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...
Si j'avais su qu'on passait en direct,
j'aurais mis mon �charpe.
On causait de quoi, bon Dieu d'ours ?
Ah oui. Du bredin.
Oh... Il y en a ailleurs qu'� Jaligny, des bredins.
Le bredin... �a vient d'une politique g�n�rale.
Si on avait suivi mon programme en 49,
y aurait des stades, des �coles et plus de bredins.
Y aurait des savants et des athl�tes, comme � Intervilles.
- Un bredin, c'est...
c'est comme qui dirait...
Je sais pas, moi.
Elle rit.
Un bredin, c'est un qui sait pas s'exprimer.
- Ce qui manque, c'est les sous.
Y a des mauvais qui disent que j'emploie Goubi
parce que je le paye pas.
Pour payer, faut des sous.
La terre rapporte plus que de la peine.
- Jean-Marie Laprune, pour vous servir.
Je suis un trop bon, moi.
Un trop gentil.
J'arr�te pas de rendre service.
Heureusement qu'il m'a, le Goubi.
Je suis son ange gardien.
Sa bonne nounou.
Tiens ! Tout � l'heure, encore.
Y avait son v�lo qui tra�nait.
L'a-t-il pas fallu que je le range ?
Jacques Brel : "Les C�urs tendres".
? Y en a qui ont le c�ur si large
? Qu'on y entre sans frapper
? Y en a qui ont le c�ur si large
? Qu'on n'en voit que la moiti�
? Y en a qui ont le c�ur si fr�le
? Qu'on le briserait du doigt
? Y en a qui ont
? Le c�ur trop fr�le
? Pour vivre comme toi et moi
? Ils ont plein de fleurs dans les yeux
? Les yeux � fleur de peur
? De peur de manquer l'heure
? Qui conduit �...
? Paris !
? Y en a qui ont le c�ur dehors
? Et ne peuvent que l'offrir
? Le c�ur tellement dehors
? Qu'ils sont tous � s'en servir
? Celui-l� a le c�ur dehors
? Et si fr�le et si tendre
? Que maudits soient les arbres morts
? Qui ne pourraient point l'entendre
? A plein de fleurs dans les yeux
? Les yeux � fleur de peur
? De peur de manquer l'heure
? Qui conduit �...
? Paris !
- Salut.
- Salut, les gars !
�a va ? - Oui, et toi ?
- �a va.
- Tiens, je t'ai apport� �a.
- Charlotte,
la tour Eiffel.
Oh...
Comme c'est beau, hein ?
Quand je monterai � Paris,
c'est l� que j'habiterai,
tout en haut du thermom�tre.
Ou alors dans c'te foutue �glise
dont je me rappelle jamais le nom.
Tu sais,
cette �glise que tu m'as rapport�e dans une boule de verre,
avec la neige qui tombe dessus.
- Le Sacr�-C�ur. - Ah, c'est �a !
Le Sacr�-C�ur, la tour Eiffel.
Ce sera mes deux maisons.
Je vous inviterai tous les dimanches, peut-�tre aussi la Berthe.
Il rit.
Mais y en a d'autres, s�rement pas !
Ils sont trop b�tes et trop paysans.
- T'y vas quand, � Paris ? - �a te regarde ?
Je reste en contact.
L'Olympia me t�l�phone tous les jours.
Je garde mon v�lo pr�t, en cas.
- Tu ferais quoi, � Paris ?
- Je jouerais du bidon, je prendrais le m�tropolitain
et je d�nerais avec le mar�chal Joffre.
Fracas de bidon.
...
Des cloches sonnent dans le lointain.
...
Fracas de bidon.
...
...
- Si vous passez pas devant le maire, la Berthe et toi,
on va droit � l'accident.
- Pourquoi qu'on passerait devant le Patouilloux ?
- Ben pour dire oui !
- Il s'en fout, M. le maire,
qu'on dise oui ou qu'on dise non.
- Tu dois marier la Berthe avant qu'elle ait un enfant.
Et vu comment tu la regardes,
�a pourrait bien pas tarder.
- Oh...
Oh, ben �a, alors !
Rien qu'avec les yeux ? Tu crois ?
- Y a pas pire.
La sonnette retentit.
- Je voudrais parler � M. le maire.
Ils rient.
Je voudrais parler � M. le maire.
...
On frappe.
- Oui ?
- Bonjour, M. le maire. - Bonjour.
- M. le maire, il faut que je vous voie.
- �a presse tant que �a ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Y a que... je veux me marier.
- C'est une bonne id�e, �a.
Et on peut savoir avec qui ?
- Oui. Avec la Berthe.
- C'est int�ressant.
Bon.
On reparlera de �a un de ces jours.
Dans quelques mois ou dans quelques ann�es.
Il faut y r�fl�chir.
- Oui, mais si on r�fl�chit trop longtemps,
j'ai bien peur que notre petit vienne � la noce en militaire.
- Quel petit ?
- Le petit � la Berthe et � moi.
- Goubi, je plaisante plus ! Qu'est-ce que tu veux dire ?
- �a veut dire que le grand Goubi, il a "enceintr�" votre fille.
- Bougre de saligaud... Vous avez pas fait �a !
Dis-moi que c'est faux avant que je t'ouvre la t�te.
Jure-moi que c'est que des menteries !
- C'est vrai comme la v�rit�.
- Charogne !
Si tu dis vrai, je prends le fusil, je trucide la Berthe,
toi en deuxi�me et moi pour finir !
Je nettoie, je d�peuple !
�a serait arriv� comment, c'te cochonnerie ?
- D'apr�s Jean-Marie, j'aurais l'�il dangereux.
- Hein ?
- � force de regarder la Berthe, j'ai eu un regard de trop
et crac ! Voil� comment c'est arriv�.
Soupir de soulagement.
- Ah bon !
- Il me faudrait des lunettes noires.
- �coute, Goubi,
t'auras peut-�tre un enfant, un jour.
La Berthe aussi.
Bah ! Pas forc�ment ensemble.
En tout cas, c'est pas pour aujourd'hui.
- Ah bon ?
- Va travailler et oublie tout �a.
Je lui causerai, � la Berthe. Elle va regretter.
- Y a de quoi.
J'aurais bien aim� avoir un petit.
C'est vrai.
Je lui aurais achet� une belle voiture d'enfant,
je l'aurais promen�.
Et puis, quand il aurait �t� grand, il m'aurait appris � lire.
- Oui.
En attendant, va chercher le Jean-Marie, j'ai � lui parler.
Qu'est-ce que t'as ?
- J'ai bien du chagrin.
...
Tu m'entends bien, Charlotte,
Paris, c'est des tours Eiffel,
des Sacr�-C�ur.
Je te mets dans le secret parce que...
je sais bien que tu comprends tout.
Et puis de toute fa�on, toi,
t'es la seule qui m'�coute.
Hein ?
Ah !
Si tu pouvais causer, tu me dirais :
"T'es le grand Goubi ! Le Parisien."
Vu que t'es la seule � savoir, hein ?
Et puis la seule � m'aimer.
C'est vrai. Les autres, ils n'aiment rien ni personne, alors.
...
Ho !
H�, les frangins !
Je vais chez le Bourlier, � Thionne. Vous m'y jetez ?
- Grimpe. - Y a la Charlotte.
- Oui, mais on est press�s. Grimpe.
- Bon, Charlotte, tu m'attends ou tu rentres.
Tu vois ? Elle me quitte jamais.
- �a te plairait, de voir la vraie ?
- Ah... �a serait une sacr�e rencontre !
�a sera pour un jour.
Merci, les gars !
Qu'est-ce que vous faites ? Vous n'allez plus � Paris ?
- On va boire un coup.
- Alors l�, je paye une chopine.
Si j'�tais venu � v�lo, j'aurais pein� sur la route.
Merde ! Je vais rentrer comment ?
- Prends le car.
- Le car, le car... Je suis gu�re habill� pour.
- Oh !
- Bon, je passe chez le Bourlier.
L'�glise sonne. Et je vous retrouve chez Dudulle.
- Salut, les p�cores. - Salut, les Parisiens. 2 blancs ?
- 3. Goubi nous rejoint.
- Je m'ennuyais pas de lui.
Il est pas m�chant, votre bredin.
Samedi, v'l� 10 jours,
au 1er verre, il jouait du bidon. Pire qu'un diable.
Au 2e verre, il dormait.
Il s'est r�veill� au matin dans le caniveau.
P... P, A : "PA."
R... R, I : "RI."
Paris !
- Le cognac, c'est celui-ci ?
Le calvados. - Calva.
- Pour finir, un peu de doux.
Dis donc ! Il pourrait bien se r�veiller ailleurs.
- Salut, Dudulle ! C'est le Goubi qui passons.
Le grand Goubi de Paris ! - Bois, va.
- C'est quoi ? - Un cocktail.
�a fait fureur � Paris. - Ah ouais ?
C'est gouleyant, �a ?
Ce serait plut�t de la boisson de femme.
- Chez Catolle, il boit que de l'eau.
Il travaille comme une b�te, on sait pas comment il tient.
- C'est un scandale, comme on le traite.
- Vous allez faire quoi ? - Lui faire visiter le monde.
- Depuis le temps qu'il nous abrutit avec Paris, il conna�tra.
Il parlera plus ou il saura de quoi. Rires.
- Ouvre donc !
- On le met sur les choux. - C'est pas propre.
- Ils ont �t� pass�s au jet. - Pas lui.
Ils rient. - Allez, hop !
Ils rient.
- H�, Goubi !
T'es arriv�.
- Arriv� o� ?
�a serait-y pas le march� de Moulins ?
- T'ES � PARIS !
- Vous �tes de sacr�s menteurs.
- �a, alors ! Tu l'entends, Ernest ?
- Je dis que vous �tes de sacr�s menteurs.
Parce que moi, je connais Paris mieux que tout le monde.
La preuve : o� qu'elle est la tour... Eiffel ?
- On reviendra par le Champ-de-Mars et on te la montrera.
- Les champs, je les connais.
Celui du p�re Catolle, celui de Patouilloux
et celui de Mars, il m'apprendra rien.
Ce que je veux voir, c'est pas un champ.
C'est la tour Eiffel.
Ils rient.
- On est aux Halles. La tour, elle a jamais �t� l�.
Laisse-nous bosser, maintenant. T'as que �a � faire.
- Bon Dieu ! C'est pourtant vrai que c'est pas le march� de Moulins.
Faut que je vous embrasse, mes petits vieux !
- T'es content ? - Ah, super ! Extra.
Seulement, c'est l'habillement.
Chez Dudulle, c'�tait juste, mais pour Paris...
Demain, je m'ach�terai un chapeau.
- Et apr�s-demain, un appartement ?
On d�charge,
on mange et on s'en retourne. - Mais alors, il m'arrivera rien.
Je vais dire quoi au p�re Catolle et � la Prune ?
Ils me croiront jamais. - Que veux-tu qu'il t'arrive ?
- Ce qui arrive aux autres.
Je sais pas, il m'est jamais rien arriv�.
- Rends-toi utile, va porter �a dans la cabine.
Je transpire d�j�. Allez, allez !
Ils rient.
- H� ! H� ho !
Arr�tez !
Ernest !
Jules ! Ernest !
Ho, Ernest !
Coup de sifflet.
- O� est le bredin ?
- Il n'est pas l�-bas.
- Goubi ! - Goubi !
- GOUBI ! HO !
- Ernest !
Jules !
Les gars !
Coup de sifflet. - Goubi !
- En v'l� une autre ! - Et une s�v�re.
- Et si on le retrouve pas ?
Bon sang ! Il peut pas �tre bien loin.
Coup de sifflet.
- Les frangins !
Ne vous cachez pas, je vous ai vus.
O� sont les Grafouill�res ? - Au fond du couloir, � droite.
- Pas de mendiants !
Mes 3 �toiles, c'est pas des m�dailles de sauvetage.
Allez !
Crissement de pneus.
- Alors, papa, y a de l'embrouille dans les feux ?
- Quels feux ?
- Monte. Je vais t'expliquer tout �a.
...
- �a, c'est une belle auto, hein ?
- �a te pla�t ?
On va faire un tour au Bois ?
- Oh l� l�... Des bois, j'en ai assez par chez moi.
Je suis venu � Paris pour autre chose.
J'habite la tour Eiffel
et je suis rus� comme un renard.
Ah ! C'est pas tout �a.
Si on causait de ce qu'on devrait causer,
on causerait des feux, non ?
- Ah oui !
Quand c'est vert, les autos passent.
Quand c'est rouge,
c'est les pi�tons.
- Et quand c'est bleu ? - C'est jamais bleu.
- Ce serait pourtant joli.
- Ben oui, c'est vrai.
Tu vois, j'y avais pas pens�.
- Euh... rouge, je passe.
Vert, je passe pas. Rouge, je passe pas.
Vert, je passe.
- H�, dis donc.
Si on allait parler de �a chez moi ?
- Pourquoi ? Y a des feux, chez vous ?
- Non mais... T'es nature ou tu me charries ?
Parce que, dis, �a commence � bien faire.
- Bon, euh... Je voudrais vous demander un renseignement.
Vous connaissez les Grafouill�res ? - Les quoi ?
- Les Grafouill�res. Ernest et Jules.
Ils ont un grand camion rouge.
- Bon, allez. Tire-toi.
- Ils m'ont emmen� de Jaligny et ils m'ont perdu.
- Ils se consoleront et moi aussi.
D�gage !
- Vous �tiez plus aimable quand vous vouliez m'emmener chez vous.
Je vous demande poliment o� sont les Grafouill�res...
- Non, je t'en prie, j'ai la t�te comme �a.
Tiens, l�.
Demande au gardien.
- M. le garde-chasse, vous auriez pas vu les Grafouill�res ?
- Qu'est-ce que vous avez dit ? - Ernest et Jules Grafouill�res.
- Non. Avant. Vous m'avez appel� "monsieur le quoi ?"
- Qu'est-ce qu'on va entendre, comme musique !
- Il faut pourtant se d�cider.
On a livr�. On va pas poireauter la semaine.
- Tu vois les gars de Jaligny ? Il va y avoir du vilain temps.
- Qui l'a so�l� chez Dudulle ?
- Moi ? - Je sais pas ce qui me retient...
- Dis donc, j'y pense.
Si on disait qu'il nous a �t� vol�, hein ?
Qu'on porte plainte ? On nous donnera un re�u.
...passe.
Vert, je passe.
Rouge, je passe. Vert...? Vert, je passe.
- Un petit caf� et une Vittel.
- La Fleur, tu me convulses.
Tu vas pas quitter le m�tier ? Une courageuse comme toi
que je cite en exemple tout le temps.
- C'est le m�tier
qui se barre.
D�vor� tout rond par la t�l�.
- Elle nous fait du tort, la t�l� ?
- Du tort ?
L'homme, en sortant du bureau, fonce devant son poste.
Et tout l'int�resse, ce con !
Pendant le Tournoi des 5 nations, comme ils l'appellent,
tu vois des clients, le samedi soir, dans la rue ?
Si c'est pas le rugby,
c'est le v�lo. Si c'est pas le v�lo,
c'est Longchamp.
Le micheton d'aujourd'hui,
c'est plus avec nous qu'il s'envoie en l'air.
C'est avec Couderc, Chapatte et Zitrone.
Soupir. - Parlons plus de tristesse.
Je t'ai fait tes petites courses.
J'ai trouv� tes eudimions
et tes geronos petargonium.
Pas le reste.
- Mes dicotyl�dones gamop�tales ? Enfin, mes p�tunias ?
- Y en avait plus.
- �a m'�tonne pas.
Bient�t, y aura plus de fleurs du tout.
Parce qu'il n'y aura plus de terre. Rien que du ciment.
Plus d'herbage, plus de for�t. Rien que des rues.
Pour quoi faire ? Y aura personne dedans.
Ils seront tous devant leur t�l�.
- Rouge, je passe.
Vert, je passe.
Rouge, je passe.
Rouge, je passe.
- M. Grafouill�res, vous �tes un meneur.
Une gr�ve-surprise ? Bravo.
30 tonnes de barbaque sur le carreau
quand on meurt de faim � Chandernagor,
hourra !
M. Grafouill�res, vous �tes un meneur
et vos petits camarades des inconscients.
Vous semblez oublier, mes amis, que vous n'�tes que des salari�s.
Les �tres les plus vuln�rables du monde capitaliste.
Des ch�meurs en puissance.
Le ch�mage... hein ?
Le ch�mage et son cort�ge de mis�res.
- Y avez-vous pens� ? - NON, M. DESSERTINE.
- Finie, la petite auto.
Finies, les vacances au Crotoy.
Fini, le tierc� !
Soupirs de d�ception.
C'est pourquoi si vous avez des revendications,
adressez-moi une note �crite et je la fous au panier. Pig� ?
- OUI, M. DESSERTINE. - Alors au boulot !
- Tenez bon, les frangins. J'arrive !
- D�cid�ment, M. Grafouill�res, vous tenez la forme.
- Il a pas le droit.
C'est pas son nom. Je les connais, moi.
- C'est quoi, �a ?
Virez-moi ce cr�tin. Flanquez-le dans une bouche d'�gout,
qu'on ne le voie plus.
- Vous cabosseriez pas un orphelin ?
Hein ?
C'est toujours pareil. On me frappe parce que je suis de l'Assistance.
- Arr�tez !
Arr�tez, assassins.
Vous �tes vraiment des immondes !
Tu es de l'Assistance publique, mon petit ?
- Oui, M. le maire. - Moi aussi.
Mon semblable ! Mon fr�re !
Ne tremble pas, je te d�fendrai.
Je serai ton bouclier. Nous ferons bloc.
Comment t'appelles-tu ? - Goubi. De Jaligny, dans l'Allier.
- Viens, Goubi.
Moi, je m'appelle L�on Dessertine.
T'attends quoi pour te relever ? Une paire de tartes ?
Comme toi, je suis parti de rien.
Aujourd'hui, je suis l'empereur de la viande.
On me craint et on a raison.
Je leur en fais baver. Je les m�ne au knout.
- Qui �a ? - Tous.
Parce que tu comprends, y a nous, les petits de l'Assistance.
Et puis, y a les autres. Les inutiles, les surnum�raires.
Entre eux et nous, c'est la guerre sainte.
�a se terminera dans le sang.
- Je savais pas. - Si, si.
Parlons de toi, mon cher petit.
Pourquoi as-tu quitt� l'Allier ? C'est beau, l'Allier.
- Je suis venu voir la tour Eiffel et le Sacr�-C�ur.
- Ah.
O� dors-tu ?
- Je sais pas encore. Peut-�tre � la tour Eiffel.
- A�e a�e a�e... T'as de l'argent ?
- Non ! Pas �a, M. le maire.
Je suis pas un mendiant. Je suis travailleur agricole.
J'ai jamais eu un sou de personne.
M�me quand je travaille. - T'es honn�te, le Goubi.
Mais tu devrais retourner dans l'Allier.
- Ah non.
Je veux qu'il m'arrive quelque chose, d'abord.
Pour raconter au pays. - Quoi ?
- Je sais pas, moi. Quelque chose.
- � Paris, il t'arrivera quelque chose
mais pas ce que tu esp�res. - Ah oui ?
- Prends cette carte et ne la perds pas.
- Ben oui, mais... Je sais pas tr�s bien lire.
- Ah. - Je sais m�me pas du tout.
Elle sert � quoi ?
- � la montrer si on t'emmerde. Tu diras que t'es un ami.
- Qui c'est qui m'emmerderait ? - Les emmerdeurs.
Ceux qui viennent pas de l'Assistance.
Tu vois ce bistro ?
- J'y ai demand� les Grafouill�res et ils m'ont jet�.
- Si tu as faim ou besoin d'argent, vas-y de ma part.
- Il faut que j'aille au Champ-de-Mars.
- Tu sauras le trouver ?
- Non, mais je suis rus� comme un renard.
- Tu ferais mieux de prendre un taxi. Viens avec moi.
Marcel ! Conduis-le au Champ-de-Mars.
- �a serait pas une DS, �a ?
- Si. T'as quelque chose contre ? - Non. Extra.
Je veux me l'acheter. - C'est une chance.
Tu te feras payer au bureau.
- D'accord, M. Dessertine.
- Merci, M. le maire.
- Va, mon petit. Et n'oublie pas :
si tu es dans l'ennui, viens me demander aux Halles.
Moi, les tourmenteurs d'anciens,
je les �trille, je les pilonne, je les �mascule.
Je leur r�duis la t�te.
Au revoir, mon petit.
- �a commence bien, les fous sont l�ch�s.
Je vais vous dire un truc. Si j'�tais les poulets,
les vioques, les infirmes,
tous les mecs nazes, � la poubelle !
Enfin, plus de permis, quoi.
Et celui-l�,
il est pas beau ?
"Deutschland", �a m'�tonne pas.
Je vais vous dire autre chose.
Ce qui congestionne, c'est le surplace.
Le mec qui roule vite, m�me s'il repasse un connard,
c'est pas grave,
�a d�gage. T'avances, toi, p�d� ?
"Nederland", �a m'�tonne pas.
C'est pas un crime, de voir �a ?
Et l'autre l�, � quoi il pense ?
Affole-toi, viande � pneu ! Peigne-moumoute !
Voyez-vous, monsieur,
d�s qu'on prend le volant,
on est entour�s de saloperies.
- Mon service se termine � 6 h.
- Apr�s 6 heures, il n'y a plus de police ?
- Ne soyez pas impertinent.
30 personnes disparaissent chaque jour.
On en retrouve dans des malles, dans le canal de l'Ourcq,
ou alors on les retrouve pas.
Votre ami est peut-�tre encore vivant.
Pourquoi pas ?
Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ?
Que j'alerte le service des garnis,
la brigade fluviale, les h�licopt�res ?
Que je diffuse un portrait-robot ?
- Rapatriez-le juste � Jaligny.
- �a se voit vite, un idiot, � Paris.
- Ah oui ? � quoi ?
- J'en vois un qui se reconna�trait facilement.
- R�p�te un peu ce que tu viens de dire.
Oh ! Sacr� nom de...
- C'est l�, le Champ-de-Mars ? - Ben oui.
- O� qu'elle est, c'te tour Eiffel ?
...
- Pardon, monsieur. Vous aimez la jeunesse ?
- Vous sauriez o� qu'elle se trouve ? - Qui ?
- La tour Eiffel. - Amusant.
Parlons des probl�mes des jeunes.
Ils �ditent, avec leurs petits moyens,
cette revue luxueuse o� ils abordent diff�rents probl�mes
en cherchant � vous int�resser.
- Moi, je cherche la tour Eiffel.
- Tr�s dr�le. Donnez ce que vous voulez.
5 F, si vous voulez. Nous ne sommes pas exigeants.
- On m'avait dit qu'elle �tait l�. - Qui �a ?
- La tour Eiffel. - Elle est l�-haut.
- Bon di ! Mais il en manque un bout.
- Un bout ?
- O� qu'il est, le barom�tre ? - Le barom�tre ?
- Il faut pas me la faire.
Tiens, j'ai l'�chantillon l�.
- Oui, c'est exact. Il y a un barom�tre.
Et dans certains cas, il y a m�me un encrier en dessous.
- Ah oui ?
- Et parfois, mais c'est rare, vous avez le briquet.
Vous appuyez sur la 1re plate-forme
et la flamme sort par l'antenne de t�l�vision.
- Eh ben, alors ! Vous m'en apprenez...
- C'est pas � la port�e de tous. - Et �a,
c'est le Champ-de-Mars ? - Oui.
- Eh ben, �a alors !
Je voyais de la culture, mais c'est que de l'herbage.
- Ah oui. - Il a des chevaux ?
- Qui ? - M. Mars.
- C'est M. Marie qui en a. Ils sont r�put�s.
- Ah bon ?
- Je me pr�sente : Fran�ois Flutiaux.
Je suis �tudiant. Je vous cherchais. - Pourquoi ?
- Parce que vous �tes un imb�cile. - Si vous croyez me l'apprendre !
- Ne renversons pas les r�les.
C'est vous qui allez m'apprendre des choses.
Vous �tes un cas int�ressant.
J'ai �crit une th�se : L'Imb�cile rural en milieu citadin.
Aidez-moi � la d�velopper et je vous abonne gratuitement.
�a marche ?
Il me faut des r�ponses pr�cises. Je fais du travail s�rieux.
Vous auriez pas une cigarette ? - Si.
- Alors, n'oubliez pas que selon ma th�orie,
vous n'�tes pas un idiot. Vous �tes un imb�cile.
- C'est pas pareil ? - Non. C'est tr�s diff�rent.
Un idiot, c'est un cr�tin.
Un imb�cile, c'est quelqu'un d'intelligent,
au sens clinique du terme, bien s�r.
Alors, �coutez. Pour vous, je le fais 2 F.
Non, non. Je pr�f�re me la l�cher moi-m�me.
- Vous y arriverez pas. Attendez.
Elle serait quand m�me mieux avec un barom�tre.
�a ferait rouge.
Rouge... je passe pas.
- Quoi ? - Hein ?
- Bon.
Je la fumerai tout � l'heure.
Allez !
Je vous emm�ne. Vous me payez un glass.
- Un quoi ? - Un drink. Un verre, quoi.
Ils rient. Faut tout vous apprendre.
Vous avez tout �a pour 1 F.
Vous avez la politique, les sports,
la critique cin�matographique - j'esquinte syst�matiquement...
- Vous en voulez une autre ? - Non, merci.
La critique th��trale, - je d�molis -,
la critique musicale, alors l�, j'y connais rien.
Vous aimez pas �a, la musique ? - Ah si !
J'en joue. - Vous jouez de quoi ?
De la viole ? - Non.
- Du pipeau ? - Non.
Du bidon.
- Du bidon ?
- Du bidon ?
Tam tam ! R�surgence. Ce type pue l'Afrique � plein nez.
Une question :
t'adaptes-tu au nouveau milieu social ?
- Le bidon, c'est pas du bidon !
- �a y est, j'en ai trouv� un.
- Oui, mais il est carr�. - Il fait pas l'affaire ?
- On va essayer de faire avec.
Je peux ? - Oui. Vas-y.
Fracas de bidon.
...
- Arr�te ou on t'assomme. - Si on l'assommait d'abord, chef ?
- Je fais de la musique.
- Parfaitement. Et elle est belle.
- L�chez-le, mousquetaires, je vous l'ordonne.
- Je l'assomme ou pas ? - Si on l'assomme, faudra le porter.
- J'assomme l'autre ? - Personne.
- T'es m�chant !
- Et les consommations ? Qui va les payer ?
- Vous n'avez rien contre la jeunesse ?
- La jeunesse ? Je peux pas la blairer.
- T'es encore pass� au vert ?
- Je comprends rien.
On �tait en train d'�crire un livre sur moi,
et puis voil�.
- C'est toi qui sens bon comme �a ?
- Je sens quoi ?
- Tu sens les moissons,
les betteraves, la terre.
- Je suis cultivateur. - Ah !
Cultivateur ? Jure-le. Sur moi.
- Je le jure.
Cultivateur chez le p�re Catolle, � Jaligny, dans l'Allier.
- Tes parents aussi ?
- Mes parents, je les ai pas connus.
Mais je connais le mar�chal Joffre !
- Et t'habites la tour Eiffel. Je sais.
Ah l� l�... Dommage que tu sois idiot.
- Je suis imb�cile. - C'est pareil.
- Justement pas.
Au contraire. Un savant me l'a dit !
- Taisez-vous !
- N'aie pas peur. Il est plus con que m�chant.
Dis, moi aussi, je suis de la campagne.
De la Touraine. Tu connais ?
- Non.
- Il y avait des canards, des vaches.
- C'est moins gros que les vaches, les canards,
et c'est plus intelligent.
�a s'�l�ve tout seul, �a se nourrit, �a se baigne.
- Dis, tu crois pas que tu devrais faire comme eux ?
Te baigner, de temps en temps.
T'es le roi de la culture, mais aussi l'empereur des salingues.
T'as vu tes ongles ?
Une porte s'ouvre.
Bonjour, M. le commissaire.
- Encore toi, La Fleur ?
- Je demandais mon chemin � un passant.
L'autre obs�d� parle de racolage.
- R�p�te un peu !
- Du calme, mon ami. Dominez-vous.
Et celui-l� ?
- Un idiot, chef.
- C'est quelque chose ! Je vous l'ai d�j� dit.
Je suis pas idiot. Je suis imb�cile.
- Envoyez-moi �a � l'asile.
- Pas � l'asile ! Vous avez pas le droit !
- On l'assomme, M. le commissaire ?
- Je vais le dire � M. Dessertine. - Arr�tez.
Qu'est-ce que tu racontes ? Tu connais M. Dessertine ?
- Je connais aussi Mme La Fleur. - Oublie-moi.
- Je te demande si tu connais M. L�on Dessertine.
- Parlez-lui de Goubi. On se conna�t de l'Assistance.
- Oh, mon Dieu.
Boudinos, trouvez-moi M. Dessertine.
Ex�cution !
- Si c'est une singerie, on va droit au massacre.
- Pourquoi vous y �tes pas rest�e ? - O� �a ?
- Dans votre Touraine. - Ce serait trop long � t'expliquer.
Pour mon m�tier, c'�tait pas tr�s central.
T'as beau �tre idiot... ou imb�cile,
tu vois ce que je fais ? - Non.
- Ben... le turf.
Tu vois toujours pas ? - Non.
- Des gars comme toi, c'est une attraction.
On devrait les encadrer.
Je sais plus comment te dire �a. Tu me fous le trac.
Une femme t'a jamais demand� de l'argent pour coucher avec elle ?
- Ah... Vous �tes putain ? Fallait le dire tout de suite.
- C'est le mot, qui me g�ne.
J'arrive pas � m'y faire. - Oh...
- Dis, y a combien de vaches dans ta ferme ?
- 15. - Oh, dis donc...
- Et puis, il y a Charlotte, la jument.
Un vrai cheval de course !
Il n'y a que moi, l'intr�pide, qui la monte.
- T'es cultivateur ou cow-boy ?
- Ben... �a me g�ne de te causer de la culture.
Je suis le roi. Le grand Goubi !
Je te retourne tous les automnes 10 ha de terre � betterave.
Et puis, attention... Pas avec le tracteur.
� la b�che.
Et apr�s �a, j'arrache !
La betterave,
c'est pas du radis !
- T'arr�te pas. Allez, raconte !
- Tiens, je te prends un champ,
par un coin, au lever du soleil,
et quand arrive le soir... Une porte claque.
- O� est cet imb�cile ?
Pas celui-l�. L'autre.
- Bonjour, M. le maire.
- M. Dessertine...
- Bravo, M. Pingeon. Mes f�licitations.
- Vous connaissez cet individu ? - Cet individu s'appelle M. Goubi.
C'est un gar�on remarquable.
Les blousons noirs prolif�rent, les assassins aussi,
Paris est un coupe-gorge, mais qui arr�te-t-on ?
Mes assist�s.
Vous, un ancien chasseur alpin.
Un ancien diable bleu.
Je vous chasse de ma m�moire.
- Mais... - Y a pas de "mais" !
J'en parlerai � l'amicale. - Non ! Pas �a.
M. Dessertine, j'exerce un m�tier difficile,
sur les traces de mon p�re.
- Je ne vous reproche pas vos tares, M. Pingeon.
Je vous reproche de traquer l'Assistance publique
comme une association de malfaiteurs.
C'est pas tr�s beau, M. Pingeon,
de vous attaquer � des assist�s.
C'est l�che.
Ils n'ont pas de parents.
Pas de No�l. Pas de souliers dans la chemin�e.
Pas de joujoux. Hein ?
- Boudinos !
Vous aurez un bl�me.
�a vous apprendra la piti�, la compr�hension.
Et sortez-moi imm�diatement M. Goubi du violon !
- Ne me touchez pas !
Je sortirai pas, voil�.
- Qu'est-ce qui te prend, mon petit ?
- Je suis tomb� sur une dame qui cause.
Si elle sort pas, je reste.
Ils nous assassineront tous les deux.
- Brave c�ur !
M. Pingeon, allez-vous vous conduire comme un �tre humain ?
- Bon.
La Fleur, tu peux sortir, mais que je ne t'y reprenne plus.
Ne le dites pas � l'amicale. J'ai fait ce que j'ai pu.
- Simplement votre devoir. Je n'ai pas � vous remercier.
- Toujours � votre service, M. Dessertine.
- Je vous laisse. J'ai du travail.
L'Assistance publique avant tout.
Vous en �tes ? - H�las, non.
- Pas �tonnant que vous ayez mal tourn�.
- Au revoir.
Qu'est-ce qu'on fait ?
- On recause.
- Je veux bien, mais de quoi ?
- Je sais pas. De ta charrue, de tes l�gumes, tes vaches.
Jamais un homme m'a parl� comme toi.
Tu peux pas savoir ce que �a me fait.
...
Je t'�couterais toute la journ�e.
Mais il faut que j'aille faire l'�talage.
Si tu veux me voir,
demande-moi � l'h�tel Mimosa, rue des Vertus.
D'accord ? - Oui, madame.
- Ah non ! M'appelle pas "Madame".
Appelle-moi "La Fleur", comme tout le monde.
- Oui. Mme La Fleur.
- Si je suis sous presse, enfin, si je suis pas l�,
demande Mme Lucienne, c'est une coll�gue.
Allez, au revoir.
Crissement de pneus.
- Bon.
Vert, je passe. Rouge, je passe pas.
C'est �a.
Vert, je passe.
Et rouge, je passe pas.
- Vous avez fait du beau travail !
- Je sais pas ce qui me retient de vous gifler.
Mais �a ferait pas revenir notre bredin.
Ah, il manque ! Il manque !
Il travaillait beaucoup.
- Qui je vais emmerder ? - Il est peut-�tre mort.
Elle rit.
- Faut pas dire �a, M�m�ne.
- Mort. �cras� d'un coup de tramway.
- Y a plus de tramway.
- N'aggravez pas votre cas.
- Vous avez pas honte ?
- Ils deviennent vicieux.
- Qui je vais bien pouvoir emmerder ?
...
- Tiens ! �a t'apprendra � tromper Mme La Fleur.
T'as donc honte de rien ?
Tiens ! Prends encore celle-l�.
Mais t'as du vice, mon cochon.
- Tu crois pas que tu devrais faire comme les canards ?
Te baigner, de temps en temps.
T'es le roi de la culture
et l'empereur des salingues.
- Pardon, madame. Les quais ?
- Tout droit. - Tout droit.
- Avoir l'�me agricole et tomber tordue d'un p�quenaud,
�a fait deux. - Tordue ?
Pauvre Lucienne, va !
- C'est pas �a. D'habitude, on parle boulot, coiffure, cinoche.
V'l� une heure que tu parles de ton idiot.
- Il est pas idiot. Il est imb�cile.
- C'est pareil.
- Je croyais aussi. Il para�t que non.
...
Rires.
...
...
- Qu'est-ce qui vous fait rire ?
- Moi.
Regardez-moi bien. Je suis un �vad�.
- Moi aussi. Du commissariat.
- Peccadilles ! Moi, je suis �vad� d'un HLM.
On aura beau l�cher la meute, les voisins, la concierge,
ils m'auront plus.
Marcel Pitou s'est �vad� de son HLM !
Savez-vous ce qu'est un HLM ?
C'est l'enfer conditionn�.
On y joue du transistor, de la t�l�.
Mon r�veil sonne, le voisin crie : "Entrez !"
On frappe aux plafonds, aux murs.
On est 2 000 fous.
Pourtant, on a tout pour �tre heureux.
Le chauffage puls�, les frigidaires, un parking.
Mais pas de murs, des cloisons.
La nuit, on entend grincer les lits :
la France se repeuple.
On pense � la Chine. On voit des dragons.
Vous �tes mari� ?
- Pas encore, mais �a pourrait se faire.
- Je le suis depuis 20 ans.
Quand j'ai rencontr� Louise, je voulais �tre pianiste.
Je l'ai embrass�e, et puis on a eu une fille.
Adieu, piano !
Je suis devenu magasinier.
Ma fille est mari�e et vit aussi en HLM.
Elle y mourra. Elle est d�j� un peu morte.
- Vous �tes fragiles.
- �a se passe � L'Hay-les-Roses.
Pourquoi L'Hay-les-Roses ? Hein, pourquoi ?
Pourquoi pas "Cabanon 327" ou "Asile 12" ?
Et moi, pourquoi Marcel Pitou ?
Pourquoi Marcel Pitou ?
Pourquoi pas "Matricule 3 600 000"
ou "Ali�n� 28" ?
Ce serait plus vrai. Vous comprenez ?
- Euh... oui. Pas du tout, M. le maire.
- Pourquoi "M. le maire" ? - Vous avez un chapeau.
- Tiens !
L'Hay-les-Roses...
Quelle d�rision !
Ce nom de fleur pour un tas de ciment.
Y a bien l'avenue de la Libert� � Fresnes.
- Eh oui !
- Marcel Pitou s'est �vad� ! Et ils m'auront pas.
S'ils me rattrapent, je me jette dans la Seine.
Y en a d�j� qui s'y jettent, � pleines familles.
Ou qui se flinguent ou qui ouvrent le gaz.
- Moi, je suis de Jaligny, dans l'Allier.
Je peux rien pour vous. Je suis imb�cile.
- Bravo. Bravo. Je vais essayer de le redevenir.
Ah ! J'ai plus de living-room, plus de dressing-room.
J'ai plus de personnalit�. Je suis � la rue.
� la rue.
� la rue.
Coup de sifflet.
...
...
Le sifflet se transforme en trompette.
- Vous savez pas lire ?
- Non. Qu'est-ce qu'il y a d'�crit ?
- "D�fense de marcher sur la pelouse,
"sous peine d'amende."
- Quelle pelouse ? Votre herbe, l� ?
- C'est pas de l'herbe, c'est du gazon.
- Je cueille pas votre gazon, je cueille des fleurs.
Pour une personne.
- Ah bon ! Vous pouviez pas le dire tout de suite ?
Je tremblais pour mon gazon.
Les fleurs, vous pouvez toutes les emporter.
En faire des bouquets ou de la salade, je m'en fous.
Ces salet�s, voil� 20 ans que je les garde.
Au parc Monceau, au Luxembourg,
au parc Montsouris, au square Montholon.
Je peux plus les voir !
Ni en pot, ni en gerbe, ni en peinture.
Je les hais.
Filez.
- Le Parisien, c'est un dr�le de cas.
Pardon, madame. La rue des Vertus ?
- 2e � droite.
Mais attention de ne pas vous faire enlever.
...
- H� ho ! Madame La Fleur !
- Elle est en lecture.
- Reste pas dehors, tu vas prendre mal.
- Je t'apprends la brouette du diable et le tierc� maudit.
- Touchez pas.
Je suis un ami de Mme La Fleur.
Un ami personnel.
- Tu serais pas Goubi ? De Jaligny ?
Viens avec moi.
Un expresso.
Et toi ?
- Du lait.
- Qu'est-ce qui va pas ? - Je l'ai vue avec un soldat.
- Et alors ? T'aimes pas les soldats ?
- Ceux qui ont gagn� la bataille de Verdun, oui.
Mais pas celui qui �tait avec Mme La Fleur.
- T'es quand m�me pas jaloux !
- Je suis triste.
- A�e a�e a�e...
�coute, Goubi. La Fleur, elle m'a parl� de toi.
Elle t'a � la bonne.
Alors essaie de comprendre et sois raisonnable.
Faut plus lui parler de tes vaches. �a lui bousille le syst�me nerveux.
Elle a pas la t�te � ce qu'elle fait. - Ce qu'elle fait, j'aime pas !
Elle est trop belle.
Il se racle la gorge.
Remarquez... Vous �tes pas mal non plus.
C'est vrai. Vous me rappelez Charlotte.
La jument du p�re Catolle.
Avec sa robe qui brille sous la pluie.
Et puis, elle a des yeux couleur de colza.
- Et elle sent le romarin.
- Non. Elle sent la paille � bouchon.
- Tu veux nous rendre service ? - Bien s�r !
- Retourne � Jaligny. Tire-toi.
Tu fais trop de mal, avec tes histoires de cambrousse, de jument.
Tu nous fous le moral � z�ro !
Ah l� l�... T'es pire que le chol�ra.
- Oh, ben �a, alors !
Je vais le dire au chef.
Il fera fusiller tous les militaires !
- Te revoil� ?
J'ai dit : "Pas de clodos, ici !" - Je viens voir M. Dessertine.
- Oh... Vous �tes un ami � M. Dessertine.
Entrez, je vous en prie.
Entrez.
Je vous en prie.
Ne lui dites pas ce qui s'est pass�.
Il irait chez une canaille qui se pr�tend de l'Assistance
pour me faire du tort.
- On se taira. - Merci.
- Bonsoir, Goubi. Tu d�nes avec moi ?
- Merci, M. le maire.
Mais chagrin comme je suis, �a passerait pas.
- Prends quand m�me un verre.
Rabichon, vous savez que notre ami Goubi est un ancien ?
- Ah ! - Il a r�ussi dans la vie.
Tu r�ussiras aussi. � la n�tre !
Et � notre maman, l'Assistance.
Alors, mon fils, qu'est-ce qui te chagrine ?
- Mme La Fleur, M. le maire.
- La Fleur ? Ah oui.
- Elle dort avec un soldat.
- �a te g�ne ?
- Ben oui.
- Je crains que tu sois amoureux, Goubi.
Amoureux d'une femme qui n'est pas pour toi.
- Y a pas de femme pour Goubi.
- Vous avez entendu ?
La clairvoyance. L'intuition.
Il est bien de chez nous.
Tu lui as parl� ?
- De quoi ?
- Tu lui as dit... Tu lui as pas dit que tu l'aimais ?
- Je le savais pas.
Vous me l'apprenez. - Oui.
Rabichon, vous qui �tes amateur de putains...
- Oh ! Juste pour la d�tente. J'ai jamais le temps...
- En connaissez-vous une qui s'appelle La Fleur ?
- Vue !
Il soupire.
- Rabichon, ne hurlez pas.
- Elle travaillerait pas rue des Vertus ?
Une belle fille.
- On le sait ! C'est la mentalit� qui nous int�resse.
- Un peu braque.
Une tendance � parler de fleurs et de fruits.
- C'est bon, �a. Excellent.
Malheureusement, si je peux t'aider aupr�s des services publics,
aupr�s des dames, je ne vois pas.
- Moi, je vois.
Comme dirait le p�re Catolle : "Il faut des sous."
Et pour avoir des sous, il faut travailler.
- Qu'est-ce que tu sais faire ?
- Soigner les b�tes, couper les arbres...
- � Paris, c'est commode.
- J'ai ! - Perdez cette habitude, Rabichon.
- J'ai du travail pour M. Goubi.
Les champignons.
Les c�pes vont commencer, et nous, les c�pes,
on les paye un maximum.
- Certaines cueillettes tournent � l'homicide.
Peut-on te poser une question sans te froisser, Goubi ?
T'y connais-tu, en champignons ?
- Je suis le champion des champignons de l'Allier.
Je ne confondrais pas
l'inocybe rose avec le c�pe
ni le tricholome de la Saint-Georges avec l'amanite tue-mouches.
Je ramasserai plein de paniers
et y aura pas un mort.
- O� ira-t-il ? � Vincennes ?
- Ben voyons ! � la for�t de Fontainebleau.
Le matin, il prendra un camion de votre part ou de la mienne.
Le soir, il boira un coup dans un routier
et quelqu'un le ram�nera aux Halles.
- Vous lui ach�terez ses champignons au-dessus du tarif.
Vous lui trouverez un abri, o� il aura chaud.
Vous lui louerez une chambre au-dessous du tarif.
- J'ai !
J'ai ce qu'il faut pour le confort.
- �a te va ?
- Les c�pes, j'y vais demain matin.
Et avant 8 jours, j'aurai ma DS avec un chauffeur.
Et un cendrier.
Et je retire Mme La Fleur des mains de l'arm�e fran�aise.
...
- Quand je pense qu'il est parti sans me dire au revoir.
Ou alors, il est mort dans un coin.
- Des hommes, y en a d'autres. - Je veux plus les voir.
On toque.
- T'es folle ! C'est ton notaire. Ton abonn� du lundi.
- Je m'en fous !
�coute-moi, Lucienne.
Que je le revoie ou non, mon idiot,
j'ach�te une parcelle et je me tire. J'en ai marre.
J'ai envie de foug�res.
Tu devrais en faire autant.
- Pourquoi ? Je trouve le m�tier plaisant.
C'est pas des radis qui me paieront Herm�s,
Carita, mes vacances de neige.
Moi, j'y tiens, � mes vacances de neige.
- T'as quel �ge ?
- 39... et demi.
- C'est-�-dire bient�t 40.
Alors, �coute-moi bien.
Apr�s 50 ans, c'est la chute libre.
Et dans notre boulot, pas de maison de retraite.
T'as d�j� vu les grands-m�res de l'amour accrocher les clodos ?
Et apr�s ? Apr�s ?
Il y a l'h�pital, les Petites S�urs des Pauvres.
La bo�te � dominos.
- Eh ben, dis donc ! Il t'a rendue gaie, ton minus.
Fracas de bidon.
...
- Dieu de bouse !
C'�tait le bon temps.
Coassements.
- Je vous parlerai pas aujourd'hui d'autoroute
ni de stade couvert. Y a trop grave.
On va peut-�tre voir le retour des grandes �pid�mies.
Y a le Jean-Marie Laprune qui est en train de virer bredin.
Le village est peut-�tre maudit.
- Laprune, le vainqueur du tour de France.
- Sois tranquille ! Quand il va revenir,
je saurai le recevoir.
� coups de fourche. De ba�onnette.
Apr�s tout ce qu'on a fait pour lui. Elle rit.
Il va nous rentrer le corps plein de maladies, c'te charogne.
- Tu t'ennuies de lui.
- Y a de �a.
- Tiens, La Fleur !
�a va, ma belle ?
On parlait de toi, l'autre soir.
- Perdez pas votre temps, je m'arr�te pas.
Le drapeau est baiss�.
- Maintenant qu'on travaille pour toi !
- Ah oui ? On peut savoir qui ?
- Le funambule. L'ahuri de l'Allier.
Ton amoureux, quoi.
- Goubi ? O� est-ce qu'il est ?
- Apr�s minuit, il dort dans ma cave,
mais l�, il est en pleine cueillette.
- Goubi ! - H� ! Goubi !
- Goubi, te sauve pas !
Tu nous as assez emmerd�s.
- Goubi !
Goubi ! C'est nous !
- Ernest et Jules !
Goubi !
- Bonsoir, Goubi.
Tu m'as laiss�e tomber.
Tu devais pas venir me voir ?
- Je suis venu. M�me que je m'�tais lav�.
- T'es pass� � l'h�tel Mimosa ?
Bon. Allez, viens.
Tu m'as pas demand�e.
Mais pourquoi ?
- � cause du soldat. - Quel soldat ? Je vois pas.
Enfin, c'est possible. S'il fallait se rappeler de tout...
En somme, t'�tais f�ch� ?
Tu l'es encore ?
- Je boude.
- T'es quand m�me marrant !
Je te l'ai dit tout de suite, mon m�tier.
Au commissariat, tu te souviens ?
T'avais trouv� �a naturel.
Maintenant, �a te d�frise.
- D'apr�s M. Dessertine qui sait tout, je suis amoureux.
- De moi ?
- D'apr�s M. Dessertine, oui.
J'ai encore r�v� de vous.
- Je faisais quoi ?
- Vous aviez un petit tablier
et vous donniez � manger aux poules.
- Oh...
Goubi...
- Qu'est-ce que vous avez ?
- J'ai froid.
On est bien comme �a... hein ?
- Extra.
- Si t'�tais raisonnable, tu sais ce que tu ferais ?
- Je retournerais � Jaligny.
On me l'a d�j� dit, mais je veux pas.
Je veux d'abord qu'il m'arrive quelque chose.
- Mais il t'est arriv� quelque chose, Goubi.
- Quoi donc ? - Ben... moi.
Je suis quelque chose... non ?
- �a, oui, alors !
- Demain, �a te ferait plaisir de d�ner chez moi ?
- Vous n'avez plus froid ? - �a va.
Je te donne pas mon adresse, tu la perdrais.
Passe pas � l'h�tel Mimosa, j'y serai plus.
Plus jamais.
Je t'attendrai � 18 h
devant Saint-Eustache.
- L'�glise ?
- Ben oui !
Pourquoi tu ris ?
- Parce que vous, vous faites pas les choses � moiti�.
- Bon. Allez, au revoir.
Fracas m�tallique.
...
- Vous l'avez encore perdu ?
- Vous �tes 2 beaux saligauds.
- Le pays vous jugera !
Cri affol�.
Fracas.
- V'l� le bredin qui remet �a.
- Il y aurait peut-�tre un moyen. - Oui, peut-�tre.
- On est 79, dans le village.
- 78, � cause de vous.
- Voil�. On monte tous � Fontainebleau,
on quadrille la for�t et on capture le bredin.
- Je suis ancien combattant,
militant socialiste et bistro.
J'en ai entendu, des conneries.
Mais des comme �a, jamais !
...
- Alors, b�cheuse, c'est le client qui doit attaquer ?
- Va te faire cuire un �uf.
...
Tiens. Viens voir.
L�.
T'en dis quoi ?
- Rigolo.
- Ah ben, bien s�r ! C'est pas la Beauce.
- Vous en mangez, de vos bizarreries ?
- T'es fou, non ?
Elles sont sacr�es.
Quand je veux de la salade, j'en ach�te.
- �a vaut peut-�tre mieux.
- La terre, je l'ach�te dans des petits sacs.
T'en penses quoi ?
- J'aimerais pas �tre enterr� dedans.
- Eh ben ! T'es dur.
- C'est pas un amusement, la terre.
C'est grave.
V'l� 30 ans qu'elle me pompe la sueur.
Je l'ai remu�e � pleins bras.
J'ai pleur� dessus.
J'ai dormi dessus.
Je la connais.
Et je crois que sa place, c'est pas dans les petits pots.
- Ah... T'as peut-�tre raison.
Bon. Maintenant, je vais te montrer ma cour de ferme.
Mon �levage de lapins.
Mon poulailler.
Bon, allez, suis-moi.
- �a, c'est le lavoir.
- Non. �a, c'est pour toi.
Allez, viens.
Tu sortiras quand tu seras propre.
T'as du savon, du shampoing, du Gibbs, des rasoirs, des brosses.
Et ensuite, tu mettras �a.
Je t'ai achet� �a ce matin, � Saint-Marc.
...
Alors ?
Tout se passe bien ?
- Si c'est �a, se laver,
je comprends qu'il y en ait qui se lavent tous les jours !
C'est grandiose.
V'l� le mot : c'est grandiose.
Vraiment grandiose.
- Eh ben, dis donc !
C'est la meilleure, �a.
Mais t'es presque bel homme !
...
- J'ai peur de saligauter mon bel habit.
- Je t'en ach�terai un pour manger et un autre pour sortir.
Tu voudrais retourner � la campagne ? - Non. Je peux plus rentrer.
- Pourquoi ?
- Je vous verrais plus.
- �a te manque pas ?
- Non.
J'ai un costume neuf,
je mange sur une nappe,
je prends des bains quand je veux. Il me manque rien.
Je couchais dans un grenier. - Ici, dans une cave.
- Ben, c'est-�-dire... Si vous y venez, c'est plus une cave.
C'est le ch�teau de Jaligny.
- Dis donc,
y a jamais de fermes � vendre, dans ton bled ?
- Vous voudriez en acheter une ? - Oui.
Te casse pas, va. C'est du nylon.
Alors ? Y a ou y a pas ?
- Y a.
Les Agroulets, �a s'appelle.
- Et c'est comment ?
- Ben, les Agroulets, c'est...
...
- C'est beau.
C'est vraiment aussi beau que �a ?
- C'est encore plus beau que �a.
Mais �a vaut des sous, hein.
Plus que vous en avez, ma pauvre Mme La Fleur.
- Ta "pauvre Mme La Fleur"
s'est pas gel�e les pinceaux 10 ans rue des Vertus pour entendre �a.
Le pucelage de Mme La Fleur est � la BNCI.
- �a se fait ?
- Cet appart, j'en suis probloc.
Ajoutes-y 3 chambres de bonnes
que je loue un max � des faux beatniks.
Plus un pavillon aux Buttes-Chaumont que j'ai rachet� � un de mes clients.
Je l'ai casqu� � temp�rament.
Tu vois ce que �a veut dire ? - Non.
- �a fait rien.
Un ancien inspecteur des finances, 72 berges.
Il est venu me voir tous les jours pendant 3 mois, le vorace,
pour amortir.
Maintenant, il est � l'hosto.
Il mange de la Bl�dine.
- Bon.
� supposer que vous achetiez les Agroulets,
qu'est-ce que vous en faites ?
Un jeu de boules ou un terrain de camping ?
- Ce sera pour l'exploiter.
Avec toi. Si t'es d'accord.
- Oh l� l�...
Intelligent, �a.
Grande id�e.
- Demain, on va aux champignons.
Le soir, je prends le train pour Jaligny.
Je verrai le marchand de biens.
Et si tes Agroulets me plaisent,
je les ach�te.
Allez ! � la sant� des patrons.
- Ah non.
� la sant� de la patronne !
C'est pas pareil.
- C'est pareil, puisqu'elle sera ta femme.
- C'est pas bien de vous foutre de moi.
- �coute, Goubi.
M'appelle plus "Mme La fleur".
Sois gentil.
Appelle-moi "Juliette". C'est mon pr�nom.
"Juliette Goubi."
�a sonne bien. �a fait cossu.
Dans ce qui est mort, y a aussi la rue des Vertus.
Faut plus en parler. Surtout pas � moi.
Tu le jures ?
- Jur�.
Ils vont pas en revenir. - Qui �a ?
- Ben, les autres, l�-bas.
Le p�re Catolle, M. le maire.
Surtout avec les femmes qu'ils ont !
Ils vont en crever, bon di !
Et puis, il y a aussi la Berthe. - Qui c'est ?
- Une que j'ai prise pour la reine du village.
Et maintenant que je vous regarde,
je vois que c'est rien qu'un bestiau.
Coup de tonnerre.
- Je t'aime bien, Goubi.
- Vous...
Vous croyez que les gosses de l'�cole m'appelleront "monsieur" ?
- Y a int�r�t, sinon ils prendront une tann�e.
- Oui, mais y a les autres.
Les grands.
Ils savent bien que je suis imb�cile.
M�me avec une femme et une auto,
je le serai toujours.
C'est vrai. Quand le pli est pris, il est pris.
Et puis, y a autre chose.
Moi, je pense � vous.
Je peux pas m'emp�cher.
Un jour, � penser trop,
je finirai par me p�ter quelque chose dans la t�te.
Y a vous.
Qu'on se foute de moi, j'ai l'habitude.
Mais qu'on cause dans votre dos,
�a, j'aimerais pas.
- T'auras une terre � toi. Et un compte en banque.
On n'emp�chera jamais les gens de parler dans ton dos.
Le principal, c'est qu'ils se taisent quand tu te retournes.
- Tu viens donc me demander l'autorisation d'�pouser La Fleur.
- Plus de "La Fleur". Juliette. - Excuse-moi.
Tu m'aurais annonc� une vierge estampill�e, une rosi�re,
je t'aurais dit : "Goubi, attention !"
Mais l�, connaissant le sujet, je te dis : "Mon fils, marie-toi."
D�courag�es par la vie ch�re
et d�valoris�es par la pilule,
la vertu et la fid�lit� ne se trouvent plus
que chez les transfuges du trottoir.
Ces femmes n'ambitionnent qu'une seule position sociale,
ayant �puis� toutes les autres.
Tu ne seras jamais cocu.
- Mari�, c'est d�j� beau. J'ai pas de pr�tentions.
- Combien d'enfants ?
Je demanderai � La F..., � Juliette
si elle a pr�vu quelque chose, mais je crois pas.
C'est vrai. Des fois que la fillette tienne de la maman,
et le fiston du papa,
on risque d'avoir un d�fil� de soldats et de bidons,
que la maison en serait trop petite.
- La maison, Goubi, il n'y en a qu'une : l'AP.
J'ai eu 2 gar�ons. Je les ai mis b�b�s � l'Assistance publique.
Le meilleur coll�ge de France. Notre Oxford, notre Harvard.
Je les ai r�cup�r�s � 18 ans form�s pour les luttes de la vie.
Maintenant, c'est tout le portrait de leur p�re : 100 % cannibales.
Quel dommage que ta future ne soit pas de chez nous !
- Elle le regrette assez.
Mais il faut �tre juste.
Y a pas qu'elle.
Y en a plein par le monde qui sortent d'on ne sait trop d'o�.
- Sois tranquille, ils nous le paieront.
...
- Bon.
- Qu'est-ce que vous faites ? - Prends le volant.
Goubi soupire.
- Vous n'avez peur de rien.
- Faut que tu leur montres,
que tu leur en foutes plein la vue, que tu les estomaques.
- Je fais quoi, l� ? - Passe en premi�re.
- O� il est, le manche ? - L�.
Le moteur vrombit.
...
Le moteur patine.
En premi�re !
...
Passe en seconde. � gauche, pr�s de ta jambe.
D�braye en m�me temps. Ta jambe gauche !
Ta jambe gauche ! - Faudrait savoir.
Le moteur patine.
- Oh...
D�braye !
- Laquelle ? - Ta jambe gauche !
P�dale de gauche !
- Putain de p�dale, va ! Oh, pardon.
- H� ! Dis-moi que je r�ve et tape-moi dessus.
- C'est le vin blanc de midi.
Il est temps que j'arr�te.
- Oh ! Je peux pas le croire. - C'est pas Dieu possible.
Fracas de bidon.
...
- Qui c'est, le louf ? - Le champion du bidon.
Vas-y, Jean-Marie ! Super ! Extra !
Il joue � Radio Luxembourg.
- Passe en troisi�me, Goubi. - Si je peux.
- Passe en troisi�me !
Fais attention !
Freine, freine !
P�dale du milieu !
Cris de poules.
Caqu�tements.
La terre des Goubi.
L�, en bas, je vois une grande pi�ce avec du carrelage.
Ici, la cuisine.
L�, la buanderie.
Et puis l�-haut, notre chambre.
- Alors l�...
L�, c'est autre chose.
- Quoi donc ?
- Ben voil�. Pour ce qui est de soigner les b�tes,
rentrer le fourrage, abattre les arbres,
je crois qu'avec moi, vous faites la bonne affaire.
Mais pour le reste...
- Pour le reste, tu peux me faire confiance.
...
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