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...
Rumeurs de la ville
...
Conversations entremêlées
...
Musique jazz
...
...
-Bien sûr, Pa, je suis content.
Je suis fou de joie, même.
*-Est-ce que tu as compris que les bêtises sont finies ?
-Cette licence va changer ma vie.
*-Bien sûr.
-Tu penses ? *-Tu es chez tes amis ?
-Non, non, je suis dans un café avec Bernard.
On vient d'avoir les résultats.
*-Dépêche-toi de rentrer. Ta mère ne va pas tarder.
...
*Allô ? T'es parti ? -Non, non, Pa, je t'écoute.
...
-Je t'adore.
...
-Vous venez ?
-Oui, oui, tout de suite. -On attend Bob ?
-Il ne viendra pas. Depuis 2 mois, il nous évite.
-Vous êtes en froid ? Qu'est-ce qu'il a ?
-Je t'expliquerai. Rejoins-les. Je vais tâcher de le décider.
...
-Mon père n'a pas été surpris. Il a toujours eu confiance.
Il connaît bien la jeunesse.
On passe tous une petite crise, et tout rentre dans l'ordre.
-Il peut pas comprendre.
T'as quand même eu du mérite. -Je m'en fous bien, tu sais.
-Bernard, Bob, vous vous grouillez ?
-Viens, on dîne tous ensemble. Puis après, on fait une virée.
Mais viens, quoi ! On va tous fêter notre réussite.
-La mienne est réussie ? Elle est gratinée.
-Bernard ! -BERNARD ! BERNARD !
-Mais va. Vas-y.
-Bon. Allez, salut.
-Salut. Mais merci quand même !
...
Qu'est-ce que je ferais au milieu de vous tous ?
Désormais, je me sens vieux.
Ça me fait trop de mal de voir des gens qui s'aiment.
Des gens heureux.
Heureux comme j'aurais pu l'être.
Pete Rugolo, "Oscar & Pete's Blues"
...
"Oscar and Pete's Blues".
On l'entend partout, maintenant.
Il y a 4 mois, nous n'étions pas nombreux à la connaître.
On avait un mal fou à l'avoir.
...
Musique jazz
...
Non, nous l'attendons. Nous en recevons très peu.
-Je voudrais écouter ceci. -Tout de suite.
-Vous m'en mettrez un de côté ? -D'accord.
Monsieur Letellier, n'est-ce pas ? Si vous voulez bien me suivre.
...
-Rien entendu qui me plaise.
-Je m'excuse, mais je dois vous demander 150 francs.
-Chacun accroche ce qui lui plaît.
Un Picasso ou un Millet. Ça n'engage que lui.
-C'est un règlement que nos clients acceptent.
-Bah, pas moi. C'est un abus.
Et de petits abus qui s'accumulent,
naissent les révolutions sanglantes.
150 francs. J'ai une tête à les avoir ?
-Si ça peut vous arranger.
-Bah, prenez, Mademoiselle. Prenez.
Nous venons de rencontrer le dernier mécène.
-Ferme ton truc, le 45 tours dépasse.
-T'es pour ou contre ?
-Ni l'un ni l'autre. Je m'en fous.
Chacun est libre.
-Toi, t'as une mentalité qui me plaît.
Je te permets de m'offrir un verre.
...
Circulation
...
Notre QG.
Rien que des copains.
Pas de touristes pour venir voir de près les existentialistes.
-Tu l'es ? -Je l'ai été.
A présent, j'ai dépassé.
Salut.
Salut, ça boume ? -4e partie gratuite.
-Terrifiant, t'es un vrai chef.
Il est venu en France pour sa médecine,
mais il apprend le cinéma.
Tu peux toujours essayer de le coller.
Yasmed. "Alléluia", quelle année ?
-1929.
-Le premier film de Prévert, c'était quoi ?
-Avec son frère. "L'affaire est dans le sac".
-T'as droit à un bon point. Un Calypso, ça te dit ?
-Cher ? -Donné.
-Edition spéciale. Demandez l'édition spéciale.
J'aime pas Belafonte et j'ai pas de tourne-disque.
-Alors pourquoi ?
-Beauté du geste. Acte gratuit.
Ça n'existe pas, en banlieue ? -En banlieue ?
-Ciao.
Bah, oui, dans le 16e, dans les beaux quartiers.
-Edition spéciale. Demandez l'édition spéciale.
-Tire-toi, tu vois que personne n'en veut.
-Edition spéciale. Demandez l'édition spéciale.
-Et pour apprendre quoi ?
Qu'un croulant a fait un discours et qu'un autre croulant lui a répondu.
On s'en fout.
-Quand vous recevrez leur bombe, vous vous en foutrez aussi.
-J'aime mieux avoir la surprise.
-Et comme ça arrivera fatalement,
pas la peine qu'on s'emmerde avant.
-Garçon, 2 scotchs.
Il siffle.
-Un mécène, je l'avais bien dit.
Qu'est-ce qu'il fait, ton père ? -Il a une usine.
-Vous vous entendez ? -Neutralité bienveillante.
Je passe mes examens, il me donne du fric.
-Mais t'as marre de tout.
T'as une surboum tous les samedis.
C'est ça ? -Exact.
-Des grands mots qui ne veulent rien dire.
La bonne vie bien douillette. Les petites études.
Et on croit qu'on a le mal du siècle.
Vous êtes tous comme ça, dans le 16e.
Une amoralité de salaud.
Musique jazz
...
-Merci, Monsieur.
-Tchin quand même.
...
-Et toi ?
-Moi ? Un père complètement con. Commerçant dans la Nièvre.
A coupé les mandats quand j'ai plaqué normale.
-Pourquoi as-tu plaqué ?
-J'en avais marre, ça me fatiguait.
Crois-moi, le travail, ça démoralise.
Puis ça mène à rien qu'à crever de faim.
-De quoi tu vis ? Où t'habites ? -Je vis.
Je dors chez un copain, une copine.
Au quartier, ça pose pas de problème.
-Chapeau. -Merci.
-Et ta mère, elle t'envoie pas un peu de fric, en douce ?
-Elle s'est tirée quand j'avais 6 ans
et je l'ai jamais revue.
Ce serait bien la peine de le faire.
Eh, Peter, tu faisais sous-marin depuis 15 jours ?
-Quoi de neuf, dans l'époque ? -Bah, on vit à 30 à l'heure.
Bob.
T'étais en taule pour contrebande ? -En sports d'hiver. Invité.
-La neige était bonne ? -La neige ? Pas vu.
Y avait une boîte avec un orchestre sensass.
5h du soir, 6h du matin. -Et pas de ski ?
-En journée, j'étais au lit. Pas seul.
Fallait remercier pour l'invitation.
-Peter.
-Je vais recevoir des imperméables italiens.
Ça vous intéresse ? -Tu me les feras voir.
Qui c'est, avec Alain ? -Je sais pas. Il s'appelle Bob.
J'attends aussi des chaussures de Rome.
-Tu en mettras de côté, du 38. -D'ac.
-Tu me prêteras le fric pour les payer ?
-T'as couché avec Alain ?
-Tiens, non, en fait, ça, c'est marrant.
Et toi, oui ? -Il me l'a pas demandé.
Ça ne m'est jamais venu à l'idée. -C'est pourtant ton genre d'idées.
-Il parle trop. Crois-en ma longue expérience.
Un intellectuel, c'est jamais une bonne affaire.
Faut que je le prévienne pour ce soir.
-Avant, Dieu était mort, maintenant il est indifférent.
-Je peux vous interrompre ?
Père et mère s'en vont dans leurs terres.
Rassemblement à partir de 10h chez moi.
Ça colle ? -OK.
-Tu peux venir aussi.
-OK.
-Tu verras, je suis une hôtesse très accueillante.
-Drôle de souris. Qui c'est ?
-Clo.
Dégringole tout droit des croisades.
Appétit sexuel inquiétant.
Fille du comte de Vaudremont, un oncle à l'Académie.
Complètement siphonnée, mais parfaite.
-Je me tire. Un copain m'attend chez moi.
-500 balles, tu peux ? -Sûr.
-Tabac du Trocadéro, 9h.
Etienne !
Le sandwich des jours de liesse.
Musique entraînante
...
Ça rentre ? -Pas lourd.
-Moi non plus.
Autant aller s'en jeter un. -T'as raison.
...
-Au revoir.
-Tu te tires déjà, Muriel ?
-Maman croit que je dîne chez Laure.
-Vous avez bouqué ? -Faut vivre.
-Te fatigue pas, ils ont tout planqué.
...
-Faut que tu prennes une douche. Y a que ça qui te fera du bien.
-Chez qui on est ?
-J'en sais rien. C'est un gars qui m'a amenée.
Y a une salle de bain ? -Y en a 3. On va le conduire.
-J'ai pas besoin de toi.
-Pardon, j'avais pas compris. Par là-haut.
...
-Chez qui on est ?
-Allez, mais viens, ça va se passer.
-Elle a raison, l'affreuse. Y a pas de petits profits.
Ça manque d'ambiance.
-Ouais, ça vole bas.
...
-Vous éclusez tout le scotch ? -Non, y en a plein.
Pour le buffet, Clo, c'est une vraie nana.
-Mais pour les bœufs, elle est pas douée.
-Courage. On va lui montrer.
...
-La seule liberté, c'est de satisfaire ses instincts.
Quant à la société dont tu parles, elle s'est suicidée.
Heureusement, chacun vit en marge.
Tiens, à propos...
faut que je voie où je vais crécher ce soir.
Guy, c'est comme toi, y a ses parents.
Doudoune, elle sera sûrement en mains.
Ah, Daniel.
Et lui, il a son fils de diplomate.
-Et 12 grandes boîtes de lemon juice.
-Et t'iras quand ? -Demain matin.
Ce soir, je rentre à Fontainebleau.
-D'ac. J'aurai le fric demain soir.
...
-Tu es vraiment obligé de rentrer ?
[En anglais] -Pardon, Dany. Mais pour ce soir, c'est mieux.
T'es contre ? -Non, mais je préfère les filles.
-Ah bah moi aussi.
Je n'ai plus de préjugés, c'est tout.
...
Conversations entremêlées
...
-So long.
-Comment, il s'en va ?
Eh, Daniel ?
-Mais c'est... -Et alors ?
...
-Je te parie qu'elle va mettre un blues.
C'est son heure.
...
Musique blues
Qu'est-ce que je disais ? Et dans 5 minutes, elle disparaît.
-Pas de jalousie.
Personne t'oblige à rester chômeuse.
...
-Si ça peut te dépanner, je veux bien.
Mais t'as pas un peu peur ?
-La liberté exige toujours des sacrifices.
-Je n'ai pas l'habitude d'en demander.
Primo, tu n'es pas mon type. Secondo, je suis fidèle.
-Tu vas me forcer à approuver ce hideux sentiment bourgeois.
...
-On danse ? -Ça peut se faire.
...
-Tu danses bien. J'en étais sûre.
T'as envie de continuer ?
-Tu sais bien que non.
...
-De quoi tu as envie ?
...
Dis-le.
...
-De la même chose que toi.
...
-Moi...
j'ai envie de danser.
-Arrête de jouer.
Où est ta chambre ?
...
-Viens.
...
-Tu peux venir chez moi si tu veux.
J'ai la clé de la chambre de bonne.
-J'ai pas fait attention à ton nom, tout à l'heure.
-Marie-Claire.
-Regarde où tu mets tes pieds,
y en a parfois de couchés par terre.
-Je t'ai dit non, ça, je veux pas. -On doit toujours prévenir avant.
-Ce que ça peut m'agacer, les demi-vierges.
C'est là.
...
Excusez-nous.
Je peux rien dire, c'est Mic, ma meilleure amie.
Brouhaha
On ne s'ennuie pas non plus dans la salle de bain.
Viens.
Décidément, ça devient très compliqué de recevoir.
...
Toujours la même cachette.
Musique blues
...
Entre.
-C'est la chambre de tes parents.
-Ça t'intimide ? -Et puis quoi ?
-Ferme la porte.
...
A clé.
T'es grand. T'as des mains formidables.
-Où est-ce que tu...
-Non, ne dis rien.
Si on se parle avant, le choc est moins fort.
Embrasse-moi.
...
-Ça y est. J'ai eu la capote de la 2 chevaux.
-Rentre, Gérard. Tu vas prendre froid.
-Ecrase !
J'ai assez de ma mère pour m'emmerder.
Puis va me chercher à boire. J'ai soif.
...
-On m'a arrêté parce que j'avais les cheveux longs.
Ils me l'ont dit : "Coupe-les, on ne t'arrêtera plus."
-Faut t'inscrire au Parti pour protester, comme moi.
-Tu fais de la politique ? -T'es dingue.
C'est juste pour faire râler mon père.
-C'est de la flotte, pas du whisky. -T'as assez bu, Gérard.
-Les anges gardiens, ça me fait chier.
-Bravo. -Ça va tourner à l'aigre.
-Si j'ai envie de boire, je boirai.
...
-On a tout sifflé, c'est fini.
...
-Ça y est. Ça finit toujours comme ça.
...
Fracas
Musique blues
...
Murmures
...
-On casse.
-Pas ici. -Tu la ramènes ?
-Faut pas saccager, ici.
Y a qu'ici où on vous file autant à boire.
-Et puis après ?
-Tu veux que je te fasse comprendre ?
-Essaie.
-Venez, il faut faire quelque chose !
Vite, il va tomber. Vite !
-Ce qu'il y a surtout, c'est qu'au fond...
j'en ai marre de tout ça.
Du quartier, des surboums.
Je vais avoir 24 ans.
Alors, à tous les points de vue, ça n'a que trop duré.
Seulement...
-Seulement ?
-Seulement, j'en profite quand même encore à bloc.
Chaque jour qui passe est un jour de gagné
sur la vie qui m'attend.
Voilà.
Le quart d'heure de lucidité est terminé.
Je vais rejoindre les autres, tu viens ?
-Tout à l'heure.
-La salle de bain des parents est en face.
-Merci.
Eux, comment ils réagissent ?
-Mes parents ?
Mon père, au début, ça a été assez terrible.
Mais il a mis les pouces.
Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Me fiche dehors ?
Qu'auraient dit les gens ?
Alors, il attend que je me calme.
Il sait bien qu'à cause de ma mère, je ne ferai jamais de scandale.
C'est une femme merveilleuse. Complètement d'une autre époque.
Elle ne voit jamais le mal.
Elle a toujours eu une confiance totale en moi.
Tu portes en général à l'attendrissement
ou c'est moi qui vieillis ?
-Je ne sais pas.
-Quoi qu'il en soit, merci.
Pour l'ensemble.
La porte se referme.
-J'ai voulu le caresser, il a filé. Et il ne peut plus redescendre.
Miaulements
-Il n'ose pas sauter.
...
-Ça se tue pas, quand ça tombe, les chats.
-17e étage. Tu parles !
-Oh, c'est le chat de la cuisinière.
Elle l'adore. -On peut pas le laisser là.
-T'as raison. Va donc le chercher.
Quoi, tu te dégonfles ?
-Chiche ? -Chiche.
-Oh non, Alain, tu peux te tuer. -Faut vivre dangereusement.
...
Musique jazz au loin
...
-Oh, pardon.
-Pas de mal, j'ai fini.
Décidément, tu m'en veux.
C'est toi qui étais avec Clo tout à l'heure.
-Oui.
Ah, c'est toi qui étais dans sa chambre.
-Vous avez pu trouver un coin ? -Oui, ne t'inquiète pas.
-Depuis des mois que je répète à Clo de rechanger de parfum.
Enfin, tant pis, hein. On n'a pas de petits bénéfices.
...
-Clo m'a dit que t'étais sa meilleure amie.
-On se quitte pas.
On aime les mêmes boîtes et les mêmes garçons.
-Ça fait jamais d'histoire ?
-Pourquoi ça en ferait ?
-On se le demande.
...
-Toi, t'es pas débarrassé de tes complexes, hein.
-Tu crois ? -Sûre.
D'où tu sors ? -De banlieue.
-Ça se voit. Et tu t'appelles ?
-Bob. Toi, c'est Mic, je sais. Tu vis avec tes vieux ?
-J'ai une tête à ça ? -Non.
-Mais qui t'a amené ? -Alain.
-Un type du tonnerre. -Au poil.
Bah, dis donc ! -Tu es beaucoup mieux dépeigné.
Bah, tiens, regarde.
T'es même plutôt bien.
Dommage qu'on se soit rencontrés trop tard.
-Je trouve aussi.
-Oh, remarque, on s'est défoulés quand même,
faut pas se plaindre.
Ça ne t'a pas donné faim ? -Si.
-Alors, viens.
...
Miaulements
...
-Il l'a !
...
-Ce travail !
...
...
-Gare au coin ! -Plaque-toi au mur !
...
-Il reste quelque chose à croquer ?
-Il pourra pas passer, comme ça. -Lâche le chat. Ça fait rien.
-Il va tomber.
...
Musique jazz au loin
...
Miaulement
Musique jazz au loin
-Attends, tu veux me passer le chat ?
...
-Ils vont tomber tous les 2.
...
-Drôlement souple. -C'est le genre sportif.
Miaulements
-Sympa. C'est comment ?
-Pas mal du tout.
...
-Allez, vas-y.
Musique jazz au loin
...
-A souvent. -Salut.
-Peter ?
T'es motorisé ? Tu me craches ? -D'ac.
-A demain.
...
-Oh, le pauvre. Comme il a dû avoir peur !
Il faut lui donner du lait.
...
-Alors, je me suis dégonflé ? -Non, t'es quelqu'un.
-Et en plus, j'ai horreur des chats.
-Merci.
-Je t'attends ? -Non, pas la peine. A ce soir.
-Tiens, Mic, ça va ?
-Ça va. Mon frère est là ?
-A l'atelier, il redescend tout de suite.
-Bon, je vais l'attendre.
Allô ?
Je voudrais parler à Bob, de la part de Mic.
Allô, Bob ? Salut.
-Mic ? Tu vas bien ? C'est chic, de m'appeler.
*-J'avais un moment à tuer.
*Je t'appelle du garage où mon frère travaille.
Mais comme il est pas là, je m'embêtais.
C'est pour ça que je te téléphone.
*Mais tu as peut-être à faire.
-Tu me déranges plutôt. J'étais en train de travailler.
*J'ai un devoir de maths à terminer.
-Il y a une bagnole formidable qui descend.
-Hein ? Y a quoi ?
-Exactement ce que j'aime.
Oh, elle est du tonnerre.
Je te quitte, je vais la voir de plus près.
Ah, au fait, si tu as un moment, passe me voir un jour.
Tiens, tantôt, je serai là. C'est 132 rue Guynemer, au 5e.
-Je te promets rien, je verrai. A un de ces jours. Salut.
-Salut.
Ce qu'elle me plaît !
C'est pas croyable, des bagnoles comme ça.
-Dans ma jeunesse, c'est les robes qui intéressaient les filles.
-Oui, mais depuis, il y a eu 2 guerres.
A combien elle monte ? -Oh, 180, 190.
-Et elle vaut ? -Dans les 600.
-Et il y a quelqu'un qui se la paiera.
600 000 balles.
-Une véritable occasion.
Faut te l'envelopper ou tu la manges tout de suite ?
C'est gentil de venir me voir. Je vais bien. Merci.
Eh ben, dis donc !
T'as pas dû te coucher de bonne heure, hein ?
-On ne peut pas dire !
-Voilà ce que c'est que de trop travailler.
Ça donne pas bonne mine. -Ça recommence.
-Allez, te fâche pas, tototte. Combien ?
-20.
-20 000 ? Mais t'es louf ? Où je les prendrais ?
-Bah, alors, 15.
-Pas 15, pas 10, pas 5.
Mais bon Dieu, tu sais ce que je gagne ?
Et en plus, c'est la fin du mois.
C'est pas grave, au moins ? C'est pour quoi ?
-Pour ma chambre.
-Je te jure, je peux pas.
-Te bile pas, va, je m'arrangerai.
-C'est tout ce que je peux faire.
Si ça peut te dépanner pour aujourd'hui.
-Ce qu'elle est chic ! -Laisse-toi tenter, achète-la.
-Je voudrais bien voir ta tête si un jour je venais l'acheter.
Hein ? Qu'est-ce que tu ferais ?
-Vu la façon dont t'aurais sans doute eu le fric,
je te foutrais une paire de claques.
Eh !
C'est pas gros, mais dis merci quand même.
-Merci. Ça me paiera un taxi pour rentrer.
-Line.
Ça t'embêtes tellement, toi, de travailler ?
-Je peux pas dire que ça m'amuse,
mais je ne vois guère d'autre solution.
On se console autrement.
-Alors qu'on serait bien, toutes les 2.
Aller habiter chez une étrangère...
Elle est donc si merveilleuse, cette chambre ?
-Infecte. Mais je m'y sens bien.
-Infecte et elle te fait payer 20 000 francs ?
-Faut bien qu'elle vive.
Elle avait confié ses rentes à l'Etat.
Alors, tu me le donnes ou pas ? -Je t'ai dit que je ne pouvais pas.
J'ai les impôts.
Une traite à payer demain.
Je sais pas comment je vais m'en sortir.
-Et moi donc.
-Fais comme Roger. Comme moi. Travaille !
-Pour être emprisonnée ? Et même pas avoir 20 000 francs ?
-Tu es incroyable. Si ton pauvre père...
-Ça y est, papa, à présent.
Il travaillait, il est mort en 39, c'était un héros.
-Michèle !
-Roger s'est engagé à 19 ans, c'est un héros.
Et toi, à ton âge, tu es l'héroïne de la colle forte.
D'accord ?
-Je t'interdis de me parler sur ce ton.
Sonnette
-Je voudrais savoir le prix de cette petite lampe.
-Celle-ci ? -Non, derrière.
-Je ne vois pas. Si vous voulez bien me montrer.
Sonnette
-Puisque tu m'as vu, engueule-moi. -Pourquoi ?
Quand je ne te vois pas faire, est-ce que je... t'engueule ?
-Quoi ?
-Chaque fois que tu viens,
le soir, j'ai un trou dans ma caisse.
Aujourd'hui, je suis trop gênée moi-même pour...
-Pleure pas, maman.
Je dois te faire souvent de la peine, mais j'y peux rien.
-Reviens habiter ici, Michèle.
-Non, maman, n'insiste pas.
-Je ne t'ennuierai pas.
Tes amis pourraient venir te voir.
-Ils viendraient pas.
Tu leur ferais peur, t'es trop douce.
Et puis, chez toi, c'est trop rassurant.
-Jouir de tout pendant qu'on peut.
La musique, l'alcool, les filles, la vitesse.
Pas se laisser entamer, voilà.
-Mets Gillespie.
-Non, remets le même. -Encore ?
-Oui, à force de l'écouter, ça saoule.
-Bouge pas, j'étais bien.
-Il a raison, c'est une forme d'hypnose.
Ça permet d'aller plus loin.
C'est ça le vrai truc : aller plus loin.
-Jusqu'où ?
-Jusqu'au jour où on se fout en l'air,
pour aller plus loin encore.
Pas vrai, Mic ?
-Sûr. Et ce jour-là, fini les ennuis.
Sonnette et aboiements de chien
-Les ennuis, c'est comme le bonheur, comme l'argent.
A l'état pur, ça n'existe pas.
On toque à la porte.
-Entrez !
Musique jazz
-Qui c'est, celui-là ?
...
-Mon frère.
-Oh, merde. -Ma famille me suffit, merci.
-Eh, oh, t'as assez récupéré.
-SALUT.
-Bye. -Ciao.
-A ce soir.
-Au revoir !
-Voulez-vous ne pas agacer cette petite bête ?
-Au revoir, madame !
-Ton frère est la preuve évidente
qu'il faut davantage se pencher sur la classe ouvrière.
Eh, attendez-moi !
-Ils me prennent pour un flic ou quoi ?
-De voir entrer un amorti, ça leur a fait un choc.
-Un quoi ? -Un amorti.
C'est entre 30 et 40 ans.
-Tous les jours la même chose.
Et la musique de nègre dès qu'elle est réveillée.
Celle à qui vous sous-louez, c'est le même genre ?
-Pire ! Parce qu'en plus, elle est sale.
-Alors ?
-Au téléphone, maman avait l'air inquiète.
Vous vous êtes disputées, ce matin ?
-Non, elle m'a refusé l'argent, comme toi.
Elle voudrait que j'habite avec elle.
Ca, pas question.
-Elle a beau être brave, maman,
je t'accorde qu'elle est pas toujours facile à vivre.
C'est bien pour ça que je suis à l'hôtel.
Dis, puisque je me suis dérangé...
Si tu m'expliquais.
-Quoi ? -Bah, ça. Toi.
Ta bande de jeunes cons. -Tu ne comprendrais pas.
Et surtout, je crois que ça ne s'explique pas.
-Si, très bien.
Flemme colossale.
-Tu crois que c'est tout ?
-Peut-être pas, non, mais ça joue.
-C'est drôle, on dirait que t'as jamais été jeune.
-J'ai pas eu le temps.
Dans la brousse, en Indochine, on faisait pas d'études.
-Et quand t'es rentré, t'avais pas de métier,
mais du courage, etc, etc, etc.
Je crois que t'es quand même un peu salope.
-D'ailleurs, t'as pas de mérite. T'as toujours aimé les voitures.
-Je ne connaissais que les voitures.
Les Jeep.
Gerry Mulligan, "Bernie's Tune"
C'est bien, ça. Qu'est-ce que c'est ?
-Mulligan.
...
-Mic.
Il y a des jeunes qui font leurs études
et qui arrivent à quelque chose.
-C'est qu'ils n'ont pas encore compris.
-Compris quoi ?
T'as eu tes premiers diplômes et un jour, tu t'es arrêtée.
Pourquoi ?
Tu pouvais être institutrice, professeure.
-Me fatiguer pour enseigner aux mômes
des trucs auxquels je ne crois plus ?
Je ne crois plus à rien. A rien.
-A ton âge.
-J'ai des yeux pour voir ce qui se passe autour de moi.
Et pour lire le journal.
-Les autres aussi le lisent, mais dans le métro, le matin.
Sonnette
Aboiements
...
T'as une belle vue.
-Sois gentil, Roger, j'attends quelqu'un, va-t'en.
-Je vais pas te déranger.
...
-Tu pourras rassurer maman. Tu vois, j'ai un lit, j'ai chaud.
Pour le reste...
-Pour le reste, à part le fric, si t'as besoin de moi,
tu sais où me trouver.
-SALUT.
-Bob. Mon frère.
-Très heureux. -Il est pas déguisé, celui-là.
Est-ce que vous feriez vos études, par hasard ?
-Oui. -T'occupe pas.
Ah, la famille... Quelle plaie !
Les autres étaient là,
ils se sont tirés quand Roger est arrivé.
-Y avait qui ?
-Clo, Guy, Alain...
-Dommage, j'aurais bien aimé le voir.
-Il doit être au Bona, si tu veux y aller.
D'ailleurs, j'allais sortir aussi.
-Je peux te déposer où tu veux. J'ai le scooter.
Oh, ça presse pas.
Musique jazz
-T'as de bons disques ?
-Bah, regarde.
...
-Oh, t'as le nouveau Gene K.
-Tu veux le mettre ? -J'adore pas, non.
Chet. Mulligan.
Messengers.
Tu te défends bien.
...
Bob, le suicide, t'es pour ou contre ?
-Ça peut plaire, mais pas à moi.
Pourquoi ?
-Pour rien, parce qu'Alain en parlait.
J'ai approuvé pour lui faire plaisir.
Mais pour me détruire,
je me sens trop bien dans ma peau.
Aboiements
Qui est-ce qui arrive, encore ?
...
C'est la vieille qui sort son chien.
...
Tu as choisi quoi ? -Platters.
-Ça date.
Comme ta coiffure, je te l'ai déjà dit.
Mais laisse-toi faire.
Fiche-moi la paix, j'aime pas les banlieusards.
-Tu paries que tu changes d'avis ? -Bob... Bob, je glisse !
...
-Tu vas où ? -Champs-Elysées, ça te dérange ?
-Si ça me dérangeait, j'irais pas.
-Et cravache, j'adore la vitesse.
Vrombissement du moteur
...
Un vrai malheur ! T'as grillé 2 feux rouges.
-Je l'ai vu le moment où je fonçais dans le bus.
-Tenez.
Un petit souvenir ? Prenez-le, ça ne vous engage pas.
-Moi, jamais rien ne m'engage.
-On se demande qui va les chercher. -Des sentimentaux, y en a.
-Je vais voir s'ils ont mon disque. -Bon, je remonte.
-C'est grâce à ce disque-là qu'on se connaît.
-Tu vas pas t'attendrir, non ?
-M'attendrir ? Je vois pas la raison.
-Ciao. -Ciao.
Musique jazz
...
-La chambre de bonne est libre, ce soir ?
-On l'occupe. -C'est l'occupation, tant pis.
...
-Je ne peux pas venir. Je quitte Paris dans 2 minutes.
Non, un coup fumant qui vient de foirer.
-Eh, Peter. -Téléphone.
Je mets de l'air en attendant que ça se tasse.
La voiture est devant.
-Tu me laisses la piaule ? -Merde. Quoi ?
-Merde oui ou merde non ? -Merde oui !
Non, c'est pas à toi que je parle. -File pas sans me laisser la clé.
...
-Toutes les combines, ça prend du temps.
Elle râle sec, ta logeuse ? -Plutôt, oui.
...
Conversations entremêlées
...
-Tu t'en vas ? -Oui. Tu veux profiter du scooter ?
-Oui.
-Salut.
-Oh puis non, je reste, il est trop tôt.
-Bon. Salut.
-Maman vous a refusé la permission de minuit ?
-Non, j'ai un cours à réviser pour demain.
-La future élite a le sens du devoir.
Vive la France !
Il se dessale pas vite.
Tu lui donnes pourtant le bon exemple.
Tu te l'es tapé ?
-Il te confierait pas tout, par hasard ?
-Dans le 16e, ils sont plutôt discrets sur leurs épanchements.
Alors ?
-Alors oui. Quelle importance ?
Peter, on danse ?
-Pas le temps. -Il m'installe dans mes meubles.
-Si on frappe tôt le matin, tu fais le mort.
-Pourquoi ? -La concierge m'a prévenu.
On prend des renseignements sur moi.
-Qui ça, "on" ? Eclaire la situation.
-Si tu sais rien, sous la torture, tu pourras rien dire.
Si t'as peur, va coucher autre part.
-Sans charrier, c'est grave ? -Pour moi, si je reste.
-Et pour moi ? -Tu es pas dans le coup.
Je crois pas qu'il ira jusqu'à faire sauter la porte.
...
On toque à la porte.
...
...
...
...
Des pas s'éloignent.
-C'est formidable.
-Et de quoi il peut s'agir ? -Ah, aucune idée.
Pas plus de ce qui reste à toucher, d'ailleurs.
-Fais voir le mot, encore une fois.
"Tenez-vous tranquille jusqu'à ce soir
"et venez chercher le reste à 22h à la Pergola."
Qui ça peut être, ce Monsieur Félix ?
-Et si les billets étaient faux ?
-Que ce soit une blague ? -Impensable.
J'ai déjà claqué 55 dans l'histoire.
-C'est vachement excitant, je reconnais.
Mais c'est louche.
-J'étais sûr que tu te dégonflerais.
La bonne de luxe. Tout en paroles.
Pour les actes, on peut repasser.
-Tu me fais mal. Pourquoi t'y vas pas, toi ?
-A 10h, je suis pas libre.
Le fric m'intéressant pas, ce que j'ai déjà me suffit.
-Le reste, tu nous le laisses ? -Je te le laisse.
-Mais vous oubliez un peu Peter. C'est à lui, les billets.
-Il est pas là, on va pas les laisser perdre.
Moi, j'irai.
-Tiens.
Ca, c'est une vraie mémère.
-De course, comme la bagnole que je vais m'offrir.
Celle dont je t'ai parlé et dont je rêve.
-Je peux savoir ?
-Une Jag 2 places. Une ligne formidable.
Sonnette
Puis ça fera râler mon frère.
-Tu vois pas un peu grand, non ?
-Pourquoi ?
-Mic, ça peut être dangereux. -C'est ça qui m'excite !
-Téléphone !
-Tiens, puis je pourrai payer celle-là.
Allô ?
Oh, d'où tu sors ?
-On n'aime pas le risque, hein, dans le 16e.
-On aime moins les voitures grand sport.
-On a la conduite intérieure de papa ?
-Parfaitement.
L'idée de travail a envahi le quartier.
Non, non, j'ai un rendez-vous terriblement important à 10h.
Oui, jusqu'à minuit, ça irait.
D'ac ?
Bah, à la discothèque, si tu veux. A ce soir, mon coco, je t'embrasse.
-Tu la laisses y aller seule ? -Elle peut voir qui elle veut.
-Non, je parlais du rendez-vous de 10h.
-Bah, bien sûr, j'y vais.
-Je savais que t'allais pas rater ça.
C'est trop drôle.
J'aurai ma Jag !
-On ne sait pas ce qu'il nous demandera en échange.
On ne sait pas ce qu'on lui dira.
Mais ce qu'on ne sait pas davantage,
c'est à quoi on le reconnaîtra, Félix.
Musique rythmée
...
-Eh ben, pour le trouver...
-Si on allait voir au premier ?
...
Vous ne connaissez pas M. Félix ? -Félix ? Non, je vois pas.
...
-T'as le trac ? -Moi ? Je vis.
Et surtout, tu me laisses parler, hein, c'est promis ?
-T'as si peur que je gaffe ?
...
Alors, c'est lequel ?
-On va savoir dans 2 minutes. Attends-moi là.
-Où tu vas ? -Regarde et admire.
...
Garçon, on demande Monsieur Félix au téléphone.
...
-Y en a, là-dedans. -C'est pas croyable.
-On demande Monsieur Félix au téléphone !
...
-Salut. On vient de la part de Peter.
-Il a eu peur ou il a eu honte ?
Il vous a mis au courant de la situation ?
-Autrement, on ne serait pas ici.
-Bien sûr. Et il vous a promis sa position ?
-Faut croire, puisqu'on vient le représenter.
-Vous prenez quelque chose ? -2 scotchs.
-Alors ? Où on en est ?
-Mon avis était de porter plainte.
Mais la personne que vous savez a préféré transiger.
-Elle a eu parfaitement raison.
-C'est d'une grande élégance, n'est-ce pas ?
-L'époque n'est plus à l'élégance, mais à l'efficacité.
-J'ai apporté l'argent. -C'était la seule chose à faire.
-200 000 réglés ce matin et voici le reste.
-C'est maigre.
-300 000. Le prix demandé par votre ami.
-Faut amorcer la discussion. -Et depuis, il a réfléchi.
-Hein ?
Et il a eu tort, vous pourrez le lui dire.
Et cette fois, s'il a des ennuis...
il ne pourra s'en prendre qu'à lui.
-La personne que vous savez
préférera peut-être encore transiger.
En ce cas, je peux vous dire le dernier prix de Peter.
630 000.
-630 000 ?
-Tout juste.
-Aujourd'hui ? Et demain, ce sera combien ?
-Le même, je vous le garantis.
-Sur l'honneur ?
-C'est à prendre ou à laisser.
-Ma petite demoiselle, s'il ne tenait qu'à moi,
vous recevriez une bonne paire de claques.
-Puisque Monsieur le prend sur ce ton, nous partons.
-Autant prévenir Peter qu'il agisse.
-Il ne va pas se tenir tranquille.
-Je ne peux rien décider seul. -Tant pis.
-Attendez.
Appelez-moi demain à mon bureau, vers 6h.
J'aurai parlé à cette personne. Mais je ne crois pas que...
-Mais si, mais si.
Il comprendra où est son intérêt, vous verrez.
Mais vous pourriez quand même nous remercier
d'avoir l'élégance de vous laisser 24 heures.
-T'as pigé, toi ? -Non, mais c'est le jeu.
-T'as vu sa gueule...
-On parlera dehors, Bob, sinon, je m'écroule.
-Ce que j'ai pas compris, c'est pourquoi 630 000 ?
-Attends, 600 000 la Jag, 20 000 ma chambre...
-Et les 10 autres ?
-Pour payer l'essence. Avec quoi je roulerais ?
-Quelle vache tu fais !
-Je te croyais pas autant de culot.
-Viens, je t'offre un verre. Ah non, t'as un rendez-vous.
-Comment tu le sais ? -Je t'ai entendue téléphoner.
-J'arriverai en retard. On a le temps.
Si on va à la Huchette, ou au Kentucky,
on va rencontrer les autres.
-Ça te gêne ?
-Non, mais des fois, c'est un peu collant, une bande.
T'as pas idée où aller ?
-Si, dans une boîte où j'allais avant.
Et c'est en banlieue. Ça te fait rien ?
-Comme je resterai pas longtemps...
C'est où ? -Champs-Elysées.
Le scooter s'éloigne.
Musique jazz
...
Ta Jag, ta Jag...
Vu le prix, vaut mieux avoir des chagrins intimes.
Tu te vois, dans un chrono sur la route ?
Que les freins lâchent ?
-Ça me déplairait pas de mourir comme Dean.
Jeune, en pleine vitesse.
...
Qui est-ce ? -Un copain.
-Et la fille ? -Sa fiancée.
...
-Elle doit s'allonger avec une classe folle.
-Je crois pas qu'elle s'allonge. -Elle devrait.
A son âge, c'est malsain d'être vierge.
...
C'est snob, ton endroit. -Tu préfères partir ?
-Bof, les disques sont bons.
...
Ils sont bath.
C'était ça, ta bande ? -C'était ça.
-Eh bien, tu reviens de loin.
...
Vachement romantiques.
Ils doivent faire des projets d'avenir.
Je t'aime, Bob.
De tout mon petit cœur de jeune fille.
Dès que je t'ai vu,
j'ai su que tu serais le seul qui compterait pour moi.
On ne lutte pas contre ces choses-là.
C'est bien, non ? -Parfait, continue.
...
-Comme j'ai hâte d'être ta femme.
Je t'attendrai le soir, à la maison,
en élevant nos enfants.
Ce sera pas toujours facile,
mais il y aura des moments divins.
La promenade du dimanche en 4 chevaux..
T'es pas sentimental, Bob. -Ca, non.
-Bon, je vais te parler autrement.
Ce soir, on reste ensemble ? -Un mec t'attend à la disco.
-Qu'il crève.
Avec Félix, t'as été formidable. Ça m'a donné envie de toi.
-Alors, je veux pas te priver.
Musique latine
...
Et où on va aller ? -Chez moi.
La vieille dort comme un sonneur. Elle n'a jamais rien entendu.
...
Ils en sont encore au cha-cha.
Viens, ils me dépriment, tes petits amis.
...
-Comme hier, à la Pergola. Bon.
*-10h, ça va ? -Non, j'aimerais mieux 11h.
*-Attendez. Vous avez les lettres ? -Les lettres ?
*-Pour le petit échange. Comme c'était convenu.
-Oui, je les apporterai, bien sûr.
Et on fera l'échange.
Et je ne... L'homme raccroche.
Voilà, c'est cuit.
Et puis tant mieux, ça sentait le sordide.
-600 000 balles, t'appelles ça sordide ?
-Vous avez fini ?
-Pauvre Mic, elle sera déçue. -T'iras pas chercher le fric ?
-Et les lettres qu'il demande, je vais les fabriquer ?
-Pas la peine.
-C'est toi qui les as ?
-Depuis hier matin.
Peter m'a téléphoné affolé,
il les avait oubliées, il m'a demandé de les brûler.
-Et tu m'as envoyé là-bas sachant ça ?
-Ici, avant d'accepter les gars comme toi,
on regarde d'abord ce qu'ils ont dans le ventre.
Les examens, ça te connaît ?
-Salut. Vous avez pas vu Clo ? -Non, ma caille. On parle.
-Sam. Tu me paies un coca ? -Mais bien sûr, assieds-toi.
-Alors, c'est quoi ? Chantage ?
-Caractérisé.
Etienne, la même chose. -Tout de suite, Monsieur.
-Femme de diplomate. Au début, classique.
Tarif officiel. Une heure de détente.
-Normal.
-Puis dérèglement glandulaire connu sous le nom d'amour.
Petits cadeaux, Peter invité aux sports d'hiver,
Peter rentre à Paris, il reste là-bas.
-Et cette conne écrit.
-Extraordinaires aperçus sur le comportement sexuel
de la grande bourgeoisie.
-Salut. -Salut.
-Le coup rend bien, comme tu sais.
Mais Peter, qui croit que ça foire,
a la trouille, se barre, et Mic a une Jaguar, voilà le travail.
-C'est assez dégueulasse, tout ça, non ?
-Hautement moral. Justice. Mission divine.
La rançon d'adultère. Le prix du péché.
La Jag du scandale.
-T'as l'air en pleine forme. -Au fond, je rigole pas.
Ça leur coûtera jamais assez cher, toutes leurs salades moyenâgeuses.
Amour, fidélité, tromperies.
Nous, on a dépassé tout ça, pas vrai ?
-Et comment, hein.
-Vouloir un être pour soi tout seul.
-Délire.
-Nous sommes pour toutes les libertés.
-Surtout sexuelle.
-Eh, t'as pas l'air d'accord.
-Tu me prends pour qui ?
-Ah, je me demande.
Tiens, je te dirais que je vais m'envoyer Mic, tu serais contre.
-Pourquoi ? Ils sont ensemble ?
-Pas du tout. -Et alors ?
-Alors...
Je dirais que ça vous regarde tous les 2.
-J'en parle à Mic ?
-D'accord, si ça fait pas de peine à Bob.
-Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
On est copains, rien de plus.
Chacun est libre. -Ah bon.
-Eh, les gars, une nouvelle formidable.
-Vous allez y aller tous les 2 ? -Je verrai.
On se retrouve à la Cinémathèque pour la séance de 8h.
-C'est marrant, hein. Mic. Ça m'a pris hier soir, comme ça.
Je suis pourtant pas un cérébral.
Je suis passé à la disco, on l'a pas vue, elle y était ?
-Je sais pas, on s'est quittés à la sortie de la Pergola.
-On est sûrs, tu t'en fous ? -Eperdument.
Si tu lui plais, si elle en a envie, essaie.
Tu verras bien.
-Alain, tu connais la nouvelle ? -Ils ont débarqué dans la Lune ?
-Mieux que ça, Gillespie vient à l'Olympia.
-Dire que des mémères se sont foutues en l'air pour lui.
-Il devait bien danser le tango.
-Ça juge une époque.
-Dans 30 ans, Dean sera démodé ? -Démodé ? T'es louf !
-Je me dégonfle pas, mais ça me dégoûte.
-Vous venez pas ? -Valentino, je m'en cogne.
J'aime pas les gens trop bien coiffés.
-C'est pour moi ? -Tout juste.
Donne-moi les lettres, je vais y aller seule.
Donne. -Non, Mic, c'est trop répugnant.
-Moins qu'une vieille de 50 ans qui s'envoie un de 23 ?
-Si, mais... -Ça se paie, la jeunesse.
Et jamais assez cher, quand on l'aime.
Elle est riche, on va la faire cracher.
-Mais j'ai lu les lettres.
-Et ça t'a attendri ? -Peut-être.
-Et t'as eu pitié de cette pauvre femme
qui a l'âge de ta mère ?
Qui a autant de fric.
Elles jouent au bridge ensemble ? T'as pris le thé chez elle ?
-Force pas, Mic, t'es pas si vache. -Moi ?
Plus, encore.
Je la veux, la voiture. Je peux l'avoir, je l'aurai.
-Mais pas par ce moyen-là.
-J'ai pas le choix.
Et comme tout est répugnant, dans la vie...
Que des vieilles se paient des jeunes.
Que certains s'offrent des bagnoles et pas moi.
Que ta mère ait du fric, pas la mienne.
Alors ta pitié, ta délicatesse, non.
C'est trop cher, pour le quartier.
-C'est déjà commencé ? -Depuis 10 minutes.
-Assez de salades. Les lettres. -Non. Je t'empêcherai de faire ça.
-La bohème de luxe.
Les fils à papa qui se croient évolués.
Vous êtes tous les mêmes. Ça craque toujours.
Pas d'épaules.
Des enfants de chœur vicelards, rien de plus.
-Tu parles comme Alain. -Parce qu'il a raison.
Parce que lui et moi, nous sommes du même côté.
Parce qu'on la saute ensemble.
-Eh bien va le rejoindre.
Il demande que ça. Il me l'a dit ce soir.
-Alain ?
-Oui, Alain.
Si ça te dit, vas-y. Je vous souhaite du plaisir.
-Merci.
-Et sache que je m'en tape.
-Je l'espère.
Les lettres, en vitesse.
-Je les ai balancées.
-C'est pas vrai, non ?
-Brûlées, parties en fumée avec la belle bagnole.
-Salaud ! Salaud, je te le ferai payer.
-Mic, attends... -Laisse-moi, tu me dégoûtes !
Sale lâche, sale bourgeois !
Rires
...
...
...
-C'est la meilleure.
...
-Il les a brûlées, cette ordure ? -600 000 balles.
-C'est râlant, une Jag, bel outil pour une fille libre.
-C'est toi qui as insisté pour qu'il vienne.
Tu lui as donné les lettres. -Je me suis gouré sur lui.
Mais je me suis pas attendri.
Je vais pas en cachette aux Champs-Elysées.
-Non ! T'as fait ça ? -Scandaleux.
-J'ai des comptes à te rendre ? -Tu glandes sur l'autre rive !
-Mais de quoi vous vous mêlez ? Je suis libre, non ?
-On est une bande ou pas ?
-On se déclare libérés, asociaux, et on n'a rien de plus pressé
que de reconstruire des règles aussi stupides que les autres.
Bizarre.
-Bon, allez, dégagez, je veux parler à Mic.
Musique jazz
...
Je l'aurais pas cru con à ce point.
-Moi non plus.
-T'as beaucoup de peine ?
-Je râle pour la bagnole, c'est tout.
-Remarque, y a des filles qui sont faites pour aimer,
pour s'attacher.
-Pas moi, je suis libre et j'entends le rester.
-Oh, Mic !
J'avais oublié.
L'intellectuel veut passer un moment avec toi.
Il m'a chargée de te le dire.
Ils rient.
-Merci. Qu'est-ce qui te prend ?
-L'approche du printemps.
-Y aura pas de salades. Bob est d'accord.
-Exact. Il l'a dit devant moi.
-Faut pas te gêner. -Surtout maintenant.
...
-Alors ?
...
-Mais je ne t'aime pas !
-Et depuis quand as-tu besoin d'aimer pour ça ?
-Elle veut pas ?
-Je crois qu'elle est fidèle à un souvenir.
-Disons que tu ne me plais pas énormément.
-Tu l'as jamais fait si on te plaît pas ?
-Si, mais j'avais bu.
-Peter a laissé des tas de bouteilles pleines.
...
-Alors, ça change tout.
-Tu te tailles déjà ? -Avec toi.
Tu n'as plus envie ?
-Comme ça, tout de suite ? -Oui, ça me calmera.
-Non, t'es pas en forme ? -Bravo !
-Ca, c'est une sauterelle.
-Même si c'est pas très bien, ça fait toujours passer un moment.
...
-Le compte y est ? -Oui.
-Vous n'avez pas encore tout à fait la tête de l'emploi.
Vous êtes fier de vous ? -Dans un sens, oui.
Mais vous ne pouvez pas comprendre.
-Je ne chercherai pas.
-Alors, au Kentucky ? -Non, au Vieux-Co, ça changera.
-N'importe où pourvu qu'on danse. -Salut. Vous avez pas vu Mic ?
Elle est dans la salle ? -Faudra qu'on change de bistrot.
-T'as raison, il y vient trop de cons.
Musique jazz
-Qu'est-ce qui leur prend ?
-C'est leur façon d'être en boy scout.
-Mic est là ?
-Elle s'est tirée avec Alain. -Avec Alain ?
...
On verse une boisson.
-Tu devrais me dire doublement merci.
D'abord pour cet agréable intermède.
Et parce que je viens de te faire prouver
que tu es toujours libre.
-Je ne te remercierai jamais assez.
-Jamais, étant donné ce que tu risquais...
-Qu'est-ce que je risquais ?
-Un seul homme dans ta vie. Le mariage, peut-être des enfants.
Qui sait ? Le travail. Horreur.
Bref, ma pauvre fille,
tu reprenais une place dans la société
avec les damnés et les imbéciles.
On toque à la porte.
-Merde, qui c'est ?
...
Venir troubler de si délicieux instants...
Enfin...
Qui c'est ? -Bob !
-Eh bien, ouvre.
-Je vois que je vous dérange.
-Tu veux quoi ? -Parler à Mic.
-Je n'ai plus rien à te dire.
-Après ce que t'as fait,
tu ne manques pas d'un certain culot.
-Vous n'avez pas d'humour, dans le quartier ?
Tiens. Ta Jag.
-Bob.
-Ton loyer et l'essence. Vérifie, tout y est.
Eh bien, regarde !
-Pourquoi tu m'as poussée à bout ?
-T'es plus fort que je pensais, tu vois.
-J'en dirais pas autant de toi.
Tu manques un peu trop de psychologie.
Salut. -Tu veux pas boire un verre ?
-Merci, j'ai bu à la Pergola. Avec Félix.
-Bob !
Il ne faut pas m'en vouloir.
-De m'avoir engueulé ? Je t'en veux pas.
T'as pas compris que je plaisantais.
Couvre-toi. Tu vas prendre froid.
Bob claque la porte.
-Y en a qui ont du pot.
-Ce qu'on se demande, c'est où ça trouve le fric.
-Pour la carte grise, je m'en occupe.
J'espère qu'elle vous plaira. -Elle me plaît déjà.
-Vous conduisez bien ? -C'est mon frère qui m'a appris.
-Oh, en ce cas...
Excusez-moi.
-Les clés.
-Vous avez l'air contre. -Je ne juge pas les clients.
-Elle est vendue ? -Oui, à ta frangine.
-Roger non plus n'est pas payé pour ça.
Tu vois que je l'ai eue. -Je vois. Félicitations.
Mais méfie-toi, elle est nerveuse.
-Roger. -Ouais ?
-Tes promesses.
La paire de claques. Tu n'oses pas ?
-Si je devais gifler toutes les putains
en bagnoles de luxe...
-Parce que tu crois que... -Je crois rien.
Tu me débectes, c'est tout.
Je devrais te reprendre les clés et te foutre dehors.
-Essaie.
-Ça me ferait perdre ma place et j'en ai besoin.
-Roger, voulez-vous venir ? -Tout de suite, Monsieur.
-Aux ordres ? -Faut bien.
-Plutôt moche, hein ?
Et en plus, je donnerais pas 10 000.
-Si vous mettiez le contact, elle partirait pas mieux ?
Vrombissement du moteur
Cris de joie
-Y a des drôles de freins. -C'est au tour de qui ?
-A NOUS ! -A MOI !
-Pardon ? Où t'as volé ça ?
-Toujours pas vu Bob ? -J'ai appelé, il est pas chez lui.
-Il était y a 5 minutes au Bona. Il se cuitait.
Musique jazz
...
-Eh, rappliquez vite, les gars. Mezzrow se déchaîne.
...
...
-Bob.
-Jolie trottinette.
-Je t'ai cherché partout, aujourd'hui.
-Pourquoi ? Elle ne te suffit plus ?
Ah, t'as envie d'une Cad, non ?
-Je sais, j'ai eu tort. Toi, t'as été bien.
-Oh, ça va, écrase. T'as eu ta bagnole, amuse-toi.
-Je m'en fous de la bagnole.
Monte avec moi.
On sortira de Paris, on roulera vite, y aura de l'air.
On ira jusqu'au bord de la mer.
Ça fait 300 bornes, c'est pas loin.
Tu veux ?
-On se baladera sur la plage en se tenant par le petit doigt.
Et au lever du soleil, on se dira qu'on s'aime.
Vachement romantique !
-Tu veux pas ? -On aurait bonne mine.
-Bob. -Et quoi, Bob, Bob ?
Mais tu vas devenir collante !
Fais comme moi. Moi, je suis dans les courses.
Je me tape une fille 2 fois, c'est le maximum.
Après, je la laisse aux copains.
Salut.
...
Elle pleure.
-Comment voulez-vous que le pays s'en sorte ?
Le taux de l'argent, les charges sociales ?
Eh bien, tu rentres tous les soirs de plus en plus tard.
Vous connaissez mon fils. L'expert-comptable.
-La dernière fois que je l'ai vu, il était grand comme ça.
-Pendant que tu t'amuses, nous travaillons pour toi.
L'Etat me rend la tâche difficile. -Des ennuis ?
-Des polyvalents, une fois de plus.
A croire qu'on fait tout pour décourager les chefs d'industrie.
Mais dis donc, tu as bu ?
Viens, on va bavarder. -Pas ce soir, papa.
-Allons. Viens.
-Vous pouvez monter.
Mais c'est pas des heures pour venir voir les gens.
-Pour qu'elle vienne après le coup de la voiture,
faut que ça soit sérieux.
-Si elle veut te parler, je vous laisse.
-Tu vas pas rentrer ? -Je vais prendre un bain.
On toque à la porte.
Ca, c'est une histoire de cœur.
-C'est vrai, ce qu'elle disait ?
-Et crois-moi, ça me sidère moi-même.
-Oh, moi, les histoires de cœur, j'ai pas beaucoup l'habitude.
-Moi non plus.
-C'est le petit gars que j'ai vu chez toi ?
Il avait l'air plutôt gentil.
-Il l'est.
-Vous vous êtes bagarrés ? Et t'es toute paumée ?
C'est ça ?
-A peu près, oui. -Pas grave.
-Si.
J'ai fait l'idiote et il le sait.
Je me suis envoyé un autre gars.
-T'as fait ça ? Pourquoi ?
-Pourquoi, pourquoi...
Parce qu'il y a la vie, parce qu'on veut être libre.
Ne pas s'attendrir. Se prouver qu'on est fort.
Parce qu'il y a les autres qui sont là tout le temps.
Que pour nous, coucher, ça ne compte pas.
Qu'aimer, c'est de la blague.
La négation même de l'individu. -Qu'est-ce que tu débloques !
-C'est vrai que tu ne peux pas comprendre.
-Non, mais ce que je vois, c'est que t'es malheureuse.
-Comme une dactylo plaquée.
-Ça leur fait très mal quand ça leur arrive.
-Moi, j'en suis là, moi. Bonne pour le courrier du cœur.
C'est une victoire.
-Tu regrettes tout ce que tu as fait ?
-Je le regrettais même avant de le faire.
-Et, tu l'aimes ?
-Faut bien que je me l'avoue, j'en suis dingue.
Dingue.
-Alors tu l'appelles et tu le lui dis.
Ça me paraît tout simple. Hum ?
-Il me croirait pas. Il se ficherait de moi.
-Je crois pas.
C'est pas le même genre que tes petits copains.
Alors ?
-D'accord, je vais lui dire.
-T'avais personne d'autre à aller trouver ?
Un ami ? Une copine ?
-Personne.
-Moi aussi, j'ai été jeune. Je sortais, j'aimais danser.
A ton âge, j'étais même socialiste. Alors, tu vois...
Mais ça ne m'a jamais empêché de travailler.
Le téléphone sonne.
Allô ?
*-Je voudrais parler à Bob. -Oui ?
*-De la part de Mic.
-Il vient de rentrer, ne quittez pas.
Pour toi, de la part de Mic.
-Il est là ?
-Alors, tu te décides ?
-Tu m'as convaincu, Pa. Je vais me reprendre.
Pour ça, faut que je coupe avec des tas de gens.
Dis que je ne suis pas là. -Je viens de dire le contraire.
-Avec ce genre de fille, ça n'a pas d'importance.
-Allô, je m'excuse, j'ai dû me tromper, Mademoiselle.
-Il a pas voulu te parler ? -Non.
-Bof, c'est qu'il est vexé, mais ça lui passera.
Il boude. C'est plutôt bon signe, non ?
-Non, c'est plus grave que ça.
C'est de ma faute.
C'est de ma faute.
Tout ça, c'est de ma faute.
Rumeurs de la ville
...
Vrombissement de moteurs
...
-On se voit à Vivaldi, demain ?
-Viens donc en Autriche avec nous. -Je verrai.
-Décide-toi, on part demain matin.
Allez, viens. -Passez devant, je vous rejoins.
-Faut venir te chercher dans les mauvais lieux ?
-Personne t'obligeait. -T'as disparu, depuis 8 jours.
T'es jamais là, qu'est-ce qui t'arrive ?
-Rien, ça va. -Si je te connaissais pas...
C'est pas parce que Mic et moi... -Tu crois ça ?
Ce serait la meilleure. -N'est-ce pas ?
Clo donne une surboum terrible samedi.
Elle voudrait que tu viennes.
-J'ai du travail qui peut pas attendre.
Y aura qui ?
-Tout le monde, absolument tout le monde.
Y a des têtes que tu veux pas voir ?
-Ouais, lesquelles ? -Bah, je te le demande.
-Bob, tu te grouilles ? -J'arrive. Je m'excuse.
-Je lui dis oui, à Clo ?
-Bah, je verrai. Pas sûr que je sois à Paris.
-T'es d'accord, on t'emmène ? -Non, j'ai pris trop de retard.
J'aime mieux rester à Paris pour travailler.
Cris de joie
Fats Domino, "If You Need Me"
...
If you need me Call my name
I'll come a-runnin' Like a choo-choo train
Always love you Always feel the same
Musique jazz
...
-Avec le mélange. Ça coule plus vite.
-T'as raison. Dans quoi on le fait ?
-Attendez voir.
...
-Là-dedans. -Oh, oui !
...
-Je ne t'ai jamais vue comme ça.
-Je veux m'amuser, ce soir. A en crever.
Brouhaha
...
-On frotte ?
-Non, pas maintenant. -Quand tu voudras, fais-moi signe.
...
-Dégueulasse. -C'est violent.
Propos entremêlés
-Clo, la porte de la cave est fermée à clé.
-Défoncez-la. Ce soir, je permets.
Cris de joie
Brouhaha
...
Mais qu'est-ce qu'il fout, Bob ? Pourvu qu'il vienne.
-Pourquoi, il doit venir ? -J'espère.
-Eh, Mic, on joue au jeu de la vérité, tu viens ?
-Tout à l'heure.
-Ça y est, les petits jeux de société.
-Il adore ça.
C'est un bon moyen pour foutre la pagaille.
-L'interrogé a le droit d'interroger qui il veut.
N'importe quelle question. -Vache, de préférence.
-Alors, qui commence ? -MOI !
Musique jazz
...
-Salut.
...
-A moi, à moi, à moi ! -Non, non, non.
-Excuse-moi.
...
Je t'attendais. Je voudrais te parler.
...
Dans la bibliothèque.
Je suis sûre que tu vas beaucoup rire.
-Tes parents, tu les aimes ? -Ben... oui.
C'est eux qui m'aiment pas.
Rires
-A quoi tu le vois ?
-S'ils m'avaient aimé, ils auraient pas divorcé.
-Ferme la porte à clé. Qu'on nous dérange pas.
Musique jazz au loin
...
-Alors ? -Alors ?
Alors, je vais être mère.
-Félicitations. Et l'heureux papa ?
-Difficile à dire, j'ai tant de relations.
-Qu'est-ce que tu vas faire ?
-Une layette. Jaune. C'est très bon chic.
-Ça va, ne crâne pas. -Je crâne pas, c'est vrai.
-Mais tu... Tu comptes le garder ?
-Je t'ai dit que t'allais t'amuser.
Je suis en pleine crise de conscience, mon cher.
J'ai des scrupules.
Des scrupules religieux, même. Moi.
De quoi se tordre, hein ?
Alors, tu ne ris pas ? -Non.
-C'est pourtant drôle. Et ça s'explique.
On a 3 saints de canonisés dans la famille.
Comme on a aussi 2 favorites. Je suis la victime du mélange.
-Tes parents sont au courant ?
-Mon père. -Réaction ?
Hein ?
-Donne-moi à boire, tu veux ?
Y a que toi qui puisses m'aider, Bob.
-Explique.
-J'ai 8 jours pour trouver un parti possible.
Sinon... -Sinon ?
-T'es évalué, on est copains. Point de vue milieu, ça va.
Pour mon père, tu serais acceptable.
De toute la bande, tu es le seul à qui je puisse demander ça.
-Non, Clo.
-Je t'embêterai pas. Tu vivras comme tu voudras.
Je saurai me tenir.
Je te rendrai jamais ridicule, je te le jure.
-J'aimerais bien t'aider, Clo. Mais vraiment, je ne peux pas.
-Bon... Je m'y attendais, remarque.
-Il doit y avoir un moyen pour ne pas...
-Cherche pas.
J'ai déjà tout envisagé. Même de partir et de travailler.
Travailler !
Avec l'éducation que j'ai reçue,
je serais même pas capable de faire des ménages.
Et puis je peux pas claquer les portes.
A cause de ma mère. Faut pas qu'elle sache.
-Il faudra, pourtant, si tu ne veux pas...
-Non. C'est là que je suis coincée.
Naissance un peu prématurée, en voyage.
-Ça arrive.
-Fortiche, mon père. C'est sa solution.
Depuis le temps qu'il me guettait, il avait tout prévu.
Même et surtout le mari,
car en plus, pour des raisons de famille, ça l'arrange.
-Et qui c'est ?
Un vague cousin. Un affreux.
Prêt à tout pour avoir la dot et les appuis politiques.
-Tu blagues ? On est au 20e siècle.
-Notre grandeur, c'est de l'ignorer.
Et de respecter nos traditions. Père dixit.
C'est joli, non ? -Très joli.
-Oh, puis viens, j'ai envie de danser.
Viens ! Oh, fais pas cette tête.
Faut qu'on s'amuse, ce soir.
Que tout le monde se souvienne de ma petite soirée,
comme dit ma mère.
Musique jazz
-On la viole ? -D'accord.
-Non ! Non ! Je veux pas !
-Non, non, non !
C'est ma sœur ! -A la casserole, ta sœur !
-C'est pour lui faire peur.
-Faudra bien qu'elle y passe un jour.
-Mon meilleur copain serait dans la merde, tu l'aiderais ?
-Je l'enfoncerais.
-Pourquoi ?
-Parce que j'aime personne, que vous vous valez tous.
Brouhaha
...
Et puis j'en ai marre, c'est moi qui interroge.
...
Toi.
Si, faut leur montrer, à cette graine de foyer,
la saine mentalité d'une fille que j'estime.
-Et si j'étais comme eux ?
-Bah, je resterais le seul de mon espèce.
Musique rythmée
...
La vérité ? -Je le jure.
-Est-ce que tu attends quelque chose de la vie ?
...
-Oui. -Quoi ?
-L'amour.
Ils rient.
-Toi ? -Oui.
-Bois pas tant. -Oh, t'aurais fait un bon mari.
-Mais un amour de quelle sorte ? -Le grand, le seul, l'unique.
...
-Comme dans les romans de gare ?
-C'est ça, exactement.
...
Musique jazz
Espèce d'idiot, je mentais pour voir ta tête.
Allez, on recommence.
-OK.
T'es au quartier depuis combien de temps ?
-2 ans.
-Depuis 2 ans, combien de gars t'es-tu envoyés ?
-Je serais incapable de les compter.
-Pourquoi le fais-tu ? -Parce que j'aime ça.
-Et avec moi, c'était comment ?
-A quel point de vue ? -Physique.
-Parfait.
-Mieux qu'avec Bob ?
...
-Techniquement, oui.
...
-Tu as déjà été amoureuse ?
...
-Oui.
...
Quand j'avais 10 ans.
-Et depuis ?
-Jamais.
-Pas un peu de Bob ?
...
-Tu me prends pour qui ?
...
-Tu le collais.
-Son côté 16e m'amusait.
-C'est tout ?
-Non. Il m'a sauvée pour la voiture.
Il avait de quoi payer des verres, c'est rare chez nous.
...
-Il va se vexer, on ne le verra plus.
...
-Ça ira.
-Tu regrettes certaines choses ?
...
-Aucune.
-Tu recommencerais tout ?
...
-Plus encore, si je pouvais.
C'est tout ?
...
-Qu'est-ce que tu penses de moi ?
-Que tu es une petite ordure.
Rires
-Et puis ?
-Que tu ne cherches à épater que pour t'épater toi-même.
Parce que la saloperie, la révolte, c'est encore un remède à l'ennui.
-Eh ! Pas con.
Musique jazz
Et de lui, tu penses quoi ?
...
-De lui ?
-Bah, vas-y, venant de toi, ça peut pas me froisser.
-De l'eau chaude. Du vent.
Ça croit passer sa crise
et ça épousera une fille bien peignée comme lui.
Et pleine de fric.
Ils rient.
Tu veux continuer ?
-Non, à toi.
Tu te jettes sur qui ?
Musique jazz
-Sur lui.
...
-Je le jure.
-Oh, j'en ai marre. Je voudrais danser.
-Moi aussi.
-Alors ?
...
-Bob.
Est-ce que tu m'aimes ?
...
-T'es complètement paniquée ? Tu t'es regardée ?
...
-Est-ce qu'à un moment, tu m'as aimée ?
-Pas une seconde.
...
-Est-ce que dans ta vie, tu crois que tu pourras aimer ?
-Oui, une fille propre, peut-être.
...
-Dans la rue, l'autre fois,
ce que tu m'as dit, tu le pensais ?
-Ça se voyait pas ?
-Bob, est-ce que tu triches ?
-Pourquoi, t'as triché ?
-Réponds, c'est moi qui interroge.
-J'ai juré de dire la vérité.
-Quand tu m'as apporté l'argent chez Alain...
qu'est-ce que tu as pensé ?
...
Dis-le.
-Que c'est pratique des filles comme toi dont on peut se servir
et qui se font pas payer.
Alain rit.
-Un bourgeois avare. Je vais boire un verre.
Musique jazz
...
-Eh, après Bob, plus rapide. -OUI !
Brouhaha
...
Musique jazz
...
-Les nanas dans ton genre, pour nous, c'est jamais sérieux.
Dès qu'on vous sort du quartier, vous détonnez.
Tiens, au Rustique, ce que t'as pu me gêner.
-Viens danser, Bob. Viens !
Faut pas parler, ce soir. Faut vivre. Allez, viens.
-T'as trop bu, Clo !
-Oui ! Et j'ai pas fini.
Ce soir, je veux boire pour toute ma vie,
danser pour toute ma vie.
M'amuser.
...
Mais c'est trop calme ! Y a pas assez de bruit !
-T'as raison, Clo, déchaîne-toi.
...
-Comme ça ? -Encore ! Voilà.
Qu'on éclate ! Qu'on éclate !
...
-C'est bath, ce soir.
Il y a tout ce que j'aime. Côté sans espoir, fin du monde.
-Mais restez pas comme ça, là, dansez !
Et vous, là-bas, picolez, hein !
Bravo ! La la la la la !
-En plein delirium.
...
-La la la la la !
Allez, profitez-en pendant que vous pouvez
parce que ça ne durera pas, hein.
Ah ! Vous aussi, on vous aura ! Comme moi !
Parce que pour moi, c'est fini, la jeunesse.
Foutu. Raté.
...
Je vais me marier ! Me marier !
-C'est pas vrai ! -Avec qui ?
-Je veux être une femme libre.
-Avec qui ?
-Un type formidable. Mon père l'adore.
-QUI C'EST ?
-Moi !
-Bob.
-Puisque toutes les filles se valent, toutes des salopes.
Au moins, avec Clo, j'aurai pas de surprises.
Ils rient.
-Bob, t'es formidable, merci.
-Regardez ! Regardez comme on s'aime.
Musique piano-bar
...
-C'est ma dernière surboum. Alors ce soir, je permets tout.
Esquintez, cassez, brisez la baraque !
Musique jazz
...
-Et voilà ce qui arrive quand on triche.
...
Partie.
...
-Mic !
C'est pas vrai, je t'aime ! J'ai triché !
J'ai triché, Mic !
...
...
-C'est à croire qu'il l'a fait exprès.
-C'est à croire qu'il l'a fait exprès.
-C'est une môme qui conduisait. Une vraie gosse.
-Mic ! Mic ?
-On t'attend pas, hein. Parce que nous, les flics...
-Passe au Bona ce soir, tu nous raconteras.
-Ils la convoquent parce qu'on a cassé ?
-Non, c'est pour l'accident. -Qu'est-ce qu'elle a dégusté !
-Une Jag dans cet état-là, moi, ça me fout le cafard.
-Elle vivait encore après l'accident,
mais depuis, je sais pas.
Ils sont à l'hôpital pour le rapport.
-J'attendrai. J'ai tout mon temps.
-Le camionneur maintient qu'elle s'est jetée sur lui.
D'après vous, elle avait des raisons de vouloir...
-Non. Pas elle.
Elle était contre le suicide, elle l'a dit.
-Je ne connaissais rien de sa vie.
-Quelque chose a pu se casser dans la mécanique.
-Possible.
-Alors ?
-Elle est toujours dans le coma. Votre mère reste auprès d'elle.
Voici mon rapport, Messieurs. -Merci, Docteur.
Monsieur. -Monsieur.
On a relevé dans le sang un fort pourcentage d'alcool.
Mais qu'est-ce qu'ils ont, ces gosses, bon Dieu !
Qu'est-ce qu'ils ont ? -50 ans de pagaille derrière eux.
Sans doute autant devant. Pour des jeunes, c'est lourd.
-Littérature.
J'ai un fils, moi, qui a fait ses études.
Et tout va très bien.
-Il est fort et les autres sont faibles.
Vos malades, vous cherchez pas à savoir pourquoi ils le sont ?
-Vous les défendez ?
-Je les défends pas, mais c'est comme ça partout.
Il doit quand même y avoir une raison.
-Refus de la vie.
Refus de s'intégrer à la communauté.
Refus de suivre les exemples des aînés.
-Pour ce que leur apporte la communauté...
Et les exemples qu'on leur a donnés.
-Vous êtes d'extrême gauche ?
-Moi ?
-Pardon, j'avais cru saisir.
-Non.
Mais je réalise aujourd'hui
que j'ai peut-être jugé un peu vite.
...
Elle avait bu, hein ?
-J'ai dit devant vous que je ne savais rien.
-Non, mon vieux, pas à moi.
J'ai besoin de savoir.
-Tout le monde avait bu.
Elle comme les autres.
C'était horrible.
Tout ce qu'on a fait, tout ce qu'elle m'a dit.
Alors j'en ai rajouté pour la blesser.
Des tas de trucs que je ne pensais pas.
J'ai même annoncé... -Annoncé quoi ?
-Non.
C'est pas pour ça qu'elle... Qu'elle l'aurait fait exprès.
Puisqu'elle ne m'aimait pas.
Que les types comme moi la dégoûtaient.
-Mais oui, jeune con.
C'est ta photo qu'on a retrouvée sur elle.
-Vous devez confondre. Elle n'a jamais eu de photo de moi.
-Et ça, c'est pas toi ?
Avec elle, aux Champs-Elysées.
-C'est la première fois où...
Alors, c'est ma faute.
Entièrement de ma faute.
-T'en sais rien, tu m'entends ? Rien.
Elle seule pourra dire ce qui s'est passé.
Allez, viens, on attendra ensemble.
Après tout, t'es déjà un peu de la famille.
-Depuis 1 heure, environ.
C'est toujours très long, ces opérations.
Mais vous pouvez vous asseoir là-bas.
-Merci. Vous pensez qu'on la sauvera ?
-Le professeur a déjà réussi des miracles.
-Elle a piqué une crise chez moi quand t'as refusé de répondre.
T'aurais pu lui parler, quand même.
-Non, pas après l'avoir vue avec l'autre.
Sur le lit, non.
-Bon, bah, allez, ça va, c'est le passé.
Vous avez toute la vie devant vous.
Toute la vie.
Tu crois pas qu'elle va mourir !
Ça serait quand même trop injuste.
Non ? -Si.
-Elle guérira.
Et ce sera oublié, vos conneries. Liquidées. Le départ à zéro.
-Vous croyez ? -Je le crois pas, je le veux.
Je te laisse, je vais près de ma mère.
Du cran, quoi ! T'as jamais vu de blessé ?
Et puis reste pas là comme ça, fais quelque chose.
Je sais pas, moi. Va prendre l'air.
Boire un coup. Faire une prière.
-Si je savais à qui l'adresser.
-A Saint-Germain-des-Prés, tu le connais.
-Tout s'est bien passé. Mais il faut attendre encore.
-Pourquoi on jouait à ces jeux-là ? Mais pourquoi, bon Dieu ?
-Je n'en ai plus, tiens.
-Quand elle ira mieux, on partira.
Comme elle le voulait. Au bord de la mer.
On s'attendrira. Ca, oui.
On se le dira jamais assez, qu'on s'aime.
Jamais. -Oui, Bob.
-Et toi ? -Oh, moi...
Ça me fera plaisir de vous voir à la sacristie.
Ensemble.
Une porte ouvre.
-Hémorragie interne.
Y a rien eu à faire. Je suis désolé.
La mère de Mic pleure.
...
-Je voudrais la voir.
...
-Bob ?
Ne pense plus jamais que t'es le seul responsable.
C'est elle aussi.
Lâchée dans un monde qui se débine.
-Mais te rejoindre, Mic,
comme j'y pense tellement par moments.
Ce serait aussi tricher.
Ce serait la solution romantique.
Vachement romantique.
Tu peux rire, Mic, si tu m'entends.
Je suis pris à vivre. Même en ayant si mal.
Musique jazz
Je crois que je suis devenu courageux.
...
-Vous vous tirez ?
-On va au Broadway, y a un nouveau Perkins.
...
-Eh, les sauterelles !
N'oubliez pas la surboum samedi.
-Je dirai à ma mère que je dois étudier chez elle.
-Je dirai la même chose.
-Et puis piquez des bouteilles chez vous.
-T'en fais pas, on connaît.
-J'apporterai des cigarettes. Je suis sur un coup d'américaines.
...
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