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-Qui peut dire exactement
Qu'il sait ce qu'est la rage
Un murmure, un frôlement
Ou la tempête et l'orage
Juste savoir dire non
A l'appel des sirènes
Ou rugir comme le lion
Qui pénètre dans l'arène
On klaxonne.
Propos en langue étrangère
-J'ai l'impression de traverser la vie
comme ces touristes américains traversent les pays visités,
pour faire le plus de villes possible.
Les Sagittaire veulent toujours être ailleurs
que là où ils sont.
-Et vous ? Vous étiez jeunes comme ça, non ?
C'est la vie, ça se passe comme ça.
Au départ, c'est de la terre. Le retour, c'est vers la terre.
C'est comme ça.
C'est partout comme ça, pas seulement ici.
Musique traditionnelle
...
J'atterris dans le gris d'Orly. J'achète un journal.
Je lis que Jean Genet est mort hier.
Je pense à cette phrase de lui.
"La violence seule peut achever la brutalité des hommes."
-Ca fait longtemps que tu l'as, cette petite tache, là ?
-Ca fait une quinzaine de jours. Je suis un peu inquiet.
-Il faudra peut-être envisager une petite biopsie, hein ?
-OK.
-Ca va ? -Ca va.
Tu mets même plus de gants maintenant ?
-Non, c'est pas pratique et j'aime pas ça.
-Fais gaffe quand même.
-Ouais, mais tu sais, personne n'est éternel.
-Moi, je le veux aujourd'hui, le repérage.
J'ai pas envie de galérer encore.
-Mais, calme-toi ! Oh la la !
-Putain, Olivier. L'emmerde pas.
T'es devant le soleil. T'es chiant, ça fait de l'ombre.
-Je suis là parce que c'est toi.
J'ai pas envie de faire des pubs.
Je le fais parce que je te respecte.
Sois un peu aimable. Qu'est-ce qu'il a ?
-Je lui ai pas fait son café.
-Les prolos,
quand ils réussissent, faut leur cirer les pompes.
-Vas-y, fais de la démagogie avec l'assistant.
T'es un mec bien, tu respectes les assistants avec leur caméra.
-Tu veux quoi ? -Je veux qu'on bosse !
-Tu veux qu'on te porte tes trucs ?
-Je veux que le cadreur fasse son travail.
-Tu devrais pas traiter tout le monde comme ça.
-Vas-y. -Bon, allez. On le fait ce plan ?
-Oui, on le fait. -OK, bon.
Musique traditionnelle
...
-Tu t'es révolté par le sexe
parce que tu n'as rien trouvé d'autre.
Tu peux changer si tu le désires.
T'ouvrir aux autres. Te mettre à nu.
Lâche prise. Laisse tomber tes illusions.
Profite de cette épreuve.
Grondement de la ville
...
Il soupire.
Il expire fort.
...
-Je suis crevé.
Une porte s'ouvre.
-Bonjour.
-Vous êtes Laura ? -Oui.
-Bonjour, je suis Kader Djalil. On avait rendez-vous.
L'assistant vous a dit comment ça se passerait ?
-Un petit peu.
-C'est un casting. Vous êtes au courant ?
-Oui.
-Vous avez quel âge ? -18 ans.
-J'ai vos photos, approchez.
-Vous les avez trouvées où ?
-Votre agent me les a envoyées. C'est comme ça.
-J'en ai pas. Je suis pas comédienne.
-C'est moi qui t'ai donné ces photos.
Je les ai trouvées dans un carton dans le couloir.
Bonjour. -Bonjour.
-Voici Jean, c'est le chef opérateur du film.
C'est la personne qui fait la lumière, qui fait le cadre.
-Je sais ce que c'est.
-Vous faites de la moto ?
-Non, non, c'est un copain qui m'a emmené jusqu'ici.
-On va y aller.
Tu te mets au cadre.
Laura, on va faire une petite improvisation.
Je vais donner la réplique.
C'est sur le thème de la jalousie, d'accord ?
-Si c'est pour un clip, pourquoi parler ?
-C'est pas un clip, c'est une pub. -Je croyais que c'était un clip.
-C'EST UNE PUB.
-Non, c'est une pub. Ca te va ? -Je m'en fous.
-Ca change pas grand-chose. -Non, rien.
-Tu me regardes bien, Laura.
-Mets-toi pas trop loin de moi, que j'aie son regard.
C'est quand tu veux. Ca tourne.
-Où t'étais ?
-J'étais sortie me promener. -Où ça ?
-Bien, dehors. -Tu me prends pour un con ?
-Mais si, j'étais dehors, je te promets.
-Qui c'était, lui ? -Un mec.
Je l'ai croisé, je lui ai parlé, je l'ai salué, quoi.
-T'as une tête de nana qui vient de se faire baiser.
-Non, là, tu y vas un peu fort. Tais-toi un peu.
Parce que tu racontes que des conneries en plus.
-Très bien.
Alors maintenant, tu vas faire la même chose,
mais tu vas essayer de me dominer, de prendre le dessus.
OK ? Vas-y, Laura. Tu me regardes bien.
Tu me regardes, Laura.
-Lâche-moi, je regarde qui je veux.
Tu veux quoi ? -Tu veux retomber dans la merde ?
-J'en trouverai un autre.
-Tu trouveras personne.
Personne qui t'aime autant que moi.
-Tu sais quoi de l'amour ?
-Va à la fenêtre.
-C'est le chien-loup.
-C'est bon ? -Coupé. Ouais.
-On coupe. C'est bien, pas mal.
C'a été ? -Ouais, c'est bien.
Eurythmics, "On Fire"
...
Murmure de la ville
...
-Samy ?
-Jean, viens voir.
Alors, qu'est-ce que t'en penses ? Vas-y, filme.
Ca t'aurait fait un bon scoop si je serais tombé ?
-Si j'étais tombé, en français, on dit.
-Si j'étais tombé, ça t'aurait fait un bon scoop ?
Réponds à ma question.
-Tu crois que ça m'intéresse de filmer la mort ?
-Ca aurait pu apporter quelque chose de...
-Tu vas bien, mon amour ?
-Ca va ? -Ouais et toi ?
-Ca va, tu te rappelles de Jean ?
-Je suppose, oui. -Oui.
-Bonjour. -Salut, Jean.
-Ca va ? -Oui, très bien.
Inxs, "Original Sin"
...
-Je vais rentrer, je suis crevée.
-Vas-y, moi, je vais rester encore un peu.
-Ouais, ouais.
-Je te rejoins tout à l'heure. -D'accord, ouais.
...
Musique pop-rock
...
-Ouais.
...
-Viens, viens !
-Non ! -Viens, arrête, viens !
-Non ! -Viens !
Cris
-Allez !
...
-Tu veux une serviette ? -Merci.
Il soupire.
-Tu connais les surfeurs du rail ?
-J'ai envie d'en faire un film.
-Pas besoin
d'aller à Rio pour ça.
Je peux le faire.
Je croyais que tu faisais de la musique.
Tu fais des reportages aussi ?
Mais t'es qui au fait ? -Je suis moi.
-T'aimes les garçons ?
Tu crois ?
-Je te demande, je sais pas.
-Allonge-toi. Je te violerai pas.
-Merde ! Marianne va m'écorcher vif.
-Oh arrête, je suis pas très inquiet pour toi.
-Trouve-moi un boulot avec toi.
-C'est du chantage ?
Je te trouve un boulot et tu couches là ?
-Non, je crois que t'as pas compris.
-Mais viens. Enlève ton blouson, viens.
-Hé, fais pas cette tête-là, tu vas pas à l'abattoir.
Jean Genet, "Le condamné à mort"
...
Musique de tension
...
-Allô, Laura ? C'est Jean. Tu te souviens de moi ?
On s'est vus au casting de la pub de Kader.
Ouais, j'aimerais bien qu'on se revoie.
J'ai pas cessé de penser à toi.
Ca fait longtemps que j'ai pas ressenti cette impression.
-Quelle impression ?
-D'être comme un gamin, sentir un truc nouveau,
un truc où tu te poses pas de questions.
J'ai senti ça
avec la première fille avec qui j'ai flirté.
C'était une copine de ma cousine de Fontainebleau.
J'étais puceau, j'avais 15 ans,
on se baladait en mob' dans la forêt.
-C'est la première fois que t'as fait l'amour ?
-Non, j'ai pas fait l'amour avec elle.
-Moi, la première fois, j'avais 13 ans.
C'était avec un chirurgien bourré de pognon.
Il roulait en Porsche. Il avait 25 ans de plus que moi.
Je me souviens, un soir, il m'a amenée au palace.
On a dansé toute la nuit.
Et je me suis dit :
"Ce mec, il va me baiser."
Et ça me dégouttait,
mais je savais que j'allais me laisser faire.
Puis, j'ai été aux toilettes.
Je me suis regardée dans la glace. J'avais des cernes.
J'ai eu l'impression d'avoir pris 10 ans d'un coup.
C'est pas très joli, hein, comme première fois ?
-J'aurais pas cru ça de toi.
-De quoi ? -Je sais pas.
-Un gros chirurgien ? -Non, à 13 ans.
T'as des cheveux qui font des noeuds.
C'est quoi ces petites étoiles ?
-C'est parce que j'étais à une fête hier,
et je me suis déguisée en fée.
Musique douce
-Bah ouvre-le !
-Comment t'as su que j'aimais les huskies ?
-"C'est le chien-loup."
J'étais triste que Kader t'ait pas choisi.
-C'est pas grave.
De toute façon, ma mère voulait pas que je le fasse.
Musique de foire.
-Dis donc, tu nous avais dit que t'étais majeure.
-Non, j'ai 17 ans.
-Ca t'arrive souvent de mentir ?
-J'essaie de rendre le monde supportable.
-Ca me fait marrer, ça. Le coup de la clope.
Ils rient.
Tu bois quelque chose ?
-Une autre, une vodka. Qu'est-ce que tu veux, toi ?
-Un ballon, comme toi.
-Mais la réalité, je la prends au jour le jour.
-Ouais ! -Je l'embrasse.
Je lui dis : "bienvenue".
-La réalité, c'est à 7h le matin. Je vais travailler.
-Seulement ?
C'est que vous êtes bien malheureux.
-Ouais, complètement.
-Vous avez de la chance, d'être si facilement malheureux.
Alors qu'on peut le faire
d'une manière tellement plus sophistiquée.
Monsieur, vous ne connaissez pas le vrai malheur.
Le malheur distingué. Le malheur populaire.
Et quand vient la nuit Si je rêve c'est de lui
De mon homme
Les choeurs !
-DE SON HOMME !
-Ca n'est pas qu'il est beau Qu'il est riche ni costaud
Mais je l'aime
-CET IDIOT
-Il me fout des coups
-OH OUI
-Il me prend mes sous
-OH NON
-Mais malgré tout
Que voulez-vous je suis à vous
C'est un peu bas pour moi.
Je l'ai tellement dans la peau
Que j'en suis dingo
Il me ferait faire n'importe quoi
Je tuerais ma foi
Quand ses mains Sur moi se posent
Ca me rend toute chose
-Allez. On se remet en place.
Allez, allez.
Allez, on se bouge le cul, les mecs.
On n'est pas en vacances ici.
-Bon, vous reprenez vos places.
-OK, bon, on refait la même. A 2 mains, la balle.
Les joueurs crient.
Samy, t'es prêt ?
-C'est ouvert, vas-y !
-Allez !
-On sort le ballon !
On le sort, le ballon ! Allez, on sort le ballon !
Sur Samy, bordel !
-Allez Samy ! Vas-y !
-Plaquez-le, plaquez-le ! -Au centre !
Les joueurs crient.
-Ouais ! Ouais !
-Chaque fois, il passe de ton côté !
Evidemment, il aurait dû faire ci, faire ça.
Propos entremêlés
-L'impact d'avant, c'est pas encore ça.
-J'en sais rien, c'est lui qui a fait les recrues.
-Laisse faire les choses. -Mais moi je vous connais, moi.
-Trouvez l'erreur. -Vous êtes d'une inefficacité rare.
-Qui veut faire un petit tour chez M. André ?
-Ah ouais, ouais. -Non, merci.
-Oh non, y a pas de flotte encore ce soir.
-T'es pressé où tu roules toujours comme ça ?
-Toujours comme ça.
C'est qui, M. André ?
-C'est une vieille salope.
The Pogues, "Summer in Siam"
...
-Je veux un sandwich. Un gros sandwich.
-Il y en a là.
...
Ils sont pas bien ceux-là, le prochain.
T'as éclairci tes cheveux ?
-Mais pas du tout. C'est toi qui m'avais mal regardée.
-C'est bizarre, j'ai de la mémoire.
Mais j'arrive jamais à me souvenir de la couleur des cheveux des gens.
-Mais je suis pas "les gens", moi.
On s'en va ?
-Tu veux aller où ? -Euh, chez toi ?
-Chez moi ? C'est le bordel chez moi.
-Bah c'est pas grave. Mais t'es incroyable.
D'habitude, les mecs que je rencontre
essaient de me baiser après 5 minutes.
Toi, t'es là, t'attends. J'y vais, j'y vais pas.
C'est une corvée ?
Musique jazz
...
Murmure du trafic
...
-J'ai un truc à te dire.
-Quoi ? -J'aime aussi les garçons.
-Oui, je sais.
-Tu le sais ?
-Oui. Enfin, je m'en doutais.
Tu t'en fous ?
-Non, je m'en fous pas.
...
-Hé, viens voir.
-Quoi ? -Regarde la bombe là-bas.
-Vas-y, branche-la. -Ah non, vas-y toi.
-Mais t'es un vrai bouffon, qu'est-ce que t'attends ?
-Comment tu me parles ? Vas-y, toi.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Vous plaisez beaucoup à mon copain.
-C'est vrai.
-C'est Samy, et vous ?
-Sylvie. Toi ?
-Moi, c'est Jean.
Vous venez boire un coup avec nous, dans un bar ?
-A côté ? -Ouais.
-Dans le secteur. -Allez, venez.
Ayez pas peur, allez, on va pas vous bouffer.
-Entrez.
Sifflement
-C'est infernal ici.
-Eh ouais, c'est là que Dali a rencontré Gala, sa femme.
-T'es d'où Sylvie ? -De Suisse.
J'étudie l'histoire de l'art à la Sorbonne.
-T'es venue acheter des dessous sexy à Pigalle.
-Exactement.
J'ai pas vraiment eu le temps de les acheter.
Enlevez vos blousons, faites comme chez vous.
-Oh, je ne sais pas.
-Dis-moi, c'est qui ton peintre préféré ?
-Je sais pas encore.
Vous faites quoi, là ?
-C'est mon mec. -Tu parles !
Elle rit.
Ca va pas, non !
Il soupire.
Il soupire.
-Putain, y a rien à faire, elle veut pas que je la baise.
-Je la comprends.
-Qu'est-ce qui t'arrive ?
-J'arrive pas à dormir toute seule.
Je peux venir dans ton lit ? -Mais oui, bien sûr.
Doucement Laura, s'il te plaît.
-Dans la famille mollassonne, je demande la mère.
-Oui, elle est là. Tu veux un petit câlin ?
Oui ?
-J'aime pas dormir toute seule.
-Ah non ? C'est mieux de dormir avec maman ?
Hein ? Qu'est-ce que ça veut dire ça ?
-Ca t'embête pas de dormir seule ?
-Quelle question ! Non.
-Non ? -Non.
Je sais que t'es à côté.
-Oui, mais toute seule dans ton lit ?
-Oh, Laura. -De pas avoir d'homme ?
-Un homme, un homme, qu'est-ce qu'on en ferait ?
-Qu'est-ce qu'elle va dire, ta mère, si tu rentres tard ?
-Rien, ça va, j'ai pas 2 ans.
-Ils sont vachement longs tes cheveux.
Ca fait combien de temps que tu les as pas coupés ?
-7 ans.
-Arrête ! Mais arrête ! Arrête.
-T'es chatouilleux ? -Oui, je suis chatouilleux.
Ils sont beaux tes seins.
Laura rit. -Mais si.
-Mais non. -Mais si, ils sont beaux.
Avant, c'était la mode des seins plats, maintenant...
Mais, c'est vrai, je te jure !
Je voudrais te dire un truc.
-Quoi ?
Quoi ? -Non rien, je sais pas.
Pourquoi tu ris comme ça ?
-Pour rien. -Hein ?
-Pour rien. -C'est moi qui te fais rire ?
-Non, ça doit être nerveux.
-T'as le trac ? -Peut-être.
Ils gémissent.
...
-Tu pleures ou tu ris ?
-Les 2.
Air de guitare
Il chante en espagnol.
...
-Paco, viens t'asseoir à table.
-J'en ai marre, tu me fais tout le temps ça, ta paella.
Je peux plus la voir en peinture.
-Ca suffit, Paco.
-Pourquoi tu n'aimes plus la paella ?
-Des fois, elle la fait mal.
-Non ! -Si.
-Arrête de boire, Paco !
-T'a amené Marianne, ici ?
-Non.
-J'ai dit une connerie, là ?
-Pourquoi ? Non pas du tout.
-J'ai l'impression que j'ai dit une bêtise, non ?
Vous êtes là depuis longtemps ?
-Ca fait à peu près 6 ans.
Vous saviez qu'on s'est séparés du père de Samy.
Et je suis rencontrée Pablo.
Et c'est à ce moment-là qu'on est remontés sur Paris.
Et j'ai été obligée de travailler dans les bars
et des cafés, comme ça,
pour nous aider à nous en sortir.
C'est comme ça qu'un jour,
j'ai trouvé un Hollandais, qui était assez charmant.
-Un gros porc.
Il buvait les rince-doigts dans les restaurants.
Ils rient.
-Elle a travaillé dans le coin, ta mère ?
-Elle travaille dans des boîtes.
Mais elle montait jamais avec les clients.
Enfin, rarement.
-Moi, ça m'est arrivé une fois de faire le tapin.
-Toi ? -Ouais.
-T'avais besoin de fric ?
-Non. C'était rue Sainte-Anne.
Et puis, je suis monté avec un Italien,
qui était complètement saoul, dans un hôtel de passe.
Il s'est désapé. On s'est foutus au pieu.
Et... je lui ai demandé de payer d'avance.
Il a commencé à me prendre la tête. On failli se battre.
Je l'ai foutu en dehors de la piaule.
Musique pop
...
Air de guitare
...
-Un grand oiseau noir
Qui a perdu la mémoire
Ouais qui sentait ta vie
Derrière les bateaux ivres
Voilà ce que je suis
Voilà pourquoi tu fuis
C'est ce qui nous unit
Au-delà de l'ennui.
-C'est bien ça, tu pourrais enregistrer un disque.
-J'en ai fait un quand on avait le groupe avec Marc.
Je peux pas tout faire.
-Y a qu'à vouloir.
-Je sais pas choisir.
-Refuse ce qui te plaît moins.
-Je sais pas dire non. J'ai pas appris.
-T'as pas un T-shirt ?
-Si, regarde dans le placard.
-Celui-là ?
-Dans le couloir, ouais.
-T'écrivais ? -Oui.
-Quoi ?
-Bof.
-Pourquoi t'as pas joui ?
-C'est pas grave.
Si je te fais jouir, c'est bien non ?
Ca te suffit ?
-J'ai toujours cru que les mecs pensaient qu'à leur plaisir.
Surtout les pédés.
-Qu'est-ce que tu sais des pédés, toi ?
J'ai envie de me branler, ça te dérange ?
-Non.
-Pourquoi tu m'as téléphoné ?
-J'ai fait l'amour avec Laura
sans lui dire que j'étais séropositif.
C'était comme dans un rêve.
Comme si j'avais oublié que ce virus fait partie de moi.
J'ai l'impression qu'il peut rien lui arriver
parce qu'on va s'aimer.
-T'appelles ça de l'amour ?
Peut-être que tu te forces à croire que c'en est.
-C'est peut-être les 2 à la fois.
Je peux faire les pires trucs, ça m'atteint pas.
Quand je reviens vers elle, je me sens propre.
-"Pour les êtres purs, tout est pur."
Saint-Jean.
-Non, ça, c'est Saint-Paul. -T'es sûr ?
Comment tu fais avec les mecs ?
-Ah, ça t'intrigue, ça. Des trucs sans risque.
Une branlette sous un pont, ça dure 5 minutes.
Ca te choque ? -Non.
-Tu sais... -Je sais ce que tu vas me dire.
Avant, on n'aurait jamais parlé comme ça.
On aurait bien aimé, mais on n'aurait jamais pu.
-C'est vrai.
-Jean.
Il faut que tu lui dises.
Il faut que tu lui dises.
Il faut que tu aies ce courage.
-Je suis jamais énervé, moi.
-Bien sûr, toujours calme.
Fais-moi l'opossum.
-Encore ? -Oui.
-Oh. Opossum comment ?
-Un opossum très, très opossum.
-Opossum lubrique.
-Arrête de me regarder comme ça, tu vas me faire jouir.
-Happy birthday to you
Happy birthday to you -T'as pas oublié !
-Non. -Encore, encore.
-Souffle, t'es une grande fille maintenant.
Souffle tout d'un coup aussi.
-Oh, je suis pas très fière.
Les gens applaudissent.
-Merci, merci. -Oh non, le gâteau !
-Il va le ramener, il le coupe.
-Mais non, je le veux tout de suite, tout entier.
-Impatiente.
Viens voir, Laura. Je veux te dire un truc.
-Qu'est-ce que t'as ?
-Tu sais, j'ai été avec pas mal de garçons.
C'était pas toujours des canons.
Faut peut-être qu'on fasse attention tous les 2.
-Attention à quoi ?
-J'ai fait le test du sida, je suis séropositif.
-Tu le savais la première fois qu'on a fait l'amour ?
-Ouais.
-Et tu m'as rien dit ? Tu le savais et tu m'as rien dit ?
Mais c'est pas vrai !
Mais comment t'as pu faire ça et pas me dire rien ?
Mais c'est monstrueux. T'es monstrueux !
Tu sais ça depuis longtemps ?
-Quelques mois.
Tu peux pas juger ça, Laura. Tu sais pas ce que ça fait.
-Je sais pas ce que ça fait. Mais je m'en fous !
T'avais qu'à me le dire. C'était la moindre des choses !
Tu m'as rien dit.
Mais tu te rends compte ?
On a fait l'amour et tu m'as rien dit ?
-Je pensais qui pourrait rien t'arriver, c'est tout.
-Mais même.
Même s'il peut rien m'arriver, c'est pas grave,
tu devais me le dire.
-Je sais pas comment te dire, c'est comme si...
Je peux pas comprendre que ça fait partie de moi, ça.
Tu comprends ça ? Je peux... J'ai pas réalisé ça.
-Mais t'y as bien pensé quand même ?
Je suis sûre que t'y as pensé quand on a fait l'amour.
Tu m'as rien dit.
Tu te rends compte ? T'as pas confiance en moi ?
-Mais ça a rien à voir.
-Viens, viens.
Je veux que tu jouisses.
-Arrête, arrête !
-Depuis que tu m'as dit que t'étais séropositif...
eh ben, je pense même pas à moi.
C'est pour toi que j'ai peur.
Ca pourra pas nous séparer, hein ?
Hein ?
Promis ?
Moi aussi.
-Faut que tu me promettes que tu vas faire attention à toi.
-Mais je peux plus vivre sans lui.
-Mais t'es pas toute seule.
Il y a des gens autour de toi qui t'aiment aussi.
Il faut que tu penses à eux.
-J'y arrive plus. Je pense qu'à lui.
-Et moi, je ne compte plus ?
-Mais si.
-Moi, j'ai besoin de toi aussi.
Faut pas que tu me quittes.
Los Chungitos, "Me Quedo Contigo"
...
-On va partir toutes les 2, d'accord ?
-Non, je peux pas partir, tu comprends rien !
-Mais oui, c'est ça, je comprends rien.
-Je peux pas. -Je comprends rien.
-Tu comprends pas, je ne peux plus vivre sans lui.
-Arrête de te mettre dans des états comme ça, enfin.
-Je suis foutue.
-Quoi ? Hein ?
-Je suis foutue !
-Mais non, t'es pas foutue, qu'est-ce que tu racontes ?
T'es amoureuse, c'est tout.
Murmure du trafic
...
-Bonjour. -Ca va ?
-Maman, Jean. -Bonjour.
-Bonjour.
-Je suis ravie de vous rencontrer. -Moi aussi.
-T'as pas faim ? C'est pas bon ?
-J'aime pas ces trucs-là. -Vous mangez pas ?
-Non. -Non ?
-Non. -Vous buvez pas non plus ?
-Non.
-Il fume pas ? Vous marchez à quoi ?
-A l'AZT.
-Ah, c'est très drôle.
Faites ce que vous voulez de votre vie,
ça me regarde pas, mais la vie de ma fille, si.
Alors, l'abîmez pas.
C'est drôle ?
-Non, c'est pas drôle.
-Tu vois ? Il peut pas changer. Quitte-le, Laura.
-De quoi je me mêle ?
-T'as pas honte de te vautrer là-dedans
comme une femelle, et ta fierté ?
-Ma fierté, c'est de l'aimer comme il est.
Ce que tu cherches
chez un mec, c'est ton confort.
Eh bien, moi non.
-Tout le monde a eu ton âge.
-Vous faites pas le vôtre.
-Merci.
Parce qu'en plus, vous vous payez ma tête.
Quand t'auras besoin de moi,
t'iras ailleurs, j'ai autre chose à faire.
Ca suffit. Au revoir. -Au revoir.
-Tu l'as vexée.
-C'était pas méchant, j'ai pas été méchant, si ?
Hein ?
-Non, mais elle est soupe au lait.
Musique pop
...
-Il a le même nez que toi.
...
-Bonjour, je viens chercher Maurice.
-Je vous l'amène.
-Qui c'est, Maurice ?
-Tu vas voir.
Musique rock
...
-Pour moi ? -Bah oui, c'est Maurice.
-Salut, Maurice.
Il est sublime, ce chien. -Il est mignon, hein ?
-Tu sais, je suis vachement content.
Parce que ça fait 15 jours que t'es là,
et on s'est pas bouffé le nez.
C'est la première fois que ça m'arrive.
-15 jours, c'est pas beaucoup, mais c'est bien déjà.
C'est un véritable cauchemar, ces pantoufles.
-Pourquoi ? -T'as l'air d'un pépé comme ça.
Le téléphone sonne.
Petit pépé.
-Elles sont très bien, mes pantoufles.
Allô ? Oui. Ouais, ça va, ouais.
Ce soir ?
-Je pense qu'elle ira très bien avec ma jupe.
-C'est pas mal.
C'est très bien. -Tout va bien, Madame Serin ?
-Très bien.
-Laura, s'il vous plaît.
Excusez-nous, Madame Serin.
-Combien de fois il faut vous dire de ne pas mâcher de chewing-gum ?
-Dehors ! -Donnez-moi mon fric.
-Dehors ! -D'accord.
-Vous faites quoi ?
-Je vais prendre celle-ci. Elle me plaît beaucoup.
-Dommage que vous manquiez de classe.
-Bien sûr.
Salut, morue !
-Alors, vous, je vais m'occuper de votre carrière.
-Avec les filles qui travaillent au noir,
si je te balance, ça va te coûter cher !
-Très bonne idée ! Dehors, allez !
Oh, la conne !
-Je m'inscris dans une école de cinéma.
-C'est original, ça.
-Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai rien fait.
T'as l'air de t'en foutre que je me retrouve à la rue.
-T'es pas à la rue.
-Ma mère veut pas que je reste à la maison.
-Oh, c'est un monstre, ta mère. -Non, pas du tout, c'est normal.
Faut la comprendre, je suis pas facile.
Il était comment à mon âge ? -Insolent.
Mais raisonnable quand même.
-Dis donc, je vois Frédéric Toussaint,
hier, au théâtre des Champs-Elysées.
Et alors, il me dit :
"Mais, c'est pas possible, il est pas séropositif, Jean.
"Je peux pas le croire, il se donne un genre.
"Et, de toute façon, il est pas sexuel".
-Toi, t'es bisexuel aussi ? -Non. Ca te déçoit ?
-T'as jamais essayé avec un mec ? Même pas avec Jean ?
-On a bien dû faire 2-3 petites bricoles au collège.
Musique rock
...
-Quieres una también ?
(propos en espagnol)
-Ouais. -Ca va lui coûter cher.
-Surtout que j'ai plus un rond, à cause de cette nana.
-Fais un casse mon vieux. -Oh, ta gueule.
Ca y est, il recommence avec son père casseur.
Putain, qu'est-ce qu'il t'a apporté,
ton père, avec ses 8 ans de taule et ses casses ?
T'es comme tous ces connards.
Tu crois que c'est l'aspect extérieur
qui te rendra plus respectable ?
Mais c'est pas ça être rebelle. -Ah ouais ?
-Mais oui. -C'est quoi un rebelle ?
-Un type marqué par le destin avec une vraie dignité.
C'est ça.
-Le couplet 70's. -Ouais, non.
-Jaime, c'est le genre voleur de grand chemin,
qui donne son argent aux pauvres.
-Y a plus que des autoroutes, mon pauvre gars.
Mélodie au piano
-Ca te gêne pas que je parle avec Samy ?
Il est mignon. T'as bon goût.
-Merci. -Espèce de pute.
-Et toi, tu vis qu'à travers le regard des autres.
-T'es pas narcissique, toi, peut-être ?
-Vous voulez être gentils, tous les 2 ?
...
...
-Espèce de salope ! Barre-toi !
T'es content d'avoir foutu ta merde ?
T'es content ? Barre-toi !
-Elle est cinglée, celle-là.
-Arrête, Laura.
C'est rien ce qui s'est passé avec Samy.
Puis on fait la fête ce soir, arrête.
-Pourquoi t'es comme ça ?
T'as le vice dans la peau,
c'est ça ?
Véro m'a tout raconté.
La fille qui était avec toi avant, tu l'as rendue cinglée.
-C'est quoi ces conneries ?
-Elle est tombée malade et est restée paralysée.
-Pourquoi tu racontes ça, vipère ?
-C'est pas ce qui s'est passé ?
-C'est complètement faux, fous le camp !
-C'est vrai ce que raconte Maria ?
C'est elle qui t'a appris ce que c'était une femme ?
-Me touche pas, lâche-moi. -Arrête, calme-toi.
-Me touche pas, tu me dégoûtes ! -Calme-toi !
Putain, Laura, mais t'es malade !
-T'es incapable de m'aimer. Incapable de m'aimer.
Tu préfères cette petite pute.
Mais si tu te voyais, t'es ridicule, t'es minable.
Il t'excite, mais tu l'aimes pas non plus !
Et puis, t'aimes pas la vie.
Tu piques pour survivre, mais qu'est-ce que tu donnes ?
Laura pleure.
...
Jean et Laura pleurent.
...
-Ca fait chier, putain. Pourquoi ça se passe comme ça ?
-C'est toi qui fais que tout se passe comme ça, c'est toi !
Moi, je voudrais que tout se passe bien !
Laura pleure.
Je pars à Nice demain. Je vais voir ma grand-mère.
C'est la seule personne en qui j'ai confiance.
-Tu vas rester longtemps ? -Je sais pas.
-Tu verras ton père là-bas. -Tu parles.
Mon père s'est barré en Espagne avec une minette qui a mon âge.
Il s'en fout.
-Quand tu reviendras, on peut essayer d'habiter ensemble.
-Je sais pas, on verra. Je sais pas si je suis prête.
*-Oui ?
-Maman, c'est moi. *-Qu'est-ce qui se passe ?
-Je voudrais dormir à la maison, ce soir.
*-Bon, eh bien, monte.
La porte se déclenche.
-Tu me dis pas au revoir ?
Tu sais, quelquefois je suis prêt à tout
pour oublier que je crève à petit feu.
Tu te rends compte de ce que c'est ?
De supporter cette menace minute après minute ?
-Mais il t'arrivera rien. Moi je sais qu'il t'arrivera rien.
Fais attention à toi. -Toi aussi.
Musique triste
...
"Il ne t'arrivera rien."
Qu'est-ce qu'est-ce qu'elle en sait ?
Une gamine de 18 ans ne sait rien.
Et moi, je n'arrive à penser qu'à moi.
Je suis fait de morceaux de moi-même éparpillés
et recollés ensemble n'importe comment.
Je me demande parfois qui m'a contaminé,
mais je n'en veux à personne.
Je revois des visages brouillés,
vite remplacés par l'image du virus.
...
-Bonsoir. -Bonsoir, Messieurs.
Entrez, vous connaissez les habitudes.
-Ah, ça, oui. -Allez-y.
-Ah ! Tout le monde est là.
-Bonsoir. -Bonsoir.
Un homme chante.
-Ca va, on s'ennuie pas trop ?
...
-Salut, bébé. -Salut.
...
-Bonsoir, Fabrice.
-Salut. -Salut.
-Ca va ? -Ca fait un bail. Ca va ?
-Ca gaz. C'est super.
-Bonjour. -Bonsoir.
Un homme et une femme gémissent.
-Qu'est-ce t'attends, toi ? Désape-toi.
-Bon, on y va, là ?
-Attends une seconde. M. André fournit les filles.
Tu fais ce que tu veux. Mais y a un service à lui rendre.
-Tu viens ?
-Un rugbyman. Mes préférés.
(Et alors ? Frappe.)
(Vas-y)
(C'est ça.)
Vas-y.
Il gémit.
T'aimes ça.
...
-Samedi, il y a entraînement.
-Attends, où tu vas ?
Tu restes pas pour t'amuser ?
Non ? T'aimes pas les filles ? -Si, si.
-Tu t'es bien débrouillé pour une première fois.
-Attends JP, tu nous laisses. -OK, ouais.
-Moi c'est Pierre Olivier. Et toi ?
-Samy.
-Je voudrais te parler de certaines choses
qui peuvent intéresser un jeune comme toi.
Faudrait qu'on se revoie. Tu m'appelles ?
T'as déjà entendu parler de l'alchimie ?
-Ouais.
On sonne.
-Oh, merde, fait chier, putain.
-Je peux entrer ?
-Ben oui, entre. Qu'est-ce que t'as, t'es malade ?
-T'es pas seul ?
-Si, je suis seul, je dormais.
Je rêvais de Laura, en fait.
Je voyais son visage qui se décomposait.
Et puis, ses joues qui se creusaient,
qui blanchissaient.
Elle avait les cheveux gras remontés en arrière en chignon.
Et des... des grands cernes bleus qui s'agrandissaient sous les yeux.
-Une sorcière, alors.
Non, j'ai pas envie.
-T'as pas envie de quoi ?
-J'ai pas envie de baiser après cette soirée.
-C'est pas parce que je te prends le bras que j'ai envie de baiser.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Rien.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Excuse-moi, je me dégoûte tellement, j'ai envie de gerber.
Tu vois, j'ai fait ça. Je l'ai frappé.
Et je pouvais plus m'arrêter.
Comme si j'étais quelqu'un d'autre.
Le pire, c'est que ça m'a fait bander.
C'est vrai que ça m'a fait bander.
Le téléphone sonne.
*-Bonjour, vous êtes bien chez Jean,
mais y a personne pour le moment.
Vous pouvez me laisser un message après le bip, merci.
Au revoir et à bientôt.
Tonalité
*-Allô, c'est Laura. Je suis encore à Nice.
*Il est 3h du matin et j'arrive pas dormir.
*Rappelle-moi.
*Rappelle-moi, je sais que t'es là.
*Mais je m'en fous que tu sois avec un mec.
*Allez, réponds-moi.
*Je sais bien que t'es pas tout seul.
*Je peux même te dire que t'es avec Samy.
*Mais je m'en fous.
*Allez, décroche, putain, décroche !
*Pourquoi tu fais ça ? Ca te servira à rien.
On toque à la porte.
-T'aurais pu prendre tes clefs.
-Je vais aller habiter chez Jean.
-Bonjour, Marianne. Bonsoir.
-Mais... Mais qu'est-ce que tu dis ?
C'est une blague ? -Quoi ?
-Hein ? Qu'est-ce que tu fais là ? -Je l'ai amené.
-Je comprends pas. On peut parler. Je sais pas, hein ?
-Où sont mes gants ? Tu sais pas où ils sont ?
-Eh, Samy.
Laisse-nous 5 minutes, on va parler.
-Non, non, attends. -Quoi ?
Mais, juste 5 minutes, hein ?
-Ecoute-moi, Marianne. -Mais je t'aime, moi.
-Marianne, écoute-moi. -Tu peux pas partir comme ça.
-Ecoute-moi bien. Je pars pendant 2 mois, c'est tout.
Je pars habiter chez lui.
-Reste, 5 minutes.
C'est toi qui me le prends. Je le savais.
Depuis la première fois où je t'ai vu.
-Du calme !
-Je m'en fous. Je veux pas que vous partiez.
Je veux pas que vous partiez d'ici, vous 2.
Je m'en fiche.
Tu crois que je vais te laisser prendre mon mec ?
-Gueule pas comme ça. Pourquoi tu te mets comme ça ?
-Parce que je peux pas accepter un truc comme ça, voilà.
C'est ridicule, enfin.
-C'est pas sorcier pourtant, je pars 2 mois, c'est tout.
Je pars chez lui.
-Tu sais, je veux dire un tout petit truc.
Tu lui fais faire la connerie de sa vie.
-Il m'a pas attendu pour faire des conneries.
New Model Army, "Purity"
...
Elle sonne.
-Tiens.
-Qu'est-ce que tu fais là, toi ? -Ben rentre.
Tu veux de la tisane ?
Justement, je suis en train d'en faire.
-Il est pas là, Jean ?
-Non.
-Je t'aurais pas imaginé en train de faire de la tisane.
T'habites là ?
-Ici, ouais, hier.
-Et ta copine, elle est où ?
-Je crois qu'elle est partie en Angleterre.
Couvrir un reportage sur les pit-bulls.
Les chiens de combat. Tu connais ?
-Non.
-Tu connais pas ? -Non.
-C'est des chiens qui se mettent en pièces.
-Tu couches avec Jean ?
-Je suis pas pédé, Miss.
-Tu pourrais coucher avec lui par intérêt.
-Mon intérêt, c'est pas ce que tu crois.
C'est pas l'argent, la gloire, la réussite sociale.
C'est qu'il se passe quelque chose dans ma vie.
Quelque chose qui fasse augmenter la tension,
tu comprends ?
-Baiser avec Jean, ça fait pas monter la tension ?
-Attends, je crois que t'as un problème.
T'es marquée là-dessus. T'es restée bloquée sur ça, toi.
-Tu comptes rester longtemps ici ?
-Je sais pas encore.
-Je crois que tu vas pas rester longtemps.
-C'est vrai ? -Ouais.
-Comment tu sais ?
-Parce que Jean il est comme ça.
Tu viens et tu repars. -C'est vrai ?
Qu'est-ce tu fais là encore, toi ?
-C'est chez moi, ici. -C'est chez toi, ici ?
Les autres ils tournent, et toi, tu restes là ?
-Eh ouais. -T'en as de la chance.
Mais un jour, il y a quelqu'un qui va venir.
Il va prendre ta place. -Ouais, mais pas toi.
Tu fais ça bien.
Tu méprises Jean, hein ?
-Arrête, laisse-toi aller.
-Comment tu peux coucher avec quelqu'un que tu méprises ?
-Toi, tu ferais n'importe quoi pour pas le perdre.
Même me laisser baiser avec lui.
-Tu te trompes. C'est pas vrai.
Excuse-moi, Samy, on fera pas l'amour.
-Ca fait chier, c'est encore des PV, ça.
Murmure du trafic
...
-Ca va ? -Ca va. C'était bien, Nice ?
Bon, alors en fait, c'est une fille,
qui se retrouve dans un pieu avec Bendal.
Et...
Elle commence, d'abord elle se déshabille, tout ça.
Puis, Bendal, lui dit : "Tiens, tu veux pas me sucer ?"
Alors, la fille, elle commence à descendre.
Et là, elle voit tatoué sur la queue de Bendal, "AIDS".
Elle flippe et dit : "Qu'est-ce que c'est que ça, t'es malade ?"
Et Bendal lui dit : "Allez, t'inquiète pas, vas-y".
Alors, elle commence à s'occuper un peu de lui.
Il commence à bander, tout ça.
Et elle s'aperçoit que c'est pas "AIDS",
mais c'est, "Adidas".
Tu peux pas attendre qu'on ait fini de bouffer ?
T'es chiant.
-Toi et tes leçons de morale, hein ?
Avec ton vin rouge, t'as l'air malin.
-Et toi, avec ton coca à la pizza. Quelle génération.
-Il mourait d'envie de me sauter tout à l'heure.
-Ca m'étonne pas, c'est pas les scrupules qui l'étouffent.
-Elle veut pas d'autre quéquette.
Véridique.
Allez, vas-y, allez.
Défoule-toi.
-C'est assez misérable, 2 garçons ensemble.
Murmure du trafic
...
Je voudrais que tu m'aides à te quitter.
A ne plus penser à toi.
A ne plus avoir envie de toi.
-Moi, j'ai pas envie qu'on se quitte.
-Mais tu m'aimes comment ? Avec quel amour ?
Moi, je crois que je vais rester sur mes souvenirs.
Et je vais changer d'érection... de direction.
Je vais faire comme avant.
Je vais rencontrer des mecs, à droite, à gauche.
Je ne veux plus rien attendre de personne.
-Tu la connais celle-là ? Ecoute bien.
Du gris que l'on prend Dans ses doigts
Et qu'on roule
C'est fort, C'est âcre comme du bois
Ca vous saoule
C'est bon et ça vous laisse...
-Au début, j'étais que punk, j'avais la crête.
Un jour, les rebeu,
ils ont foutu par terre ma copine enceinte.
Ca m'a foutu la haine. J'ai rasé la crête.
-Y a pas de quoi rire. -Vous connaissez Pierre Olivier ?
-On bossait pour le FN avant qu'il quitte.
-Il nous aurait virés. On leur foutait une mauvaise image.
-Si tu comptes sur ces mecs, les gris auront bouffé le fromage.
-Les gris ? L'homme rit.
-C'est les bougnoules, ils sont comme les rats.
-T'as fini, connard ?
-Ta gueule, enculé, va. -Tu nous laisses, toi ?
-Je veux ta gueule.
-Enculé, va ! Il crie de douleur.
Brouhaha
...
Propos incompréhensibles
-Tiens-le, tiens-le !
Brouhaha
...
-Enculé, va !
-Laisse-le, faut qu'on l'attrape !
...
-Arrête, enculé !
...
Ils chantent en espagnol.
...
-Dis donc, c'est pas encore ça.
(-Je t'aime.)
-Samy. Oh ! Qu'est-ce que t'as fait ?
Fais voir.
-Qu'est-ce que tu fais là, au fait, Paco ?
-J'ai craqué, elle m'a fait encore une paella.
-Va te coucher maintenant.
-Tu m'énerves.
Tout à l'heure, après la baston, j'ai repensé à mon père.
J'ai envie de partir en Espagne.
Le rejoindre et lui proposer un casse.
-Samy, je sais très bien que ton père a été arrêté.
-Et alors ?
-Bonne nuit.
-Bonne nuit, Paco. -Eh bien, tu dors pas avec moi ?
-Je t'emmènerai voir papa à Séville.
Je te le promets.
-T'es pédé maintenant ou quoi ?
-J'ai envie de faire l'amour avec toi.
-Prends une capote.
-J'en ai pas.
-Y en a dans la salle de bain. -J'ai pas envie.
-T'es conscient de ce que tu fais là ?
-Ouais.
-Qu'est-ce que t'as dit en arrivant tout à l'heure ?
-Rien.
-Samy, on baisera pas sans capote.
Touchez pas aux papiers, Rosa, hein ?
-Bon, bon, d'accord, OK.
-Tu veux pas venir ?
-Non.
-Je t'aime. Je veux être avec toi.
-Eh bien, je suis là.
-Non, t'es pas là.
T'as ce mec dans la tête, tu peux pas penser à autre chose.
-Qu'est-ce qui te prend ? -Lève-toi, on y va.
Est-ce qu'il te baise au moins ? Je suis sûre que non.
Tu dois avoir la langue pendante comme un clebs,
à lui faire des yeux d'opossum
en attendant qu'il veuille t'enculer.
-Tu fais chier, tais-toi !
Qu'est ce que t'as à me suivre comme un chien ?
-Ben je te suis, on sort !
Mais qu'est-ce que t'as de plus que les autres ?
C'est quand même pas
parce que t'es le premier mec qui m'a fait jouir.
-Dis-moi, t'es enceinte.
-Mais oui, tu t'en étais pas aperçu ?
-Non.
-Ah bon, il serait temps, quand même.
Ca va, sinon ?
-Ca va, ouais. J'ai été un peu mal au début.
J'avais envie de gerber avec les médicaments.
-Ouais, mais bon, c'est quand même important l'AZT.
Tes T4, ils sont à combien là ? -Ils sont à un peu moins de 200.
-Ca peut les faire remonter,
ça vaut le coup de persister un peu.
-Je peux plus boire. Je peux plus faire de bêtises.
Allez, ciao. -Ciao.
Piaillement -C'est trop tôt ?
-C'est l'autruche.
-Ca vous va, ici ?
-Bonsoir, Karine.
-Jean, qu'est-ce que tu fais là ?
-Tu dînes toute seule ?
Tu veux du saké, ma poule ? -Mais sers d'abord ta copine.
-Je ne suis plus
sa copine.
-Vous êtes amis quand même ?
-Ouais, on est ami maintenant. -Copains, copines.
-Quelques pattes-d'araignée confites ?
-Excusez-moi. -C'est bon, je te jure.
-Comment tu fais pour brancher des canons pareils ?
-Elle a pas inventé la machine
à cambrer les bananes.
-T'es dégueulasse.
C'est le gingembre ?
-Oui ma poule, c'est le gingembre. Ca me donne des envies.
Grondements
Jean s'esclaffe.
-Un petit peu de thon ?
-Non, j'ai horreur de la viande crue, j'en ai horreur.
-Tu connais l'histoire du TGV ?
Camille, tu connais l'histoire du TGV ?
Non ? C'est l'inauguration du TGV.
-Je crains le pire.
-C'est en première classe, super chic.
Il y a des gens qui amènent le champagne, le saké.
Il y a une dame qui est là, 50 ans, qui dit :
"C'est extraordinaire, on ne sent rien".
Le mieux, c'est à l'arrivée à Lyon, c'est la même dame.
"C'est extraordinaire, on ne sent rien. Extraordinaire."
Elles rient.
-Non, mais arrête, franchement.
-Moi, les maisons de disques.
Ca te dit d'écouter ce que je fais ?
-Oui, donne, donne. -Tiens.
Musique dramatique
...
Qu'est-ce que j'ai là ? Je suis pas en train de crever !
-Oh ! Jean, calme-toi.
-Tu fais chier, je suis pas en train de crever, merde !
-Vas-y, calme-toi !
-Arrête !
-Arrête Jean, arrête !
Arrête, je t'en prie. S'il te plaît, arrête.
-Pourquoi t'étais avec moi, toi ? -Je t'aimais.
-C'est ça. Toi, pourquoi t'es avec moi ?
-Calme-toi, Jean.
-Arrête, je suis ton amie.
-Viens, on rentre. -Viens, je vais te ramener.
-Je veux vivre, je veux pas crever, merde !
-Merde, putain !
-Qu'est-ce qu'il a, pourquoi il dit ça ?
-Laisse tomber, on a bu. -Il a dit qu'il veut pas crever.
-Il a bu, c'est tout !
-Jean ! Jean crie.
...
-Chut !
-C'est bon, lâche-le. Lâche-le, c'est bon.
-Je vais vous ramener.
-Calme-toi, calme-toi, écoute-moi, calme-toi.
Hein ?
La voiture démarre.
-Là où j'appuie ? -Tu m'as craqué le dos.
Karine rit.
...
Karine crie.
Qu'est-ce que t'as, toi, ça va pas !
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Tu vas voir.
-Tu sais, on fera pas l'amour.
-Je l'aurais pas fait, de toute façon.
-Pourquoi ? -Je te le dirai plus tard.
-Il fait quoi ? -Je sais pas.
-C'est le 1er stade de purification avant l'oeuvre noire.
-Mais arrête !
-Mais t'es complètement barjo, Samy.
-Vas-y, fais-le. -Tu te crois fort ?
-C'est pas du bidon.
Il souffle.
-Tu crois que c'est ça, la souffrance, Samy ?
-Monsieur Jean, vous êtes là ?
Propos en langue étrangère
-Qu'est-ce que tu fais là, Laura ?
-Surprise !
Tu ne fais que sauter tout ce qui bouge.
-Qu'est-ce que c'est que ce morpion hystérique ?
D'où tu sors toi ?
-C'est drôle ?
-Putain, c'est drôle.
-Tu trouves ça drôle ?
-Une pute de luxe ?
-C'est une première ça.
-Elle prend son gros cul, et elle se casse d'ici.
-Tu veux le voir ? -Non, merci.
-Je te le montre ?
Laura crie.
-Casse-toi !
-Mais arrêtez, ça va pas comme ça !
-C'est comme ça que tu passes tes nuits quand je suis pas là ?
-Ca suffit, tu te calmes, là !
-Mais vous êtes dingues !
-On dirait 2 clébards qui se battent pour un os !
Ca va pas, non !
-C'est toi, l'os ? -Oui, c'est moi, l'os.
-Ca te fait marrer, de voir les autres souffrir.
Y a que ça qui te fait bander. -Ca suffit, la souffrance.
T'as pas l'apanage de la souffrance, toi !
Y a pas que toi qui souffres sur Terre.
Tout le monde souffre, alors ça suffit !
-J'ai pas couché avec lui. -N'en rajoute pas. Calme-toi.
-Et si j'ai envie, je couche avec lui.
-Calme-toi, calme-toi. -Me touche pas.
-Chut.
-Mais c'est qui, cette connasse ? Qu'est-ce qu'elle fout là ?
-Mais lâche-moi ! -Arrêtez ! Vous faites chier !
-Qu'est ce que tu fais là ? -Ta gueule !
Tu viens et tu réveilles tout le monde.
Tu te tais, maintenant. Putain, c'est pas vrai, ça.
Oh la la ! Vas-y.
Fais quelque chose, toi.
-J'aurais dû rester pédé. -Ouais, c'est sûr.
-Des furies pareilles, c'est pas possible.
C'est pas de l'amour ça.
La possession, c'est pas de l'amour.
-C'est sûr, t'es pas possessif.
-Tu l'aimes ?
-Je t'assure, j'ai juste passé la nuit là, comme ça.
J'avais besoin de tendresse et lui aussi, c'est tout.
On avait besoin de se retrouver. On a vécu des choses ensemble.
-Il a pas besoin de tendresse. C'est moi qui lui donne.
-C'est pas pareil. Ce n'est plus la même chose.
Moi aussi, je suis avec quelqu'un que j'aime maintenant.
Parfois, on a besoin d'aller ailleurs, tu vois ?
-Je lui donne tout.
Il me donne rien, il me rend rien. Tu comprends ?
Soit tu t'en vas, soit c'est moi qui m'en vais.
-Pousse pas mon bras quand je t'enlève ta larme, OK ?
-Je répète : tu t'en vas, ou c'est moi qui m'en vais.
-Parce que tu vois, j'ai un truc, là, qui remonte.
Tout à l'heure c'était parti, mais ça remonte.
Si tu pousses mon bras quand j'enlève ta larme,
j'ai envie de te tuer, tu comprends ?
(-Calmez-vous.)
(Chut.)
-T'as la position facile. -Non, j'ai pas la position facile.
Se retrouver comme un con, au milieu des 2, figure-toi.
Je l'ai un peu cherché, c'est possible.
Berthe Sylva, "Tu ne sais pas aimer"
...
-Ca, personne pourra jamais nous l'enlever.
C'est au-dessus des lois.
...
-Ton père a retrouvé les toiles que tu peignais il y a 10 ans.
Pourquoi tu as pas continué ?
-Tu lui as dit que j'étais séropositif ?
-Oui.
-Et alors ?
-Il a dit : "Il ne lui arrivera rien."
-Tu sais, quelquefois,
depuis son opération... ça m'arrive de penser :
"Lequel de nous 2 va crever le premier ?"
C'est monstrueux, non ?
-Tu crois pas que ça m'arrive aussi ?
Tu te mets dans un tel état à cause de cette fille ?
-Tu préfères quand c'est des mecs ?
-Ca me regarde pas. On t'a toujours laissé libre.
-Sauf la première fois que j'ai ramené un mec ici.
Ce Danois, John.
-De toute façon, tu aimais pas ce garçon.
Pas plus que les autres.
-Qu'est-ce que tu en sais ?
-Jean.
Ce virus peut te rendre capable d'aimer.
-Tu sais ce que c'est ?
-Je l'ai su.
-Pourquoi tu m'as jamais rien montré ?
Pourquoi y a jamais eu un geste entre vous ?
-C'est très difficile de te parler.
C'est très difficile de te toucher, de...
J'ai toujours eu un peu peur de toi.
-Mais quand on est enfant, on fait pas peur.
Pourquoi t'as arrêté de travailler ?
Ca fait des années que je te dis qu'il faut que tu recommences.
-Parce qu'il y avait ton père, parce qu'il y avait toi.
C'est très dur, on se culpabilise. Tu comprends ?
On se dit :
"Je suis pas assez là, je leur donne pas assez d'amour,
"je suis pas assez présente."
Puis, en définitive, on les étouffe.
Tu sais, quelquefois, c'est dur de rater une vie.
-T'as pas raté ta vie, quand même.
-Pas vraiment.
Mais quelque part, je crois toujours que je l'ai ratée.
Par rapport à toi, surtout.
-Faut penser à soi un peu. Pas penser qu'aux autres.
Faut savoir être égoïste, quelquefois.
-On va servir le gigot.
-Alors, vous rêvez ? Mais Claude, découpe le gigot.
Et servez-vous, ça va refroidir.
Le moteur gronde.
...
Des pneus crissent.
Le téléphone sonne.
...
-Allô ?
-Tu dormais ? -Oui, je dormais, à ton avis.
Je suis rentré tard. J'ai eu un accident.
Un connard qui m'a refusé
une priorité à gauche à un carrefour.
-Je savais qu'il allait t'arriver quelque chose.
-T'es voyante, maintenant ?
Tu me réveilles pour me dire des conneries pareilles ?
Tu me casses les couilles, Laura.
La porte s'ouvre et se referme.
Y a des coiffeurs ouverts la nuit, maintenant ?
-Ca devrait te plaire comme coupe, c'est viril, non ?
J'étais chez M. André, ce soir.
-Tu peux pas trouver autre chose à faire que ça ?
-Tout me fais chier.
Même baiser Marianne, ça me fait chier.
Le téléphone sonne.
-Ca aussi ça fait chier, tiens.
-Tu sais pas tout, prends pas tes grands airs.
J'essaie de t'aider.
Je peux aussi arrêter de faire tout ce que je peux
et te laisser crever !
Murmure du trafic
On sonne.
(-Putain.)
-Bonjour, je suis M. Lempereur, votre voisin du dessous.
Nous allons faire des travaux de rénovation,
ce qui provoquera quelques petits désagréments sonores.
Voici une bouteille de champagne
qui nous aidera à nous faire pardonner.
-C'est pas le moment, mais c'est gentil, merci.
Qu'est-ce que c'est que ce clown ?
Le téléphone sonne.
*-Allô ? C'est Laura.
*Bon, ben t'es toujours pas là.
Le téléphone sonne.
*Eh bien, rien. Je me fais chier. Toute la journée, je m'emmerde.
Le téléphone sonne.
*J'ai peur, j'ai besoin de te parler.
*Je t'en supplie, réponds-moi.
*Allô, c'est encore Laura.
*Je suis vraiment désolée d'appeler si souvent.
*Mais comme tu veux pas me parler,
*je parle à ton répondeur, il est plus fidèle que toi.
*Puis, il est pas amoureux de Samy, lui.
*Mais c'est dommage.
*Tant que tu me réponds pas, j'occuperai ta ligne
tout le temps :
*demain, après-demain, le jour et la nuit.
*Tu te rends compte, si Hollywood t'appelle pour du boulot ?
*C'est bête.
Le téléphone sonne.
*Je t'aime plus que tout.
*Plus que j'ai jamais aimé personne.
*T'as pas le droit de laisser ça s'enfuir comme ça.
*Mais je comprends pas.
*Moi, je t'aime, et tous ces mecs autour de toi,
*c'est pour baiser, c'est tout.
*Je comprends pas comment tu peux me laisser comme ça.
*Aller foutre ta vie en l'air alors que je t'offre
*tout le bonheur que je peux donner.
*Moi, je veux tout te donner. Eux, ils t'offrent rien, putain !
Jean gémit.
...
-Pisse-moi dessus.
...
-Allô, ici le jeu de la vie.
Je t'expliquerai tout.
T'as eu de la chance, mais ça va tourner.
*La mort est sur ton visage, je la vois.
*Et moi, j'ai très peur de ce que je fais.
*Ceux qui souillent et détruisent *finissent toujours par être punis.
*Punis par qui ?
Je vais foutre le feu à tous les endroits
où t'habiteras avec Samy.
Partout où tu iras, j'irai foutre le feu.
Tu veux vraiment que je fasse du mal autour de toi ?
Ta famille va crever.
Tous tes amis vont crever, et toi aussi.
Je te laisserai pas me faire souffrir toute seule.
-Ca suffit, tu raccroches.
-On t'a parlé du feu du diable ?
-Raccroche ! -T'as déjà...
-Ca suffit ! -Donne-moi ça.
J'étais en train de téléphoner ! Sors de ma chambre !
-J'en ai marre de ce mec.
-Je te déteste !
Je te déteste !
-Tu te calmes immédiatement !
Mais enfin, c'est pas possible, qu'est-ce qu'il te fait ce mec ?
Tu te calmes, Laura ! Arrête !
Tu crois que c'est ça l'amour ? -Ouais !
-En faisant un enfer à l'autre ? Tu crois que c'est ça ?
-Lui aussi, il m'en fait un. -Et alors ?
Vous allez vous faire un enfer. Ca va monter et ça va aller où ?
-Je vais me pieuter dans la chambre, tu viens ?
-Allô ? Oui, c'est la mère de Laura.
Je vous rappelle, parce que je n'en peux plus.
Je ne sais plus quoi faire, elle ne dort plus.
*Elle ne mange plus, elle est...
Elle vomit, elle me casse tout dans la maison.
C'est insupportable.
Elle voudrait juste un mot de vous.
*Elle dit que ça ira mieux. -Vous la croyez ?
-Alors, séparez-vous.
Dites-lui que c'est bien fini. -Tais-toi !
Allô ! Dis-moi que c'est pas fini.
-J'ai rien dit, c'est elle qui a dit ça.
-Laura, tu ne peux pas aller avec un garçon normal,
plutôt qu'avec ce pédé
qui se fait enculer toute la journée ?
-Parce qu'elle se croit normale, la punaise hystérique ?
Toi, t'es normale peut-être ?
-Eh merde, je vais me recoucher. Faut vraiment être maso.
-Quoi ? -Eh bien voilà.
-Quoi ? "Eh bien voilà", quoi ? Il a raccroché ?
Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
J'essaie de lui parler. -En le traitant de petit pédé ?
-Oh, c'est la vérité. -C'est vulgaire !
-Oui, c'est ça. -T'es trop con.
-C'est ça, va dans ta chambre.
-Laura ? -Merde !
Travaux de rénovation
...
-Il va voir son champagne, ce connard.
...
Putain de travaux de merde.
...
C'est intéressant. Bonjour, Monsieur Lempereur.
Tu sais ce que je vais en faire de ton champagne ?
Voilà ! Vous êtes un connard !
La secrétaire crie.
-Faut l'enfermer, ce type, il est malade.
-Pardon ?
Tonalité
-J'ai pris une décision. Premièrement, tu vas déménager.
Deuxièmement, tu vas quitter Samy.
*Tu ne pourras plus regarder un mec.
Et je te quitte.
*Tu seras tout seul, tout seul.
Tonalité
*Je ne souhaite plus ton bonheur.
*Ce serait si simple.
*Il suffirait que tu choisisses la tranquillité, l'amour
avec un grand A.
*Pour l'instant, tu fous ta vie en l'air.
*Tout aurait pu marcher : ta santé, ton boulot, tout.
*Mais tu t'en fous. Tu te détruis.
*C'est ta déchéance et tu l'auras voulue.
*Tout le monde te ment. Ta queue te dit que t'es génial.
*Y a que moi qui te dis la vérité. La vérité, c'est que t'es minable.
-Bonjour. -Bonjour.
J'ai besoin de quelque chose pour dormir.
Quelque chose de fort.
*-Tu me fais pitié. Y a rien de pire que la pitié.
...
Il frissonne.
Le téléphone sonne.
*Ca te suffit pas, ce que t'as fait de ma vie ?
*Je ne pourrai plus jamais avoir de gosses.
*Mais tu t'en fous,
*tu crois que tu vas t'en tirer comme ça ?
*Moi, je te jure que la Terre va savoir ce que t'as fait.
Il frissonne.
*Je voulais pas te le dire, mais j'ai fait le test du sida.
*Je suis séropositive.
*Tu m'as contaminé, Jean. C'est un crime !
Je vais mourir !
C'est à cause de lui !
-Arrête ! -Je vais mourir !
-Mais arrête, bordel !
-Regarde, regarde, ce que t'as fait de ma vie !
Regarde un peu !
-Laura, ouvre la porte.
Arrête tes conneries, ouvre cette porte.
-C'est pas fini, oui ! Des gens vont appeler les flics.
-Je m'en fous des flics.
-Ca se passe pas sur le palier, mais à l'intérieur.
Alors, vous la calmez et vous rentrez.
-Ouvre la porte, toi ! Arrête tes conneries, Laura !
Ouvre cette porte !
Laura, si tu n'ouvres pas, je peux pas t'aider.
Alors, ouvre, s'il te plaît. Ouvre la porte, allez.
Ouvre.
-Il m'a laissée crever, je ne suis plus rien.
Même là-haut, je continuerai de l'aimer.
-Arrête.
-Me touche pas. -Arrête.
T'es complètement malade, arrête !
Ca suffit, arrête !
Laura crie.
Laura pleure.
...
Montre, montre.
-Tu m'as foutue, Jean. Je suis foutue.
-Bien vas-y, saute.
-Tu crois que je peux sauter maintenant ?
-Qu'est-ce qui se passe ? -Qui c'est celui-là ?
-Je suis le gardien.
-Il ne veut plus de moi. -Vos papiers.
-Oui. -Il ne veut plus de moi.
-Te mets pas dans des états pareils.
-Mais il ne veut plus de moi. Dis que je suis mignonne.
-J'ai qu'un permis de conduire.
-Bien, ça ira.
Voulez-vous aller à l'hôpital ? -Non !
-Ce serait une bonne chose. -Ta gueule, j'ai dit non !
-Vous êtes sûre ? -C'est fini, c'est fini.
-Qu'est-ce qui se passe ici ? -Maman !
-Laura ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Rien, c'est pas grave, c'est fini.
-T'as quoi là ? -C'est rien.
-Comment ça, c'est rien ?
Tu verras, tu vas pouvoir te reposer là-bas, hein ?
A la clinique, ce sera mieux.
-Une clinique ? Un asile de fous, oui !
-Mais non, je t'assure, c'est un endroit très bien.
C'est là où vont tous les gens du spectacle.
J'ai appelé tout le monde pour qu'on s'occupe bien de toi.
Je t'assure.
-Mais c'est pas vrai. -Laura, s'il te plaît.
-Tu peux tout arranger.
Il te suffit de m'emmener chez toi et de me faire l'amour.
S'il te plaît. Fais-moi l'amour encore.
-Arrête, Laura.
-Je veux ta queue dans mon ventre, donne-la-moi.
Donne-la-moi. -Arrête.
-Laisse-moi, tu peux pas comprendre, toi.
Personne t'a jamais fait jouir comme ça.
-Mais oui, ma chérie, bien sûr.
-Viens, emmène-moi.
Regarde, c'est le chien-loup.
Quand tu rencontreras une autre fille,
peut-être que tu seras capable de l'aimer.
-Oui, peut-être.
...
-A Oran, mon père avait une belle orangeraie.
On est partis en 62.
Et j'ai connu le père de Laura à Marseille.
Il descendait d'une grande famille républicaine espagnole.
La naissance de la petite, ç'a été un accident.
On a divorcé tout de suite.
Alors ? -Ne vous inquiétez pas.
On ne va pas garder Laura en service fermé.
On va la mettre en haut, elle sera mieux.
-C'est comment ? -Ce sera plus simple.
Tout va bien, ne vous inquiétez pas.
-Vraiment ? -Oui.
-Merci. -Docteur, je peux vous parler ?
-Mais je pensais bien vous écouter.
-Je peux vous raconter un peu toute l'histoire.
Mais faudrait lui faire le test du sida, sans lui dire.
-Essaye pas de t'éloigner de moi pour me sauver.
...
-Qui peut dire exactement
Qu'il sait ce qu'est la rage
Un murmure, un frôlement
Ou la tempête et l'orage
Juste savoir dire non
A l'appel des sirènes
Ou rugir comme le lion
Qui pénètre dans l'arène
Les machines grondent.
...
-Laura !
-Avance !
Un chien aboie. -Allez, avance !
Allez ! -Laura !
On siffle.
-OK.
-Tu vas bien ? -Ca va.
Toi t'as meilleure mine que la dernière fois où je t'ai vue.
-Ouais, c'est la mer, c'est le vent.
-Alors, c'est lequel ton mec ?
-Christophe ? C'est lui.
-Et tu l'aimes ?
-Ouais, je l'aime beaucoup. -Tu l'aimes beaucoup ?
Et toi, t'es avec quelqu'un ? -Bof.
-Avec Samy, ça devient quoi ?
-On ne se voit presque plus.
-De toute façon, ça me regarde pas. -T'as pas toujours dit ça, hein ?
J'ai changé, Laura.
J'ai pas arrêté de changer.
-C'est trop tard.
-J'ai envie de faire l'amour avec toi.
-Non, pas moi, j'ai pas envie.
Moi, je ne veux plus.
Parce que j'ai jamais su me diviser.
-C'est triste quand on n'aime pas.
-Mais ma vie, c'est avec toi que j'aurais voulu la faire.
Mais c'était pas possible.
T'es jamais content, jamais satisfait.
Tu cherches toujours ailleurs. Moi, je peux pas vivre comme ça.
-Quand on s'arrête de chercher, on meurt.
-On peut vivre autrement.
-Bien sûr.
Toute cette solitude que tu m'as apprise.
Et puis, j'aurais voulu un enfant avec toi.
Y a cette saloperie de maladie entre nous.
C'est comme un étranger qui nous regarde.
-Pourquoi t'as menti ?
-J'ai vraiment cru que j'étais séropositive.
Parce que je voulais tout partager avec toi.
Puis quand on fait la guerre, chacun ses armes.
Des enfants crient.
-Embrasse-moi.
Sur les lèvres. Un petit bisou.
Un petit bisou.
Il a rien vu. Je t'assure, il a rien vu.
-T'es sûr ?
-Je regarde ce gamin blond dans les bras de Laura
et je crois vraiment que c'est notre enfant.
Je me dis :
"Comment on a fait pour avoir un gosse aussi blond ?"
Musique espagnole
...
Il est vraiment con, ton frère.
...
-Enculé, va ! Enculé, va !
-On va te la faire bouffer.
-Enculé, tu vas voir.
-Arrête-toi là, ils sont peut-être là.
-Va voir là-bas.
-Quoi ? -Va voir là-bas.
-Tu vois ça ? Tu vois ça ? Tu le vois ? Tu la sens là ?
Merde, je vais m'amuser avec toi.
Et après, même ta putain de mère, elle ne te reconnaîtra plus.
-OK, ça suffit là !
Tu sais pourquoi on va te couper les couilles ?
-Va te faire enculer, gros porc. -Ta gueule.
-Fais-lui bouffer.
On crie au loin.
-Bouge pas, enculé.
-Lâchez-moi !
-Bouge pas, bâtard.
-Dis adieu à tes couilles, Djamel.
Il crie.
-Enculé, va.
-J'ai le sida. Je peux te le refiler.
-C'est qui ce connard ?
-Je le connais, il dit vrai.
-Tu connais pas la honte, toi.
-On peut discuter.
-On discute pas avec les gens comme vous.
Vous leur dites de le lâcher ou je vous le fais bouffer, allez.
Allez. -Lâchez-le.
-Allez, barre-toi, connard, t'as de la chance.
-Va chercher la Fiat, la rouge qui est près du bar.
-Qué te pasa ? Esta loco !
-Vamonos.
-Tu fais pas le fier, là ?
-Laisse-moi tranquille. -Ta gueule !
Une voiture approche.
Jean s'éloigne.
...
-Laura.
Tout à l'heure, j'ai roulé sur le boulevard périphérique.
Et je suis sorti à la porte de la chapelle.
Je me suis arrêté à un feu rouge.
Et là, devant ma voiture, 4 jeunes ont traversé.
Les garçons ont pris les mains des filles
pour les entraîner derrière eux.
Ce geste-là, une main qui se referme sur une autre,
m'a fait incroyablement mal.
C'était, résumé en une seconde, tout ce que tu attends
et que j'ai pas su te donner.
Tout ce qu'exigent tes 20 ans.
J'arriverai à vaincre cette résistance en moi
qui m'empêche de prendre ta main et de te dire des mots d'amour.
J'ai pas le droit de te demander d'attendre encore.
Faut que tu vives pour toi.
Simplement, si tu peux m'aider à vivre, fais-le.
Murmure du trafic
...
Le vent souffle.
...
Jean crie.
...
Sport à la radio
...
Musique portugaise
...
Murmure de la ville
...
Musique portugaise
...
-Allô ? Laura, c'est Jean.
*-T'es où ?
-Tout au bout de l'Europe.
*-Jean, il suffirait d'un mot pour que je revienne.
(-Je t'aime.)
Clapotis des vagues
...
Chant des criquets
...
Clapotis des vagues
Je suis vivant.
Le monde n'est pas seulement une chose extérieure à moi-même.
J'y participe.
Il m'est offert.
Je vais peut-être mourir du sida,
mais ce n'est plus ma vie.
Je suis dans la vie.
Noir désir, "Si rien ne bouge"
...
Sous-titrage : BLEU OUEST
Musique douce
...
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