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Didier ! Juliette...
Ah ! J'arrive.
Bon. Vous remettez juste la fin.
D'accord.
- Pardon. - Mais de quoi ?
Pardon d'être en retard.
J'ai eu une explication avec Évelyne Bordes.
- T'as des cigarettes ? - Non. Avec qui ?
Une fille du bureau.
- Elle veut m'offrir son amitié. - C'est gentil.
Mais j'en ai rien à foutre de son amitié !
Ça fait chier. J'ai rien à lui dire.
Quelqu'un qui t'offre son amitié est forcément une folle.
- C'est peut-être sexuel. - Quoi ?
C'est peut-être sexuel.
- Quand elle m'offrait son amitié, je voyais ses dents. - Ses dents ?
Des laides qui se chevauchent.
Et vertes. Sans doute le tartre.
Elle m'offre son amitié, et elle voit pas ses dents vertes.
- Et aussi je suis virée. - Ah bon ! C'est ça.
"C'est ça", quoi ?
C'est pour ça que t'es énervée. Pourquoi ils te virent ?
J'ai pas l'esprit d'équipe. Je suis pas assez amicale.
Ah bon ! C'est ça.
C'est tout ce que ça te fait ?
Dans un mois, j'ai plus rien.
On trouvera quelque chose. N'aie pas d'inquiétudes.
Tu verras.
Putain, encore lui ! Regarde ce type.
Il me poursuit.
- Il te poursuit ? - Oui. Je le croise tout le temps dans le quartier.
Presque tous les jours depuis trois semaines.
- Tu as vu sa veste ? - Pas mal, ouais.
- J'ai l'air d'une loque. - Mais non. Tu es très bien.
Si. J'ai l'air d'une loque.
Tu es très intelligent. Un mec habillé comme ça est un con.
Si je pouvais m'arracher la gueule.
Et si tu pouvais arrêter d'y penser.
On va voir un film, là. On va pas au bal.
- C'est le film serbe, c'est ça ? - Bosniaque.
Je croyais que c'était une merde.
Propagande fasciste. C'est ça ?
- Justement, je veux vérifier. - "Vérifier" quoi ? Que tu as eu raison ?
De toute façon, t'as eu tort. On n'écrit pas sans avoir vu.
L'urgence m'ôtait le choix.
On a toujours le choix. Pourquoi tu t'arrêtes, là ?
Tu m'as demandé des cigarettes.
Bonjour. Je voudrais des gauloises blondes extra-light.
Des quoi ?
Des gauloises blondes superlight.
Enfin, des gauloises blondes superlégères.
Tu fais une drôle de tête.
Ils étaient bizarres, dans ce café.
Je ne sais pas, ils me regardaient salement.
Était-ce contre moi ? J'ai l'impression que oui.
J'avais l'impression qu'ils se connaissaient.
Les patrons, les clients, tout le monde.
Il y avait une sorte de connivence entre eux, tu vois ?
- Tu veux dire un café de voyous. - Ou des types d'extrême droite.
Un café de voyous dans ce quartier, c'est peu crédible. Encore que...
Peut-être des Serbes.
Arrête ! Et puis surtout, ils étaient prêts à m'insulter.
J'ai senti qu'ils étaient prêts à m'insulter,
attendant un prétexte pour me lancer des injures.
D'ailleurs, dès qu'on m'insulte, je n'ai plus aucune contenance.
Ça me désarçonne. J'ai l'air d'un con parfait.
Je vais descendre là.
- Arrête-toi là. - Non.
- Arrête-toi là ! - Mais pourquoi ?
Là. Voilà.
Juliette !
Bon. Qu'est-ce qu'il y a ?
Fais un voeu.
- On n'est pas obligés de voir ce film. - Fais un voeu, je te dis.
- OK. - C'est fait ?
- Oui. - Tape-toi une joue.
Raté.
Regarde ce type.
- Tu le trouves pas beau ? - Pas du tout.
Je vais voir s'il veut qu'on fasse l'amour.
S'il a des préservatifs, je pars avec lui.
T'es sérieuse ?
Non. Évidemment.
J'ai cru.
Tu me dégoûtes, Didier.
Monsieur !
Monsieur, excusez-moi. Est-ce que...
Est-ce que vous...
Vous avez des cigarettes ?
- Non. Je suis désolé. - Ah bon ?
Mais vous... vous fumez ?
Non. Je fume pas. J'ai pas de cigarettes.
- Excusez-moi. - Je vous en prie.
Au revoir.
- On ne se connaît pas ? - Non.
Vous êtes une amie de Muriel ?
- Muriel qui ? - Je ne connais pas son nom.
On n'a pas dîné ensemble il y a peu à l'Industrie ?
- À quoi ? - Le café de l'Industrie.
Si. Un restaurant qui fait bar, vers Bastille.
Non. Je suis jamais allée là.
Alors c'est quelqu'un qui vous ressemble beaucoup.
Vous allez jamais à l'Opéra ?
À l'Opéra Bastille, non. Jamais.
C'est dommage.
Vous y allez souvent ?
À l'opéra ? Non. Quand il y a des concerts.
- Au revoir. - Arrête ! Mais si... on se connaît.
On a eu une conversation hyper cool sur la télévision.
Je suis réalisateur de télévision.
Tu m'as dit que j'étais hyper cool pour un réalisateur télé.
Ça m'étonne, j'ai horreur des mecs hyper cool,
de conversations cool et de ce qui est cool en général,
et des réalisateurs de télévision en particulier.
Ça me fait un peu sourire.
Souris, connard !
Ça va pas, non ?
Mais attends, je t'ai rien demandé, moi !
C'est toi qui es venue me chercher, tu m'insultes pas.
C'est toi, la connasse.
Connasse !
Vous vous êtes dit quoi ?
On a pris rendez-vous.
Non, c'est pas vrai. J'ai tout entendu.
Tu lui as demandé des cigarettes, et lui, si tu allais à l'Opéra.
Alors, si tu sais, pourquoi tu me poses la question ?
Car en partant il t'a traitée de "connasse".
- C'est un réalisateur de télévision. - Ah bon ?
Tu l'as entendu me traiter de connasse et tu n'as pas couru pour lui casser la gueule ?
Je casse pas la gueule aux gens. Je ne sais pas faire ça.
T'es content de toi, hein ?
- Pas du tout. - Si. T'es content. T'es beaucoup trop content.
T'es complètement folle. Tu me fais chier, toi.
C'est ça, tire-toi !
- Laisse-moi ! - Allez, viens ! Je te laisse pas.
Laisse-moi je te dis !
C'est rien, ça va passer. Mais maintenant je suis sérieuse, tu me laisses.
Tu me laisses, Didier.
Bonjour.
- Ça va ? - Oui. Je suis désolé.
Mais c'est normal, tu m'as appelé.
Ça va ?
Comme ça. Et toi, ça va, Juliette ?
Moyen. On s'est engueulés.
Je sais même pas où elle est passée.
Sans doute chez sa mère.
Sa mère est folle. Elle va craquer, là-bas.
Bon. Elle est partie, elle est partie...
Bon. Qu'est-ce que tu voulais me demander ?
Euh... je vais te dire.
Qu'est-ce que j'ai fait de cette revue ? Je l'avais posée.
Dis donc, t'aurais pas un boulot pour elle ?
- Pour qui ? - Pour Juliette.
- Elle faisait quoi ? - Sous-bibliothécaire.
Elle peut être sous n'importe quoi.
Écoute, je verrai. Ah, voilà !
Tu devrais lire. Il y a un article de Jérôme Sauveur. Ça te ressemble un peu.
Oh là là ! Jérôme Sauveur...
Il y a un nombre de nouveautés, dans les librairies...
Bonjour.
Jérôme... Tiens, voilà.
Ce type écrit trop bien. Ça me dégoûte.
- C'est quoi, ton service ? - Quoi ?
T'as un service à me demander ?
Tu connais mon oncle Ariel ? Tu l'as eu comme prof à la fac.
Lui seul peut m'obtenir une bourse de la fondation.
Je perds mon temps ici, je finirai jamais ma thèse.
Tu peux lui dire deux mots. Moi, il me méprise. Il t'écoutera.
Mais attends, tu me surestimes. Je l'ai eu comme prof,
mais d'abord, j'étais pas le seul.
- Il te connaît. Il a de l'estime pour ce que tu écris. Même sur le film serbe. - Bosniaque.
- Tu l'as vu, finalement ? - Non, non, je ne l'ai pas vu.
Il a très envie de te connaître. Il me l'a déjà dit plusieurs fois.
Ça lui ferait un immense plaisir. Sois sympa, fais-le pour moi.
Oui. Mais comment je fais ? J'appelle, je dis : "Je suis Didier Temple."
- J'appelle de la part..." - Mais non ! Il fait un dîner mardi.
Je n'y serai pas, mais je te fais inviter.
Et tu verras, il va t'adorer.
Tu me trouves un job pour Juliette ?
Pour Juliette je 'en occupe, je vais voir ce que je peux faire.
- Sérieusement ? - Oui. Je te faxerai le plan, et l'invitation.
C'est comme si c'était fait.
Bon. Bien, d'accord. Je t'embrasse.
- Bon après-midi. - Toi aussi.
- Ah ! Salut. - Salut, Arthur.
- Je dois prendre ma veste marron. - Les parents sont là.
Merde !
- Qui est-ce, Arthur ? - C'est Didier, maman.
Ah ! Tout de même.
Quoi, "tout de même"?
Je me demandais si j'allais te revoir un jour.
Tu viens voir ton frère,
mais nous, c'est comme si on n'existait plus.
Quoi ? qu'est-ce qu'on t'a fait ? C'est si terrible, pour toi,
de venir nous voir de temps en temps ?
Tu peux pas être un peu moins prévisible, maman ?
Je suis "prévisible"...
Je savais que tu dirais ça mot pour mot.
Ne parle pas comme ça à ta mère.
Écoute, je parle à Didier.
- Écoute... - Attends maman, il a raison.
Je ne viens pas, car je travaille énormément.
Mais je ne pense rien de tout ça.
"Tout ça" quoi ?
On ne sait pas ce que tu penses, tu ne ds jamais rien.
On est très contents que tu aies beaucoup de travail. C'est bien.
- Et Juliette, ça va ? - Ça va, ça va.
Vous vous êtes engueulés ?
Je l'ai pas vue depuis trois jours.
- Tu lis quoi ? - Au-delà du miroir. C'est Jérôme Sauveur.
"Jérôme Sauveur"?
- Tu l'as lu ? - Non.
Tu devrais.
- Pourquoi je devrais ? - C'est hyper bien !
"Le regard d'or du début n'est plus nôtre."
"Nous devons maintenant assumer
la sombre patience de la fin."
Oh, putain ! Il écrit bien. Ça me déprime.
- Bon. Je reprends ma veste. - Elle est là.
- C'est pour quoi ? - Je suis invité à un dîner...
à une fête... je sais pas exactement
et j'ai pas envie d'avoir l'air d'une loque.
- Ça te fait sourire ? - Mais non !
Qu'est-ce que j'ai, maman ?
Pourquoi tu me regardes comme ça ?
Mais je peux bien te regarder.
C'est pas lui.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Didier Temple. - Ariane Morgenstern. Vous venez pour...
Pour le dîner.
- Il y a bien un dîner ce soir ? - En principe. Vous êtes invité ?
- Oui. - On sera treize. Entrez.
Dites, vous avez pas l'air d'être au courant.
Non. Ça n'a aucune importance.
Je vous débarrasse.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Désolée, c'est pas ton chéri.
Violaine Rachat. M. Temple.
Didier. Bonsoir.
Ça vous ennuie d'attendre au salon ?
- Pas du tout. - Je suis à la cuisine.
- Vous voulez un coup de main ? - Merci. On m'aide déjà.
Pardon. M. Chatwick-West est bien là ?
Oui, oui. Il est occupé. Il sera là bientôt.
Merci.
Vous voulez un verre ?
Euh... non, merci. Non, merci.
Je vais rentrer là. Je vais attendre.
Bon. Moi, je vais... À tout à l'heure.
Ah ! Enfin.
Bien quoi ? Je suis à l'heure, non ? Je suis pas à l'heure.
- Presque à l'heure. - Oui, presque.
Tu sais bien que je ne supporte pas l'attente. Ça me rend folle.
- Tu faisais quoi ? - Je faisais de la grammaire avec la petite.
- Je suis contente que tu sois là. - Bonsoir.
Je crois qu'on s'est déjà vus, non ?
Didier Temple. Jérôme Sauveur.
Ça va pas ?
Vous pouvez m'indiquer la salle de bains, s'il vous plaît ?
Oui. En haut des escaliers. La première porte à droite.
Merci beaucoup.
Hé ! Réveillez-vous. Réveillez-vous !
Qu'est-ce que j'ai, mon Dieu ? Mais qu'est-ce que j'ai ?
- Ça va ? - Je sais pas.
Mais qu'est-ce que... Qu'est-ce qui s'est passé ?
J'ai cru que vous étiez mort.
Que vous est-il arrivé ? Vous vous êtes fait mal ?
Non. Je me suis cogné contre la poutre, là.
Je me suis mis sur le rebord, et après, plus rien.
Un malaise vagal. Vous en avez déjà eu ?
Jamais. "Un malaise vagal"? Vous êtes sûre ?
Je suis médecin. Ça peut arriver après un choc violent.
Vous avez eu de la chance de pas tomber sur le carrelage.
Ça fait combien de temps que je suis là ?
Un petit moment.
Le dîner a eu lieu, je veux dire ?
Non. Mais tout le monde est à table.
C'est pas vrai !
Je vais les prévenir.
- Ils vont me regarder comme une bête curieuse. - Non. On vous avait oublié.
- Ça va mieux ? - Oui, ça va.
- Pas de vertiges ? - Non. Merci.
- Passez-vous de l'eau sur la figure. - Oui.
- Je vais leur dire de vous attendre. - Merci infiniment.
- À tout de suite. - Oui, oui. À tout de suite.
La salle à manger est en bas, au bout du couloir.
Merci beaucoup.
Pourtant il y a beaucoup de choses que je peux supporter.
Tenez, je peux même lire les lignes
que Kundera se croit obligé de consacrer à Janacek.
Et pourtant, Dieu sait ce que ça peut être rasant !
Ah ! Bonsoir.
- Bonsoir ! - Bonsoir.
Vous vous sentez mieux ?
- Oui. Je vous remercie. - Tant mieux.
Tant mieux ! Prenez place.
Merci. Bon appétit.
- Pardon ? - Bon appétit.
Excusez-moi... excusez-moi de vous demander ça.
J'étais bien invité chez vous, ce soir ?
Je veux dire... je me suis pas trompé ?
C'est pas le cas ?
Je suis absolument... je suis horriblement confus.
Je suis confus parce que votre neveu m'a affirmé...
Martin ? Non. C'est étrange.
Étrange...
ce garçon est très étrange.
C'est une situation totalement absurde.
Je vais vous laisser. Et je vais le rappeler.
Je vous demande pardon.
Soyez simple.
Restez, asseyez-vous et servez-vous.
Owen, vous servez ce jeune homme, s'il vous plaît.
Asseyez-vous !
Voilà.
Vous parliez des Testaments trahis, c'est ça ?
Comment ?
Ah ! Kundera. Les Testaments trahis.
Non. Pas seulement. Il met Janacek partout,
dès qu'il le peut.
Même dans son premier roman, je crois...
- La Plaisanterie. - Vous connaissez tout ça très bien.
Je ne suis pas surpris.
Je suis d'accord avec vous sur Janacek, Mais les...
les pages consacrées dans Les Testaments à Kafka ou à Hemingway,
je trouve ça très juste.
Vous trouvez pas ça juste ?
Sur cette nouvelle d'Hemingway ?
- Collines comme des éléphants blancs. - Oui. Collines comme des éléphants blancs.
Oh ! La tartine sur l'ambiguïté...
la polysémie du texte, non.
Écoutez c'est vraiment très scolaire, ça !
- "Scolaire". - Mais c'est très scolaire !
Moi, je trouve au contraire que ce texte est à la fois limpide et offensif.
Ah ! Peut-être... Je donnais seulement un exemple.
En fait, nous ne parlions absolument pas de Kundera.
Nous parlions de vous.
De moi ?
De vous. Oui. Ça vous étonne, hein ?
Non. Non, je veux dire, dans ces circonstances, là... non.
Oh là là ! Il rougit. Il rougit !
C'est charmant !
J'ignorais que vous étiez timide, après avoir lu vos écrits...
Vous y montrez une telle assurance.
L'assurance des timides.
Hein ? Oui. Bon. Peut-être, peut-être... L'assurance des timides, hein...
Vous avez lu ses textes, Sauveur ?
Quelques-uns. Oui.
Brillant, n'est-ce pas ?
Oui. Très.
Je ne cherche pas à être "brillant".
Vous êtes brillant, vous êtes brillant.
Et pour vous contredire complètement, j'ajoute que vous cherchez à l'être,
et que vous croyez l'être.
- Vous voulez dire qu'il sait qu'il l'est ? - Il sait, il sait...
Ça, tant que vous voulez.
J'ai aimé certains de vos écrits.
Ah oui ! Mon neveu a dû vous le dire.
Je me considère dupé.
Bon. Ariel !
Bien quoi ? Taisez-vous !
Taisez-vous, j'ai quelque chose à dire. Écoutez-moi !
Votre petit style cache une âme fausse, un vide profond.
Quand j'ai su que vous n'aviez pas hésiter à attaquer une oeuvre
que vous n'avez même pas vue...
Je parle de ce film bosniaque.
Non, serbe. Enfin, vous savez tous ici de quoi je parle.
Quand j'ai appris ça, j'ai été horrifié. J'ai pas voulu le croire.
La suite, vos dénégations alambiquées
dans des publications complaisantes,
m'a ouvert l'esprit.
L'écaille m'est tombée des yeux. J'ai compris.
Plutôt, j'ai vu avec les yeux de l'esprit, comme maintenant je vois...
avec mes yeux de chair,
Petit voyou des lettres que vous êtes,
le typique exemplaire français de l'arrogance intellectuelle,
et du vide du coeur.
Je ne comprends pas comment mon neveu,
qui nourrit pour vous une niaise
admiration, mêlée d'un peu de rancoeur,
a pu imaginer que j'allais vous recevoir chez moi de bon coeur.
Vous vous taisez. Vous n'avez rien à dire.
Non.
Vous ne vous défendez pas, ne vous insurgez pas.
Je vous souhaite une bonne soirée.
Vous resterez un éternel affamé.
Un critique !
Sans élan et sans force, comme ça...
Merde ! Mon imper.
- Là ! Elle est là. - Quoi ?
L'araignée. Écrasez-la, s'il vous plaît.
Mais quoi ?
Elle est énorme ! Elle est là, sous le meuble. Elle est horrible.
Quoi, "horrible"?
Je ne pourrai pas dormir. parce qu'une fois j'en ai trouvé une sur l'oreiller.
Elles sont attirées par les cheveux, par la chaleur des cheveux.
Je cherche le vestiaire.
Je suis désolé, je cherche le vestiaire. Une pièce qui sert de vestiaire.
Une penderie.
Je dois retrouver mes clés de la voiture dans mon imper.
Vous allez le retrouver. Tout se retrouve.
Vous voulez pas regarder encore ?
Ça va, votre histoire d'araignée ! C'est quoi ?
Je vois rien. Je veux juste sortir d'ici.
Avez-vous vu quelqu'un avec des vêtements ?
Non.
Il m'interdit de me montrer.
Il a honte de moi. Il me cache.
Chatw...?
Lord "West-West", ce grand cinglé.
Qu'est-ce que vous êtes, pour lui ?
C'est mon beau-père.
Je l'appelle mon beau-père. Il ne l'est pas vraiment.
Je dois passer le week-end chez lui,
sinon ma mère n'a plus de fric.
Je dois me faire chier à écouter ses sermons et ses leçons de morale.
Et avec ça, elle suce la bite de tout ce qui passe.
Pardon. Je vous choque ?
Non, non. Au contraire.
Vous avez l'air triste.
Je suis malade.
C'est grave ?
C'est dans l'âme, il paraît.
J'ai cru autre chose. Ça, c'est rien.
Vous avez mal ?
Je crois que je saigne.
Montrez.
Ah oui ! Vous vous êtes fendu la peau du crâne.
Il y a un peu de sang séché.
Ça va, ça va. Vous savez pas où il y a une penderie, ici ?
Venez.
Ah ! Bien, voilà. Merci beaucoup.
Merci infiniment.
Oh ! Qu'est-ce que vous faites ? Rallumez. Rallumez !
- Ouvrez ! S'il vous plaît. - Mot de passe.
Mais non ! Il n'y a pas de mot de passe.
Rallumez et ouvrez.
S'il vous plaît. Rallumez !
- Rallumez ! Ouvrez ! - Mot de passe.
Mais arrêtez !
Mot de passe.
Allez, arrêtez !
- Pourquoi vous faites ça ? - Pamplemousse.
Quoi pamplemousse ?
Le mot de passe est "pamplemousse".
Vous avez pas beaucoup de considération pour moi. Dommage.
Bonne nuit.
Je crois qu'ils viennent.
- Je veux pas les voir. - Et votre imper ?
- J'ai le temps ? - Oui. Dépêchez-vous.
Allez !
Super !
Vous avez tué le monstre.
Vous êtes mon chevalier.
Aurélie. Qu'est-ce que tu fabriques ?
Rien de mal, sire My Lord, je me défends.
Il y a des bêtes partout dans cette baraque de merde.
Couche-toi !
Il raccompagne quelqu'un.
Enlevez-la, ça me dégoûte.
Pourquoi "pamplemousse"?
Quoi ?
Le mot de passe. Pourquoi "pamplemousse"?
C'était un jeu au collège entre copines. Pour draguer les garçons.
Comment ça ?
Comme ça.
Je suis une mauvaise fille.
Ah bon ?
J'ai des mauvaises pensées.
Ah bon !
Fermez les yeux.
- Pourquoi ? - C'est un autre truc.
Fermez les yeux. C'est pas long. Je vous dirai de les rouvrir.
Ouvrez.
Ça va pas, connard, d'entrer comme ça ?
Tais-toi.
Sortez.
D'accord.
Pardon. Excusez-moi.
Pardon.
Didier, c'est Martin. Écoute...
Il ne vaut mieux pas que tu tiennes compte du fax que je t'ai envoyé.
J'ai pas pu joindre mon oncle.
Je suis assez emmerdé... Enfin, je pense pas que ça marche.
Le mieux, le mieux... Il faudrait que tu... Ou rappelle-moi...
Didier, c'est Juliette. Tu décroches ?
Il faut que je te parle. Il est arrivé quelque chose.
Bon. Je rappellerai.
Didier, c'est Juliette. Tu décroches ?
Il faut que je te parle. Il est arrivé quelque chose.
Qu'est-ce que c'est ?
Mme Sauvage ? Je suis désolé de vous réveiller à cette heure-ci.
C'est Didier. Il faut que je parle à Juliette. C'est très important.
"Juliette"? Mais elle n'est pas chez vous ?
Elle n'est pas chez vous ?
Pourquoi elle serait chez moi ?
Je peux monter une seconde ?
Je suis confus. Vous ne savez pas où je peux la trouver ?
C'est très important, je suis très inquiet.
Vous êtes "très inquiet"?
Pourquoi êtes-vous très inquiet ?
Elle a fait quelque chose de mal ?
Pardon. Je suis très inquiet, parce que...
Je suis très inquiet, parce que je l'aime.
Je l'aime terriblement.
Ah bon ? "Terriblement."
Écoutez, moi qui connais bien l'amour
et qui ai l'expérience des choses terribles,
permettez-moi de vous dire que vous ne lui avez pas beaucoup prouvé
jusqu'à présent ce terrible amour.
D'accord. Mais ça va changer.
Il faut que je la voie, sinon ça va être une nuit épouvantable.
Ah bon ? "Épouvantable".
Vous me faites rire.
Vous ne savez rien de l'épouvante.
Soyez modeste. Dites que vous allez passer une mauvaise nuit.
D'accord, je vais passer une très sale nuit.
Je peux la passer chez vous ?
Chez moi ?
Oui. Dans sa chambre, si elle venait.
Elle viendra pas.
Seul un fou comme vous peut venir si tard. Et ma fille n'est pas folle.
Allez ! Allez !
Ça ne vous fera pas de mal d'en baver un petit peu.
Ça ne sera jamais qu'un petit peu.
Les grandes souffrances, c'est pas pour vous.
Didier ! Téléphone pour toi.
- Allô ? - C'est moi.
Tout de même.
Quoi tout de même ?
J'ai laissé 20 messages sur mon répondeur.
J'ai passé une nuit atroce, une nuit abominable.
T'aurais pu te manifester plus tôt.
J'étais pas seule.
- Bien sûr. - Quoi, "bien sûr"?
Je m'en doute, que tu n'étais pas seule.
Toi, la nuit, c'était bien ?
C'était mieux que bien.
On peut se voir tout de suite ?
- Et ton travail ? - Je m'en fous. On peut se voir ?
- Je suis loin, là. - Je te rejoins.
- Non. Je suis dans la rue. - Quand, alors ? Où ?
- À 6 heures. - Pas avant ?
Non. 6 heures au Cluny.
- C'est qui ? - "C'est qui" qui ?
Fais pas semblant. Je le connais ?
Non.
Je l'ai déjà vu ?
Oui.
C'est qui ?
Je vais raccrocher, je n'ai plus de pièces.
Six heures au Cluny.
T'es folle de me faire ça, toi. T'es folle !
C'est pas contre toi.
Je te parle pas de ça, mais de l'heure. On avait dit 6 h.
Bon. Laisse tomber.
- C'est quoi, cette tenue ? - Qu'est ce que j'ai ?
Depuis quand tu portes des robes comme ça ?
C'est une robe à moi.
Tu prends quoi ?
De l'eau fraîche, ça ira. Ou rien.
Alors ?
Alors quoi ? Tu veux savoir qui c'est ?
J'ai pas envie de deviner. Tu m'as déjà dit que je l'ai vu. Je l'ai déjà vu. C'est Sauveur, hein ?
Jérôme Sauveur.
Qui ça ?
Mais non. Il s'appelle Alain.
C'est le garçon que j'ai abordé dans le parque quand on s'est disputés.
Tu te fous de ma gueule, hein ?
Non. Pourquoi ?
Ce type, d'une vulgarité répugnante ?
Réalisateur de télé ?
Ce type qui t'a insultée ?
Qui t'a traitée de connasse ?
Connasse ! Il n'y a pas d'injure plus dégradant.
Autant pour qui le dit, que pour qui le reçoit.
- Comme tu parles bien, mon chéri ! - Ne m'appelle pas mon chéri.
Et puis ne te fous pas trop de ma gueule !
Comment tu l'as retrouvé ?
Quand je suis sortie du jardin, il était là. Il me cherchait, il voulait s'excuser.
Il n'en revenait pas de m'avoir parlé comme ça.
Moi je voulais rentrer et aller chez ma mère.
En fait, il avait l'air tellement triste, j'étais avec lui dans un café.
Et voilà ?
On peut en rester là, si tu veux.
Quand même ! Quand même, un réalisateur de télé !
Comment tu peux ?
T'as que des clichés dans la tête.
C'est un très bon documentariste.
Il est allé dans plein de pays.
L'année dernière il est resté plusieurs mois au Bangladesh, il a ramené un film magnifique.
Tu l'as vu ce film ?
Moi, si je dis qu'un truc est superbe, c'est que je l'ai vu.
Il me l'a montré.
Déjà !
Il a fait des photos, aussi. Très belles !
Il veut faire une expo.
Pas pour lui. Pour faire exister ce pays, pour le faire surgir.
- "Le faire surgir"? - Oui.
Je vais hurler.
Je te jure, je vais me mettre à hurler.
T'es amoureuse de lui ? Tu l'aimes ?
Non. Je crois pas.
Je crois que c'est toi que j'aime.
- Vous allez vous revoir ? - Oui.
Il fait bien l'amour ?
Je sais pas s'il fait bien l'amour, mais j'adore le faire avec lui.
Pourquoi ?
Tu veux savoir ?
Oui.
D'abord, il m'encule, et toi, tu m'enculais jamais.
Mais moi, je savais pas que tu...
que tu aimais...
que tu aimais être enculée.
Moi non plus.
Juste un truc m'a terrifiée. En jouissant, il tire la langue.
"Il tire la langue"?
Oui. Mais en fait, je trouve ça mignon, maintenant. Tu vois ?
Maintenant je trouve ça mignon en fait.
Tu vois ? Il m'a d'abord baisée longtemps, bien,
plutôt consciencieusement.
Et quand j'ai joui,
il s'est retiré et m'a mis la queue entre les fesses.
- OK, OK. Ça va. - Attends, attends. Mais j'avais très peur.
J'avais le coeur qui battait très fort. Je me suis rétractée.
Du coup il a commencé à enlever sa queue de mon cul,
et ça, ça m'a rendue complètement folle.
Je me suis mise à hurler.
Du coup, il me l'a mise à fond. C'était énorme !
Tu peux pas savoir comme c'était bon.
Évidemment, tu peux pas savoir.
J'étais dilatée, épanouie.
J'avais juste un peu peur de pas m'être bien lavé le cul.
D'ailleurs, j'avais raison parce que
sur le drap, ça faisait comme du café au lait.
La honte totale !
Attends. Ce que tu es en train de me dire, c'est que,
en gros, vous l'avez fait sans préservatif.
Il a fait le test. Il est négatif.
Comment tu sais ? Comment tu sais qu'il est négatif ?
Écoute...
Parce que. Il sort d'une rupture. Il a énormément souffert.
Il a pas fait l'amour depuis deux mois.
Comment tu le sais ? T'as la preuve ?
Je te dis qu'il a atrocement souffert. Abominablement.
Il a même cru qu'il resterait impuissant.
Oui. Un type sensible, délicat et... qui t'encule.
Et qu'est-ce que c'est, deux mois ?
Écoute, j'ai pas envie de parler de ça. Voilà ! C'est fait, c'est fait et refait !
- Et ça va continuer ? - Oui.
Moi, je comprends pas, là.
Je comprends pas, je comprends pas. Tu dis que tu m'aimes.
Je t'aime. Ça n'a rien à voir.
Merde ! Je suis super en retard.
Tu plaisantes là ?
Tu viens à peine d'arriver.
T'as pas rendez-vous avec lui quand même ?
Ne sois pas prévisible comme ça, banal.
Je suis "prévisible"?
C'est pas de ta faute. il faut vraiment que j'y aille.
Il y a une projection de son dernier film tourné en Islande.
Magnifique !
- On se revoit quand ? - Je sais pas.
Tu sais pas ?
Bien, mais rends-moi mes clés.
Rends-moi mes clés.
Encore une chose.
Il s'appelle comment ?
Je t'ai dit. Alain.
Alain comment ?
Alain de Xantras. Allez, salut.
- Bonsoir, monsieur. - Bonsoir.
Juliette !
Semblable à la nature. Semblable à la nature.
Ah, mon pauvre chéri, mais...!
Mais... tu es défiguré !
Mais non, maman. je suis pas défiguré, c'est juste un hématome.
On va pouvoir te l'enlever ?
Ça ne s'enlève pas, ça se résorbe.
On va pouvoir te le résorber ?
Bon. Laisse tomber.
Tu m'apportes quoi ?
- Je t'avais dit, pas de nougat. - Ce sont des cantuccini.
C'est pareil, maman. Je peux pas mâcher.
- Tu n'as plus de dents ? - Si. Mais elles vont bientôt toutes tomber.
Après, ce sera le tour du nez, des yeux et des oreilles.
Mais non, maman. J'ai absolument rien. Juste deux côtes fêlées.
Même pas cassées, fêlées.
Alors, pourquoi ils te gardent ?
Parce que je suis en observation pour le traumatisme crânien.
Ne t'inquiète pas. Il ne m'est jamais rien arrivé, il ne m'arrivera jamais rien.
Mon Dieu, je l'espère.
Juliette est venue te voir ?
Juliette ? Non. Tu l'as vue ?
Non. Mais elle m'a téléphoné. Elle voulait savoir où tu étais.
Et elle t'a dit pourquoi ?
Elle voulait reprendre des affaires chez toi.
Il paraît qu'elle n'a plus les clés.
Mais tu lui as dit que j'étais accidenté à l'hôpital ?
- J'ai eu tort ? - Non. Tu as dit quoi, exactement ?
Ah ! Je lui ai dit que c'était pas grave.
Comment, "pas grave"? Comment, "pas grave"?
On me fait des examens.
J'ai peut-être des trucs internes.
Comment tu savais que ça n'était "pas grave"?
C'est dégelas, c'est ignoble d'avoir dit ça.
Mais c'est toi-même qui le dis.
C'est moi ! Maintenant !
Maintenant, je dis que ça n'est pas grave.
Qu'en savais-tu quand elle t'a téléphoné ?
Pourquoi tu as dit que c'était pas grave ?
Pourquoi tu as dit que c'était pas grave ?
Allez, remballe tes saloperies. J'aime pas le sucre.
Tu ne le sais pas depuis 40 ans ?
Qu'y a-t-il ? On vous entend du couloir.
Excusez-moi. Mais là, je viens d'entrer.
Je vais vous laisser dormir. D'accord ?
Non, non. Vous avez bien fait de me réveiller.
Je vous demande pardon. Je suis un petit peu...
Vous êtes surpris de me voir. C'est normal.
Mais je reste pas.
J'ai cherché partout à vous joindre. On m'a dit que vous étiez ici.
Ça va ? Vous êtes pas trop...
Non. C'est rien, c'est rien.
Je tenais absolument à vous dire,
je ne suis pas d'accord avec ce qui s'est passé l'autre jour.
Voilà ! Je l'ai dit à Ariel juste après votre départ,
et moi-même, je suis pas resté.
Ah oui ? Pourquoi ?
J'ai horreur de ce genre d'exécutions.
Mais Ariel est coutumier du fait, alors...
Mais à mon avis, il y a une raison sous-jacente qui n'a rien à voir avec votre malheureux article.
- "Mon malheureux article"? - Sur le film serbe.
Enfin, il est malheureux, certainement, dans tous les sens du mot, non ?
Je commence à le savoir.
Vous me trouvez un peu lourd ?
- Non. - Si. Je suis un peu lourd.
En fait, j'ai passé une nuit abominable.
Vous êtes là et c'est moi qui me plains.
Écoutez, j'y vais. Ah ! Sinon, j'ai...
J'ai apporté un tiré à part de mon dernier texte.
Mais dites-moi vraiment si ça vous intéresse.
Bien sûr que ça m'intéresse.
Faites-moi une dédicace.
Bon. Oui. D'accord. Très bien.
Ça me touche beaucoup que vous soyez là.
- Je vous laisse ma carte. - Merci beaucoup.
Je suis vraiment touché.
Vous avez une belle veste. C'est de la soie ?
Non. C'est de la laine froide.
Je l'ai trouvée à New York. Paul Smith.
Les chaussures aussi, d'ailleurs.
Ce sont des Alden ? Merci.
Les chaussures ? Oui. Absolument.
C'est à vous ?
Ah, non, j'oubliais, c'est pour vous. C'est Ariane qui me l'a donné.
Ariane Morgenstern. Vous voyez ?
Oui, oui. Je vois.
Excusez-moi. Je suis désolé.
Oui ?
Non, non. Impossible. Impossible.
Pas avant samedi. Écoute...
Écoute, écoute... je suis pas chez moi. Je ne suis pas seul.
Non. Je te dis non ! Oui !
Il faut que j'y aille.
Vous savez vous y prendre, non ?
- Avec quoi ? - Avec les femmes ?
Moi, je sais ni quitter, ni retenir.
Soit elles s'accrochent, et c'est l'enfer, ou elles fuient... et c'est l'enfer.
D'ailleurs là, c'est doublement l'enfer.
La vue est belle. Vous avez du pot, quand même.
Pourtant, j'étais heureux à Thônes.
- Vous connaissez Thônes ? - Non.
C'est près du mont Blanc. À 20 bornes de La Clusaz, un peu plus bas.
Un paysage sublime. Sublime, c'est le mot.
Que faisiez-vous là-bas, pour être heureux comme ça ?
J'étais en fuite.
"En fuite"?
C'était l'horreur, mais c'était fabuleux. C'était divin.
On se voit quand vous serez rétabli ?
Allô ? C'est Didier Temple.
Qui ça ?
Aurélie Coquille ?
Oui. Qui êtes-vous ?
Vous m'avez fait passer votre numéro par Ariane. Didier Temple.
Ah oui !
Allô ?
Oui ?
Ça vous étonne que je vous appelle ?
Non. Je sais pas.
Vous voulez qu'on se voie ?
Je sais pas.
Vous voulez que je raccroche ?
Je sais pas.
Allô ?
Oui.
Pamplemousse.
D'accord.
On se voit où ?
Où vous voulez.
Je sais pas.
Chez moi, si vous voulez.
Je vous montrerai mon Félicien Rops.
Vous avez un Félicien Rops ?
Oui.
Bonjour. Entrez.
Installez-vous. Où vous voulez.
C'est... c'est chez vous ?
C'est chez moi sans être chez moi.
C'est chez ma mère.
Enfin, ce n'est pas vraiment chez elle non plus.
Vous faites quoi dans l'existence ? Des études ?
Je vends des choses.
Ah bon ! Vous vendez quoi ?
Des choses.
Vous êtes un peu jeune pour vendre des choses.
Il n'y a pas d'âge.
Vous ne me montrez pas votre Félicien Rops ?
Tout à l'heure.
Je vous dérange, non ? J'ai l'impression que je vous dérange.
Non. Vous ne pouvez pas me déranger.
Vous voulez boire quelque chose ?
Oui. Je veux bien.
Quoi ?
N'importe. Ce que vous voulez.
Alcool ?
D'accord.
J'ai pas d'alcool.
Bien, ce que vous voulez.
De l'eau ?
D'accord.
Merci beaucoup.
Vous buvez rien ?
Non.
Je dois faire attention.
J'ai fait une TS il y a longtemps.
Je vous demande pardon. Une...
TS. Tentative de suicide.
Il y a longtemps, donc... On m'a sauvée, mais j'ai encore des séquelles.
Ah oui ! Quel genre de "séquelles"?
Coliques néphrétiques fréquentes.
C'est très douloureux, non ?
Oui. On souffre beaucoup.
Et cette TS, comme vous dites, c'était à cause de quoi ?
Si Je ne suis pas trop indiscret...
De rien.
"De rien", vraiment ?
De pas grand-chose.
"De pas grand-chose."
Pourquoi vous m'avez fait passer votre numéro de téléphone ?
J'ai des mauvaises pensées.
Vous me l'avez déjà dit.
Je ne vois pas bien ce que vous entendez par là.
J'ai une idée, mais je suis pas sûr que ça corresponde.
Vous pouvez faire de moi tout ce que vous voulez.
Ah ?
Ça correspond ?
Mais alors, pourquoi moi ?
Vous correspondez.
Montrez-moi votre Félicien Rops.
Par là.
C'est votre chambre ?
C'est ma chambre sans être ma chambre.
Vous êtes sûre que c'est un Félic...
Félicien Rops ?
J'en sais rien. C'est ce qu'on m'a dit.
Ne me regardez pas.
Vous ne restez pas ?
J'ai du travail.
Je sais que je ne vous plais pas.
Vous me plaisez beaucoup.
Sinon, dans la vie, vous avez quelqu'un ?
Non. À part ma mère.
Tiens, c'est elle.
- Bonjour. - M. Temple. Ma mère. Ana. Ana "Carmina Burana".
Ne m'appelle pas comme ça.
Tu as fait ce que je t'ai demandé ?
Non.
Bon. Bien, écoutez...
moi, je m'en allais.
- Au revoir. - Au revoir.
Je vous raccompagne.
C'est pas grave ?
Je suis à vous corps et âme.
Tu bois quelque chose ? Vodka ou whisky ?
Je suis désolé de vous déranger.
À l'improviste, je fais un pot pour fêter ma sortie d'hôpital. Ça vous dirait ?
Hélas, je suis en Haute-Savoie.
Bon. Ah ! Vous êtes à Tignes ?
- À Thônes. - Encore en fuite ?
Non. Travail et repos.
J'ai la chaîne des Aravis en face, un coucher de soleil magnifique.
Bon. Dites-moi, j'ai lu votre texte.
Je suis en désaccord total avec ce que vous dites
sur le virtuel, la vitesse, le complot, cela dit j'aime beaucoup.
Venez me voir. On en parlera.
Merci infiniment. Bonne soirée.
- Salut. - Où ils sont ?
Ils se garent. Ils arrivent. Mets-la au frais.
Comment elle est ?
Elle sort de chez le coiffeur, elle s'est sapée...
Tu bois quoi ?
Un verre de rouge, s'il te plaît.
- Bonjour. - Bonjour.
- C'est mon frère. - Salut !
Attention !
- Bonjour, maman. - Bonjour, mon chéri. Ça va ?
Bonjour.
Tiens. J'ai pensé à quelque chose.
Oh ! Il ne fallait pas. Voyons, comme c'est gentil !
- Je te débarrasse. - Merci.
Qu'est-ce que c'est ?
Bien, une broche, comme tu vois.
Ah ! Et c'est quoi, comme animal, ça ?
Ça, c'est une salamandre. Les yeux sont en citrine.
- C'est un lézard. - Oh ! C'est très joli.
Je la mettrai avec mon manteau gris.
Tu pourrais peut-être essayer sur ton tailleur, non ?
Excusez-moi.
Celle qu'on n'attendait pas. J'ai le droit d'entrer ?
Bonsoir.
Bonsoir.
- Bonjour. - Bonjour, Juliette.
Tu peux venir ?
T'as pas beaucoup de traces.
C'est résorbé.
- C'était un accident ? Pas... - Non, non.
- Ah oui, c'est vrai ! c'est pas le genre de la maison. - Non.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Je suis malheureuse.
Toi, je t'aime. L'autre, je n'ai rien à lui dire.
Je déteste son appart, sa bibliothèque.
Rien que des livres d'art à 800 balles.
Des Yves Trémois, l'Encyclopédia Universalis.
- Ça c'est monstrueux. - Mais oui, "c'est monstrueux."
- Ça c'est monstrueux. - Mais oui, "c'est monstrueux."
Mais tu tiens encore à moi ?
Bien oui. Je crois.
T'es content de me voir ?
Je crois, oui.
Non. Ne m'embrasse pas. J'ai été trop embrassée aujourd'hui.
Ne le prends pas mal. Tu comprends ?
Je comprends tout à fait.
Prends soin de toi.
Et où tu vas, là ? Tu restes pas ?
Non, je vais à l'Opéra. Nabucco. C'est naze, il paraît, mais...
Attends, tu plaisantes ou quoi ?
Ne me déteste pas. Je suis déchirée.
Mais elle reste pas ?
Elle reste pas ?
C'est con. Je voulais lui dire qu'on a un poste libre à partir...
- Allô. - Pamplemousse.
- Oui. - Vous avez du monde ?
Oui.
Je vérifiais le numéro pour savoir si vous vouliez vraiment me revoir.
- Bon, mais vous voyez. - Oui. Mais quand ?
Je vous embête ?
Non. C'est simplement pas le moment. Je vous rappelle. Au revoir.
Juliette ne reste pas ?
Ne fais pas semblant d'être désolée.
Arrête !
Toi, ne me dis pas "arrête" !
Ça va là ! Tu te la joues ?
Ta gueule, Arthur !
Non ! Vous n'allez pas commencer vous disputer.
Je ne veux pas de dispute.
Il a pas à me parler comme ça, maman.
- Mais c'est toi, c'est toi alors... - C'est moi quoi ?
Ne prends pas des airs.
C'est moi qui suis en plein cauchemar,
et puis vous en êtes la part la plus atroce.
Qui veut de la quiche ?
- Nous sommes "un cauchemar" pour toi ? - J'ai pas dit ça.
Qui veut de la quiche ?
Si. Tu viens de dire que ta vie était un cauchemar
et qu'on en était la part la plus atroce.
- Tu as bien dit "atroce" ? - On est là par ce que tu nous as invités.
Si c'est un "cauchemar" pour toi...
C'est pas ça, le cauchemar.
Ah ! Et c'est quoi ?
Le cauchemar c'est...
c'est le sourire figé que tu gardes sur la figure depuis que tu es rentré.
C'est un cauchemar de savoir que derrière ce sourire,
tu es dans un état de révolte totale, parce que
je t'ai offert cette malheureuse broche au lieu de te demander pardon.
Je peux te demander pardon
- pour ma mauvaiseté, la salamandre, pour... - Pauvre con !
- Je te pardonne parce que... - Oh ! Assez ! Assez ! Assez !
Bouge, toi ! fais quelque chose. Ne la laisse pas comme ça.
Ça va ! C'est toi qui l'as mise dans cet état, alors tu te tais !
Tu te tais ! Tu dégages !
Non. Mais tu, tu...
Je suis confus pour tout à l'heure. J'ai été un peu sec.
- Vous êtes seule ? - Oui.
- Habillez-vous. Je vous emmène. - Où ça ?
En Italie.
D'accord ?
Oui.
Je peux prendre des trucs ?
Oui. Je peux téléphoner ?
- Oui. Bien sûr. C'est là. - Merci beaucoup.
C'est Didier, Arthur. Je suis confus pour tout à l'heure. J'étais énervé.
Je rappellerai pour vous dire où je suis, au cas où.
J'espère que maman... Enfin, je rappellerai.
Là, c'est la chaîne des Aravis. Et là, c'est la Tourette.
Tournette.
Oui. Tournette.
Comment vous savez ça ?
Je sais des choses.
Et en face ?
Je sais pas.
À quoi vous pensez ?
Au bonheur, à la fuite.
Et pourquoi on est là ? Pourquoi on s'est arrêtés là ?
Pourquoi ?, l'endroit ne vous plaît pas ?
Vous aviez parlé de l'Italie.
C'est à 25 km. Il faut traverser le mont Blanc.
On va le faire ?
- Vous voulez tout de suite ? - Non. Tout de suite, je voudrais un bain.
J'ai sué comme une vache. Je dois puer.
- Vous n'aimez pas la montagne ? - Comme ça.
Vous, oui ?
Pas spécialement.
Vous vouliez juste fuir ?
Oui. C'est exactement ça.
C'est bien, la fuite.
On peut faire connaissance, si vous voulez.
Pas maintenant.
- Parce que je pue ? - Non, vous sentez très bon.
Ne me regardez pas.
Pas trop chaude, l'eau ?
C'est bien. C'est parfait.
Allô !
C'est toi ? J'ai cru que j'arriverais jamais à te joindre.
Allô ?
Qui t'a donné ce numéro ?
Ton crétin de frère. Et j'ai dû insister. Je te dérange ?
- Allô ! - Oui ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Je veux te voir.
Je serai à Paris samedi.
Non, tout de suite. J'ai quitté Alain.
Ah bon ! Pourquoi ?
T'es désolé pour lui ou quoi ?
Je peux pas le supporter. Je peux pas supporter ce type, c'est tout.
Je veux te voir. Je prends le train à 23 h 05, correspondance à Aix-les-Bains.
Ça me fait arriver à 8 h 12. Tu vérifies ?
Je prends une couchette de 1re. Tu pourras me rembourser ?
Allô !
Oui ?
"Oui" quoi ? Tu m'aimes plus ?
Si, si. Bien sûr.
"Bien sûr." C'est tout ce que tu trouves à dire.
Allô ?
Attends, Juliette...
Tu m'aimes encore ou non ? C'est la seule question.
Je t'ai dit oui.
"Oui" c'est rien. Ça veut rien dire. Dis-moi : "Je t'aime."
Je t'aime.
Bon. Sois là.
Stop !
Pas d'excuses, pas de larmes, pas d'apitoiement. C'est très simple.
Vous allez me réserver un billet pour Paris.
Non.
Non, quoi ?
Vous préférez qu'on saute à pieds joints dans le ridicule ?
Oui.
C'est idiot. C'est con.
Oui.
Là, c'est la chaîne des Aravis, et là, c'est la Tourette.
Enfin, la Tournette.
Et en face, là ?
En face je sais toujours pas.
Pourquoi "toujours"?
Parce que j'ai demandé pour savoir,
et je sais toujours pas.
Tu n'as pas faim ?
Pas très, là.
Il y a du steak d'autruche et du pavé de kangourou.
Tu pourrais m'aider ?
Si tu consens à être un petit peu moins désagréable.
Attends, je suis parti en plein drame, je fais 600 km pour te retrouver,
et à peine arrivée je dois bouffer du kangourou avec des gens que je ne connais pas.
Ce sont des gens très bien.
Ils ont une maison dans le coin...
Mais je me fous que ce soient des gens très bien et qui aient une maison dans le coin.
Je suis venue pour toi, pas pour eux.
Écoute, quand j'ai appelé, tu n'as absolument rien dit.
J'étais estomaquée, sur le cul.
Tout pour pas te retrouver seul avec moi.
Bon. Entrez !
Bonjour.
On s'ennuyait en bas. On avait envie de voir votre chambre.
Je vous présente. Ça, c'est Juliette.
Violaine Rachat et Jérôme Sauveur.
Bonjour.
Oh là là ! Vous avez une vue magnifique sur le mont de Sullins !
Mais on ne se connaît pas, nous ?
Si. On s’est vus. C'est pas vous qui...?
C'est pas lui qui te poursuivait ?
Non, c'est moi qui le poursuivait, sans le savoir.
Ah bon, on se poursuivait ?
Vous vous êtes rejoints apparemment.
- Jérôme ? - Oui. Quoi ?
Aurélie est là.
"Aurélie"?
"Aurélie"?
"Aurélie" !
On lui demande de prendre un verre ?
Bien voyons !
Didier. Aurélie.
Bonjour.
- Et... pardon. - Juliette.
- Aurélie. Bonjour. - Bonjour.
Tu bois quoi ?
- Vous buvez quoi, vous ? - De la mondeuse.
- J'adore. - Tiens, goûte.
C'est drôle, de te voir ici.
Qu'est-ce que tu fais ? T'as laissé tomber la boutique ?
- T'es ici toute seule ? - Je travaille.
Vous travaillez sur quoi ?
Elle ne veut peut-être pas le dire.
Je lui donne des leçons de français, de maths...
Mais alors, pour lui faire entrer quelque chose dans la tête...
Ça va. Lâchez-moi. Vous me gênez. Vous gênez tout le monde.
Pardon.
Je pensais que ça te ferait plaisir de nous voir ?
Super plaisir.
Merde !
Excusez-moi, je...
Je l'ai énervée ?
Elle est mignonne.
Ouais. Un peu complexée.
"Complexée"! Je supporte pas que tu parles comme ça.
Tu vois très bien ce que je veux dire.
C'est atroce, de parler comme ça.
Qu'est-ce qu'elle a ?
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Pardon.
- Qu'est-ce qu'elle a ? - Ne restez pas là.
Colique néphrétique.
Vous êtes médecin ?
C'est clair ! Vous n'avez jamais vu une crise ?
Pardon.
- Il faut de l'eau ! - De l'eau !
Tenez bon ! Tenez bon, on arrive !
Tu vois bien qu'elle souffre. Apporte de l’eau, s'il te paît.
- Tenez bon ! Tenez bon ! - Qu'est-ce qu'elle a ?
Colique, crise de colique néphrétique.
Est-ce qu'il y a un médecin dans cet endroit ?
Est-ce qu'il y a... ah ! Vous êtes médecin ?
Elle fait une crise de colique néphrétique.
Faites quelque chose. Je sais pas, une piqûre.
Elle a quoi la dame ?
Elle a une crise de colique néphrétique.
Faites quelque chose, vous !
Vous qui ne savez plus mon nom ni mon visage...
Profé... quoi ?
Profénide.
Oui ?
Passe-moi l'eau.
- Tu veux autre chose ? - Oui.
Que tu cesses de me prendre pour une idiote.
Elle est avec toi, cette fille ?
Ça va pas ?
Comment tu lui tenais la main toute à l'heure ? Tu ne t'es pas vu. !
J'aime pas voir les gens souffrir, c'est tout.
Comment t'as su ce qu'elle faisait une crise de machin...?
- Parce que j'en ai déjà vu. - Ah bon ! Où ça ?
- Il y a longtemps. - Je te demande où ?
- Au Kenya. - Où ça ?
Écoute je suis fatigué. Je voudrais qu'on en parle demain.
Je suis fatigué, je veux me reposer. C'est pour ça que je suis ici.
D'accord, j'ai compris. Je te gâche ton séjour avec tes amis.
Je suis désolée pour toi, désolée d'être venue.
Si je suis là, c'est parce que tu m'as quitté.
J'ai bien fait de revenir.
Une super bonne idée ! Fais ce que tu veux, moi, je vais me coucher.
Elle est fatiguée ?
Oui.
Alors ?
On l'a ramenée à l'hôtel.
Elle souffre ?
Ça va mieux. On lui a fait une piqûre et elle va dormir.
- C'est affreux. - Oui. "C'est affreux."
Vous voulez boire quelque chose ?
Oui. Ce que vous voulez.
Sans alcool. Je voudrais un lait.
Avec du miel.
Et aussi... avec de la fraise.
Un lait fraise, quoi !
Aurélie ?
C'est moi. C'est Didier.
Aurélie.
Oui.
Ça va mieux ?
Vous allez mieux ?
Vous avez encore mal ?
Non. Ça va. C'est fini.
Merci pour tout à l'heure.
Je veux dire, pour le geste.
C'était pas un geste.
Vous voulez dire, ça venait du coeur ?
Si vous voulez.
En tout cas, merci.
Je vous assure, ça va. C'est passé, c'est passé.
Vous pouvez retourner auprès de votre amie.
Excusez-moi. On m'a fait une piqûre, je suis un...
C'est idiot. Vous ne pouvez pas rester là.
Je suis avec vous, même si vous n'êtes pas avec moi.
C'est comme ça.
Aurélie.
Allez-y, dites encore mon nom.
Aurélie.
Je crois que vous devriez aller décrocher.
Oui.
Mais moi, j'ai rien à vous dire.
C'était personne.
Vous aviez commencé quelque chose d'intéressant.
J'ai seulement dit : Aurélie.
Redites-le.
Aurélie.
Ouvre, s'il te plaît.
- Rentrez chez vous tout de suite. - J'ai besoin de te parler.
Demain.
Non. Maintenant. Je peux pas attendre demain.
Tu peux pas exiger ça de moi c'est insupportable.
Je suis malade.
C'est pas une raison.
Jérôme, je n'ai pas envie de vous voir.
Je vous l'ai dit, je ne joue plus. Je croyais que c'était clair.
Que fais-tu ici, alors ?
C'est mon affaire.
- Ouvre-moi ou je défonce la porte à coups de pieds. - Allez-y !
Bon. alors, demain, mais tu me promets.
Salut.
Promets-moi, Aurélie.
Bonsoir.
C'était rien. On s'en fout.
Vous disiez quoi ?
- Attendez, attendez... - Non. Après.
Mais vous êtes fou.
Allez-vous-en tout de suite ! Allez-vous-en tout de suite !
- Mais... - Vous avez pas perdu de temps depuis l'hôpital.
Je vous assure, je ne savais pas que...
J'ignorais complètement...
- Bien sûr, oui. - Que fais-tu là ?
Et toi, ça t'amuse ?
Mais si. Ça t'amuse. Ça vous amuse.
Oui. Ça nous amuse. On est morts de rire, là.
Tu vas faire quoi ? Nous tuer tous les deux ?
C'est con, mais l'idée me plaît bien, oui.
L'idée vous plaît bien ? L'idée vous plaît bien. L'idée vous plaît bien.
Attendez, c'est quoi ? Que faites-vous, là ?
Allez-y !
Amusez-vous. C'est votre tour.
Ça va ! c'est pas drôle. Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec ce truc ?
Ça vous fait peur, c'est tout.
Faites ce que vous dites, pour une fois.
Pardonnez-moi. Moi, ça me fait peur.
Allez-y ! T'as qu'à appuyer. Tu vas le faire. Fais moi...
Arrêtez !
Vous, taisez-vous, d'accord !
J'aime pas du tout votre style.
Vous écrivez lourdement et sans grâce.
Allez !
Amusez-vous bien.
T'es complètement cinglée, ma pauvre fille.
Ça va ?
- Moi ? - Je sais pas, vous avez l'air mal.
Oui ?
Oui ?
Oui, je sais. C'est un truc qui a éclaté. Excusez, pour le bruit. C'est fini.
Oui. Je sais. C'est fini.
C'est un 38 spécial à grenaille.
C'est en vente libre partout. C'est pas dangereux.
C'est peut-être un 38 à grenaille qu'on trouve partout...
D'abord, je l'ignorais.
Vous avez vraiment cru que...
Évidemment !
Vous avez eu peur ?
Vous avez honte. Vous avez honte d'avoir eu peur.
- "Honte"? - Oui.
"Honte"?
J'ai manqué d'avoir la moitié de la figure emportée.
Ça veut dire quoi, "c'est pas dangereux"?
J'ai peur. J'ai eu peur. Vous faites peur. Il ne faut pas faire ça.
Il fallait bien s'en débarrasser, quand même.
Il y a d'autres façons de faire.
Pourquoi vous avez tiré ?
Je vous demande pardon.
Allez-y. Elle doit vous attendre.
Vous trouverez bien un mensonge.
J'embrasse ta nuque.
J'embrasse tes cheveux.
J'embrasse tes yeux.
J'embrasse ta bouche.
J'embrasse tes couilles.
J'embrasse tes pieds, aussi.
À tout à l'heure.
Il y a un train à 8 h 15. Je vais le prendre.
Tu veux un petit déjeuner ?
Je le prendrai en bas.
Tu pourras me faire un chèque ?
Pour le train.
Je voudrais une eau minérale plate, s'il vous plaît.
Bien sûr. Voilà. Ça fait 15 francs, s'il vous plaît.
Merci.
Bonjour.
Bonjour.
Vous rentrez ?
Oui.
Pour vous soigner ?
Non. J'ai du travail.
Le français, les maths.
- La lingerie. - Ah oui !
Moi, c'est la librairie.
C'est pour ça que vous rentrez ?
Non. Je me suis disputée.
Ça va pas avec mon fiancé, Didier.
Ah bon ?
Il sait pas ce qu'il veut.
Mais je vous soûle, là, hein ?
Non.
Vous habitez Paris ?
Oui.
Depuis longtemps ?
Depuis 8 ans.
Vous êtes pas très curieuse.
Pourquoi vous me dites ça ?
Vous ne me demandez rien.
Que voulez-vous que je vous demande ?
Je sais pas. Si j'habite Paris.
- Vous habitez Paris ? - Oui.
Il faut que je pose d'autres questions ?
Je vous force pas.
Merci.
Jérôme et Violaine sont des amis à vous ?
Plus ou moins.
Et vous, Didier, ça fait longtemps que vous êtes avec lui ?
Deux ans.
Ça fait longtemps que c'est pas bien ?
Ça n'a jamais été bien.
Et qu'est-ce qui n'était pas bien ?
Tout. La baise, par exemple.
Vous, il vous baise bien ?
Vous n'êtes pas habituée aux questions directes ?
Comme ça, non.
Pardon.
Vous m'avez pas répondu.
Je suis obligée de vous répondre ?
Vous me trouvez agressive, un peu indiscrète ?
Non.
Il vous caresse avant de vous la mettre ?
Ou est ce qu'il vous la rentre directement quand il sent que c'est mouillé ?
Parce qu'avec moi, il faut qu'il la mette directement,
car il a peur de débander.
J'ai compris ça au bout d'un an.
Il débande quand même, mais pendant.
Après, il rebande,
mais en même temps, il se met à transpirer.
Avec un air vague et concentré à la fois.
Et vous savez ce que ça veut dire, ça ?
Ça, ça veut dire qu'il pense à des trucs pour rester bandé.
Genre à des filles qui se font faire...
Ça m'intéresse pas.
Et vous avez découvert ça toute seule ou c'est lui qui vous l'a dit ?
Un peu les deux.
Et ça vous déçoit ?
Non, non. Ça me fait rire.
Tous les mecs pensent des trucs comme ça.
"Tous les mecs"?
Oh non ! Pas tous les mecs.
Vous en avez connu beaucoup ?
Comme ça.
"Comme ça", ça veut dire deux. Maximum.
- Moi, je pense à des trucs pour jouir. - Ah bon ?
Pas vous ?
Non. Moi, ça vient quand ça vient.
- Toujours le même, en fait. - Ah bon ?
Oui.
On m'emmène sur une grande place.
Il y a énormément de monde.
J'ai une grande chemise blanche.
Je monte sur l'échafaud. Et on me ligote au poteau.
On allume le bûcher.
Quand les flammes commencent à me brûler,
à noircir ma peau, à me dévorer...
Voilà.
Comme Jeanne d'Arc ?
Ah non.
Parce que Jeanne d'Arc était innocente.
Moi, je suis coupable complètement.
Moi, je mérite d'être brûlée. 100 %.
Vous voulez un autre café ?
Oui. Je veux bien, oui.
Ouais.
Non.
Vous ne touchez pas à la scène du mariage.
Vous n'y touchez pas.
De toute façon, en virtuel, on rattrapera tout. OK ?
Je te rappelle.
- C'est votre documentaire islandais ? - Oui.
Ça vous intéresse ? Voulez-vous une projection pour vous ?
- Non, je le verrai quand ça passera. - Vous êtes déjà allé en Islande ?
Non, non.
Imaginez une étendue de mousse à perte de vue.
Rien que de la mousse, de la mousse verte et le ciel bleu.
Et dessous, une sorte de grondement volcanique.
C'est le commencement du monde. Il n'y a rien de plus beau.
J'ai lu votre article sur le film bosniaque.
Je l'ai trouvé admirable.
C'est formidable. C'est tellement juste.
Vous savez, je l'ai pas vu, ce film-là. Donc...
Non, mais, c'est ça que je trouve formidable.
Parce que vous êtes tombé juste, comme ça.
Vous êtes très fort.
- Juliette vous admire beaucoup. - Ah bon ?
Elle sait pas ce qu'elle veut, Juliette.
Oui. Ça, ça c'est clair.
Moi, je tiens à elle.
Je tiens à elle terriblement.
Et que puis-je faire pour vous ?
Vous voulez que je lui parle ?
Elle n'arrête pas de me faire honte de ce que je suis, moi, par rapport à ce que vous, vous êtes.
Et vous vouliez me voir pour ça ?
Peut-être, oui.
Bien, voyez, vous m'avez vu.
Il n'y a pas à avoir honte de ce que vous êtes par rapport à ce que je suis.
Je le dis sincèrement.
- Je vous crois. - Au revoir.
Au revoir.
La tragédie n'est pas finie.
Je peux vous emprunter votre appareil une seconde ?
Voilà. Merci. Il est en ligne ?
Ouais.
J'en ai pour une seconde.
Allô, Martin ?
C'est Didier. Je veux parler à Juliette.
Allô, Juliette ?
Oui. C'est Didier. Je suis avec ton ami Alain.
Tu sais ce qu'il vient de me sortir ?
Il vient de me sortir : "La tragédie n'est pas finie."
Tu ne peux pas rester 2 secondes de plus avec un con pareil.
C'est effrayant !
Ah bon !
Vous avez raison. "La tragédie n'est pas finie."
On avait dit 19 h.
Ah ? Je m'excuse. Il est quelle heure ?
Il est 20 h, presque.
Je peux vous embrasser quand même ?
Vous avez l'air oblique.
Ce sont mes yeux.
Vous faites brûler de l'encens ?
Vous n'aimez pas ?
Je sais pas. C'est tendance, non ?
Vous parlez comme les magazines.
Et votre maman ?
Ma mère ne rentre pas avant demain. Elle est à Lyon.
- Que fait-elle à Lyon ? - Je sais pas. Des choses ignobles.
Des choses "Ignobles"?
Pourquoi vous en voulez à cette pauvre femme ?
Je vous choque ?
Non.
Vous êtes catholique ?
Non, non. Je m'en fous.
Je...
Je m'en fous. Serrez-moi fort.
Plus fort.
Mais qu'est-ce que...
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Vous avez une crise ?
Non. Ça va. Laissez-moi !
Ça va. Laissez-moi.
J'appelle quelqu'un ?
Non. Ça va. Pas besoin. Allez-vous-en, c'est tout.
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Rien, connard. Tire-toi, tu me gênes.
Vous me gênez.
Casse-toi, je te dis. Cassez-vous !
Je comprends pas. Aurélie !
Dégagez.
Aurélie !
Dégagez.
Bon. Bien, si...
Si c'est ce que...
Justement, "c'est ce que"...
Vous ne voulez pas que j'essaie...
Je veux être seule.
Je suis une bête. Et je veux être seule comme une bête.
Allô ?
Allô.
- Allô. Aurélie ? - Non.
Pardon. C'est Didier Temple. Je peux parler à Aurélie ?
On vient de l'emmener.
"On vient de l'emmener"?
Vous l'avez emmenée où ?
Ça va ?
Ça va.
C'est gentil, d'être venu.
Ça me fait plaisir.
Vous m'avez fait peur, hein !
Vraiment, j'ai eu très peur.
Il faut me promettre que vous n'allez plus faire de folies comme ça.
Je ne voulais pas vous faire peur.
Mais c'est ça qui fait peur.
Ils sont comme ça depuis ce matin.
À se parler dans le tuyau de l'oreille.
Je vais leur dire un mot.
Il faut me promettre.
J'ai vu Aurélie hier soir. Je n'ai pas compris.
Ou je n'ai pas voulu... je suis...
Léger.
Voilà ce que vous êtes : vous êtes léger.
Bien, me voilà qualifié.
Et vous le prouvez.
Je suis bouleversé autant que vous par ce qui vient de se passer.
Et je trouve le lieu extrêmement mal choisi
pour jouer à votre jeu favori.
Un peu moins fort si vous voulez..
Je vous ai rien demandé.
Moi, j'aimerais vous demander quelque chose...
Demandez-le.
Vous vous êtes vu, quand vous avez parlé à cette petite ?
Les airs langoureux,
un genou en terre, les yeux dans les yeux, la main dans la main...
Bon. Dites ce que vous voulez.
Je veux que vous cessiez cette comédie ignoble.
Voilà.
Je veux que vous arrêtiez de jouer.
Je ne joue pas.
Vous ne jouez pas ?
Qu'est-ce que vous attendez d'elle ?
Mais... elle ne m'a rien demandé.
Et je ne lui ai fait aucune promesse.
"Aucune", non. Vous partez, vous revenez, vous repartez...
Vous l'affolez.
Vous lui faites croire n'importe quoi et le contraire.
C'est n'est pas bien.
Ce qu'elle a fait, vous savez très bien que ce n'est pas la 1ère fois
et qu'elle l'a déjà fait bien avant de me connaître.
Pour la même raison.
"Pour la même raison"?
Elle est passionnée.
C'est son malheur et le nôtre.
Elle s'est jetée à ma tête. Voilà.
Elle s'est jetée à ma tête et j'aurais dû avoir le courage de refuser.
C'est là où peut-être je suis coupable.
Ce que vous êtes ou pas, qui s'en soucie, à part vous-même ?
On ne vous demande pas d'être,
on vous demande de faire.
D'accord. Je ferai.
Vous ferez quoi ?
Je sais pas.
Je sais pas !
Vous la voulez ?
Vous la voulez ?
Vous la voulez ?
Vous la voulez ?
Je suis désolée, on n'a rien sur Robert Desnos.
- Bon. Merci. - Au revoir.
Bonsoir.
Vous allez rester longtemps ?
Non, non. Ça va. Je sors demain.
Je pensais à vous.
Vous pouvez approcher. Je ne mords pas.
Vous avez quelque chose à me dire.
L'autre jour, dans le train,
j'ai rencontré votre amie. On a parlé.
Elle est sympathique.
J'ai oublié ce qu'elle disait.
J'entendais pas, je...
Je Regardais le paysage par la vitre.
Vous regardiez le paysage ?
Tantôt il était brillant,
très vert, avec un ciel magnifique.
Et puis deux secondes après,
il y avait des murs affreux...
sinistres.
Comme ça, sans arrêt. Très vite.
Et je me disais...
Oh non ! Ça paraît con.
Dites-le quand même.
Je me disais : "Il faut que la vie soit brillante,
verte et belle", "sinon ça vaut pas la peine."
Voilà. C'est tout.
Je vous aime.
C'est tout. C'est simple.
Aurélie.
Vous me dites que vous m'aimez.
Moi...
Aurélie...
je vous aime pas.
En me délivrant, je t'ai délivré. Nous nous sommes délivrés ensemble.
Non ! Non, non, non !
Ça va pas ? Qu'est-ce qui te prend ?
Tu sors avec lui ?
T'es complètement fou. De quoi tu parles ?
Vous êtes amants ou pas encore ?
Je ne sors pas avec tous les types que je rencontre.
- Qu'est ce qui vous rends ? - Vous avez rendez-vous ?
Je pars tout à l'heure pour Florence.
- Il propose de m'emmener. - Et tu as accepté ?
C'est pour 3 jours. Et je connais pas Florence.
Pourquoi elle ?
Je lui ai proposé.
- Et Violaine ? - Ça n'a rien à voir.
- Vous avez rompu avec Violaine ? - Et quand bien même ?
- Et Alain ? T'as quitté Alain ? - Comment tu sais ?
Je le sais. Je t'interdis d'aller à Florence.
C'est pas vrai !
Vous ferez l'amour le premier soir. Tu crois que je ne le sais pas ?
C'est très désobligeant pour moi ce que tu dis. Je suis pas comme ça.
Pourquoi elle ?
Je suis client de la librairie. On a parlé de Florence. Voilà.
Ah, voilà ! Eh bien, non !
Eh bien, si !
Venez, Jérôme. Il est complètement fou.
Je t'en supplie.
Je t'en supplie.
Je t'en supplie à genoux.
À genoux.
Bon. Écoute...
Je suis avec toi.
Lui, je le déteste.
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