All language subtitles for A Clockwork Orange (1971) MULTi VFI 2160p 1

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Original subtitles

ORANGE MÉCANIQUE

Il y avait moi

c'est-à-dire Alex, et mes trois drougs

à savoir Pete, Georgie et Dim.

Au milk-bar Korova, on se creusait le rassoudok pour décider

ce qu'on allait faire de la soirée.

Le Korova vendait du lait enrichi.

Enrichi de vellocet, de synthemesc ou de drencrom,

et c'est ça qu'on buvait.

Ça vous surexcite

et vous rend apte à un peu d'ultraviolence.

Ce que jamais je n'ai pu supporter...

un vieux poivrot crasseux

beuglant des refrains cochons

et éructant "beurk, beurk" entretemps,

comme s'il avait un orchestre visqueux dans ses tripes pourries.

Je ne supporte personne dans cet état, quel que soit son âge,

mais surtout pas un vieux kroumir comme celui-là.

Vous auriez un peu de flouze, les frangins ?

Allez-y, zigouillez-moi, bande de fumiers ! De toute façon,

je tiens pas à vivre dans ce monde merdique.

Qu'est-ce qu'il a de merdique ?

Il est merdique parce que désormais, l'ordre ne règne plus,

et qu'on laisse les jeunes s'en prendre aux vieux

comme vous faites !

Ce n'est plus un monde pour vieillards.

Quelle sorte de monde est-ce, d'ailleurs ?

Les hommes vont sur la lune,

les hommes tournent autour de la planète

et on n'a plus aucun égard

pour la loi, ni pour l'ordre sur Terre.

C'est au casino délabré qu'on est tombés sur Billyboy

et ses quatre drougs.

Ils s'apprêtaient à s'envoyer un petit coup

de va-et-vient avec une jeune devotchka qui chialait.

Dirait-on pas ce gros bouc puant

de Billyboy en pourceaunne ?

Comment vas-tu

poisseuse bonbonne d'huile à frites rance ?

Viens te faire cogner les valseuses !

Si valseuses tu as,

terrine de gelée d'eunuque !

Sautez-leur dessus !

La police !

Filons !

La Durango 95 ronronnait vraiment horrorcho.

Une chaude sensation vous faisait vibrer les tripes.

Bientôt, il n'y eut plus qu'arbres et ténèbres,

l'obscurité totale de la campagne.

On a fait les cons avec d'autres errants de la nuit

enjouant aux chauffards.

Puis on a mis le cap sur l'ouest.

Ce qu'on cherchait à présent, c'était la visite surprise.

Ça, c'était marrant

et permettait de s'envoyer de l'ultraviolent à gogo.

Qui diable ça peut-il être ?

Je vais aller voir.

Qui est là ?

Pouvez-vous nous aider, on a eu un accident terrible !

Mon ami saigne comme un boeuf. Puis-je appeler une ambulance ?

Nous n'avons pas le téléphone Voyez ailleurs.

Question de vie ou de mort !

Qui est-ce ?

Un jeune homme. Il dit qu'il y a eu un accident.

Il veut téléphoner.

Mieux vaut le faire entrer.

Attendez un peu.

Nous n'ouvrons pas à des inconnus la nuit...

Pete, fouille la maison. Dim.

Louque attentivement, frangin.

On se sentait un peu échevelés, éreintés et inquiets.

Ç'avait été une soirée où on avait dépensé quelque peu d'énergie.

Larguant l'auto, on est entrés au Korova pour un dernier verre.

Salut, Lucy.

Beaucoup de monde ce soir ?

Nous aussi, on a bossé dur.

Excuse-moi, Luce.

Il y avait des sophistos des studios de télé voisins

qui riaient et gavoritaient.

La devotchka smeckait aux éclats sans souci de ce monde corrompu.

A ce moment, sur un dernier accord, le disque prit fin.

Dans le bref silence qui suivit,

la devotchka, tout à coup, se mit à chanter.

On eût dit un instant

qu'un grand oiseau planait dans le milk-bar.

Et j'ai senti tous les little poils

se dresser sur mon body.

Des frissons, tels de malenky lézards, me parcouraient de bas en haut

et de haut en bas.

Car je savais ce qu'elle chantait.

Un extrait de la sublime Neuvième de Ludwig van.

Pourquoi t'as fait ça ?

Parce que t'es un voyou mal élevé.

Pas une douk d'idée de la façon de se comporter en public, ô mon frère.

J'aime pas que tu fasses ce que t'as fait.

Et je ne suis plus ton frère, et je n'ai pas envie de l'être.

Prends garde.

Prends garde, ô Dim, si en vie demeurer est ton voeu le plus cher.

Yarbles !

Tu me casses les yarblocks !

On se bat avec une chaîne, un nozh ou un britva quand tu veux.

Tu me flanques des tolchocks sans raison.

Évidemment, je peux pas le tolérer.

On se bat au nozh quand tu voudras.

Doubidoub.

Un peu flapi peut-être.

Mieux vaut en rester là.

Le dodo, c'est ce qu'il nous faut.

On va rentrer piquer un petit spachka.

C'est d'accord ?

Là où j'habitais avec mes papa et maman,

c'était dans l'immeuble municipal 18 A, Alignement Nord.

Après cette merveilleuse soirée,

il me fallait pour la terminer dignement

un peu de Ludwig van.

Ô, béatitude !

Béatitude céleste !

C'était la splendeur et la grandiosité incarnées.

C'était comme un oiseau du métal céleste le plus rare.

Ou un vin d'argent coulant dans un vaisseau spatial

toute pesanteur abolie.

En slouchant,

j'avais des visions superbes.

Alex !

Qu'est-ce que tu veux ?

Il est plus de 8 h,

il ne faut pas être en retard à l'école, mon fils.

J'ai un peu mal au gulliver, maman.

Laisse-moi. Si je dors, ça va passer.

Et je serai rétabli pour cet après-midi.

Mais tu n'es pas allé à l'école de la semaine.

Faut que je me repose.

Que je me remette.

Sinon, je risque de manquer l'école encore plus.

Ton petit déjeuner sera au chaud. Je dois m'en aller, à présent.

Très bien, maman.

Bonne journée à l'usine.

Il se sent de nouveau patraque, ce matin.

Oui, j'ai entendu.

Tu sais à quelle heure il est rentré ?

Non. J'avais pris mon somnifère.

Je me demande

où c'est exactement qu'il va travailler le soir ?

Eh bien, comme il dit,

ce qu'il fait, c'est surtout bricoler.

Il donne un coup de main

ici et là, comme ça se trouve.

Salut, M. Deltoïd.

Drôle de surprise de vous voir ici.

Alex, mon garçon. Enfin réveillé, oui ?

J'ai rencontré ta mère qui allait à son travail.

Elle m'a donné la clé.

Elle a parlé d'une douleur je ne sais où,

en conséquence de quoi, pas d'école, oui ?

Une douleur intolérable, dans la tête, monsieur.

Ça ira mieux après le déjeuner.

Ou certainement pour la soirée, oui ?

Le soir, c'est l'heure divine, n'est-ce pas, Alex ?

- Une tasse de tchaï ? - Pas le temps.

Assieds-toi.

À quoi dois-je ce plaisir extrême, monsieur ?

Il y a un pépin ?

Un pépin ? Pourquoi penses-tu qu'il y a un pépin ?

As-tu fait ce que tu n'aurais pas dû ?

Une façon de parler.

Eh bien, c'est une façon de parler du préposé

à ton redressement que te dire fais attention

car ce ne sera plus le centre d'éducation surveillée.

La prochaine fois, ce sera la taule, et tout mon ouvrage anéanti.

À défaut de toi-même,

tu pourrais me respecter, moi qui me suis exténué sur toi.

On a une mauvaise note pour chaque cas irrécupérable.

C'est un constat d'échec chaque fois que l'un de vous

se retrouve au placard.

Je n'ai rien fait de mal.

Les millicents n'ont rien à me reprocher, mon pote.

Monsieur, je veux dire.

Assez de salades.

Le fait que la police ne t'ait pas ramassé récemment

veut pas dire que t'aies pas fait un mauvais coup.

Il y a eu une sale histoire hier soir, oui ? Une très vilaine histoire, oui ?

Il a fallu hospitaliser quelques amis d'un certain Billyboy.

Ton nom a été prononcé.

Je l'ai su par les voies habituelles.

On a nommé aussi certains de tes amis.

Nul ne peut rien prouver, comme d'habitude,

mais je t'avertis, petit Alex,

car je suis un bon ami pour toi.

Le seul qui dans ce monde taré et souffrant

veut te sauver de toi-même !

Qu'avez-vous tous ?

Nous étudions le problème depuis près d'un siècle

et nous ne sommes pas plus avancés.

Tu as un foyer agréable ici, des parents aimants.

Tu n'es pas trop bête.

Est-ce quelque démon qui s'est emparé de toi ?

On n'a rien contre moi, monsieur.

Je suis sorti des rouks des millicents.

C'est bien ce qui m'inquiète. Depuis trop longtemps.

Selon moi, tu es mûr pour la récidive.

Donc, petit Alex,

tâche de maintenir ton joli museau hors de la crotte.

Est-ce clair ?

Comme un lac limpide.

Clair comme un ciel d'azur au coeur de l'été.

Vous pouvez vous fier à moi.

Pardon, mon pote.

J'ai commandé ça il y a deux semaines. Est-ce arrivé, je vous prie ?

Un instant.

Pardon, mesdames.

C'est bon, hein, chérie ?

Un peu froid et sans intérêt, ma jolie ?

Qu'est-il arrivé à la tienne, ma frangine ?

Qu'est-ce que vous prenez ?

Goggly Gogol ? Johnny Zhivago ?

Les Heaven Seventeen ?

Qu'as-tu chez toi pour entendre tes disques pourris ?

Pas grand-chose, je parie, sauf un petit tourne-disques portatif.

Venez avec tonton

entendre les trompettes des anges et les trombones du diable.

Je vous invite.

Tiens, tiens.

Salut.

Le v'là ! Il a arrivé !

Dis donc, dis donc, dis donc !

À quoi dois-je l'extrême plaisir de cette surprenante visite ?

On se faisait de la bile.

On t'attendait tout en sirotant du moloko casse-pattes.

Et tu n'as pas paru.

On a pensé que tu t'étais peut-être...

vexé d'une chose ou d'une autre.

Aussi on s'est rendus à ta demeure.

Jave mavex cavusave.

J'avais mal au gulliver et besoin de dormir.

On ne m'a pas réveillé comme je l'avais ordonné.

Désolé que t'aies eu mal.

Tu te sers peut-être trop de ton gulliver ?

À force de donner des ordres et de commander ?

T'es sûr que t'as plus mal ?

Tu ferais pas mieux de retourner au lit ?

Rendons les choses éblouissantes de clarté.

Le sarcasme, si j'ose l'appeler ainsi,

ne vous sied pas, ô mes frères.

Étant votre droug et chef, j'ai le droit de savoir ce qui se passe.

Dim.

Que dois-je augurer de ce sourire de cheval à la gueule béante ?

Ça suffit, plus question de t'en prendre à Dim, frangin.

Ça fait partie du nouveau système.

Nouveau système ?

Qu'est-ce que le nouveau système ?

Pas d'erreur, on a élevé la voix dans mon dos, tandis que je dormais.

Puisqu'il faut t'affranchir, allons-y.

On se contente de graber des boutiques

pour palper que des miettes.

Will l'English, du café M. Muscle,

peut fourguer tout ce qu'on peut graber.

Ce qui brille. Les diamants !

Le gros, gros fric, on peut l'avoir.

Et que feras-tu du gros, gros fric ?

N'as-tu pas tout ce qu'il te faut ?

S'il vous faut une bagnole, vous la cueillez.

S'il vous faut du pognon, vous le piquez.

Mon pote, tu penses et tu parles parfois comme un petit garçon.

Ce soir, on fait un grabe d'adulte.

Bon. Très horrorcho !

L'initiative vient à qui sait attendre.

Je vous ai beaucoup appris, mes drougs.

À présent, dis-moi ce que tu projettes, Georgie.

Un peu de moloko enrichi d'abord, tu ne crois pas ?

Pour nous mettre en appétit.

Mais pour toi, surtout. Nous, on a commencé.

Tout en avançant le long du bassin,

j'étais calme en apparence, mais ne cessais de réfléchir.

Ainsi, Georgie allait être le général

nous disant quoi faire ou ne pas faire,

et Dim, son stupide et grimaçant héraut.

Soudain, j'ai vu que réfléchir, c'est pour les gloupys.

Les omnys suivent leur inspiration et se servent de ce que Bog envoie.

Car, à présent, une musique enivrante venait à mon aide

par une fenêtre ouverte, et en stéréo,

et aussitôt, j'ai vidié ce qu'il fallait faire.

Je n'avais entamé aucun des câbles essentiels de Dim,

aussi, à l'aide d'un tachtouk propre

le krouvy cessa bientôt de couler,

et il fallut peu de temps pour apaiser les deux blessés

dans le creux douillet du Duke of New York.

A présent, ils savaient qui était le Maître et le Chef.

Des moutons, me disais-je.

Mais un vrai chef sait toujours

quand il doit se montrer généreux avec ses subalternes.

Maintenant, nous voilà revenus là où nous étions.

Oui ?

Comme auparavant, et tout est oublié ?

D'accord ?

D'accord.

D'accord.

D'accord.

Alors, Georgie,

cette idée que tu avais pour ce soir. Parle-nous-en en détail.

Pas ce soir.

Pas cette nochy.

Allons, Georgie.

Tu es un grand chelloveck costaud, comme nous tous.

Nous ne sommes pas des petits enfants, Georgie ?

De quel dessein ton âme est-elle occupée ?

C'est une Ferme de Beauté.

Un peu en dehors de la ville.

Isolée.

Elle appartient à une très riche ptitsa qui y vit avec ses chats.

Elle a fermé la maison pour huit jours et y est complètement seule.

C'est rempli d'or, d'argenterie

et de bijoux.

Parle encore, Georgie.

Parle encore.

Merde !

Qui est là ?

Pouvez-vous nous aider ?

On a eu un accident terrible !

Puis-je téléphoner pour une ambulance ?

Je regrette énormément.

Il y a un téléphone au pub, plus loin sur la route.

Je vous conseille d'y aller.

Mais c'est urgent !

C'est une question de vie ou de mort.

Mon ami gît sur la route et saigne comme un boeuf !

Désolée, je n'ouvre jamais ma porte à des inconnus, à la nuit tombée.

Très bien, madame.

On ne peut vous en vouloir d'être méfiante

avec tous les chenapans et les coquins, qui, la nuit, rôdent.

Je tâcherai de trouver de l'aide au pub.

Excusez-moi de vous avoir dérangée.

Merci beaucoup. Bonsoir.

Dim, penche-toi.

Je vais passer par cette fenêtre.

Le poste de police de Radlett ?

Bonsoir. Ici, Miss Weathers, de la Ferme de Beauté de Woodmere.

Pardon de vous déranger, mais il s'est passé une chose bizarre.

Ce n'est probablement rien du tout, mais sait-on jamais.

Un jeune homme a sonné, demandant à téléphoner.

Il a dit qu'il avait eu un accident.

Ce qui m'a donné l'éveil, c'est que

les mots qu'il employait étaient ceux que citait le journal

au sujet de l'écrivain et sa femme attaqués hier soir.

- Ça s'est passé quand ? - Il y a quelques minutes.

J'envoie une voiture de patrouille, c'est préférable.

Si vous y tenez,

mais je suis persuadée qu'il est parti.

- Elle sera là dans quelques minutes. - Parfait.

Merci beaucoup.

Salut.

Enfin, nous nous rencontrons.

Notre govorit à travers la boîte aux lettres n'était pas satisfaisant.

Qui êtes-vous ?

Comment diable êtes-vous entré ?

Qu'est-ce que vous foutez ici ?

Polisson...

Vieille soumka vicieuse !

Dites donc, petite ordure !

Faites demi-tour et sortez d'ici comme vous êtes entré.

Laissez ça ! N'y touchez pas !

C'est une oeuvre d'art très importante.

Qu'est-ce que vous voulez, bordel de merde ?

Pour être tout à fait franc,

je participe à un concours d'étudiants

pour voir qui aura vendu le plus de magazines.

Écrase, petit con,

et tire-toi avant d'avoir de sérieux ennuis.

Je t'ai dit de laisser ça tranquille. Va-t'en

avant que je te jette dehors !

Misérable punaise gluante !

Je t'apprendrai à t'introduire de force chez les gens.

- Filons, voilà la police ! - Une minouta, drougy.

Fumiers ! Je suis aveugle !

Je suis aveugle, fumiers ! J'y vois plus !

Inutile de rester là à espérer, mes potes.

Je dirai pas un seul slovo tant que mon avocat ne sera pas là.

Je connais la loi, salopards.

Entendu, Tom.

Va falloir montrer à Alex que nous aussi, on connaît la loi,

mais que la connaître n'est pas tout.

Vilaine blessure que tu as là, Alex.

Dommage.

Ça gâche toute ta beauté.

Qui t'a fait ça ?

Comment as-tu fait ça ?

Pourquoi, salaud ?

Ça c'est de la part de ta victime.

Effroyable...

canaille !

Petit connard !

Bonsoir, M. Deltoïd.

Bonsoir, sergent.

Ils sont au numéro 3.

Merci beaucoup.

- Bonsoir, M. Deltoïd. - Bonsoir, inspecteur.

- Vous voulez votre thé ? - Tout à l'heure.

Donnez-moi des serviettes en papier.

Nous interrogeons le détenu.

- Voulez-vous entrer ? - Merci beaucoup.

Bonsoir, sergent. Bonsoir, tout le monde.

Mon Dieu. Ce garçon est salement amoché.

Voyez dans quel état il est.

Le cauchemar d'une nuit d'été.

La violence engendre la violence.

Il résistait aux agents.

Pour moi, c'est la fin de tout.

La fin de tout, oui.

C'était pas moi.

Défendez-moi, je suis pas si pourri.

Je me suis laissé entraîner.

Il se démène drôlement.

Où sont mes salauds de drougs ? Arrêtez-les !

C'est eux qui ont eu l'idée.

Ils m'ont forcé à le faire. Je suis innocent !

Tu es un assassin à présent, petit Alex.

Un assassin.

Ce n'est pas vrai, monsieur.

Ce n'était qu'un léger tolchock.

Elle respirait, je le jure.

J'arrive de l'hôpital.

Votre victime a succombé.

Vous tentez de m'effrayer, avouez-le, monsieur.

Un nouveau genre de torture.

- Dites-le, monsieur. - Une torture que tu t'es infligée.

J'espère que ça te torturera jusqu'à la démence.

Si vous voulez lui claquer la gueule, vous gênez pas.

On le tiendra.

Il doit être une grosse déception pour vous.

Ici commence la partie vraiment tragique de ce récit,

ô mes frères et seuls amis.

Après un procès avec juges et jury

et des mots très durs contre votre ami et humble narrateur,

on le condamne à 14 ans à la prison d'État n° 84 F

parmi des invertis malodorants et des prestoupniks endurcis.

Le coup poussa mon père à brandir ses roukers

contre ce Bog injuste, dans son ciel,

et maman faisait bouhouhou dans son chagrin

de voir l'unique enfant né de ses entrailles

décevoir tout le monde.

Un entrant de Tamise.

Un entrant de Tamise.

Oui. Ouvrez, gardien !

Voici le mandat de dépôt du détenu.

Merci, gardien.

- Nom ? - Alexandre de Large.

Vous êtes à la prison de Parkmoor.

Dorénavant, aux fonctionnaires de la prison vous direz "monsieur".

Nom.

Alexandre de Large, monsieur.

Condamnation ?

Quatorze ans, monsieur.

Délit ?

Meurtre, monsieur.

Enlevez-lui les menottes, gardien.

Vous êtes à présent 655321,

et vous devez apprendre ce numéro par coeur.

Merci, gardien. C'est parfait.

Laissez-le sortir.

Videz vos poches.

Pouvez-vous voir la bande blanche sur le sol

derrière vous,

655321 ?

- Oui, monsieur. - La place de vos orteils est

de l'autre côté de cette bande !

Continuez.

Ramassez ça

et posez-le convenablement.

Une demi-tablette de chocolat.

Un trousseau de clés, sur anneau de métal blanc.

Un paquet de cigarettes.

Deux stylos à bille en plastique.

Un noir, un rouge.

Un peigne de poche, plastique noir.

Un carnet d'adresses, imitation cuir rouge.

Une pièce de 10 pence.

Une montre de poignet,

Timawrist, sur bracelet extensible, métal blanc.

Rien d'autre dans vos poches ?

Bon.

Signez ici pour vos objets de valeur.

Le tabac et le chocolat

sont confisqués,

vu qu'à présent, vous êtes condamné.

Allez vers cette table et déshabillez-vous.

Étiez-vous en détention ce matin ?

Un veston bleu fileté.

Détention ?

Oui. Préventive, monsieur.

- Cravate bleue. - Religion ?

E. A., monsieur.

Église anglicane ?

Église anglicane, monsieur.

Cheveux bruns ?

Blonds, monsieur.

Yeux bleus ?

Bleus, monsieur.

Portez-vous des lunettes ou verres de contact ?

Une chemise bleue, col tenant.

Avez-vous été en traitement pour une maladie grave ?

Une paire de bottes, cuir noir. Usagées.

Avez-vous jamais eu une maladie mentale ?

Portez-vous de fausses dents ou des appareils de prothèse ?

Un pantalon bleu fileté.

Avez-vous eu des syncopes ou le vertige ?

Paire de chaussettes.

Êtes-vous épileptique ?

Un caleçon blanc, à ceinture bleue.

Êtes-vous, ou avez-vous jamais été un homosexuel ?

Bien.

La naphtaline, gardien.

À présent, face au mur.

Penchez-vous, touchez vos orteils.

Maladie vénérienne ?

Morpions ? Poux ?

- Par là pour un bain. - Un bain, un !

Quel sera votre avenir ?

Entrer et sortir d'établissements comme celui-ci ?

Entrer surtout, pour la plupart.

Ou tiendrez-vous compte de la Parole divine

et songerez-vous aux châtiments qui attendent les pécheurs impénitents

dans l'autre monde ?

Quels idiots vous faites

de vendre votre droit naturel pour une écuelle de bouillie froide.

L'excitation du vol,

de la violence.

Le désir d'une vie facile.

Je vous le demande. Cela compte-t-il

quand nous avons la preuve,

oui, la preuve irrécusable,

que l'Enfer existe ?

Je sais.

Je sais, mes amis.

J'ai appris

par des visions

qu'il est un lieu

plus ténébreux que toute prison,

plus brûlant que toute flamme allumée par l'homme,

où les âmes

des pécheurs criminels impénitents tels que vous...

Ne riez pas, mécréants ! Ne riez pas.

Je répète, tels que vous,

hurlent

dans cette agonie interminable et intolérable.

Tandis que leur peau

se putréfie et tombe en lambeaux.

Et qu'une boule de feu

toupille dans leurs tripes gémissantes !

Je sais. Oui, je sais !

Je vous ai vu, 920537 !

Silence ! Nous allons conclure en chantant le cantique 258

du recueil des prisons.

Ayez un peu de piété, bande de charognards !

Chantez, bon sang !

Plus fort !

Jamais !

Ce n'avait pas été édifiant, vraiment pas,

d'être dans cet enfer, ce zoo humain, depuis deux ans déjà.

D'être tolchocké par des brutes de gardiens,

et d'être en compagnie d'invertis

bavant devant

un malchick girond comme votre narrateur.

J'avais pour job

d'assister le cureton pendant l'office du dimanche.

C'était un bolchy salopard de forte carrure.

Il avait un faible pour moi, vu que j'étais jeune

et qu'à présent, je m'intéressais beaucoup à la Bible.

Allez, avance !

J'ai tout lu sur les coups de fouet, la couronne d'épines.

Je me louquais venant à la rescousse

et me chargeant de tolchoker et de planter les clous.

Vêtu à la mode dernier cri des Romains.

J'aimais moins le reste

où il y avait plus de sermons

que de bagarres et de parties de va-et-vient.

J'aime les passages où les youdis se tolchokent,

puis boivent leur vin hébreu

et couchent avec les servantes de leurs femmes.

Ça m'aidait à tenir le coup.

"Ne cherche pas à ressembler aux méchants,

ni ne désire leur compagnie

car leur âme est occupée de filouteries,

et leurs lèvres sont trompeuses."

Si tu perds l'espoir dans un moment de détresse,

ta force en sera diminuée.

Bien, mon fils.

Mon père ?

J'ai fait des efforts.

En effet, mon fils.

- J'ai fait de mon mieux. - Oui.

Je n'ai jamais commis d'infractions au règlement.

Assurément non, 655321. Vous avez été très utile.

Vous avez montré un désir sincère de vous amender.

Mon père...

puis-je vous poser une question en particulier ?

Certainement, mon fils.

Quelque chose vous trouble-t-il ?

N'hésitez pas à parler.

Rappelez-vous,

je connais

les impulsions qui peuvent troubler les jeunes gens

privés

de la compagnie des femmes.

Non, mon père, il ne s'agit pas de cela.

Il s'agit de ce nouveau truc dont tout le monde parle.

Ce nouveau traitement

qui vous sort de prison en un rien de temps,

et vous préserve d'y jamais retourner.

Où avez-vous appris cela ?

Qui a parlé de ces choses ?

Ces bruits-là circulent.

Deux gardiens causent.

On ne peut pas s'empêcher d'entendre ce qu'ils disent.

Puis, à l'atelier, on ramasse un morceau de journal

qui donne tous les détails.

Si vous me proposiez pour ce nouveau traitement ?

Je présume que vous faites allusion...

au traitement Ludovico ?

J'ignore comment on l'appelle.

Ce que je sais, c'est qu'il vous fait sortir en vitesse, sans retour.

Ce n'est pas prouvé, 655321.

En fait, on en est actuellement au stade expérimental.

Mais on l'applique, n'est-ce pas, mon père ?

Pas dans cette prison, jusqu'ici.

Le directeur est très sceptique,

et il paraît que cela implique de graves dangers.

Peu m'importent les dangers, mon père.

Je veux être honnête.

Je veux, tout le restant de ma vie,

être une bonne action.

Le tout est de savoir,

si, oui ou non, cette technique rend vraiment un homme vertueux.

La vertu vient de l'intérieur.

La vertu

est un choix.

Quand un homme ne peut plus choisir,

il cesse d'être un homme.

Je ne comprends rien aux pourquoi et aux comment, mon père.

Je sais seulement que je veux être bon.

Soyez patient, mon fils.

Faites confiance au Seigneur.

"Instruis ton fils, et il te réconfortera

et réjouira ton âme."

Amen.

Tous présents, monsieur !

Bien !

Tous présents, monsieur !

Prisonniers, arrêtez-vous !

À présent, faites attention.

Je vous veux sur deux rangs

alignés devant ce mur et nous faisant face.

Allons, remuez-vous !

Dépêchez-vous !

Cessez de parler !

Les détenus sont prêts pour l'inspection !

Combien par cellule ?

Quatre dans ce bâtiment, monsieur.

Entassez des criminels, ça donne

un concentré de criminalité au coeur du châtiment.

J'en conviens, il nous faut plus d'espace, plus d'argent.

Aucune chance.

Le gouvernement ne peut plus s'intéresser

à des systèmes pénitentiaires périmés.

Bientôt, il nous faudra de la place pour les factieux.

Appliquons aux "droits communs" un traitement curatif.

Tuons le réflexe criminel, voilà tout.

Cela sera mis en oeuvre en un an.

Le châtiment ne compte pas pour eux.

Ils y prennent plaisir.

C'est vrai, monsieur !

Boucle ton foutu clapet !

Qui a dit ça ?

Moi, monsieur.

Quel est votre délit ?

Homicide involontaire, monsieur.

Il a brutalement assassiné une femme, pour la dévaliser.

Quatorze ans, monsieur !

Excellent.

Il est entreprenant,

agressif,

expansif,

jeune,

audacieux,

dépravé.

Il fera l'affaire.

Très bien.

Mais voyons tout de même le bâtiment C.

Non, ça suffit. Il est parfait.

Qu'on m'envoie son dossier.

Nous allons rendre ce jeune voyou

méconnaissable.

Merci de me donner cette chance.

Tâchez d'en tirer le meilleur parti.

Allons à mon cabinet.

Entrez.

- 655321, monsieur le directeur. - Très bien.

Avancez vers la bande blanche, orteils en deçà.

Nom, prénom et matricule.

Alexandre de Large, monsieur. 655321, monsieur.

Vous ignorez, je suppose, qui était là ce matin.

Rien moins que le ministre de l'Intérieur.

Le nouveau ministre.

Et comme on dit, il fait balai neuf.

Ces absurdes idées nouvelles ont enfin pris corps,

et les ordres sont les ordres.

Je vous avoue, entre nous, que je ne les approuve pas.

OEil pour oeil, voilà ce que je dis.

Si quelqu'un vous frappe, vous le lui rendez.

Pourquoi l'État, que vous mettez à rude épreuve, brutes,

ne vous rendrait-il pas la pareille ?

Mais la thèse nouvelle est de dire "non",

et consiste à transformer le mauvais en bon.

Tout cela me paraît extrêmement injuste.

- Monsieur... - Ferme ta sale gueule, fumier !

Vous allez être amendé.

Demain, vous irez chez ce Brodsky.

Vous allez nous quitter.

Vous serez transféré à l'institut médical Ludovico.

Vous pourrez être remis en liberté dans environ 15 jours.

Cette perspective vous plaît ?

Répondez à monsieur le directeur !

Oui, monsieur. Merci beaucoup.

J'ai fait de mon mieux ici.

Je suis reconnaissant à tous.

Signez ici, où c'est indiqué.

Ne le lisez pas. Signez-le !

En échange d'une commutation de peine, vous acceptez

d'être soumis au traitement Ludovico.

Et ceci.

Et un autre exemplaire.

Le lendemain, on m'emmena

à l'institut médical Ludovico

loin du centre de la ville.

J'étais un peu triste

de dire adieu à la Centrouze.

Comme toujours, lorsqu'on s'est habitué à un endroit.

Halte !

Je suis le gardien-chef Barnes.

J'opère le transfert de 655321

de Parkmoor au centre Ludovico, monsieur.

Bonjour. Oui, vous étiez attendus.

Je suis le docteur Alcott.

Le Dr Alcott. Très bien, monsieur.

- Acceptez-vous le détenu ? - Oui, bien sûr.

Ça ne vous ennuie pas de signer les actes de transfert ?

Ici, monsieur.

Et ici, monsieur.

Et là.

Voilà.

Faites venir le prisonnier !

Excusez-moi, monsieur.

Est-ce ce gardien qui va se charger du détenu ?

Si je peux me permettre un conseil, tenez-le à l'oeil.

Brute abjecte il a été, et sera de nouveau.

Malgré sa lèche à l'aumônier et sa lecture de la Bible.

Nous en viendrons à bout. Conduisez-le à sa chambre.

Oui, monsieur. Par ici, s'il vous plaît.

- Bonjour, Charlie. - Bonjour, docteur.

Bonjour, Alex. Je suis le Dr Branom, assistante du Dr Brodsky.

Bonjour. Beau temps, non ?

En effet.

Puis-je enlever ça ?

- En forme, ce matin ? - En pleine forme.

Bien.

Le Dr Brodsky va commencer le traitement.

Vous avez de la veine d'avoir été choisi.

Je m'en rends compte et j'en suis reconnaissant à tous.

Donc, nous allons être amis ?

Je l'espère, madame.

La seringue, c'est pour m'endormir ?

Non, pas du tout.

- C'est des vitamines ? - À peu près.

Vous êtes sous-alimenté. Après chaque repas, une piqûre.

Tenez-vous sur le côté droit.

Baissez votre pantalon de pyjama.

En quoi, au juste, consiste ce traitement ?

C'est très simple.

Nous allons vous montrer quelques films.

Comme lorsqu'on va au cinéma ?

Quelque chose comme ça.

C'est bien.

J'aime louquer des films de temps à autre.

Pour louquer des films, j'en ai louqués.

L'endroit où on m'a conduit

ne ressemblait en rien à un cinoche.

Ligoté dans une camisole de force,

j'avais le gulliver immobilisé contre un appuie-tête.

On m'a bloqué les yeux

pour que je ne puisse pas les fermer, même en m'y évertuant.

Ça me paraissait un peu dingue,

mais je les ai laissé faire.

Si je devais être un malchick libre 15 jours plus tard,

j'allais endurer pas mal de choses dans l'intervalle.

Pendant un moment, le premier film fut du bon cinoche,

style Hollywood.

Le son était vraiment horrorcho.

Les hurlements étaient d'un réalisme.

On slouchait même la respiration haletante

des malchicks se tolchockant.

Et qu'est-ce que vous croyez ?

Bientôt, notre cher vieil ami,

le rouge, rouge vino,

le même partout

produit par la même firme

se mit à couler.

C'était magnifique.

C'est drôle, les couleurs du monde réel

ne paraissent réelles

que louquées sur un écran.

Tout en regardant cela,

j'ai commencé à sentir

que je ne me sentais pas tellement bien.

J'ai attribué ça aux petits plats et aux vitamines.

M'efforçant d'oublier ça, je n'eus d'yeux que pour le film suivant,

où, d'entrée de jeu, une jeune devotchka

subissait un coup de va-et-vient...

d'abord avec un malchick...

puis un autre...

et un autre.

Quand on en fut au sixième ou septième malchick,

qui, l'oeil paillard et smeckant, entra en action,

j'ai commencé à avoir vraiment la nausée.

Mais je ne pouvais fermer les glaz.

Même en essayant de détourner mon regard,

je ne pouvais échapper

à la ligne de tir de ce film.

Laissez-moi me lever.

J'ai envie de vomir.

Donnez-moi quelque chose dans quoi vomir !

Très vite, à présent, le sérum va provoquer

chez le sujet de la paralysie

ainsi qu'un vif sentiment de terreur et d'impuissance.

Un de nos premiers cobayes le disait semblable à la mort,

une sensation d'étouffement ou de noyade.

C'est au cours de cette période

que le sujet fera ses plus fécondes associations

entre sa catastrophique expérience

et la violence dont il est témoin.

Le Dr Brodsky est content de vous.

Votre réaction a été très positive.

Demain, il y aura deux séances, le matin et l'après-midi.

Il faut que je louque deux séances en un jour ?

Vous serez un peu las le soir,

mais nous devons nous acharner sur vous. Il faut qu'on vous guérisse.

C'était horrible.

Bien sûr, c'était horrible.

La violence est une chose horrible.

Vous l'apprenez en ce moment.

Votre corps l'apprend.

Je ne comprends pas pourquoi j'ai la nausée.

Je n'avais pas la nausée avant, plutôt le contraire

quand je faisais ou regardais les autres.

Vous avez eu ce malaise parce que vous allez mieux.

Quand on est sain, on réagit devant l'odieux

par la peur et la nausée.

Vous devenez sain, voilà tout.

Demain, à cette heure-ci, vous le serez plus encore.

Vint le lendemain, mes frères,

et j'avais vraiment fait de mon mieux

pour jouer le jeu

et me montrer un horrorcho malchick coopératif

sur le siège de torture

pendant la projection d'ignobles scènes d'ultraviolence.

Mais sur la bande sonore, il n'y avait que de la musique.

Puis, quoiqu'en piteux état, j'ai remarqué

quelle musique c'était qui retentissait.

C'était de Ludwig van.

La Neuvième Symphonie. Le quatrième mouvement.

Arrêtez ça ! De grâce ! Je vous en prie !

C'est un crime !

C'est un crime !

Un crime ?

Qu'est-ce qui est un crime ?

Ça !

Utiliser Ludwig van de cette façon. Il n'a fait de mal à personne.

Beethoven n'a fait que composer.

Faites-vous allusion à la musique de fond ?

Déjà entendu du Beethoven ?

Ainsi, vous aimez la musique ?

On n'y peut rien.

Là réside peut-être l'élément expiatoire.

Le directeur devrait être content.

Désolé, Alex.

C'est pour votre bien.

Il faut nous supporter quelque temps.

Mais ce n'est pas juste. Pas juste que j'aie la nausée en entendant

le divin Ludwig van.

Il faut assumer ce risque.

C'est vous qui avez choisi.

Ce n'est pas la peine de continuer.

Vous m'avez prouvé qu'user d'ultraviolence et tuer,

c'est mal, très, très mal !

Ça m'a servi de leçon, monsieur.

Je vois ce que jamais encore je n'avais vu.

Je suis guéri, Dieu soit loué !

Vous n'êtes pas encore guéri.

Mais, monsieur !

Madame !

Je vois que c'est mal !

C'est mal, parce que c'est contraire à la société,

que chacun a droit à la vie et au bonheur

sans être tolchocké et poignardé.

Non, mon garçon. Il faut vous en remettre à nous.

Mais réjouissez-vous.

Dans moins d'une quinzaine, vous serez un homme libre.

Mesdames et messieurs,

à présent, voici le sujet en personne.

Il est, vous le voyez, dispos et bien nourri.

Il a bien dormi et a pris un bon petit déjeuner.

Il n'est ni drogué ni sous hypnose.

Demain, nous le renvoyons avec confiance dans le monde,

devenu aussi vertueux qu'un enfant de Marie.

Quelle différence, mesdames et messieurs,

avec la pauvre gouape frappée par l'État

il y a deux ans d'une sanction stérile.

Inchangé après deux ans.

Inchangé, dis-je ?

Pas tout à fait.

La prison lui a appris le sourire faux, la main usée de l'hypocrisie.

L'oeillade flagorneuse, pateline, obséquieuse

et bien d'autres vices encore,

tout en l'affermissant dans ceux qu'il avait déjà.

Notre parti a promis de rétablir l'ordre

et d'assurer aux citoyens paisibles la sécurité dans les rues.

Cette promesse est sur le point de devenir réalité.

Mesdames et messieurs, ce moment est historique.

Le problème de la violence sera bientôt une chose du passé.

Mais assez parlé.

Les actes sont plus éloquents.

Aux actes, à présent.

Observez tous.

Nous nous sommes mouillés à fond.

Brodsky a mon entière confiance.

Si les sondages sont exacts, nous n'avons rien à perdre.

Salut, tas de fumier.

Tu ne te laves pas souvent, à en juger par cette odeur infecte.

Que dis-tu là ? J'ai pris une douche ce matin.

Il a pris une douche ce matin.

Me traiterais-tu de menteur ?

Alors, tu dois me croire complètement idiot.

Pourquoi as-tu fait ça ?

Je ne t'ai jamais fait de tort.

Tu veux savoir pourquoi j'ai fait ça ?

Eh bien, vois-tu,

je fais ceci,

et ça,

et ça parce que j'aime pas ta sale gueule.

Et si tu cherches la bagarre,

eh bien, te gêne pas. Vas-y ! Je t'en prie !

- Allez ! - Je sens que je vais vomir.

Tu sens que tu vas vomir ?

Je vais vomir. Laisse-moi me lever.

Tu veux te lever ?

Alors, écoute-moi.

Si tu veux te lever,

tu dois faire quelque chose pour moi.

Là.

Là.

Tu vois ça ?

Tu vois ce soulier ?

Je veux que tu le lèches.

Vas-y !

Lèche-le.

Et, ô mes frères, le croirez-vous,

votre fidèle ami et narrateur martyr

a sorti une rouge yahzik de 2 km

pour lécher les grahzny et vonny souliers.

Encore !

L'horrible nausée s'abattit sur moi

et transforma la joie de la bagarre

en la sensation que j'allais crever.

Et encore.

Bien propre.

Merci beaucoup.

Ça suffit amplement.

Merci, mesdames et messieurs.

Elle s'avançait vers moi

nimbée de lumière. On eût dit le halo de la grâce céleste.

Une idée fulgurante me traversa le gulliver.

L'étendre là, par terre,

et m'offrir une partie de va-et-vient sauvage.

Mais, raide comme une balle, vint la nausée,

tel un flic guettant au coin de la rue

qui s'amenait pour procéder à l'arrestation.

Ça suffit.

Merci beaucoup.

Merci, ma chère.

Vous ne vous sentez pas mal ?

Non, monsieur. Je me sens en forme.

- Bien. - Ç'a été ?

J'ai bien réagi ?

À merveille, mon garçon.

Voyez-vous,

notre sujet est poussé vers le bien

en étant paradoxalement attiré par le mal.

L'intention d'user de violence

s'accompagne d'une sensation d'angoisse physique.

Pour combattre, le sujet doit virer

vers une attitude diamétralement opposée.

Des questions ?

Le choix !

Le garçon n'a pas de véritable choix.

L'intérêt personnel,

la crainte de la douleur physique

l'ont conduit à ce numéro grotesque d'auto-humiliation.

Son insincérité se devait d'être visible.

Il cesse d'être un délinquant.

Il cesse aussi d'être une créature capable d'un choix moral.

Mon père, subtilités que cela.

Les problèmes d'éthique ne nous concernent pas.

Notre souci, c'est la régression de la criminalité.

Et l'allégement de l'effroyable encombrement de nos prisons.

Il sera notre véritable chrétien

prêt à tendre l'autre joue,

prêt à être crucifié plutôt qu'à crucifier.

Révulsé à la pensée même de tuer une mouche.

Régénération !

Joie devant les anges de Dieu.

L'essentiel est que ça agisse !

Et le lendemain, votre ami et humble narrateur

était un homme libre.

ALEX, ASSASSIN DE LA FEMME AUX CHATS, RELAXÉ

LE "REMÈDE AU CRIME" RENFORCERA LA POLITIQUE DU MAINTIEN DE L'ORDRE

Meurtrier libéré : "La science a le remède"

Fils !

Salut, Pé et Em.

Maman.

Comment vas-tu ? Content de te voir.

- Papa. - Quelle surprise.

- Bien content. - On est en forme ?

Comment vas-tu ?

Bien.

On se garde à carreau.

Je suis de retour !

C'est bon de te revoir.

Pourquoi t'as pas prévenu ?

Désolé. Ce devait être une surprise pour toi et pour Pé.

Pour une surprise, c'en est une renversante.

On vient de lire ça dans les journaux.

Tu aurais dû nous en aviser.

C'est pas qu'on soit pas contents de te revoir

et complètement guéri.

Exact, papa. Ils ont fait un travail du tonnerre sur moi.

Je suis complètement régénéré.

Toujours au même endroit.

Il y a un inconnu assis sur le canapé

qui munche wunche des lomticks de pain grillé.

C'est Joe.

Il habite ici, à présent.

Un pensionnaire.

Voilà ce qu'il est.

Il loue ta chambre.

Comment va, Joe ?

La chambre est confortable ?

Pas de réclamations ?

J'ai entendu parler de vous.

Je sais ce que vous avez fait.

Brisant le coeur de vos pauvres parents éplorés.

Vous voilà de retour donc.

Pour faire de la vie de vos charmants parents un enfer ?

Faudra passer sur mon cadavre mort.

Car, pour eux, je suis plus un fils

qu'un pensionnaire.

Ne vous battez pas ici, mes enfants.

Mettez la main devant la bouche !

C'est dégueulasse.

Ça va, petit ?

Chut, papa. C'est le traitement.

Y a de quoi vous dégoûter de manger.

Laisse-le tranquille, Joe. C'est le traitement.

Tu crois qu'on devrait faire quelque chose ?

Tu veux que je te fasse une bonne tasse de thé ?

Qu'avez-vous fait de toutes mes affaires ?

Eh bien...

tout a été...

emporté, mon fils.

Par la police.

Un nouveau règlement.

À titre de dédommagement aux victimes.

Qu'est devenu Basil ?

Où est mon serpent ?

Il a eu...

un accident.

Il est décédé.

Qu'est-ce que je vais devenir ?

Je veux dire...

c'est ma chambre qu'il occupe,

y a pas à tortiller.

C'est mon foyer, aussi.

Quelles suggestions, mes Pé et Em, avez-vous à faire ?

Eh bien, tout ceci demande réflexion.

On peut tout de même pas flanquer Joe dehors.

Pas comme ça.

Joe est ici pour faire un travail.

Un contrat que c'est, deux ans.

Et on a pris un arrangement. N'est-ce pas, Joe ?

Vois-tu, fils,

Joe a déjà payé le loyer du mois prochain.

Donc, quoi qu'on décide à l'avenir, on peut pas dire à Joe

de s'en aller, pas vrai ?

Il s'agit de bien plus que ça.

Je dois me soucier de vous deux.

Vous avez été un père et une mère pour moi.

Je serais moche de partir en vous laissant tous deux

à la merci de ce jeune monstre

qui n'a jamais été un vrai fils.

Regardez, le voilà qui pleure.

Mais c'est tout de l'astuce et du chiqué.

Qu'il se trouve une chambre ailleurs.

Qu'il se rende compte de ses erreurs, et qu'un mauvais garçon

tel que lui ne mérite pas d'aussi bons parents.

Très bien.

À présent, je sais à quoi m'en tenir.

J'ai souffert et souffert,

et souffert...

et tout le monde veut que je continue à souffrir.

Vous avez fait souffrir les autres.

Ce n'est que justice que vous souffriez au maximum.

Le soir, ici, on m'a raconté

tout ce que vous avez fait,

et c'était rudement abominable à entendre.

Ça m'a rendu malade, la plupart de ces histoires.

Votre mère est dans un état !

Calme-toi.

Bien !

Je m'en vais, à présent.

Jamais plus vous ne me louquerez.

Je ferai mon chemin tout seul.

Merci beaucoup. Et que ça pèse lourd sur vos consciences.

Ne le prends pas comme ça.

T'aurais pas un peu de flouze, frangin ?

T'aurais pas un peu de flouze, frangin ?

Merci, t'es un frère.

Mille tonnerres !

Que le diable me patafiole !

Sainte Mère de Dieu et tous les saints d'lrlande !

Je n'oublie jamais une physionomie !

Aucune !

Laisse-moi tranquille. Je ne t'ai jamais vu.

C'est cette petite fiente qui a failli me buter.

Lui et ses amis

m'ont roué de coups de poing et de coups de pied.

Arrêtez-le !

Ils rigolaient de me voir saigner. Ce goret assassin !

Un raz-de-marée de vieux, crasseux et nauséabonds

se jeta sur votre narrateur

toutes roukers et griffes dehors.

C'était la vieillesse attaquant la jeunesse.

Et je n'osais pas riposter, ô mes frères.

Mieux valait être ainsi malmené

que ressentir cette horrible nausée.

Allons, cessez de troubler la paix de l'État, méchants garnements !

En arrière ! Allez-vous-en !

Un ennui, monsieur ?

Tiens !

Dirait-on pas le petit Alex ?

Une paye qu'on s'est pas louqués, droug.

Ça boume ?

C'est impossible.

C'est pas croyable !

Le témoignage des glaz !

Aucun tour de passe-passe.

Rien de magique, petit Alex.

Un boulot pour ceux qui sont en âge de boulonner.

La police.

Viens, Alex.

Viens mener-mener.

Allons, mes petits drougs.

Je pige rien à tout ça.

Le passé est mort.

Pour ce que j'ai fait autrefois, j'ai été puni.

On m'a guéri.

On nous a dit ça.

L'inspecteur nous a dit tout ça.

Il a dit que c'était une bonne méthode.

Alors que signifie ceci ?

C'est eux qui m'ont sauté dessus.

Vous êtes pas de leur côté, et pouvez pas l'être.

Tu ne peux pas, Dim.

Ce type qu'on a un peu maravé autrefois

voulait se venger, après tout ce temps. Rappelle-toi, Dim.

Je me rappelle pas horrorcho ce temps-là.

Et faut plus m'appeler Dim.

M. L'agent, faut m'appeler.

Assez de souvenirs, petit Alex.

On va s'assurer que tu restes guéri.

Ça suffit, drougy.

Continue, il se débat encore.

Guéri, c'est ça ?

À la revoyure, drougy.

Où aller, moi qui n'avais ni gîte ni argent ?

Je m'apitoyai sur moi-même.

Un foyer, un chez-moi, un home.

C'était un home que je voulais.

Et c'est à un home que j'aboutis

ne me rendant pas compte, vu mon état,

du lieu où j'étais et étais déjà venu auparavant.

Qui diable ça peut-il être ?

Je vais aller voir.

Oui, qu'est-ce que c'est ?

De grâce...

Frank, ce jeune homme a besoin d'aide.

Mon Dieu !

Que vous est-il arrivé, mon garçon ?

Et le croirez-vous, ô mes frères et seuls amis ?

Voilà votre fidèle narrateur

porté sans défense, comme un poupon,

et pigeant soudain où il était

et pourquoi "Home" lui avait paru familier.

Mais je ne risquais rien.

Il ne se souviendrait pas de moi,

car en ces jours sans souci,

mes prétendus drougs et moi

portions des masques qui nous camouflaient.

Des policiers.

D'abominables policiers...

m'ont passé à tabac, monsieur.

Ils m'ont roué de coups.

Je vous reconnais !

C'est votre photo dans le journal ?

C'était vous à la télé ce matin ?

La victime de cette horrible technique nouvelle ?

Oui.

C'est exactement qui je suis et ce que je suis. Une victime.

Alors, c'est la Providence qui vous envoie !

Torturé en prison, puis torturé par la police.

J'ai pitié de vous. Vous n'êtes pas le premier à échouer ici.

La police dépose ses victimes dans le coin.

Il est providentiel que vous,

victime d'un autre genre, soyez tombé chez moi.

Mais vous avez froid et grelottez.

Julian,

faites couler un bain pour ce jeune homme.

Certainement, Frank.

Merci beaucoup, monsieur.

Dieu vous bénisse.

Il peut être l'arme la plus efficace

pour battre le gouvernement aux élections.

Le gouvernement tire gloire

de la manière dont il vient à bout du crime.

Enrôlant de jeunes voyous dans la police,

usant de méthodes débilitantes.

Nous avons déjà vu cela dans d'autres pays.

C'est le premier pas.

En moins de rien, nous aurons tout l'appareil du totalitarisme.

Ce garçon est un témoignage vivant de ces desseins diaboliques.

Les gens du peuple doivent être informés, doivent le voir.

Il faut défendre les traditions de liberté. Tout est là.

Les gens du peuple renonceront à la liberté

pour avoir la paix.

C'est pourquoi il faut les guider,

les contraindre.

Parfait.

Merci beaucoup, monsieur.

Il sera ici.

Bonsoir, monsieur.

Bonsoir.

C'est gentil de m'avoir fait préparer ça.

J'ai vu personne en sortant du bain. Alors, j'ai commencé.

Je peux ?

Bien sûr.

C'est à votre goût ?

Très bon, monsieur.

Goûtez au vin.

À votre santé.

À la vôtre.

- Vous ne buvez pas ? - Non.

Ma santé ne me le permet pas.

Non, merci.

"1960, Château.

St Estèphe.

Médoc."

Très bon cru, monsieur.

Très jolie

couleur.

Quel arôme !

Très agréable ce vin, monsieur.

Je bois en son honneur.

Très ravigotant, monsieur.

Content de vous voir apprécier ce bon vin.

Prenez-en un autre verre.

Ma femme...

s'occupait de tout ici, ce qui me permettait d'écrire.

Elle est absente ?

Non, elle est morte.

Navré de l'apprendre.

Elle a été sauvagement violée.

Nous avons été attaqués par une bande de voyous

ici même, où vous êtes.

Moi, ça m'a laissé infirme, mais pour elle, c'en fut trop.

Pneumonie, a-t-on dit,

car c'est arrivé pendant une épidémie de grippe.

Pneumonie, selon les médecins. Moi, je savais à quoi m'en tenir.

Victime des temps modernes. Pauvre petite.

Et maintenant vous.

Autre victime des temps modernes.

On peut vous aider.

J'ai appelé des amis, quand vous preniez votre bain.

Des amis, monsieur ?

Ils veulent vous venir en aide.

- Me venir en aide ? - Vous venir en aide.

- Qui sont-ils ? - Des gens très, très importants.

Qui s'intéressent à vous.

Ce sont sans doute ces gens.

Je vous ai assez dérangé. Je vais partir.

Aucun dérangement.

Laissez-moi remplir votre verre.

C'est donc le jeune homme ?

Enchanté.

Madame. Très heureux.

Pardon de venir aussi tard.

Vous avez des ennuis, nous a dit Frank.

Pouvons-nous vous aider ?

C'est très aimable à vous, monsieur.

Vous avez eu, paraît-il, une assez

regrettable

mésaventure

avec la police, ce soir.

Oui, on peut appeler ça ainsi.

Vous vous sentez mieux ?

Beaucoup mieux.

En état de répondre à nos questions ?

Parfaitement.

Nous avons entendu parler de vous.

Nous nous intéressons à votre cas.

- Nous voulons vous aider. - Merci.

Pouvons-nous en discuter à présent ?

Parfaitement.

Les journaux rapportent

qu'outre vous avoir conditionné pour haïr l'acte sexuel et la violence,

on vous a, par mégarde, inspiré le dégoût de la musique.

Je crois que ça, ils ne l'avaient pas prémédité.

Voyez-vous, madame,

j'aime beaucoup la musique, surtout Beethoven.

Ludwig van Beethoven.

- B-E... - Oui, inutile, merci.

Il se trouve justement que pendant qu'on me montrait

un mauvais film sur un camp de concentration,

la musique de fond était de Beethoven.

Si bien que vous réagissez à la musique

comme au sexe et à la violence ?

Non, madame, pas à toute la musique. Seulement à la Neuvième.

La Neuvième Symphonie de Beethoven ?

Exactement. Je ne peux plus du tout écouter la Neuvième.

Quand je l'entends, ça me fait...

un effet bizarre.

Je n'ai qu'une idée, essayer de casser ma pipe.

- Pardon ? - Casser ma pipe, mourir je veux dire.

Je ne désire que mourir en paix,

sans souffrance.

Vous éprouvez ça en ce moment ?

Non, monsieur, pas exactement.

Je me sens pourtant

très malheureux,

très abattu.

Vous avez encore envie

de vous suicider ?

Disons plutôt...

que je me sens à plat.

L'avenir ne présente guère d'intérêt.

Et à chaque instant, je sens qu'il va m'arriver une chose terrible.

Bien joué, Frank.

Allez chercher la voiture.

Je me suis réveillé.

La nausée s'est emparée de moi comme une bête.

Puis, j'ai compris d'où ça venait.

La musique montant du sol,

c'était notre vieil ami, Ludwig van,

et la redoutée Neuvième Symphonie.

Laissez-moi sortir !

Ouvrez la porte !

Ouvrez la porte !

Arrêtez ça !

Assez !

Arrêtez ça !

De grâce !

Arrêtez ça !

Soudain, j'ai su quoi faire,

ce que j'avais eu envie de faire.

C'est-à-dire me foutre en l'air.

Casser ma pipe.

Sauter avec fracas hors de ce monde cruel, à jamais.

Un moment pénible, peut-être,

mais ensuite, le sommeil.

Le sommeil

pour toute l'éternité.

J'ai sauté, ô mes frères,

et la chute fut brutale.

Mais je n'ai pas cassé ma pipe.

Si je l'avais cassée,

je serais pas là pour raconter ce que raconté j'ai.

Je suis revenu à la vie, après un long et noir, noir entracte

qui aurait pu durer un million d'années.

Il a repris connaissance, docteur.

Le gouvernement accusé de méthodes inhumaines

MINISTRE ACCUSÉ DE TRAITEMENT INHUMAIN

"GOUVERNEMENT ASSASSIN" déclarent les médecins d'Alex

TEMPÊTE AU SUJET DU JEUNE CRIMINEL

La tentative de suicide d'Alex imputée aux cerveaux

Salut, petit.

Bonjour, mon fils.

Comment vas-tu ?

Tu te sens mieux ?

Que...

se passe-t-il...

ô mes Pé et Em ?

Qu'est-ce qui...

vous fait penser

que vous êtes les bienvenus ?

Ce n'est rien, maman.

Il ne pense pas ce qu'il dit.

T'étais encore dans les journaux.

Ils disent

qu'on t'a fait énormément de mal.

Et que

le gouvernement

t'a poussé à tenter

de te suicider.

Et à la réflexion, fils...

peut-être est-ce aussi notre faute,

dans un sens.

Ton chez-toi, c'est ton chez-toi,

tout compte fait.

- Bonjour. - Bonjour, madame.

- Comment vous sentez-vous ? - Bien.

Vous permettez ?

- Dr Taylor. - Connais pas.

Votre psychiatre.

J'en ai besoin ?

Formalité d'hôpital.

On parle de quoi ? Ma vie sexuelle ?

Non. Je vais vous montrer quelques diapos,

vous me direz ce que vous en pensez. D'accord ?

Chouette.

C'est votre rayon, les rêves ?

Un peu, oui.

- Vous les comprenez ? - Peut-être.

Des sujets d'inquiétude ?

Non, pas vraiment d'inquiétude,

mais je ne cesse de faire un rêve affreux.

Vraiment affreux.

C'est comme...

Quand j'étais en pièces détachées,

comateux et inconscient,

je ne cessais de rêver

que les docteurs fouillaient mon gulliver.

L'intérieur de mon cerveau.

Ce rêve se répète sans cesse.

Ça veut dire quelque chose ?

Les blessés tels que vous font souvent ce genre de rêves

au cours de la guérison.

Chaque diapo réclame une réplique

d'une des personnes y figurant.

Dites-moi ce que selon vous la personne répondrait.

D'accord ?

D'accord.

"Le plumage n'est-il pas beau ?"

Je dis ce que l'autre dirait ?

Dites la première chose qui vous vient à l'esprit.

Des choux, des culottes.

Il n'a pas de bec.

Bien.

"Le garçon avec qui vous vous bagarriez est très malade."

J'ai l'esprit vide.

Je te foutrai mon poing sur la gueule, connard !

Bien.

"Que voulez-vous ?"

Pas jouer au va-et-vient. Seulement relever le compteur.

Bien.

"Vous m'avez vendu une montre pourrie. Remboursez."

Votre montre, vous pouvez vous la foutre au cul !

"Ça, faites-en ce que vous voudrez."

Des cocos.

Je voudrais

les réduire en miettes...

ramasser le tout

et les lancer...

Bordel de merde !

Voilà, c'était tout.

Vous vous sentez bien ?

Je l'espère.

Alors, c'est fini ? Ça m'amusait bien.

Je m'en réjouis.

Combien de bonnes réponses ?

Ce n'est pas ça qui compte.

Mais vous me semblez en voie de guérison totale.

Quand est-ce que je sors ?

Ça ne tardera guère.

Aussi, j'ai patienté.

Et, ô mes frères,

j'allais de mieux en mieux

en mangeant des cocos et des lomtiks de toast

et de bons steajaveaks.

Et puis, un jour,

on m'a dit que j'allais avoir une visite pas ordinaire.

Attendez dehors, un instant.

En ayant changé le rendez-vous,

je dérange votre malade en plein repas.

Ça ne fait rien, monsieur le ministre.

- Bonsoir, mon garçon. - Salut, mes petits drougs.

Comment va-t-on aujourd'hui ?

À merveille, monsieur.

Encore besoin de moi ?

Je ne pense pas, Sir Leslie.

Alors, je vous laisse. Infirmière.

Vous avez toute une salle pour vous seul.

Oui, monsieur.

Et je m'y sens très seul d'ailleurs

quand la douleur me réveille la nuit.

Oui. Ça fait plaisir de vous voir vous remettre.

Je suis resté en contact avec l'hôpital,

et je viens en personne

pour voir comment vous allez.

J'ai souffert les tortures des damnés, monsieur.

Oui, je me rends compte que vous avez subi une...

Permettez-moi.

Merci, monsieur.

Je puis vous dire que le gouvernement auquel j'appartiens

et moi sommes profondément désolés de tout ceci, mon garçon.

Pour vous venir en aide,

nous avons suivi des avis qui se sont avérés néfastes.

Une enquête situera les responsabilités de chacun.

Considérez-nous comme des amis.

Nous vous remettons en état.

Vous êtes admirablement soigné.

Nous ne vous voulions pas de mal.

Ce n'était pas le cas de certaines gens.

Vous savez, je pense, à qui je fais allusion.

Ils voulaient se servir de vous à des fins politiques.

Votre mort les eût comblés de joie.

On l'eût imputée au gouvernement.

Il y a aussi un certain

écrivain, auteur d'écrits subversifs,

qui voulait votre peau.

Il mourait d'envie de vous poignarder.

Mais vous êtes à l'abri de ses coups.

Nous l'avons mis à l'ombre.

Il a découvert que vous lui aviez fait du mal.

Du moins, c'est ce qu'il croyait.

Il s'était mis cette idée en tête que vous étiez responsable

de la mort d'un être qui lui était cher.

Il était dangereux.

On l'a coffré pour sa propre sauvegarde,

et la vôtre.

Où est-il, à présent ?

Dans un lieu où il ne peut vous faire de mal.

Nous prenons soin de vos intérêts.

Nous nous intéressons à vous.

En partant d'ici, n'ayez aucun souci.

On vous trouvera un emploi bien rétribué.

Quel emploi et combien ?

On vous doit un poste intéressant, à un salaire rémunérateur.

Non seulement pour le travail

et en compensation de ce que vous estimez avoir enduré,

mais aussi parce que vous nous rendez service.

Je vous rends service ?

On rend toujours service à ses amis, n'est-ce pas ?

Ce gouvernement, on le sait,

a perdu beaucoup de sa popularité, à cause de vous.

On dit que nous perdrons les prochaines élections.

La presse voit d'un oeil défavorable

ce que nous avons tenté de faire.

Mais l'opinion publique est changeante,

et vous, Alex,

si je puis vous appeler Alex.

Certes. Comment vous appelle-t-on à la maison ?

Frederick.

Je disais donc, Alex,

que votre présence peut être décisive pour changer le verdict du public.

Vous comprenez ?

Suis-je assez clair ?

Comme un lac limpide, Fred.

Aussi clair qu'un ciel d'azur au coeur de l'été.

Fiez-vous à moi, Fred.

Bien.

Brave garçon.

Je crois savoir que vous aimez la musique.

Je vous ai réservé une surprise.

Une surprise ?

Une, qui, je l'espère, vous fera plaisir

en guise...

Comment dire ?

Comme symbole de notre nouvelle entente.

Une entente entre deux amis.

Pas d'erreur, j'étais guéri.

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