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"La v�rit� n'est pas dans un seul r�ve,
mais dans nombre de r�ves"
Qui lance les ench�res pour cette esclave, la dame des lunes?
Personne ici ne masse mieux qu'elle:
Ses massages de la t�te
font dormir comme des loirs.
Ses massages aux jambes font bondir comme des chevreaux,
et comme dit le po�te: "La masseuse
"est au-dessus des sages,
"et tient sous sa main
"les t�tes des rois."
500 dinars!
Moi 600!
700 dinars!
Tu as entendu, dame des lunes? II offre 700 dinars.
Tu le veux pour ma�tre?
S�rement pas cet homme poilu comme un singe!
Je la prends pour 800 dinars.
S'il �tait bon ma�tre, Dieu ne l'aurait pas fait borgne!
Comment oses-tu?
Maudit vendeur, qu'as-tu amen� au march�?
Je n'y peux rien. Le patron lui permet de choisir son acheteur.
Mille dinars.
Qu'attends-tu? C'est un prix de roi! Tu veux bien de ce vieux?
Tu as l� un b�ton en cire molle!
Quand tu dors, il se l�ve,
et quand tu te l�ves, il dort. Dieu aie piti� de qui est pr�s de toi!
Vendeur!
Tu oses amener une esclave
qui se moque de nous et nous humilie
ouvertement
par ses idioties!
Excusez-moi encore!
Je ne veux �tre vendue
qu'� ce gar�on l�-bas!
A moi?
Mais ce gar�on n'a pas un sou!
Tu es s�re?
Lui seul sera mon ma�tre, car il a les joues lisses
et ses beaut�s �blouissent.
Allons! Courage, monsieur!
Ach�te-la, puisqu'elle t'a choisi.
Viens,
avance, elle est � toi!
Prends ma main, emm�ne-moi dans la petite rue.
Prends cette bourse.
- Ensuite? - Donne mille au vendeur.
Avec le reste, loue une maison dans le quartier des charpentiers.
Pas l�, idiot... pas comme �a.
Je ne sais pas y faire, aide-moi.
Cesse de jouer, Barsoum. Viens l�!
Viens l�, vite!
Noureddine, r�veille-toi. Viens!
Qu'y a-t-il, mon amour?
C'est toi qui l'as fait? Tu as travaill� toute la nuit?
Regarde!
Porte cette toile au march� et vends-la
200 dinars.
Mais �coute bien:
Ne la vends pas � un homme aux yeux bleus.
A aucun prix, tu as compris?
J'ai peur que quelque chose nous s�pare.
Je suis en sueur. J'ai comme une ombre dans le c�ur.
Je suis l�, sois tranquille.
Regardez comme c'est beau!
Ce n'est pas beau, monsieur?
C'est le travail de mains habiles. Qui l'a fait?
Une esclave qui tisse pour moi.
Je veux l'acheter.
Je pourrais vendre I'�me qui est dans mon corps.
Je plaisante! Prenez cette toile.
Et donnez-moi 200 dinars.
J'en offre 1000.
Je ne peux la vendre � un homme aux yeux bleus.
C'est une affaire! Tu serais b�te de refuser.
Donne-moi les mille dinars, mais reste � l'�cart!
Chr�tien, tu me suis comme un chien.
Je veux seulement quelque chose � manger.
Il n'y a rien ici, va-t'en!
Qui refuse � manger est ingrat envers Dieu.
Qu'y a-t-il?
Qu'est-ce que tu lis?
Ecoute:
"Mon �il la vit, pour mon malheur,
"et je fus pris d'angoisse � devoir la quitter."
Po�tes de ma cour!
Voyons s'il est vrai que les po�tes savent parler
des choses qu'ils n'ont pas vues.
Faites-moi une po�sie qui commence ainsi:
"Mon �il la vit, pour mon malheur,
"et je fus pris d'angoisse � devoir la quitter."
Toi, Sioum!
Mon �il la vit, pour mon malheur,
et je fus pris d'angoisse � devoir la quitter,
la gazelle qui fit de moi
son prisonnier � l'ombre de deux palmiers.
Elle versait sur elle l'eau d'un vase d'argent.
Elle me vit et se cacha le pubis
mais il d�bordait de ses mains.
Puiss�-je rester au-dessus, une heure ou deux!
Je passai pr�s de deux jeunes gens et dis:
"Je vous aime."
Et eux: "Tu as de l'argent?"
Je r�pondis: "Je les d�pense avec plaisir."
Alors, ils s'�cri�rent:
"Affaire conclue!"
Regarde l�-bas! Qui sont ces trois-l�?
Je peux vous lire mes vers?
Je les ai �crits il y a longtemps, quand j'�tais jeune
� peu pr�s comme vous.
Un homme charg� d'ans avec des d�sirs jeunes
aime avec passion les beaux gar�ons.
Le matin il se l�ve, dans l'esprit de Mossoul.
Cit� de la puret�! Mais il ne r�ve, tout le jour,
qu'� la vie p�cheresse d'Alep.
J'ai quelque chose � vous proposer.
On t'�coute. Parle.
Si vous n'avez rien � faire, venez chez moi.
C'est plein de bonnes choses.
Vin pr�cieux, port� par les fr�res du monast�re!
Viandes d'agneau et toutes sortes d'oiseaux.
Mangeons, buvons...
puis, vous trois, prenez plaisir l'un avec l'autre
et si vous voulez, ensemble, donnez-moi du plaisir.
Nous sommes d'accord.
Allons!
La plus grande joie est celle du jeune buveur
qui a de beaux gar�ons pour compagnons.
L'un chante pour lui, l'autre l�ve son verre � sa sant�.
Et quand il veut le baiser d'un autre, cet autre lui donne sa bouche.
Pourquoi tu n'�cris pas une po�sie pour chacun?
Je paierais de ma vie
la douceur de cette joue parce qu'aucune somme ne la vaut.
B�ni soit celui qui a fait ces joues sans poil
et y a r�pandu
cette couleur o� affluent toutes les beaut�s.
Si mon esprit est tranquille dans ce village, mon c�ur
est attir� par deux d�sirs:
Un amour me pousse vers le minaret de Bagdad...
et un amour vers la terre des deux mosqu�es.
Comment t'appelles-tu?
Mon nom est Berhane.
- Quel �ge as-tu? - Quinze ans.
Tu es mari�?
Non et je ne pense pas que je me marierai.
Les femmes t'auraient fait du mal?
Non, mais j'ai lu qu'elles �taient perfides.
"Le paradis se trouve dans leur sein et la lune,
dans le ciel, surplombe leur colline."
Tu trouveras cela aussi dans les livres.
Par nature, les femmes trahissent n'importe qui.
Elles se peignent les cils,
se teignent les doigts, se tressent les cheveux
et t'en font voir de belles.
Je te propose quelque chose:
Tu veux venir � ma cour?
Oui, merci, mon seigneur!
Comment tu t'appelles?
Giana.
Quel �ge as-tu?
Quinze ans.
Tu veux venir avec moi?
Avec plaisir.
Allons!
Tu perdras ton pari, Zeudi.
La fille dont tu parles
est un vase d'urine � c�t� de mon rameau de myrte.
Inutile de d�battre de qui est plus beau.
On leur a donn� deux narcotiques diff�rents
pour les r�veiller � des heures diff�rentes.
Ils se jugeront mutuellement.
Nous, nous ne serions jamais d'accord.
C'est s�rement elle la plus belle.
Regarde-la!
Tu te trompes. Le plus beau, c'est lui.
C'est l'amour qui en d�cidera.
On va les r�veiller.
Si l'un tombe amoureux de l'autre, c'est qu'il est moins beau.
Car c'est toujours le moins beau qui aime le plus beau.
Bon, laissons l'amour en d�cider.
Ce que Dieu veut arrive. Ce que Dieu ne veut pas n'arrive pas.
Personne n'a gagn�.
Ils s'aiment autant l'un que l'autre.
Ils sont le miroir l'un de l'autre.
Deux pleines lunes dans le m�me ciel.
Comment es-tu entr�?
Par la porte ou la cour, qu'importe?
Tu me reconnais, Zoumourroud?
Tu as os� dire
que mon membre ne se levait pas.
Voil� la punition que tu m�rites.
Dieu te punira!
Sang de mon sang, Zoumourroud!
O� es-tu?
O� es-tu?
Quel est ton nom?
Pourquoi tu pleures?
Dis-moi ce qui t'arrive.
J'ai perdu mon esclave, achet�e mille dinars.
Un chr�tien aux yeux bleus est venu et me l'a vol�e.
Sans elle, je mourrai!
Ne pleure pas, tu verras que je te la trouverai,
quitte � entrer dans les maisons de toute la ville.
Merci, madame.
Noureddine!
J'ai de bonnes nouvelles pour toi.
J'ai trouv� ton esclave.
Comme je le pensais, elle est chez Rachid. Je lui ai parl�.
Elle t'attend cette nuit, dans une heure, sous le mur.
Elle sifflera, tu l'aideras � descendre
et vous filerez.
Je t'ai aid�, tu dois �tre gentil avec moi
et me faire sentir que tu es un homme.
Amour...
Tu me la fais dresser!
Je te crois!
Mon amour...
Prends la corde, aide-moi!
Mon amour!
Prends cette bourse pleine d'or.
Qui es-tu? O� est Noureddine? O� m'emm�nes-tu?
Je suis moi et je t'emm�ne o� je veux.
Noureddine a des cheveux comme la soie. Toi, on dirait un porc.
Laisse-moi!
Laisse-moi, sale b�te!
Mords-toi la langue ou je t'�trangle.
Avance!
Vois ce soldat, c'est nous qui l'avons tu�.
Voil� comment tu finiras demain
si tu n'es pas docile.
Je suis Djiawan le Kurde.
Nous sommes 40 voleurs, et cette nuit on t'enfilera tous.
Je t'apporte une chose pr�cieuse, p�re. Surveille-la.
Je vais chercher les autres et reviens de suite.
Je parie que ta t�te est pouilleuse.
Tu veux que je t'�pouille?
Tu veux?
Zoumourroud, mon amour!
Dors, petit, dors!
Fais dodo!
Cavalier qui viens du d�sert,
tu seras couronn� Roi de cette cit�.
- Quoi? - Qui es-tu? Quel est ton nom?
Je suis soldat, mon nom est Ouardan.
Notre coutume, quand le roi meurt
sans laisser de fils,
est d'attendre � cette porte le premier homme venant du d�sert,
et de le faire roi.
Dieu soit lou� qui nous envoie un homme
au corps svelte et beau de visage.
Bois, puis nous entrerons dans la cit�!
Avant d'�tre couronn�, tu dois prendre femme. Voici ma fille.
Qui te dit que je veux prendre femme?
C'est la coutume. D�sob�is, tu seras jet� d'une tour.
Que la volont� de Dieu soit faite!
Tu n'as rien de mieux � faire que de r�citer le rosaire?
Ton �pouse ne te pla�t pas?
Tu es belle, Hayat, mais je suis malheureux.
Tu en aimes peut-�tre une autre?
Mais si tu ne consommes pas le mariage, on te jettera d'une tour.
Je peux te demander une chose?
Si je te confie un secret, tu sauras le garder?
Je promets.
Alors regarde!
Maintenant tu connais mon secret.
Si tu me trahis, je serai jet� de la plus haute tour.
- Je ne te trahirai pas. - Mon nom est Zoumourroud.
J'ai �t� esclave du plus beau des ma�tres,
Noureddine, et je ne sais plus rien de lui.
Je t'aiderai � le trouver. Malgr� mon infortune, je ne trahirai pas.
Voil� comment faire venir beaucoup de gens en ville
et peut-�tre le trouver.
Fais semblant d'�tre ma femme, ne dis rien.
Promis. On fera venir les gens que tu veux.
Que fais-tu, �tranger? Mange ce qui est devant toi.
Laisse-le! Le roi a dit de manger � sati�t�.
Il n'a pas dit de piocher dans l'assiette des autres.
�a me pla�t, j'en mange.
Mange ce que tu veux et puisses-tu t'�touffer!
Je le disais qu'il avait tort de piocher dans les assiettes.
Qui es-tu et pourquoi es-tu dans notre pays?
Je suis Ali, tisserand, et je viens vendre.
L�ve la t�te, �tranger. Regarde-moi dans les yeux!
Chien, tu mens � un roi!
N'es-tu pas Barsoum, le Chr�tien qui a vol� une femme? La v�rit�!
Tu vois juste, roi. Je suis Barsoum.
Emmenez cet homme aux yeux bleus hors de la ville et tuez-le!
Pardon, sauriez-vous o� est mon esclave, Zoumourroud?
Les enfants, avez-vous vu passer Zoumourroud?
Qui est Zoumourroud?
Allez, viens avec nous!
N'aie pas peur, on ne te fera rien.
Rien qu'un bon massage!
Ne crains rien, assieds-toi.
Arr�te, elle se dresse!
C'est vrai!
Tu voudrais prendre toute sa richesse!
Laisses-en pour moi aussi!
C'est moi qui l'ai fait se dresser. Ma m�re disait:
"Qui redonne vie � la terre morte peut en jouir."
D'accord, mais ma m�re disait:
"Le gibier appartient � qui le prend,
non � qui le d�niche."
Tu l'as d�nich�, moi je le prends.
Bon, on fait comme �a!
En attendant que vous soyez d'accord, moi je le prends.
Fr�re, on ne touche pas � �a.
Je mange ce que je veux.
Ce riz est maudit. Si tu en manges, tu finiras
crucifi�. C'est arriv� � un autre.
Je m'en fiche, tais-toi. Je fais ce que je veux.
Quelle faim! Tu mangerais l'assiette.
Laisse-le. Son visage est d�j� celui d'un mort.
Et il n'y a rien � faire contre la volont� de Dieu.
Mendiant, tes bras peuvent-ils porter de lourdes charges?
Aide-nous et je te paierai bien.
Donne-moi des pommes de Syrie,
des coings ottomans, des p�ches d'Amman, du jasmin d'Alep,
des cornichons du Nil, des citrons d'Egypte,
du c�dre, du myrte, du r�s�da, de la camomille,
des grenades, des roses mouchet�es et des g�teaux,
des beignets fourr�s, du nougat glac�, des confiseries,
des g�teaux secs, de la p�te feuillet�e, de l'encens m�le,
de l'ambre, du musc et des cires alexandrines.
Mabouba! Boudour!
S�urs!
Venez, tout est pr�t!
Tadji Almolouk, fils du roi Souleyman,
quand il devint adolescent,
�tait si beau que d�s qu'il sortait, il enchantait tout le monde
au point qu'on �crivit des po�mes � sa louange.
Les plus purs, par amour de lui, perdaient leur pudeur
tant sa beaut� resplendissait.
Ainsi, comme dit le po�te:
"Je l'ai embrass� et me suis enivr� de son parfum,
"tendre rameau nourri de vent.
"Je suis ivre sans avoir bu de vin
mais enivr� par la liqueur de sa salive".
En descendant de cheval, Tadji
aper�ut un beau jeune homme v�tu de noir, l'air gentil.
Mais sa beaut� semblait fan�e.
Il �tait abattu comme quelqu'un qui est loin de ceux qu'il aime.
Quel est ce papier?
Rien qui puisse te servir.
Fais voir.
Gloire � Dieu qui apprend � l'homme ce qu'il ignore.
Pourquoi tu t'es mis � pleurer en voyant ce papier?
Mon histoire est longue...
Ce qui me lie � ce parchemin et � sa propri�taire
est un fait tr�s �trange.
Dis-moi ton histoire et celle de qui a peint ces gazelles.
Je m'appelle Aziz. J'�tais fianc� avec ma cousine, Aziza.
Le jour du mariage, quand tout �tait pr�t
je suis all� prendre un bain.
Bonne chance, Aziz.
Grand bonheur pour toi et Aziza.
Quel bon parfum!
Comme tu sens bon!
Aziza, ch�re �pouse!
Ecoute, j'ai oubli�
d'inviter Ali au mariage. C'est mon meilleur ami.
J'y vais et je reviens.
Qu'est-ce que tu fais?
Aziza t'attend!
Le mouchoir, tu l'as mis
sous ton derri�re. Tu ne peux pas essuyer ta sueur.
"Quel �merveillement pour le soleil et la lune, quand il appara�t,
et quelle honte pour les boutons de rose quand ils voient ses boucles".
Tu arrives maintenant?
II y avait tout le monde: Le Cadi, les gardes, les �mirs.
Ils ont mang� et bu. Tu n'arrivais pas, ils sont partis.
Ton p�re a repouss� le mariage d'un an.
Qu'est-ce qui t'est arriv�?
Je suis tomb� amoureux d'une fille
qui m'a jet� un mouchoir par la fen�tre et a disparu.
Elle ne t'a rien dit?
Non.
Elle a juste fait �a.
Elle veut dire quoi, avec ces signes?
Avoir mis le doigt dans la bouche
signifie que tu es devenu pour elle
ce que I'�me est pour le corps.
Avoir pos� deux doigts entre les seins signifie:
Viens dans deux jours consoler mon c�ur.
Dans deux jours!
Regarde dans quel �tat tu es...
� rester l� sans manger, sans boire et sans dormir.
Habille-toi, arrange-toi!
R�jouis-toi!
Les deux jours sont pass�s.
Habille-toi, vite!
Va la voir et que Dieu aide votre amour.
Alors, Aziz?
Pourquoi n'as-tu pas pass� la nuit avec ton aim�e
et pris ce que tu voulais?
Je ne me moque pas de toi. Dis-moi comment �a s'est pass�.
Elle n'est pas venue!
Ne sois pas triste.
Tu touches au but.
Elle n'est pas venue
pour voir si ton amour est sinc�re.
Demain tu n'auras qu'� attendre sous sa fen�tre.
Tes ennuis sont finis. Courage!
Mange et bois, sinon tu vas mourir.
Qui aime est comme un fou et n'a envie ni de manger ni de dormir!
Je sais, je sais bien.
Ce sont les signes de l'amour.
Comment �a a �t�, cette fois?
Elle a fait �a...
�a veut dire quoi?
"Attends le coucher du soleil. Quand l'ombre de la nuit
sera tomb�e, viens.
Entre dans le jardin qui est au bout de la ville.
Avance jusqu'� ce que tu voies une lumi�re.
Assieds-toi l� et attends-moi,
mon amour pour toi me tue presque."
II ne fait pas encore nuit. Repose-toi!
II y a huit jours que tu ne manges pas.
Comment �a a �t�?
J'ai fait ce que tu m'as dit,
mais je me suis endormi, et le matin au r�veil,
j'ai trouv� �a sur mon ventre.
La pi�ce est son �il droit, l� o� se font les serments.
Le poignard signifie qu'elle a jur� de te tuer
si tu te comportes encore comme cette nuit.
Que dois-je faire?
Ce soir, retourne dans son jardin.
Pour ne pas t'endormir repose-toi maintenant, et puis mange.
Allonge-toi et dors!
Je mourrai.
R�veille-toi, Aziz, et mange.
Je n'ai pas faim.
Allons, mange. Ne fais pas l'enfant.
Cette fois, ne mange pas et ne t'endors pas dans le jardin.
Elle viendra � l'aube.
Mais je voudrais te faire une recommandation.
Quand tu partiras
apr�s avoir fait avec elle ce que tu veux,
r�cite ces vers:
"Amoureux, au nom de Dieu, que doit faire un gar�on
quand l'amour est son ma�tre?"
Je ne dois toucher � rien de tout �a!
Aziz, mon amour! Tu m'as attendue.
Tu as pens� � lui dire ces vers?
J'ai oubli�!
Je voulais regarder le parchemin qu'elle m'a offert.
Regarde comme il est beau!
- Tu me le donnes? - S'il te pla�t, bien s�r.
Demain avant de la quitter, apr�s avoir fait l'amour
promets-moi de dire ces vers.
Je te le promets, mais laisse-moi dormir.
Ce que j'ai sommeil!
- Adieu! - Ecoute...
"Amoureux, au nom de Dieu,
que doit faire un gar�on quand l'amour est son ma�tre?"
On man�uvre avec son amour, on cache son secret
et patiente en toutes choses avec r�signation.
O� est Aziza?
Elle est sur la terrasse, seule, et pleure.
Qu'est-ce qu'elle a?
Tu la laisses ainsi sans lui demander de quoi elle souffre.
Alors Aziz,
tu lui as r�cit� les vers?
Oui et elle m'a r�pondu par ces vers:
"Qui aime doit cacher son secret et se r�signer".
"II a cherch� � se r�signer mais n'a trouv� en lui
qu'un c�ur d�sesp�r� par la passion".
Demain matin, en la quittant,
r�cite-lui ces vers. Tu as compris?
"II a cherch� � se r�signer
"mais n'a trouv� en lui
"qu'un c�ur d�sesp�r� par la passion d'amour".
"S'il ne trouve pas la r�signation,
il n'y a peut-�tre rien de mieux pour lui que la mort".
Tiens!
Tu lui as dit mes vers?
Oui, et elle m'a r�pondu:
"S'il ne se r�signe pas, la meilleure chose pour lui est la mort".
"Nous avons entendu et ob�i,
et maintenant mourons."
"Salue pour moi celle qui a emp�ch� mon amour".
Ecoute:
"Nous avons entendu et ob�i, donc nous mourons.
Salue pour moi qui a emp�ch� mon amour".
Celle qui t'a dit ces vers est morte.
Si j'avais su
qu'il y avait cette fille, je t'aurais �Ioign� de moi.
Que dis-tu? C'est ma cousine!
Elle savait que nous faisions l'amour?
Oui!
Que Dieu te fasse pleurer sur ta jeunesse comme toi sur la sienne.
Allons, va la trouver.
Combien de temps cela va durer?
On continuera � prier jusqu'au milieu de la nuit.
Toi aussi, car tu as sa mort sur la conscience.
Qu'as-tu fait
pour faire �clater son c�ur?
Elle n'a rien voulu dire. Que lui as-tu fait?
Je ne lui ai rien fait.
Elle m'a demand� de dire � la fille que tu vois
"La fid�lit� est un bien mais la l�g�ret� aussi est un bien".
Je le lui dirai.
Puis elle m'a remis une chose pour toi
quand je te verrai pleurer sinc�rement sa mort.
Fais voir.
Je ne crois pas te voir pleurer sinc�rement sa mort.
Je dois m'en aller. Je ne peux pas attendre.
Amour!
Tu avais raison, elle est morte.
On l'a enterr�e aujourd'hui.
La faute de sa mort, c'est toi, prends garde � ne pas devoir la payer.
Puis elle a dit qu'il fallait te dire ces mots:
"La fid�lit� est un bien
mais la l�g�ret� aussi est un bien".
Elle t'a sauv� par ces mots
parce que j'avais d�cid� de te faire du mal.
Du mal? Comment �a?
Cette nuit, avant de faire l'amour avec moi,
tu feras l'aum�ne pour I'�me de ta cousine
et demanderas � un ma�on une tombe en marbre
comme pour les saints.
Je ferai comme tu me demandes.
Va!
Attends, encore un peu de parfum.
Bois encore un verre de ce vin frais.
Sant�!
Beau jeune homme, viens!
Lis la lettre de mon fils qui travaille tr�s loin.
"Cher p�re, je vais bien
"mais ici on ne trouve pas un sou.
"Qu'il en soit selon la volont� de Dieu. Je t'embrasse. Ton Ali"
Merci. Entre chez moi boire un verre de vin.
C'est ici.
Belle!
Que pr�f�res-tu: Mourir...
- Ou vivre? - Vivre!
Si tu veux vivre, �pouse-moi.
Moi, t'�pouser?
Comme �a, tu �chapperas � Boudour-la-piqu�e.
Qui est Boudour-la-piqu�e?
Tu la vois depuis un an sans la conna�tre?
Elle en a tu�s, avant toi!
Jusqu'� pr�sent, Aziza t'a sauv�.
Mais o� en trouver une comme elle?
Tu es na�f devant la perversit� des femmes, hein?
Oui, c'est vrai.
Je veux te sauver, mais pas sans contrepartie comme ta cousine.
Je suis riche, on trouve chez moi
"le pain dans la huche et l'eau dans la cruche."
Je ne demande en �change que de faire avec moi
ce que fait le coq.
Que fait le coq?
Viens ici. D'ailleurs tu ne peux pas partir.
Fais de moi ce que tu veux, je suis ton esclave!
Donne-la-moi toute, ma vie t'appartient.
Alors Aziz,
un an a pass�, je tiens mes promesses.
A toi de tenir les tiennes. Va chez ta m�re, mais jure
de revenir avant la nuit.
Je te le jure!
Boudour!
Tu m'attendais? Comment savais-tu que je viendrais?
Je n'en savais rien. Il y a un an que je reste ici jour et nuit.
Je suis mari� et j'ai un fils.
Je suis venu mais ne peux rester qu'une nuit.
Je te remercie beaucoup,
mais maintenant tu as une femme et un fils. Que ferais-je de toi?
Je ne te veux plus mais ne te laisserai pas � elle.
Venez, femmes!
Au secours!
"La fid�lit� est un bien mais la l�g�ret� aussi est un bien".
Ces mots ne sauvent que ta vie
car la punition que je veux te donner, tu la m�rites.
Prenez la poudre � blessures.
Que veux-tu faire?
Que veux-tu faire?
Non! Boudour, par piti�!
Tenez-le.
Tirez!
Aziz! Mon fils...
O� as-tu �t�? D'o� viens-tu?
Qu'as-tu fait pendant tout ce temps?
Aziza!
Que de bien tu m'as fait!
Que d'amour tu as eu pour moi!
Voil� ce que t'a laiss� Aziza.
Oui, Aziz, maintenant je peux te le donner.
Ce parchemin n'est pas I'�uvre de Boudour mais de la reine Dunya.
Pour ma part, je te d�charge de toute faute.
Je remercie Dieu de m'avoir fait mourir avant toi.
Ton Aziza.
J'ai cherch� Dunya, je suis entr� dans son jardin.
Je l'ai vue et je suis tomb� amoureux d'elle.
Que pouvais-je faire, moi qui suis comme une femme?
Qu'est-ce qui t'arrive?
Allons � la cit� de Dunya!
Je suis amoureux d'elle
sans l'avoir vue.
Aide-moi � la trouver, je te r�compenserai.
En voyant du sang sur mes v�tements, mon p�re croira que je suis mort.
Voil� le p�re de Dunya. Il va peut-�tre chercher un autre roi.
Viens, Tadji!
Le chef du march� est l�?
Oui, c'est lui le cheik, mais attention!
II est de ceux qui pr�f�rent la banane � la figue.
C'est celui qui fume, l�-bas.
Bonjour, cheik!
Quels beaux gar�ons!
Dommage qu'�tant aussi jolis, le voyage vous ait salis.
Avant toute chose
il faudra un bon bain.
Et comme dit le po�te:
"Longue et heureuse vie au gardien du bain,
tandis que sa main effleure un corps nu n� entre l'eau et la lumi�re."
Tu voudrais les emmener au bain et jouir de leur beaut�, hein?
Je ne suis pas comme Dunya, notre princesse qui d�teste les hommes
et ne veut pas entendre parler de mariage.
Que dis-tu?
C'est toi, le jardinier de ce jardin?
Oui, monsieur. Pourquoi?
On voudrait le visiter, on peut entrer?
Attendez, je viens vous ouvrir.
Dis, � qui est ce jardin?
A Dunya, la fille du roi.
- Celle qui hait les hommes? - Oui, monsieur. A elle.
Pourquoi cette haine?
Elle a r�v� d'une colombe prise dans un filet,
sauv�e par une autre colombe qui tomba dans le filet,
le m�le s'enfuit et la colombe fut �gorg�e.
Elle pense que tous les m�les sont ainsi.
Combien te paie Dunya par mois?
- Un dinar seulement. - Ecoute...
je veux faire ici quelque chose de bien qui reste en m�moire.
De quoi s'agit-il?
En attendant, prends ces 300 dinars.
Dans ce jardin, tu peux faire tout ce que tu veux.
- Allons. - Que veux-tu faire, Tadji?
Vous cherchez du travail
et j'ai besoin de vous.
Si tu veux de nous, d'accord.
Je vous donne trois dinars chacun par jour.
Non, �a ne va pas.
Quatre!
Six!
Neuf!
Nous travaillerons pour toi si tu nous donnes un seul dinar chacun.
Vous �tes fr�res, n'est-ce pas?
Nous ne sommes pas fr�res de chair, mais fr�res en Dieu.
Pourquoi vous �tes-vous faits saints et allez-vous comme des moines?
Pour servir Dieu.
Qu'est-ce qui vous a pouss�s � faire �a?
Cela vous distraira
et vous m'apprendrez quelque chose de bon, � moi qui suis tr�s jeune.
Si cela peut grandir la gloire de Dieu,
je te raconterai mon histoire.
Merci de ton aide. Je meurs de faim et de soif.
Je te r�compenserai. Je suis fils de roi.
Je portais des cadeaux au roi de l'Inde. Des bandits nous ont attaqu�s.
Mieux vaut ne parler de �a � personne.
Nos pays sont ennemis, mais je te donnerai l'hospitalit�.
Je ne te serai pas � charge. Je peux travailler
et pourvoir � mes besoins. J'ai �tudi�,
je sais �crire, compter,
je connais la science et la litt�rature.
Ton m�tier ne m�ne � rien ici.
Les gens ne s'occupent que d'argent.
Si tu veux, tu iras couper du bois dans la campagne alentour.
Es-tu homme ou d�mon?
Je suis un homme.
Comment es-tu venu?
Je ne sais pas, mais si c'est le destin,
c'est arriv� pour que cessent ma tristesse et ma peine.
Qui es-tu, petite fille?
Je suis la fille d'un roi.
Mais un d�mon m'a enlev�e et enferm�e dans cette tombe.
Il vient faire l'amour avec moi tous les dix jours.
Si j'ai besoin de lui, il suffit que je touche ces mots
grav�s sur cette plaque,
et il arrive.
Mon amour,
je veux te d�livrer de ce maudit d�mon!
Tu seras � moi seul. Je te ferai quitter cette tombe
et si le d�mon vient, gare � lui!
Pars! Va-t'en!
Le d�mon viendra et te tuera!
Savez-vous � qui sont ces souliers?
Non, on ne les a jamais vus.
Connaissez-vous le propri�taire de ces chaussures?
Non, nous ne savons pas.
Dis, tailleur, tu connais le propri�taire de ces souliers?
Shahzaman! Un �tranger
a trouv� tes souliers.
Voil� ton amant. Tue-le, tu seras sauv�e.
Tue-la, et je te rel�cherai sans rien te faire.
Je ne peux tuer une femme que je n'ai jamais vue
et qui ne m'a pas fait de mal.
Entre vous, il y a de l'amour.
Vous avez fait l'amour avec les yeux.
Je ne suis pas s�r que tu m'aies trahi avec elle.
Je ne te tuerai pas, mais tu ne resteras pas impuni.
Sois g�n�reux jusqu'au bout
et lib�re-moi.
Ne compte pas l�-dessus.
Allez!
Redresse-toi, maudit singe!
Par le grand nom de Dieu et par sa puissance,
deviens ce que ta nature d�sire le plus devenir.
Tiens, un singe!
Viens ici, viens!
Capitaine!
C'est le rouleau pour le roi. Avant d'arriver,
il faut �crire l'histoire de notre voyage.
Nous avions oubli�. Je m'en charge.
O� vas-tu, yeux de gazelle?
Laisse le destin faire ce qu'il veut,
accepte volontiers ce qu'il t'envoie,
ne te r�jouis ni ne t'attriste de rien!
Mais si tu ouvres l'encrier de la puissance et de la gr�ce,
que ton encre soit lib�ralit� et g�n�rosit�!
Cette �criture est vraiment belle.
Mes conseillers n'�crivent pas aussi bien les caract�res toulouth.
Trouvez l'auteur de cette �criture,
rev�tez-le d'un habit d'honneur
et escortez-le ici.
Ibriza! Regarde!
P�re, pourquoi me montrer � des �trangers?
C'est vrai ce que ma fille dit de toi?
Que tu es un homme et non un singe? C'est vrai?
Ce n'est pas une b�te mais un homme.
Je t'en conjure,
d�livre-le de sa condition pour en faire mon vizir.
Je ferai ce que tu me commandes.
Au risque de ma vie. Sois le bienvenu!
Pauvre singe,
ton �me a �t� plus forte que ta nature.
Merci de m'avoir rendu mon �me.
Cette fillette avait sacrifi� sa vie pour moi
en la br�lant dans le feu.
Si ma peine avait frapp� les montagnes,
elles se seraient �croul�es.
Je sentis que j'avais offens� Dieu.
Tu renonces � ta fortune, ton rang, ta sagesse? Pourquoi?
Non par g�n�rosit�
mais � cause d'un jugement sur le genre humain.
Que le Seigneur soit avec toi!
Avec toi aussi, �tranger!
Je veux te charger de quelque chose, comme si tu �tais
mon plus vieil ami.
Bon... dis-moi.
Dieu m'a r�v�l� que demain midi
tu viendras vers moi sur I'�le au fond du golfe.
Tu me trouveras mort pr�s d'un puits.
Lave-moi, enroule-moi dans le linceul qui sera l�, et enterre-moi.
Prends ma tunique et mon turban,
et � celui qui te les demandera
tu les remettras.
Bien. Je le ferai.
Yunan, mon fils!
Reste ainsi, les yeux ferm�s,
et �coute-moi!
La mer, Yunan, la mer...
va aupr�s de ton p�re
et demande-lui de faire un voyage en mer.
P�re!
C'est � nous, les �les d'outre-mer?
Oui! Pourquoi?
Je veux prendre un bateau et m'y rendre.
Tu veux aller en pleine mer? A quoi penses-tu?
Tu as peur d'un bain dans la baignoire,
tu joues encore avec les enfants,
et tu dors tout le temps!
P�re, je veux conna�tre le monde.
Monte au m�t et dis ce que tu vois.
A droite, je vois
la surface des eaux pleine de poissons.
Et l�-bas,
il y a une ombre
qui est tant�t noire
tant�t blanche.
Nous sommes perdus, personne ne s'en tirera!
Explique-toi, qu'y a-t-il?
C'est la montagne de pierres noires!
II y a le chevalier en cuivre!
II faut qu'il tombe � la mer sinon le bateau
se fracassera contre la montagne.
Yunan!
Creuse � tes pieds!
II y a un arc en cuivre et une fl�che en plomb.
Frappe le chevalier qui est sous la coupole!
Fais-le tomber � la mer
et d�livre le monde
de ce malheur.
Reste bien enferm�. Ne sors surtout pas.
Oui, p�re!
A mon retour, j'ouvrirai.
Adieu, p�re, adieu!
Adieu, mon fils.
Qui es-tu? Que veux-tu? Va-t'en!
Par piti�, ne me tue pas!
Tu ne veux pas me tuer?
Tu me laisseras vivre, hein?
Je suis content que tu sois calm�.
Je suis roi, fils de roi.
Tu es un ami. Pourquoi voudrais-je te tuer?
J'ai quinze ans. A mon p�re qui est roi
les proph�tes ont dit que je serais tu� ce jour
par un jeune homme sans yeux, venu de la mer
et qui aurait
d�livr� le monde, en tuant un chevalier en cuivre,
en �change d'une victime sans faute.
La victime, ce serait moi.
Je te le dis: Crois en la bont� de Dieu et sois gai!
Je suis content d'avoir fait naufrage ici pour te d�fendre
car si quelqu'un te veut du mal, gare � lui!
Merci.
Je suis heureux que tu sois mon h�te,
m�me si c'est sous terre.
Tu vas voir, il y a un tr�s beau bain, entre!
Comme dit le po�te:
"Vive le gar�on du bain quand sa main touche la poitrine d'Ali
"et le dos de Malik.
"Le bain te semble un enfer alors que c'est un paradis,
surtout si l'on y trouve des corps beaux comme des soleils et des lunes."
Viens!
Moi aussi, je sais une po�sie sur le bain.
"Vie de joie
"pour qui descend dans le bain.
"Les �tains ont vers� d'ardentes larmes sur lui".
Regardez
ce gar�on, l�-bas!
Regardez, il est tout seul
sur la plage.
C'est peut-�tre Yunan, mon fils.
Mais oui, c'est lui, je le reconnais!
Mon fils, Yunan... C'est moi, ton p�re!
Que Dieu soit avec toi!
On t'a laiss� une tunique pour moi?
Oui, monsieur.
Donne-la-moi!
Qu'est-ce qui t'arrive?
Adieu, p�re!
O� vas-tu?
Dunya, regarde dans la maison.
Regarde comme c'est beau...
Qui a pu faire ce plafond?
II est magnifique, Dunya!
Je ne comprends pas. C'est l'histoire de mon r�ve.
Oui! On voit la colombe prise dans le filet.
Mais une chose
n'�tait pas dans ton r�ve. Le m�le que tu croyais enfui
par l�chet�, a �t� tu� par un autre oiseau.
Les r�ves parfois instruisent mal
parce que toute la v�rit� n'est jamais dans un seul r�ve,
mais dans nombre de r�ves.
Porteur! Regarde bien et ne te trompe pas.
Comment appelles-tu �a?
Dis-moi!
Alors, pigeon!
- Tu te trompes! - Dis-moi comment!
L'herbe parfum�e des pr�s.
Alors qu'elle soit lou�e!
Maintenant � moi! Porteur, viens l�!
Comment appelles-tu �a?
Regarde et ne te trompe pas!
L'herbe parfum�e des pr�s!
Idiot, tu t'es tromp�!
Alors, c'est comment?
Grenade pel�e.
Ce n'est pas fini.
Comment �a s'appelle?
Regarde bien et ne te trompe pas encore!
Grenade pel�e.
Idiot, c'est pas �a!
Alors, c'est comment?
L'auberge du bon accueil.
Ah oui? Alors �a, c'est quoi?
Regarde et ne te trompe pas!
Regarde bien!
Qui le sait?
Moi, je le sais!
Alors comment �a s'appelle?
C'est I'�ne qui broute...
l'herbe parfum�e des pr�s
qui mange la grenade pel�e
et passe la nuit � l'auberge
du bon accueil.
Zoumourroud!
Tu veux me d�chiqueter, fais-le!
Je suis fatigu� de marcher et de chercher.
J'avais la plus belle des esclaves, je l'ai perdue.
Vas-y, lion.
Tue-moi, mange-moi, comme �a ma peine finira!
Qu'est-ce qu'il y a?
Que veux-tu?
Je ne comprends pas.
Tu veux que je te suive?
Bon, je viens.
Arr�te! Ne touche pas � ce plat, c'est dangereux.
Ceux qui ont go�t� de ce riz sont morts.
Qu'il mange! On verra ce qui arrivera.
Laissez-moi! Si on me tue, tant mieux. Je ne souffrirai plus.
- Comment t'appelles-tu? - Noureddine.
Habillez-le, parfumez-le, emmenez-le au palais!
Loin de le tuer, notre roi est gentil avec ce gar�on.
Le roi aura �t� frapp� par ses beaux yeux.
Ce n'est pas �tonnant.
Notre roi pr�f�re sans doute le melon � la prune.
Je me le ferais bien, ce gar�on.
Fais-moi un massage aux jambes.
Allons!
Plus haut!
Plus haut, mais pas au-dessus du genou.
Comment! Tu ne veux pas ob�ir?
Attention! Je te le d�clare:
Tu dois faire ce que je dis.
Je veux te garder comme amant
et je te ferai peut-�tre �mir.
Que dois-je faire?
Etends-toi sur le lit!
Je ne l'ai jamais fait, garde tout et laisse-moi partir.
Ob�is et va t'�tendre sur le lit!
Tu veux te faire couper la t�te?
Sur le ventre!
Maintenant baisse ton froc!
Allons, vite!
Ne me fais pas trop mal!
Tu aimes les po�sies d'amour?
En as-tu d�j� entendues?
Ne me regarde pas. Ecoute!
"Le duvet de la premi�re barbe a �crit comme le peut un po�te
"deux lignes au myrte sur les joues d'un gar�on.
"Quel �merveillement pour le soleil et la lune, quand il appara�t
"et quelle honte pour les branches quand il se penche."
Bon...
Tu connais celle-ci?
Ne me regarde pas!
"Je lui parlai de se faire monter par moi. Il dit:
"Quand cesseras-tu de m'offenser?"
Mais je lui montrai un dinar,
et le beau gar�on me regarda et dit:
"Si mon destin est d'�tre mont� par toi,
je ne peux y �chapper".
Et cette autre, tu la connais?
Ne me regarde pas!
"Mon amour est grand et le beau gar�on dit alors:
"Rentre ton chose jusqu'aux visc�res
"et sois vigoureux!"
- Mais elle n'est pas raide? - Non!
II faut me la toucher avec les mains. Touche-la-moi!
Tu sais ce qui t'attend si tu n'ob�is pas?
Allez!
Mais tu es fait comme les femmes, et la mienne se raidit.
Mon amour, tu ne me reconnais pas? Je suis ton esclave!
Zoumourroud, mon amour!
Moi aussi je connais une po�sie:
"Quelle nuit! Dieu n'en a pas fait d'�gales.
Son d�but fut amer, mais comme sa fin fut douce!"
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