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Jérémy, merci d'être venu.
Tu veux pas savoir comme ça me fait plaisir de te voir.
Ça me fait vraiment de la peine. Je l'aimais beaucoup, vous savez.
Oui, je sais. Viens.
Tu veux le voir ?
Tiens.
Enfant du pays, fils de paysan,
Jean-Pierre est parti tôt apprendre le métier de boulanger.
Il a consacré sa vie à nous donner du pain.
Il aimait à me dire que c'était son sacerdoce à lui.
Jean-Pierre vous aime, et je parle au présent,
car l'amour, ne l'oubliez jamais, est éternel.
Nous, les chrétiens, nous croyons que la mort n'est pas une fin.
Nous croyons qu'elle n'est qu'un passage vers ce royaume d'amour et de lumière.
Frères et sœurs bien-aimés, merci d'être venus si nombreux.
Merci Jean-Pierre, toi qui es maintenant devant notre Seigneur,
intercède pour ta chère épouse, pour ton cher
fils, et intercède pour notre communauté.
Nous avons tellement besoin d'amour.
Merci Jean-Pierre.
Bon, bah je vais y aller.
Allez.
Au revoir.
Bonne soirée.
Au revoir.
Bah nous non plus on va pas tarder hein.
Tu as fini ton jeu ?
Kylian ?
Et tu redescends à Toulouse ?
Ouais.
Tu vas pas prendre la route maintenant ?
Avec ce que tu as bu ?
Ça va, je peux rentrer à Toulouse hein.
Bon bah ça fait quand même de la route.
Tu dois à tout prix rentrer ce soir, quelqu'un t'attend.
Il y a toujours la chambre de Vincent, tu peux dormir ici.
Bah, c'est-à-dire, je veux pas déranger.
Si tu crois que j'ai envie de rester seul à me morfondre, tu te trompes.
Ça a pas changé ta piole.
Tu t'es marié ?
Non.
T'as pas d'enfant ?
Non plus.
Mais t'as une copine, non ?
Ouais, mais y a de l'eau dans le gaz, on est en train de se séparer.
Enfin, ça fait quelques jours qu'elle dort plus à la maison.
Ça va ?
Mais ça dure pas depuis très longtemps.
Combien de temps ?
Trois ans.
Enfin, presque quatre.
Tu te rappelles quand j'étais toute la nuit à Yams ?
Oh, c'était pas toute la nuit.
Ça nous arrivait d'y rester tard.
Ça te dit, on fait une partie et puis j'y vais ?
Non, j'ai pas très envie.
On va peut-être redescendre voir ta mère ?
Regarde comme il était beau là.
C'était quand ?
Il y a un an.
La maladie s'était pas encore déclarée.
Bonjour.
Bonjour.
Ça va ?
Ça va, merci.
Tu as bien dormi ?
Oui, très bien.
Et vous ?
J'ai pas fermé l'œil.
Qu'est-ce que tu prends comme petit déjeuner ?
Je veux bien un café.
Y'a quelqu'un ?
Qu'est-ce qu'il fallait ?
J'avais envie de te revoir tranquille.
Pourquoi tu voulais me revoir ?
On se voyait un peu à l'époque.
On se fréquentait pas beaucoup.
Faut dire que t'étais plutôt solitaire.
Et moi je t'appréciais.
Tu veux pas qu'on aille boire un verre un de ces jours ?
Ah, pourquoi pas.
Maintenant ?
C'est qu'il est déjà 11h, là j'ai une course à
faire, il faut que j'y aille avant que ça ferme.
On peut boire un coup après ta course.
Je préfère une autre fois.
Bon, bah d'accord.
Tu restes longtemps dans le coin, là ?
Je sais pas.
J'aime bien être ici.
Tu sais si les cèpes sortent ?
Ah, ouais.
Ça devrait y en avoir pas mal, hein.
De ce qu'il a plu.
Je vais peut-être y aller cet après-midi.
Bon bah, à plus.
Allez.
T'en trouveras pas des cèpes aujourd'hui.
Tant que la lune n'aura pas changé.
C'est quand qu'elle change ?
Je sais pas, j'ai pas regardé.
T'as déjà fini de bosser ?
Encore en route, c'est à quelle heure que j'embauche ?
Non, je sais pas, quelle heure ?
Cinq heures.
Ah ouais, ça fait tôt.
Je suis passé chez Walter, là, il m'a dit que t'étais allé le voir.
Tu l'aimais bien Walter, toi.
Ok, j'avais plutôt l'impression que tu le méprisais.
Qu'est-ce qui te faisait penser ça ?
Je sais pas, ça te plaisait pas trop que j'aille le voir ?
Tu comprenais pas pourquoi je passais autant de temps avec lui.
Ah bon ?
Ouais.
Je sais pas, c'est peut-être que t'étais un peu jaloux.
Qu'il voulait me garder pour toi tout seul.
T'as pris, hein ?
Montre-moi voir si t'es toujours aussi leste.
C'est comme ça que vous cherchez les champignons ?
Non je cherche rien moi, j'ai pas le temps, c'est lui là.
Regardez un peu ce que j'ai trouvé.
Oh qu'est-ce qu'ils sont beaux, n'est-ce pas ?
Bon je vous laisse, je vais aller récupérer Kylian.
Pourquoi vous vous battiez ?
C'était pour rien, on s'amusait.
Mais ça n'avait rien à voir avec Walter, j'espère.
Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?
Vous allez rester longtemps parmi nous ?
Je sais pas.
Martine est contente que vous soyez là.
Elle a peut-être aussi envie d'être seule.
Je pense pas, c'est pas son genre.
Elle vous aime beaucoup.
T'aurais pas envie de reprendre ?
J'ai passé pas mal de temps dans la boulangerie industrielle.
Je suis un peu perdu la main.
Je t'embête avec mes histoires.
T'as sûrement envie de redescendre à Toulouse.
Je peux rester.
Ce soir ?
Même quelques jours.
J'ai toujours aimé ce village. J'ai envie de rester un peu.
Et je vais réfléchir à la boulangerie.
Ça fait trois mois que c'est fermé.
Les gens ils ont pris l'habitude d'acheter le pain à Villeneuve maintenant.
Mais j'ai entendu dire qu'il n'est pas très bon.
Et puis quinze kilomètres pour aller chercher son peintre en compte.
Bah oui, il l'achète carrément à Leclerc, même tant que le reste.
Tu crois pas ?
Non.
Bah c'est fini, le temps où chaque village a sa boulangerie.
On n'a même plus de café, alors.
Tu travailleras un peu l'été ?
Bah tu bricoleras.
Bon, enfin, tu fais ce que tu veux, hein.
Est-ce que tu peux être négatif, toi ? C'est pas possible.
Ouais.
Bon, Kylian, on y va ?
Oh !
Tu viens ?
Au revoir.
Et tu dis au revoir ?
Bon.
On va peut-être manger, nous.
Ça vous dérange vraiment pas que je reste ?
Pas du tout.
Jérémy ? C'est toi ?
Oui ?
Qu'est-ce que tu fais ?
J'avais soif.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien.
J'avais envie de te voir avant d'aller au boulot.
Tu veux vraiment reprendre la boulangerie ?
J'en sais rien. Non, je crois pas.
Alors ça serait bien de pas trop donner d'illusions à ma mère, d'accord ?
J'ai rien dit, moi, c'est...
Pourquoi tu restes ici ?
Ça n'a rien à voir.
Ah ouais ?
Tu l'aimes bien, ma mère ?
Ouais. Ouais, mais...
Faut que j'aille au boulot, moi.
Bonjour.
Vincent, j'ai juste de partir. Tu l'as loupé de pas grand-chose.
C'est surtout toi que je viens voir.
Tu m'offres l'apéro ?
Allez, entre.
Pastis ça ira ou tu préfères une bière ?
Non, un pastis très bien.
Ben entre.
Oh là.
Tu vis tout seul dans cette grande maison ?
Ouais.
Tu t'es jamais marié ?
Non.
Moi, tu sais, ça a toujours été compliqué avec les femmes.
T'as toujours tes parents ?
Ils sont morts il y a presque 5 heures.
Ils sont morts jeunes ?
Mais moins tard.
Chez nous, on vit pas bien vieux.
Et toi ?
J'ai toujours mes parents.
Et t'es toujours pas marié ?
Vincent m'a dit.
Ah, vous parlez de moi tous les deux ?
C'est quoi ton problème ?
L'effet de chaleur.
Je te recoupe ?
Allez.
Tu travailles à la ferme ?
J'ai arrêté.
Et tu vis de quoi ?
Vous savez, moi j'ai pas besoin de grand-chose.
Je paye pas de loyer, je pars pas en vacances.
Et tu te fais pas chier ?
J'avais pas assez de terre.
Fallait que je modernise, que je m'endette.
Faut quoi faire pour travailler comme un con ?
Tu crois que ça vaut la peine ?
T'as trouvé des cèpes ?
Mais je suis pas doué pour ça.
Il n'y a pas à être doué.
Il suffit de regarder par terre.
C'est comme de tout.
Faut juste aimer ça.
Viens.
Il y a tout le monde dans le coin, t'as pas besoin de lui, non ?
Et si c'est lui que j'ai envie de voir ?
Tu vois pas qu'il profite de ta solitude ?
Oh, mais qu'est-ce que tu vas pas chercher ?
Qu'est-ce qu'il te dit pour rester ?
Il me demande s'il peut rester.
Et tu te poses pas de questions ?
Bah, bien sûr que je m'en pose, mais enfin...
Tu vois...
Y a pas de quoi le mettre dehors.
Vincent !
Vincent, calme-toi.
Vincent !
Mais Vincent, calme-toi, personne ne fait rien de mal.
Tu t'en vas ?
Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
Je me baladais, j'arrive juste.
Ah ouais, t'écoutais pas aux portes par hasard ?
Vincent !
Ça suffit !
Vincent !
J'arrivais pas à dormir.
Moi non plus.
Tu veux un whisky ?
Oui.
Tu regardais les photos ?
Je me demandais, vous avez gardé les négatifs ?
Hmm. Pourquoi ?
J'aimerais bien un double d'une photo.
Ah bah oui, je dois avoir ça quelque part.
Laquelle ?
Tu l'aimais toujours ?
Oui.
Même après tout ce temps ?
Oui. J'arrête pas de penser à lui.
Et tu n'as jamais pu le lui dire ?
Non.
Jérémy !
Jérémy, tu m'ouvres !
Ça va ? Ça te fait pas chier de t'enfermer la clé dans ma chambre ?
On dirait un gamin.
Tu passes chez ta mère toutes les nuits ?
Ouais, c'est ma maison, autant que la sienne.
En tout cas, plus que la tienne, donc j'étais content que tu restes une nuit.
Deux à la rigueur, mais il va pas falloir que tu t'installes.
Ça, c'est pas à toi d'en décider.
Ça se voit dans tes yeux, t'es pas très fin, tu sais.
C'est quoi qui se voit dans mes yeux ?
Que tu veux coucher avec ma mère.
J'ai toujours senti ça dans ton regard.
Tu me lâches maintenant ?
Ta mère invite qui elle veut chez elle.
Ah parce que tu te sens invité ?
Oui.
C'est pas ce qu'elle m'a dit.
Va te faire foutre.
Tu vas prendre tes affaires,
libérer ma chambre et rentrer gentiment à Toulouse, d'accord ?
D'accord ?
Non.
Tiens, essaye plutôt celui-là.
Ah, c'est très bien.
Y'a même pas besoin de refaire l'ourlet.
Bon.
Tout le reste devrait aller normalement.
Est-ce que vous pourriez aussi me prêter des slips et des chaussettes ?
Je vais aller voir, je crois que j'en ai des neufs.
Je suis toujours là.
Putain, mais t'es complètement...
C'était pour te montrer qu'avec les fêtes surprises, je peux être meilleur que toi.
T'arrêtes de me faire chier.
Les visites dans la nuit, même dans la forêt.
Sinon je te fais ce que je veux quand je veux, t'as compris ?
T'as compris ?
Ok.
J'ai compris.
J'ai compris.
Parfait.
T'as de la chance que j'ai pas le temps.
Faut que j'aille bosser moi.
C'est ça, va bosser.
Vous êtes bien matinal.
J'arrivais pas à dormir.
J'ai été faire un tour.
Vous aussi vous êtes bien matinal ?
Moi vous savez, c'est la routine.
J'ai une messe à l'autre bout du département.
Dans deux heures.
Je vous invite à prendre un café ?
Merci, je vais aller me recoucher.
Je sens le sommeil.
Alors je vous souhaite une bonne nuit.
Et bonne journée à vous.
Eh oh, vas-y mollo.
Je commence à saturer moi.
Allez, on est pas bien ensemble.
De mon côté, je serais pas fâché que tu la reprennes.
Mais je suis pas sûr que ce soit viable.
Bien sûr que c'est viable.
Tu récupérais tous les clients de Bournazel et même d'Orocobrune.
Surtout qu'à Villeneuve, le pain il est pas si bon que ça.
Ouais mais les gens aujourd'hui, ils s'en foutent, ils congèlent.
Hein ? Bah non. Ils aiment toujours le pain frais.
Tu as vu la queue devant les boulangeries le dimanche matin ?
Mais quand même.
Chut.
C'est Vincent. Vas-y.
Je veux pas que je te vois ici prendre l'apéro.
Tiens. Prends ton verre.
Oh salut Vincent, ça va ?
Non ça va pas du tout non
Oh
Tu veux prendre un bureau ?
Je l'ai vu ce matin dans les pranks de mon père
Ah bon ?
Tu l'as pas vu cet après-midi toi ?
Bah non, pourquoi je l'aurais vu ?
Je sais pas, on me dit qu'il passe devoir
Qui t'a dit ça ?
Je sais pas ce qu'il fout dans le coin toute la journée là
Je crois qu'il est complètement taré
Et ta mère ?
Qu'est-ce qu'elle en dit ?
Tu parles de...
Il l'a embobiné, il s'est même milcuré dans la poche.
Ils l'aiment tous, ce connard.
T'imagines un peu, elle lui file les fringues de
mon père et lui il les porte devant moi, normal.
Allez, assieds-toi, bois un coup, allez.
Non, non, non, merci, c'est bon, je vais pas m'attarder.
Je file, Walter.
T'es sûr ?
Ouais.
C'est bon, tu peux sortir.
Qu'est-ce que tu fais là ?
C'est quoi ce connerie ?
Allez, baisse.
Baisse-toi, alors. Allez !
Walter, déconne pas.
Barre-toi. Je veux plus te voir.
Comment tu veux que je me barre ? Je suis à poil !
Baisse-toi de là, toi.
Allez ! Tu vas te saper hier !
Attends, attends. T'énerve pas, t'énerve pas.
Magne-toi !
Allez, dégage !
Allez, monte.
Monte.
C'est Walter qui t'a appelé ?
T'étais chez lui ?
T'es là par hasard ?
Je voulais vérifier un truc.
C'est bon là, on va être tranquille.
Tu étais où ?
Je me faisais un son d'encre.
J'étais chez Walter.
Mais tu peux pas prévenir quand tu fais ça.
Un coup de fil, c'est pas compliqué.
C'est-à-dire que je pensais pas rester si longtemps ?
J'ai pas pensé à vous appeler.
Annie m'a téléphoné.
Vincent n'est pas rentré de la nuit et il était pas au travail ce matin.
Elle est morte d'inquiétude.
Walter dit qu'il l'a vu hier en fin d'après-midi.
Tu l'aurais pas croisé ?
D'ailleurs, Walter ne m'a pas dit que tu étais chez lui hier soir.
Ça c'est sûr qu'il n'allait pas vous en parler, je vous expliquerai plus tard.
T'as passé la nuit chez lui ?
Oui, enfin non, on a picolé et je suis parti bourré.
Comme il pleuvait, je me suis écroulé dans une grange.
Tu es tombé ?
Je suis crevé, j'ai froid, je vais m'allonger.
Je vais faire une machine, je te prends ça.
Bonjour.
Bonjour.
Pas de nouvelles ?
Walter a passé la matinée sur la route de Millau,
à regarder dans tous les coins.
Quelqu'un l'aurait bien vu s'il avait eu un accident.
Ça c'est toujours ce qu'on se dit.
Mais on en a vu qui ont passé des journées entières au fond de l'air en vain.
Et s'il n'était pas parti vers Millau ?
S'il n'était pas allé travailler ?
Vous savez bien comment il est.
Non, mais ça fait des années qu'il s'est calmé.
Ça vaudrait le coup d'aller voir d'autres routes, oui.
Mais il serait allé où ?
Il était bizarre hier soir quand il est passé.
Il en voulait à la terre entière.
Bon, excuse-moi Walter, mais ça c'est son état normal.
Ah non, là c'était différent.
Il m'a même reproché de recevoir Jérémy chez moi.
Alors que t'es venu quoi ?
Une fois chez moi ?
Deux ? Avec hier soir ?
Il a même pas voulu boire un coup et...
Il m'a dit ce qu'il avait à dire et puis...
Et puis il est reparti.
J'ai jamais vu comme ça.
Mais il aurait appelé.
Au moins ce matin.
Toujours bredouille ?
Ouais.
Je crois pas qu'ils sortent.
Je viens de croiser un couple avec un plein panier.
Au moins deux kilos, des cèpes magnifiques.
Où ça ?
Par là-bas, pas très loin.
Si ça se trouve, ils vous sont passés devant.
Il y a longtemps ?
Cinq minutes à peine.
Il va pleuvoir.
Vous voulez profiter de ma voiture ?
Non, je vais encore un peu chercher des champignons.
Je vous aurais prévenu.
Walter !
Oh, je te cherchais.
Moi aussi, je te cherchais.
C'est vrai que tu as passé la nuit dans la grande nature là ?
T'étais si bourré que ça.
C'était aussi à cause de la pluie.
T'as fait vite pour y arriver.
Ah bon, comment ça ?
J'ai été con hier soir.
Je m'en suis vite voulu là-dedans, foutu à la porte.
J'ai pris la bagnole pour te retrouver.
Comment t'as pu me trouver ?
Je me suis planqué.
T'es con, pourquoi tu t'es planqué ?
Tu te rends pas compte comment t'étais flippant ?
J'avais même pensé que t'étais venu pour m'achever.
Si j'avais voulu te tuer, crois-moi, tu serais pas là.
Écoute, putain, je sais pas quoi dire,
je sais pas ce qui m'a pris.
T'es un mec sympa,
j'ai rien contre toi,
je t'aime plutôt bien.
Putain, mais t'es un drôle de mec aussi.
Qu'est-ce t'es venu foutre dans mes fringues, là ?
Pourquoi t'es venu aussi me tripoter comme ça ?
J'étais vraiment bourré, je tiens pas l'alcool comme toi.
Mais d'abord, je t'ai pas tripoté, je t'ai à peine touché.
On a retrouvé la voiture de Vincent.
Où ça ?
Sur le parking de la gare, à Millau.
Super.
Pourquoi super ?
Il est pas au fond d'un ravin.
Il t'a parlé de rien ?
À propos de quoi ?
D'un endroit où il aurait voulu partir.
Je vois pas pourquoi j'en saurais plus que vous, je parlais pas beaucoup avec lui.
Mais justement, il aurait pu te dire des choses qu'il nous aurait pas dites à nous.
La gendarmerie a lancé un avis de recherche ?
Ils disent qu'il est majeur et vacciné et qu'il
a bien le droit de s'absenter quelques jours.
En abandonnant femme et enfant ?
Ça serait quelqu'un d'autre, il remeurait déjà ciel et terre.
Ne dites pas ça Martine.
Mais si, il serait bien content s'il pouvait disparaître pour toujours.
Les gendarmes n'ont pas tort, chacun a un droit à une vie privée, pas vrai ?
Walter dit que tu n'es pas rentrée si tard que ça de chez lui.
Oui.
Vous seriez pas partis faire la foire tous les deux ?
Avec Vincent ?
On a du mal à croire que t'as passé toute la nuit dans la grande jature, non ?
C'est parce qu'il y a de plus confortables comme piole.
Sans compter qu'en pleine nuit, il faut la trouver.
Il m'a retrouvée sur la route.
Après que Walter m'ait foutu dehors.
Il revenait chez Walter, justement, parce qu'il
se doutait que j'y étais et il voulait vérifier.
Il voulait vérifier quoi ?
Qu'on se voyait avec Walter.
Ouais, c'est bizarre.
Il était comme jaloux.
De Walter ?
Ou de moi.
Et il voulait pas être seul.
Je sais pas, il était bizarre et donc on a fait de la bagnole.
Et vous avez fait de la voiture toute la nuit ?
On a tourné un bon moment dans le coin et...
Et puis il a voulu descendre boire un coup à Mio.
Et vous avez parlé, j'imagine ?
Il m'a surtout parlé de quand on était jeunes.
Des conneries qu'on avait faites ensemble.
Et pas que des conneries.
Et puis on a beaucoup parlé de son père.
Ça remet pas mal de choses, sa mort.
Et il t'a dit quoi exactement sur son père ?
Je sais plus trop.
Si, il y a un moment, il m'a dit qu'il se sentait orphelin.
T'aurais pu m'en parler.
C'était quand même un truc entre lui et moi, non ?
Oui, mais enfin, c'est important qu'on soit au courant.
Mais si on l'avait retrouvé mort, ok, je vous en aurais parlé, mais là...
Il va réapparaître d'un moment à un autre.
Et c'est pour ça que tu nous dis pas tout ?
Bah, c'est à peu près tout ce que j'ai à dire.
Et pourquoi tu n'es rentré qu'au matin ?
Il m'a lâché à Millau.
Et il m'a dit de pas remonter à Saint-Martial.
Il voulait plus que je vous tourne autour.
Oh, c'est pas vrai.
C'est comme ça qu'il l'a dit.
Non mais qu'est-ce qu'il lui prend ?
Il a même pas proposé de te remonter ici pour que tu récupères ta voiture.
Il a rien voulu savoir et il m'a dit qu'il
avait pas le temps et qu'il devait aller bosser.
C'est moi qui ai crié comme ça ? J'ai parlé ?
Non, tu as juste crié, mais c'était effrayant.
Tu veux me raconter ?
Ça fait du bien de raconter.
Non, c'était trop... Non, je... Je peux pas.
J'ai pas envie de rester tout seul.
Je reste là. Avec toi.
Jusqu'à ce que tu t'endormes. D'accord ?
D'accord.
Voilà. J'éteins.
Jérémy ?
Y a quelque chose que tu n'oses pas me dire avec Vincent ?
Hum.
Tu penses qu'il a quitté Annie ?
Mouais.
Tu sais où il est parti ?
Ah zut, moi qui espérais garder le coin secret.
C'est des morilles.
Elles sont belles, n'est-ce pas ?
Bon, mais l'heure tourne, il faut que je sois à Saint-Jean pour 11h.
Allez, je file.
Ciao, Bella.
Qu'est-ce que tu fous là ?
Pourquoi tu te planques ?
Je voulais pas vous déranger.
Ben tu peux pas juste sonner, je t'aurais fait savoir si t'avais dérangé.
Je voulais te voir seul.
Ben ça tombe bien moi aussi.
Qu'est-ce que t'es allé raconter là ?
Ben justement, je venais te voir pour te dire que j'avais dû leur dire des choses.
T'étais obligé de parler ta jalousie ?
Et que j'avais peur que Vincent te retrouve chez moi ?
Eh déjà, sois bien content, j'ai fermé ma gueule sur le fusil.
Ben maintenant il s'imagine de toutes tes choses.
Écoute, je me débrouille comme je peux avec cette histoire.
Et puis c'est pas comme s'il avait été assassiné
et qu'on devait répondre aux questions des flics.
Mais justement, on commence à se demander.
Ouais, c'est pas normal cette voiture à la gare.
Ça m'étonnerait pas de lui qu'il se barre pour toujours.
Mais il y a une chose qu'il n'abandonnerait jamais, c'est sa voiture.
Il a fait le coup de partir à Barcelone, à Amsterdam, et il a jamais pris de train.
C'est son plaisir à lui quand il part loin
comme ça, c'est de rouler, c'est sa bagnole.
Et puis, il partirait pas juste après la mort de son père.
Il ferait pas un coup pareil.
Bon, tu m'entends boire un coup ?
Ouais, je comprends bien que t'étais bourré.
Dans ce cas-là, on fait un peu n'importe quoi, mais quand même.
Ça m'agace qu'on se foute de ma gueule comme ça.
Mais je me foutais pas de ta gueule.
T'avais vraiment envie de coucher avec moi ?
Oui.
À cause du pastis ?
Oui, je sais pas.
Ouais, sans doute que le pastis m'a bien
chauffé l'autre soir, mais c'est pas que ça.
Mais c'était quoi ?
Ben, quand on a envie de quelqu'un bourré,
c'est un peu qu'on en a envie tout le temps.
Qu'est-ce qui te fait penser que je suis pédé ?
Rien.
J'ai pas besoin de penser que tu l'es pour avoir envie de toi.
Il vaut mieux que tu t'en ailles.
Finis ta bière.
Des nouvelles ?
Toujours rien ?
Bon, allez, je vous laisse.
À demain.
Au revoir, Annie.
À demain.
Bon, ben...
Regarde ce que Philippe nous a apporté.
Il est très fort pour les champignons.
J'ai besoin de me confesser.
Mais je suis pas prêtre.
Ce n'est pas très compliqué, vous en sortirez très bien.
Vous voyez la petite trappe ?
Pourquoi vous avez tant besoin de vous confesser ?
Je n'ai pas dénoncé l'assassin de Vincent au gendarme.
Comment savez-vous qu'il a été assassiné ?
Je le sais.
Vous avez peur de vous tromper ?
A la vérité, je n'ai pas envie de le dénoncer.
Pourquoi ?
Emprisonner l'assassin ne ramènera pas Vincent à la vie.
De plus, je pense que l'emprisonnement est pire que la mort.
Mais vous vous rendez compte ?
Si on pouvait tuer sans risquer la moindre punition ?
Je ne crois pas qu'il soit un assassin en puissance.
Quand on est tué, on est un assassin.
Ce n'est pas dans sa nature, je veux dire.
Je ne pense pas qu'il soit un danger pour la société.
Vous ne pourrez pas toujours vivre avec ce secret.
Aussi.
Il y a forcément un moment où ça deviendra insupportable.
Vous croyez vraiment à l'utilité de punir les assassins ?
Je crois surtout que c'est difficile de porter seul un tel secret.
Pas vraiment seul.
Sans doute que l'assassin finira par se livrer de lui-même.
Je ne pense pas.
Ça doit être épuisant de mentir en permanence.
De vivre avec la peur de commettre une erreur.
Ou même avec le souvenir d'un crime.
Ce n'est pas un crime qui doit empêcher la vie de continuer.
Ça vous est facile de le dire aujourd'hui.
Mais qu'en penserez-vous demain ?
Qu'est-ce qui vous retiendra toute une vie ?
Le bonheur de voir l'assassin.
Tous les jours.
Et qu'est-ce qui vous dit que l'assassin de Vincent Rose
ait envie de vous voir tous les jours ?
Rien.
Vous vous rendez compte que ça doit être très angoissant
d'être aimé par quelqu'un qu'on n'aime pas ?
Vous pensez que l'assassin me déteste ?
Non, c'est pas ce que je veux dire.
Il y a des chances
qu'il ne vous aime pas comme vous l'aimez
ou comme vous souhaiteriez qu'il vous aime.
Je me ferai discret.
J'ai appris à aimer sans retour.
Je pourrai l'aimer sans imbru pour l'éternité.
Merci beaucoup.
Vous avez été très bien.
Installe-toi, on t'attendait.
Un pastis ?
Vous en reprendrez bien un autre ?
C'est bien pour trinquer avec, monsieur.
Vous venez donc de Toulouse ?
Vous êtes toujours dans la boulangerie ?
Là, je suis au chômage.
Depuis longtemps ?
Non, pas trop.
J'ai quitté mon dernier travail il n'y a pas trois mois.
Il ne faut pas trop tarder.
On se dit qu'on a le temps, puis on reste un an au chômage.
Ça fait un trou dans le CV, les employeurs trouvent sa louche
et ils se demandent pourquoi vous êtes resté tout ce temps sans emploi.
Ça va, trois mois de nos jours, ça passe encore.
Il a toujours travaillé.
Il a commencé très jeune, il peut bien rester trois mois sans rien faire.
Vous enquêtez sur la disparition de Vincent ?
Vous avez rien vu de suspect, vous ?
Non.
Enfin, il s'est bien passé des choses bizarres ce soir-là, mais...
On nous a raconté.
Et vous avez passé une bonne partie de la nuit avec lui, est-ce qu'on a compris ?
Oui.
Vous avez dit que vous avez bu un verre. Où êtes-vous allé ?
J'ai pas dit qu'on avait bu un verre.
Vincent avait envie de boire un coup à Milo,
mais quand on est arrivé, tout était fermé.
Il était quelle heure quand M. Bonchamp vous a... mis à la porte ?
Je sais pas... 6h30 ? 7h ?
Vous pouvez nous retracer votre itinéraire ?
C'est très compliqué, il voulait parler...
On est monté à Légoil, puis on est redescendu au Vigan...
Puis il a pris des petites routes, j'étais bien perdu...
À un moment, on s'est retrouvés à Florac et de là, on est descendus à Millaux.
Vous y êtes arrivés après une heure du matin, si tout était fermé ?
Je n'ai pas regardé l'heure.
Mais vous savez, un mardi, à 11h, des fois, il n'y a plus personne.
Bon, admettons.
Vous arrivez à Millaux à 11h, vous êtes partis depuis 4h.
Ça fait beaucoup pour arriver à Millaux, même en passant par le gare et la lozère.
Bah, ça fait quand même des bornes. Et sur des petites routes.
Et madame Rigal nous a dit que vous êtes
arrivée le lendemain matin sur le coup des 9h.
Millau, ici à pied, c'est combien ? C'est 4h ?
Bah, plutôt 5.
Oui, mais on peut imaginer que dans ces cas-là, on marche vite.
Ouais, même en marchant vite.
Bon. Admettons. 5h, donc.
Ça vous fait partir de Millau vers 4h du matin.
Ça nous laisse 5h à Millau sans rien faire.
Plus les heures où vous avez roulé jusqu'en Lozère, ça fait une longue nuit.
Enfin, je veux dire, vous n'avez pas fait que rouler et discuter.
Mais si !
Vous étiez copains comment avec Vincent ?
On se connaissait du collège, mais on ne se voyait plus.
Mais là, vous vous êtes revus ?
Oui, mais sans plus.
C'est-à-dire, sans plus ?
On se parlait quand il venait chez sa mère, mais je n'allais même pas chez lui.
Visiblement, il n'appréciait pas trop votre présence.
Ou plutôt, il n'appréciait pas que vous vous attardiez chez sa mère.
Il pensait que, pardonnez-moi,
que vous vouliez coucher avec elle.
Oui, il pensait ça.
Il pensait aussi que vous vouliez coucher avec son meilleur ami.
Avec Walter ?
C'est bien ce que vous avez essayé de faire, non ?
Non, mais ça c'était...
On était bourrés, c'était pour déconner.
Même bourré, comme vous dites. Les envies de ce genre, ça s'invente pas.
Oui, c'est vrai, j'aurais bien aimé.
Et quels sont vos rapports avec l'abbé Grisel ?
On se voit de temps en temps, ici.
On s'est laissé dire que vous vous voyez beaucoup dans la forêt tous les deux.
Oui, on va aux champignons comme tout le monde, mais on y va séparément.
Et vous vous y retrouvez ?
Oui, ça nous est arrivé une ou deux fois, mais par hasard.
Et pourquoi vous me parlez de lui ?
On pense qu'il nous cache quelque chose.
À propos de Vincent ?
Ou de vous.
Et qu'est-ce qu'il pourrait bien vous cacher ?
Ben ça on peut pas savoir.
Parce que juste au moins il nous le cache.
Sur ce...
Merci pour l'apéritif.
Vous restez dans le secteur ?
Oui.
Il y a des lois qui n'arrivent pas à s'exercer parce que
le temps de salle est réduit par des parisiens qui...
Dis-moi, Jérémy, est-ce que vous avez couché ensemble avec Vincent ?
Non.
Mais alors qu'est-ce que vous avez bien pu faire pendant toute cette nuit ?
Je ne vous vois pas discuter et rouler pendant tout ce temps.
Et vous nous imaginez faire l'amour ?
Pas forcément, mais j'y croirais déjà un peu plus.
On s'est battus.
Quand il m'a laissée à Millau, j'étais pas d'accord.
Bien sûr, j'ai insisté.
Et c'est là qu'il m'a dit qu'il voulait que j'arrête de vous tourner autour.
Ça m'a énervé, je lui ai dit d'arrêter.
Et ça s'est envenimé, et à force de s'engueuler, on en est venu au point.
C'était pas Walter, alors ?
Si. D'abord Walter, mais pas tant que ça.
Et puis Vincent, ça a été violent.
Et il m'a laissé sur le carreau.
Mais t'aurais pu m'appeler, je serais venue te chercher.
Je voulais pas vous en parler, je pensais qu'on en resterait là.
Que je rentrerais chez moi et qu'on oublierait.
Et tu crois que c'est pour ça qu'il est parti ?
Pourquoi ça l'aurait fait partir ?
Je sais pas...
Une de ces réactions qu'on peut avoir parfois.
Vous n'allez pas fuir maintenant ?
J'arrivais pas à dormir. Je voulais en profiter
pour aller chez moi récupérer des affaires.
Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.
C'est juste un aller-retour.
Une fois chez vous, vous ne reviendrez pas.
Et ça fera peser des soupçons sur vous.
Mais enfin, c'est aussi bizarre que je reste.
Même Martine commence à se poser des questions.
C'est normal. Elle a l'impression que vous lui cachez quelque chose.
Justement. Elle veut que je reste pour me faire cracher le morceau ?
Non.
Elle veut vous garder près d'elle parce qu'elle vous aime.
Arrêtez avec vos histoires, c'est déjà assez compliqué comme ça.
Vous voulez boire un verre ?
J'ai une excellente haute vie contre les insomnies.
Elle est d'accord.
Jérémy ?
Qu'est-ce que vous faites ?
Pourquoi t'as pris ta voiture ?
Tu t'en allais c'est ça ?
Bon je vous laisse, je vais me coucher.
Moi aussi, je remonte. Bonne nuit, Philippe.
Bonne nuit.
Tu viens ?
À demain ?
Bonjour.
Vous nous montrez ?
Ah, elles sont belles.
À force de passer vos journées dans la forêt, vous voyez, ça finit par payer.
Pourquoi est-ce que vous restez chez Mme Régal ?
D'abord, je me sens bien ici, dans ce village, et elle veut que je reste.
Elle n'a pas envie de rester seule.
Et vous comprenez que ça ait pu excéder son fils ?
Vous le connaissez au moins aussi bien que nous, vous
savez qu'il est d'un tempérament, disons, sanguin ?
Vous voyez ce que je veux dire ?
Martine vous a dit ?
Qu'est-ce qu'elle aurait dû nous dire ?
À propos de la bagarre ?
Avec Vincent, mardi soir, à Millau, on s'est battus.
Ah enfin !
Vous avez fait autre chose que rouler et discuter.
Ça me rassure.
Pourquoi vous êtes-vous battus ?
Il devenait pénible avec cette histoire que je veux coucher avec sa mère.
Et qu'est-ce que ça a donné, cette bagarre ?
Et comme j'ai pas trop l'habitude, il m'a mis une raclée.
Il m'a laissé là et il est parti.
Ça n'a pas duré très longtemps, donc ?
Ben si, un peu quand même, parce que j'ai essayé de lui
échapper et il m'a couru après dans les rues de Millau.
Et pourquoi vous n'avez rien dit ?
C'était un truc entre nous, ça regardait pas les autres.
Mais vous en avez parlé à sa mère.
Et pourquoi vous l'en avez parlé ?
Parce qu'elle croyait pas qu'on avait juste passé notre temps à rouler et à parler.
Elle commençait à s'imaginer des choses.
Et elle a cru à cette bagarre, donc ?
Pourquoi elle y aurait pas cru ?
Vous pensez pas qu'elle pourrait être en train de
s'imaginer qu'il est parti refaire sa vie ailleurs ?
Ça vous semble pas possible ?
Les enfants uniques quittent rarement leurs parents.
Alors, en cas de décès du père, vous imaginez ?
Puis il y a cette histoire de voiture.
Ma jeune collègue a tout de suite eu l'idée d'aller à la gare.
Vous savez pourquoi ?
Parce que les assassins laissent toujours les
voitures de leurs victimes dans des lieux de départ.
Une gare, un aéroport...
Alors, nous croyons en votre histoire de bagarre,
mais nous savons aussi qu'avec Vincent
Régal, ça dure rarement plus de cinq minutes.
Et encore, quand vous serez battu cinq minutes
montre en main, vous m'en direz des nouvelles.
Il m'a poursuivi.
Et on a tous assez couru dans les rues pour savoir
qu'au bout d'un quart d'heure, on est épuisé.
Autre chose, c'est très rare de trouver des morays en automne.
Faudrait que je vérifie, mais je crois que ça s'est jamais vu.
Alors ?
Bonjour !
Ah, mon père.
Vous pouvez nous laisser, s'il vous plaît ?
Monsieur Pastor était en train de nous dire quelque chose.
C'est moi qui vais vous le dire. Ce sera mieux pour tout le monde.
Jérémy a passé la nuit de mardi avec moi.
On se doutait bien qu'il y avait quelque chose comme ça.
Et c'est pour ça que vous échafaudez des histoires pas possibles ?
J'avais pas envie de porter tort à M. le curé.
On en a vu d'autres.
Je compte quand même sur votre discrétion.
Donc, M. Ponchon vous met à la porte, vous marchez
sur la route et vous vous rendez au presbytère.
Ça ne s'est pas exactement passé comme ça.
Je veux bien entendre la version de M. Pastor.
En fait, bien avant d'arriver à Saint-Martial, M. le curé
est passé sur la route et m'a ramené jusque chez lui.
Et qu'est-ce qui a fait que vous n'êtes pas directement allé chez Mme Regal ?
Je voulais me refaire une santé. J'étais sale, la gueule en sang.
Ça n'était pas que ça. Vous êtes aussitôt minu devant moi.
Oui, j'avais déjà très envie de lui. J'ai profité de la situation.
Donc vous, un inconnu vous demande...
Ce n'est pas un inconnu.
Oui, enfin, un homme que vous connaissez à peine,
vous demande s'il peut venir se doucher au
presbytère alors qu'il n'est pas du tout à la rue,
et vous, vous acceptez sans problème.
J'avais moi aussi très envie de lui.
Que faisiez-vous sur cette route ?
Vous étiez là par hasard ?
Je m'arrange souvent pour me trouver sur le chemin de Jérémy.
C'est la force du désir, j'imagine.
Ne la sous-estimez pas.
Bon, on vous souhaite bien du bonheur.
Messieurs.
Bonsoir.
ça va ? Si tu veux manger, il y a de la charcuterie
au frigo, puis des oeufs, du fromage aussi.
Qu'est-ce qui se passe ? Comment ça qu'est-ce qui
se passe ? Vous restez là sans rien dire ? Sans
me regarder ? Où est-ce que tu étais encore
passé toute la journée ? J'étais avec le curé,
On est montés à l'égole.
Oh lui !
Il ferait mieux de dire des messes plutôt que de se promener.
Qu'avez-vous fait du corps de Vincent Régal ?
Laissez-moi tranquille avec ça.
Vous n'avez qu'à me répondre par oui ou par non.
Vous l'avez enterré ?
C'était là que c'était.
Vous l'avez enterré dans la forêt ?
C'est ça ?
Qu'est-ce que vous faites là ?
Chut !
Vous allez réveiller madame Régal.
Je vais me gêner ! Martine ! Martine !
Mais qu'est-ce qu'il y a ?
Le gendarme était là, il est venu m'interroger dans mon sommeil.
Mais qu'est-ce que tu racontes ? Enfin, je l'aurais entendu !
Mais je vous jure !
T'as encore dû faire un cauchemar !
Mais non, c'était pas un cauchemar !
Allez, va te recoucher.
Non mais t'inquiète pas.
Vas-y.
Monsieur le curé ?
C'est moi, c'est Jérémy.
Vous ne pouvez pas faire ça.
C'est plus possible, tout le monde sait.
N'exagérez pas.
Si, ils savent.
Le gendarme est passé cette nuit, il a voulu me faire parler pendant mon sommeil.
De toute façon, même sans ça, ils finissent toujours par retrouver les cadavres.
Et puis les criminels.
Et même qu'ils retrouveraient jamais le corps.
Et même qu'ils seraient convaincus que je suis innocent.
Comment je vais pouvoir vivre avec ça sur la conscience ?
Ça fait à peine une semaine et ça me semble une éternité.
D'accord, c'est difficile.
Mais j'imagine que sur le moment, vous aviez vos raisons.
Mais non, encore j'aurais eu des raisons.
Mais je me suis laissé emporter.
Pourquoi vous êtes vous emporté ?
Je sais plus, j'ai été emporté par la violence.
Par l'envie d'en finir avec lui.
Vous avez donc bien voulu le tuer.
Oui, mais c'était dans le feu de l'action.
A ce moment précis.
Et vous regrettez ?
Ben oui, quand même.
Si une longue peine de prison ou la peine de mort
permettait de ramener Vincent à la vie,
vous l'accepteriez ?
Non.
Vous arrivez donc à vous arranger avec votre conscience.
Et vous y arriverez de mieux en mieux.
Mais vous en avez de bonnes, vous.
Comment vous pouvez en être sûr ?
Vous arrivez à vous arranger avec votre conscience, vous ?
Tout le monde sait faire ça.
Vous avez vu tous ces peuples martyrisés ?
Ces enfants qui meurent de faim ?
Ces sans-abris sur les trottoirs des villes ?
Le monde court à sa perte.
On peut penser que dans quelques dizaines d'années,
la vie n'existera plus sur la planète
et ça n'empêche personne d'aller au cinéma
ou aux matchs de foot.
Mais ils ont pas assassiné quelqu'un ?
Si. On est tous responsables du carnage.
Et on en a tous conscience.
Mais c'est loin, c'est pas devant nos yeux.
On les tue pas de nos propres mains.
Vous êtes bien sûr que ça fait une grande différence ?
La mort n'est pas une mauvaise chose.
Il faut bien que la vie s'achève.
Et qu'elle puisse s'achever à n'importe quel moment,
qu'on soit jeune, qu'on soit vieux, malade ou bien portant.
On a besoin de morts inattendues.
On a besoin d'accidents.
On a besoin de meurtres.
Dans ce cas, pourquoi vous voulez pas que je me jette dans le vide ?
C'est toujours la solution de facilité dans les moments de désespoir.
Mais vous n'en aviez pas vraiment envie.
D'ailleurs, vous réfléchissiez à quoi avant que j'arrive ?
Vous vous demandiez si vous n'aviez pas oublié quelque chose.
S'il n'y avait pas une dernière envie qui voudrait le coup de continuer.
Une raison de vous raccrocher à la vie.
Et bien sûr, dans mon cas, la vraie raison, c'est que je ne veux pas vous perdre.
Mais je ne veux pas rester près de vous toute la vie.
Mais je ne m'en bats la lune.
Une discussion, un repas de temps en temps, une promenade.
Et c'est tout ?
Vous apprendrez à m'aimer.
Ça se commande pas ?
Si. Si, on y arrive très bien.
Croisez-en mon expérience.
J'ai eu du mal au début, mais j'y arrive.
J'arrive à tous les aimer.
Et avec certains, croyez-moi que c'était pas gagné.
Allons, vous pouvez bien continuer à vivre, pour moi.
Quelqu'un aurait vu la voiture de Vincent partir vers la forêt mardi soir.
Ils sont en train d'organiser une battue.
Mais enfin, Jérémy, personne ne peut entrer dans la maison sans que je l'entende.
Mais en quoi ça dérange que je dorme au presbytère ?
Parfois j'ai l'impression que tu cherches à me fuir.
Vous passez vos journées ensemble ?
Tu peux bien passer la nuit ici, non ?
Martine a raison, nous nous verrons demain.
Bonne soirée.
Merci Philippe. Merci pour tout. Bonne nuit.
Et je garde la clé. Tu es content ?
Et si moi je veux sortir ?
Pour rejoindre Philippe ?
Pas forcément, mais on sait jamais.
Bah t'auras qu'à me demander. Allez, on va se coucher.
Je vous attendais.
Le gendarme est chez Martine, elle lui a donné une clé.
Parfait. Montez.
Vous fermez pas la clé ?
Surtout pas. Laissons-le venir.
Venez dormir dans mon lit.
Mais euh...
Allez, venez !
Vous avez un pyjama à me prêter ?
Faut que nous soyons crédibles.
Mais vous pouvez garder votre slip si vous y tenez.
Dépêchez-vous.
On peut éteindre.
D'accord.
Mais est-ce qu'on pourrait pas juste...
Chut !
Désolé, je voulais juste vérifier.
Ah bah voilà, vous avez vu, vous êtes content ?
Quitte à être là, permettez que je vérifie jusqu'au bout.
Sinon je ne tolérerais pas ça mais...
Et vous vous rendez compte ce que vous faites ?
Dehors ! Allez-vous-en !
Parfait.
Tout marche comme sur des roulettes.
Il n'y a plus de temps à perdre, habillez-vous.
Continuons, il n'y a rien.
Laissez-moi seul avec lui.
Vous ne voulez pas que je vous aide à l'emmener jusque là-bas ?
Il vaut mieux que vous ne sachiez pas.
Attendez-moi au presbytère.
Vous ne voulez pas que je fasse le gai ?
Si quelqu'un vient...
Ne vous inquiétez pas.
S'il y a bien un endroit tranquille à cette heure, c'est les cimetières.
Fermez la porte.
Où tu étais passé ? Ça fait des heures que je te cherche.
Le gendarme est passé dans la nuit, je me suis enfui.
Je me suis réfugié chez le curé.
Et le gendarme est même passé là-bas.
Mais j'y suis passé, il n'y avait personne.
C'est parce que Philippe avait une réunion à l'évêché.
Et aux aurores en plus, il a dû partir hyper tôt.
T'avais qu'à t'enfermer à clé dans le presbytère si tu avais si peur.
Mais le gendarme peut ouvrir toutes les portes qu'il veut.
Il doit avoir un passe.
Bon.
Allez viens me coucher.
Allez.
J'ai le temps.
Bonne nuit.
Bonne nuit.
Je peux venir tout près de toi.
C'est peut-être un peu tôt.
On va commencer par dormir, hein ?
Je peux au moins te tenir la main ?
La main, je veux bien.
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