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1988 Na srebrnym globie
Film Polski pr�sente
SUR LE GLOBE D'ARGENT
bas� sur le roman de Jerzy Zulawski
Vous allez voir un film r�alis� il y a dix ans.
Un lambeau de film amput� de 20%.
La partie qui manquait
quand la r�alisation du film fut arr�t�e en 1977
n'a jamais �t� tourn�e.
Une voix off expliquera ce qu'il se passe
dans les s�quences manquantes.
Nous terminons la r�alisation du film en 1987.
Tomb� des nuages, la nuit, d'en haut.
Ils �taient tout pr�s, ils chassaient.
Ils l'ont trouv� le matin, fr�tillant, beau.
Deux jours � travers la neige, �puis�.
Il a pens� : pour eux. S�rement.
Qu'est-ce que c'est?
Ils l'ont vu tomber?
Impossible! Ils ont d� voir une �toile filante.
C'est ancien? �a n'a pas pu tomber maintenant.
Ils l'ont tous vu, la nuit, il y a deux jours.
Ils l'ont trouv� le matin, pour nous.
C'est un petit transmetteur d'il y a cinquante ans.
Du titane b�ta carbonis�.
�a a d�coll� sur un engin � six buses.
Tu n'as pas connu �a.
Pourquoi est-ce tomb� maintenant? Impossible :
cinquante ann�es dans l'espace...
A moins que...
S'ils disent la v�rit�...
Ils ne mentent jamais.
Un des vieux r�cepteurs pourrait l'analyser.
Si le cerveau n'a pas saut�, il nous dira
d'o� �a vient et pourquoi.
Dis-lui de ne pas franchir le seuil.
Il y a trop d'instruments. �a peut les d�r�gler.
A moins qu'elle ne vienne te voir.
Elle ne vient pas te voir, elle vient te chercher.
Tu ne comprends pas. Elle est � moi.
C'est toi qui es � eux. Couvre-toi, il fait froid.
Plus tard!
Qu'adviendra-t-il quand tu n'en auras plus?
La libert�, peut-�tre...
Ils pourraient nous tuer
ou profiter de notre sommeil pour voler ces comprim�s.
Mais non, nous sommes ceux qui les distribuent.
Ceux qui n'en prennent pas, �trangers comme un arbre.
Ceux � conna�tre, � apprivoiser,
� empoisonner, � embrasser...
Sommes-nous les derniers de ceux qui d�tiennent le pouvoir
ou les premiers de ceux qui se retrouvent sans d�fense?
Les deux astronautes descendent
dans un laboratoire.
Une grande salle remplie de postes r�cepteurs.
Une des vieilles machines
est capable de d�chiffrer le message
contenu dans la bo�te.
C'est un journal : une suite de plaques translucides
o� des images ont �t� enregistr�es.
Les premi�res nous montrent
le vol et l'atterrissage de la capsule spatiale.
Seul un fragment est intacte.
Je vois!
La mort s'approche!
Les pilotes descendent de la capsule.
C'est la montagne, l'air n'est pas respirable.
Le chef de l'exp�dition, O'Tamor, est mort.
Les survivants descendent de la montagne.
L'un d'eux, Thomas, est gri�vement bless�.
La deuxi�me fus�e s'�crase dans la montagne.
Ses pilotes, les fr�res Remogner, �taient-ils partis
� la poursuite du premier vaisseau?
La plan�te est parfaite pour y fonder une nouvelle vie.
Les astronautes voient une masse de pierres
faisant penser aux ruines d'une civilisation.
Thomas a de la fi�vre. Il d�lire.
Il lui semble que ceux qui ont d�j� p�ri
viennent le chercher.
O'Tamor le d�fend, les Remogner le poursuivent.
O'Tamor avait raison : l'air est ici respirable.
Nous allons vivre.
Attends.
Te souviens-tu de l'homme au moment o� il na�t?
Par son p�re il est dot� de semences
renfermant toutes ses virtualit�s.
Celle qu'il va cultiver
s'�panouira et portera ses fruits.
Si elle est v�g�tale, il sera plante.
Si elle est sensuelle, il sera animal.
Si elle est rationnelle,
son essence sera c�leste.
Si elle est intellectuelle, il deviendra ange.
Ou fils de l'homme.
Il est temps peut-�tre de dire que la R�publique
est en danger.
Que nous sommes des l�ches qui doivent
d�fendre le courage, le sexe, la conscience,
la beaut� du corps, la recherche de l'amour.
Et cette lutte peut quand m�me devenir
un destin h�ro�que.
Mais prononcer ces paroles,
c'est montrer l'immensit� de notre chagrin.
Car ceux d'entre nous qui croient le plus
ont pass� leur vie � parler de la peur,
de l'impuissance, de la laideur,
de l'amour propre et de l'apathie.
Bien que ce f�t notre tentative
de voir la r�alit� brute,
celle dont l'existence peut d�pendre
de notre vie honn�te,
de notre travail
et de notre honneur
qui ne nous permet de parler
que de ce que nous avons vu de nos propres yeux.
C'�tait...
Je n'ai pas entendu vos r�ponses.
Aucun signal ne peut traverser la radiation
enveloppant cette plan�te.
En tombant, ils sont pass�s au-dessus de la plaine.
Nous avons capt� une onde r�fl�chie.
Ils �taient au-dessus de moi.
O'Tamor �tait mort,
il venait me chercher.
Peut-�tre que �a se r�fl�chit et nous revient?
Une onde non seulement �lectromagn�tique.
Peut-�tre que nous reviennent les bions qui recr�ent...
Tu d�lires!
Tu sais que chaque chose que tu viens de dire
contient ne serait-ce qu'une bribe de v�rit�.
Justement parce que tu es capable de l'�noncer.
Couchons-le!
N'oublie pas pourquoi nous sommes partis.
Pour pouvoir reproduire impun�ment
ce en quoi nous croyons.
Ne l'oublie pas!
Quoi que tu dises, tout est v�rit�,
tant que tu ne l'as pas �nonc�
pour nous imposer ta volont�.
Je ne crois en rien.
Si tu le dis, tu regardes en toi-m�me.
Si tu regardes en toi-m�me, tu n'es pas aveugle.
Et c'est pourquoi tu es parti avec nous.
Oui, mon fr�re, tu meurs.
Dans tout ce que je dis, il y a de la v�rit�,
puisque je peux l'�noncer.
Car la libert� existe,
cach�e dans les t�n�bres.
Elle fuit le d�sir des t�n�bres
et cherche celui de la lumi�re.
Elle embrasse la lumi�re de sa volont� �ternelle.
Les t�n�bres poursuivent la lumi�re de la libert�
mais ne l'attrapent jamais.
Elles ont beau s'enfermer dans elles-m�mes
avec leur d�sir, elles redeviennent
t�n�bres.
Le vent se l�ve, la nuit tombe.
La pluie devient ouragan, Thomas meurt.
Avant sa mort, Marthe reste seule avec lui.
Elle lui fait l'amour, le prot�ge de son corps.
Le fleuve d�borde, c'est le d�luge.
Nous devons partir.
Ici, nous n'avons aucune chance de survivre.
Nous devons gagner la mer.
Viens!
Non! Non!
Tu es malade. Il faudra te porter.
Et arr�te cette cam�ra! Arr�te-la, imb�cile!
La mer!
Je vois la mer!
Georges.
Thomas grandit plus vite que sur Terre.
A six mois, il para�t avoir un an.
Se peut-il qu'il reste seul quand nous serons d�j� morts?
Marthe, ce sera bient�t la saison des pluies.
Six mois, c'est long.
Tu pourrais mourir, nous aussi, et alors...
N'est-ce pas, Marthe?
Oui.
J'ai pris les cam�ras de Marthe et de Pierre.
Ils ne veulent plus rien enregistrer.
J'ai int�gr� leurs m�moires � la mienne.
J'efface l'accessoire, je garde l'essentiel.
La seule chose o� je voie un sens.
Le mien.
Je dois �tre prudent. �a leur co�te tellement.
Moi, �a me co�te si peu, pourquoi?
Rien, je n'exige rien, je ne crois en rien.
Je ne crois qu'en notre...
qu'en ma libert� parfaite.
Pierre dit qu'autrefois, il y a des si�cles,
je serais devenu moine.
Pas encore un homme et d�j� tellement vieux.
Car en oubliant pourquoi nous sommes ici,
on est tel que je suis.
Car ce n'est pas nous qui contemplons le monde :
c'est le monde qui se perd � nous contempler.
Terre!
Tu ne veux pas apprendre, Thomas?
Je peux m'en passer pour respirer!
Qu'est-ce que la Terre?
Qu'est-ce que c'est, vieil homme?
La Terre, c'est ce que je sens envers toi.
Vous �tes vivants, mon p�re est mort.
Parle-moi, Marthe. Dis quelque chose.
Oui.
Tais-toi, Marthe!
Ris!
Pleure!
Danse, Marthe!
Danse!
On ne peut penser que lorsqu'on croit.
Sans foi, la pens�e n'existe pas.
Seul celui qui a la foi pense.
C'est donc la foi qu'il faut vouloir conna�tre.
La foi n'est possible que si l'on est enracin�.
Seul celui qui a
des racines peut croire.
Ce sont donc les racines qu'il faut vouloir conna�tre.
Ce n'est que dans les actes
qu'on a des racines.
Seul celui qui accomplit des actes a des racines.
Ce sont donc les actes qu'il faut vouloir conna�tre.
Tout est comme sur Terre.
Le m�me chaos, le m�me manque de v�rit�, le m�me mensonge.
Tu l'aimes.
Aimer veut dire se laisser totalement absorber.
Aimer veut dire se sentir responsable de quelqu'un.
On peut �galement prendre sans amour.
Mais l'amour en devient mal, l'amour en devient haine.
Nous sommes pourtant venus ici
pour ne plus ha�r personne.
Comment peux-tu �tre si heureux,
toi qui n'as rien?
C'est vous que j'ai.
Oui?
Tu as donc ce que nous avons : tu n'as rien.
Rien!
Georges, tu ne te d�fends m�me pas.
Terre!
Pierre!
Je l'ai trouv� ici.
Venu chez Salomon, l'ange de la mort regarde un serviteur.
"Qui est-ce?", demande le serviteur.
"L'ange de la mort", r�pondit Salomon.
"Il m'a regard�.
"Faites que le vent m'emporte vers l'Inde."
Et Salomon le fit et l'ange lui dit :
"Je l'ai regard� car j'�tais surpris.
"C'est d'Inde que je devais apporter son �me
et il �tait l�, pr�s de toi, � ta cour."
C'est la v�rit�!
J'aurai un enfant.
Le dernier. Il sera de toi.
Ne dis rien.
Je veux �tre en accord avec moi-m�me.
Aide-moi.
Tu ne t'es jamais laiss� peindre le visage.
Je peux?
Tu aurais pu tuer Pierre,
quand pour la premi�re fois il s'est approch� de moi.
Une fille!
Je les vois tous.
Comme tout autre chose.
Confus�ment.
Moi non plus, je ne comprenais pas.
Il fait nuit ici.
Tu es revenu? Et ma m�re?
Elle est morte.
Toi aussi, tu mourras?
Oui.
Comme ma m�re?
Oui... Oui...
Je le dirai, m�me si c'est obscur.
Moi, homme libre, d�pourvu d'�motion,
je suis bless� comme un animal.
Je souffre comme un animal. Comme Pierre.
J'ai apport� le chaos.
L'ordre, la s�r�nit�, la clart�, le calme,
tout a disparu.
Comme si sa mort avait emport�
le cauchemar sans r�ve, le r�ve sans r�alit�,
la r�alit� sans signification.
On m'avait appris
que l'oeil du monde qui me regarde,
c'est le m�me que celui
dont je regarde le monde.
Cet oeil n'est ni serein ni m�chant, il ne sent rien,
il n'attend rien.
Il est indiff�rent comme l'eau.
Je resterai dedans,
tant que j'en serai capable.
J'irai...
J'irai dans la montagne, chercher des m�taux
qui pourront leur servir.
Je vais r�fl�chir... Oui...
Je vais r�fl�chir...
Je vais sentir...
Me sentir uni � vous...
Roche!
Herbe!
Je vais sentir...
En moi, je vais sentir votre transparence,
le vent imp�n�trable, le froid absolu.
Je ne suis personne.
J'ai m�pris� ceux qui guerroient.
Maintenant, je suis moi-m�me m�prisable :
je suis en guerre contre moi-m�me.
Il y a la souffrance, sans celui qui souffre.
Il y a l'action, sans celui qui agit.
Il y a l'apaisement,
sans celui qui l'atteint.
Il y a le chemin,
sans celui qui le suit.
Tu es revenu, vieil homme.
Je vous en prie, continuez � danser.
Je suis Ada, la derni�re fille de Marthe.
Pourquoi ne meurs-tu jamais?
Pourquoi ne meurs-tu pas?
Ne comprends-tu pas ce que, toi-m�me,
tu nous as donn�?
Pourquoi es-tu en dehors de ce qu'il y a?
Ailleurs, l� o� il n'y a rien.
Rien!
Et la m�re Marthe,
f�cond�e par la Lune,
donna naissance � la foudre.
Et elle la rendit plus forte que Thomas.
Elle revint et, f�cond�e par le d�luge,
donna naissance aux poissons et animaux.
Et Pierre nous donna nos demeures,
la raison et l'arc.
Et toi, tu nous appris � nous souvenir.
Pourquoi ne parles-tu jamais?
Terre!
Terre!
Le vieil homme a dit :
"Terre!"
J'ai de plus en plus souvent
envie de m'enregistrer moi-m�me.
Non, non, non!
Viens,
toi qui te tiens immobile,
mais, qui � chaque instant, te rapproches de moi.
Elle ressent le feu.
Elle sert le feu.
Elle se donne � moi
car je domine le feu.
Je suis consacr�e � vous qui �tes venus.
Je pourrais l'�pouser. Ils ont peur de moi et de lui
car nous jouons, Marthe,
toi et la pluie.
Aime-moi.
Moi, j'aime tout.
Parle-moi!
Je te maudis
au nom du Vieil Homme.
Parle-moi!
Parle-moi!
Tuez-le.
Tuez-le!
Le Vieil Homme prie pour vous.
Il a voulu dessiner quelque chose.
Il ne sait plus �crire.
Le mal, peut-�tre?
Le mal.
Pardonne-moi.
Ne me regarde pas dans ce maquillage,
dans ce costume, dans cet avilissement.
Tu ne m'aurais pas cherch�
si tu ne m'avais pas trouv�.
Enregistre attentivement :
tu enregistres un mi-dieu
et un animal.
Avais-tu peur sur Terre?
Oui.
C'est de l� que nous sommes.
Tu vas y retourner.
On ne retourne nulle part, je te l'ai d�j� dit.
Tu ne dois pas dire toute la v�rit�. Tu es le Vieil Homme.
Dis-moi seulement pourquoi tu sais tout.
Car l'�ternit� est un �tat o� on poss�de tout,
Ada.
Je suis Thomas II, fils de Thomas 1er.
Thomas III.
Quand tu parles ainsi, m�me Ada ne te comprend pas.
Nous avons peur de regarder ton visage.
Je ne sais pas
m'opposer � vous tous, Thomas III.
J'�touffe, je m'impatiente,
je me languis.
Tu es le Vieil Homme.
B�nis-moi, Vieil Homme.
Comment?
Thomas 1er �tait fain�ant.
Il n'essayait pas d'agrandir le pays.
D'aller voir ce qu'il y a plus loin. Plus loin!
Comme s'il avait peur.
Demain, la mer sera calme.
Nous irons de l'autre c�t�.
Par beau temps, on y distingue quelque chose.
Et si l'autre c�t� n'existe pas?
Il doit exister.
Oui, tu as raison.
J'oublie parfois que je sais tout
et ne comprends rien.
Tu veux voir Marthe.
Je ne suis pas oblig�.
J'y crois.
C'est la M�re Marthe qui cr�a le monde.
Nous devons le conna�tre car il nous appartient.
Que fais-tu, Ada?
F�che-toi contre moi, Vieil Homme.
Tu ne m'�coutes pas.
Je sais que tu ne peux pas tout me dire.
Tu vas y retourner.
Ne conte pas de sornettes, au moins toi.
Tu es ma fille.
Nous sommes tous tes enfants.
Tu nous montres le bien et le mal.
Pourquoi vous a-t-on chass�s de la Terre?
Moi... Moi...
Je suis beau...
Je suis jeune...
Je sais ce que personne...
ce que personne ne sait...
Que la b�n�diction des hommes soit avec vous.
Rends-moi �a! Assez.
La m�moire est presque �puis�e.
L�-bas, de l'autre c�t�...
Nous avons trouv�...
des cit�s �normes.
Une ville comme une ruche...
Tous ont p�ri.
C'est peupl� de monstres!
Ils ont des ailes noires.
Un oeil au milieu du front.
Ils me poursuivent,
ils vont venir ici et d�truire l'humanit�.
Ils s�ment la mort, Seigneur.
Seigneur!
Seigneur!
C'est le vent?
Seigneur, ne nous quitte pas!
Je te surpasse.
Et je peux te jouer.
Terre!
Terre!
Terre!
R�jouissez-vous!
Le Vieil Homme s'en va!
Peut-on partager sa couche avec sa fille?
Si un fr�re...
vole une chose qui appartient � son fr�re,
faut-il lui couper une main?
Faut-il nourrir les morts tous les jours
ou seulement les jours de f�te?
La naissance d'un enfant est-elle une f�te
si l'enfant n� aveugle?
Je ne sais pas.
Je ne sais rien.
Je ne sais rien!
Rien!
Elle n'est pas malade!
Elle est la victoire du d�sir sur la v�rit�.
Celui qui joue est malade.
L'acteur est malade : c'est toi qu'il cherche en lui.
Et il est laid, bien qu'il voie et sente.
Il ne sera aim� de personne et il fait des grimaces.
Tel un miroir d�formant.
L'acteur est la victoire de la laideur
sur la beaut� du monde.
Tu entends?
Tu entends?
Ils arrivent!
Ils arrivent!
Viens,
Dieu sanguinaire.
Seul, bizarrement accoutr�, mi-astronaute, mi-divinit�,
Georges va retrouver sa fus�e.
Le corps d'O'Tamor est l�, comme il l'avait laiss�.
Georges met dans la bo�te du transmetteur
les plaques contenant le r�cit de ce qui leur est arriv�.
Avant d'envoyer le transmetteur dans l'espace,
il enregistre son propre visage.
Et ses larmes.
Dans le laboratoire, les �crans s'�teignent.
Personne ne dit rien.
"Il faut l'envoyer sur la Terre",
dit le plus �g� des astronautes.
"Rentrons", r�pond l'autre.
"R�jouissons-nous d'�tre vivants."
"Tu pleures?", demande le plus �g�.
"Je ne sais pas qui je suis."
La porte s'ouvre doucement
une jeune fille entre.
Celle qui avait des dessins sur les paumes.
Et qui est morte avec Thomas II.
Pas la m�me, mais �ternellement pareille.
Des guerriers, l'arc � la main, la suivent.
L� o� la fus�e de Georges s'�tait �cras�e,
un autre vaisseau spatial atterrit.
Il est plus moderne. Un seul homme en descend.
C'est Marc.
Tourn� vers la cam�ra du vaisseau, il dit :
"Tout est comme dans le message."
Il regarde le visage de Georges.
"Ils sont beaux", dit-il. "D�mod�s et dr�les.
"Je descends."
On entend le bruit de la radio.
Marc r�pond qu'il va bien.
"Croire que vous n'existez pas? Bonne id�e.
"Embrasse Aza de ma part."
Marc d�branche la radio et descend.
En bas, une foule grise fourmille.
Ce sont les Fr�res Attendant qui observent la montagne.
Georges est all� l�. C'est de l� que vient Marc.
Les proph�tes avaient annonc� l'arriv�e
du jeune Dieu-Vainqueur qui allait d�livrer les hommes
du pouvoir des terribles Cherns, cr�atures cruelles
et imp�n�trables
qui ont r�duit les hommes en esclavage.
"Je ne suis pas le Sauveur mais un homme comme vous."
Le prieur ne le croit pas : "Tu le veux ainsi."
Ce n'est pas la foi de ces malheureux qui entra�ne Marc :
c'est la r�volte.
L'arm�e des Cherns est compos�e de Mortz,
monstres mi-humains, mi-Cherns.
Ils sont cruels, forts et stupides.
La derni�re bataille est livr�e
au bord de la mer,
o� les hommes habitent sous la terre,
avec l'archipr�tre Malahuda.
O� est l'archipr�tre Malahuda?
Nous venons le saluer, le Vainqueur.
Si c'est le Vainqueur...
Si...
Si!
Arr�tez-le! Punissez-le!
Je devrais te tuer.
Ils ne peuvent pas te voir bless�.
Vite!
Laisse �a!
L'archi tra�tre qui ne t'a pas salu� sera puni.
Le p�re de ta fianc�e, celle que tu aimeras.
Elle t'est destin�e.
Va-t'en!
Nous verrons qui a raison : celui qui attendait
ou celui qui s'est prostern�.
Allez-vous-en!
Je ne savais rien de ma propre personne,
de ce que je faisais sans peine.
Je jouais avec mon intelligence,
cherchant un but adulte bien que je fusse jeune.
C'est stupide de ne pas comprendre son propre charme.
Qui �tes-vous?
Des acteurs, Seigneur.
Nous n'avons pas le droit de lutter, de franchir le seuil.
Nous devons servir, Seigneur.
Tu es humain.
C'est tr�s bien, je pourrai t'incarner.
Pourquoi pleures-tu?
Notre cit� souterraine
o� nous c�l�brons la promesse de ton arriv�e.
Il y a des sectes de po�tes, d'iconoclastes...
Les moines ont �crit ici leurs proph�ties.
L�-haut, l'�me de l'homme devient Chern.
Elle justifie ses actes.
Elle s'entretient avec lui.
C'est ton �glise, Seigneur.
Seigneur, ils sortent.
Mais ils sont ridicules, sans d�fense.
Ce qui est sans d�fense est fort. Le bien est vicieux.
C'est tout? C'est fini?
Le Chern Aville s'est enfui.
Ils vont envoyer des secours.
Malahuda remet le pouvoir entre les mains de Marc
et lui parle de sa fille, Ih�zal,
vou�e au Vainqueur,
et aim�e du jeune guerrier Y�ret.
"C'est moi qui parlais aux Cherns, qui les suppliais
"d'�pargner la vie des hommes.
"J'essayais de comprendre leur d�pravation",
dit Malahuda.
"La foi a perdu sa raison d'�tre, puisque te voil�.
"Elle devient r�alit�."
Je suis seul. Prince dans une chambre glaciale,
inscrite dans un espace tout aussi glacial.
Je porte mon propre espace dans un pays absurde,
dans un temps absurde.
Comme si le monde entier s'�tait confondu
en une vision de leur corps,
cherchant en eux-m�mes un sens
qui n'est pas dans les corps.
Les Cherns capturaient des enfants et ils leur...
Ils voulaient voir le d�mon quittant le corps.
- Vous l'avez support�? - Ils sont imp�n�trables.
Leur pr�sence est po�tique, disent les Mortz.
Mais �a pue ici!
Les Cherns ont un oeil au milieu du front.
Cet oeil leur sert de moyen de communication.
On peut comprendre toutes les nuances.
Les Mortz disent que c'est beau.
Que nous sommes infirmes.
Que nous ne savons concentrer notre mal ni notre force.
Ils vous tuent.
Incidemment.
Impossible de comprendre leur choix de la victime.
Vous avez n�goci�?
Ils refusent.
Depuis qu'ils prennent nos femmes, ils ne bougent plus.
Ils restent couch�s et regardent.
Et ils se parlent.
�a nous rend inquiets, nous voyons tout.
Tout!
Rien! Rien!
Certains savants disent qu'ils n'existent pas,
qu'ils sont le reflet de nous-m�mes.
Comment �a?
Je ne sais pas.
- Tu les crois? - Non, Seigneur.
Et moi, tu crois en moi?
Qui es-tu?
Un homme.
Les heures, les nuits de plomb, du plomb dans l'�me.
Le mal de l'�me devenu plomb, les pens�es de plomb.
Le cancer de plomb
d�vorant mon corps, fluide comme l'amibe,
dans mon droit �go�ste
� chercher l'endroit de volupt�s plus grandes.
Elle joue la femme que tu as quitt�e.
Quoi?
Que tu as quitt�e pour venir ici.
Comment l'as-tu su?
De la proph�tie.
Oublie!
Quoi?
Elle te prie de ne pas revenir.
- O�? - Sur Terre.
Redoute les marques de d�bauche
sur le corps de la femme perdue.
Ne crains pas ce qu'il y a, ce que tu ne sens pas.
C'est effroyable : tomber aux mains d'un dieu vivant.
Aza!
Ce sera d�sormais mon nom.
Ih�zal! Aza!
Je veux aller l�-haut et rester seul, sans vous.
Je savais que tu viendrais.
Comme tout �tre pensant, tu es curieux.
Tu te demandes qui je suis. Je t'ai sauv� la vie.
Ils t'auraient tu�.
Parle-moi. Je comprendrai qui tu es.
Je t'entends, j'essaye de comprendre.
Tu es moi, je suis toi, tout est identique.
Quand je parle avec toi, c'est avec moi que je parle.
Tu es la porte et le tunnel.
Tu es la lumi�re du dernier seuil.
C'est absurde!
Comment?
Avec quoi?
Je ne connais pas cette notion. Je ne comprends pas.
Que nous sommes fr�res? Ensemble.
Ta pens�e a d�vi�.
Toi, moi, nous �tions sur le point de...
Maintenant, je ne vois que des �clairs.
Non, la lumi�re!
Pourquoi r�p�tes-tu : Dieu? Pourquoi la mort?
Pourquoi la r�surrection?
Reviens!
En toi la survie car tu n'es pas ferm�,
car la contradiction que nous sommes... animaux,
tu la r�sous dans le pouvoir.
Je suis animal parmi les animaux.
Celui survit qui d�vore les autres.
Minables ceux qu'il d�vore.
Il faut les saigner pour ne pas �touffer.
Pour que le froid retourne au froid.
Tr�s bien!
Pourquoi r�p�tes-tu son nom : Aza?
Elle m'accuse de ne pas m'�tre donn� tout entier?
Quand suis-je tout entier?
Moi qui suis en proie aux t�n�bres en lutte �ternelle.
Viens! Viens ici!
Aville!
� Marthe! � peuple!
Le Vainqueur!
Parle-moi encore, monstre!
Tiens!
Encha�ne-le! Je vais lui parler.
Tu as �t� seule avec un Chern?
Elle l'a pris!
Il a peut-�tre des traces?
Assez! C'est moi qui commande.
La loi dit que les femmes qui...
C'est moi qui suis loi.
Je la prends sous ma protection. Elle est � moi.
J'ignorais ce que voulait dire volupt�.
J'ignorais ce que voulait dire ne pas r�pondre de soi.
Tout est � toi, Seigneur.
Tu es le lib�rateur.
Comment te sens-tu devant le Vainqueur?
Je vais le servir de toutes mes forces.
Le Vainqueur est injuste.
Tu enjambes le mal. Laisse les bons �tre bons.
M�me dans la douleur.
Oui! Oui! Oui!
Chut, calme-toi.
Je suis fatigu�.
Ecoute.
Tu m'as prise. Je suis � toi.
Je serais � toi m�me si tu n'�tais pas venu.
Mais alors, tout le monde pourrait me prendre.
Mes enfants seraient tu�s.
J'accepte tout. Je suis � toi. Je suis comme toi.
- Tu aimes Y�ret? - Je n'aime que toi.
Je suis venu ici car la femme que j'aime m'a tromp�.
La seule pour qui...
C'est comme si rien n'�tait important.
Est-ce le pouvoir que les autres ont sur nous?
Qu'est-ce que je poss�de? Qui suis-je?
Un coup de couteau et le ballon est � la d�rive.
Et le voyageur, enroulant son cocon d'air,
voit les t�n�bres et se met � crier.
Je suis dans la prison de ma propre libert�.
Dans l'enfer de celui qui observe.
Je suis capable d'aimer et toi, et cette femme.
Sois. Ne pense pas.
Je n'aurai pas mal.
Pourtant, je suis vivant!
Vivant!
Je te d�fends de raconter ce qu'il s'est pass� ici.
- J'�tais insens�. - Comme tu veux, Seigneur.
Je suis faible.
Je suis un homme!
De la terre!
Je suis celle qui t'a pris en soi.
Je te vois d�j� h�siter. Tu veux parler � mon p�re,
car il s'est soumis,
et au Chern Aville, car il s'oppose � toi.
Tu te sens souill�e, rejet�e?
Je t'aime comme personne ne t'aimera.
Le Vainqueur est venu des profondeurs de la foi,
d'au-del� de la vie et de la mort.
D�sormais, tout manque de foi sera s�v�rement puni.
Nulle est la valeur des infid�les.
Partons maintenant, allons nous venger des Cherns.
Qu'ils ne touchent plus � nos femmes.
Aux armes, fid�les! Suivons Y�ret!
Aux armes!
Je suis s�r que tu me comprends.
Hier, tout �tait diff�rent.
Ils se pr�parent aujourd'hui � une exp�dition.
M�me si tu es cruel, il doit y avoir une v�rit� en toi.
Je veux te comprendre.
On me parle de vos crimes. Je ne sais pas.
Le passage du visible en invisible que nous effectuons
nous empreint-il de son image?
J'ai toujours attach� peu d'importance aux extr�mes
de la foi et de l'illusion,
croyant que, dans le fond, chacun est bon.
Si tout est v�rit�, elle existe dans chacun.
Je dois faire ce que je veux? Pourquoi ce m�pris?
Pourquoi est-ce que je sens ta haine?
Au-del� de la mer, il y a une ville, grande et riche.
Je ne te l'ai pas demand�.
Tu as parl� du principe cach� et de la r�ponse.
Y a-t-il un endroit o� tout s'unit?
Je ne comprends pas. Continue, c'est beau.
Je ne comprends rien. J'ai peur.
J'entends le mouvement de l'eau.
Non, de la nuit! Non, du mouvement, de la volont�!
Je...
Que veux-tu dire?
L'irrationnel, l'esclavage...
Le pouvoir en tant que but en soi?
La cruaut� en tant que vertu? L'inertie de l'ensemble!
Pourquoi donc me craches-tu dessus?
Tu ne me donnes rien sauf ton m�pris.
Et le m�pris ne va pas te d�livrer.
Son pouvoir sur moi est infini.
Quel pouvoir? De qui?
Tu es animal!
Tu es animal et toi-m�me.
Tu sais donc parler?
C'est toi qui entends?
- Pourquoi me parles-tu? - Tu me donnes � manger.
Tu veux donc vivre.
Tu crois que je suis vivant?
Oui, car tu es un animal.
N'y a-t-il rien en toi qui vit au-del� de l'animal?
Je ne comprends pas.
Et toi, et moi, nous sommes des animaux.
Moi, j'accepte. Toi, tu n'acceptes pas.
Je refl�te ce qu'il y a en toi.
Tu ne refl�tes pas ce qu'il y a en moi.
Une chose m'int�resse.
Qu'est-ce que la Terre, la plan�te d'o� tu viens?
Une �toile. Tu comprends?
J'ai oubli�.
Leur orgueil!
Leur d�sir de la mort!
Ma mort car je me vois en eux.
Je la vois extasi�e, empal�e, criant...
Acc�der dedans. Expulser la m�me chose.
L'infini est dedans.
Je n'aime point. L'amour est dedans.
Aimant tout, tu es tout. Tout devient indiff�rent.
Tu touches la v�rit�.
L'animalit� gr�ce � laquelle tu existes.
Je vois, au-del� des mots : v�rit�, mal...
Ces mots ne signifient rien.
Je d�sire cette douleur, ce flottement.
Je me sens uni � vous. Roche, eau...
Je sens votre transparence, le froid absolu.
Je ne suis personne. J'ai ha�, m�pris�.
Maintenant, moi-m�me, je suis m�prisable :
je suis en paix avec moi-m�me.
Et cette illusion ne change rien.
M�me pas une ride � la surface du monde.
Je vois! C'est l'oc�an!
Tu me montres sa beaut�.
Parle plus lentement.
Tu t'ouvres... lentement!
Je suis sur le seuil. Lentement, �a fait mal!
Sa beaut� fait mal.
On m'avait appris � �tre intelligent, conqu�rant.
Ne me parle pas d'�motions! Je n'en ai pas!
Qui? Comment? Que dois-je faire?
Te lib�rer
car les fers brisent tes ailes?
Tu es beau, divin. Je t'aime!
Je veux dispara�tre dans ta sagesse!
Il veut te tuer.
C'est Dieu!
- Il ne dit rien que tu ne saurais d�j�. - Je l'entends!
Non! Ce Dieu est en toi.
Comment le sais-tu, femme?
Je le joue et je sais sentir la naissance et la mort.
La v�rit� et la non-v�rit�.
L'autre m'a tromp� pendant des mois.
Tu commences seulement � voir, � pressentir.
Rien n'importe, sauf ce que tu exiges de toi.
Ta sagesse me d�passe.
Il te parle. Il te chante. Je le sens dans mon corps.
Il se moque de toi. Il dit que tu ne m'as jamais prise.
Et ne me prendras jamais car tu es sec et mort.
Il dit que tu ne vis pas.
Car tu es un objet,
tu ignores le sens, tu ne te connais pas.
Tu es faible, aveugle!
Non! Non! Non!
Emmenez-le!
J'apprends depuis des ann�es, Vainqueur.
Dans les entraves de mes devoirs, pendant de longues nuits sans sommeil,
j'ai pens� que je partirais tout en apprenant.
Que je retournerais ma vie comme un gant.
En un geste. Regarde!
J'ai toujours cru : il y a deux voies.
Comme si, quand nous jouons ce que nous jouons,
la satisfaction n'existait pas.
Dis-moi ce que je dois faire.
Tu le sais toi-m�me. Tu le sais s�rement
puisque tu as pris ma fille
et que tu l'as chang�e en femme.
Que sais-tu des Cherns?
Le Chern en nous est invincible, Vainqueur.
Tu as d� l'�prouver toi-m�me.
Comment veux-tu en vaincre des milliers?
Comme tu vois, je joue,
en m'�cartant de ton chemin.
C'est � toi d'agir.
Quand tu seras parti, l'espoir reviendra.
Qu'est-ce que l'espoir?
Esp�rer,
c'est croire que notre personne remplira la forme.
A t�tons.
Je languis.
Tout dure. Moi, je dure.
Je veux, de plus en plus souvent, ne plus participer.
Moi, Eunuque, dans un paysage de d�sespoir.
Allons au-del� de la mer.
Vous avez la poudre. Allez-y.
Ils croient en toi, ils t'attendent.
Je vais te la rendre.
Tu as besoin d'une femme.
Pourquoi ce myst�re du chaos dans le Chern?
Pourquoi le mal m�thodique est-il tellement absurde?
La v�rit� est-elle seulement dans ce qu'il y a
de plus absurde et cruel que je puisse penser ou �noncer?
Et le courage?
Quelles sont tes intentions, Seigneur?
Elles sont toutes dans la proph�tie.
Pourquoi me poser la question?
Tu dois te montrer au peuple, Seigneur.
Le bruit court que la mer ne t'a pas ob�i.
Il faut des imp�ts.
Il faut du m�tal et du salp�tre.
Et de la main-d'oeuvre.
Tu l'as dit, Seigneur.
Homme de peu de foi, peut-il en �tre autrement?
N'est-ce pas, h�r�tique?
Tu sais tout, Seigneur.
Que t'ai-je fait, monde, que je ne te comprends gu�re?
Tu es content?
Tu es en nous comme la moelle dans l'os.
- Qu'as-tu dit? - Rien, Seigneur.
Tu nous permets de nous r�jouir.
Ils jouent que le Chern cr�a un monde
qui lui parut parfait.
Mais il vit la lumi�re qu'il n'avait pas cr��e
et il revint dans sa patrie.
Sa force virile se transforme alors en attente f�minine.
Je fais tant d'effort, Seigneur.
Son p�re, l'h�r�tique Malahuda, se moque de toi
et �branle la foi du peuple.
Ton d�part r�tablira la paix, dit-il.
Je ne suis pas venu apporter la paix.
- L'h�r�tique Roda... - Qui?
Un savant qui a fait plusieurs inventions.
Il dit que la Terre n'existe pas.
Que tout est vide.
Qu'il n'y a que nous et les Cherns.
D'o� suis-je donc venu?
De dessous la surface, dit-il.
Et pourquoi suis-je venu?
Tu n'es pas venu. Tu as �t� chass�.
O� est Y�ret?
Il pr�pare le supplice des Mortz en ton honneur.
- Il y a des prisonniers? - Ce sont des animaux.
Assez! Personne ne mourra sans que je le sache.
Tu sais tout, Seigneur.
Tu es Lui. Je reconnais ton courroux.
Un fleuve d'amour m'emporte.
Il est peut-�tre infamie, trahison et douleur,
mais il embrasse et le bien, et le mal.
Il est le bien, puisqu'il est l'amour.
Et pourtant, l'unique pens�e qui anime la pens�e,
l'unique fid�lit� qui conf�re une forme
au chaos de la biologie,
c'est la fid�lit� au but que l'on s'est fix�.
Elle me donne le sentiment de pouvoir ordonner ce chaos
suivant mes id�es � moi, bien que toute la r�alit�,
y compris cette phrase-ci, ne soit qu'une id�e � moi.
Je t'ai plu?
Pose ton pied sur elle, rends-lui sa dignit�.
Ils vont me tuer!
Laissez-moi seul!
Allez!
Vous ne pouvez, Mortz,
�tre seulement fils de vos p�res.
Vous devez de vos m�res tenir un �l�ment humain.
C'est � cet �l�ment que je veux m'adresser.
Vous sauverez votre vie si vous vous unissez � nous.
Si vous nous suivez,
Mortz.
M�re, m�re.
P�re, enfant.
Tuer rien. Toi rien.
Tout douleur, Chern.
R�ve douleur, jour douleur, peur.
Calme Chern, moi Chern.
Quand Chern chante, moi animal.
Toi moins, toi mort, moi arc.
Arbre, herbe.
Moi mort Mortz. Moi courir.
Moi marcher, moi loin, toi pr�s.
Toi peur, douleur, poids. Toi parole.
Moi silence. Nous partir.
P�rir, flotter.
Toi Chern. Qu'il chante.
Je vois la terre, l'herbe et la for�t.
Je sens un souffle doux.
Je vois des oiseaux qui me font penser � la mort.
Lib�rez Aville!
Ih�zal l'a fait venir ici.
Comment?
Quiconque conna�tra le monde trouvera un cadavre.
Et le monde ne sera plus digne de lui.
Elem veut les jeter au b�cher.
Il a raison, Seigneur. Elles ne sont plus rien.
Le Chern leur br�le le sexe.
Elles disent que cette extase est presque ignoble.
Le Chern touche leur noyau, le coeur des t�n�bres.
Et il le d�chire, il le comble,
il l'explique.
Tu parles comme si toi-m�me...
Je ne sais rien! Rien!
Que veux-tu?
Que dois-je faire? Comment me d�fendre?
J'ignorais qu'un tel amour puisse exister.
Sur Terre, c'est diff�rent.
Il y a le jour et la nuit?
Oui.
Le noir et le blanc?
Oui.
- L'amour et la haine? - On n'y tue pas.
On tue quand on vit.
Non!
Que sens-tu?
La joie, la force de l'accomplissement.
Tu m'apprends des choses que j'ai toujours ignor�es.
Moi, je sens l'amour.
Ce n'est que mon corps qui souffre.
Ma douleur n'est que physique.
Je peux le palper et je peux aussi dire :
� art nouveau, �loigne ma pens�e d'elle.
Qu'elle soit absente, que tu ne souffres plus.
Comme si l'�me venait doucement se dessiner
� travers le corps enfl� de souffrance.
L'�me ne souffre pas.
Tel un fleuve en �t�, elle est indiff�rente.
Mon �me et moi, nous sommes identiques.
Elle �tait belle et connue.
Oui.
Tu ne l'as jamais aim�e.
Pour quoi faire?
Pour la f�te de demain.
Pour saluer ce qui est et ne pas rejeter ce qui n'est pas.
La palpabilit� du mal qui nous entoure,
notre condescendance pour nos passions,
notre soumission � nos souverains,
c'est la cons�cration du mal,
notre transformation
en glande meurtri�re.
Pourquoi t'occuper d'une femme?
La saintet� de l'homme, c'est la puret� de la Visitation.
Quelle Visitation?
Seigneur,
le Chern...
Si le Chern est le mal, si moi, je suis Dieu,
qu'y a-t-il de plus grand, de plus calme que Dieu?
En route!
La chaleur sera br�lante, Vainqueur.
Surveille, souviens-toi et retiens.
Tu le sens?
Les infid�les, les femmes corrompues,
ceux qui ont cach� leurs fils...
Je me souviens de toi.
- Comment t'appelles-tu? - S�vim.
Qu'�tais-tu?
Pr�tre.
Vas-tu me servir?
Contre qui, Ma�tre?
La mer est calme, la brise pousse les bateaux.
Sur leur route, ils rencontrent
le savant Roda et l'Acteur, chass�s pour leur manque de foi.
Roda d�visage Marc avec m�pris.
"Tu n'existes pas!", lui crie-t-il.
Marc r�pond : "Si je p�ris, va retrouver ma fus�e.
"Enferme-toi dedans et pousse le bouton rouge."
"Compte sur moi, je peux t'incarner", dit l'Acteur.
"Mon casque se trouve chez les Fr�res Attendant",
ajoute Marc.
Roda : "Tu me laisses ici et tu parles de ta fus�e."
"Oui", r�pond Marc, "nous avons les m�mes chances."
Marc!
Marc, tu m'entends?
Il ne r�pond pas...
Aza!
Le pas suivant, le seuil suivant
qu'il me faudra franchir,
c'est la mort.
Parle.
Toujours rien.
Et si ce n'est pas �a que je veux savoir?
Sa v�rit�, ce sont ses t�n�bres.
La lumi�re se formule toujours contre elle-m�me.
Parle.
Toujours rien.
Et si ce n'est pas �a que je veux savoir?
L�-bas.
Je dois savoir.
L�-bas...
Ici, pas l�-bas.
L�-bas. Il faut que je voie.
Celui qui ram�ne tout � la physiologie
fascise l'�me.
Ramen�e � la physiologie,
l'�me se rapetisse, au lieu de s'agrandir.
Comme si l'homme, vivant, n'�tait capable de rien,
comme s'il ne pouvait cr�er que lorsqu'il est infirme
ou mort.
"Ma�tre Jacques", disent les portiers qui le saluent.
Dans la salle, on voit une foule d'auditeurs,
habill�s comme lui, pench�s vers l'avant, fascin�s.
Au fond de la salle, on voit Aza qui chante.
C'est au sujet d'elle-m�me qu'elle chante.
De l'amour qu'elle �prouve pour elle-m�me.
Jacques ferme les yeux, tr�buche, court � la sortie.
Qu'y a-t-il?
Ce charlatan m'a fait bouffer une saloperie.
Pas de nouvelles de Marc?
Nous l'avons envoy� l�-bas pour mieux faire l'amour.
- Oui. - Maintenant!
Maintenant! Toujours!
Nous faisons l'amour,
mais tu as vite perdu ta jeunesse.
Car pouss�e jusqu'au bout, la mati�re est amen�e
� l'auto-explosion.
Comme si, au-del� d'une limite, elle devenait la mort.
Encore une fois, parmi tant d'autres,
tu �tales tes charmes � la foire.
Tu renais gr�ce � l'amour,
mais tu ignores que ce n'est pas toi
qui fixes la valeur de la marchandise,
que la main qui te tripote
et te retourne, est celle du principe m�me
de la foire,
une main meurtri�re,
tel un oeil qui se pla�t � observer l'usure
des acteurs en rut.
Dans la nef, on voit des rang�es d'armoires en m�tal
dont les tiroirs sont remplis de lampes.
Elles sont identiques et ressemblent � de vieilles lampes de radio.
Les Cherns s'�lancent � l'attaque, Marc tire.
Un des Cherns est tu�, son oeil tombe par terre.
Apr�s son dernier �clair, Marc r�p�te silencieusement :
"C'est tout!"
Des milliers d'yeux de Chern, de cerveaux de Chern,
attendent dans les tiroirs.
Les murs sont couverts de fresques.
Pourries, ternies, mais lisibles.
Des Cherns sur le tr�ne, fig�s, pompeux.
Des Cherns saints, des Cherns vainqueurs,
contemplant le plus �g� d'entre eux ou regardant
vers les cieux.
Marc dit silencieusement : "Rentrer."
"Rentrer."
Aza!
Tu es folle!
Tu vois!
Il arrive un moment o� il faut se rendre,
laisser sortir ses tripes,
comme pour admettre qu'il n'y a que �a en nous.
Par un tel acte, on renonce � son secret,
on se d�fait de soi-m�me,
totalement.
Toi...
Et si ce n'est pas toi, qui d'autre?
Moi?
Nous nous r�jouissons de ton retour,
mais, partis si nombreux, vous revenez si peu.
La guerre, les maladies...
Y�ret m'a d�j� dit
que vous aviez fait tout ce qui est dans le pouvoir de l'homme.
Rien de plus.
O� est Y�ret?
Avec toi. Il t'a amen� des renforts.
Comme tu l'avais demand�. Tu ne te souviens pas?
J'�tais malade...
On nous l'a dit.
Pourquoi?
Par manque de foi, �videmment.
Ce n'est pas la foi qui exige le don de gr�ce.
Pourquoi avons-nous recul�?
Nous aurions d� lutter jusqu'au bout.
Il est dit : "Qui se conna�t soi-m�me conna�t Dieu."
Moi, je me connais.
Et toi, fr�re?
Depuis ton d�part,
d'�tranges meurtres ont �t� commis.
Le peuple est pris de panique.
O� est Ih�zal?
Ih�zal!
Debout!
En toi, il n'y a aucun myst�re.
Tu en parles, mais tu n'y crois pas.
Tu es comme un animal qui suit une trace,
toujours le m�me vent.
Une actrice qui joue la valeur du sentiment
et son inconstance.
Tu es la biologie,
poursuivant le myst�re par le ventre
que tu confonds avec le myst�re m�me.
Car nous crions du fond de l'ab�me :
laisse-nous atteindre la gr�ce de ta r�surrection,
nous noyer dans ta bont�,
conna�tre la gr�ce de ta mis�ricorde
et ressusciter avec toi,
myst�re, car nous sommes minables et morts.
Ih�zal!
Pourquoi te caches-tu?
Tu m'as tant manqu�!
Moi, sans toi...
Moi aussi, je t'ai attendu.
Rien ne comptait, sauf ma fid�lit�.
Pourquoi ne te laisses-tu pas toucher?
Peut-�tre sommes-nous faibles et vicieux?
Peut-�tre que je cherche
une fra�cheur inconnue?
Je ne te comprends pas.
Mon �treinte est douce.
Elle n'est rien aupr�s de la vraie volupt�.
Si le corps accepte qu'il est corps.
Je suis corps, Seigneur.
L'id�e de dissociation, la conscience en dissociation,
la dissociation de la nature,
la dissociation de la vie de Dieu?
L'id�e de d�doublement est conforme � ma nature.
La contradiction entre la forme et le d�sir.
Entre la r�ponse et les t�n�bres.
Je suis donc Dieu.
Je suis Dieu!
Viens, Seigneur.
Seigneur! Seigneur!
Les Fr�res Attendant ont vu ta fus�e
s'envoler vers l'espace.
Je ne veux plus voir, je veux savoir.
Je veux �tre l�-bas.
Toi ici, l�-bas rien.
L�-bas, il n'y a rien.
Tout ici.
Tu peux mourir.
Je t'en prie.
Je n'ai pas peur.
La mer!
Il faut changer leurs lois cruelles,
chasser les pr�tres, d�truire les faux espoirs.
Ils vont s'opposer.
Nous avons des canons.
Contre qui?
Contre la ville.
Ils ont raison, Seigneur.
Heureux celui qui fut avant de devenir.
Et vous deviendrez ceux qui passent leur chemin.
Le Chern Aville s'assied au-dessus de la t�te de Marc.
"Bienvenue, fr�re", lui dit-il.
"Sans cet oeil programm� par quelqu'un
"ou par vous-m�mes quand vous saviez encore penser...",
dit Marc.
"Et toi, qui t'a programm�?", demande le Chern.
"Qui suis-je?", demande Marc.
Montrant la poussi�re sur la croix, Aville dit : "�a."
"Vais-je sortir de ces t�n�bres?", demande Marc.
"�a fait mal, n'est-ce pas?", r�pond le Chern.
Jacques tire. Le Chern s'�croule sur le sable
tout en r�p�tant de plus en plus lentement :
"L'amour... l'amour..."
Force, ma force, pourquoi m'as-tu abandonn�?
Qui?
Quoi?
Pourquoi?
Bienvenue,
gr�ce.
Ah, bon.
Combien peut-on accepter, combien peut-on pardonner
pour ne pas, soi-m�me, devenir Chern?
Les astronautes sont dans la salle de jeux du casino.
Jacques entend leurs conversations.
"Il �tait animal parmi les animaux",
constate l'un.
"L'�me est dans la forme", dit quelqu'un d'autre.
Et un troisi�me :
"L'ange symbolise le passage du visible en invisible."
Des �crans retransmettent l'image enregistr�e
par la cam�ra dans la fus�e de Marc.
La chaleur la met en marche.
Le savant Roda et l'Acteur s'approchent de la fus�e.
Jacques crie, mais ils ne l'entendent pas.
Ils passent � c�t� du corps de Georges et montent.
Le directeur du casino dit � Jacques :
"Ma�tre, on vous cherche."
"Gr�ves, manifestations, complot des gnostiques.
"Ceux qui sont conscients..."
A la table, on voit Ih�zal dans la robe d'Aza.
Entour�e d'adorateurs, elle regarde Jacques
avec un air provocant.
Sur les �crans, on voit l'assistant de Jacques.
On a le contact.
Parlez-nous.
O� est Marc?
Qui vous a envoy�s?
Nous vous voyons.
Parlez � la cam�ra
qui est plac�e au-dessous
de la lampe blanche.
Nous allons vers le centre de la Terre.
Nous y trouverons la v�rit� et le bonheur humain.
Et l'explication de tous les myst�res.
Nous avons raison.
Depuis toujours!
Nous avons raison!
Il est devenu fou.
Non. Il pr�sente.
Nous pouvons les faire atterrir ici.
Ma�tre!
Laissons-les partir.
O�, Ma�tre?
Sur Terre.
Jacques se retourne.
Il s'�croule lentement. Une crise cardiaque.
Jacques meurt.
Les astronautes essayent de le r�animer.
Rien � faire.
Du fond de la salle, il observe sa propre mort.
S'agitant autour de son corps, les astronautes
ne remarquent pas que Jacques quitte la salle.
Autour des feux illuminant la steppe,
nous voyons la m�me tribu.
Le m�me cavalier et la m�me fille, ressemblant � Ih�zal.
Jacques s'approche, elle ouvre les bras.
La cam�ra s'enfonce dans son intimit�.
On entend battre son coeur.
Et le galop du cheval s'�loigne dans la steppe.
Le dernier plan du film devait �tre le suivant :
428. Plan large. 3 m�tres.
L'aube. Le cheval galope sur la steppe.
Sans cavalier.
Au printemps 1977, le vice-ministre de la culture
a d�cid� d'arr�ter le tournage du film
Sur le globe d'argent.
Tous les d�cors, n�cessaires pour terminer le film,
commenc� 2 ans auparavant,
nous attendaient en Basse-Sil�sie,
en Mazurie et dans le Caucase.
Tous ces d�cors, costumes et accessoires
ont �t� an�antis.
Pendant des ann�es, les membres de l'�quipe
ont gard�, m�me � la maison,
ce qu'on avait r�ussi � sauver.
C'est � eux que je pense maintenant.
Et le petit drame de ce film
et le grand drame de notre vie
s'entrelaceront dans un r�seau commun de victoires et d'�checs.
Je m'appelle Andrzej Zulawski.
Je suis le r�alisateur du film Sur le globe d'argent.
Avec
avec les voix de
images
d�cors
musique
sc�nario et r�alisation
Sous-titres : Beata Geppert
FIN
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