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Il est 9h09.
Affolés, tous les passants appellent les secours.
-Il faut évacuer également le 61.
-Il y a des passants… Ça va être compliqué…
-Comme un séisme en plein cœur de Marseille.
Deux bâtiments de cinq étages
réduits à un tas de gravats en quelques secondes.
Pendant cinq jours,
Marseille vit au rythme du décompte macabre
des victimes.
Huit corps sont finalement découverts.
Huit locataires morts,
ensevelis sous leur immeuble.
Marseille s'effondre, et ses habitants s'indignent.
Honte", "colère", "rage".
Les mots sont forts contre la mairie,
contre les propriétaires.
Tous dénoncent l'insalubrité
dans laquelle vivaient Simona, Marie-Emmanuelle,
Ouloume, Cherif, Fabien,
Julien, Papé et Taher.
-Vers les docks,
Où le poids et l'ennui Me courbent le dos
“Emmenez-moi” à la guitare
Ils arrivent le ventre alourdi de fruits,
Les bateaux
Quais, c'est bien, ça.
-Ça fonctionne ? -Ouais.
-Ouais ? En sol, du coup ? -Ouais.
-Ça va ? On essaye ?
-VERS LES DOCKS,
OÙ LE POIDS ET L'ENNUI ME COURBENT LE DOS
ILS ARRIVENT,
LE VENTRE ALOURDI DE FRUITS, LES BATEAUX
-Il faut que tu soutiennes avec le ventre.
Il faut que ton air remplisse toute la pièce.
Et quand t'as plus de souffle, tu lâches.
Pour pas que la note se délite. On recommence ?
-ILS VIENNENT DU BOUT DU MONDE APPORTANT AVEC EUX...
-Je t'entends pas. Il continue.
Tu te planques derrière la guitare.
On peut l'entendre tout seul ? Vas-y.
-Euh, attends.
Ils viennent du bout du monde Apportant avec eux.…
-C'est timide, là. -Bah, je le suis.
-Tu l'étais moins, tout à l'heure. -Tu l'as mis en sol dièse mineur.
-Tout seul.
Je t'entends pas.
-EMMENEZ-MOI AU PAYS DES MERVEILLES
IL ME SEMBLE QUE LA MISÈRE
SERAIT MOINS PÉNIBLE AU SOLEIL
-Ça va. Mais sur le refrain, ouvre bien grand les yeux.
Le soleil, c'est dans tes yeux
qu'il faut que je le voie, OK ?
Ça va ? Quais ?
J'aimerais travailler le dernier couplet.
Il était limite, la dernière fois.
"Un beau jour sur un rafiot craquant."
C'est ça, les paroles. Ça ira ?
-UN BEAU JOUR,
SUR UN RAFIOT CRAQUANT DE LA COQUE AU PONT
ils tiennent la note.
POUR PARTIR, JE TRAVAILLERAI DANS LA SOUTE À CHARBON
-J'en ai encore pour une heure. Va faire un tour.
-Je peux t'attendre.
Non, ça les gêne.
Ça les gêne.
Vas-y.
Je te rejoins.
Vas-y.
Allez, s'il vous plaît ! S'il vous plaît, venez par ici !
On va se rassembler et essayer tous ensemble.
-Mon cher Homère,
il est temps de passer à l'attaque.
-J'y arriverai jamais.
Oui, Sarkis ?
-Maman adorée ?
-Rien que ça, des pâtes aux noix et aux anchois ?
Je dois aller à Pincou-les-oies pour les trouver, tes anchois.
Oui, d'accord. Bisous.
Ils vont me tuer.
Ils vont me tuer. -Ah oui ?
-VERS LES DOCKS,
OÙ LE POIDS ET L'ENNUI ME COURBENT LE DOS
ILS ARRIVENT, LE VENTRE ALOURDI DE FRUITS
LES BATEAUX -Suivant.
-Oui, Sarkis ?
-Dimanche, tu viens.
-Attends. Elle est arménienne, au moins ?
-Elle est pas arménienne, mais elle est jolie.
Tu peux pas savoir à quel point. Décommande.
Tu les emmèneras un autre jour au cirque.
Ce sera la mère de mes enfants. Sûr et certain.
-Deux minutes !
Marie ! T'as mes anchois ?
-Je te les ai mis de côté, ils sont là.
-Vous croyez qu'on va remporter les élections ?
-Ça dépend de vous, je vous retourne la question.
-Tiens, ma belle.
Tu me paieras la prochaine fois. -Merci.
Deux minutes !
-Maman ?
Maman ? Tu les as ?
-Ils sont à côté de moi, Sarkis. Ils me regardent, tes anchois.
-T'es géniale.
-Tu t'es pas demandé si j'étais libre.
J'en ai assez que tu me croies à ton service.
J'ai une vie !
-Mais maman adorée, je veux lui faire une surprise.
Je sais que tu seras toujours libre pour moi.
C'est pas vrai ?
-Je m'appelle Rosa.
C'est mon père qui a choisi mon prénom.
Il admirait Rosa Luxemburg,
qui adorait les mésanges charbonnières.
Moi aussi, j'adore les mésanges charbonnières,
pour leur beauté et leur bienveillance.
J'ai passé ma vie à vouloir que notre monde ressemble au leur.
J'ai passé mon temps à courir contre la montre.
J'ai rempli ma vie à ras bord.
-Minas…
Paula.
Mes chères nièces, ma maman adorée…
Je voulais vous présenter Alice. Mon Alice.
Parce que je l'aime. -Arrête.
-Voilà. Bah ouais, soyons directs. On va se marier, tout est programmé.
On aura neuf enfants, donc… -Sarkis.
-C'est pour ça que j'ai réclamé notre plat emblématique.
Sarkis.
S'il te plaît.
-Après avoir partagé notre repas rituel familial,
elle pourra plus rien me refuser ! -Arrête.
-Quoi ? Quatre ou cinq ? Juste pour faire un petit orchestre.
C'était très touchant.
-Bienvenue chez nous, Alice.
Donnez-moi votre assiette. Les pâtes, ça n'attend pas.
-Un jour, je te raconterai l'histoire de ces pâtes.
-Tiens, attends, regarde. On va se marrer.
-Tu fais quoi ? -C'est une nouvelle appli.
Tu photographies, ça te donne le nom du plat.
-Et la recette ? -Ça m'étonnerait.
Il y a que ma mère qui faisait ça
dans tout Marseille.
-Linguine alla puttanesca. -À la puttanesca ? N'importe quoi.
Quelque chose ne va pas ?
-Il y a des anchois dans la sauce ? -Oui.
Et des noix, de l'ail…
-Désolée, je suis allergique aux anchois.
-Quoi ?
Mais c'est pas possible.…
Sortez. Jamais vous n'épouserez mon frère.
Je vous l'interdis.
Vous entendez ? Je vous l'interdis.
Il rit.
C'est une blague ! Je vais vous faire
les meilleures pâtes au beurre
que vous ayez jamais mangées.
-Salut. -Salut !
Vous auriez pu nous attendre. -Bonjour. Ça va ?
Bonjour. -Tiens, Laëtitia.
-Bienvenue. -Hé, les petits.
Je traverserais tout le Caucase
pour les linguine aux anchois de ma petite sœur Rosa.
-Donne-moi ton assiette. -Tiens, sers-moi.
Bonjour. -Bonjour.
-Ça va mieux,
ma chérie ? -Je viens juste de finir.
Depuis hier soir, 22h. T'imagines ? Tu te rends compte ?
-Dites, vous êtes ensemble ?
-Non. Non.
-Non, parce que je le connais, mon oncle.
-Attention.
Nous sommes d'authentiques colocataires
déclarés devant madame la propriétaire.
Tout est en ordre, OK ?
-Eh bah, tant mieux. -Voilà.
-Comme ça, c'est.…
-Alors c'est vous, l'heureuse élue ?
-Il paraît.
-Eh bah, bravo. Bon courage.
Il s'esclaffe.
-Alice, mon oncle. Antonio.
-Comme Gramsci, le fondateur du parti communiste italien.
-Mon frère. Chauffeur de taxi, communiste,
et perpétuel amoureux.
-Permanent, pas perpétuel.
Comme on dit "permanent du parti".
Je suis un permanent de l'amour.
-Et voilà, ils sont partis comme une volée de moineaux.
Je t'assure, Laëtitia. Des fois, je les supporte plus.
J'aurais dû être plus méchante avec eux.
-Parce que les méchants sont plus heureux
que les autres ? -Ah, sûrement !
-Je crois pas.
Je crois pas.
Tu sais, j'aimerais tellement que tu sois élue. Une fois.
Qu'une seule fois, tu sois élue.
-Comme ça, je déverserai mon amour sur le peuple.
-Ce serait beau, non ? Arrête.
T'imagines ? Si tout le monde était comme toi,
il y aurait moins d'abstention.
-Eh bah, on n'y est pas. Je te le dis.
On n'y est pas.
Ça se passe bien,
la cohabitation ? -Ouais.
Il est gentil. Il m'apporte le café, le matin.
Et puis même des croissants.
Il est adorable.
-Quais, bah, fais attention. Méfie-toi.
Pourquoi j'ai accepté de me présenter
à cette élection municipale ?
Est-ce qu'à mon dernier souffle, je signerai encore une pétition ?
C'est étrange de pas savoir dire non.
De se sentir coupable de refuser.
C'est peut-être lié à la pauvreté.
On se dit qu'un refus, quel qu'il soit,
nous rendrait encore plus fragile.
Encore plus pauvre.
L'oiseau chante.
Tiens.
Pourquoi tu retires jamais ton chapeau ?
-Va te coucher. Tu te lèves tôt, demain.
Laëtitia ?
Tu sais ce que j'ai rêvé, cette nuit ?
-Non.
-Que tu étais ma fille.
Je t'amenais à l'école, j'étais…
-Bonne nuit, papa.
-Qu'est-ce qui t'a pris de venir me voir ?
-J'ai cédé la librairie aux employés.
Enfin, ils ont créé une coopérative
qui leur a permis de racheter mes parts
et de continuer comme avant.
-T'as de la chance.
- J'ai pas mal travaillé aussi, hein.
Peut-être trop.
Je sais bien que j'ai pas été très présent.
Mais je voudrais enfin prendre le temps et…
Ça me ferait plaisir de passer plus de moments avec toi.
J'achèterai un bateau. Tu viendrais avec moi pêcher..
-Désolée, j'ai le mal de mer.
Faut que j'y aille.
Tu m'appelles ?
-Ah oui.
Avec toi, jeunesse, pour que le jasmin fleurisse.
-À nous.
Voilà...
Alors, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?
Les racines, comme d'habitude ? -Oui, on change rien.
Même couleur, même coupe.
Et si on les coupait court ?
-J'ai peur que ça me vieillisse.
-Je serais vous, je les couperais courts et blancs.
Ouais. Avec votre épaisseur, ce serait très beau.
Et ce serait nouveau. Ça compte ça, pour être élue.
-Je sais pas si ça suffirait. -Je pense
qu'il faut de nouvelles têtes.
-Faudrait surtout de nouveaux cerveaux.
La Flûte enchantée Mozart
-Pour gagner, il faut trois choses.
Un : le programme.
Deux : le programme.
Et trois : le programme !
Sinon, ça n'en finira jamais.
Définissons clairement notre programme,
et les électeurs nous rejoindront !
Si on s'y met tout de suite, dans une heure, on a fini.
Après, le reste… Mon Dieu, le reste…
Telle femme ou tel homme, mais peu importe.
Avec la catastrophe sanitaire,
la situation tragique des logements, des écoles,
le fruit est mûr, ça peut changer !
C'est historique ! Il y aura pas une autre fois.
Ce serait atroce de perdre
parce qu'on à pas réussi à s'accorder sur la tête de liste.
Vous voulez quoi ?
Décevoir tous ces gens qui comptent sur nous ?
Tous ces pauvres gens ?
Vous n'y pensez pas.
Dites-moi que vous n'y pensez pas.
-Bonsoir.
-Ciao, Tonio.
-On va encore se planter.
-Pourquoi t'es encore avec les écologistes ?
-Où tu veux que je sois ? -Avec nous.
-Avec vous, quoi ? Y en à plus, de communistes.
Ils sont une douzaine. Et je suis gentille.
Non, je dois convaincre les écolos de rompre avec le capitalisme.
-Et alors ?
Tu pourrais le faire chez nous. -Et toi, chez moi.
Bientôt, tu seras le dernier. Le dernier communiste.
-C'est méchant, comment tu parles à ton frère.
C'est même très, très méchant.
-Démarre, je vais être en retard à l'hôpital.
-On part sur les "ma avec le voile du palais bien rond.
On y va ?
Ma... Mâchoire bien détendue.
-Il à jamais voté à droite, hein ?
Mais évidemment.
Ça va ? Allez, on chante avec le cœur.
Comme d'habitude.
Un et.…
-DANS LES BARS À LA TOMBÉE DU JOUR,
AVEC LES MARINS
QUAND ON PARLE DE FILLES ET D'AMOUR
UN VERRE À LA MAIN
-Elle est merveilleuse, non ?
-C'est le mot juste.
-C'est la fiancée de mon fils.
-Vous savez, c'est ma fille.
-QUAND LES BARS FERMENT,
QUE LES MARINS REJOIGNENT LEUR BORD
MOI, JE RÊVE ENCORE JUSQU'AU MATIN,
DEBOUT SUR LE PORT
EMMENEZ-MOI AU BOUT DE LA TERRE
EMMENEZ-MOI AU PAYS DES MERVEILLES
IL ME SEMBLE QUE LA MISÈRE
-Ils parlent mariage.
-Ah bon ?
Je savais pas, mais ça me réjouit.
-Vous connaissez mon fils ? -Non.
-C'est le garçon qui m'accompagnait.
-PRENANT LA ROUTE QUI MÈNE À MES RÊVES D'ENFANT
SUR DES ÎLES LOINTAINES
OÙ RIEN N'EST IMPORTANT QUE DE VIVRE
OÙ DES FILLES ALANGUIES VOUS RAVISSENT LE CŒUR
EN TRESSANT, MA-T-ON DIT DE CES COLLIERS DE FLEURS
QUI ENIVRENT
JE FUIRAI, LAISSANT LÀ MON PASSÉ
SANS AUCUN REMORDS
SANS BAGAGE ET LE CŒUR LIBÉRÉ
EN CHANTANT TRÈS FORT
EMMENEZ-MOI
AU BOUT DE LA TERRE
EMMENEZ-MOI AU PAYS DES MERVEILLES
IL ME SEMBLE QUE LA MISÈRE
SERAIT MOINS PÉNIBLE AU SOLEIL
-Devant tous ces grains de poivre
éparpillés sur les carreaux de ma cuisine,
j'ai brusquement eu envie que ma vie soit ainsi.
Libérée du bocal dans lequel je m'étais moi aussi enfermée.
J'ai eu envie de partir dans tous les sens.
J'ai entendu une petite voix à l'intérieur de moi
qui me chuchotait :
“Rosa…
"Il va t'arriver quelque chose de bouleversant.
"Es-tu prête ?
"Es-tu prête à être bouleversée ?"
-Oh, Clarisse.
Ça fait la 3e fois ce mois-ci que tu me réveilles en pleine nuit.
-Cette fois, c'est la dernière.
-Eh ouais, mais tu me dis toujours ça.
-Non, mais là, je te promets, Tonio.
Là, vraiment, j'en peux plus.
-De toute façon, la prochaine fois, je viendrai pas.
Voilà. Allez.
On...
Voilà, ici, tu es à l'abri.
-Où tu vas ?
Reste dormir avec moi.
-Eh non, Clarisse, non ! Tu m'emmerdes suffisamment comme ça.
-Il me tape sur les fesses pour pas que ça se voie.
Tu veux voir ?
Regarde.
-Pardon.
On t'a réveillée ? C'est rien.
Rendors-toi vite. Je prête juste ma chambre
à une vieille amie,
et après, je vais dormir chez Rosa.
-Bon, bonne nuit, Tonio.
-Qui c'est, elle ? Tu vis avec une femme ?
-C'est ma fille.
Et demain, elle travaille tôt. Alors, tu fais pas de bruit.
Si jamais tu mets un pied dehors, c'est moi qui te frapperai,
et pas que sur les fesses. Allez, ciao.
Et bonne nuit, hein.
-Allez, vas-y, Rosa.
-Ça s'annonce bien. Tiens. Salut.
On frappe à la porte.
-Tonio, c'est 3h du matin !
-Je sais.
Je viens habiter chez toi quelque temps.
Tu sais, j'ai laissé ma chambre à Clarisse.
-Oui, une de tes histoires d'amour, je suppose.
-C'est compliqué.
Je te raconterai demain, je suis crevé.
Il faut que je dorme. -Mais moi, que je dorme.…
Il soupire.
J'ai rêvé de papa.
-Ah.
II va bien ?
-26 ans.
C'est l'âge que j'avais quand mon mari est mort.
Il voulait aller en Arménie.
C'est une promesse qu'il avait faite à ses parents.
Il n'a pas pu la tenir.
Depuis toujours, mes deux fils veulent honorer cette promesse.
Il faudrait avoir deux vies.
La première, pour s'aider soi-même.
Et la deuxième pour aider les autres.
-Elles sont pas belles, mes nièces ?
Regardez comme elles sont sages. Elles apprennent.
C'est bien, mes petites, c'est bien !
C'est quoi ? Histoire ?
C'est bien ça, histoire. Je peux ?
"La fondation de Marseille.
"Posant le pied à l'extrémité d'une immense calanque,
"les Phocéens découvrirent une source d'eau claire.
"Marseille était fondée."
Et pas un seul mot des Arméniens.
Mais tout le monde sait bien
que les Arméniens ont fondé Marseille.
-MAIS OUI! -Alors.
C'était même...
un mardi matin. -Non, c'était un jeudi.
J'ai toujours entendu dire que c'était un jeudi.
-Oh ! -Elles ont été sages ?
-De vraies images.
-Tu me sers un verre d'eau ? -Bien sûr, ma chérie.
-Elles ont bien travaillé ? -Ouais !
Mais elles veulent pas dire
que les Arméniens ont fondé Marseille.
Vous avez déjà vu des Phocéens ?
Non. Jamais quelqu'un est rentré ici en disant :
“Je suis phocéen, je voudrais une menthe à l'eau."
À quoi ça ressemble,
un Phocéen ? T'en as vu à la télé ?
Jamais de la vie.
On leur sort des fariboles, ça me rend fou.
Oh, Minas ! -Qu'est-ce qu'il y a ?
-Ton frère dit aux files que les Arméniens
ont fondé Marseille.
-Bah bien sûr, c'est la vérité.
-Non, il faut que tu te détendes là.
Vraiment très bas, comme ça.
Mais t'as vachement progressé, si.
À demain.
T'es là ? -Bah, oui. Bah..
Alors, ça va ?
-Bah, oui. Depuis Noël on est sur ce morceau.
-Depuis Noël ? Dis donc. Et tu trouves le temps
de travailler en tant que comédienne ?
Tu voulais être actrice ?
-Bah, je suis actrice, qu'est-ce que tu crois ?
-Non, mais je veux dire, t'arrives à en vivre, quoi.
Tu voulais faire du cinéma, des séries.
Et ici, il s'en tourne beaucoup, je crois.
-Je veux bien en faire, si c'est pas des merdes
réactionnaires. -Euh, oui.…
Enfin, faut bien gagner sa vie, quoi.
Et puis, une fois qu'on est connu, on peut choisir ce qu'on aime.
-Je fais exactement ce que j'aime.
Du théâtre avec le peuple, pour le peuple.
Mon public crée autant qu'il écoute.
Il fabrique les histoires qu'il aimerait voir.
Il prend la parole.
Elle soupire. -Mais…
On dîne pas ? -Je t'appelle !
Plus tard.
-Ma fille m'a lâchement laissé tomber.
Je vous remercie d'avoir accepté mon invitation.
Je suis jamais parvenu à dîner seul, ça me rend triste.
-Moi, j'aime bien être seule. C'est rare.
Mes enfants ne me quittent jamais.
-J'avoue ne pas m'être très bien occupé d'Alice.
J'espère rattraper le temps perdu, si possible.
-Alors, Rosa ?
-Un conseil ?
-Prenez les rougets.
Ils contiennent toute la Méditerranée.
-Comme vous.
-On peut pas dire que j'aie l'air d'une Suédoise.
-Nous avons reçu d'excellents rougets
de chez une amie, si ça vous dit.
-Pour moi, c'est parfait.
-Bah, parfait. -OK, super.
-Merci, Nono.
Je vous propose un dernier verre ?
Comme on dit dans les romans à l'eau de rose.
-Pourquoi pas ?
-Plus il y à de chaînes, moins il y à de choix.
Ty comprends quelque chose ? -J'avais complètement oublié.
-Je vais vous laisser.
-Mais non, c'est mon frère. -C'est ma sœur.
Enchanté. Vous dérangez pas pour moi.
-C'est le père d'Alice.
Il est de passage, je lui fais visiter.
-Je vois, vous organisez le mariage.
Déjà.
Vous mollissez pas, hein ?
Les deux compères.
Vous allez bien ensemble. Les combineurs.
N'oubliez pas les dragées.
-Oh, arrête, Tonio.
Vous voulez vous asseoir ?
Un whisky, ça ira ?
-Avec plaisir.
-C'est là que tu le caches ?
Je l'ai cherché de partout. Je peux trinquer avec vous ?
Et Marseille, ça vous plaît ? Vous avez vu le temps qu'il fait ?
Il pleut jamais.
Et puis, tous les gens sont de gauche, ici.
Pas de bourgeois, pas de racistes, pas de fascistes.
Il y a que des braves gens.
Je vous dérange ?
-Ah, te voilà ! Ça va bien ?
Tu veux boire quelque chose ? -Euh non, merci.
Du coup, tu restes à Marseille ?
-Disons que je suis pas encore parti.
-Ça va ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
-T'es malade ? Y a quelque chose qui va pas ?
-Qu'est-ce que tu vas imaginer ?
-Une impression. -J'ai l'air malade ?
-Bon, alors, on va manger ?
J'ai faim, là. T'as pas faim, toi ?
-Peut-être. Faut d'abord que je dépose ça au local.
-C'est quoi ?
-Des tracts pour notre manifestation.
On va baptiser la place.
L'imprimeur devait les livrer, mais il est débordé, du coup...
-Tu les portes ?
-Non, c'est toi.
-Tu vas m'aider ? -Mais oui.
D'accord.
Allez.
-Glanni et Simona sont chez Mme Moreno.
-Qu'est-ce qu'elle a ? -Elle est retournée vivre
dans son appart. -Pourquoi ?
-À cause de l'école.
Elle dit que les enfants sont tristes.
Elle est retournée à l'appart. -Je pose ça où ?
-C'est quoi ? -Les tracts.
-Eh bah, posez-les là.
On y va ? -Tu veux venir avec nous ?
-Vous allez où ?
-Venez. Plus on sera nombreux...
-On va pas manger, alors ? -Après, papa.
C'est mon père.
-Ouais, je suis son père.
-On est là pour vous aider. On vous a trouvé un hôtel.
-Et en restant ici,
les enfants risquent de tomber malades avec l'humidité.
-Laissez-moi tranquille !
Je veux rester chez moi. C'est chez moi, ici !
-Vous voulez pas lui parler ? Vous êtes plus vieux...
-N'ayez pas peur, on n'est pas de la police.
-On veut juste vivre comme avant.
-On sait, c'est pour ça qu'on vient vous aider.
-Venez à l'hôtel.
-On n'a pas d'argent. -C'est payé.
Tout est payé. -Vous pouvez pas rester ici.
-La mairie prend en charge l'hôtel.
-Ça risque de s'écrouler.
-Vos enfants tomberont malades. -Mme Moreno, suivez-nous.
-Allez-y. Vous serez mieux, là-bas.
-Tiens. C'est le jaune, le tien ? Donnez-moi la main.
On y va. Pose le dessin.
Tiens, prends ton sac.
Allez, viens. On y va. Hop, c'est parti.
-J'ai jamais vu un immeuble si pourri.
-On en a recensé 212 comme ça.
Tu veux que je t'aide ? -Non, c'est bon.
-C'était trop loin. C'était trop loin !
Je pouvais pas les emmener à l'école.
Ils faisaient que pleurer, ils voulaient voir leurs copains.
Et ils apprenaient pas bien
comme ici. -Il faut les mettre en sécurité.
-C'est inadmissible, il lui faut un appartement plus proche.
J'irai à la mairie.
C'est qui, le responsable ? -Arrête.
On t'a pas attendu pour aller à la mairie.
Tu connais pas le dossier.
-Je disais ça, c'était pour aider.
-Sans te mettre en avant, tu sais faire ?
-On va pas manger ? J'ai faim, moi.
-C'est trop tard, je vais à la chorale dans 30 min.
-Mais euh… même un truc sur le pouce ?
-Non. Non, trop tard.
-Il est parti.
Il est parti, Rosa.
Je l'ai laissé partir tout seul.
Il est parti tout seul.
-Ça nous est arrivé à toutes. On peut pas être partout.
-Je lui avais promis qu'il partirait pas seul.
Je devais lui serrer les mains avant de partir, il est parti.
-"Essayer.. Rater.
"Essayer encore….
"Rater mieux"
"Nul ne meurt si pauvre qu'il ne laisse quelque chose."
Nul ne meurt si pauvre..
Qu'il ne laisse quelque chose.
Nul ne meurt si pauvre qu'il ne laisse quelque chose.
Papa, qu'est-ce qu'il y a ?
Rien, c'est… Tu es libre à dîner ?
-Euh.… non. Non, je travaille.
Et demain soir ?
-Pareil.
-Quand est-ce qu'on se voit, alors ?
-Je sais pas, je.… Je t'appellerai.
Bonsoir.
-Il y à des tempêtes...
et des ouragans...
dans la vie humaine.
C'est prudence de se retirer au port…
Pour les laisser passer.
La mer finit toujours…
Par se calmer.
Rosa, c'est Henri. J'aimerais bien vous revoir.
Ma fille m'a de nouveau laissé tomber.
-Bah, d'accord.
Je vous envoie l'adresse avec un SMS ?
À tout à l'heure.
-Jamais les gens éliront un maire socialiste.
-Un socialiste peut changer.
-Depuis 40 ans, vous êtes à droite.
-Ils ont voté les crédits de guerre en 1914.
-Mais les communistes, enfants de Staline,
peuvent diriger la ville ?
-Seul un écolo réunira tout le monde.
-Les Insoumis comptent pas ?
-On fait le plus de voix. Mais on peut vous laisser.
-Basta ! Ça suffit, maintenant.
Vous ne parlez que du passé.
Nous avons tous un passé, et il est pas très reluisant.
40 ans de défaite.
Les Insoumis n'aiment pas les socialistes,
mais ils en sont issus.
Les communistes veulent ressusciter sans croire à la résurrection.
Les écologistes veulent du changement sans changer.
Et les comités citoyens refusent de faire de la politique.
On peut pas gagner quand on fait tout pour perdre.
Musique romantique
Pardon.
Je vous ai fait attendre.
-Ah.…
-Il est presque 22h. On avait rendez-vous à 21h.
Ça n'en finissait pas.
-"Le vieillard avait vacillé sur des jambes flageolantes,
"comme si les hommes étaient juchés sur de vivantes échasses,
"grandissant sans cesse,
'parfois plus hautes que des clochers,
'finissant par leur rendre la marche difficile,
"et d'où, tout d'un coup, ils tombaient."
Quand on a un bon livre avec soi, le temps n'existe plus.
L'espace non plus.
On part en voyage vers un autre monde,
à la recherche du temps perdu…
Mais je vous ennuie, peut-être.
-Pas du tout. On va dîner ?
-C'est pas trop tard ?
-À Marseille, jamais.
-Vous avez décidé quelque chose ?
-L'autre jour, j'ai dit à une femme :
“Ça dépend de vous”
J'étais sûre de ce que je disais.
Mais après cette réunion,
je pense que ça dépend surtout de nous.
Et les bourgeois peuvent dormir tranquilles.
On s'unira jamais.
-Commandez, parce que.….
J'avoue que je commence à avoir un peu faim.
-C'est une bonne idée.
Elle chantait vachement bien, la fille.
-Et mon cousin qui vous a quitté…
C'était incroyable.
-Ah oui. Ah oui, oui !
L'autre nuit, j'ai fait un rêve.
J'ai rêvé que j'étais sur la moto de mon père,
comme quand j'étais petite.
Les soirées électorales, on les passait
à aller à toute allure d'un bureau de vote à l'autre
pour récupérer les résultats des 100 premiers bulletins
du dépouillement qui venait de commencer.
Il fallait aller vite pour donner les premières estimations.
D'un coup, dans mon rêve, tout m'est revenu.
Le vent sur mes joues, le froid…
Le papier des enveloppes.
L'odeur du pot d'échappement de la moto…
Et du blouson en cuir ciré de mon père.
Et les zigzags entre les voitures, pour aller le plus vite possible.
Je serrai les jambes.
Mon père me criait :
"Serre les jambes, Rosa, serre les jambes, on va passer."
Et moi, je fermais les yeux
et je serrais les jambes en attendant le choc.
Et on passait toujours.
On est toujours passés.
-Il est toujours là, ton frère ?
-Non. Je l'ai viré.
-Je peux te demander quelque chose ?
-Quoi ?
-Tu éteindras les lumières ?
J'ai pas tellement envie que tu me voies tout nu.
-Tu as quel âge ?
- Cing ans ? -À peine.
-Tu prends quoi au petit-déjeuner ?
-T'inquiète, je me suis fait un café.
-T'as trouvé ce qu'il fallait ? -Bien sûr.
J'ai plus cinq ans. -Ah ! Tu as vieilli en une nuit.
-J'ai pris 20 ans. -Attention, 20 ans,
- c'est quand on a tué quelqu'un. -Quelqu'un qu'on aime.
Quelqu'un qu'on aime pas, c'est perpétuité.
-Qu'est-ce que tu dis ?
-Rien, rien.
-Je suis speed. Il faut que je me calme.
Pourquoi je suis speed ?
-Quand on veut changer le monde, on a intérêt à l'être.
-Y a du boulot. -Tu crois pas à ces choses-là ?
-Disons que comme les stoïciens, je n'ai ni crainte ni espérance.
-Tu peux rester.
Claque la porte en partant. -Pour aller où ?
Je suis pas surbooké comme toi, j'ai tout mon temps.
Je peux venir avec toi.
Sauf si ça te gêne ?
-Non, pourquoi ça me gênerait ?
-D'être vue avec un vieillard...
-Un vieillard de 25 ans, ça n'existe pas.
-Pire qu'un vieillard, un homme qui n'existe pas.
-Ah ça, oui. Mais toi, t'existes.
Tu existes bien.
T'existes bel et bien.
Tu veux venir avec moi ? -Bien sûr.
-Ce sera pas très rigolo. J'ai RDV dans une école maternelle.
-Pour y faire quoi ? -Oh, je vais pas tout te dire !
-Du suspense. J'adore le suspense.
On va cambrioler une maternelle, faucher les images, les bons points.
On est des aventuriers. -Traîne pas, on y va.
-J'ai renouvelé ma demande en janvier,
ils ont dit que ce serait fait.
-Ça fait 4 ans qu'on demande.
-Faut qu'ils repeignent. Les murs s'écaillent de partout.
-C'est dangereux pour les enfants, c'est plein de plomb.
-Pour nous aussi. -Qu'est-ce que vous comptez faire ?
-J'ai insisté. On va faire une délégation et.…
-Ça va suffire ?
-Je sais pas. -Il faut faire
une grève de la faim, tant qu'ils ont pas repeint.
-On mourra, et ce sera pas repeint.
-Écoutez ! On est 50, là.
Allons dans les réserves de la ville,
et la peinture,
ils nous la donneront.
Et s'ils nous la donnent pas, bah, on la vole.
Faut réagir, vraiment !
Faut se mouiller un peu, non ?
Et si on s'y met tous, en un week-end c'est fini,
et on passe à autre chose.
Qui est d'accord ? -MOI.
-Ah, moi, je peux vous ouvrir les portes.
-Je connais les entrepôts de la mairie.
-J'ai une camionnette.
-Ah ! Bon alors, rendez-vous samedi.
Vous gérez la peinture.
Les autres apporteront des seaux, des escabeaux, des rouleaux.
Moi, je préviens la presse.
-Une vraie passionaria.
C'est dingue. C'est pas Rosa qu'il aurait dû t'appeler,
ton père, c'est Dolorès.
-Bah, j'aurais pas aimé. Dans Dolorès, y a "douleur“.
Si je te fais ça, ça te fait rire ?
-Non, je rigole pas, jamais.
-Et là ? -Non, non.
-Et là ? -Non, non. Non plus.
-Mais là, là ?
-Arrête. -Ah!
-Arrête, on va avoir un accident.
-On l'a déjà eu cette nuit, l'accident, mon amour.
Mais quel jour on est ?
On n'est pas mercredi. -Si, on est mercredi, maman.
-Oh, bah.… Je sais plus comment je vis.
T'as pas les clés ? -Non, je les ai oubliées.
-Allez, montez, montez.
Situ savais…
-Si je savais quoi ? -Ce qui m'arrive.
Faites vos devoirs, les filles, je décongèle la tarte !
-Qu'est-ce qui t'arrive ? T'as été désignée tête de liste ?
-Mais non…
Si tu savais, mon fils, si tu savais.…
-Bah, quoi ?
Dis-moi.
-J'ai fait l'amour.
-Bah, je… Tu as fait l'amour.
-Et tu trouves ça drôle ? Les grands-mères font plus l'amour ?
-Non, pardon, maman.
Je veux dire, tu fais ce que tu veux.
-Tu trouves pas ça extraordinaire ?
Je te dis que j'ai fait l'amour…
Et tout ce que tu me dis, c'est "fais comme tu veux" ?
-Bah, c'est que… je sais pas trop quoi dire.
Je sais pas, ça t'a plu ?
-Bah oui, ça m'a plu. C'est bien ça, le problème.
-Ah. Pourquoi, le problème ?
C'est.… Y a pas de problème.
-À mon âge, tout de même.
-Et... avec qui ?
-Le père d'Alice.
-Ah.….
C'est bien, ça fait famille recomposée.
Non, mais tu te rends compte ?
J'ai passé la journée avec des étoiles dans les yeux.
Je pense qu'à ça. À quand on va recommencer.
-Oui, tu redeviens adolescente, quoi.
Ça fait tellement plaisir.
-Rosa, Antonio…
Mes petits.
Les parents ne peuvent laisser que ce qu'ils ont à leurs enfants.
Moi qui ai pas grand-chose,
je sais pas ce que je vous laisserai.
Je réfléchis, mais je trouve pas.
Ce que je voulais vous dire, c'est que si un jour,
vous voyez quelqu'un qui tend la main dans la rue,
donnez-lui.
Donnez ce que vous pouvez, même quelques centimes.
Peut-être que c'est un escroc, un profiteur,
mais il en suffit d'un qui en ait vraiment besoin
pour effacer les mensonges des autres.
Donnez.
Demandez toujours aux gens sils ont besoin de quelque chose.
Même un voisin qui a l'air d'aller bien, d'avoir tout.
On ne sait jamais.
Peut-être qu'il ose pas demander.
Ah si, quand même.
Je vous laisse ma moto.
-Tu dors pas ?
-Hm si, si.
J'ai rêvé de mon père.
-Tas de la chance, moi, je me souviens jamais de mes rêves.
"C'est un malheur des temps que des fous guident des aveugles."
-Tu m'écoutes ? Donc...
"Le 5 novembre 2018, à 9h05,
"Les immeubles des numéros 63 et 65
"de notre chère rue d'Aubagne se sont effondrés.
"Des tonnes de pierres, de briques, de parpaings, de clous,
"de planches de bois rongées par l'humidité,
"de poutres vermoulues engloutissaient des vies.
"Et au milieu de l'incroyable fumée
"qui se dégageait,
"des lamentations montèrent de la rue."
-Tu peux pas lire un discours comme ça,
tout le monde va s'emmerder.
Tu vas raconter ça
comme une litanie, ce qui s'est passé ?
Tout le monde sait ce qui s'est passé.
-Je rappelle les faits.
-Oui, mais il faut que tu trouves une forme.
Particulière,
originale, spectaculaire.…
Ça se passe où,
ton inauguration ?
Sous la statue.
-Sous le buste d'Homère, là ?
-Le buste d'Homère. -Quoi ?
-Il était quoi, Homère ? Hein, il était quoi ?
-Euh, poète.…
Écrivain ? -Oui.
Mais comme souvent les poètes de la mythologie,
il était quoi ?
-Je donne ma langue au chat.
-Il était aveugle !
"Son aveuglement aiguisait sa mémoire",
disaient les anciens.
Les bruits, Alice, les bruits.
Il a rien vu parce qu'il était aveugle,
mais il a tout entendu.
L'immense effondrement.
Les poutres qui tombent.
Les parpaings, tout ça.
C'est de ça dont tu dois parler : le vacarme.
Faut que ce soit dément,
pour rendre tout vivant, toucher les gens.
Et tu commences par : "Le poète Homère
"était aveugle,
mais il n'était pas sourd.
“Alors, en ce jour du…”"
-5 novembre. -Voilà, du 5 novembre.
"A-t-il entendu les tonnes de pierres ?"
Et puis, tu continues ton texte
et tu racontes ce qu'il a entendu.
Les pleurs, les hurlements, tout ça.
Fais-le proférer par les gens de ta chorale.
Un chœur populaire.
Jusqu'à ta conclusion, qui est très bien.
Et ton inauguration, tu l'as.
-Pas mal.
-On est bientôt arrivés. Le bébé pleure.
Regarde, on est arrivés.
Hein ? Pourquoi tu pleures comme ça ?
Pourquoi tu pleures ?
Tu crois que je vais te rejeter à la mer ?
Je suis pas comme ça, moi. Je suis pas comme ça.
Allez, on est arrivés.
...sur France Inter.
-Géopolitique. Bonjour, Pierre. -Bonjour, Nicolas.
“L'Arménie, de nouveau le théâtre de combats avec l'Azerbaïdjan,
expliquez-nous ça.
“ Les combats se sont déroulés en ferritoire arménien
et pas comme en 2020,
dans l'enclave du Haut-Karabagh en Azerbaïdjan.
49 morts annoncés côté arménien,
une cinquantaine de victimes aussi du côté azerbaïdjanais.
Ce n'est pas un simple incident de frontière.
-Vivement ce soir.
Je sais pas si je vais pouvoir me retenir.
-Tu es insatiable.
-Non, je suis un "insatié”. Ça se dit ça, un "insatié" ?
Oh, Henri ! Toi qui sais tout !
Un "insatié",
ça se dit ?
Ah, il m'entend pas.
Mais moi, je suis un "insatié".
-À chaque fois que tu m'as envoyé une carte,
je mettais deux jours à déchiffrer
ce que tu voulais me dire. -Tu vois, on croit bien faire…
Mais tu sais, rien ne remplace la chair.
Les odeurs, la peau…
Qui change de couleur avec les saisons,
comme les arbres, comme les fleurs...
-Un jour, je prendrai toutes tes cartes postales
et j'en ferai un livre.
"Les mots de mon père“, ça s'appellera.
-Ha ! Et le bateau a fait naufrage !
Une tempête... terrible !
Sarkis crie. Ohé, ohé !
C'était au large de la Sicile !
Et les survivants, tous des Arméniens ….
Ont réussi à trouver refuge sur un petit îlot déserté.
Il n'y avait pas grand-chose.
Et une nuit, ont échoué sur le sable de cet Îlot
trois caisses.
Une première caisse de pâtes,
une deuxième d'anchois,
et une troisième de noix.
Pendant deux mois, ils ont mangé des pâtes aux anchois.
C'est un plat du hasard.
"Le hasard arménien", on appelle ça.
-Si j'avais su que je passerais ma vie avec un héros.…
-Il s'agit pas de ça.
Erdogan et Aliev veulent nous exterminer,
ils veulent finir le travail.
Il y a plein de blessés,
les soldats sont opérés en catastrophe,
on peut pas laisser nos frères comme ça.
Plus on attend, plus ce sera compliqué.
Chaque vie arménienne compte.
-La tienne compte aussi.
Je veux pas que tu partes.
-Très bien, je partirai pas.
-Je ne sais pas pourquoi j'ai eu peur.
C'était un si beau dimanche.
J'ai rêvé que je me noyais.
Vous agitiez vos mains comme pour me dire au revoir,
et plus je m'enfonçais dans l'eau, plus vous deveniez flous.
On est tellement heureux, tous ensemble.
Je ne veux pas non plus que Minas aille en Arménie.
J'ai tellement peur de le perdre.
Mais je ne lui dirai pas.
-GENATZI.
-À la tienne.
Non. Non, non, non. Sarkis, tu laisses tomber,
moi, c'est clair. Je pense que pour toi aussi.
Je voterai jamais
pour ta mère. Jamais. Une écolo, jamais.
Il va y avoir le couvre-feu. Tu crois quoi ?
Que je vais boire ce pastis à la bougie ?
Hein ? Tu l'imagines toi, ton comptoir,
avec des bougies partout là, qui coulent ?
-Le réchauffement climatique sans la clim'.…
On va tous crever.
J'aime beaucoup ta mère, mais elle exagère.
-On n'y arrivera jamais.
-Tu vois où habite ma fille ? Tout en haut
de la pente, là.
Comment je fais,
en vélo, pour aller chez elle ?
Je peux pas, ça monte trop. Voilà. -Le vélo, c'est bien.
C'est conseillé de faire de l'exercice.
-Ça te ferait du bien,
un peu d'exercice. -Ça monte trop, je te dis.
J'ai les genoux en vrac. Ça, ils y ont pas pensé,
dans ton programme.
-Tu prendras le bus électrique. -Il va passer toutes les heures.
Non, merci.
-J'ai l'impression de me noyer dans un océan de connerie.
Vous êtes les Arméniens les plus cons
que j'ai jamais vus.
Allez, finissez et faites-moi de l'air.
Vous avez pas de maison ?
Vous en avez une ? Rentrez chez vous, allez.
Allez ! -Merci.
-Salut, Sarkis.
-Ah, excuse-moi.
Ils voulaient plus partir.
Les soirs de pleine lune, ils veulent jamais rentrer.
Tu as déjà remarqué, ça ?
Ça doit être le même phénomène que pour les marées,
mais pour le sang dans nos veines. Une histoire de pression artérielle.
Je suis sûr.
-T'es le seul patron de bar docteur en médecine.
-Bah, quoi ? C'est pareil.
Je sers des élixirs
et quelques drogues liquides. Et légales.
J'arrête toujours le dosage au bon moment.
“Primum non nocere."
“Avant tout, ne pas nuire."
-T'aurais dû ouvrir un cabinet, faire comme ton frère.
-Je pouvais pas faire autrement.
Le bar de mon grand-père, de mon père.…
Et notre fils le reprendra, c'est sûr.
Ce bar, c'est un morceau d'Arménie à Marseille.
On est déjà en train de perdre le Karabagh,
et tu voudrais aussi
qu'on perde ce bar ?
-Non.
-Je le sens.
Là, ça y est, je le sens.
Notre premier enfant.
J'ai des fourmillements dans les mains.
Tes bête.
-Je te jure.
C'est un garçon. -Ça me fait pas rire.
-Si, ça te fait sourire. Non.…
-Et puis, alors…
Il est costaud.
-Arrête.
-Faut vite qu'on se marie.
Faut que tu puisses mettre la robe.
-Arrête. Allez, faut que je me prépare.
-Comment on va l'appeler ?
Grégoire ?
Je vois que ça.
C'est le fondateur de l'Arménie et c'est le prénom
de mon père. Il y a pas mieux.
Faut remplacer tous ceux qui sont morts.
Et ils sont nombreux.
C'est un combat !
Ils continuent de nous exterminer.
Regarde ce qui se passe en ce moment.
C'est pas fini, tu sais.
Faut leur montrer qu'on est vivants.
Je comprends ceux qui veulent pas d'enfants,
mais quand t'es Arménien, c'est un péché.
C'est accepter l'inacceptable.
C'est notre manière de montrer
l'échec de ce génocide qui nous hante.
Alice ?
Alice ?
Alice ?
Alice ?
Alice ?
Minas ? Minas !
T'as vu Alice ?
Regarde, ça, c'est cuit.
-Comme ça, bien. Le manche bien en main.
Et tu y vas, de l'avant et de l'arrière.
-D'accord. -Aller…
retour
Aller... retour. -Change rien du tout.
-T'as pas vu Alice ? Je la cherche depuis ce matin.
-Alice ? Ah, non.
-Vous avez pas vu Alice ?
-Elle répond pas au téléphone.
-Elle devait venir ? -Elle a dit qu'elle essaierait.
-Jackson ! -Ah, t'as pas vu Alice ?
-Elle est pas chez elle.
-On devait répéter, on l'a attendue.
-Elle est partie sans me dire au revoir, maman.
J'ai peur.
-Ah, c'est toi.
T'as un jour de congé ?
-Tu veux boire quelque chose ? -Je veux bien.
Qu'est-ce que t'as ? -Un peu de tout.
-Hm, je sais pas.
Euh.… cognac.
Merci.
-T'as appelé Sarkis ?
Il avait l'air désespéré.
-Non.
Je sais pas comment lui dire.
-Qu'est-ce que tu sais pas comment lui dire ?
-Que je peux pas avoir d'enfants.
-Tu lui en as jamais parlé ?
-Non, je sais pas comment lui dire !
Il en veut tellement, tu comprends ?
Il parle que de ça.
Je l'aime, mais quand il va savoir ça,
ça va faire comme avec Lionel.
Les hommes, ils… ils veulent des enfants.
Et Sarkis, Sarkis, surtout.
C'est tellement important pour lui, tu comprends ?
Il est arménien.…
Et je veux pas que ça fasse comme avec Lionel.
Mais ça fera pareil, et je vais finir seule.
-Il y a de nouvelles méthodes maintenant,
t'as tout essayé ? -Mais oui, tout !
Je peux pas, je peux pas. C'est foutu.
C'est complètement foutu.
-Vous vous aimez.
Il existe d'autres façons. Vous pouvez adopter.
-Mais non, il voudra jamais.
Je sais bien, il voudra jamais.
-Allez.
Tu vas dormir ici, et demain matin, on y verra plus clair.
D'accord ?
Alice est avec moi.
Dans ma chambre d'hôtel. Elle dort comme une enfant.
-Je comprends.
Je te rappelle.
Je sais où est Alice.
Elle est avec son père.
-Elle a eu un accident ? -Non.
Elle va très bien.
Elle t'en à jamais parlé, mais..
Elle ne pourra pas avoir d'enfants
à cause d'une malformation congénitale.
Tu sais ce qu'aurait dit ton père ?
Il aurait dit :
“Mon cher fils,
'situ es sûr que tu aimes cette femme
"et que tu l'aimeras toute ta vie,
"alors, adopte autant d'enfants que tu pourras.
"C'est par la culture qu'ils seront des Arméniens,
pas par la naissance.
“Alors, vas-y. Cours chercher ton Alice.
"Et tu me combleras de fierté comme tu l'as toujours fait."
Viens.
-Je suis à la rue !
-Oh, le malheureux !
-Je vais rester allongé là,
et peu à peu, m'endormir..
Les étoiles mourraient, le jour naissait à peine.
-Vous connaissez personne, dans cette ville ?
-Personne.
-Vraiment, personne ? -Non, non, non.
-Mais en cherchant un peu ?
-Non, euh… Je vois pas.
-Je peux vous tenir compagnie, si vous voulez bien.
-Avec joie, madame, avec joie.
-J'en peux plus. J'ai mal partout.
Je cours toute la journée à l'hôpital.
On manque de tout.
Faut pleurer pour avoir une seringue.
On va tous craquer et tous tomber malades ensemble.
Lundi soir, j'ai encore une réunion pour es élections.
On s'en sortira pas, chacun tire de son côté.
Des querelles ridicules,
alors que les gens veulent des augmentations de salaire
et passer le dimanche avec leurs enfants.
-L'autre jour, tu m'as dit "mon amour“.
-Ah bon ? Quand ?
-Dans la voiture, après la maternelle.
-Ah oui, c'est vrai.
-Oui, c'est vrai.
Tu disais ça à qui ?
-Je comprends pas.
-On dit "mon amour" à son enfant, à son chat,
à son ami, à son frère…
-Ou à l'homme qu'on aime.
À demain. -À demain, Rosa.
-Je vais démissionner, Rosa.
J'en ai marre.
Je voulais soulager des gens.
Je voulais soulager la souffrance des gens.
Et là, c'est pas ce que je fais.
Ça fait deux ans qu'on est sur le pont.
On a enchaîné une vague après l'autre.
Et même si on en a fini avec ce foutu coronavirus de merde,
j'y arrive plus.
Je suis tellement fatiguée que j'arrive plus à les entendre.
La dernière fois, j'ai voulu étouffer un patient
parce que je le supportais pas quand il gémissait.
J'en peux plus.
Je te fais honte, Rosa.
Si, je le sais, je me fais honte à moi-même.
-Il faut que tu restes.
Que tu tiennes la promesse que tu t'es faite.
Dans six semaines, moi, j'arrête.
Le service aura besoin de toi. Moi, je compte sur toi.
Le monde aura besoin de gens comme toi.
Tu vas venir me chercher tous les jours ?
-Ça me fait gagner du temps avec toi !
-Je ne sais pas si je crois ce que j'ai dit à Laëtitia.
Parce que j'ai jamais cru
aux encouragements que j'ai prodigués aux autres.
Aurais-je construit toute ma vie pour faire plaisir à mes parents ?
Et moi dans tout ça ? Et moi ?
Et Henri ? Et Henri et moi ?
-Tonio ?
-Laëtitia, qu'est-ce que tu fous là ?
-J'ai besoin d'un câlin.
Mon père me manque.
Ça fait trop longtemps que je l'ai pas vu.
-Repose-toi, va. Il faut que tu dormes.
Hein ?
-Et voici le jardin.
-On la prend, celle-là, non ?
-Euh… Pourquoi ?
-Bah, il y à tout ce qu'il faut. -On connaît même pas le prix.
-Oh, une balançoire pour les enfants.
Elle souffle.
-On n'achète pas une maison pour une balançoire.
-Pourquoi ?
Ça va, ça tient ?
-C'est pour moi, les loulous. -MERCI.
-J'ai un colis pour vous.
-C'est quoi ? -Je sais pas, moi.
-Je leur ai dit de pas me livrer à cette heure-là.
Mais j'ai rien commandé, moi. C'est quoi, ce truc ?
Fais voir le bordereau. -Ouais.
-Oh, Paula. -Salut, Sarkis.
Ça va ? -Ouais.
-On devait pas se retrouver devant l'école ?
T'es déjà là ? -Faut que t'y ailles.
C'est comme ça. Faut que tailles en Arménie.
-Merci.
Minas ?
Je le crois pas.
On a pas acheté la maison
qu'elle a déjà commandé un toboggan !
Putain, mais où je le mets, moi ?
Où je le mets ?
Allez. Attention, chaud devant !
Où je le mets ? Oh !
-Hé!
-Marseillaises,
Marseillais !
Vous tous ici, aujourd'hui rassemblés,
Regardez bien ce buste de notre ancêtre Homère.
La tradition nous raconte
que cet immense poète grec était aveugle.
Mais il n'était pas sourd !
-Alors, le 5 novembre 2018,
à 9h05 précisément,
il n'a pas pu ne pas entendre
ce grand, cet énorme, ce terrible bruit :
celui de l'effondrement des immeubles 63 et 65
de notre aimée rue d'Aubagne, à laquelle il tourne le dos !
-C'étaient des tonnes de pierres,
de briques, de parpaings,
de clous, de planches de vieux bois rongé par l'humidité,
de poutres vermoulues et pourries !
-Et au milieu de cette
fracassante déflagration,
a-t-il aussi entendu leurs derniers soupirs ?
-Et les lamentations d'un quartier qui perdait ses enfants ?
-A-t-il entendu l'incroyable cri de révolte
qui soulevait notre ville ?
A-t-il entendu les cris
de tous ceux que l'on chassait précipitamment de chez eux ?
A-t-il entendu le bruit
des chaînes et des cadenas
vissés précipitamment partout dans Marseille ?
-Et les gémissements de honte de celles et ceux
qui affrontaient le froid de la rue en pantoufles,
en pyjama ou même pieds nus ?
-La course des rats dans les immeubles désertés ?
Le suintement de l'eau qui s'infiltrait partout ?
-Les a-t-il entendus ?
-Et les claquements des tirs de gaz lacrymogène
lancés contre ceux qui ne comprenaient pas ?
Et les questions sans réponses que tout un peuple se posait ?
-A-t-il entendu le moteur des pelleteuses
qui cherchaient les corps,
le glapissement des chiens séparés de leurs maîtres ?
-A-t-il entendu…
-Le grondement des policiers qui marchaient au pas,
les justifications improbables des marchands de sommeil ?
Les délégations officielles visitant le quartier sous escorte ?
-Les rideaux des commerces que l'on tirait à jamais ?
-Et le silence ?
Le silence de ces corps anonymes,
que l'on n'a pas pu, pas su
ou pas voulu chercher !
-Ce buste du grand poète grec Homère, lui,
ne nous répondra jamais !
Mais en décidant de nommer ce lieu '"place du 5 novembre",
nous voulons que ces bruits, tous ces bruits,
ces sons terrifiants et révoltants,
restent à jamais dans les mémoires
de ceux qui passeront un jour ici.
-Ils demanderont pourquoi
sur ce mur,
cette date est inscrite et gravée.
-Et quelqu'un, peut-être un poète,
plus sûrement un simple habitant,
saura leur raconter ce qui s'est passé ce jour-là,
dans le dos de ce buste,
mais surtout, dans notre dos à tous !
-Tu vois, Henri,
ce qu'on a vu, c'est la seule façon de faire de la politique.
Notre génération sait pas faire ça.
Bientôt, je quitterai l'hôpital, je vais tout arrêter.
Toutes mes activités militantes et le reste.
Et on va partir tous les deux.
-Alors, on embarque pour Cythère ?
-Certainement.
Les morts de la rue d'Aubagne vous regardent.
Vous ne pouvez agir comme des dogmatiques sans dogme,
ou ergoter, sans cesse.
Le diable est dans les détails.
Mais ce qui vous intéresse, c'est que votre parti survive,
et surtout… que vous surviviez avec lui.
Alors, l'union pour es écoles,
les bas salaires, les logements, les sans-papiers,
mais vous vous en foutez complètement.
Et moi, j'en peux plus.
Rappelez-moi quand vous vous serez mis d'accord.
-Vous cherchiez votre tête de liste…
Eh bien, elle vient de sortir.
Rosa !
Rosa !
Rosa !
Rosa !
-Une mésange en particulier, qui est mon amie,
se promène tous les jours avec moi.
Voilà comment cela se passe :
je me promène le long des murs, des deux côtés du jardin.
La mésange me suit pas à pas,
en sautant de buisson en buisson.
N'est-ce pas charmant ?
Nous ne craignons toutes deux aucun temps,
et il nous est déjà arrivé de faire notre promenade quotidienne
au milieu d'une tempête de neige.
Pourtant aujourd'hui, l'oiseau semblait si défait,
mouillé, misérable,
que j'ai pensé qu'il en était de même pour moi.
Cependant, nous nous sentions très bien,
tous deux.
Pourtant aujourd'hui, la tempête souffle si fort
que ni l'un ni l'autre n'avons osé sortir.
La mésange se tient sur les barreaux de ma fenêtre
et penche sa tête…
À droite, à gauche,
pour regarder ce que je fais derrière la vitre.
Je suis assise à mon bureau,
et j'écoute avec plaisir le tic-tac de la montre,
qui fait un bruit familier dans la pièce.
Je travaille.
Vous le savez,
malgré tout,
j'espère que je mourrai à mon poste,
dans une bataille de rue ou au bagne.
Mais mon intimité appartient plus à mes mésanges charbonnières
qu'aux camarades.
Moi, tête de liste. Tu te rends compte ?
Ça marchera jamais. Ils sont devenus fous.
-Je te trouve exceptionnelle.
Réfléchis, Rosa.
T'as plus beaucoup de temps pour te décider.
Je t'aiderai, j'écrirai tes discours.
Tu es celle qu'ils attendent tous.
Ça se voit.
-Il faut affirmer sans cesse que rien n'est fini.
Que tout commence.
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