades,
je compte sur votre soutien ?
Oui ou non ?
Oui, Président.
Comptez sur le PC.
Merci beaucoup, j'ai adoré.
Je vais...
convoquer un référendum.
Que ça leur plaise ou non.
Nous allons démontrer
la puissance qu'a encore le gouvernement du peuple.
Merci, papa.
Quel ennui, trinquer avec de l'eau.
Mais bon,
je crois que, nous, camarades
pensons qu'il est encore possible de réaliser le rêve de tant de gens.
Je sais aussi que nous avons nos différends.
Je crois que j'ai eu envie de tuer tout le monde en trois ans.
Mais je suis heureuse de vous avoir ici.
Mon père
va organiser un référendum.
Je vous demande de lever votre verre,
car pour cela, nous devons être unis.
Nous avons un but.
Le peuple nous a choisis
et ce sera le peuple qui dira
s'il croit toujours en ce rêve.
Santé, camarades.
- Santé. - Santé, camarade.
Papa...
Un référendum, docteur ?
L'opposition a perfectionné ses tactiques.
Ils font pression sur les Forces armées
pour défendre leurs intérêts.
Rien ne les arrêtera.
Convoquez le peuple.
Qu'il défende le gouvernement.
Je n'accepterai pas une guerre civile, Miguel.
Les discours incendiaires n'aident pas à l'éviter.
Il est encore temps de mobiliser le pouvoir populaire
et de nous armer.
Seule l'action directe en masse arrêtera le coup d'Etat.
Combien faut-il de camarades
pour arrêter un tank, Miguel ?
Je ne serai pas complice de milliers de morts.
J'ai toujours su que ça allait être difficile.
Mais je l'ai choisi.
A ce stade, ce n'est même plus le projet socialiste
que je veux protéger.
Alors, pourquoi convoquer un référendum ?
Que défendez-vous ?
La démocratie...
et éviter un bain de sang.
Te voilà.
Commence par les bords.
Il fait pas froid pour être comme ça ?
- Comment ça ? - En manches courtes, voyons.
Non ?
C'est peut-être moi qui ai chaud.
Tu montres ta montre.
Je la trouve magnifique.
T'en manques pas une.
Il y a des choses qui ne se disent pas.
Moins on en voit, plus on brille.
Voyons, si je t'offre des boucles d'oreilles,
si tu voudras les cacher.
J'ai les cheveux pour les montrer, les cacher...
On appelle ça l'élégance, Augusto.
Et toi,
tu devrais assumer qui tu es.
Et qui suis-je ?
Une personne courageuse, intelligente.
Pas n'importe qui serait resté debout
après avoir vécu tout cela cette année.
Tu attends quelqu'un ?
C'est étrange.
Que voulez-vous que je vous dise, mes chers ?
Je vous respecte beaucoup.
Vous êtes de braves gens,
mais je ne comprends pas ce que vous me suggérez.
Nous vous suggérons rien, Général.
Détrompez-vous.
Pensez ainsi. Nous avons pas pu vous surprendre.
Vraiment ?
Peut-être que nous vous déplaisons.
Non... Comment ne pas vous aimez ?
Au contraire.
C'est que je me consacre à servir la patrie.
Et bon, je suis seulement un soldat.
Je me demande... Voyons, comment vous dire ?
Quoi... Non,
pourquoi êtes-vous ici ?
Ecoutez, Augusto,
dernièrement, les choses ont été assez animées.
Non ?
Et nous savons que vous êtes une personne de principe.
Et nous voulions vous mentionner
que dans quelques jours, nous...
nous allons signer un document.
Un document ?
Un acte.
C'est un accord avec la patrie.
Si vous souhaitez le signer,
vous pouvez nous contacter quand vous voulez.
OK,
je comprends.
- Au revoir. - Au revoir.
- Général. - Au revoir.
- Reste. - Non, non. Je dois y aller.
Papa m'a demandé...
- Quand es-tu arrivée ? - Là.
Et comment c'était ?
Bien, bien.
C'est un peuple si généreux...
Les Mexicains sont si... si gentils.
Tu le crois que, malgré ce qu'ils ont vécu, un séisme,
ils ont demandé comment nous allions ici, au Chili ?
Ils m'ont demandé pour Salvador.
J'ai fait des interviews, je voulais te dire
d'organiser une conférence de presse avec el Negro pour informer.
Communiquer le soutien du Mexique à notre gouvernement est important.
Je n'ai pas eu de temps pour faire les boutiques...
j'espère que ça te plait.
Joyeux anniversaire tardif.
Très beau.
Très joli. Merci.
Pour toi.
Tu l'as fait à Canaveral ?
Oui.
Bien.
- Tu veux déjeuner ? - Non.
Je dois aller à La Moneda.
Je ne savais pas ce qui était le pire,
la douleur au dos, les chevilles enflées, comme ça,
ou les commentaires.
Les hommes te disent que c'est le meilleur moment
que puisse vivre une femme.
"Un moment magique", on m'a dit une fois.
Tout nonchalant, oui.
Tu n'as pas apprécié ta grossesse ?
Toi, oui ?
Maman, moi...
Rien, je suis en retard.
Merci.
Ce type qui s'est obstiné à te parler comme un Espagnol
et à chanter du folklore...
Voici mon humble demeure.
- Humble ? - Humble demeure.
- Tu vas voir. - Très belle.
Ne me juge pas...
Pour ce que j'ai.
Je t'en prie.
Vous êtes plus de jour ou de la nuit, Général ?
De jour. Et vous ?
Je préfère les levers de soleil.
Cette bande qui sort petit à petit de l'horizon...
et qui est comme une...
comme une lumière au bout du tunnel.
Je vais convoquer un référendum.
Qu'en pensez-vous ?
Cela me semble... être une décision importante.
C'est une résolution définitive ou vous y réfléchissez encore ?
Définitive, bien pensée
et silencieuse.
Je vous demande donc d'être discret, s'il vous plait.
Bien sûr.
Cela change tout.
C'est un coup de maître
pour démontrer la légitimité de votre gouvernement
et pouvoir démêler le conflit avec le Parlement.
J'espère qu'il en sera ainsi.
Le peuple m'a choisi.
Et le peuple devra choisir son chemin.
Il y a une date pour le référendum ?
Cela va se passer avec ou sans toi.
On dirait une menace.
Général,
nous avons besoin de toute la force de Santiago
ou nous ne verrons pas l'avenir.
Vous avez écouté le discours terroriste d'Altamirano
ce matin ?
Bien sûr que oui.
Et vous voulez voir la patrie convertie
comme le Vietnam héroïque ?
C'est eux ou c'est nous.
Je veux un lieu sûr pour ma famille.
Et une entrée à Buenos Aires si les choses tournent mal.
Aucun problème.
Très jolie, Tencha.
Merci beaucoup.
C'est pour que tu la portes en été, en soirée, à la plage.
Tu as raison.
Et comment se sont passées les interviews au Mexique ?
Bien, bien.
Le journaliste m'a évidemment demandé
notre rencontre.
Tu comprendras, compte tenu de la situation,
je n'allais pas plaisanter sur le séisme.
- Et encore moins mentir. - Tu m'as affiché ?
Non. Non, j'ai dit ce que je dis toujours,
qu'on s'est connu après l'évacuation d'un cinéma
pendant un séisme
et que tu étais là, avec des amis en commun,
assez effrayé.
- Tu m'as affiché. - Non,
parce que j'aurai pu dire que tu étais terrifié de panique,
tremblant et blanc comme un linge.
Quand aurions-nous su
ce qui nous attendait ?
Et nous voilà.
Je sais que cela n'aurait pas pu être différent,
mais parfois, j'essaie de me rappeler
si au début, il y avait le sacrifice.
Si... Si le poids de...
de vivre une vie plus petite que le projet était là
ou si ça a pris de la place petit à petit,
comme les vêtements.
Comment sommes-nous ici,
toi et moi, à prendre le thé ensemble
après toutes ces années ?
Je ne sais pas, Tencha.
J'aime que ça ait été ainsi.
Moi aussi.
Camarade.
Camarade président.
Qu'y a-t-il ?
Vous avez un appel... c'est urgent.
A quelle heure a commencé la marine à Valparaiso ?
Pinochet est au courant ?
Rappelle-le, Paya.
Appelle aussi Leigh
et dis à Urrutia qu'il envoie quatre chenillettes à La Moneda.
Tu vas vivre une guerre civile au final.
Jusqu'ici, seulement un secteur de la marine s'est soulevé.
Par radio, nous allons appeler au calme.
Je vais appeler les travailleurs à aller au travail,
comme toujours, mais avec vigilance.
Il faut éviter tout type de provocation.
Docteur.
Perro.
José.
Camarades.
Ils ne nous ont jamais arrêtés.
Et encore moins aujourd'hui.
Contacte Leigh.
Passez-moi le général Leigh.
Pinochet devrait arriver.
A Santiago, il n'y a pas de mouvements de troupes.
Ils sont à leur poste,
comme d'habitude.
Docteur, Leigh ne répond pas.
Bonjour, camarades.
- Bonjour. - Bonjour.
Bonjour, Docteur.
Miguel propose un contingent du MIR pour protéger La Moneda.
En aucun cas, Paya.
Mais, Docteur...
Les Forces armées sont là pour ça.
La question est...
où sont-ils ?
Je vais voir s'il y a des nouvelles.
- Paya. - Allez.
Vous devez insister avec le général.
Radio Magallanes, nous devons donner un communiqué.
Miguel tient l'offre et demande l'autorisation
de sortir des armes des ambassades.
Il y a des groupes dans les zones industrielles.
Le commandant des Carabineros est de notre côté.
Mais ses supérieurs ne répondent pas.
Un instant, s'il vous plait.
Qu'en est-il de Pinochet ?
Rien. Rien du tout.
Docteur, tout est prêt. Suivez-moi.
Attention, le Président.
Peuple du Chili,
ici le président de la République.
Soyez sûrs que le Président
restera au palais de La Moneda
à défendre le gouvernement des ouvriers.
Ayez la certitude que je respecte la volonté
du peuple qui m'a donné le commandement
de la nation
jusqu'au 3 novembre 1976.
Vous devez rester attentifs à vos postes
dans l'attente de plus d'informations.
Les forces loyales
qui respectent le serment fait aux autorités,
aux côtés des ouvriers organisés,
écraseront le coup d'Etat fasciste qui menace la patrie.
Il faut faire respecter la Constitution.
Les putains de fascistes
ont détenu les hauts commandements loyaux.
Ils sont avec la Marine. Les Carabineros aussi.
Ils ont monté un coup d'Etat interne.
- C'est vérifié ? - Oui.
Et l'armée ?
Si ce que vous dites est vrai...
alors Pinochet aurait dû...
il aurait...
Traître.
Traître.
Nous allons défendre La Moneda.
- Vite, vite ! - En bas !
Toi, en haut. Toi, à l'aile sud.
OK ? Allez, allez.
Allez, camarades.
Défense pour La Moneda ! Mario, avec moi.
Allez, allez !
Vous deux, non.
A la maison tout de suite.
Non, papa.
Je vous ai dit d'aller avec votre mère en sécurité.
Je ne vais nulle part sans toi.
Ne restent ici que les personnes qui peuvent défendre La Moneda.
- Tu es folle ? - Toi, tu es fou ?
Penses-tu que nous allons t'abandonner ?
Miguel est dans un lieu sûr, dans un village.
Il a un plan pour te sortir d'ici et t'emmener
et mener la résistance.
Je t'en prie, comprends.
Non, Tati.
Je ne vais pas bouger.
OK.
Alors, nous aussi, nous défendons.
Ils exigent votre démission.
La réponse est toujours non.
Le président ne se rend pas.
Ils prennent position
au ministère de la Culture et à la Poste.
Dans peu de temps, ils lanceront l'artillerie lourde.
Les femmes doivent sortir
et les camarades non armés qui restent avec nous
sont votre responsabilité.
L'amiral Carvajal propose un avion
pour que vous partiez avec votre famille et vos collaborateurs.
Dites à l'amiral
qu'il aille se faire voir.
Au sol !
Ensemble !
Docteur !
Ici, ici !
Vous devez sortir d'ici. Il y a une voiture qui vous attend.
Si, Tati, s'il te plait.
Tati, écoute-moi.
Tu t'en vas maintenant.
Tu ne me désobéis pas.
Organise la solidarité avec ce pays.
Parle avec Fidel. C'est un ordre du président.
Occupe-toi de maman.
Dis à Miguel que c'est son moment.
- Allez camarades. - Papa...
Allez.
Docteur.
Ils ont bombardé les antennes
de Radio Portales et Radio Corporacion.
Il reste Radio Magallanes.
Si vous voulez dire un dernier mot,
vous devez le faire maintenant.
Oui.
Nous sommes prêts.
A l'étage !
Cela sera sûrement
la dernière opportunité pour m'adresser à vous.
L'armée de l'air
a bombardé les tours de Radio Portales et Radio Corporacion.
Mes mots n'ont pas d'amertumes, mais de la déception.
Et ils seront le châtiment moral
envers ceux qui ont trahi le serment.
- Oui. - Ici Augusto.
- Vous l'avez eu ? - Oui.
Capitulation au nom des commandants.
Mais il refuse.
Il veut que les trois commandants en chef se rendent à La Moneda.
Nous ne faiblirons pas en discutant
et en acceptant un dialogue avec eux.
Ces grandes gueules, M. Allende, M. Toha...
ces idiots qui voulaient ruiner le pays,
il faut les emprisonner sans vêtements. Sans rien.
- Compris ? - Copié. Poste cinq
à poste un, convenu. Changement.
Patricio, sais-tu comme il est tordu ce type.
Il gagne du temps. Nous l'avons vu.
Ils arment les citoyens.
- Pas de dialogue. - Rien à leur dire.
Il ne faut pas les croire.
L'attaque continue et à 11h le bombardement commence.
Nous leur donnerons aucun répit.
Compris. Changement.
Non, monsieur.
Dites-moi si mes camarades qui sont allés dialoguer
au ministère de la Défense vont bien.
Où est Perro ?
- Perro ? - Je sais pas.
Perrito...
Putain de merde, Perrito, non...
Putain de merde, Perrito...
Qu'as-tu fait, Perrito ?
Ils nous laissent dix minutes pour abandonner.
- Non. - Docteur,
c'est peut-être la dernière opportunité pour négocier.
Je sais, José.
Je me suis cachée.
Je le savais.
L'offre de le sortir du pays tient toujours ?
Oui, mais l'avion tombe en plein vol.
Mieux vaut couper le mal à sa racine.
Compris.
Camarades,
une minute de silence pour Perro Olivares.
Perrito.
Ils ont bombardé Tomas Moro.
- Et Tencha. - Elle a pu sortir.
Elle est chez un camarade, avec lui.
C'est un lieu sûr.
- Docteur, docteur... - Flaco !
Docteur, docteur...
José !
Flaco !
Fils de pute !
- Sors d'ici. - Non. Je reste avec vous.
Quelqu'un doit raconter ce que nous avons vécu, Manuel.
Pars.
Ce fut la dernière fois que je le vis.
Dehors ! Dehors !
Dehors !
- A genoux ! - Je suis espagnol.
Va-t'en !
Nous n'avons pas peur. N'est-ce pas ?
Avoir peur, non jamais.
De la crainte. Je me chie dessus.
Plus aucun sang ne coulera.
C'est fini.
On va tous sortir.
Camarades, nous allons sortir par Morandé.
Faites une file. Allez.
- Allez. - C'est une mauvaise idée.
Allez, Flaco.
- Allez, allez, allez ! - Qu'ils arrêtent.
Doucement, allez.
- Allez. - Allez, debout.
Paya, j'arrive.
Allez-y, allez, allez.
Et vous, Docteur ?
Je sors en dernier, José.
Allez, allez.
Travailleurs de ma patrie,
je veux remercier votre loyauté,
la confiance que vous avez placée
en un homme qui n'a été que le porte-parole
de grands désirs de justice,
qui a engagé sa parole à respecter la Constitution
et la loi, et qui a tenu sa promesse.
En ce moment décisif,
le dernier où je puis m'adresser à vous,
je veux que vous reteniez la leçon.
Le capital étranger,
l'impérialisme,
unis à la réaction,
ont créé le contexte qui a conduit les Forces armées
à rompre avec leur tradition,
celle que leur avait enseignée le général Schneider,
que le commandant Araya avait réaffirmée,
victime du même secteur qui, aujourd'hui attend
avec des mains étrangères, de reconquérir le pouvoir
afin de défendre leurs bénéfices et leurs privilèges.
Je m'adresse à vous,
en particulier à la femme modeste de notre terre,
à la paysanne qui a cru en nous,
à la mère qui a connu notre préoccupation
pour les enfants.
Je m'adresse aux professionnels.
Je m'adresse à la jeunesse,
à ceux qui ont chanté et ont offert leur joie et leur esprit de lutte.
Je m'adresse à l'homme du Chili, à l'ouvrier,
au paysan, à l'intellectuel.
Radio Magallanes sera réduite au silence
et le timbre serein de ma voix
ne vous parviendra plus.
Peu importe.
Vous l'entendrez toujours.
Je resterai toujours à vos côtés,
travailleurs de ma patrie.
J'ai foi en le Chili et en son destin.
D'autres hommes surmonteront ce moment sombre et amer
où la trahison tente de s'imposer.
Continuez, en sachant que, tôt ou tard,
de larges allées s'ouvriront
pour que l'homme libre puisse édifier une société meilleure.
Vive le Chili ! Vive le peuple !
Vive les travailleurs !
Ce sont mes dernières paroles.
Et j'ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas en vain.
Ce même après-midi,
un conseil militaire dirigé par Augusto Pinochet
prit le pouvoir.
Toutes les libertés et droits civiques furent restreints,
le Congrès fut fermé, et furent déclarés illégaux
tous les partis de gauche.
Ce jour tragique et violent marqua la fin de la démocratie
et le début d'une sanglante dictature civile et militaire
qui perdura 17 ans.
Sous la dictature, l'Etat du Chili perpétra l'enlèvement
et la disparition forcée de 1469 personnes,
exécuta 1758 personnes,
arrêta et tortura 38 254 personnes pour leurs opinions divergentes.
Plus de 250 000 Chiliens et Chiliennes furent exilés.
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