Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
...
Musique intrigante
...
*The Beatnuts : "Do You Believe"
...
Attendez, laissez-moi vous aider.
Tenez. -Merci, monsieur.
Je vous en prie, bonne journée.
...
Bonjour. M. Farel ? -Oui.
Je vous débarrasse ? -Merci beaucoup.
Papa, c'est moi.
Je viens d'arriver, je suis en route vers la maison.
Tu dois être excité, c'est demain le grand jour.
Bah, j'ai hâte et je suis pressé de te voir.
À tout à l'heure.
Et merci pour le taxi.
Ciao.
Allez-y, prenez.
Non, ça va, c'est mon fils. -Comment va-t-il ?
Très bien. -Toujours à Stanford...
Brillant.
Stanford ! -Hm hm.
N'ayant pas fait d'études, vous devez être fier.
Très fier.
Jean, je vais pas tergiverser, il va falloir arrêter "Grand Oral".
L'émission a 30 ans.
Les gens veulent du changement, de la nouveauté.
Je pensais échapper au couplet sur mon âge.
J'arrête votre émission, je vous débranche pas.
Et puis, on a tous besoin de nouvelles têtes, hein ?
Vous savez bien qu'on reste pas marié toute sa vie.
D'ailleurs, comment va Claire ? Vous l'embrasserez pour moi ?
Vos ressources en termes de vulgarité me surprennent toujours.
Elle rit.
On a fini ?
Ne le prenez pas personnellement.
Du tout.
J'accueillerai le ministre,
je vous verrai après l'émission. -J'aurai pas de temps.
Ah mais oui, pardon. -Le grand soir !
Commandeur de la Légion d'honneur. -Grand officier.
Prochaine étape, grand-croix ?
Ça vous assurera des obsèques aux Invalides.
Depuis qu'elle a pris la direction, elle veut ma peau.
Comment un type aussi complexe peut être si binaire ?
Soit on t'aime, soit on ne t'aime pas.
Elle n'aime pas mon émission, donc elle m'aime pas.
Elle se venge des crétins qu'elle a dû séduire
pour en arriver là.
Tu l'as baisée ? -Y a au moins 10 ans.
Voilà, elle prend sa revanche. -Sur quoi ?
C'est violent ce que tu dis.
Vu l'actualité, j'ai une autre définition de la violence.
T'as raison. Ils sont où ? -Ici, dans ton bureau.
Bonjour !
Montrez-moi. -Bonjour.
Une compile de toutes ses interviews ces quatre derniers mois.
Mais il faut remonter beaucoup plus loin.
Je vais déjà regarder ça. -Les tweets ?
Hm ? -Tenez.
J'ai surligné ceux qui ont fait polémique
et les réponses de ses opposants les plus retwittées.
On oublie les tweets, c'est trop offensif.
Si on l'attaque, on aura que de la langue de bois.
Faut le prendre avec douceur.
Je veux qu'il se sente en confiance.
Quand on laisse la fonction "lu" sur les messages, on répond.
J'arrive de San Francisco pour lui !
C'est à cause des enregistrements.
Quand il a une émission il rentre toujours plus tard.
Il m'a fait nettoyer ton costume pour demain soir.
J'ai amené un costume.
Il a insisté pour que tu mettes le bleu.
Il a insisté ?
Il va me dire comment me coiffer, aussi ?
Je sais pas pourquoi je suis venu,
il me rend dingue !
Tiens.
Je l'ai faite pour toi, chéri.
T'es trop gentille, Marianne.
Heureusement que t'es là, y a personne pour m'accueillir.
On parle de mon père, mais j'ai une mère aussi.
Tu la vois, toi ?
Tu sais si elle va bien ? Elle me dit rien.
Je la vois plus beaucoup
depuis qu'elle a emménagé avec ce monsieur.
Vibreur
Je parlais de toi.
Avec Marianne.
Je l'embrasse.
Elle t'embrasse aussi.
Oui, je suis à la maison. Enfin, chez papa et moi, quoi.
C'est très gentil de m'inviter à dîner, mais bon, j'arrive, je suis tout seul...
À quelle heure ?
C'est dans 15 minutes.
Bah, bonne chance alors.
OK, à ce soir.
Moi aussi, je t'aime. Ciao.
Elle est sur France Inter dans 15 minutes.
Une femme de 38 ans a été violée par des migrants,
à Calais, la semaine dernière. Pour en parler, Claire Farel,
essayiste, et Florence Laplace,
de l'association Femmes de parole,
qui défend les migrants dans cette affaire.
Claire Farel, bonjour.
Bonjour. -Commençons avec vous.
Vous vous êtes d'emblée écartée de certaines intellectuelles de gauche
qui ont affirmé craindre des instrumentalisations racistes.
Merci. Oui, on note qu'au lieu de condamner
ces actes violents commis contre cette femme,
Mme Laplace nous met en garde contre les amalgames.
Nous arrivons à une aberration,
les féministes prennent la défense des violeurs avant celle des victimes.
Évidemment que je condamne toute forme d'amalgame,
mais je ne fermerai pas les yeux sur ces actes répréhensibles
commis par ces hommes sur notre territoire,
sous prétexte qu'ils sont migrants.
Je vous ai lue, vous pratiquez un féminisme blanc et bourgeois,
déconnecté de tout.
On le sait tous, le vrai problème, c'est la violence sexuelle en général.
Mais vous désignez les migrants comme seuls responsables.
Si vous m'avez lue,
vous savez que je dénonce depuis longtemps,
avant que ça soit la mode, la violence sexuelle en général.
Mais ces hommes viennent d'endroits
où le corps de la femme est contrôlé par l'homme.
Mais la violence sexuelle a pas été importée !
Le patriarcat a toujours existé sans délimitation géographique.
Faites-vous le jeu de l'extrême droite ?
Il faudrait se taire
par peur de voir l'extrême droite marquer des points ?
Nous dénonçons les responsables pour ce qu'ils font,
pas pour ce qu'ils sont.
Ce pays est régi par des lois,
et chaque personne sur son territoire doit s'y soumettre.
Comme pour les 14000 cas de viols déclarés par an en France,
sans parler des victimes qui n'osent pas porter plainte,
tous commis par des hommes, du malade au père de famille.
Allez au tribunal, vous verrez que l'agresseur peut être n'importe qui.
Vous êtes féministe et vous choisissez
d'abandonner les femmes.
Tous les agresseurs sexuels,
j'ai bien dit tous, doivent être lourdement condamnés.
Quand il s'agit d'étrangers,
notre volonté ne doit pas être affaiblie.
Merci, Claire Farel et Florence Laplace.
Nous n'avons plus le temps.
Oui ?
Si tu changes d'avis.
Merci, Marianne.
*Propos en anglais
...
Bach : "Prélude en C mineur"
...
Allô ?
*-Arrête de m'écrire.
Je veux te voir.
*-Non.
Je passe chez toi.
*-Non, tu passes pas chez moi.
Mon nouveau poste n'est pas compatible avec notre histoire.
Mme la directrice du cabinet du ministre de l'Économie, c'est ça ?
*-Alexandre, je voudrais que tu détruises tous nos échanges.
Mails, SMS...
Non.
C'est mon patrimoine sentimental, j'y tiens.
Il m'arrive de les relire.
*-S'il te plaît.
Je me caresse en les lisant. -*-Arrête.
J'arrête à condition que je te voie.
Tu les effaceras toi-même.
*Soupir
*-Bar de l'hôtel Park Hyatt, rue de la Paix.
Quand ?
*-Dans 20 minutes.
Musique intrigante
...
Voilà.
Fais ce que tu veux.
Notification
"Maman".
C'est ta maman.
Elle était bien à la radio.
T'es sûre, tu veux tout effacer ?
Je suis sûre.
Tu veux pas garder ça ?
"J'ai envie de toi,
"tous les jours, tous les soirs." -Efface.
Et ça ?
"Je t'aime. Je suis fou de toi. Je suis fou de ta chatte."
"Je pense à toi et je bande."
Efface, je te dis.
C'est de toi maintenant. -"Tu es le plus doux, le plus tendre,
"mais tu es aussi le pire.
"Je veux que tu me remplisses, je veux t'appartenir.
"Fais de moi ta chienne." -Arrête de jouer.
De moi à nouveau.
"J'ai envie de toi,"
"je vais m'enfoncer en toi et te faire jouir."
"Je vais te faire mal."
"Tu es une salope, mais je suis très amoureux de toi."
Respirations haletantes
...
Arrête !
Je t'aime.
Regarde dans quel état tu me mets.
Je sais que tu mouilles, j'ai envie de toi.
Tout de suite. Je prends une chambre.
J'ai rencontré quelqu'un.
Tu mens.
Non, c'est la vérité.
Tu vas avoir un enfant avec lui ?
Pourquoi t'as pas gardé le nôtre ?
Je veux plus parler de ça. -À cause de mon père ?
Il t'a forcée à avorter ? -Il m'a aidée.
Et toi, tu l'as écouté.
T'as couché avec lui ? -Tu m'emmerdes.
Il t'a pistonnée au ministère ? -Arrête !
Je veux un enfant avec toi.
C'est fini, Alexandre, c'est fini !
C'est fini !
C'est fini.
Je t'aime.
Efface mes messages.
Je t'aime.
*-Qu'est-ce que t'as été mauvaise, j'en reviens pas.
T'as donné le bâton pour te faire battre.
*-Arrête, Jean,
j'ai pas besoin de tes saloperies.
*-Tu t'es laissée déborder, t'es passée à côté
de tous les arguments de fond.
Je sais.
T'aurais dû l'attaquer sur sa condescendance de classe.
T'avais tout pour lui renvoyer à la tronche
que sa compassion des pauvres est un mépris mal caché.
Que justifier leurs actes, c'est les maintenir dominés.
C'est bon, le cours magistral est fini ?
Tu devrais clarifier sur Twitter.
*-Mais je m'en fous, de Twitter !
Oui, c'est ça.
À d'autres.
Tu m'appelles pour m'enfoncer ?
Je fais des courses,
Alexandre vient dîner à la maison ce soir.
Il sera là, l'autre ?
Je vis avec l'autre, comme tu dis.
Alex a même pas réussi à te parler depuis qu'il a atterri.
C'est toi qui me fais la leçon ? -L'épouse qui a abandonné le domicile.
Jean, pourquoi tu m'appelles ?
Soupir
Tu sais comme c'est important pour moi, demain.
Je voudrais te faire lire mon discours.
*Ton avis me manque, tes critiques me manquent.
Tu me manques.
Reviens, maintenant, la blague a assez duré.
Occupe-toi de ton fils.
*-Je travaille !
Jean, à demain.
BONSOIR.
...
Désolée, je suis en retard.
J'espère que j'ai rien oublié.
J'ai regroupé toutes ses interventions sur les 5 dernières années.
Bah dis donc, j'ai du boulot !
Je vous laisse travailler.
Je vous ai fait venir jusque-là, asseyez-vous.
Vous êtes sûr ?
Avec plaisir.
Qu'est-ce que vous voulez boire ?
Comme vous.
S'il vous plaît ?
Un autre.
Détendez-vous, personne va venir voler votre sac.
Oui.
MERCI.
Bon, bah...
À l'émission, au ministre et à votre décoration.
Et à vous aussi, Quitterie.
Je déteste mon prénom. -Vous avez tort,
il est très élégant.
Quitterie.
C'est désuet et élégant.
Vous savez, ça vient du latin et ça veut dire "tranquille".
Vous l'êtes ?
Quitterie, c'était la fille d'un prince de Galice, en Espagne.
Son père voulait la marier, elle s'est enfuie,
mais les serviteurs de son père l'ont rattrapée
et l'ont décapitée sur place, le 22 mai 477.
J'adore ce...
ces destins romanesques.
Et comment vous savez tout ça ?
Je me suis renseigné.
Sonnette
J'oublie à chaque fois à quel point je te trouve beau.
Entre.
C'est censé protéger la maison.
Vous avez pensé à une alarme ? -Ha ha ! Allez, entre.
Tu m'as manqué !
Tu me fais visiter ?
Ouais. Ça va être vite fait.
Là, c'est la chambre d'amis.
Celle de Mila depuis qu'elle est venue vivre avec son père.
Ici, c'est notre chambre.
La salle de bains est occupée. Tu viens ?
J'arrive.
Vous avez pris la petite chambre ?
Et nous voilà de retour dans le salon.
C'est bien.
C'est agréable.
Tu vas faire un effort ?
Je suis si heureux d'appartenir à une famille recomposée.
Une porte s'ouvre.
Bonsoir !
Bonsoir.
Adam, enchanté. -Très heureux de vous rencontrer.
C'est gentil de venir, vous devez avoir beaucoup à faire.
Comme voir ma mère.
Et mon père,
que j'ai toujours pas vu, que j'apercevrai à peine demain
et que je verrai pas avant de partir.
Bon. Je vais chercher à boire.
Laisse. -Non, reste.
Quoi ?
(-Alex, je t'en supplie.)
Il me rend heureuse.
C'est pour ça que je voulais que tu le rencontres.
T'es belle, toi aussi.
On se verra juste tous les deux avant que tu partes ?
Ingénierie environnementale.
C'est technique mais avec une perspective éthique.
On s'endort pas.
C'est bien !
La porte s'ouvre.
Désolée. Heureusement que vous m'avez pas attendue.
Je pose mes affaires. -Mila !
Viens, je veux te présenter mon fils.
Bonjour.
Mais viens !
Enchanté, Alexandre.
Mila.
T'as mangé ? -J'ai faim.
Je vais te réchauffer. -Non, ça va, Claire.
C'est maman, elle veut rien savoir.
Je lui ai dit que je voulais pas aller à ce mariage.
Les hommes et les femmes séparés, même à table...
c'est trop religieux,
je peux plus.
Mais j'aurais adoré mettre ta robe.
Tu la prends quand tu veux.
Merci. -Mila veut aller
aux États-Unis après son bac, faire une école de cinéma
à New York. -Il y a des écoles géniales.
Il paraît. -Alex est cinéphile.
Et bon pianiste.
Maman.
Je vous sers ? -On peut se tutoyer.
Je te sers, alors ?
Parle-nous du conservatoire.
C'était très bon, ton dîner.
Ne change pas de sujet.
N'essaye même pas...
Joue-nous quelque chose.
Pourquoi tu fais ça ? -Parce que j'aime quand tu joues.
Parce que je suis fière de toi.
Ça ferait du bien à ce vieux piano.
Et comme les voisins nous détestent,
ils auront une bonne raison.
Khatchaturian : "Waltz from Masquerade"
...
Bravo ! -Félicitations.
Trop beau !
Allez, mon morceau, maintenant.
Allez, ton morceau.
"Nature Boy"
...
J'adore.
...
Voilà.
Bravo !
Je dois y aller. -Où tu vas ?
Rémi organise la soirée des anciens d'Henri IV.
Tu veux pas emmener Mila ? -Ce serait l'occasion de vous connaître.
Tu pourrais lui parler de New York.
Mila, ça te dit ?
Alexandre te raccompagnera.
Je veux pas que ça t'embête.
Pas du tout.
Je me dépêche.
Vous allez où ?
Saint-Mandé.
Vous revenez pas trop tard ?
Laisse-les vivre ! -Bonne soirée.
Amusez-vous bien. -Bonne soirée, Adam.
À bientôt. -À bientôt.
SALUT.
Rires
Je t'aime. -Je t'aime aussi.
Ella Fitzgerald : "Nature Boy"
...
J'ai abandonné les femmes.
Bien sûr ! -Je t'assure.
Je me contente
de déjeuner avec celles qui acceptent mes invitations.
Je paye l'addition en rêvant de les posséder
et elles me voient comme un vieux
qui a l'élégance de ne pas être libidineux.
Mais en vérité, je suis incapable de...
Mais non !
Mais non.
Voilà.
Voilà où j'en suis, avec toi dans ce lit.
Arrête. On a tout le temps.
Ta compassion est bien pire que mon impuissance.
Tu crois qu'un impuissant me ferait cet effet-là ?
Gémissements
...
Quand ma femme
m'a quitté, je suis venu m'installer ici
quelques semaines.
Je supportais pas d'être seul à la maison.
Et puis, j'ai fini par revenir chez moi.
Mais j'avais pris goût à l'hôtel.
Je me suis rendu compte
que j'aimais cet anonymat,
ces lobbys impersonnels où le temps n'existe pas.
On ne sent pas le temps passer à l'hôtel.
J'ai pas assez travaillé.
La faute à qui ?
Tellement jolie...
merveilleuse...
Tu m'excites.
Je bande, tu vois ?
Je bande.
C'est maintenant que tu me fais bander.
Musique intrigante
...
J'ai cru que t'étais mort.
Non, ça, c'est Félix Faure, mon chou.
Soupir satisfait
...
Faut que je me prépare.
On se voit tout à l'heure au bureau ?
...
Elle est où, la petite stagiaire ?
Elle a démissionné ce matin.
Pourquoi ? -Problèmes familiaux.
Elle était très confuse, pas très claire.
Elle a rien dit d'autre ? -Non. Elle va devenir instagrammeuse,
si vous voulez mon avis.
Hm.
...
Bonjour, madame, c'est la police.
Bonjour. -M. Farel, c'est quel étage ?
Monsieur Farel ? Au 4e étage. -4e.
Sonnette
...
...
...
Marianne !
...
Marianne !
...
On tambourine à la porte.
Bonjour.
Police Judiciaire. -Vous êtes Alexandre Farel ?
C'est bien vous ? -Oui.
On va procéder à une perquisition. -Une perquisition ?
Vous faites quoi ?
Vous êtes seul ici ? -Oui.
Perquisition pourquoi ? Vous allez où ?
Une femme a porté plainte contre vous.
Elle vous accuse de viol. -De viol ?
Je sais pas de quoi vous parlez, mais c'est pas possible.
Votre chambre est par là ?
Non, on est chez mon père, Jean Farel.
J'habite en Californie. Vous vous trompez.
Ça s'est produit en France. -C'est le bureau de mon père.
J'habite en Californie.
Votre chambre est là ? -Oui.
Montrez-nous.
Vous pouvez vérifier ? -C'est forcément une erreur.
C'est absurde !
On a des ordres.
C'est cette pièce ? -Oui.
C'est quoi, ça ? -Demain je rentre aux États-Unis.
Plus maintenant. Un conseil, fais-toi rembourser le billet.
On se tutoie donc ?
Ça, j'embarque. -Non, pas mon ordinateur !
J'en ai absolument besoin pour mes examens.
C'est à qui, ça ?
À ma copine.
C'est qui, ta copine ?
J'ai pas à vous répondre. -Et son nom ?
Je n'ai pas à vous répondre.
Écoutez-moi bien. -À partir de maintenant,
vous êtes en garde à vue, ça peut durer 48h.
Au commissariat, vous avez droit à un médecin et à un avocat.
Si vous avez pas d'avocat, vous en aurez un commis d'office.
Tout est clair ?
Très clair. -Bien. Le téléphone, j'embarque.
Changez-vous et vous nous suivez au commissariat.
Musique mélancolique
...
Sirènes
...
On a contacté le numéro transmis.
Vous avez eu mon père ?
On a laissé un message sur son répondeur.
Désolé.
Évidemment !
...
Ici. Parfait.
Vous restez souple.
Allez voir mon collègue.
Maître, votre client est à vous. -Merci.
Bonjour. -Bonjour.
Arthur Célérier, votre avocat commis d'office.
Je peux pas rester ici.
J'ai rien fait, sortez-moi de là.
Calmez-vous. Je comprends.
On peut se tutoyer ? -Peu importe, sortez-moi de là.
Je vais tout faire pour, ça va bien se passer.
Regarde-moi.
Ça va aller.
J'ai besoin rapidement que tu me parles de toi.
Alors ?
Je suis étudiant à Stanford,
je dois absolument rentrer aux États-Unis.
Chaque chose en son temps. -Tu as quel âge ?
J'ai 22 ans. -Vingt-deux ans.
Tu sais ce qu'on te reproche ?
Oui. Ils disent que j'ai violé une fille.
Et c'est vrai, tu l'as violée ?
Non. Non, bien sûr que non.
Je vais t'expliquer comment ça se passe.
Une fille porte plainte, elle est auditionnée,
puis les unités médico-judiciaires font des prélèvements.
Ils vérifient s'il y a bien eu un rapport,
ils font une recherche de traces de sperme, d'ADN,
et s'il y a des preuves matérielles, ils procèdent à une garde à vue.
Donc, t'es pas là par hasard.
La plaignante doit être crédible, alors dis-moi.
Euh...
Hier soir, je suis allé à une soirée avec...
la fille du compagnon de ma mère.
Elle a 17 ans, nos parents ont insisté pour que je l'emmène.
À cette soirée, c'était plutôt tranquille.
À un moment, elle a proposé d'aller prendre l'air.
Dehors, on a fumé du shit dans un local parce qu'elle avait peur des flics.
On s'est embrassés, on s'est caressés...
Elle m'a sucé, et puis voilà, c'est tout.
C'est tout ?
T'as pas couché avec elle ?
Non.
C'est un cauchemar.
Tu dois te ressaisir, tu risques de rester ici 48h.
Il faut que je sorte, mon père peut payer une caution.
Il y aura pas de caution, ça marche pas comme aux États-Unis.
Je resterai avec toi pendant tes auditions.
D'accord ?
Ils commenceront par des questions d'ordre général,
où tu te sentiras plutôt à l'aise.
Puis, les questions deviendront précises,
le but étant de te coincer
sur les inexactitudes que tu aurais pu dire.
T'as jamais eu de soucis avec la justice ?
Non.
On va y aller tranquillement.
Vous le savez pas, mais...
je suis le fils de Jean Farel.
Il faut pas que ça s'ébruite.
L'animateur télé ? -Oui.
Et ma mère est une essayiste, Claire Farel.
Si les médias l'apprennent, ça causera du tort à mes parents.
Pense à toi.
C'est toi qu'on juge. Tu veux que je les prévienne ?
Il faudrait que je les voie.
Aucune visite est accordée en garde à vue,
je suis désolé.
Je sais pas ce que la fille a raconté, mais toi, tu restes calme, cohérent.
Tu changes surtout pas de version en cours d'audition, d'accord ?
Tu réponds à la question, n'en dis pas plus,
reste précis, concis.
Je crois que je saurai faire ça.
Je suis arrivée tard, désolée, je vous ai appelé.
Ça n'a pas d'importance, merci, Marianne.
Vous déjeunez ici ?
Non, merci, je n'ai pas faim.
Soupir
Maître Lancel, je vous prie.
Oui.
Jean Farel.
Oui, maître.
Vous aviez raison,
malgré mes contacts, ils m'ont pas laissé le voir.
Dès que vous pouvez, au plus vite.
Très bien.
À tout à l'heure. Dans vos bureaux, oui.
Merci.
...
Monsieur le Président,
je suis très sensible à l'honneur que vous me faites,
car il est coutume de ne pas parler après vous.
Je n'abuserai pas de cet honneur, aussi...
je serai bref.
Soupir
Sonnette
Jean !
Dis-moi que c'est pas vrai !
C'est impossible.
C'est impossible, c'est impossible.
Je suis sûr qu'ils n'ont rien.
Elle l'a dragué, et puis après, elle a sûrement regretté,
surtout si elle est juive pratiquante.
Il a jamais pu faire ça !
Il a assez de ressources pour séduire une fille
sans avoir à user de violence.
Et puis, pardonne-moi !
Notre fils ? Avec cette fille ?
Pff ! Non, c'est sûrement une folle.
Tout ça me semble un tout petit peu opportuniste.
Musique intrigante
...
Ça va aller, t'inquiète pas.
Ça va retomber très vite, très vite.
Crois-moi. Hm ?
Je vais demander à Lancel de tenter
un compromis financier.
Ces gens n'ont pas de moyens.
Ça devrait pas être compliqué de les ramener à la raison.
Tu vas pas faire ça ?
J'espère juste qu'il avouera rien d'idiot sous la menace.
Et s'il l'a vraiment violée ?
Tu entends ce que tu dis ?
Imagine deux secondes que ce soit vrai.
Qu'il l'ait forcée... -S'il a vraiment commis les faits,
et s'il avoue,
c'est la prison.
C'est la prison.
Il sera détruit.
Il est innocent, j'en suis certain. T'inquiète pas,
Lancel est sur le coup.
Fais tout ce que tu peux pour le sortir de là.
Sanglots étouffés
...
J'ai obtenu mon bac à 16 ans.
J'ai réussi le concours polytechnique en trois demis.
Ça veut dire quoi ? -Ça veut dire du premier coup.
Puis, j'ai été admis à Stanford.
Une jeune femme, Mila Wizman,
vous accuse de l'avoir violée dans la nuit du 10 octobre,
dans un local poubelle à Saint-Mandé. Vous en dites quoi ?
Que c'est faux.
Vous avez eu des rapports avec elle ?
Non, j'ai pas couché avec elle.
Quelle est votre orientation sexuelle ?
Je suis hétérosexuel.
Et vos pratiques sexuelles ?
C'est-à-dire ? -Vos copines, vous leur faites quoi ?
Je sais pas. -On saura pas pour vous.
Tout.
Vous pratiquez l'anal ?
Vaut mieux répondre.
Vaut mieux répondre.
Ça m'est arrivé,
mais honnêtement, la sodomie, c'est pas mon truc.
Fellation, cunnilingus, toucher vaginal ?
Pourquoi ces questions ? -T'es accusé de viol.
Ta vie sexuelle, on doit l'analyser. -Ne me tutoyez pas.
Je vous ai posé une question, vous répondez ?
De temps en temps.
Quoi ? Allez.
Je lèche des chattes et je me fais sucer !
On se calme, OK ?
Je suis calme, vos questions sont indiscrètes.
Vous êtes souvent brutal ?
Non.
Vous pratiquez la masturbation ?
Comme tout le monde.
C'est-à-dire ? -Quelle fréquence ?
À 2 fois par jour, c'est un pervers,
c'est ça ?
OK, notez une fois par jour.
Vous regardez des films pornographiques ?
Non.
Votre disque dur va parler.
OK. Parfois, je vois des films pornos classiques,
rien de bizarre, style un homme avec une chienne.
J'ai violé personne.
Le rapport médical dit qu'il y a eu pénétration.
C'est pas moi.
C'est sûr, vous n'avez pas eu de rapport ?
Non. Elle m'a fait une fellation,
je veux dire d'elle-même.
Je l'ai caressée, c'est tout.
Vous entendez quoi par là ?
Je lui ai mis un doigt.
La victime affirme que vous l'avez violée.
C'est elle qui a insisté pour prendre l'air
et aller dans ce local.
Pourquoi elle dit le contraire ? -Je sais pas.
Je suis pas dans sa tête.
Pour se venger. Je lui ai dit que c'était un bizutage.
On devait rapporter les dessous d'une fille à la soirée.
J'ai pris sa culotte.
Elle s'est mise à pleurer... C'est stupide, j'avoue.
Après, je l'ai laissée, je suis remonté à la soirée.
Je serais pas retourné avec mes amis si je l'avais violée !
C'est la fille du compagnon de ma mère, je suis pas idiot.
Je l'ai humiliée, je le regrette.
Mais c'est mon seul tort.
Elle a voulu se venger, moi, ça me paraît clair.
Rien d'autre à déclarer ?
Si.
J'ai rien fait, je suis innocent.
Est-ce que je peux rentrer chez moi ?
Non. Vous êtes en garde à vue pendant 24h, renouvelable une fois.
Nous attendons les résultats de l'expertise ADN.
Notification
-Putain, ça sort d'où ? Ils perdent pas de temps, ces enflures.
Tiens, écoute, l'AFP.
"Soupçonné de viol,"
"le fils de Jean Farel est en garde à vue,"
"alors que le journaliste devait recevoir sa Légion d'honneur."
Moi aussi, c'est parti.
"Quand c'est des étrangers tu l'ouvres,"
"mais quand c'est ton fils, tu t'écrases."
Notifications
"Tous les agresseurs sexuels doivent être lourdement condamnés."
"J'espère que la mémoire ne vous fera pas défaut, sale merde."
Arrête.
"Indignation à géométrie variable.
"Si c'est des Arabes, c'est grave, mais pas si c'est ton fils.
"Elle est passée où, la féministe ?" C'est un cauchemar.
On va dans mon bureau ?
Ça pue le coup monté.
C'est pour nous nuire, c'est clair ! -Attends.
La fuite peut venir de n'importe où.
Ça peut être la plaignante,
les enquêteurs, voire même le procureur.
Je pense que la plaignante a intérêt à ce que ça se sache.
On peut parler de mon fils ?
Mais on est là pour ça, Claire.
Est-ce qu'il avait une petite amie ?
Pas à notre connaissance.
Des antécédents de violence, des soucis particuliers ?
Non.
Est-ce qu'il se drogue ? -Non.
Qu'est-ce qu'il risque ?
Le problème, c'est que dès qu'il y a pénétration, il y a viol.
Bien sûr, il y a une échelle des peines très large.
Ça va d'une courte peine avec sursis jusqu'à 15 ans de réclusion,
mais ça, ça arrive très rarement, dans les cas les plus graves.
Très peu d'affaires de viols se terminent devant la cour d'assises.
Sans vouloir être trop optimiste, le risque est minime.
La question qui va se poser, c'est celle du consentement.
Une affaire de viol, c'est très vite un problème social.
J'espère que je te choque pas trop, Claire ?
On va devoir scruter
les moindres détails de la vie de la plaignante.
Est-ce qu'elle a bu, dansé, dîné avec celui qu'elle accuse ?
Finalement, ils risquent de penser qu'elle l'a bien cherché.
Et ça peut tout à fait finir requalifié en agression sexuelle
devant le tribunal correctionnel,
avec des risques beaucoup moins lourds.
Il faudrait que je le voie. -Quand ?
Il sera déféré demain devant le juge d'instruction.
Je pourrai le voir avant sa comparution.
Mais il va passer la nuit où ?
Allez !
À droite là, tout de suite. Allez !
Ouvre la porte.
Chocs métalliques Cliquetis de verrous
...
Musique mélancolique
...
Prenez un mouchoir.
Merci.
...
Je peux pas te laisser faire ça.
J'appelle ton père. -Non, s'il te plaît !
Calme-toi, si tu portes plainte...
Tu veux que je me calme ?
Mais si tu portes plainte... -Écoute-moi, chérie.
Écoute-moi, ma fille. Réfléchis aux conséquences.
Si un jour tu veux te marier, si tu portes plainte, ça va se savoir.
Arrête !
J'ai besoin que tu m'aides.
Je veux porter plainte.
Je veux qu'on appelle le rabbin.
Allô ?
Oui, allô ?
J'ai été violée.
Je sais pas ce qu'il faut faire.
Musique mélancolique
...
Les plaintes, pour que ça aboutisse...
Vous avez des traces de coups ?
Je veux déposer plainte.
Je vous parle pas des frais d'avocats.
Vous faites comme vous voulez.
Vous vous appelez ?
Mila Wizman.
Date et lieu de naissance ?
3 juin 2001 à Toulouse.
Nationalité ?
Française.
Nom de votre père ?
Adam Wizman.
Profession ?
Professeur de littérature.
Nom de jeune fille de votre mère ? -Valérie Berdah.
Profession ?
Prothésiste dentaire.
Situation familiale ? -Elle est célibataire.
J'ai pas de petit ami.
Adresse mail et réseaux sociaux ?
J'ai un compte Facebook à mon nom, pareil pour...
Une adresse mail ?
Superstar20@hotmail.fr.
Mila ?
Vous voulez bien me raconter ?
J'ai été violée hier soir.
À quelle heure exactement ?
Dans la nuit.
Vous connaissez votre agresseur ?
C'est le fils de la compagne de mon père.
Alexandre Farel. -Vous pouvez l'épeler ?
F-A-R-E-L.
Comme le journaliste. C'est son fils.
Décrivez-moi les faits.
Il m'a...
emmenée à une fête.
Il m'a fait fumer
et boire.
Et...
Et il m'a violée dans un local à poubelles.
Vous l'avez suivi volontairement ?
Il m'avait dit qu'il avait un couteau.
Il vous a menacée avec ce couteau ?
J'avais peur.
Et après ?
Il m'a...
attrapée par les cheveux.
Il a dit... -Qu'est-ce qu'il a dit ?
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Il m'a prise par les cheveux, il a dit...
Il a dit...
Il a dit...
Ça me gêne de le répéter.
Je suis désolé, je dois prendre la déposition.
Tu veux que je m'en aille ?
Il a dit...
"Suce-moi, salope."
J'avais pas envie.
Je voulais juste rentrer.
Et je me suis dit que si je le faisais,
il allait me laisser partir.
J'avais peur.
Et ensuite ?
Et...
Maman, je suis désolée.
Je suis désolée.
Il a dit...
"Je sens que tu mouilles,"
"je vais te faire jouir."
Et il m'a pénétrée en disant qu'il allait...
me baiser, et aussi, qu'il allait me faire mal.
Que j'allais aimer ça.
Allô, Adam ?
Je suis à l'hôpital.
C'est Mila.
Mila a été violée. Attends, Adam, écoute-moi.
Mila a été violée par le fils de Claire. On vient de porter plainte.
Je suis à l'hôpital.
Quel hôpital ? Quel hôpital ?
J'arrive.
Adam ?
Adam ?
Tu me fais peur, qu'est-ce qu'il se passe ?
Ton fils a violé ma fille.
Quoi ?
Hier soir, Alexandre a violé Mila.
Non.
Qui t'a dit ça ?
C'est Valérie ?
C'est Valérie qui t'a dit ça ?
Adam, regarde-moi,
c'est impossible.
Impossible, tu m'entends ?
Regarde-moi.
Ma fille a porté plainte contre ton fils.
Il l'a violée dans un local.
Mais c'est impossible, ça n'a aucun sens.
Et ton ex-femme porte plainte sans t'en parler ?
L'enquête est en cours.
Adam, c'est pas vrai.
Je te jure que c'est pas vrai.
Il a jamais pu faire ça. C'est mon fils, je le connais.
Jamais, tu m'entends ?
Adam, c'est pas vrai !
Tu la traites de menteuse ?
Tu sais le courage qu'il a fallu pour en parler à sa mère ?
Ce que ça lui coûte de porter plainte ?
Il faut qu'elle la retire. -C'est forcément un malentendu.
Ils se sont peut-être pas bien compris.
On doit parler aux enfants d'abord, d'accord ?
Sa vie va être foutue !
La vie de qui, Claire ? -La vie de qui va être foutue ?
La vie de qui ?
Adam, s'il te plaît.
S'il te plaît, Adam !
Vous allez mettre le talon,
l'arrière du pied, au niveau de l'étrier.
La même chose de l'autre côté.
Vous basculez
le buste en arrière.
Vous vous allongez. -Laissez-vous aller, voilà.
Moi, je vais mettre la petite blouse
de manière à ce que vous me voyiez le moins possible.
Voilà. Ça va, vous êtes bien installée ?
Je vais procéder à l'examen gynécologique.
Vous ressentez une douleur, une gêne à un endroit ?
Non.
Je vais procéder aux prélèvements.
Bien, il n'y a pas de lésions traumatiques.
Voilà, c'est terminé.
Voici les vêtements pour vous rhabiller.
Je vous pose les médicaments à prendre avec un grand verre d'eau
et une collation.
Les médicaments pour la pilule du lendemain,
la prévention des MST,
et pour le VIH.
Adam !
Elle est où ? -Avec les psys, ça en finit plus.
Comment elle va ?
Tu me demandes si ça va ?
Oui, comment elle va ? -Tu me demandes si ça va ?
Je sais pas si elle s'en remettra un jour.
C'est de ta faute.
C'est de ta faute, tout ça.
Si t'avais pas été avec ta pute.
Arrête. -C'est de ta faute, tu m'entends ?
C'est à cause de toi ! -Commence pas.
Si t'étais pas parti ! -Calme-toi !
T'as abandonné notre famille,
t'as tout fait pour que Mila vive avec toi.
T'es le seul responsable.
En la prenant avec toi dans ton monde,
tu as fait d'elle une fille qu'on peut violer.
Ma fille.
Arrête, arrête, arrête...
Qui voudra d'elle, maintenant ?
Je suis désolée, je...
Je suis fatiguée.
Je peux plus raconter. -Je veux juste savoir
comment vous vous sentez.
Je sais pas.
Vous êtes victime de viol, Mila.
Vous êtes dans ce qu'on appelle un état de sidération.
C'est un état post-traumatique.
Vous allez ressentir des choses étranges.
Peut-être avoir des attaques de panique.
Ou ne pas vous rappeler ce qu'il s'est passé,
vous sentir un peu perdue.
Ou alors ne rien ressentir du tout,
être dans un état que les autres qualifieraient de normal,
comme s'il s'était rien passé.
Il y a vraiment pas de règle. -Je veux rentrer.
Je veux juste dormir.
Oui, il serait temps, non ?
Je peux rentrer ? -Oui.
Mais ce serait bien qu'on se revoie.
Comment ils ont pu y penser, comment ils osent ?
Noah, concentre-toi.
Allez !
Pas question d'accepter un arrangement financier !
Oui, maître.
Bien sûr.
Merci, à demain.
Bon, à demain.
À demain.
Les filles.
J'y vais. -Salut, papa.
Bisous, mon amour.
Tu finis bien tes devoirs ? -Oui.
Ça va ?
Tu veux pas rester dîner ?
Non, je vais y aller.
Mila, tu viens m'aider à mettre la table ?
Papa !
Tu m'en veux pas de rester ici ? -Mais non, je t'en veux pas.
Je t'aime, ma fille.
...
Tu peux rester ici ce soir, si tu veux.
Merci.
Musique mélancolique
...
On vous emmène au dépôt.
Tiens, ton manteau, il fait froid. -Merci.
...
Bonjour. -Bonjour.
C'est Farel Alexandre, il est là pour viol.
Je te dépose les procédures ici.
Sa fouille.
OK. -Je te laisse voir ça.
Il va te mettre en examen,
il y a des éléments qui jouent contre toi.
Tu devras justifier la présence de ton sperme sur ses vêtements.
J'ai éjaculé après une fellation qu'elle m'a faite de son plein gré.
Alexandre, non, pas cette fois.
Ni impulsif ni arrogant.
Tu sauras faire ça ?
On frappe. Oui ?
Bonjour. -Bonjour.
Je suis Me Lancel.
Son père veut que je prenne le relais.
Ses instructions sont claires.
Vu le battage médiatique autour de cette affaire,
il est impératif que tu ne t'exprimes pas,
surtout sur les réseaux sociaux.
Vous direz à mon père qu'il s'agit de mon affaire.
J'ai déjà un avocat.
Il est avec moi depuis le début. J'ai confiance en lui.
Je vous remercie.
Je comprends parfaitement.
Je peux vous voir un instant ? -Oui, bien sûr.
La famille de la plaignante a refusé un compromis.
Vous l'avez contactée ? -À la demande de Jean Farel.
Sachez que si vous avez besoin de quoi que ce soit,
ma porte vous sera toujours ouverte.
Merci. -De rien.
T'es sûr de ton choix ?
T'as aucune d'obligation vis-à-vis de moi.
Je garde mon avocat.
J'ai décidé de vous mettre en examen pour viol.
Vous aurez accès au dossier grâce à votre avocat.
La durée prévisible de l'information est d'environ un an et six mois.
Compte tenu de vos garanties de représentation,
je ne saisis pas le juge des libertés et de la détention
pour demander votre placement en détention provisoire.
En d'autres termes, vous êtes libre.
Ceci étant, vous êtes placé sous contrôle judiciaire
avec des obligations et interdictions, qui sont les suivantes.
Vous avez l'obligation de répondre à toutes mes convocations.
L'obligation également
de vous soumettre aux mesures d'instruction,
et notamment,
à des expertises psychologique et psychiatrique.
Vous avez interdiction de quitter le territoire national.
Et surtout,
interdiction d'entrer en relation avec la plaignante,
de l'approcher de près ou de loin.
Si vous deviez violer cette interdiction,
vous pourriez vous retrouver en prison.
Suis-je bien clair ?
Oui.
Musique mélancolique
...
Un bébé pleure.
...
J'aurais aimé que tu sois avec moi.
Me demande pas de soutenir Alexandre, tu sais ce que je pense.
...
À ce soir.
À ce soir.
...
Bonjour.
Sac, téléphone et clés, s'il vous plaît.
...
Madame Farel ! -S'il vous plaît !
Brouhaha
...
...
T'es en retard. -J'ai fait au plus vite.
...
Merci, monsieur.
La porte s'ouvre.
Allez, monsieur, on y va.
Les mains.
...
Ça va ?
Tout va bien se passer. Tu restes naturel, bref, concis.
Tu te souviens ?
C'est obscène, tous ces gens.
Allez.
Une sonnerie retentit.
La Cour !
L'audience est ouverte, vous pouvez vous asseoir.
Veuillez rappeler votre identité, date et lieu de naissance,
votre domicile et votre profession.
Je m'appelle Alexandre Farel,
né le 4 janvier 1996.
Je suis ingénieur et j'habite Paris 16e, 93 boulevard Exelmans.
Conformément à l'article 327 du code de procédure pénale,
je vais maintenant présenter les faits reprochés à l'accusé
tels qu'exposés dans l'ordonnance de mise en accusation,
ainsi que les éléments à charge et à décharge retenus.
Il vous est reproché d'avoir, par violence, contrainte ou menace,
commis un acte de pénétration sexuelle sur Mila Wizman,
en lui imposant une pénétration buccale
et une pénétration digitale et pénienne vaginale.
Ces faits se seraient produits à Saint-Mandé,
le 10 octobre 2018.
Ce crime est puni au maximum de 15 ans de réclusion criminelle.
Trois mois avant l'audience de la cour d'assises, le 7 janvier 2021,
Alexandre Farel a été interpellé
après avoir abordé Mila Wizman sur la voie publique,
en violation de son contrôle judiciaire,
qui lui interdisait d'entrer en relation avec la partie civile.
Il a donc été placé sous mandat de dépôt par le juge.
Vous êtes détenu dans ce dossier depuis le 7 janvier 2021, soit depuis
trois mois.
Dans le cadre de cette audience, vous pouvez vous exprimer,
mais aussi vous taire si tel est votre choix.
Vous avez compris ce résumé ?
Oui.
Vous reconnaissez les faits ?
Non. Elle était consentante.
Grondement du métro
...
Les experts ne peuvent pas affirmer la nature contraignante du rapport.
Un rapport consenti peut imposer des lésions,
un rapport non consenti peut ne pas entraîner de lésions.
Selon les analyses, la victime avait bu et fumé du cannabis.
L'accusé aussi. Il avait également pris de la cocaïne.
Comment s'est passée la garde à vue de M. Farel ?
Tantôt détaché, tantôt agressif.
Il nous prenait pas au sérieux, ça se voyait à sa façon de répondre.
Et lors de la 1re audition, il a nié le rapport sexuel.
Qu'est-ce qui a été le point de bascule ?
Quand on lui a dit que son ADN
était sur le corps et les dessous de la plaignante,
il a changé d'attitude.
Madame Vallet,
vous êtes habituée aux affaires de viols ?
Malheureusement, oui, c'est fréquent.
L'attitude de Mlle Wizman était-elle celle d'une victime de viol ?
Oui.
Elle était extrêmement choquée et très émue.
D'après vous, elle mentait ou elle était sincère ?
Rien ne nous permettait de douter de la sincérité de Mlle Wizman.
Et concernant le mensonge d'Alexandre Farel ?
Un homme peut mentir parce qu'il a peur
ou parce qu'il a honte... parce que la réalité de ses actes
lui paraît insupportable.
Merci beaucoup.
Alexandre Farel est quelqu'un de très intelligent, poli, courtois.
Il s'est montré conciliant lors de l'entretien.
Il ne présente aucun antécédent pathologique important,
aucun signe de dissociation intrapsychique,
aucune idée délirante
ni aucune manifestation hallucinatoire
de nature à faire évoquer un processus psychotique.
Il n'était pas, au moment des faits,
porteur d'un trouble psychiatrique
ayant aboli ou atténué
son discernement
ou le contrôle de ses actes.
Je te dis, la voie royale, c'est développeur chez Google.
Tu fais environ...
Chez Airbnb, ils payent 180000 balles à l'année.
Pourquoi j'irai chez Google pour 130 ?
Uber, ils m'ont proposé 110000, les mecs !
Je fais pas l'aumône, moi !
T'as fait toutes ces études seulement pour gagner du fric !
Non, pour changer le monde, parce que le monde est sale,
parce qu'il y a la guerre... -Des ours crèvent en Antarctique.
Parce que les flics sont racistes !
La Chica : "Drink"
...
Mila Wizman a eu une enfance heureuse,
mais elle va mal depuis que ses parents ont divorcé.
Elle aimait bien la nouvelle compagne du père,
même si elle lui en voulait d'avoir brisé leur famille.
Elle a moins
de contacts avec sa mère, juive religieuse.
Mila nourrit un fort sentiment de culpabilité,
car sa mère répète que si elle était restée avec elle,
rien ne serait arrivé.
Sur le vécu des faits par le sujet,
elle décrit bien la manipulation dont elle a été la victime
et sa stratégie de défense.
Cette apparente soumission
pour ne pas attiser
une éventuelle violence de son agresseur.
Mila a des difficultés d'endormissement.
Elle fait des cauchemars au cours desquels
elle revoit la scène du viol.
On note un trouble de l'image du corps
avec le sentiment d'être salie.
Elle a des rituels de lavage,
elle provoque des vomissements après avoir mangé.
Elle a pris du poids.
On trouve également des troubles de l'adaptation sociale.
Elle ne fait confiance à personne,
elle a peur des hommes.
Le retentissement est important,
il touche sa personnalité.
Qu'attendez-vous de ce procès ?
Qu'on reconnaisse le mal qu'il m'a fait.
Comment vous êtes-vous retrouvée seule avec M. Farel ?
Je l'ai accompagné à une soirée.
Il était poli et gentil, je lui ai fait confiance.
Il m'a proposé à boire.
J'ai dit non.
Et il a beaucoup insisté,
comme quoi c'était un champagne de grande marque.
J'ai pris la coupe parce que...
j'avais honte de passer pour une imbécile, je l'ai bue.
J'avais la tête qui tournait.
J'avais envie de vomir.
J'ai dit que j'allais prendre l'air
et il m'a suivie parce que...
soi-disant c'était dangereux, une fille seule dans la rue.
Vous avez déclaré ne pas avoir pris de drogue,
or les analyses toxicologiques ont prouvé l'inverse.
J'avais peur qu'on dise que j'avais fumé,
que j'avais pas ma tête, que j'étais pas dans un état normal.
Je voulais pas de soucis avec la police.
Vous en avez déjà eu ? -Non.
Jamais.
Pendant le trajet, M. Farel essaye de vous embrasser,
de vous enlacer ?
Oui. Il a mis sa main sur mon épaule.
Vous vous laissez faire ?
Bah...
Pas vraiment.
Mais vous le suivez de votre plein gré dans ce local ?
Oui, mais pour fumer seulement.
J'avais la tête qui tourne à cause de l'alcool,
je bois jamais.
Donc là, vous fumez,
et il vous demande de lui faire une fellation, c'est ça ?
Il m'a prise par le cou et a plaqué ma tête contre son sexe.
Vous lui avez signifié votre désaccord
par la parole, un geste ?
J'étais pas d'accord.
J'avais dit que j'avais un copain,
mais enfin, je pouvais rien faire et...
il a mis son...
son sexe dans ma bouche.
Il vous faisait mal ?
Il tenait mes cheveux comme si c'était une laisse.
Il tirait.
Et vous vous laissez faire ?
J'étais terrifiée.
Après ça, il s'est mis à me toucher les seins
et en bas aussi.
J'ai vu que...
il voulait aller plus loin, il insistait.
Vous lui avez dit non à ce moment-là ?
J'arrivais plus à parler, c'était comme si je m'étais dédoublée.
Je voyais mon corps,
mais j'étais plus là.
J'avais peur.
Il...
Il a mis son corps sur moi pour m'empêcher de partir.
Il m'a demandé d'enlever mon jean.
Il vous l'ordonne et vous le faites ?
J'avais peur, quand on était dans la rue,
il a dit qu'à cause des attentats il avait toujours un couteau.
Vous l'avez vu, ce couteau ?
D'abord, vous avez déclaré
qu'il vous avait menacée avec son couteau,
et ensuite, qu'il n'y avait jamais eu de couteau.
Ce sont seulement des questions.
J'essaye de comprendre. -Je devais faire quoi ?
Vous avez un type qui vous dit : "J'ai un couteau".
Il a enlevé ma culotte.
Il a enlevé ma culotte.
Il a mis ses doigts.
Il me faisait mal avec des va-et-vient.
Il m'a dit de me laisser faire,
que j'aimais ça
et...
qu'il arrêterait quand j'aurais joui.
Et...
Il m'a poussée en arrière
et il m'a pénétrée avec son sexe.
Il a éjaculé ?
Sur le bas du dos, oui.
Il a remis ses habits,
et moi, mes affaires.
Puis, il a dit qu'il allait à la fête.
J'ai dit que j'allais rentrer chez moi.
Et...
Il avait gardé ma culotte.
Il m'a dit que...
que c'était juste un bizutage.
Je me suis mise à pleurer,
je crois qu'il s'est excusé.
Mademoiselle, vous avez dit que certains pensaient
que votre parole ne valait rien.
Or votre parole a de la valeur,
je vous le dis, la justice vous croit.
Merci.
Vous essayez d'oublier ? -C'est pourquoi vous êtes imprécise ?
Vous dites qu'il a prononcé ces mots :
"Suce-moi, salope."
C'est la vérité ?
Je pense qu'il faut vous exprimer si vous voulez sortir d'ici
différente de celle que vous étiez en entrant.
Je suis désolée. J'ai honte.
Ce n'est pas vous qui devez avoir honte.
Vous êtes certaine qu'il avait bien compris
que vous n'étiez pas consentante ?
Oui.
Pourtant, mon client affirme
que vous n'avez manifesté aucune opposition.
Il était violent.
Vous n'avez pas crié au secours ?
Il a mis sa main sur ma bouche.
Oui.
Lui dit qu'il a glissé son doigt dans votre bouche.
Vous décrivez un geste de violence
et lui un autre, à caractère érotique.
C'était clair, il savait ce qu'il faisait.
Nous ne nions pas votre souffrance,
simplement notre client n'a pas la même perception des choses.
Vous reconnaissez que quand on est dans un état alcoolique,
on peut faire des choses anormales ?
Je sais pas, je bois pas d'habitude.
Pourquoi avoir accepté de suivre M. Farel
dans la rue, puis dans ce local ?
Parce que je me sentais mal. -Je lui ai fait confiance.
M. Farel vous a enlacée dans la rue.
Si vous le suivez, c'est que ça vous flatte ?
J'étais mal à cause de l'alcool, j'ai pas l'habitude.
En arrivant dans ce local,
vous vous dites pas que légitimement, ça pouvait lui venir à l'esprit
que vous étiez intéressée par lui ?
Non.
Vous avez accepté qu'il vous embrasse.
Non, il m'a pas laissé le choix.
Vous pouviez partir, la porte était pas fermée.
Je le savais pas et j'avais peur à cause du couteau.
Mais ce couteau, vous ne l'avez jamais vu ?
Non.
Parce qu'il y a jamais eu
de couteau.
Il y a jamais eu de couteau.
Il m'a dit qu'il en avait un et moi, je l'ai cru.
Vous le trouviez beau ?
Je demande simplement si vous le trouviez séduisant.
Quel rapport, ça change quoi ?
Vous aviez un petit ami ?
Oui.
Vous avez déclaré être vierge,
puis, les résultats ont montré que vous aviez déjà eu des rapports.
J'ai menti parce que j'avais honte.
Honte de quoi ?
J'avais peur que ma mère l'apprenne, elle savait rien.
Elle est stricte, je l'ai dit.
Pour elle, c'est important d'être vierge ?
Oui, elle est très pratiquante.
Vous aviez déjà eu des rapports avant lui ?
Oui.
Avec qui ?
Un seul homme.
Ça a duré longtemps ?
Quelques semaines.
Il avait quel âge ?
Trente-deux ans. -Et vous aviez ?
Dix-sept ans.
Il était célibataire ?
Non.
Il était marié, il avait des enfants ?
Oui, trois.
Vous le saviez ?
Oui.
Donc, avant votre rencontre avec M. Farel,
vous aviez fréquenté un homme de 15 ans de plus
et vous affirmez à la police que vous êtes vierge.
J'ai menti parce que j'avais honte,
ma mère était devenue de plus en plus religieuse.
Mlle Wizman, pourquoi avez-vous rompu ?
Pour quelle raison ?
C'est lui, il ne voulait pas quitter sa femme.
Vous l'avez menacé d'envoyer à sa femme
tous les SMS que vous aviez échangés ?
Oui, mais j'étais très mal.
Ah.
Mlle Wizman, vous en voulez aux hommes ?
Non.
Avez-vous déjà été
agressée sexuellement avant votre rencontre avec M. Farel ?
Non.
Non ?
Pourtant, sur Twitter, au lendemain de l'affaire Weinstein
et du lancement de "#BalanceTonPorc", on peut lire le tweet suivant :
"J'avais 13 ans, j'étais en colo, malade.
"Mon animateur est venu dans ma chambre
"pour prendre ma température et il a mis sa main dans ma culotte.
"Hashtag 'BalanceTonPorc'".
Vous vous en souvenez ?
Vous ne vous souvenez plus de l'agression
ou d'avoir posté ce tweet ?
D'avoir écrit ça.
Mais vous confirmez l'agression ?
Oui.
Quand êtes-vous partie en colonie ?
Je sais plus.
C'est important, vous affirmez avoir été agressée par un animateur.
J'avais 13 ans. -La seule fois
où vous êtes partie sans vos parents, vous aviez 10 ans.
C'était pas en colo, c'était chez une amie.
Son père m'a fait ça. -Pas d'autres questions.
Merci, Mlle Wizman.
Samaran : "Paris Madness"
...
Les gars, un peu d'action, non ?
T'as dit "Un peu d'action" ?
Tu séduis une fille de la soirée
et t'as jusqu'à 2h pour me ramener ses dessous.
N'importe laquelle ?
Fais-toi plaisir !
Celui qui perd, je poste une photo de lui à poil sur Insta !
Je prends la rouquine.
Tu l'as pas encore baisée ? -Elle s'est tapé tout Henri IV.
Elle, là ?
...
La Fine Équipe : "Aurora"
...
Pardon.
Tiens !
Non, merci.
Tu danses pas, tu bois pas...
S'il y a un champagne qu'il faut boire, c'est celui-là.
J'ai un peu mal à la tête.
À la tienne !
Tu veux pas qu'on aille prendre l'air ?
Ricci : "Bang"
...
Vous partez ?
Non, on revient !
Dans le local, Mlle Wizman dit
que vous avez mis votre sexe dans sa bouche.
On s'est embrassés et je lui ai demandé une fellation.
J'ai sorti mon sexe et elle l'a pris dans sa bouche.
Elle n'a pas manifesté son désaccord ?
Non, mais j'ai vite senti que c'était pas trop son truc,
alors je lui ai dit d'arrêter.
Qu'entendez-vous par "C'était pas trop son truc" ?
Elle était pas à l'aise, elle me faisait mal avec ses dents.
J'ai pensé qu'elle manquait d'expérience.
Pas qu'elle ne voulait pas ou que vous lui faisiez peur ?
Si elle le voulait pas, elle m'aurait dit non.
Elle dit que vous lui en avez donné l'ordre.
Que vous lui auriez dit : "Suce-moi, salope."
Dans le feu de l'action, j'ai pu le dire.
Ce sont des choses qui se disent, non ?
Que se passe-t-il après ?
Après, on s'est mis par terre.
J'ai pris de la coke sur son ventre, elle s'est laissée faire.
Je me suis allongé sur elle, je lui ai demandé d'enlever son jean,
le frottement des boutons me faisait mal.
Elle l'a retiré.
Elle ne dit toujours rien ?
Non, elle le fait, c'est tout.
Et ensuite ?
Ensuite...
J'ai retiré sa culotte, que j'ai glissée dans ma poche,
j'ai introduit mes doigts dans son sexe pour la faire jouir,
j'ai baissé mon jean et je l'ai pénétrée.
Mais j'avais pas de préservatif,
alors je me suis retiré et j'ai éjaculé sur elle.
À ce moment-là, vous voyez bien qu'elle est terrifiée.
Non.
Sinon, j'aurais arrêté.
Elle se laissait faire et je croyais qu'elle prenait du plaisir.
Elle se laissait faire peut-être parce qu'elle était tétanisée ?
Non.
Sur quels éléments vous basez-vous pour affirmer cela ?
Je suis un peu gêné de dire ça.
Ne soyez pas gêné.
Son sexe était trempé.
Elle a joui.
Ça vous arrive souvent de conclure aussi vite avec les filles ?
Bah, on est en 2021, Mme la Présidente,
quand les gens de mon âge se plaisent, ils couchent ensemble.
Pourquoi porte-t-elle plainte ? -Pourquoi maintient-elle sa version ?
Pour se venger à cause du bizutage.
Croyez-moi, j'ai honte d'avoir accepté ce pari stupide,
honte de l'avoir humiliée en lui avouant que c'était un bizutage.
J'ai été pathétique, un salaud, un sale con,
ce que vous voulez, mais je suis pas un violeur.
Maître, vous avez des questions ?
Si le rapport était consenti, pourquoi l'avoir nié ?
Pendant plusieurs heures,
vous avez dit ne pas avoir eu de rapport.
Vous avez attendu que votre ADN parle.
Vous aviez... -Je vous l'ai dit.
J'ai pris peur.
Parce que
vous l'aviez violée ?
Non.
On a trouvé votre ADN sur son corps.
J'ai vite reconnu avoir fait l'amour avec elle.
Vous êtes décrit par les témoins comme un homme prévenant, sensible.
L'auriez-vous emmenée dans un lieu aussi sordide
si c'était vraiment le cas ?
C'était un local d'entretien,
si je peux me permettre.
On y est allés pour fumer,
elle ne voulait pas fumer dans le parc.
M. Farel, quel livre lisiez-vous au moment des faits ?
Je sais plus, je lis beaucoup. -Les policiers ont trouvé
un roman de Georges Bataille intitulé "Ma mère".
Je vais vous en lire la quatrième de couverture.
"Initié à l'orgie et à la débauche,"
"l'adolescent découvre une vie de perdition"
"où se mêlent honte, jouissance"
"et dégoût."
Je vois pas le problème.
C'est un livre obscène.
Il y a pas d'obscénité en littérature.
Baudelaire était jugé obscène et on l'étudie au collège.
Vous voulez le retirer du programme ? C'est à la mode.
Baudelaire ne parle que d'amour,
quand vous,
vous soulignez dans votre livre des phrases bien particulières.
Je vais vous en lire une, page 62.
"Quand il m'a trouvée nue, il m'a violée,"
"mais j'ai mis son visage en sang."
"Je voulais arracher les yeux. Je n'ai pas pu."
J'espère que personne n'a lu Sade ou Bataille,
vous pourriez finir aux assises.
Maître,
vous parlerez plus tard.
Continuons sur le terrain littéraire.
Vous avez gagné un concours de nouvelles il y a plusieurs années.
Parlez-nous du sujet de cette nouvelle.
C'est une histoire d'amour.
Vous avez écrit l'histoire
d'un jeune stagiaire et d'une conseillère politique.
L'homme la force à lui faire une fellation,
puis la viole à deux reprises.
C'est une idée de la femme que je fréquentais.
Il serait bon qu'elle vienne nous donner sa version.
C'était un fantasme entre adultes consentants.
C'était un fantasme, peut-être,
mais vous êtes passé à l'acte.
T'as froid ?
Attends.
Farel !
Louis ! Comment ça va, mon Louis ?
Vous partez déjà ?
Non, on prend l'air.
Ça va ? Ça fait hyper longtemps ! -Ça va et toi ?
Mila, Louis.
On était ensemble à Henri IV.
Stanford, on m'a dit ?
Et toi, alors ? HEC !
Ouais, mais... -Quoi, mais ?
Viens prendre un verre.
Attends-moi, j'arrive dans 10 minutes.
Tu reviens ? -Mais oui.
Ça me fait plaisir de te voir. -Moi aussi.
Ça fait des années que je l'ai pas vu.
Ça va ?
Moi aussi, ça m'a fait du bien de prendre l'air.
Tu veux aller t'asseoir ?
Viens.
Je suis une femme
et je suis aussi une mère.
Quelle parole puis-je porter devant vous aujourd'hui ?
Qui écouterez-vous ?
Laquelle sera crédible ?
Cette femme qui a toujours milité pour la cause des femmes ?
Qui, comme nous toutes, s'est souvent retrouvée
dans des situations désagréables, voire menaçantes,
qui nous obligent à trouver les ressources d'esquiver
ou de tenir tête,
sans vexer celui dont le comportement nous a offensées ou dépréciées,
et dont nous ignorons s'il va se venger
et de quelle manière.
Cette femme qui a appris à dire non.
Est-ce cette femme qui doit s'adresser à vous aujourd'hui ?
Cette femme n'existe plus.
J'ai découvert la distorsion entre les discours engagés,
humanistes,
et les réalités de l'existence.
L'impossible application des plus nobles idées,
quand les intérêts personnels vous empêchent toute clairvoyance.
Alors, ce n'est que la mère
qui peut encore vous parler aujourd'hui.
La mère
d'Alexandre Farel.
Mon fils.
Car il s'agit de lui, de mon fils...
unique.
Un fils qui n'a jamais été violent ni brutal.
Un fils intelligent, doux, aimant.
Un fils exemplaire
qui m'a toujours rendue heureuse
et qui a toute ma confiance.
Accusé aujourd'hui par Mila,
que j'ai toujours appréciée,
dont je sais la souffrance.
Je la reconnais.
Je l'ai dit, je suis une mère,
et elle a été, d'une certaine manière, comme ma fille.
Nous sommes, vous et moi, à la même place,
celle du roi Salomon.
On nous demande de faire un choix entre ces deux vies, jeunes
et déjà brisées.
Faut-il sacrifier une vie au détriment de l'autre ?
Est-ce notre seule solution ?
J'ai un sentiment de gâchis absolu.
Mila a voulu rester avec l'avocat
et le psy de l'association d'aide aux victimes.
J'ai entendu son témoignage.
L'avocat de mon fils a été très dur, je suis vraiment désolée.
Il fait juste son travail, ça a rien à voir
avec toi.
On a préféré attendre dehors, à sa demande et celle de l'avocat,
qu'elle puisse s'exprimer plus librement.
Et je pensais aussi que ce serait un moment difficile.
Tu veux manger quelque chose ?
Peut-être un café.
Ça fait deux ans que je me prépare à ça,
la violence de l'audience.
Où est Valérie ?
Shabbat dans quelques heures.
Jean ?
Son émission.
Tu lis quoi ?
Je l'ai lu plusieurs fois, prends-le.
Merci.
Tu me manques.
Moi aussi, j'ai souffert de notre séparation.
Si tu veux savoir si j'ai refait ma vie,
si je suis heureux...
Non, j'ai pas refait ma vie et je suis pas heureux.
Non.
On n'avait pas le choix.
Claire sanglote.
Notification
Ça reprend.
Je te laisse y aller seule ? -Qu'on nous voient pas ensemble.
Oui.
J'ai plein de clients chaque jour, je m'en souviens plus.
Après, la nana est montée dans le véhicule.
Elle pleurait comme une madeleine.
Elle vous a noté
en sortant de votre véhicule ?
Ça, nous, on sait pas.
Elle vous a mis 5 étoiles.
Merci.
Alors qu'elle venait d'être violée,
Mlle Wizman a suffisamment d'énergie et de clairvoyance
pour noter son chauffeur.
Je n'ai rien d'autre à ajouter.
Plusieurs fois, il m'a forcée à le caresser
même si je voulais pas.
Il attrapait ma main et la pressait contre son sexe,
puis il l'utilisait pour se caresser, comme une marionnette.
Et ça, vous ne considérez pas que c'est faire usage de violence ?
Je sais pas, ça se fait.
On a toutes connu des types qui essayent, qui insistent
et parfois, qui y vont carrément.
Une fois, à l'arrière de sa voiture,
il m'a dit qu'il avait envie de moi et a voulu retirer mon jean.
Je l'ai repoussé, il a pas insisté.
Et il y a une autre fois,
où il m'a proposé de me sodomiser
et j'ai dit non.
Mais il a proposé ça parce que...
Je voulais rester vierge,
mais c'était pas pour faire un truc violent.
Quand j'ai dit non, il a dit OK.
Il m'a juste demandé une fellation pour pas le laisser dans cet état.
Et vous l'avez fait ? -Ouais.
Vous en aviez envie ?
Non, pas spécialement.
Ça vous paraît normal ?
Soupir gêné Je sais pas.
Qu'est-ce qui est normal ou pas normal ?
Je regrette d'avoir été à l'origine du bizutage.
Je pensais pas au mal que je faisais en humiliant des filles,
en disant, quand l'une réussissait, que c'était grâce aux quotas.
Cette histoire m'a profondément choqué.
Je sais pas si Alexandre a fait ça,
et même si j'ai envie de douter de la version de cette fille
parce que je peux pas croire qu'il ait pu faire ça,
je vais m'abstenir de dire quoi que ce soit contre elle,
car j'ai compris, en entendant ces témoignages de femmes,
qu'elles voulaient être crues et entendues.
T'as peur ?
Pas du tout.
T'inquiète pas, j'ai de quoi nous défendre.
Attends, depuis les attentats, Bataclan, tout ça,
je sors jamais dans ce pays sans mon couteau.
...
Tu veux pas venir ?
Viens, on va se mettre au chaud.
Le soir où Alexandre est sorti avec Mila Wizman,
il avait bu...
Il avait bu, il avait fumé, il avait pris de la drogue.
Il n'était pas dans son état normal. Et puis, avec l'exemple
d'un père volage,
un homme à femmes, un séducteur, j'en suis pas fier,
il a grandi avec cette idée que le sexe était...
quelque chose de léger, sans conséquence,
qui n'engage à rien.
Mon fils,
que je connais mieux que quiconque ici en dehors de sa mère,
n'est pas le violeur pervers que certains décrivent.
Et puis, je le dis.
Je le dis.
Quand une fille suit un garçon dans un local en pleine nuit,
elle sait ce qu'elle fait.
Elle sait ce qu'elle fait.
Alors, peut-être qu'après coup, elle a regretté par honte,
mais enfin, en tout cas,
sur le moment,
elle n'a pas dit clairement ce mot
qui aurait freiné mon fils.
Elle n'a pas dit : "Non".
Reconnaissons-le, on est dans la zone grise.
Et lui a déjà grandement payé pour ce qui s'est passé.
Il n'a pas pu faire ses études à Stanford,
sa carrière aux États-Unis est gâchée, probablement à tout jamais,
il est en prison depuis trois mois...
Trois mois !
Parce qu'il a croisé cette fille dans la rue.
Mais il a voulu lui demander pardon !
Il a voulu échanger quelques mots avec elle,
il a voulu...
Il a voulu s'expliquer, comme le font les personnes civilisées.
Elle s'est mise à hurler ! À hurler !
Parce qu'il l'a croisée par hasard, il est en prison.
Il n'aurait pas dû l'approcher, mais elle n'a pas voulu l'écouter.
Elle s'est mise à hurler en plein jour dans une rue passante comme si...
comme s'il avait voulu l'agresser, la tuer, la dépecer, que sais-je...
Voilà, et depuis...
Depuis, il est terrifié.
Il est terrifié.
Il ne sort plus de sa cellule.
Il ne dira rien, mais...
il est détruit.
Je suis pas certain qu'il s'en remette.
Il serait injuste de condamner,
de détruire,
de détruire la vie d'un garçon
pour vingt minutes d'action.
Jean Farel, vous parlez de zone grise ?
Estimez-vous être victime d'une machination ?
Non, s'il vous plaît, laissez Mlle Wizman.
Regarde le mal que ça lui fait ! -Ne commence pas !
Ne commence pas !
Vingt minutes d'action ?
Et la zone grise ?
C'est une zone inventée par les hommes pour se justifier.
Depuis MeToo, je compte plus le nombre de filles
qui disent avoir été harcelées ou agressées sexuellement,
mais c'est bizarre,
aucun homme ne se perçoit comme ayant harcelé
ou agressé une fille.
*Mais il y a pire que la violence, en fait.
C'est leur mépris.
Ils ont essayé de nous acheter avec leur fric.
On est en plein délire.
Je fais quoi, maintenant ? Je fais quoi ?
Rien, tu mets la table.
Elle avait qu'à dire non, putain !
C'est pas difficile ? Non !
C'est le premier mot qu'un gosse apprend.
J'en peux plus de leur discours...
Jean, s'il te plaît. -Leur discours victimaire !
Quand une fille me suit dans un local, elle sait ce qu'elle veut, non ?
On va pas me faire croire qu'on est les seuls à vouloir baiser.
Je connais suffisamment les filles... -Et si c'était ta fille ?
Si c'était ta fille qui te disait qu'un homme l'avait violée ?
Tu ferais quoi ?
Je le tue.
Vous rencontrez M. Farel en 2017, il est votre stagiaire.
Comment la nature de vos relations a-t-elle évolué ?
Je ne sais plus.
On se plaisait, c'était difficile de le cacher.
Comment se passaient vos rencontres ?
Nous faisions l'amour dans un hôtel en périphérie de Paris.
Qui réglait la chambre ?
Moi, le plus souvent.
Vous l'aimiez ?
Oui.
Si vous ne vouliez pas faire l'amour,
pouvait-il se montrer insistant ?
Jamais.
Jamais il ne m'a forcée à faire quoi que ce soit.
Nous nous entendions très bien. Sexuellement, je veux dire.
Il ne vous imposait pas
de le caresser, de lui faire des choses ?
Il n'avait pas besoin de m'obliger.
Pouvait-il se montrer violent parfois ?
Non.
Il avait des exigences particulières ?
J'ignore ce que vous entendez par "particulières".
Il vous imposait des fellations ? -Il ne m'imposait rien.
Au moment des faits, le voyiez-vous ?
Non, je l'avais quitté
depuis un moment, mais je l'ai revu à ma demande.
Je souhaitais qu'il efface des messages que nous avions échangés.
Bien.
Avez-vous autre chose à ajouter ?
Alexandre est un garçon tendre.
Il est complexe, c'est sûr.
Il aime les rapports de force, il peut être brutal,
mais il n'a jamais été violent avec moi.
Maître ?
Que s'est-il passé quand...
vous avez annoncé à M. Farel que vous le quittiez ?
Il m'en voulait, c'est normal.
Il vous a retenue ?
Oui, bien sûr.
Comment ?
Il disait qu'il voulait faire sa vie avec moi.
Pourtant, vous déposez
une plainte contre lui pour harcèlement.
Pour l'effrayer. -Vous aviez peur de lui ?
Non.
Pourtant, vous vous rendez au commissariat du XVle à Paris
et vous déposez une plainte.
C'était pour le tenir à distance et je l'ai retirée.
Mlle Vasseur,
est-ce que quelqu'un a fait pression sur vous
pour témoigner en faveur de M. Farel ?
Absolument pas.
Je vais reformuler.
Le père d'Alexandre
a-t-il promis de vous aider dans votre carrière
si vous témoigniez en faveur de son fils ?
Vous aurait-il promis, par exemple,
de vous inviter à son émission ?
Évidemment que non.
Je n'ai pas d'autres questions.
Mlle Vasseur,
dans le portable de M. Farel, nous avons relevé des échanges
par mail.
Dans l'un de ces messages, il vous dit qu'il a envie, je cite,
de vous faire mal.
C'est un dialogue banal entre deux êtres qui se désirent.
Il vous écrit également :
"Tu es une salope, mais je suis très amoureux de toi."
C'était pas agressif. -On parlait crûment pendant l'amour.
Vous avez raison de le dire. -La partie civile l'a accablé
parce qu'il avait dit à Mlle Wizman après quelques baisers :
"Suce-moi, salope", et "Je vais te faire mal".
Ce sont des expressions qu'il a l'habitude de dire.
Ce qui montre bien qu'il était dans un rapport normal.
Mlle Vasseur,
est-ce bien vous qui lui avez demandé d'écrire une nouvelle
mettant en scène un stagiaire et une conseillère politique ?
Oui, je le regrette.
Aujourd'hui, ça se retourne contre lui.
Je n'ai rien à ajouter.
Je vous remercie.
Nous sommes devant la cour d'assises
parce que Mila Wizman a besoin de votre écoute.
Le fait de voir sa souffrance reconnue
et sanctionnée
va l'aider à se reconstruire.
Tout au long de la procédure et du procès,
il vous a fallu raconter encore et toujours l'indicible,
alors que la seule chose que vous vouliez,
c'était oublier.
Dans les agressions sexuelles,
redire, c'est revivre.
Je me lève, mais je ne me casse pas, Mila.
Je me lève
et je reste debout.
Et je prends la parole pour vous
et pour toutes ces femmes abusées, forcées,
contraintes, soumises, niées, bâillonnées,
pour toutes celles que l'on désigne coupables
de n'avoir pas pu ou su dire non.
Qui ne dit mot consent ?
Non.
Qui ne dit mot subit.
Mila a subi.
Nous ne sommes pas dans une zone grise ce soir du 10 octobre 2018.
La seule zone grise de ce dossier, c'est celle du local poubelle
où après l'avoir fait boire quand elle ne boit jamais,
l'avoir fait fumer quand elle ne fume jamais,
il décide de l'emmener dans la nuit froide.
Mais c'est une zone rouge !
Une zone où Alexandre Farel règne,
dans son monde, bien né, en maître.
Avec ses règles à lui.
Selon son jeu, son bizutage à lui.
Dans son univers, sa fête, ses copains à lui.
Et c'est fort de tout cela, de cet ascendant-là,
cet ascendant de dominant mâle, bourgeois,
de "fils de", d'intellectuel brillant,
de garçon plus âgé, c'est fort de tout cela
qu'il va sur Mila,
la petite juive de milieu modeste qui n'a pas les codes,
remporter facilement son jeu.
Son jeu !
Qui consiste, pour se challenger, pour s'amuser,
à ramener la culotte d'une fille dans sa poche
comme un trophée.
Est-ce illégal ?
Non.
Et M. Farel ne pense certainement pas avoir accompli un crime,
puisqu'il a assouvi son désir.
Il a ajouté :
"Elle a joui."
Il a dit : "Elle a joui."
Est-ce donc ça
le résultat de cinq jours d'audience ?
Non, M. Farel, elle n'a pas joui !
Non, elle n'a pas voulu être pénétrée à plusieurs reprises.
Non, elle n'a pas voulu se faire éjaculer dessus.
Non, elle n'a pas voulu être contrainte à vous faire une fellation.
Non, M. Farel.
Vous ne saviez pas si Mila voulait parce que peu vous importait,
toute écrasée, broyée,
effacée, anéantie
sous votre corps et votre jeu.
Peu vous importait, tant vous étiez sûr
de ne pas être inquiété pour vingt minutes d'action.
Cette voix que vous avez étouffée, M. Farel,
je tente ici de la rendre à Mila
et à toutes les femmes en terrible cortège,
qui comme elle et avant elle,
ont hurlé : "Non !"
Depuis l'enceinte de leur corps qui se brise,
et de vous l'apporter à vous,
la justice rendue au nom des hommes.
Et devrais-je dire, au nom des hommes et des femmes.
Mme la Présidente, mesdames et messieurs les jurés,
j'ignore si vous condamnerez Alexandre Farel
ni quelle peine vous fixerez,
mais une chose est sûre,
Mila Wizman, elle, en vingt minutes,
aura été condamné à perpétuité.
La difficulté dans cette affaire,
ce n'est pas la matérialité des faits.
Cette nuit, entre le 10 et le 11 octobre 2018,
il n'est pas contestable qu'il y a eu une relation sexuelle
entre M. Farel et Mlle Wizman.
Non, la vraie difficulté,
c'est dans la personnalité de l'accusé
et le mystère du passage à l'acte.
Il y a Alexandre Farel, l'étudiant travailleur,
le garçon vulnérable, doutant de lui, attentionné,
et puis il y a l'autre, qui existe aussi,
qui peut être méprisant, violent, possessif, jaloux.
Pourquoi cet homme, un jour, a-t-il commis un crime ?
Ce soir-là, c'était possible, facile, alors il l'a fait.
Il a commis ce qu'on pourrait appeler un viol opportuniste.
Je pense que M. Farel est sincère, sa vie n'est plus ce qu'elle était.
Il réussissait ses études, il était aimé...
Et un jour, ses barrières ont cédé.
En le condamnant, vous devrez aussi penser à sa réinsertion.
Comment cet homme retrouvera-t-il un jour
sa place dans la société ?
Mais il y a aussi la victime.
Mlle Wizman a beaucoup souffert pendant ce procès,
car c'est douloureux de se rappeler d'actes qui ont fait mal
et qui continuent de faire mal.
Mais je suis sûr qu'elle est plus forte qu'elle ne le croie.
Je suis sûr qu'il y a déjà des prémices de pardon.
L'enquête a établi que la violence sexuelle de M. Farel
est isolée à cette nuit du 10 octobre 2018.
Je n'ai aucune envie de renverser la table de votre vie, M. Farel.
Vous savez au fond qu'il y a eu viol
et qu'il y a désormais un avant et un après.
Je ne vous demande pas de le garder en prison.
J'ai la conviction qu'il n'est pas un danger pour la société.
C'est un homme coupable,
mais dont la culpabilité doit être sanctionnée
à l'aune de sa personnalité.
Je ne requerrai pas une peine de prison ferme.
M. Farel n'a aucun antécédent en matière d'agression sexuelle,
il n'a pas de casier judiciaire.
Les experts psychiatriques ont écarté toute forme de dangerosité
et de risque d'un nouveau passage à l'acte.
C'est pourquoi je vous demande cinq ans de prison avec sursis.
La peine de sursis maximale.
Mais ce n'est pas un cadeau.
Vous aurez ces cinq ans au-dessus de votre tête
comme une épée de Damoclès.
Maître ?
Mme la Présidente,
madame et monsieur de la Cour,
mesdames et messieurs les jurés.
Ce que cette affaire nous enseigne,
c'est que tout le monde peut un jour se retrouver du mauvais côté.
Même quand on est bien né.
Et vous avez le droit de détester M. Farel.
C'est comme on dit un privilégié,
qui a un sentiment de supériorité
peut-être inhérent à sa caste.
Alors oui, il est méprisant
quand il cède au bizutage.
Oui, il est vulgaire,
ordurier même,
quand il dit à Mlle Wizman : "Suce-moi, salope."
Vous avez le droit de ne pas aimer ça.
Vous avez le droit de ne pas l'aimer, lui,
de le trouver insupportable.
Mais que vous ne l'aimiez pas, ne fait pas de lui
le coupable d'un viol.
Et la seule question que vous devez vous poser
est de savoir
s'il a pénétré Mila Wizman sous la contrainte
en sachant qu'elle n'était pas consentante.
On ne saura jamais ce qui s'est passé dans ce local.
En revanche,
on a une certitude à la lecture du dossier.
Il y a pas eu de menaces verbales,
simplement un langage explicite, à caractère érotique.
À aucun moment, Mila Wizman n'a dit non,
n'a dit stop, ne l'a repoussé par des gestes,
n'a verbalisé son refus en criant, en pleurant.
L'examen médical n'a révélé aucune lésion particulière.
Il n'y a pas eu de coups ni aucune trace de violence.
Quoi qu'en dise Mlle Wizman,
personne ne l'a forcée à aller à cette soirée,
à boire,
à accompagner M. Farel pour fumer dans un local.
À aucun moment, il ne l'a menacée avec un couteau.
À aucun moment, il ne l'a menacée tout court.
Alors aujourd'hui, certes,
Mlle Wizman perçoit et analyse tout sous l'œil de la contrainte.
Parce que, elle nous l'a dit,
dans le milieu juif ultra-pratiquant d'où elle vient,
ce qui s'est passé n'est pas habituel.
Contrairement à M. Farel qui, lui, est un animal social,
habitué à ce genre de rapports, au sexe d'un soir.
Ils n'ont pas la même histoire.
Ils n'ont pas la même culture, le même rapport à la sexualité.
Et pourtant,
ils ont deux grands points en commun.
Ils ont peur du jugement social
et ils ont vu leurs vies gâchées.
Aujourd'hui, Mlle Wizman a commencé des études de cinéma.
Elle tente de se reconstruire.
Alexandre, lui, est déjà incarcéré depuis trois mois.
Ne l'oubliez pas.
Il est chaque jour frappé et humilié par d'autres détenus.
Chaque jour,
il est injurié et lynché sur les réseaux sociaux.
Et disons-le, ce tribunal médiatique
fait de tweets agressifs et vengeurs
a nui à la présomption d'innocence de mon client
et l'a déjà détruit.
Aucune université ne veut l'accueillir.
Quand on tape son nom sur Google, le premier mot associé est "violeur".
Il n'est pas question d'altérer l'image de Mlle Wizman,
de nier sa douleur ou de l'empêcher de s'exprimer,
surtout quand la parole des femmes se libère enfin,
mais ce n'est pas une raison pour que celle de la défense
soit bâillonnée.
Ni une raison pour que la défense
des personnes renvoyées pour des faits d'agression sexuelle
devienne une défense interdite.
On ne peut pas se résigner à la version d'une partie.
Ici, il n'y a pas qu'une vérité,
mais deux perceptions d'une même scène.
Monsieur Farel, lui,
n'a jamais cessé de clamer son innocence
et c'est en toute conscience
que je viens vous demander son acquittement.
Ce que je réclame pour lui aujourd'hui, c'est la vraie justice,
celle que vous allez rendre.
Et mon ambition est de vous convaincre de son innocence
au regard de la loi,
et non de la morale.
Le point essentiel est
la question du consentement de Mlle Wizman.
Si vous lisez la jurisprudence de la chambre criminelle,
voilà ce qui est dit.
"Un acquittement du chef de viol"
"ne postule nullement le consentement de la victime."
Si vous acquittez M. Farel,
cela ne signifie pas que la victime était consentante.
Donc, votre mission
est de vous placer dans sa tête à lui,
car c'est son procès.
C'est lui qui risque de rester en prison.
Vous n'avez rien qui pourrait contredire
la conviction qu'il a eu à ce moment-là.
Rien.
C'est la parole de l'un
contre la parole de l'autre.
On n'a pas la vérité,
mais il nous faut trouver une vérité judiciaire.
Vous avez été tirés au sort
pour rendre la justice,
et vous voilà embarqués dans un combat.
On nous implore de rejoindre la cause des femmes,
de rejoindre ce combat
indispensable.
Mais la justice n'a pas besoin de combattants,
elle a besoin de juges
impartiaux.
Ce que vous avez à juger aujourd'hui,
ce sont les actes de M. Farel
et rien de plus.
Votre tâche n'en est pas moins immense.
C'est votre décision et elle seule
qui conditionne le sort de M. Farel.
Si vous le condamniez
parce que vous aviez le moindre doute
sur ce qu'il s'est passé ce soir-là,
alors vous violeriez la loi
et vous trahiriez le serment
que vous avez prêté en tant que jurés.
Alors, dans le doute,
ne ruinez pas définitivement la vie d'un jeune homme
qui a toujours clamé son innocence.
Le risque, ce serait de condamner un innocent.
Ce risque,
ne le prenez pas.
M. Farel, souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Je souhaiterais m'adresser à Mila.
J'ai jamais eu l'intention de te faire du mal.
Si tu as souffert par ma faute, je te demande pardon.
"Nature Boy"
...
Alexandre Farel est reconnu coupable, mais il est remis en liberté.
Il est condamné à cinq ans de prison avec sursis.
S'il récidive, il exécutera sa peine en détention.
...
Musique sombre
...
Sous-titrage : ECLAIR V&A
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.