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LA GUERRE CONTRE L'ALLEMAGNE EST FINIE
Enfant, en Angleterre,
on émergeait des décombres de la Seconde Guerre mondiale.
Nos parents et grands-parents avaient connu deux guerres.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale,
il y avait un immense espoir dans l'avenir.
À Londres, il y avait beaucoup
d'immeubles détruits et de cratères...
C'était un paysage d'après-guerre.
Il y avait encore du rationnement. Je me rappelle
avoir acheté des œufs, du lait ou encore du beurre
avec un petit carnet de tickets.
La population se rétablissait.
En dehors de Londres, dans les West Midlands,
se déroulait une vie paisible
semi-banlieusarde d'après-guerre.
Alors, je rêvais d'Amérique
parce que ce monde était à l'opposé du mien.
J'étais fasciné par le rock'n'roll
qui nous venait de là-bas.
Surtout la guitare électrique.
Cette musique semblait venir de Mars,
même si elle venait de Memphis.
En Angleterre, on subissait des musiciens
qui ne prenaient aucun risque,
jusqu'à ce qu'une force de la nature
nommée Lonnie Donegan débarque.
J'étais fasciné d'avoir vu Lonnie Donegan se produire.
J'étais transporté. On avait accès
à une liberté inédite en Angleterre.
Un jour, à l'école, j'ai vu
un type sur le terrain de sport entouré de plein de gens.
C'était Rod Wyatt,
et il jouait des chansons de Donegan
sur une guitare sèche.
Je me suis approché de lui en disant :
"J'en ai une comme ça à la maison."
Et lui : "Amène-la.
Je te montrerai comment l'accorder."
Résultat, il m'a même montré quelques accords.
Ma guitare ne me quittait jamais.
J'en jouais avant le petit-déj et en allant à l'école.
Je voulais en jouer à l'école,
mais je me la faisais confisquer,
et on me la rendait à la fin de la journée.
Mon père me disait : "Je ne comprends pas
ta passion pour la guitare, mais je te soutiens,
à condition que tes notes suivent."
Ma mère était vraiment favorable
à ce que j'intègre un groupe. Elle croyait vraiment en moi.
C'était très important à mes yeux.
Mes parents faisaient du vaudeville.
Ma mère était la chanteuse très apprêtée
et mon père était le comique au piano.
Je les accompagnais dans toutes les bases militaires
où ils divertissaient les troupes.
Les numéros internationaux se succédaient.
Des accordéonistes, des joueurs de banjo.
J'étais fan de tout ça.
J'ai été bercé par toute cette tradition musicale.
Et ça a influencé toute ma carrière.
J'ai grandi dans les West Midlands.
La famille de mon père en vient.
Ma mère vient d'une famille de gitans roumains.
Enfant, j'ai vraiment été choyé,
jusqu'à ce que mes parents
m'envoient à l'école dans une grande ville.
J'ai fait des études de comptable agréé.
J'aimais beaucoup l'école, mais quand Little Richard est apparu,
son style était si provocateur, obsédant et hypnotique
que mon intérêt pour les études a volé en éclats.
À ce moment-là, j'ai su que je voulais devenir chanteur.
C'était décidé.
J'étais accro pour la vie.
John Bonham accorda peu d'interviews et mourut en 1980.
L'interview qui suit est inédite.
Eh bien, je m'appelle John Bonham.
Enfant, j'ai toujours aimé faire des bruits de batterie.
J'ai eu ma première batterie à dix ans.
On est allés voir un film avec Gene Krupa
et c'était génial.
Dans les Midlands,
j'achetais des disques complètement différents.
Johnny Kidd & The Pirates étaient très connus à l'époque.
Tous les juke-boxes le passaient.
Ils étaient dotés d'énormes haut-parleurs.
Résultat, on n'entendait que la basse.
En entendant ça, j'ai pensé : "J'adorerais reproduire ce son."
Quand mon père l'a appris, il a dit :
"La basse est un nouvel instrument.
Et dans deux ans, on n'en entendra plus parler.
Choisis plutôt un saxophone, et tu auras toujours du boulot."
Et j'ai répondu : "Non, je veux une basse."
En m'entendant répéter, mon père m'a dit : "Suis-moi.
Et regarde ma main gauche.
Au piano."
J'ai appris tous les standards comme ça.
J'avais un petit groupe. On jouait au club des jeunes.
Et j'ai parlé au prêtre très avant-gardiste
qui m'a dit : "On a besoin d'un organiste."
Et j'ai répondu :
"Je peux être votre organiste, si vous voulez."
Sans réfléchir davantage. Et il a accepté.
Église St Aidens
Dans la musique d'église, il faut improviser.
Mais je n'étais pas très bon pour suivre une partition.
J'improvisais en permanence. J'apprenais les hymnes.
J'arrivais à les deviner.
Je ne suis pas très croyant,
mais c'était une bonne expérience.
Et le prêtre était très cool.
Je suis ainsi devenu organiste et chef de chœur à 14 ans.
Ça m'a valu la somme rondelette de 25 £ par an.
J'ai ainsi pu m'acheter une basse Fender.
J'avais l'habitude de jouer le jeudi soir au club Marquee.
Et après un certain temps,
le groupe Carter Lewis and The Southerners
est venu me demander
si je voulais être sur son album.
J'ai répondu : "Oui. Avec plaisir".
J'y suis allé avec mon équipement,
une pédale DeArmond, un ampli
et ma toute nouvelle Gibson Les Paul.
Et le groupe m'a dit : "Invente un truc pour ton solo."
Dès la deuxième prise,
je l'avais déjà trouvé en partie.
Les gens ont dû avoir eu vent de ce jeune guitariste
parce que d'autres studios ont commencé à me contacter.
Quand j'ai commencé ces enregistrements,
j'avais 7 ans de moins que tout le monde.
Les studios n'avaient personne de la vieille garde
ou de la garde actuelle
qui connaissait toutes les influences
et toutes les références des nouveaux groupes.
Alors que moi, je les avais toutes,
que ce soit en matière de R&B, de blues ou encore de rock.
Tout le monde recevait ces albums
qui venaient à la base
des navires marchands américains.
L'explosion du rythm and blues avait commencé.
Je suis allé voir Sonny Boy Williamson
à l'American Folk Blues Festival.
À l'époque, j'apprenais aussi l'harmonica.
C'était un merveilleux déferlement
de musiques d'on ne savait où.
Sonny Boy était
tout ce qui allait devenir mon courant musical.
Mais dans ma ville d'enfance, Perry Foster était mon idole.
Et il avait un groupe nommé le Delta Blues Band.
Et d'une manière ou d'une autre, j'ai réussi à l'intégrer.
J'étais prêt à être un mod, un rockeur,
un beatnik, tant que je pouvais chanter
et me faire remarquer,
en essayant de percer.
À l'époque, j'avais un travail en parallèle.
Je bossais avec mon père dans le secteur du bâtiment.
On travaillait bien à l'époque.
Mais la musique a fini
par prendre le pas sur mon métier.
C'est ce qui s'est passé.
On a quitté l'école, on a intégré des groupes,
on a commencé à faire des concerts locaux.
La soul a alors eu une énorme influence sur moi.
James Brown était un de mes préférés
à cause du son de son incroyable batterie.
Je me suis dit que je voulais le même son.
À 16 ans, je suis allé voir un groupe
dans lequel Robert chantait.
Le concert s'est très bien passé parce qu'il était génial.
Dans le public se trouvait
un type impressionnant avec sa sublime copine.
Il est venu me parler à la fin du concert
en me disant : "C'était pas mal,
mais tu serais encore mieux avec un bon batteur."
Ça m'a marqué. Et j'ai dit banco.
La première fois qu'on a joué ensemble, on avait 16 ans.
Et le résultat était super.
John était incroyable.
C'était un batteur très impressionnant.
Je l'observais avec fascination. Il était tout simplement...
fantastique.
Mais la scène locale était très compétitive.
On partait en tournée et tout se passait à merveille,
et tout d'un coup, plus de concerts, plus d'argent.
Tout était à refaire.
Une fois, on n'avait plus d'essence,
et j'ai siphonné l'essence d'une autre voiture,
mais la police m'a surpris
en train de transvaser de l'essence dans un jerrycan.
Lui était assis à l'arrière tremblant
en se demandant : "Que va penser Pat ?"
Pat est devenue sa femme
et elle avait l'habitude de dire :
"Tu n'as pas intérêt à jouer avec Planty.
C'est une catastrophe."
J'ai arrêté l'école à 16 ans.
J'ai foiré la plupart de mes examens
parce que je jouais dans un club
la veille. Et mon père me disait :
"Je peux te trouver un poste d'employé."
"Non, je vais trouver un groupe, papa."
Il y avait un endroit à Londres appelé Archer Street.
Et chaque lundi matin,
tous les musiciens locaux venaient y chercher du travail.
Et gamin, j'y allais chaque lundi matin.
J'ai commencé à être pris par des groupes
et des studios d'enregistrement.
C'est à cette époque qu'est arrivé Jimmy Page
avec sa guitare électrique.
Ça, c'est ma Les Paul Black Beauty.
Cette guitare était celle
que j'utilisais le plus en studio.
J'allais en session d'enregistrement
pour découvrir ce que j'allais jouer ce jour-là.
Les enregistrements étaient sympas à l'époque.
Au début, j'enregistrais beaucoup en studio avec Jimmy.
L'enregistrement de "Goldfinger" a eu lieu à Abbey Road.
On était dans la section rythmique avec Jimmy,
au milieu d'un orchestre complet
et de Shirley Bassey.
On était fous de joie d'être là.
J'étais encore un gosse à l'époque.
Et on était en présence de Shirley Bassey !
On la voyait, pendant qu'on jouait.
Et elle a sorti le grand jeu.
Pour "Goldfinger". On était aux anges.
Ces studios d'enregistrement
étaient d'une efficacité redoutable.
Impossible de rater sa partie,
car les heures sup étaient interdites.
Si vous vous ratiez, on ne vous rappelait plus.
J'avais un petit journal de poche,
comme celui-ci que j'emmenais partout.
J'ai enregistré avec les Rolling Stones,
David Bowie, Petula Clark...
J'étais sur les albums des Kinks,
le premier album des Who.
J'ai joué avec plein de groupes.
Mais jamais avec les Beatles.
J'ai pas mal enregistré avec Donovan,
et j'ai adoré travailler avec lui.
Et Mickie Most était son producteur.
Ces enregistrements étaient top, car je pouvais regarder
et poser des questions, ce que je ne me suis pas gêné de faire.
Je demandais aux ingés son comment faire certains effets,
comme faire un écho ou une réverbération.
On apprenait la façon
dont ils posaient un micro sur différents instruments.
J'ai pu faire tout ça.
J'avais le droit de faire tout ça.
De plus, j'avais le droit de faire des solos.
C'était une chance.
J'ai demandé à Mickie Most : "Tu as besoin d'un arrangeur ?"
"Tu sais faire ça ?"
"Oui, j'en fais tout le temps..."
En fait, j'ai bluffé.
Mais mon père m'avait appris à ne jamais refuser un travail.
Et notre collaboration avec Mickie
s'est très bien passée.
Il conduisait une Rolls jaune,
et il déposait une démo dans ma boîte
indiquant : "Tu sais ce qu'on aime.
On est vendredi." Et c'était tout.
Je jouais de la basse en studio sept jours par semaine.
Et je devais créer des arrangements la nuit,
avant de retourner bosser à 9 h
pour enregistrer les chansons.
J'ai fait tous les arrangements d'Herman's Hermits et Donovan,
et j'ai aussi beaucoup travaillé avec Lulu.
J'ai fait ses arrangements avec Mickie Most.
J'ai fait avec elle la chanson
du film Les Anges aux poings serrés,
qui a cartonné aux US,
la Mecque de l'industrie de la musique.
Mon père était très fier,
quand les gens qu'il connaissait et respectait
lui disaient : "J'ai vu John en studio
avec untel. Il est vraiment doué."
Et...
Il était tout fier.
À l'époque, je jouais dans plein de groupes.
J'ai enregistré plusieurs albums en studio.
Mais mes parents n'étaient pas très emballés.
En fait, quand j'ai signé mon premier single avec CBS,
ils n'étaient pas au courant, car...
ils m'avaient donné le choix entre continuer les études...
et continuer ma formation
en tant que comptable agréé et...
faire ce que j'avais à faire. C'est ce que j'ai fait.
Donc, j'ai tout plaqué.
Je savais qu'il y avait des chanteurs plus expérimentés,
mais je me suis lancé et j'ai tenté ma chance.
J'avais un caftan, du maquillage,
des cloches, de l'encens.
C'était...
De nous tous, c'est Robert
qui se mettait le plus dans des situations délicates.
C'était de la folie.
John est venu me voir en disant :
"C'est quoi, ce déguisement ?"
Et moi : "Bonne question".
C'était la fin de 1967. Le groupe s'est retrouvé
et notre entente musicale était parfaite.
On a donc formé le groupe Band of Joy.
On mélangeait blues et musique psychédélique.
On voulait faire partie de ce grand mouvement.
On a joué chez Frank Freeman, au club Middle Earth de Londres.
On est allés à Tin Pan Alley
et on a enregistré "Memory Lane",
la première chanson que j'ai écrite.
Malheureusement, elle n'est jamais sortie.
Peu de gens aimaient ce qu'on faisait. Mais nous, si.
Pat hurlait à John :
"Je t'avais dit de ne pas t'approcher de lui.
Il ne t'apportera rien." Alors, il a choisi Tim Rose
et a enregistré "I Got a Loneliness" et "Morning Dew".
C'était comme ça à l'époque. On avait un enfant.
On jouait dans un groupe pro pour toucher un peu d'argent,
pour survivre.
Je suis tombé en disgrâce partout.
Ce fut une époque difficile pour moi.
J'avais une valise marron, un peu de pénicilline
et j'étais SDF. Je n'avais nulle part où aller.
Alors, j'ai rejoint le groupe Obs-Tweedle.
J'étais complètement accepté en tant que musicien de studio.
J'avais fini par faire
ce que tous les vieux de la vieille
faisaient à l'époque.
De la musique de fond.
On appelle ça aussi de la musique d'ascenseur.
Faire un enregistrement de ce genre de musique
était très difficile,
car il y avait des kilomètres de musique.
Il fallait tourner quantité de pages et les jouer.
Jouer la moitié des morceaux
sans être malade tenait du miracle.
Donc, je savais
qu'il était temps de passer à autre chose.
Tous mes amis, comme Eric et Jeff,
faisaient partie d'un groupe
et s'éclataient.
Je me suis dit que j'avais beaucoup à offrir.
Et Jeff Beck m'a dit :
"Ce serait super que tu rejoignes les Yardbirds."
Je me suis demandé
si je voulais vraiment saisir cette opportunité.
Et j'ai réalisé que c'était le moment de foncer.
Intégrer les Yardbirds avec Jeff
signifiait faire une tournée avec un pote et m'éclater.
Mais en pleine tournée américaine,
Jeff a quitté le groupe,
et j'étais sous le choc.
Mais ça m'a permis d'aller dans une tout autre direction.
Et je suis devenu le guitariste principal.
Personne ne s'intéressait plus aux Yardbirds,
ici, en Angleterre.
Alors, on a commencé à être suivi
par la scène underground américaine.
Ce fut vraiment un grand plaisir
de faire partie de la scène musicale de la côte ouest.
Mais on devait faire face à Mickie Most, notre producteur,
si bien qu'on a enregistré
plein d'horribles singles pop pour la radio AM,
et j'ai fini par ne plus vouloir faire de singles.
Voir l'avènement de la FM underground aux États-Unis,
qui passait des faces complètes d'albums,
j'ai compris que c'était l'avenir.
Mon idée est donc devenue de composer des albums
dont la face A ou B passerait sur les radios FM.
J'avais déjà en tête un nouveau son pour les Yardbirds.
Je savais précisément ce que je voulais en termes de guitare
pour les futurs albums, comme pour "Dazed and Confused"
inspiré par Jake Holmes.
Cette guitare était un cadeau de Jeff Beck.
Je l'ai repeinte. Je la lui ai dédiée.
Cette guitare est un symbole de mon parcours
comme Excalibur, l'épée magique.
J'ai vu une chiromancienne à L.A.
Et elle m'a dit :
"Vous allez bientôt prendre une décision
qui va changer votre vie."
Quelques jours après cette visite,
le groupe s'est réuni
et a décidé d'arrêter et de se séparer.
Ça a été un sacré choc.
J'ai tout de suite pensé :
"Maintenant, je sais ce que je vais faire.
Je vais monter mon groupe,
et je sais exactement quoi en faire."
Il me fallait juste trouver un chanteur avec du coffre.
À ce sujet, je connaissais Terry Reid.
On avait travaillé ensemble, et il m'intéressait.
J'ai donc demandé à Peter Grant de le contacter.
Ce dernier était le manager des Yardbirds
et il croyait vraiment en moi.
Quand notre groupe a splitté
et que j'ai voulu en créer un nouveau,
Peter était partant. Il m'a dit :
"Génial. Dis-moi comment je peux t'aider."
Peter Grant et Mickie Most partageaient le même bureau
et se faisaient face.
J'ai fini par apprendre
que malheureusement Terry Reid avait signé un contrat solo
avec Mickie Most. J'étais étonné.
- Il est tout chaud ? - Oui.
- C'est pour toi. - OK.
Je me suis dit : "C'est incorrect."
Cependant, Terry Reid m'a suggéré
le chanteur d'Obs-Tweedle, un groupe des Midlands.
Drôle de nom. C'est un peu bizarre.
Peter Grant et lui sont venus me voir.
Il m'a demandé si je savais où trouver Robert Plant.
Et j'ai dit : "Oui. C'est moi."
Ses improvisations vocales étaient incroyables,
et j'étais impressionné. Donc, je l'ai invité à venir chez moi.
Je n'avais toujours pas de toit à l'époque.
Alors, j'ai pris le train pour Pangbourne
pour frapper à une autre porte.
On s'est très bien entendus.
Il a vu qu'on avait des vinyles en commun.
Je lui ai fait écouter une version de
"Babe I'm Gonna Leave You" par Joan Baez
en disant : "Si tu chantes aussi haut,
j'ai un arrangement qui va avec."
Et ça s'est merveilleusement passé.
C'était magnifique. Il chantait tellement bien.
On sentait que quelque chose se préparait.
Je le sentais autour de moi.
Le jeu de guitare de Jimmy était sublime et incroyable.
Jimmy m'a alors dit : "On a un super batteur."
Et avant qu'il ne poursuive, j'ai dit : "Attends.
Il n'y a pas de meilleur batteur au monde que John Bonham.
Il est fantastique."
Il jouait avec Tim Rose.
Jimmy a dit : "Dans ce cas, allons le voir."
Et j'ai répondu : "John, il faut
que tu écoutes Jimmy jouer. Il est incroyable."
John a dit : "Pas question".
Et moi : "Tu es dingue.
Laisse tomber le folk électrique.
Rejoins mon groupe."
Et il a dit : Pat me tuerait. Ne dis pas ça."
Et j'ai dit : "Je parlerai à Pat et ta mère."
Ma femme Mo a lu que Jimmy formait un groupe.
"Tu devrais l'appeler pour voir s'il cherche un bassiste."
Et moi : "Non. Impossible. J'ai plein de choses à faire.
Des arrangements, des albums..."
Mo a insisté : "Allez, appelle-le."
C'est ce que j'ai fait.
- "Salut. Tu formes un groupe ?" - "Oui."
- "Tu as besoin d'un bassiste ?" - "En fait, oui."
- "Mais il y a un hic." - "Lequel ?"
"Le batteur joue avec Tim Rose
et il touche 40 £ par semaine ? On peut le payer plus ?"
Alors, on a décidé que oui.
Peter Grant nous a permis de répéter
pendant deux heures à Gerrard Street.
On est tous allés là-bas. J'ai installé mon équipement.
John Paul Jones y était avec son matos d'enregistrement,
et John avait sa batterie.
Il y avait des amplificateurs partout et on en a pris un.
Et on a fait les présentations.
- Moi, c'est untel. - Et moi, c'est untel.
C'était assez surréaliste de rencontrer John Paul et Jimmy.
Vu d'où je venais. C'était un peu lunaire
de recevoir des télégrammes, etc.
Je pouvais intégrer les Yardbirds,
on aurait dit un don du ciel.
J'ai dit que je voulais commencer
par jouer "Train Kept A-Rollin'".
- "Tu la connais ?" - "Non."
Et lui : "Il y a 12 mesures.
- Il y a un riff." - "OK. C'est parti."
Ça a commencé ainsi.
Et le studio a explosé.
On n'arrêtait pas de jouer, de faire des solos
et tout le reste, et Robert improvisait.
C'était stupéfiant.
Je m'attendais à un crooner,
et il s'est mis à hurler comme un dingue
avec cette voix et cette tessiture fantastiques.
Je me disais : "Tu chantes super haut. Tu vas te faire mal."
J'étais déboussolé, parce que le résultat
était exactement ce que je voulais.
J'étais assez timide. Le mieux dans ce genre de situation,
est de se taire, de s'accrocher
et de saisir ce qu'on attend de vous.
Il pensait sûrement la même chose que moi
qui suis bassiste,
car les musiciens de la section rythmique
sont vraiment des êtres sensibles.
Je voulais juste m'assurer
qu'on puisse s'accorder ensemble.
La première fois qu'on a joué ensemble,
on voyait qu'on allait être bons.
Sans vouloir en faire des tonnes.
Même si c'est le cas.
Génial.
Quand on a fini, je suis convaincu
qu'on savait tous que notre vie allait changer à jamais.
Il y avait une telle énergie kinétique,
qui se devait de sortir de chacun de nous.
Il était temps de jouer live et d'aller à Pangbourne.
Pangbourne est sur la Tamise.
Quand j'ai découvert ce hangar à bateaux,
j'ai trouvé qu'il était magique.
Il possédait une bonne énergie.
Et ça bouillonnait de créativité.
J'ai vécu dans cette maison de 1967 à 1970.
Au début, on s'est installés à l'étage.
Au niveau des fenêtres du haut, il y a une grande pièce,
et c'est là qu'on répétait.
On surplombait le fleuve. C'était magnifique.
On a appris à se connaître et on travaillait dur.
On ne glandait pas. Le but n'était pas de passer à la télé.
On avait tous très envie de jouer de la musique.
On était en train de composer un album,
et de travailler sur d'autres titres
pour remplir notre concert.
On a répété pendant des jours, et ça faisait beaucoup de bruit.
On pouvait nous entendre de partout.
Je m'attendais à ce que des gens se plaignent,
mais ça n'a pas été le cas.
On s'est réunis très rapidement,
parce qu'une tournée devait se faire avec les Yardbirds,
soit quelques dates en Scandinavie.
C'était pratique qu'on puisse faire partie de cette tournée.
On a pu aller là-bas et jouer devant un public
loin de Londres et l'Angleterre.
On a joué notre premier concert en Scandinavie
en tant que The Yardbirds.
On a pris l'avion, John et moi, assis côte à côte,
en train de fumer au milieu des nombreux couverts,
couteaux et fourchettes devant nous.
Des trucs qu'on aurait d'ordinaire volés,
car il y en avait à foison.
On n'aurait pu remplir nos valises avec
sans se faire aider.
C'était génial. Il y avait tout à bord.
Du gin, du tonic...
du personnel.
Du personnel gentil et charmant.
La clim. Et nous voilà partis.
Que faire d'autre ?
On pouvait pas faire machine arrière.
Quand j'ai annoncé
à mes collègues et mes employeurs
que j'arrêtais de jouer en studio
pour intégrer un groupe de rock,
ils m'ont tous dit : "Tu es complètement fou."
À la basse, John Paul Jones.
John Paul Jones.
À la batterie, John Bonham.
À la guitare, Jimmy Page.
Et votre serviteur, Robert Plant.
Ça s'est tellement bien passé
que le groupe a commencé un album
juste après le retour de Scandinavie.
On était ensemble depuis combien de temps ? Un mois ?
On a enregistré à Olympics Studios
le soir pendant quelques semaines.
La première fois, ce fut le 25 septembre 1968.
Heure d'arrivée : 23 h.
- Première prise. - OK.
Ce cher Glyn Johns était aux manettes
sur la console Helios
construite spécialement pour le studio.
C'était notre ingénieur du son.
Premier set de batterie.
John, Jimmy et John Paul étaient plus prêts que moi
pendant ces enregistrements
parce que tout était en direct.
Il fallait que ça fonctionne. À chaque prise.
L'atmosphère était électrique.
Et j'essayais de me greffer à tout ça.
John Paul Jones avait un toucher à la basse incroyable.
Musicalement, c'était une bête.
J'étais complètement obnubilé par le pied droit de John.
J'avais infiniment de respect pour lui.
Et j'essayais de le mettre en valeur, de l'aider,
et de lui donner de l'espace.
Troisième prise.
Quand je faisais un riff, je laissais la dernière note
il y mettait son grain de sel
et le rythme prenait alors une tout autre ampleur.
LE JOURNAL de 22 H
ACTUALITÉS MONDIALES SEPTEMBRE-OCTOBRE 1968
Mexico L'armée tire sur les étudiants
LES JO SECOUÉS PAR LE BLACK POWER
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après la fin de la censure au théâtre
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Washington Boeing sort le 747
Un Beatle et sa compagne
accusés de détenir de la marijuana
Nevada Test nucléaire sous-terrain
Apollo 7 Première émission en direct de l'espace
J'étais prêt à tout essayer pour l'album.
À jouer de la guitare sèche,
à pédale, slide, électrique.
Je voulais avoir plein de textures
et d'ambiances différentes,
afin que tout l'album bluffe ceux qui l'écouteraient
et les emmène dans un monde inconnu.
La guitare est accordée différemment
pour "Black Mountain Side".
Un peu à la manière d'un sitar.
Jimmy et John Paul étaient vraiment
au sommet de leur talent.
Ils avaient joué tellement de morceaux différents
qu'ils étaient à l'aise dans tous les genres.
Ça nous a permis de jouer
avec une palette de couleurs musicales.
Jimmy a produit l'album.
Ce qui est génial, car ça a donné
un son différent. J'aime beaucoup.
Il avait plein d'idées pour placer les micros
à la bonne distance.
Il savait ce qu'il voulait obtenir.
Le mixage a dû composer avec des choses assez complexes,
comme l'écho inversé
qu'on entend dans "You Shook Me".
Quand on applique un écho à la bande,
puis qu'on la tourne dans l'autre sens,
on obtient un écho à l'envers.
Je passais d'une chanson à l'autre
en fondu enchaîné, entre autres,
si bien que lorsqu'on écoutait tout l'album,
on se devait d'être très attentif.
C'était incroyable...
J'avais d'énormes enceintes électrostatiques
dans ma pièce principale.
On aurait presque pu s'asseoir dedans.
J'écoutais la musique très fort.
Quand on finance soi-même l'album,
on est dans une meilleure position
qu'avec une cassette démo.
Donc, si vous saviez ce que vous faisiez,
c'était logique de finir l'album
avant d'aller dénicher un contrat chez les labels.
Le producteur américain Bert Berns
m'avait très bien vendu auprès d'Atlantic Records.
Quand il m'y a emmené en 1964,
et que j'ai dit que je voulais qu'ils me signent,
c'est ce qu'on a fait.
"Cher Jerry, Jimmy Page sera à New York
pour signer son contrat.
Vous avez accepté de payer son billet.
Je le réserve ou Atlantic s'en charge ?"
On avait rempli notre part du contrat,
et Jimmy et Peter allaient convaincre
Atlantic de nous signer.
Jimmy commençait à avoir les clés du royaume.
Il est allé à New York avec Peter.
Ils ont ainsi rencontré Jerry Wexler.
On a mis le disque, et l'écouter a été un grand moment,
peu importe leur avis,
surtout de le faire écouter à Jerry Wexler.
Atlantic n'avait pas le droit d'y toucher.
Le disque était parfait et fini.
L'ordre des chansons était parfait.
Aucune d'entre elles n'allait être coupée.
Après avoir vu des singles
briser la dynamique d'un groupe,
je ne voulais pas que ça nous arrive.
Et j'ai insisté sur le fait qu'on était
un groupe qui faisait des albums,
pas des singles.
On pouvait faire la loi, car l'album nous appartenait.
Sur la photo, je signe le contrat.
On voit Pete, qui a l'air super cool.
Il ressemble à un parrain de la mafia.
ATLANTIC RECORDS SIGNE LE GROUPE DU MOMENT
EN ANGLETERRE, LED ZEPPELIN
Peter Grant et Jimmy s'étaient arrangés
pour qu'Atlantic n'ait
aucun pouvoir décisionnaire nous concernant.
Ils ont dit au label : "Vous voulez ce groupe,
en retour vous aurez des albums. Mais..."
Peter Grant interdisait
aux responsables des labels de s'approcher du studio.
Ou du groupe.
Ils le craignaient, c'était génial.
Une telle liberté, c'était du jamais vu.
Plutôt que de garder le nom Yardbirds,
le groupe a pu repartir de zéro.
On a décidé de changer de nom.
Keith Moon a suggéré le nom Led Zeppelin.
J'ai trouvé que ce serait un super nom.
Je me suis dit : "C'est un horrible nom.
Personne ne va s'en souvenir."
Mais je n'ai rien trouvé de mieux,
alors on est restés Led Zeppelin.
Tout d'un coup, j'étais papa et presque marié.
Et j'étais dans ce groupe qui allait s'appeler Led Zeppelin.
Donc, je suis rentré chez mes parents
pour leur dire la vérité.
J'ai appelé mes parents en leur disant :
"Vous aimeriez sûrement rencontrer
votre future belle-fille."
Et, bien évidemment,
ils lui ont ouvert leur porte.
Le 9 novembre 1968, on a joué au Middle Earth.
Et pour fêter cette date de concert,
je me suis marié le même jour.
J'ai essayé de tout faire ce jour-là.
Notre voiture est tombée en panne
en allant au concert. La totale.
On avait décidé de ce qu'on allait jouer
et comment on allait jouer.
Les trois premiers titres ont été explosifs.
Le public était médusé.
L'ironie, c'est qu'on ne trouvait pas
de grandes salles en Angleterre.
Quand on demandait si on pouvait booker Led Zeppelin,
la réponse était négative.
Alors, Atlantic a décidé
de sortir le disque le 12 janvier,
mais seulement aux États-Unis.
Peter a monté une tournée pour nous.
On a dû partir la veille de Noël.
L'album allait sortir,
alors on se devait de faire une tournée en Amérique.
Je craignais de ne pas me sentir à l'aise là-bas.
Pat répétait : "Je t'avais dit de pas bosser avec lui."
Mais ma femme, Maureen, et elle étaient très amies,
donc elles ont pu célébrer en même temps
ce que John et moi faisions.
On a juste suivi le mouvement.
Aller en Amérique était mon rêve à tous les niveaux.
LE MOIS DE LED AUX ÉTATS-UNIS
Led Zeppelin commence une tournée
On était en première partie de Vanilla Fudge, au début.
C'était le seul groupe à nous avoir pris sous son aile.
Ce sont de bons amis,
car ils l'étaient quand on n'était rien.
Carmine et John Bonham formaient un duo impayable.
Ils avaient l'habitude de s'imiter pendant les concerts.
Il y avait une belle énergie entre tout le monde.
La tournée a commencé à Denver.
On a joué dans un hangar pour avions
devant un public assez restreint.
J'étais décontenancé.
Mais j'ai dit : "Regroupons-nous
comme si on jouait dans une boîte de nuit,
et jouons pour nous.
Ne faites pas attention au fait qu'il y ait du monde ou pas.
Jouons pour nous et voyons ce que ça donne."
On a joué quelques dates avec Fudge,
puis au Whisky a Go Go à L.A.,
avant d'aller à San Francisco.
L'album passait déjà sur les radios underground,
et les gens avaient très envie
de voir ce groupe qu'ils entendaient à la radio.
On avait décidé d'y aller à fond
et de jouer comme jamais.
Bref, de tout donner.
Dans les coulisses du Filmore, Peter Grant a dit :
"Quoi qu'il arrive,
si vous ne cartonnez pas ici, c'est fini."
Après le concert, on a su qu'on était sur la bonne voie.
Tout s'est passé très vite.
Notre réputation a explosé.
Les gens étaient déchaînés,
avant même qu'on arrive pour la Boston Tea Party.
On jouait aussi bien sur la côte ouest que la côte est.
Sur la FM, ils passaient une face de l'album
avant de dire ce que c'était,
il y avait une pub, et ils passaient l'autre face.
Les radios indiquaient alors :
"Ils passent dans votre ville ce soir."
Et tout le monde venait à notre concert.
Du rock'n'roll avec Led Zeppelin.
Robert Plant est avec moi,
et je sais que vous vous sentez bien.
Écoutons une autre auditrice.
- C'est à vous. - C'est Robert Plant ?
- De temps en temps, oui. - Mon Dieu.
Je vais avoir une crise cardiaque.
Oh non ! Ne me dites pas ça. Allez voir un médecin !
Je veux vous dire que vous êtes trop sexy. C'est dingue.
Super. Merci beaucoup. Personne suivante.
Bonjour. Je voulais vous voir hier soir,
mais j'ai pas trouvé de billets.
Vous avez raté un super concert.
Votre nom ? Peu importe.
- Bonjour. - Salut.
- Salut. - Vous êtes canon.
- Ça veut dire quoi ? - Que vous êtes très beau.
- Génial ! - J'ai adoré le concert.
J'ai beaucoup aimé. Vous êtes canon.
- Continuez ce que vous faites. - Merci. C'est noté.
L'attente était immense.
C'était impressionnant.
En revenant en Angleterre après tout ce qu'on avait vécu,
j'ai dû me taire.
Au pays, le disque n'était pas encore sorti.
Donc, j'ai préféré me taire.
Les gens m'auraient ri au nez.
Avec Bonzo, on se voyait et on se disait :
- "Qu'est-ce qui s'est passé ?" - "Je sais pas."
- "C'était quoi ?" - "Je sais pas trop."
C'était complètement hallucinant. De la folie pure.
En revenant d'Amérique,
les choses avaient beaucoup changé,
et on se sentait super bien. Mais c'était un choc.
Quand on y repense, on avait 20 ans,
et, tout d'un coup, on était entourés
de drogues et de jolies filles,
et plein de gens ont commencé à graviter autour de nous.
Cette énorme sous-culture qui se nourrit de la célébrité.
Surtout au début de notre explosion.
C'est le moment où on sent
que quelque chose se passe.
On adorait ça.
C'est bien normal.
Et tout ça nous arrivait sans la presse
qui ne nous appréciait guère.
On recevait peu de critiques,
la plus célèbre étant celle du magazine Rolling Stone.
Je me rappelle l'avoir lue en me disant :
"Mais de qui ils parlent ?
De nous ?"
Beaucoup de journalistes de l'époque,
j'ignore s'ils étudiaient la musique
pour la critiquer ou s'ils étaient plus préoccupés
par nos activités en groupe.
Mais est-ce qu'on se préoccupait de ce qu'ils pensaient,
vu notre manière de jouer ?
Eh bien, la réponse est...
malheureusement, oui.
C'est là qu'il y a un risque.
Mais heureusement, à nous quatre,
on ne s'en préoccupait pas trop.
On s'intéressait plus au fait d'apprécier ce qu'on faisait.
Le premier album a été descendu en flammes.
Beaucoup disaient ne pas aimer
notre musique sans savoir pourquoi.
Donc, on prenait plutôt ça à la légère.
On travaillait d'arrache-pied
et les gens comprenaient ce qu'on faisait
et ça se voyait.
Et le bouche-à-oreille fonctionnait.
Les concerts étaient pleins à craquer.
Ce qui compte pour un groupe,
c'est ce que les gens entendent, pas ce qu'ils lisent sur lui.
C'était génial de faire ces concerts
et d'être en communion tous les quatre
et de pouvoir faire des changements
avec humour, avec intensité
ou encore avec agressivité.
On était en parfaite symbiose.
On pouvait aller dans n'importe quelle direction
et tout le monde suivait.
Si la guitare menait, ils suivaient.
Je pouvais ralentir et changer un truc.
L'improvisation était à un niveau stratosphérique.
Avec "Dazed and Confused",
l'intensité va crescendo. C'est diabolique.
On avait de l'or entre les mains
et je voulais épater tout le monde.
J'avais tout un concept pour le prochain album.
Il allait être très cinématographique
dans la façon dont la musique allait être composée à la base,
sans compter les overdubs et les couches sonores.
J'ai demandé à ce qu'on répète à la maison
et on a bossé sur deux nouveaux titres,
"Whole Lotta Love"
et "What Is and What Should Never Be".
Jimmy s'asseyait avec une guitare sèche
et on travaillait sur les chansons.
Il commençait en jouant ce qu'on avait écrit.
Puis, on essayait de le suivre.
On s'est rendus à Olympic Studios en avril.
On était ravis de retourner en studio.
Ma capacité à écrire des chansons
a commencé à se mettre en place
à cause de mon entourage.
Pour "Whole Lotta Love", Jimmy avait travaillé sur le refrain.
Il m'a montré le riff qu'il avait trouvé
et qui était incroyable.
Et pour le couplet, j'ai repris un morceau de Willie Dixon.
Tu as besoin de te calmer
Je suis pas en train de plaisanter
Je vais te renvoyer à tes études, ouais
En gros,
je trouvais les meilleurs morceaux de musique noire
et je les triturais dans tous les sens.
Il n'y avait aucun intérêt à ce que "Whole Lotta Love"
ait deux riffs à peu près similaires.
Avec "What Is and What Should Never Be",
ça commence avec des couplets assez doux et posés,
suivi d'un refrain,
que je ne qualifierais pas de puissant,
mais de plus intense, afin de mettre en avant
la force de John Bonham et du groupe dans son ensemble.
On préparait une nouvelle tournée,
et j'étais très emballé
à l'idée d'enregistrer des morceaux
dans différents studios aux États-Unis.
L'idée derrière ce concept était d'être inspiré
par l'amour des gens et d'avoir la réaction du public.
C'était un immense plaisir
d'aller en studio aux États-Unis.
On avait l'énergie d'être en tournée
et de la documenter
en enregistrant de nouveaux morceaux.
La batterie de John Bonham allait être répartie
de manière stéréophonique.
On pouvait ainsi travailler le placement
des autres instruments et le layering.
Il savait aussi parfaitement utiliser sa batterie au mieux.
Si bien que lorsqu'il en jouait, le son résonnait.
Le son était projeté.
John jouait avec ses poignets.
Il ne frappait pas avec ses avant-bras.
Il pouvait aussi jouer un accent avec la grosse caisse
qu'on sentait de manière viscérale.
Il était incroyablement inventif.
Jouer avec lui était très inspirant.
Quand je l'entendais, impossible de faire le minimum syndical.
Je voulais me mettre au diapason avec lui.
Les bassistes ont l'art de s'accorder.
On pouvait entendre chacun de nous.
J'avais vraiment à cœur qu'on puisse
tous nous distinguer sur l'album.
On enregistrait ce qu'on voulait.
Led Zeppelin a toujours eu de multiples influences.
On écoutait tous des trucs différents.
J'ai toujours dit que notre groupe
était notre point commun.
C'était très encourageant d'exposer nos vulnérabilités
en commençant à composer avec Jimmy.
On exposait nos sensibilités
et nos parts d'ombre potentielles.
Composer est un processus très intime. On se dévoile.
J'avais écrit certaines paroles sur les deux premiers albums,
mais je n'étais pas aussi confiant
dans mes paroles que dans mes riffs.
J'ai commencé à penser à mon rôle en tant que chanteur,
en tant que mélodiste ou même en tant que conteur.
L'idée était que les paroles de Robert
soient inspirées par la musique.
Et c'est là qu'il a écrit les paroles de "Ramble On".
Voici...
une ébauche de "Ramble On".
Les feuilles tombent autour de moi
Il est temps de partir
C'est l'histoire de ma vie.
Je voulais absolument avoir
beaucoup de texture et de couches,
surtout concernant la guitare, avec "Ramble On".
Il y a différents moments pour la partie guitare.
Il y a ainsi des roulements
qui déplacent certains couplets.
Le solo a une vraie texture.
C'était un vrai bonheur de pouvoir composer ces morceaux
auxquels tout le monde a participé,
puis de revenir dessus
en se disant : "Comment a-t-il fait pour les transformer ?"
Tous ces changements ont plein d'origines.
Cette intimité dans l'écriture
a fait une énorme différence. On s'est vraiment mis à nu.
Enfant, mes parents m'ont fait escalader
toutes les montagnes mystiques
et fait visiter les ruines les plus magnifiques,
tous ces lieux chargés de l'histoire d'autres peuples.
C'est de ça que parle la chanson.
Vous, moi et les autres.
Concert après concert,
on a fini par avoir une vingtaine de chansons.
Puis, rapidement, 40 titres.
On s'est ouvert les portes de l'Amérique
et on a vu la lumière.
Alors, on a décidé de les ouvrir en grand
et d'y aller à fond...
C'est un énorme continent.
On voulait vraiment marquer les esprits
à travers nos concerts.
Au début, nos tournées étaient interminables.
On tournait pendant des mois.
Trois d'entre nous avaient déjà des familles à cette époque,
et c'était notre cinquième tournée en sept mois,
alors ils étaient éloignés
de leurs enfants depuis longtemps.
C'est dur quand on a une famille.
Ma femme me rejoignait dans les meilleurs endroits.
Quand elle venait à New York,
elle faisait du shopping avec les enfants.
Elle assistait au concert. C'était sympa.
Puis la famille repartait
et on poursuivait la tournée en Amérique.
Il n'y avait pas de bus de tournée
ou ce genre de trucs à l'époque.
On utilisait le moyen de transport qu'on pouvait,
on arrivait, on jouait, puis on demandait à Richard Cole
de trouver la prochaine salle ou ville.
On le voyait quand on arrivait
à une intersection et qu'il faisait...
On se disait : "Oh non. On est encore perdus."
Les tournées en Angleterre sont bien plus faciles.
En Amérique, on était à l'hôtel toute la journée
en train de se prendre la tête avec des abrutis.
Ce qui se passe dans la journée vous affecte.
On prenait des vols normaux, alors il fallait se lever tôt
et attendre à l'aéroport pour se rendre quelque part.
Mais c'est ainsi que toute l'Amérique
a entendu parler de nous.
Quand on est rentrés chez nous,
tout le monde nous voulait. Quel changement.
Même sans publicité,
quand on faisait un concert en Angleterre,
on s'étonnait de voir autant de monde.
On mettait ça sur le compte du bouche-à-oreille.
Je trouvais très stimulant
le fait de voyager et de vivre des aventures.
Qu'apprend-on si on n'est pas curieux ?
Il faut sortir et chercher des réponses.
On jouait dans des festivals en Amérique,
deux ans après le "Summer of Love".
Je sais que ça n'a pas vraiment de signification,
mais pour moi si,
parce que je me sentais à ma place
d'un point de vue émotionnel.
Je me rappelle John en train de faire la balance
au Newport Jazz Festival
et tous les batteurs de James Brown apparaître
et être bluffés par ce qu'ils voyaient.
Il faisait son numéro, en se disant :
"Je sais qui est en train de me regarder."
C'était génial.
C'est ce qui faisait l'originalité de Led Zeppelin.
La façon dont John abordait le rythme et ce qu'il faisait.
On a enregistré tous les titres
de Led Zeppelin II lors de cette tournée.
C'était comme un ouragan.
Un tourbillon d'énergie et de liberté.
On n'avait pas eu l'opportunité,
vu le temps qu'on avait passé en Amérique,
de se concentrer sur l'Angleterre.
Quand on est rentrés,
on a fait notre premier festival britannique.
Et, bien sûr, on s'est demandé
si ça allait fonctionner,
si on allait cartonner chez nous.
Impressionnant.
J'avais déjà vu une photo du premier Bath Festival,
mais c'est fantastique de voir une vidéo.
C'était sûrement notre premier festival en Angleterre.
Et il n'a pas plu, c'était super,
et on s'est éclatés.
Mais combien de temps devait s'écouler
entre deux tournées ? Pas beaucoup.
On était infatigables.
On était une boule d'énergie et de puissance.
Il est 13h32, et Apollo 11 décolle.
C'est un petit pas pour l'homme,
mais un pas de géant pour l'humanité.
On donnait un concert quand quelqu'un a marché sur la Lune.
Imaginez ce que c'était d'être en Amérique,
d'être encore un gosse et de regarder en l'air...
Vous regardez un concert,
et au-dessus un homme marche sur la Lune.
Le monde est immense,
et je suis sûr que 99 % des gens s'intéressent plus
au fait que ces astronautes
sont rentrés sains et saufs de la Lune.
Mais le jour de leur retour sur Terre
a aussi été un grand jour pour nous.
C'est la consécration quand on est jeune
et qu'on veut devenir chanteur.
Obtenir un disque d'or. Qu'y a-t-il de mieux après ça ?
Ça n'a aucune importance.
Je voulais vraiment m'assurer
que ce nouvel album enthousiasme tout le monde.
Je voulais créer quelque chose de totalement inédit :
acoustique, électrique, radical et même avant-gardiste.
Alors, quand ce fut le moment
de faire le mixage de Led Zeppelin II,
je l'ai fait avec Eddie Kramer, aux A&R Studios à New York.
Je trouve qu'il a vraiment assuré.
Comme beaucoup de mixages,
il y avait plus d'une personne aux commandes.
Je voulais faire de "Whole Lotta Love"
plus qu'un simple single.
Le titre se devait d'avoir
une partie radicale avant-gardiste
au milieu qui commence avec une onde sonore.
Et une fois que j'allais mettre un overdub par-dessus au milieu,
j'ai complètement désaccordé ma guitare,
et j'ai tiré sur les cordes de haut en bas.
Et j'ai utilisé beaucoup de panoramiques.
Je déplaçais le son de gauche à droite.
On avait fini.
Led Zeppelin II était terminé
et prêt à sortir.
Le 9 janvier 1970,
on a joué au Royal Albert Hall à Londres,
alors qu'un an plus tôt,
le 9 janvier 1969,
on jouait à San Francisco.
Quelle progression en un an.
C'était complètement dingue. Je m'éclatais vraiment.
La carrière de comptable était loin.
Le concert avait lieu à Londres,
donc nos familles sont venues nous voir.
C'était comme un rassemblement des clans.
Le simple fait de fouler ces célèbres planches
était surréaliste. C'était fabuleux.
Et on était les seuls ce soir-là,
donc on a tout donné.
Led Zep !
Led Zep !
Merci beaucoup.
Led Zep !
Mon père était dans la salle.
Il était très fier. Quelle sensation.
Il m'a dit : "Il y avait de la passion et de la fougue."
Ce fut un grand moment.
Je m'entends très bien avec John Paul.
D'ailleurs, on s'entend tous très bien.
Chaque membre du groupe est différent,
mais tout le monde est très gentil.
Ils sont tous uniques, à leur façon.
Il a fallu le milieu de 1969
pour que je découvre vraiment chacun d'eux.
Ça s'est fait graduellement.
Je pourrais parler de Robert pendant des heures.
Je le connais tellement bien.
Jimmy est assez timide, en fait.
Mais quand on le connaît comme moi,
on ne peut que l'apprécier.
Vous pouvez aimer chaque membre pour son talent.
Mais j'adore jouer dans ce groupe,
alors je suis satisfait.
Le tout premier jour de notre arrivée,
on a joué "Train Kept A-Rollin'"
parce qu'on était attirés par ce moment et ça a marché.
Mais tout ce qui s'est passé avant,
c'était nous en train de nous démener.
Alors, pourquoi s'arrêter ?
Si vous avez quelque chose en vous de différent,
alors il faut le cultiver.
Il faut le travailler sans relâche.
Il faut aussi croire en soi.
Mais tant que vous restez honnête avec vous-même,
vos rêves peuvent se réaliser. J'en suis persuadé.
C'est possible, car c'est ce qui nous est arrivé.
Merci.
Sous-titres traduits par : David Kerlogot
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